Chapitre X : Guet-Apens :
Depuis combien de temps n'avait-elle ni dormi ni mangé … Tisiphone était incapable de le dire : trois, quatre jours ? Peut-être plus. Elle était sur le terrain depuis tellement longtemps qu'elle ne le savait plus. La fatigue se faisait plus pesante à chaque instant, la tension aussi. La présence de Maugrey constamment sur son dos n'arrangeait rien. Ce qui la rassurait quelque peu, c'était que tous les autres Aurors étaient dans le même état qu'elle.
Ils se trouvaient maintenant au sud de l'Angleterre, quelque part près de la mer. La sorcière pouvait entendre le bruit du ressac et sentir les effluves salés de la mer. Ils étaient sur la trace de Mangemorts qui laissaient dans leur sillage mort et désolation. Combien de villages moldus avaient-ils traversés et qui n'étaient plus que cendres et ruines. Tisiphone en avait perdu le fil. De toute façon, elle savait que Alastor tenait une comptabilité très serrée des victimes et des dégâts …
La nuit venait de tomber depuis quelques heures. Les premières récriminations pour faire une pause commençaient à se faire entendre. Caradoc pestait contre l'absence de repas. Alice et Tisiphone restaient silencieuses mais espéraient en vain que Maugrey se montre raisonnable et humain et leur accorde un court répit. C'était sans compter la ténacité de l'Auror.
Allez ! cria-t-il ! Dépêchez-vous !
Il s'était retourné et faisait les gros yeux à Caradoc qui s'était une nouvelle fois arrêté.
Pourquoi ne pas se transplaner ? Je suis sûr que tous les autres groupes le font …
C'est ça ! Et pour se retrouver dans un piège ! Et pour manquer des indices importants … Et puis quoi encore ! Un peu de courage !
Voyant peut-être les mines découragées ou entendant la réflexion d'Alice qui se demandait comment cela se passerait s'ils tombaient sur les Mangemorts dans cet état, Alastor se ravisa.
Nous ferons une halte dans ce village qu'on aperçoit là-bas …
Effectivement, loin devant eux, un petit village était niché près des hautes falaises qui surplombaient la mer grise. Malgré l'obscurité, le village était bien visible : de nombreux feux brûlaient sur l'horizon. Ils savaient ce qu'ils y découvriraient … le même tableau morbide.
Ils pressèrent donc le pas, malgré la neige épaisse qui tentait de les ralentir.
Le ciel était clair : la lune décroissante se découpait comme une énorme faux, menaçante. Les étoiles étincelaient d'une lumière froide et paraissaient même antipathiques. Le grondement de la mer se faisait plus fort.
Finalement, les Aurors arrivèrent au village. Lui aussi avait subi les foudres des partisans de Voldemort. Les maisons n'avaient pas été dévastées comme en Ecosse, mais une grande majorité avait été brûlée et saccagée.
Un chien enchaîné à sa niche aboya à l'approche des sorciers. Caradoc eut pitié de la pauvre bête et fit sauter sa chaîne. L'animal, trop heureux de sa liberté retrouvée, jappa de plaisir et se mit à suivre son libérateur en remuant la queue. Alastor leva les yeux au ciel et se mit à maudire la bestiole.
Caradoc, débarrasse-toi-en. Nous allons nous faire repérer à des kilomètres à la ronde.
Je n'y peux rien.
Fais-le au moins taire, lui proposa Alice.
Le sorcier acquiesça et jeta un silentio à l'animal. Un peu surpris de ne plus faire de bruit, il n'abandonna pas pour autant son nouvel ami.
Tout comme en Ecosse, ils trouvèrent les cadavres entassés. Cette fois, ils étaient tous sur la place du village.
Alice détourna les yeux un moment, ce spectacle, elle l'avait trop vu ces derniers jours.
Nous passerons la nuit ici, décréta soudain Maugrey. Nous devons vraiment nous reposer. Mais attention, vigilance constante : nous monterons la garde à tour de rôle.
Il regarda tous les sorciers un par un.
Je commencerais, ensuite ce sera au tour d'Argos puis de Caradoc et enfin d'Alice.
Ils choisirent un petit coin à l'abri du vent, entre deux pans de murs écroulés. Caradoc aurait préféré être à l'intérieur d'une maison qui tenait encore debout, mais Alastor n'avait rien voulu savoir : c'était trop risqué. Au moins dehors, ils pouvaient avoir une vue dégagée.
Alice récupéra un gros morceau de bois enflammé. A défaut d'un toit, ils auraient un peu de chaleur.
Ils s'assirent en silence près du feu. Personne ne parlait, ils étaient trop exténués. Alastor fit apparaître un petit chaudron et prépara du thé.
Le liquide brûlant fit du bien à tout le monde. Mais il ne les réchauffa pas longtemps : le froid hivernal s'infiltrait partout.
Tisiphone se blottit un peu plus dans sa cape noire. Alice se tourna vers elle en souriant.
Tu as une jolie épingle, lui fit-elle remarquer soudain.
Tisiphone baissa les yeux sur la fibule de Lucius.
Oui, c'est un cadeau d'un … ami.
Tu en as de la chance ! Moi celui qui m'offre ce genre de bijou, je l'épouse tout de suite !
Tisiphone ne répondit rien mais fit une étrange moue.
Le silence se fit de nouveau.
Caradoc grogna quelques mots, comme quoi il était temps de se reposer un peu. Il se roula dans sa cape, pestant contre le fait qu'il aurait été plus facile de se transplaner quelques heures pour dormir au chaud. L'épagneul breton qu'il avait délivré s'était couché à ses pieds et fermait les yeux.
Oui ! C'est ça … Et notre mission dans tout ça ! râla Alastor. Si tu ne veux pas dormir ici, on peut continuer à avancer.
C'est bon … marmonna Caradoc.
Tous excepté Maugrey fermèrent les yeux et tentèrent de se reposer … malgré la dureté du sol et le froid.
Mais la fatigue aidant, un profond sommeil les saisit.
Une brutale secousse sortit Tisiphone de sa demi-torpeur. Elle ouvrit les yeux et se retrouva face à face avec le visage de Maugrey, tout zébré de cicatrices.
C'est ton tour, murmura-t-il. Tâche d'ouvrir l'œil et de bien faire ton travail.
Elle ne lui répondit rien, mais le fusilla du regard. Elle se leva et alla s'asseoir de l'autre côté du feu, contre le mur.
Alastor la suivit du coin de l'œil.
Sors ta baguette … la sermonna-t-il.
Elle est sous ma cape, à portée de main, répondit-elle du tac au tac. Je ne vais pas me geler les doigts pour rien …
Vigilance constante, lui rappela une dernière fois Maugrey.
Le sorcier s'était assis à la place de Tisiphone à côté d'Alice. Caradoc ronflait et ne bougeait plus.
Par-dessus les flammes dansantes, Tisiphone pouvait voir le regard perçant de Maugrey qui ne cessait de la fixer. Elle émit un petit claquement de langue énervé. Il sursauta, la baguette à la main.
Qu'est-ce que c'était ?
Rien, répondit Tisiphone excédée. Juste moi …
Et ça rimait à quoi, ce bruit ?
A rien, répéta-t-elle.
Oui, c'est ça … ce n'était pas plutôt un signal pour tes petits copains.
Tisiphone préféra ne pas répondre, surtout ne pas entrer dans le jeu de Maugrey. Il n'attendait que ça. Il serait le premier à se lasser … du moins l'espérait-elle …
Les minutes s'égrenaient, lentes et glacées.
Dans les cieux ténébreux, la valse silencieuse des étoiles continuait, malgré les nuages qui recommençaient à s'amonceler.
Tout était calme. Les derniers feux des incendies mourraient doucement. Leurs lueurs orangées en étaient presque rassurantes dans l'obscurité de l'hiver.
Tisiphone gardait les yeux fixés sur les flammes dansantes dans le vent. Elles avaient quelque chose d'hypnotique.
Tisiphone secoua la tête, elle avait failli s'endormir. De l'autre côté, Maugrey ne dormait toujours pas, il surveillait la sorcière.
Elle se replongea dans sa rêverie. La lune était maintenant totalement cachée par les nuages, les étoiles étaient mangées unes à unes par les ténèbres. Le vent se leva. Les flammes dansaient de plus belles. Une nouvelle fois, elles avaient manqué de peu d'emmener Tisiphone dans les bras de Morphée.
Elle décida de faire quelques pas. Maugrey avait fermé les yeux, elle espérait qu'il dormait. Sinon, elle sentait qu'il serait capable de l'accompagner. Elle ne pouvait plus le supporter.
Elle s'éloigna à regret de la douce chaleur du feu.
Leur campement n'était qu'à quelques pas seulement de la falaise. Elle s'y rendit.
En contrebas, les vagues venaient s'écraser avec violence contre les rochers noirs. Leurs sommets étaient bordés d'écume que le vent venait arracher avec violence.
La mer.
Cela faisait longtemps que Tisiphone ne l'avait plus contemplée. Ici elle était sombre, froide et hostile, totalement étrangère à sa mer Egée, si bleue, si claire. Pourtant, elle avait quelque chose de fascinant, de mystérieux aussi. Elle pouvait garder tous ses secrets … Tisiphone savait que tôt ou tard, elle serait forcée d'en percer au moins un mystère …
Le vent jouait avec les longs cheveux de la sorcière. Elle frissonna et se décida à retourner près du feu. Il ne manquait plus que Maugrey se réveille et ne la trouve plus à son poste … ce serait le bouquet.
Elle jeta un dernier coup d'œil aux flots et rebroussa chemin.
Elle s'assit sans bruit, Maugrey n'avait pas bougé.
Plus que quelques minutes à tenir …
Là-haut dans le ciel, un froufrou discret se fit entendre. Alastor sursauta, se releva la baguette à la main. Tisiphone avait levé les yeux. Elle aperçut la silhouette sombre d'une grosse chouette. Un éclair bleuté avait jailli de la baguette du sorcier. Mais l'oiseau, plus rapide, était déjà loin. Alastor pesta.
Ce n'est qu'un oiseau, marmonna la sorcière. Un simple et vulgaire oiseau.
Ou p'être un Mangemort métamorphosé … On ferait mieux de lever le camp.
Et pour aller où ? demanda Tisiphone.
Elle aussi s'était levée et faisait face à Maugrey.
Leur dispute venait de réveiller Alice et Caradoc. Le chien, lui, dormait toujours.
Que se passe-t-il ? demanda l'Auror en grognant.
Un simple désaccord entre Maugrey et moi … Il a vu une chouette, lui a lancé un sort, l'a raté et pense que c'est un animagus et qu'il faut donc partir …
Allons Maugrey, Tisiphone a raison, intervint Alice. Il fait nuit, quoi de plus normal qu'une chouette … Si ça avait été un autre oiseau, je dis pas … mais là …il ne faut pas exagérer.
Elles ont raison, ajouta Caradoc. Allez, recouchez-vous, je vais prendre mon tour de garde.
Alice et Tisiphone ne se firent pas prier. Maugrey, lui, refusa tout net et décida de monter la garde avec Caradoc.
Tisiphone sursauta. Des murmures l'avaient tirée de son sommeil. Elle se leva d'un bond. Alice était debout de l'autre côté du feu. La baguette tendue devant elle. Maugrey réveillait discrètement Caradoc.
Le ciel peu à peu s'éclaircissait. L'aube se levait doucement. Une brume grise s'élevait de la mer et envahissait lentement les lieux.
Que se passe-t-il, chuchota Tisiphone.
Je crois que nous avons des invités …
Alice montra du doigt, une maison un peu à l'écart du village. Elle était à moitié éboulée. Pendant un court instant, la sorcière crut voir une furtive silhouette. Puis la brume arriva et vint tout recouvrir.
On se sépare, marmonna Maugrey. Et n'oubliez pas : vigilance constante !
Une nouvelle fois, il fut pris au dépourvu : Alice et Tisiphone venaient de faire équipe et avaient déjà disparu.
Le vent poussait la brume. Cela arrangeait les affaires de tout le monde pour progresser secrètement, mais elle était si épaisse que n'importe qui pouvait se cacher dedans.
Alice ne s'était pas trompée. A la faveur de la brume mouvante, les deux sorcières aperçurent des silhouettes qui avançaient silencieusement, et ce n'était pas celles de Caradoc ou de Maugrey.
Il y eut tout à coup des éclats de voix et loin, sur leur droite, des éclairs jaillirent. Le combat venait de commencer.
Les deux sorcières avançaient côté à côté se demandant quand les attaquants allaient leur tomber dessus. Une maison se dressa devant elles, elles se séparèrent, chacune passant d'un côté de l'obstacle.
La brume était plus épaisse.
La maison semblait interminable.
Il n'y avait plus aucun bruit, même la mer s'était tue.
Soudain, les filets de brume s'écartèrent. Tisiphone fit quelques pas et se retrouva dans un espace dégagé. Aucune trace d'Alice. Elle se retourna vers le côté d'où elle était censée arriver. Elle attendit quelques instants et ne la voyant toujours pas réapparaître, elle fit demi-tour et emprunta le chemin sur lequel s'était engagée l'Auror.
Elle n'eut pas beaucoup à marcher. Un corps était étendu à terre. Tisiphone savait que c'était un piège, mais elle s'élança tout de même.
C'était bien Alice au sol, simplement évanouie. Soudain, Tisiphone sentit une présence dans son dos, elle se retourna lestement.
Là où il n'y avait que de la brume auparavant, se tenaient désormais quatre silhouettes toutes de noires vêtues, le visage caché derrière un masque.
Tisiphone recula de quelques pas, son dos heurta le mur. Les sorciers s'étaient déployés autour d'elle, ne lui laissant aucune chance de fuite. De toute façon, ce n'était pas son genre de fuir … au contraire.
Etrangement, aucun des Mangemorts ne tenta quelque chose contre Tisiphone.
Peut-être que Lucius avait eu raison de lui offrir cette fibule. Elle était certaine que le bijou y était pour quelque chose.
Il y eut des murmures dans les rangs et soudain, ceux-ci se séparèrent.
Le sorcier qui venait de lui arriver ne la regarda même pas, il se tourna sur sa droite et interpella l'homme qui était face à lui.
Pourquoi vous ne vous occupez pas de celle-là ?
Tisiphone sursauta, elle avait reconnu sans peine cette voix hautaine.
On ne peut pas, répondit une voix bourru.
Vous ne pouvez pas ?
Le sorcier secoua la tête en guise de réponse, puis ajouta :
Elle porte un Ophiciane …
Le grand sorcier daigna enfin se tourner vers elle.
Tisiphone était certaine que, sous son masque, un grand sourire cruel venait de naître.
Quelle bonne surprise, murmura-t-il. Je vois que tu es vraiment pleine de ressources … insoupçonnées.
La sorcière ne répondit rien. Ses yeux devenus d'un bleu foncé presque noir lui lançaient des éclairs.
Laissez-nous ! décréta soudain le Mangemort.
Mais … protesta l'un d'entre eux.
Laissez-nous ! Allez plutôt vous occuper des autres … Ne discutez pas !
Le ton était sans concession ; il n'avait même pas pris la peine de se retourner vers ses camarades.
Les quatre Mangemorts disparurent dans la brume.
Jolie fibule, commenta le Mangemort.
N'est-ce pas, Sebastian … répliqua Tisiphone.
Il éclata de rire.
Plus besoin de ça … ajouta-t-il.
Il fit disparaître sa cagoule qui masquait son visage. Ses yeux noirs brillaient d'une lueur meurtrière.
Jamais je n'aurais songé que tu puisses récupérer pareil objet … Joli cadeau que t'as fait mon imbécile de cousin … ajouta-t-il. T'a-t-il au moins expliqué ce que c'était ?
Non, avoua Tisiphone.
C'est un Ophiciane. Il n'en existe que très peu … Elles n'ont pas vraiment de pouvoir magique … La personne qui la porte est … comment dire … intouchable … car protégée par ce qu'elle représente …
Que vas-tu faire alors ? le défia Tisiphone. Me l'enlever et te débarrasser tranquillement de moi comme si de rien n'était ?
Ce n'est pas aussi simple que ça …
Et si, moi, je décide de m'en séparer ?
Ses yeux luisaient d'une étrange lueur de colère.
Même si tu parvenais à l'ôter – ce dont je doute – tu n'as pas trop à craindre pour ta vie …
Et pourquoi ne pourrais-je pas l'enlever ?
Sebastian éclata de nouveau de rire.
Il ne t'a vraiment rien dit ? Il fait vraiment un mauvais mentor … Laisse-moi donc t'instruire … L' Ophiciane détecte en quelque sorte les intentions des personnes qui sont face à toi. Tant qu'il y existe un danger potentiel, impossible pour toi d'enlever la fibule. De même si quelqu'un voulait te l'ôter cela lui serait impossible s'il en avait après toi … Tu es donc intouchable …
Tisiphone baissa les yeux vers le bijou. Le soleil naissant derrière les bancs de brume faisait étinceler les yeux d'émeraude des serpents. Elle joua quelques instants avec le fermoir de l'épingle. Sebastian n'avait pas tort : impossible de l'ouvrir.
Il ne fut pas dupe de son petit manège.
Je vois que tu n'es pas venu là pour discuter avec moi …
Effectivement.
Que veux-tu alors ? Que fais-tu ici ?
Pour être honnête avec toi, je ne pensais pas te trouver dans un tel endroit avec cette bande d'incapables du Ministère …
Que croyais-tu ? Que j'allais rester au Ministère dans un bureau poussiéreux alors qu'ils ont besoin de tant de monde sur le terrain ?
C'est vrai, j'ai parfois du mal à penser que tu es Auror …
Pendant toute cette conversation, aucun des deux n'avait lâché sa baguette. Elles étaient toujours pointées sur l'autre.
- Que va-t-il se passer maintenant ? demanda Tisiphone.
Excellente question !
Tu ne peux pas me tuer … alors quoi ?
C'est vrai, je ne peux pas te tuer … pas encore du moins …
C'est donc ce qui est prévu pour moi ? Une fois mon travail accomplis : disparaître …
Cela est bien possible … mais dépendra aussi de toi …
Tu crois que je pourrais rejoindre vos rangs ?
Tisiphone le regardait avec étonnement.
Laisse-moi te montrer la meilleure voie pour toi !
Il ne visait plus Tisiphone, sa baguette était désormais pointée sur le corps étendu d'Alice.
Ne la touche pas ! hurla Tisiphone.
Sebastian fut plus rapide qu'elle. La baguette de la sorcière fut éjectée de sa main.
Accio, hurla-t-elle.
Une nouvelle fois, le sort de Sebastian la toucha de plein fouet. Tisiphone se retrouva projetée contre le mur de pierre, incapable de bouger, ses pieds ne touchant même plus le sol.
Tu es pathétique, murmura Sebastian.
Et toi, tu n'es qu'un lâche. C'est tellement plus facile de s'en prendre à une Auror inconsciente ou paralysée …
Et que dire de toi ?
Sebastian s'est rapproché de Tisiphone. Elle pouvait sentir la pointe glacée de sa baguette contre son cou.
Tu n'es rien … rien du tout …juste une pitoyable petite sorcière … qui ne sait même pas distinguer ses alliés de ses ennemis …
Que sous-entends-tu par là ?
Que fais-tu avec cette bande de minables … demanda-t-il en montrant Alice. Tu pactises avec eux …
Est-ce mieux que de pactiser avec les tiens ?
Ouvre donc les yeux ! Petite idiote ! Pose-toi donc la question : qui a tué Daëron ?
La baguette de Sebastian descendit le long de sa gorge, écarta les pans de sa cape puis le col de sa robe.
Et demande-toi également qui t'as fait subir ça, ajouta-t-il en dévoilant un morceau de peau blanche zébrée de cicatrices.
Je n'ai rien à faire de tes conseils, je sais très bien où je vais et ce que je fais !
La fureur avait envahi les traits de la sorcière.
Et je t'interdis de prononcer le nom de mon mari ! lui hurla-t-elle au visage.
Pourquoi ?
Un grand sourire moqueur se dessinait sur le visage du sorcier.
Qu'est-ce qui te touche le plus ? Qu'est-ce qui te fait souffrir le plus ? Le fait que je l'ai bien connu ? Qu'il t'ait caché tant de choses ? Ou qu'il n'est pas celui qui paraissait être ?
La ferme, aboya Tisiphone.
Tu es navrante … A part tes talents de traductrice, je me demande vraiment ce que tous les autres peuvent bien te trouver … en particulier mon imbécile de cousin …
Tisiphone ne répondit rien mais sentit ses joues s'enflammer. Elle se maudit en silence en entendant le rire de Sebastian s'élever de nouveau.
Il semblerait que tu jouisses d'une certaine malchance … que tu choisisses mal tes amants, ma chère ! Pourquoi faut-il que tu tombes toujours sur des sorciers qui te cachent leur vraie nature …
Qu'est-ce que tu sous-entends par là ?
Mon cousin ne changera jamais … Il parvient toujours à ses fins … et use toujours autant de ses charmes. Quel meilleur moyen que de te mettre dans son lit pour obtenir tout ce qu'il veut de toi … plus efficace qu'un imperium …
Il se tut satisfait de son petit effet.
Ne fais pas cette tête là … Tu n'es ni la première ni la dernière …
Peut-être était-ce à la force de sa fureur, Tisiphone parvint finalement à rompre le sort de Sebastian qui la maintenait clouée contre le mur. Elle tomba à terre, plus lourdement qu'elle ne l'aurait voulu. D'un puissant accio, elle récupéra sa baguette, se releva et fit face au Mangemort.
Que vas-tu faire maintenant ? demanda-t-elle, un fin sourire sur les lèvres … Tu l'as dit toi-même … Tu ne peux pas me tuer tout de suite …
C'est vrai … je ne peux pas te tuer … maintenant. Mais rien ne m'empêche de m'amuser un peu avec toi …
C'est ce que tu crois …
Les éclairs commencèrent à fuser de toutes parts. Aucun n'atteignit leurs cibles. Mais Tisiphone était désavantagé : la fatigue du rythme imposé par Maugrey se faisait cruellement sentir. Ces mouvements étaient moins lestes, ses sorts portés avec un peu moins de force. Il lui fallait trouver une solution et vite, car elle ne tiendrait pas longtemps. Au vu des sorts que lui jetait Sebastian, elle se demandait si cette fibule la protégerait vraiment contre lui.
Le Doloris qu'il venait de lui lancer la frôla de quelques centimètres.
Le suivant ne la manqua pas. Une onde de douleur intense la secoua soudainement. Tisiphone tomba à genoux dans la neige. Sa baguette roula à terre, jusqu'aux pieds du Mangemort. Au bout de longues minutes, il finit par rompre le lien.
Il tourna la tête, des voix se faisaient entendre. D'autres Aurors n'allaient pas tarder à rappliquer.
Sebastian se transplana rapidement.
Tisiphone roula à terre inconsciente.
