Bonjour!
Mes chapitres ont allongé dernièrement, mais celui-ci est nettement plus court! C'est un chapitre de transition, si on peut dire... Je prépare le terrain pour la suite! ;)
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CHAPITRE 11
Noctis était étendu sur le lit de la chambre à l'étage, où il feuilletait un magazine de pêche. Prompto était couché à ses côtés, sur le ventre, les bras enroulés autour de son oreiller.
– C'est lonnnnggggg, se plaignit-il. Ce n'est pas normal de dormir autant, putain!
Il était deux heures de l'après-midi et Ignis et Aranea roupillaient toujours, chacun dans une chambre au rez-de-chaussée. Ils n'avaient pas dormi de nuit complète depuis les événements catastrophiques de la première base secrète et avaient naturellement besoin de rattraper le sommeil manquant. Noctis était tout de même impatient de connaître l'histoire de leurs péripéties. La veille, Ignis leur avait mentionné qu'ils avaient mis la main sur des informations extrêmement pertinentes, informations qui seraient très utiles pour leurs actions futures contre l'empire, mais il se disait trop épuisé pour raconter le tout en détail. Noctis se demandait de quoi il s'agissait et si elles avaient un lien avec les nuits qui s'allongeaient.
Il regarda par la fenêtre. Le ciel était toujours noir, malgré l'heure précoce. Ils avaient eu droit, ce matin-là, à six heures d'éclaircissement : encore moins que la journée précédente. Noctis était convaincu que le Niflheim était derrière cet étrange événement.
Il soupira en posant le magazine sur la table de chevet : il l'avait déjà parcouru trois fois et il n'était pas particulièrement intéressant. Il plaça ses bras derrière sa tête et fixa le plafond. Il ne pouvait pas se plaindre de l'ennui, cependant. Ces derniers temps avaient été si monstrueusement éreintants, tant physiquement que émotionnellement, qu'il apprécia cette pause bien méritée.
Et il la savourait encore plus sachant qu'elle était momentanée. Après tout, le combat contre l'empire était loin d'être terminé et la menace qui pesaient sur eux — et encore plus sur Prompto, pensa-t-il amèrement — flottait toujours au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès.
– Avoue que le plus beau, c'est le silence, fit soudainement la voix de Prompto.
– Huh?
Il tourna la tête pour observer le blond, qui avait le visage à moitié enfoui dans son oreiller et un oeil pétillant dirigé vers lui.
– Depuis cette foutue explosion, mes oreilles bourdonnaient sans arrêt… Ça me rendait fou! Avec la potion, le silence est revenu… J'imagine que toi aussi?
Noctis réalisa alors qu'effectivement, son acouphène était complètement disparu. Il se tut quelques secondes, appréciant pour la première fois le son subtil du vent qui soulevait le rideau à la fenêtre et le doux chant des grillons à l'extérieur. Il ferma les yeux et savoura le moment. Quand il les rouvrit, il tourna la tête vers le tireur et remarqua que celui-ci le regardait en souriant.
– Quoi?, demanda-t-il.
– Nah, rien…
Noctis souleva un sourcil.
– Je suis simplement content d'être là!, fit Prompto, tout sourire.
– Ouais… Moi aussi, je suis content que tu sois là.
Il passa une main dans ses cheveux dorés et les dépeigna de grandes secousses.
– Heyyyyy!, se plaignit le tireur. Fais attention à mon look!
Il agrippa son oreiller et l'écrasa d'un coup dans le visage de Noctis. Il ne devait pas avoir mesuré sa force, car, malgré le fait que son arme n'était composée que de plumes et de tissus, le coup fût étonnamment puissant et le jeune roi échappa un OUCHHHH sonore. Celui-ci s'assit vivement et, attrapant son oreiller à son tour, le balança d'un grand élan à la tête de son camarade.
Ce fut une étincelle dans un baril de poudre. Une demi-seconde plus tard et les deux se battaient, tout sourire, comme deux enfants espiègles. Prompto s'était levé sur ses genoux et, toujours armé de son oreiller, le rabattait à répétition sur la tête de Noctis, pendant que celui-ci essayait tant bien que mal de lui arracher. Quand il réussit enfin, il le lança à l'autre bout de la pièce, puis il attrapa les poignets du blond et, d'un mouvement habile, il le reversa et le plaqua sur le lit en tordant ses bras dans une position désagréable.
– Ha! Tu croyais réussir à battre ton roi!, se moqua-t-il.
– J'ai pas dit mon dernier mot!, répliqua le blond.
Prompto se démena sous lui et réussit à libérer un poignet qui lui permit de se retourner et de renverser subitement Noctis à ton tour. Avant même de se rendre compte de ce qui se produisait, le jeune roi se retrouva coincé sous un blond essoufflé, assit sur son ventre. La chaleur monta brusquement dans sa poitrine.
Mais il n'eut pas le temps d'analyser la situation en profondeur, car Prompto lui attrapa subitement les poignets et se prépara à lui faire, à son tour, une prise de soumission. Noctis dut se battre pour se libérer de sa solide poigne et après plusieurs tentatives infructueuses, il donna un coup de hanche désespéré vers le haut.
Il comprit immédiatement qu'il venait de commettre une erreur stupide.
Le tireur perdit l'équilibre et tomba vers l'avant, s'étendant poitrine contre poitrine sur Noctis, son visage glissant brièvement dans le creux de son cou.
Dans le corps du jeune roi, toute une série de réactions se produisit en chaîne. Il sentit le rouge monter dans son visage, ses tripes se contracter brusquement et, surtout, son bas-ventre s'embrasser. Il paniqua.
– Dégage!, dit Noctis.
Mais Prompto ne saisit pas l'urgence dans sa voix et continua le jeu, s'assoyant de nouveau sur son ami pour rattraper ses poignets et terminer sa prise. Le bas-ventre de celui-ci réagit de plus en plus fortement et son pantalon devint instantanément trop serré.
– J'ai dit dégage!, répéta-t-il.
Quand Prompto ne s'arrêta pas, il leva le ton.
– PUTAIN, DÉGAGE, J'AI DIT!
Cette fois-ci, le tireur s'arrêta subitement. Il se figea, toujours assit sur le ventre de son camarade, un air d'incompréhension sur le visage. Noctis le poussa brusquement de côté et se leva précipitamment.
– Merde, mais tu ne comprends jamais rien toi, bordel!, ragea Noctis.
Il sortit de la pièce, descendit l'escalier d'un pas colérique et se dirigea directement vers la salle de bain. Il avait absolument besoin de quelques minutes, isolé, pour… refroidir. Il ferma la porte avec plus de force qu'il ne l'avait voulu et elle claqua bruyamment.
Saloperie. Son corps l'avait trahi.
Il tourna en rond dans l'étroite salle de bain, se frottant le visage de ses deux mains, le pantalon affreusement inconfortable.
Il s'interdit de repenser à la scène qui venait de se produire. Au torse de Prompto écrasant le sien. À la chaleur de son corps pressé contre sa poitrine. Au contact de sa peau lisse et brûlante. À son souffle, glissant dans son cou.
Il s'interdit de s'imaginer en train d'enrouler ses bras autour de sa taille. De s'imaginer coller son nez dans le creux de son épaule. De s'imaginer sentir son odeur en inspirant doucement.
Il s'interdit de se demander quelle aurait été la sensation de l'embrasser.
Ce jour-là, caché dans la minuscule salle de bain, il s'interdit beaucoup de choses, mais en vérité, il fut complètement incapable de s'obéir. Il se maudit, non seulement pour ne pas avoir un meilleur contrôle de lui-même, mais aussi pour s'être mis dans cette situation en premier lieu. Comment pouvait-il être aussi imbécile.
Seigneurs, pensa-t-il, faites qu'il n'ait pas remarqué quoi que ce soit. Je vous en supplie.
Il lui fallut une période ridiculement longue pour que son coeur arrête de cogner à pleine force dans son torse et encore plus de temps pour que son corps ne retrouve sa température normale. Quand il se sentit de nouveau en contrôle, il sortit de la salle de bain en se promettant de ne plus jamais repenser à cet épisode de toute sa vie.
Il se rendit à la cuisine pour constater qu'Ignis et Aranea étaient tous les deux enfin réveillés, douchés et habillés de vêtements propres. Prompto était assis à la table. Il se tourna vers le jeune roi et son regard sembla l'analyser en profondeur. Il avait les joues rouges.
– Ça va?, demanda-t-il finalement.
– Ouais, grommela Noctis.
Celui-ci était affreusement gêné. Prompto semblait l'être tout autant, d'ailleurs.
– Je t'ai fait mal?, demanda le blond.
Noctis se rabattit avec soulagement sur cette excuse facile.
– Ouais…, mentit-il. Rien de grave, c'est déjà passé.
– Désolé…
– Ça va.
– Le petit roi s'est fait bobo?, demanda Aranea d'une voix moqueuse.
Noctis lui lança un regard haineux et la mercenaire lui répondit d'un large sourire narquois. Avant que le jeune roi ne puisse répondre, Ignis les gronda.
– Ne commencez pas, vous deux. Nous sommes alliés, maintenant. Ne l'oubliez pas.
Noctis roula les yeux, mais décida d'obtempérer gentiment et s'assit sur une chaise, aux côtés de Prompto. Pendant ce temps, Ignis posait sur la table des oignons verts et le nécessaire pour les couper.
– Tiens, Noct, peux-tu me donner un coup de main et hacher tout ça, s'il te plaît?
Il s'exécuta, mais ne put s'empêcher de constater qu'Aranea trouvait cette situation visiblement hilarante. Il s'énerva. Il n'arrivait pas à supporter cette femme : absolument tout ce qu'elle faisait ou disait s'infiltrait sous sa peau et s'attaquait à ses nerfs. Elle avait beau avoir participé au sauvetage de Prompto et aidé à ramener Ignis en un morceau, il n'arrivait pas à l'endurer.
Et c'était pire depuis qu'il l'avait vu enlacer Prompto… même s'il savait que c'était ridicule.
Il tenta de l'ignorer et de se concentrer sur sa tâche, mais après une bonne minute de discrets gloussements ininterrompus, il finit par perdre patience. Le couteau fit un bruyant CLAC quand il fut rabattu d'un coup sec sur la planche à découper.
– Qu'est-ce qui est si drôle, putain?!, cracha-t-il.
– Rien, rien du tout, fit-elle, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.
– T'as jamais vu un type hacher des légumes?!
– Tu ne dois pas avoir fait ça souvent… Tu tiens ton couteau comme un enfant. On dirait un bambin qui cuisine pour la première fois de sa vie.
Noctis sentit son visage rougir.
– Ouais, eh bien si j'ai pas fait ça souvent, c'est que j'avais autre chose à faire de mes journées.
– Évidemment, petit roi… Comme protéger ton royaume? On ne peut pas dire que ça t'a réussi.
Noctis se leva brusquement et sa chaise tomba à la renverse dans un bruit assourdissant.
– Répètes ça pour voir?!, hurla-t-il.
Il se serait lancé sur elle, mais la cuisine était tout d'un coup pleine de gens debout qui s'interposaient entre lui et la mercenaire. Prompto s'était placé entre les deux, les bras levés pour les garder séparés, pendant qu'Ignis retenait Aranea et que Gladio — qui était débarqué de nulle part — avait enroulé son bras autour de Noctis. Quelque part dans le chaos soudain, Biggs et Wedge étaient aussi apparus. Ça n'empêchait pas le jeune roi de hurler à gorge déployée des insultes d'une vulgarité sans précédente; Aranea répondait d'ailleurs de la même politesse.
– Arrêtez, vous deux!, cria Ignis par-dessus le vacarme. Ça suffit!
Ils n'obéirent évidemment pas et le conseiller dut crier à plusieurs reprises avant d'avoir enfin droit à une accalmie. Quand il sentit que le pire était enfin derrière eux, il relâcha la mercenaire et replaça ses lunettes sur son nez.
– L'empire serait ravi de vous voir vous en prendre ainsi l'un à l'autre, répondit-il. En fait, c'est exactement ce qu'il souhaite.
Aranea et Noctis se lançaient toujours des regards furieux, les dents serrées. Autour d'eux, l'air était vibrant de tension et leurs camarades restaient sur le qui vive.
– Vous êtes, continua Ignis, les deux personnes les plus puissantes et les plus dangereuses qui existent aux yeux du Niflheim. Je ne vous demande pas d'être amis, mais tout simplement de mettre vos rancoeurs de côté, au moins le temps que nous travaillons en équipe. Nous n'avons pas le choix. Nous ne pourrons pas combattre l'empire sans alliance.
Le sang du jeune roi bouillait toujours dans ses veines et provoquait des pulsions jusque dans ses tempes, mais il se retint de dire quoi que ce soit. Ignis avait raison et il devait absolument se contrôler.
Il lui sembla d'ailleurs que du contrôle, c'était exactement ce qui lui manquait affreusement aujourd'hui.
Il ferma les yeux et inspira profondément. Puis, il ramassa la chaise pour s'y asseoir, rattrapa le couteau et repris son travail de hachage sans rien dire, ignorant les échanges de regards derrière lui. Éventuellement, les autres se permirent de relâcher la pression prudemment. Ils s'assirent autour de la table, excepté Ignis, qui reprit son travail sur les oeufs qu'il était en train de battre et Aranea, qui s'appuya sur le comptoir, les bras croisés, le plus loin possible du jeune roi. Noctis préféra cela ainsi.
– Est-ce que tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit?, demanda Prompto à Ignis d'une petite voix.
– Oui, peux-tu sortir le jambon et le fromage du réfrigérateur, s'il te plaît?
Leurs voix étaient toujours tendues. En fait, toute la cuisine vibrait de malaise. Ce fut encore plus évident quand Prompto se leva pour aider : il était raide comme une barre.
Pendant les quelques minutes qui suivirent, personne n'osa prononcer le moindre mot. Noctis échappa un soupir bruyant et décida de briser le silence.
– Alors, quelles sont ces informations que vous avez découvertes à la base?
– Ce sont de mauvaises nouvelles, commença Ignis calmement.
Il tendit le bol d'oeufs à Noctis en lui faisant signe d'y ajouter ses oignons verts maintenant hachés. Le jeune roi s'exécuta silencieusement.
– Niflheim possède le cristal, annonça Ignis d'une voix grave. Il a réussi à le déplacer jusqu'à sa capitale.
– Quoi?! Comment c'est possible?
Le cristal était un artefact magique très puissant que seuls les membres de la famille royale des Caelum pouvaient approcher sans danger. En sa présence, le commun des mortels devenait malade rapidement et mourait dans les heures ou les jours suivant son exposition. Plusieurs légendes racontaient comment le cristal était venu à Insomnia et avait été confié à la famille royale, mais la vérité était que personne ne savait trop comment il y était arrivé. Simplement qu'il avait toujours été là.
– Nous ne savons pas exactement comment ils ont réussi l'exploit, mais ce qui est certain, c'est que le cristal est bel et bien en leur possession. L'empire l'utilise pour raccourcir les journées.
– Putain de merde…., murmura Gladio.
– Ça expliquerait pourquoi il fait nuit si tôt ces temps-ci…, ajouta Prompto en tournant la tête vers la fenêtre.
– Effectivement, confirma Ignis. C'est le cristal qui régularise les jours et les nuits.
Il attrapa un poivron rouge et commença à le couper minutieusement en petits cubes.
– Nous avons trouvé les plans d'un espèce de dôme, continua-t-il. Ils sont en train de le construire autour du cristal pour bloquer son pouvoir. Une sorte d'abri anti-nucléaire, en quelque sorte… Plus que la construction avance, plus que la magie du cristal est stoppée. Quand ils l'auront terminé, il n'y aura probablement plus de jour du tout.
– Et pourquoi l'empire voudrait-il d'une nuit éternelle?, demanda Noctis.
– Pour utiliser ses daemons sans contrainte de temps, bien sûr, fit la voix tranchante d'Aranea, comme s'il était un parfait imbécile.
Et voilà. Une seule phrase et l'envie de lui arracher la tête était déjà de retour.
– La révolution épuise l'empire, continua-t-elle. Les émeutiers ne font pas dans la dentelle et tous les jours, de plus en plus de leurs soldats tombent au combat. Évidemment, leur nombre n'est rien comparativement à celui des morts chez les rebelles, mais pour le Niflheim, c'est quand même un problème. La beauté à leurs yeux, c'est que contre des daemons, ces civils ne peuvent rien faire.
– Le seul problème que pose ce type d'armes, ajouta Ignis en ajoutant calmement les poivrons à sa mixture, c'est que l'empire ne peut les utiliser que pendant la nuit. En éliminant le jour, il règle le problème. Il obtiendra alors un avantage militaire exceptionnel et plus rien ne pourra l'arrêter.
Autour de la table, un lourd silence se posa. Ignis déposa une poêle à frire sur la cuisinière et y ajouta du beurre.
– Alors, qu'est-ce qu'on fait?, demanda Prompto.
– Il est certain que tant que l'empire utilisera ses daemons, nous sommes désavantagés, expliqua Ignis. Si nous voulons passer à l'offensive, il faudra tout d'abord régler ce problème avec le cristal.
Il versa une partie du contenu de son bol dans la poêle et le beurre crépita.
– En d'autres mots…, fit Gladio, nous allons rendre une petite visite à l'empire? Directement dans sa capitale, à Gralea?
– Ça sera probablement nécessaire, répondit Ignis. Mais il nous faut un plan solide.
Noctis pensa à leur offensive improvisée et complètement catastrophique de la première base militaire. S'ils y avaient appris quelque chose, c'est qu'effectivement, avoir un plan était important. Et cette fois-ci, il ne s'agissait plus que d'attaquer une simple base. C'était littéralement de s'infiltrer derrière les lignes ennemies.
– Le dôme, à quoi ressemble-t-il?, demanda soudainement Wedge.
Noctis avait presque oublié sa présence.
– Nous avons ramené les plans, fit Aranea. Attends, je vais te les chercher.
Elle alla dans l'une des chambres et revint avec de grandes feuilles qui avaient été pliées à la hâte. Wedge les déplia sur la table et il se pencha immédiatement par-dessus avec Biggs.
– Nous sommes chanceux, fit Aranea à l'intention de Ignis, nous avons les meilleurs ingénieurs d'Eos de notre côté. S'il y a une moindre faiblesse dans ce dôme, ils vont la trouver.
– Même si nous réussissons à détruire cette structure, fit Gladio, qu'est-ce qui empêcherait l'empire de la rebâtir aussitôt?
– Voilà pourquoi je crois qu'il s'agira d'une question de vitesse, répondit Ignis. Il faudra passer à l'offensive immédiatement, avant qu'ils ne puissent avoir la chance de reprendre la construction.
Il déposa le jambon et le fromage sur son omelette qu'il plia ensuite en deux. L'odeur qui s'en dégageait était alléchante.
– Passer à l'offensive, ça veut dire quoi au juste?, demanda Prompto. On est que sept contre une armée entière…
– Non, nous ne sommes pas que sept, répondit Aranea. Partout au pays, des rebelles se battent tous les jours contre l'empire. Ils sont avec nous.
– Mais, ce ne sont que des civils armés de bâtons et de pierres, contre des militaires entraînés et des cyborgs…
– Pour l'instant. Mais on peut arranger ça. J'ai toujours des contacts au sein de l'empire et je pourrais mettre la main sur des armes pour les distribuer aux rebelles.
– Il faudra agir rapidement, commenta Ignis en glissant l'omelette dans une assiette.
Il la tendit à Aranea qui le remercia d'un petit sourire. Elle s'appuya sur le comptoir et mangea debout.
– À chaque minute qui passe, des citoyens meurent, continua le conseiller en versant de nouveau la mixture dans la poêle pour débuter une deuxième omelette. De plus, le risque que nous soyons capturés augmente aussi. N'oublions pas que l'empire nous recherche activement : il faut donc agir avant qu'il nous retrouve.
Wedge, qui murmurait avec Biggs depuis un bon moment en pointant ici et là sur le plan, s'exclama soudainement :
– Oui, ça pourrait très bien fonctionner!
Les deux ingénieurs ne semblèrent pas avoir remarqué les regards qui s'étaient tournés vers eux. Ils étaient à présent trop excités pour se contenter de murmurer et évoquaient des mots complexes qui sonnaient aux oreilles de Noctis comme une langue étrangère.
– Qu'est-ce qui pourrait très bien fonctionner?, demanda finalement Aranea.
– Des feuilles à base de cyclonite, placées à l'intérieur du dôme! Si on en place à des endroits stratégiques, expliqua Biggs d'une voix enthousiaste en pointant différents endroits sur le plan, on peut les faire sauter et tout le dôme s'effondrerait!
– Il faut juste trouver une façon pour les connecter entre elles, ajouta Wedge en frottant du bout des doigts sa barbe.
– …et trouver une façon pour les installer, fit Biggs, l'air soudainement grave. L'intérieur du dôme est composé de murs lisses, personne ne peut grimper ça.
– Ça, ça ne sera pas un problème, fit Noctis. Je peux me téléporter facilement. Je les poserai.
Les deux hommes levèrent des yeux surpris vers lui, comme s'ils avaient oublié qu'il possédait des pouvoirs magiques.
– Messieurs, demanda Ignis tout en glissant la nouvelle omelette dans une assiette, seriez-vous capable de fabriquer le nécessaire pour faire sauter le dôme?
– Oui!, s'exclamèrent en même temps les deux hommes.
– En combien de temps?
– Donnez-nous… trois jours, environ, répondit Biggs.
– Faites-le en deux, fit Aranea.
Les deux hommes s'échangèrent un bref regard, visiblement hésitants, mais ils n'argumentèrent pas.
– Alors, très bien, fit Ignis. Préparez le matériel.
Il posa ses deux mains sur la table et son regard devint déterminé.
– Et dans deux jours, Noct, Gladio, Prom et moi, nous partons pour Gralea. Nous détruirons le dôme.
Dans la pièce, un silence mortel tomba comme un couperet.
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Jamais, de toute sa vie, Noctis n'aurait imaginé mettre les pieds à Gralea, en plein centre de la nation ennemie. Cette idée le terrifiait et l'excitait à la fois. Il était effrayé à l'idée d'aller dans un endroit si hostile, comme s'il sautait volontairement dans la gueule du loup, mais ne pouvait s'empêcher d'être heureux de pouvoir enfin s'attaquer au Niflheim de façon efficace.
Ils étaient restés debout jusqu'à une heure tardive de la nuit à peaufiner les détails de leur plan. Cette fois-ci, ils ne laisseraient rien au hasard. Et bien qu'il détestait toujours Aranea, Noctis devait avouer qu'elle était plus qu'utile dans la lutte contre l'empire.
Pour la mercenaire et ses amis Biggs et Wedge, les deux prochains jours seraient chargés. Les ingénieurs possédaient un court laps de temps pour fabriquer une série de petites bombes d'une grande complexité. Elles devaient être légères, discrètes, adhérentes aux parois lisses et, bien sûr, avoir une capacité de destruction relativement élevée. Elles devaient aussi posséder un déclencheur, ou du moins un minuteur : ils avaient décidé, après en avoir discuté longuement, que l'effet de surprise serait un de leur atout et qu'il était préférable d'attendre le meilleur moment — c'est-à-dire quand les rebelles, nouvellement armés, seraient prêts à contre-attaquer — pour détruire le dôme et forcer la levée du jour.
Aranea, de son côté, devait mettre la main sur le fameux cyclonite, cet élément explosif dont avaient de besoin les deux ingénieurs pour compléter leurs bombes. Elle devait aussi organiser les détails de l'infiltration en tant que tel : créer de fausses identités pour les quatre Lucisiens, dénicher des billets de trains et trouver des habits niflhes qui leurs permettraient de passer inaperçus.
Si tout allait bien, au bout de ces deux jours, Noctis, Gladio, Ignis et Prompto seraient fins prêts pour entrer au Niflheim incognito. Ils se faufileraient jusqu'à la capitale, poserait les bombes sur leur cible et reviendraient ni vus ni connus. Et pendant leur mission d'infiltration, Aranea, Wedge et Biggs seraient chargés de voler les armes nécessaires aux rebelles et d'organiser la résistance.
C'était un plan affreusement complexe qui aurait certainement nécessité plus de temps non seulement à l'organisation, mais aussi à la réalisation. Malheureusement, le temps était un luxe qu'ils ne possédaient pas.
Noctis ne pouvait qu'espérer que la chance soit de leur côté.
Le jeune roi soupira et se retourna dans son lit étroit pour la centième fois depuis qu'il était allé se coucher. Il avait demandé à Ignis s'ils pouvaient échanger leurs places pour la nuit, car il ne voulait absolument pas dormir aux côtés du blond après les événements de l'après-midi. Son conseiller avait semblé surpris, et Prompto aussi d'ailleurs — il était juste derrière lui à ce moment-là —, mais le jeune roi avait raconté qu'il avait eu du mal à dormir la nuit précédente parce que le tireur ronflait. C'était une excuse bidon, mais il n'en avait pas trouvé de meilleure.
– Quoi?!, s'était exclamé Prompto. Je n'ai jamais ronflé de toute ma vie!
– Eh bien maintenant, tu ronfles. Félicitations, tu as atteint la quarantaine.
Il l'avait dit en blague, mais le blond de l'avait pas ri. En fait, il avait fixé Noctis d'un air choqué, ses yeux l'étudiant comme s'il était convaincu qu'il s'agissait d'une fausse excuse.
Ce qui, en fait, était le cas. Mais il ne pouvait naturellement pas avouer la vraie raison qui le forçait à s'éloigner du blond.
Ses pensées le gardèrent réveillé affreusement longtemps et lorsqu'il finit enfin par s'endormir, il devait être déjà quatre ou cinq heures du matin.
Il fit une série de rêves qui n'avaient absolument aucune logique. Dans l'un d'entre eux, il était dans un centre commercial à Insomnia et faisait les magasins avec Prompto. Le blond voulait absolument acheter une poule et Noctis lui répétait sans cesse qu'il ne trouverait pas ce genre de choses à cet endroit. Pourtant, à sa grande surprise, ils débouchèrent dans un commerce dont le plancher était couvert de foin doré, sur lequel se promenaient des chèvres, des ânes, des chocobos et, bien sûr, des poules. Prompto devint excité comme un gamin.
– Noct! C'est Robocop!
La poulette brune courut vers eux de sa démarche gauche en battant des ailes d'enthousiasme et Prompto l'attrapa dans ses bras. Noctis ressentit une joie incalculable dans sa poitrine, non seulement parce qu'il était heureux de revoir leur ancienne camarade vivante, mais aussi parce que voir son ami si rayonnant l'emplissait d'une béatitude délicieuse. Son large sourire et ses yeux pétillants le rendaient complètement irrésistible et Noctis se sentit fondre quand le blond se tourna vers lui, le regard plein d'étoiles.
– Tu veux la prendre?, demanda le blond.
Il n'attendit pas la réponse et s'approcha du jeune roi pour glisser prudemment Robocop dans ses bras, comme s'il s'agissait d'un fragile nouveau né. Noctis la colla contre sa poitrine.
La poule se détendit étrangement, au point où sa tête finit par tomber vers l'avant. Noctis fronça les sourcils.
– Qu'est-ce qu'elle a?, demanda Prompto.
Le jeune roi la retourna et découvrit avec horreur qu'elle était couverte de sang poisseux qui imbibait ses plumes d'un rouge criard. Ses ailes tombèrent mollement et sa tête se renversa vers l'arrière. Le coeur de Noctis se mit à cogner fortement, la panique emplissant ses veines.
– Noct!, s'exclama Prompto.
Noctis était soudainement terrorisé. Il secoua la poule pour la réveiller, mais le sang continuait de couler encore et encore, au point où il se mit à dégouliner le long de ses bras comme si on avait ouvert un robinet.
– NOCT! Aide-moi je t'en supplie!
Noctis releva brusquement la tête. Le centre commercial et les animaux avaient disparu. Ils étaient maintenant dans une pièce sombre, entourés de murs de béton oppressants, dont la vieille peinture, anciennement blanche, était si écaillée qu'elle ne couvrait plus qu'une petite section des parois. Une seule ampoule pendouillait du plafond et créait des ombres noires comme de l'encre.
Prompto était à genoux au milieu de la pièce, les mains attachées au-dessus de sa tête par une longue chaîne qui montait jusqu'au plafond. Ses bras et son visage étaient zébrés de coupures, comme si on l'avait fouetté.
« PROM! », tenta de crier Noctis, mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Noctis voulut s'approcher, mais il se rendit compte qu'il était séparé de lui par une espèce de barrière transparente dont il ne pouvait pas voir le début ou la fin. Il frappa à grands coups sur celle-ci, mais aucun bruit n'en émergea.
De l'autre côté, le blond avait la tête penchée vers l'avant et respirait bruyamment. Un soldat impérial sortit alors de l'ombre, marchant lentement vers de tireur, son armure résonnant bruyamment à chaque pas contre les parois de béton.
« Non… Non… », marmonna Noctis.
Noctis paniquait à tel point qu'il était incapable de respirer. Il continua de frapper sur l'espèce de vitre et cria le nom de son camarade, mais de ce côté de la paroi translucide, le silence s'imposait horriblement.
Le soldat attrapa une pleine poignée de cheveux blonds et tira pour forcer le tireur à relever la tête. Son visage était blême et couvert de sueur, et des coupures profondes lacéraient ses joues, ses lèvres et l'arrête de son nez. Le Niflhe se pencha vers lui.
– Où est le roi Noctis?, demanda-t-il d'une voix étrangement déformée.
Sa victime ne répondit pas.
– Où est le roi?, répéta le soldat.
« Je suis ici! », tenta de hurler Noctis. « Laisse-le tranquille! Arrêtez! Je suis ici! »
Prompto garda le silence. Il était toujours conscient, mais on aurait pu croire qu'il était évanouit, car sa tête retomba mollement vers l'avant quand le soldat lâcha ses cheveux, comme si ses muscles n'avaient plus aucun tonus.
Le Niflhe se rendit à une table sur laquelle étaient alignés plusieurs outils horrifiants, mais son choix s'arrêta sur une longue lame massive. La gorge de Noctis se contracta quand il reconnut sa propre épée.
« Non! Non! »
Le jeune roi frappa sur la vitre à grands coups de poings, de toutes ces forces, encore et encore, jusqu'à ce que la peau sur ses jointures se fissura et que du sang glissa sur la barrière translucide. Noctis ignora la douleur. Il n'arrêta pas ses gestes paniqués, espérant à tout prix que la vitre cède, alors que le soldat se déplaçait lentement vers le blond, menaçant, le bout de la lame frottant le sol dans un bruit crissant. Ce dernier s'immobilisa devant le tireur et aligna la pointe de l'épée sur la poitrine de sa victime.
Puis, il enleva son casque métallique et tourna la tête pour regarder Noctis en souriant. Le jeune roi se figea.
C'était Ardyn.
Le chancelier ne dit rien. Toujours souriant, il regarda une dernière fois Prompto, puis, leva l'épée pour prendre son élan.
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Comme toujours, merci pour votre soutien! :)
- Charlie
xx
