Et bien ! C'est pas trop tôt ! Je me demandé quand j'arriverais enfin à pondre cette fichue partie !
De battre, mon cœur s'est arrêté…
Son regard était distraitement posé sur les panneaux publicitaires d'une des boutiques l'environnant. Un vent froid s'engouffra dans sa veste et la fit frissonner, lui intimant d'en rabattre les pans. Le soleil avait en ce jour du mal à percer les nuages, ne diffusant qu'une lumière bien blafarde sur cette fin d'après midi. Il lui semblait que le temps s'était accordée avec son humeur.
Elle soupira, laissant s'échapper de sa bouche un nuage de vapeur, et se retourna en direction de Zonko, le magasin de farce et attrape où Ron avait tant souhaité l'emmener. « Pour nous changer les idées », lui avait-il. Pour leur faire oublier que la guerre grondait tout autour d'eux, faisant de plus en plus de victimes. Pour laisser derrière eux les trois mois sans nouvelles de leur ami qu'ils avaient passé. Pour ne pas leur rappeler qu'il devait être là-bas, quelque part, à lutter pour sa survie et celle de tous ses semblables ; et qu'ils étaient, eux, à simplement se soucier de qui entre les Gryffondor et les Serdaigle allait avoir le dessus durant le match de demain.
Où es-tu Harry ? Comment vas-tu ? S'interrogea-t-elle en silence, après avoir constaté que le rouquin n'avait que très peu avancé dans la file d'attente.
Hermione reporta son regard vers la rue, observant quelques élèves de la maison Serdaigle sortir de la boutique d'accessoires de Quidditch en face d'elle. Les deuxièmes années affichaient un grand sourire et discutaient avec énergie et enthousiasme du match. Cependant, leurs yeux étaient sans cesse à la recherche d'une ombre, à l'affût d'un quelconque danger et elle sentait en eux cette même angoisse qui les poussaient à presser le pas, rappelant à chacun que la menace pouvait les atteindre tous et à n'importe quel moment.
Elle trembla légèrement, ne sachant si cela était dû au froid ou à la peur.
La disparition de Harry n'avait été mentionnée que quelques jours après la rentrée des classes. La Gazette du Sorcier s'était mise à traiter de ce fait d'une manière alarmiste, ne faisant qu'augmenter le vent de panique qui soufflait parmi la population sorcière. Car tous, d'une façon consciente ou inconsciente, se raccrochaient à la Légende du Survivant. Cet enfant qui, à l'âge d'un an seulement, avait réussi à réduire le Seigneur des Ténèbres à l'état d'esprit errant. Mais, elle, savait de quoi il en retournait réellement. Il n'avait jamais détruit Voldemort, et se qu'on requérait de lui était souvent au-delà de ses forces. Parce que dans chaque héros il y a d'abord un homme, avec ses drames, ses défauts…
Et pourtant, elle se surprenait parfois à attendre de lui un miracle, à lui en vouloir quand il échouait ou quand d'autres personnes étaient assassinées. Dans ces moments où l'espoir qu'elle tentait tant bien que mal à garder éveillé ne résidait qu'en la personne de Harry, alors, elle ne voyait en lui que l'Elu. Celui qui avait en lui le pouvoir de vaincre le Mal, de les sauver tous. Mais cet instant passait vite, et elle se limogeait d'avoir pu être aussi égoïste, aussi insensible.
Elle réalisait alors qu'elle se sentait frustrée : frustrée de ne pas savoir quand et sur qui la mort allait encore frapper ; frustrée de ne pas être auprès de son ami qui devait se battre seul. Alors, dans ses moments là, des larmes coulaient sur son visage et elle les repoussaient rageusement avec le dos de sa main, les yeux perdus dans le vague.
Tandis que les premières gouttes tombaient d'une manière éparse sur le sol glacé de Pré-au-Lard, la jeune fille entendit deux voix au loin. Elle détacha son regard de la boutique pour la diriger vers la provenance du son, et elle reconnut le visage de Luna, puis celui de Ginny.
Son cœur se serra et sa gorge se noua. Un sentiment de culpabilité l'envahit soudain, tandis qu'elle suivait leur démarche lointaine. Que se reprochait-elle ? Peut-être le fait d'avoir laissé Harry se battre seul. Peut-être d'avoir eu droit à un adieu. Peut-être de ressentir quelque chose d'un peu trop fort pour lui…
Elle détourna le regard à cette pensée, comme de peur que son amie puisse percevoir son désarroi.
Il avait toujours compté pour elle. Ils se comprenaient. Ils se complétaient. Bref, il était son meilleur ami, uniquement son meilleur ami. Du moins c'est ce qu'elle croyait, ou peut-être ce qu'elle voulait croire, elle ne savait plus trop. Le fait est qu'un jour il s'était intéressé à Ginny et qu'elle s'était mise à être jalouse de son amie. Jalouse de la façon qu'il avait de la regarder, de la manière dont il lui souriait, des mots qu'il lui murmurait…Pourtant, elle aurait dû, elle se devait, d'être heureuse pour la sœur de Ron. Depuis le temps que la jeune fille attendait que Harry la remarque…
Mais voilà ; les sentiments, ça ne se commande pas. Alors, pour se sentir moins coupable envers ses deux amis, elle avait fait le nécessaire pour les réunir, pour les guider dans l'ombre vers leur bonheur. Parce que malgré la douleur qu'elle ressentait au plus profond de son âme lorsqu'elle les voyait ensembles, elle souhaitait qu'il soit heureux. Plus que quiconque il le méritait. Et plus que quiconque, Ginny était celle qu'il aimait…
Elle sentit soudain des bras s'enrouler autour d'elle et une tête se poser sur son épaule. Un frisson la parcourut à ce contact.
Tu as froid 'Mione ? Demanda le jeune homme d'une voix douce en embrassant son cou.
Un sourire triste se dessina sur les lèvres de la jeune fille. Elle ferma quelques instants les paupières, imaginant ce que qu'elle aurait ressentit si c'était Harry qui la serrait ainsi. Puis elle les rouvrit sur le visage bienveillant de son compagnon. Ron l'observait d'un air soucieux. Son sentiment de culpabilité se renforça. Elle se força à sourire et elle posa sur ses lèvres un baiser à la fois tendre et désespéré.
Waahou…S'étonna le rouquin, après avoir retrouvé l'usage de la parole. En quel honneur ?…
Elle fit une moue signifiant son ignorance et se blottit contre lui, appuyant son dos contre son torse, ce qui la réchauffa. Elle ferma à nouveau les yeux et se laissa portée par le vent et le temps.
Cela faisait environ un mois qu'elle et Ron étaient ensembles. Le choc du décès de Dumbledore les avait rapprochés. Le jeune homme avait finalement trouvé le courage de lui faire des avances dès la fin des vacances d'été. Les oreilles cramoisies, il avait fait sa demande, mais elle l'avait sur l'instant déclinée. Avant cette histoire avec Ginny, elle aurait tout de suite dit oui, mais la donne était à présent différente. Pourtant, elle appréciait beaucoup Ron, malgré leurs disputes incessantes. Et puis, elle n'attendait rien de Harry. Alors, pourquoi hésiter ?
Après l'avoir fait attendre un mois, elle avait fini par accepter et il s'avérait un garçon très attentionné et tendre, sous ses airs bourrus. Elle avait de la chance de l'avoir…
Mais il n'était pas Harry. Alors, dans ces moments où la culpabilité était trop forte, elle l'embrassait, comme pour se prouver que c'était bien Ron et non Harry qu'elle aimait. Qu'elle se devait d'aimer.
Les gouttes cessèrent, tandis qu'un silence pesant semblait à présent envelopper le petit village de Pré-au-Lard. Elle frissonna, son instinct l'avertissant que quelque chose n'était pas normal, que cette immobilité latente n'était que le prémisse d'un événement dérangeant. Elle sentit Ron se crisper derrière elle. Lui aussi était à présent à l'affût de tout mouvement.
Ron, Hermione, on vous a cherché partout ! Où étiez vous passés ? Demanda tout à coup la voix inquiète de Ginny, les surprenant.
Elle avançait vers eux d'un pas rapide, suivie de Luna qui paraissait encore perdue dans un autre monde.
Je suis allé acheter quelques banderoles et Bombabouses, répondit l'aîné des Weasley en désignant le magasin derrière eux. Pour le match de demain, précisa-t-il sous le regard inquisiteur de sa compagne, comme si cela pouvait tout expliquer.
Mais Ginny ne semblait déjà plus écouter les propos de son frère. Elle observait nerveusement tout autour d'eux.
Quelque chose se prépare ici…dit alors la rouquine à voix basse, après quelques instants.
Tu as raison, confirma Luna, qui n'avait pas encore ouvert la bouche, c'est trop calme.
Les yeux de la Serdaigle avait tout à coup perdu toute naïveté et rêverie.
Décidément, cette guerre nous aura tous changé d'une façon ou d'une autre, pensa Hermione.
Nous ferions mieux de retourner à Poudlard…Conseilla-t-elle, prenant pour la première fois la parole.
Les têtes acquiescèrent sans mots dire, comme par peur d'éveiller un monstre endormi.
Ils avançaient à la fois prestement et prudemment dans les petites rues du village sorcier, quand le silence qui y régnait fut tout à coup rompu par des pas précipités sur une route peu éloignée de la leur. La jeune fille sortit immédiatement sa baguette, imitée par ses camarades, afin de contrer toute attaque. Ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait mourir.
Les pas cessèrent et le silence étouffant reprit à nouveau ses droits. Le cœur battant, elle fouillait du regard chaque recoin pouvant cacher une ombre menaçante, sentant ses amis dans le même état de stress qu'elle. Le vent avait calé et une brume les enveloppait peu à peu, conférant à Pré-au-Lard l'apparence d'un village fantôme. C'était comme être hors du temps.
Des pas. Un souffle court. Une poubelle qui se renverse.
Chacun tourna vivement la tête vers ce qu'il croyait être la provenance des bruits. Mais leur source exacte restait très incertaine, augmentant encore l'angoisse de la jeune fille.
Soudain, une silhouette essoufflée et affolée apparut par magie à quelques mètres d'eux, les surprenants. Ron était prêt à envoyer un sort mais elle posa délicatement sa main sur son bras et lui fit signe de bien regarder. L'homme ne les avait pas encore vu. Il trottinait à demi dans leur direction, la tête tournée vers l'arrière.
Hey, vous ! Qui êtes vous ? S'exclama le jeune apprenti.
L'homme sursauta si violemment, qu'Hermione crut qu'il allait avoir une crise cardiaque. Il dirigea vers eux des yeux effarés. Il était râblé, avec des jambes courtes et arquées et une chevelure rousse, longue et mal coiffée. Son visage mal rasé lui disait pourtant quelque chose…
Mondigus ?…Mais- Reconnut plus rapidement Ginny.
Vous êtes avec lui ? La coupa immédiatement le concerné d'un air angoissé.
Quoi ?…
Hermione posa ses yeux sur la main du sorcier, dans laquelle il serrait sa baguette. Mondigus était très agité. Son regard se portait alternativement sur chacun d'eux et sur la rue derrière lui.
Bien sûr qu'ils sont avec lui…se fustigea-t-il lui-même d'un ton impatient.
Qui vous poursuit ? Demanda-t-elle alors, attirant les regards anxieux de ses compagnons sur elle.
Mais il ne répondit pas. Son visage était figé en une expression où se mêlaient peur et nervosité. Elle crut d'abord qu'il les fixait eux, mais très vite elle comprit que son regard se portait sur quelque chose se trouvant dans leur dos. Elle se tourna vivement vers l'objet de l'angoisse du sorcier, accompagnée par ses amis qui, à l'occurrence, en avait tiré les mêmes conclusions.
Une silhouette sombre était apparue à bonne distance et s'approchait d'un pas sûr et rapide dans leur direction.
Un Mangemort…Un frisson de terreur la parcourut et elle resserra encore un peu son emprise sur sa baguette.
L'homme était d'une taille moyenne et portait une longue robe noire. Son visage était caché sous une cagoule.
Qui êtes vous ! Que voulez vous ! S'exclama à nouveau Ron d'un ton peu assuré, prêt à lancer un sort, tandis que la distance les séparants de l'intrus avait réduit de moitié.
Mais soudain la silhouette s'immobilisa. Sa tête se releva légèrement. Elle les observait attentivement, comme si elle ne venait qu'à présent de s'apercevoir de leur présence. Elle fit un pas puis parut hésiter à nouveau.
Que se passe-t-il ?…Pourquoi réagit-il ainsi ?…Puis l'homme secoua la tête et reprit sa marche déterminée dans leur direction. Elle vit un mouvement sur sa droite et constata que Mondigus s'était lentement reculé, son regard cerné toujours planté dans celui de l'inconnu. Il balançait sa tête en signe de dénégation.
Elle retourna son attention vers le Mangemort, baguette à présent en main, au dessus duquel tournoyait maintenant un corbeau noir, tel un vautour.
La Mort…ne put-elle s'empêcher de penser face à cette scène surréaliste.
Arrêtez vous ! Ordonna le jeune rouquin sans succès.
L'homme n'était plus qu'à quelques mètres d'eux, mais son visage restait dissimulé. C'est ce moment là que choisirent Mondigus pour s'échapper et Ron pour lancer une attaque.
Expelliarmus !
Le sort qu'avait lancé son compagnon ne trouva aucune cible. L'homme en noir avait disparu.
D'abord déroutés, leur attention fut attirée vers l'ancien membre de l'Ordre par un croassement sinistre et une faible incantation.
Hermione vit Mondigus au sol, surplombé par l'homme encagoulé qui, quelques secondes auparavant, était encore face à eux.
Pourquoi avoir transplané au lieu de nous attaquer ?Non !…Geignit le prisonnier.
La silhouette saisit le col de sorcier replet et le plaqua au mur.
Laisses moi !…Je t'ai déjà dit que je ne savais pas…Se débattit Mondigus.
Ne me mentez pas ! Où est-il ! S'écria son tortionnaire, en le menaçant à présent de sa baguette.
La voix de l'intrus indiquait qu'il devait être jeune.
Arrêtez ! Intervint alors courageusement Hermione.
L'homme l'observa quelques instants sous sa cagoule, sans pour autant lâcher son prisonnier.
Ne t'en mêle pas…Partez tous avant qu'ils ne retrouvent mes traces…Prévint-il après quelques instants.
Cette voix avait quelque chose de familier…quelque chose qu'elle connaissait bien. Elle plissa les yeux pour tenter de discerner son visage, sans succès.
Vous ne sentez donc pas les Détraqueurs ! Ils-…Mondigus ! Insista l'inconnu avant de recevoir un violent coup de pied dans le genoux.
Le concerné avait réussi à s'échapper de son emprise mais déchanta vite. Une nouvelle silhouette se profilait dans la brume face à lui. Et le froid qui l'accompagnait n'avait rien de naturel.
La sensation de gel se propagea tout autour d'eux, pétrifiant leur corps tout comme leur âme. L'oiseau cria à nouveau, transperçant le silence, puis s'éloigna en quelques battements d'ailes. Son vol était devenu irrégulier, remarqua la jeune fille. Il semblait souffrir tout à coup.
Comme nous…réalisa-t-elle, tandis que les pires moments de son existence commençait à submerger son esprit.
Son visage se crispa en une grimace de douleur et elle ferma les paupières, afin d'échapper au tournis qui la déstabilisait. Immédiatement, sa mémoire fut sollicitée.
Elle marchait derrière deux garçons, un brun et roux. Soudain une voix agacée s'éleva.
« Ca ne m'étonne pas que personne ne puisse la supporter. C'est un vrai cauchemar cette fille là ! »
Un flash et le paysage changea pour prendre la forme d'un animal ailé se profilant au loin, près d'une cabane au bord d'une forêt. Le silence puis brusquement le sifflement caractéristique d'une hache que l'on abat.
« Ils l'ont fait ! Je n'arrive pas à croire qu'ils l'ont fait ! »
« Comment…ont-ils…pu… ? »
Elle rouvrit les yeux mais elle était trop instable. Un brouillard épais virevoltait dans sa tête et l'empêchait de réfléchir d'une manière cohérente, de trouver une solution pour tout arrêter.
Mais déjà un nouveau souvenir s'imposait à elle.
Un son tout d'abord. Une lamentation. Celle d'un phénix.
Puis elle fut rapidement relayée par l'image d'un lac ensoleillé, devant lequel trônait une table de marbre immaculée, où reposait un corps mince et âgé. Des flammes blanches s'élevèrent rapidement autour de l'ancien directeur, le cachant aux yeux de tous pour enfin disparaître et laisser place à une tombe blanche.
Pitié…pria-t-elle…arrêtez ça…
Et soudain, comme en réponse à son souhait silencieux, elle sentit l'effet des Détraqueurs se dissiper. Une nouvelle fois, elle ouvrit les yeux. Trois Détraqueurs étaient chassés par ce qu'elle identifia comme un Patronus. Elle tourna la tête vers ses compagnons qui étaient pour la plupart recroquevillés sur eux mêmes, leur regard hanté, perdu dans le vague. Mondigus était parmi eux.
Un mouvement à quelques pas d'elle attira son attention. L'inconnu était à moitié à genoux sur le sol et lui tournait le dos. Sa respiration était saccadée. Son visage toujours encagoulé était penché en avant et il tenait fermement sa baguette dans sa main.
Encore désorientée, elle réussit néanmoins à se redresser, ne s'apercevant que quelques instants auparavant de sa position prostrée.
Soudain, une lumière vive passa rapidement devant elle et s'approcha de l'homme encore un peu tremblant. Se relevant à son tour, il posa son regard sur la volute d'énergie, semblant l'accueillir.
Hermione plissa les yeux, détaillant la forme. Elle était grande et mince, avait un port fier. Sa silhouette était animale. Elle portait des cornes. Non…des ramures…comme…
Quelque chose fut crié et la jeune fille fut violemment plaquée au sol.
Petrificus totallus !
Le sort fusa, suivi d'un gémissement. A moitié assommée par sa chute, elle sentit un corps au dessus d'elle et un souffle rapide frôler sa peau. Le contact fut après quelques instants rompus, ce qui la décida à ouvrir les paupières.
Des cheveux noirs ébouriffés. Un visage fin mais masculin. Un regard émeraude pénétrant. Un cicatrice en forme d'éclair. Le doute n'était plus possible. Pourtant, les mots peinaient à sortir de sa bouche.
Harry…Souffla Ginny à sa place.
Tous s'observaient avec effarement. Hermione dirigea le regard alternativement vers ses deux amis. Elle n'en croyait pas ses yeux. Il était là, devant eux, bien vivant…
Pendant quelques secondes, la joie l'envahit mais elle fut rapidement remplacée par une angoisse sourde. Des tonnes questions se bousculaient dans sa tête. Que faisait Harry déguisé en Mangemort ? Pourquoi Mondigus avait-il si peur de lui et pour quelle raison son ami le poursuivait-il ? Pourquoi leur avoir caché son identité ? Et surtout, pourquoi Harry conservait cet air triste et froid devant eux…
Son regard vert était posé sur elle. Elle en profita pour le détailler, comme pour mémoriser à jamais les traits de son visage, qu'elle n'était plus très sûre de revoir un jour. Ce dernier était dur et crispé par une douleur retenue, latente. Certainement celle infligée par les Détraqueurs.
Il détacha finalement ses yeux des siens et un frisson parcourut alors la jeune femme. Il les posa immédiatement sur Ginny, dont les larmes de détresse couvraient à présent ses joues. Les épaules d'Harry s'affaissèrent imperceptiblement, et son regard changea légèrement, se faisant plus triste et plus doux à la fois. Hermione ne put empêcher un nœud de se former dans sa gorge, face à cette scène qu'elle aurait souhaité autre.
Puis, après plusieurs secondes, le jeune homme parcourut les visages de ses autres amis, Ron et Luna. Enfin ses yeux se focalisèrent sur Mondigus, encore un peu secoué par l'effet des Détraqueurs. Immédiatement, il se dirigea vers lui et le saisit brutalement par le col, ce qui eut pour conséquence de ramener le petit homme à la réalité.
Lâche moi ! Protesta ce dernier.
Vous me direz ce que je veux savoir volontairement ou par contrainte. Mais je vous jure que vous me le direz…Dit d'une voix dure mais mesurée Harry.
Tout comme elle, le rouquin parut choqué par la froideur des propos du jeune homme, où ressortait une menace latente.
Tu n'oserais pas Harry…répondit Mondigus d'un air peu assuré. Tu es l'Elu. Tu n'es pas censé user de Magie Noire…Ton père ne-
Ne parlez plus jamais de mon père en ma présence ! Ragea l'apprenti, sa soudaine violence les faisant tous sursauter.
Hermione s'apprêtait à tenter de calmer son ami méconnaissable, quand un croassement lugubre résonna dans la rue. Le corbeau avait de nouveau prit son envol. Harry releva la tête et l'observa attentivement. L'oiseau cria une nouvelle fois puis prit la direction de la Cabane Hurlante.
Suivez moi, ordonna le jeune sorcier, qui avait retrouvé sa voix monocorde. Nous allons vous guider vers un passage qui vous permettra d'échapper aux attaques des Mangemorts.
A peine avait-il prononcé ces mots qu'il marchait déjà dans la même direction qu'avait prise quelques instants auparavant le volatile au plumage sombre, son poignet à présent lié par un sort à celui de Mondigus. Après quelques secondes d'hésitation, Ginny se décida à le suivre dans un reniflement, rejointe rapidement par les autres. La cadette des Weasley le rattrapa facilement et se plaça juste à la droite du jeune homme. Derrière elle, Hermione devinait le combat intérieur que son amie devait mener, pour le vivre elle aussi en ce moment même. Elle tourna la tête vers son compagnon. Ron paraissait un peu dépassé par les événements. Son visage conservait un air incrédule.
Ils avaient tellement souhaité revoir Harry qu'ils n'avaient pas vraiment réfléchis que pour lui aussi il s'était écoulé trois mois. A la différence que lui avait dû les passer à se cacher, à lutter pour sa survie, à chercher une solution pour trouver les Horcruxes et les détruire, à se préparer au combat final. Il n'était pas étonnant qu'il aie changé, qu'il se soit endurci. Pourtant, il était difficile de croire en observant le jeune homme devant eux, avec les mêmes yeux émeraude, la même tignasse ébouriffée, qu'il ne soit plus le Harry qu'ils avaient connu durant toute leur scolarité, farceur et passionné de Quidditch…
Hermione savait qu'au fond, ce Harry là était toujours présent, quelque part dissimulé sous la souffrance, la solitude et la lassitude. Mais il faudrait du temps, des années peut-être, pour l'aider à revoir à nouveau le jour, à rire et à apprécier la vie. Pour tous, il leur en faudrait...
Une voix presque timide la sortit de sa réflexion. Ginny tentait d'engager la conversation avec le garçon.
Et lui, qui est-ce ? Lui demandait-elle, lui jetant des regards en biais.
De qui parles tu ? L'interrogea le jeune homme d'une voix caverneuse, continuant à marcher d'un pas déterminé.
Du corbeau…Hésita-t-elle. Il semble lié à toi…
Harry posa enfin ses yeux sur sa compagne. Son visage restait fermé, mais Hermione devinait que ce n'était qu'une apparence, qu'une manière de se protéger.
Il m'a sauvé la vie…Finit-il par répondre après un moment.
Il posa son regard sur le lointain, continuant sa marche incessante, mais ses pas avaient légèrement ralentis leur cadence. Hermione en profita pour se rapprocher et elle atteignit enfin le niveau de son ami, qui ne semblait pas s'en être aperçu. Devant eux, Mondigus tournait régulièrement la tête, cherchant désespérément à vérifier si le jeune sorcier avait toujours l'intention de le garder prisonnier.
C'est lui qui est venu à moi. Murmura lentement l'apprenti. Il semblait chercher ses mots. Je sentais que quelque chose me suivait depuis un moment, mais je n'arrivais pas déterminer ce que c'était… Je l'avais déjà aperçu chez Sirius et il m'avait à ce moment là aidé à trouver une sortie pour que l'on échappe aux Mangemorts…
« Chuut !…Ne t'en fait pas, le corbeau y est allé…»
Les paroles de Harry au 12 Square Grimmaud lui revinrent soudain en mémoire. Sur l'instant, elle n'avait pas compris, mais maintenant tout devenait clair…
Pendant quelques temps je ne l'ai plus vu. Continua-t-il. Et puis un jour que je rôdais sur le Chemin de Traverse, j'ai été pris dans une embuscade.
Ses yeux se firent plus sombres. Il fronçait les sourcils. Par souffrance ou pour se souvenir, Hermione n'aurait su le dire.
Il m'a à nouveau permis de m'enfuir. Depuis, il me suit comme mon ombre et je le laisse faire. Il est devenu mes yeux et mes oreilles.
Le regard du garçon se posa sur le volatile, qui planait toujours à quelques mètres au dessus d'eux. Dans ses yeux transparaissait de la reconnaissance.
Et tu ne crois pas…enfin…tu ne trouves pas cela étrange qu'il te protège et soit aussi intelligent ? Je veux dire, est-ce qu'il ne pourrait pas être…
…Un espion du Seigneur des Ténèbres…Finit Hermione à la place de la rouquine.
Harry tourna la tête vers elle, une expression à mi-chemin entre la colère et la déception. Il la fixa quelques instants. Puis rapidement, il retrouva une contenance et observa à nouveau d'un air absent l'horizon où la Cabane Hurlante se profilait, menaçante.
J'y ai pensé…mais pour l'instant, il m'est d'un grand secours et tant qu'il ne me nuit pas, je ne le chasserais pas…
Son regard se reporta sur le corbeau qui se préparait à se poser sur une des fenêtres de la Cabane toute proche.
Et puis il me tient compagnie…
Un sourire triste se dessina sur ses lèvres, emprunt d'une nostalgie qui serra le cœur de la jeune fille.
Elle baissa les yeux, tandis qu'ils arrivaient à destination.
Où comptes tu aller ? Lui demanda alors timidement Ron.
Le brun parut hésiter un instant, fronçant les sourcils, mais ne quittant à aucun moment des yeux son ami.
Tu n'es pas obligé de fuir…Tu pourrais revenir à Poudlard. Mc Gonagall, Lupin, Maugrey…Ils pourraient peut-être t'aider dans tes recherches…Insista le jeune Weasley.
Ils ont raison Harry, tenta Mondigus. Accepte leur aide.
Tu sais bien que non Ron…Répondit tristement le garçon, ignorant l'intervention du sorcier.
Te renfermer sur toi-même ne changera pas les choses…Laisses nous t'aider Harry…je t'en prie…Supplia à son tour Ginny.
Des larmes étaient sur le point de se déverser à nouveau sur son visage fin. Et Hermione sentit sa poitrine se contracter douloureusement face à cette scène, la voix désespérée de son amie résonnant en écho avec les battements de son cœur.
Il détourna la tête, son visage dévoilant enfin ses émotions. Il observa quelques secondes le ciel, portant la main à ses yeux et repoussant rageusement ce que la jeune fille devina être des larmes.
Il y a un chemin, en contre bas…Suivez le…Il vous mènera en sûreté, près de l'école…Continua-t-il d'une voix cassée, refusant toujours de les regarder.
Les épaules de Ginny s'affaissèrent et Hermione s'aperçut qu'elle avait retenue sa respiration en attendant une réponse de son ami. Il n'y avait donc rien à faire. Il ne changerait pas d'avis.
Le groupe s'observa un instant. Puis d'un commun accord, ils abandonnèrent la partie et se dirigèrent nonchalamment vers le sentier indiqué par Harry.
Alors qu'ils entamaient la descente de la pente qui les séparait du chemin, ils furent interpellés par leur ami.
La jeune femme se retourna vers lui, pleine d'espoir.
Ses yeux émeraude brillants de larme, Harry les fixait d'un air désespéré et coupable, le corbeau à présent posé sur son épaule droite. Une grimace étira les traits de son visage et Hermione comprit…
Oubliette…Lança-t-il dans un souffle.
Elle n'eut pas le temps d'éviter le sort, qu'elle était déjà par terre, les paupières closes, dans l'herbe froide du mois de décembre…
A suivre…
