Bonjour à tou-t-e-s !
Ce chapitre est donc le dernier du tome 4. Une conclusion douce-amère sur ce déluge d'émotion qu'a été Les Chemins Perdus.
En ce qui concerne le tome 5, j'aimerai bien recommencer une publication régulière, mais vous allez devoir attendre. Je pense qu'il ne sera pas publié avant septembre -oui, trois longs mois-, principalement parce que je vais être très occupé cet été. Je vous tiens néanmoins au courant et je vous promet... Ca vaudra le coup. Ce sera moins intense bien sûr, mais plus psychologique et l'évolution des personnages promet quelques surprises !
Un grand merci à mes reviewers, dont Guest, et Nikki Micky à qui j'ai écorché le nom la dernière fois... Pardon.
Reader : Merci beaucoup, tes commentaires sont toujours une récompense ! Je suis ravie que tu aies autant apprécié le chapitre 9 ! J'espère que ça a été pour ton stage et tes partiels ! Je me souviens que la période où il faut rendre les dossiers est toujours épuisante (et tu te dis chaque année que tu vas t'y prendre plus tôt la prochaine fois mais non!).
Je crois que lorsqu'on lit Harry Potter en ayant à peu près le même âge que les personnages, on ne se rend pas compte d'à quel point c'est éprouvant, parce que nous étions des ados, et que nous nous voyions grands et indépendants. Merci encore.
Et... on enchaîne sur la fin.
La détresse submergea le garçon à peine fut-il réveillé. Les larmes séchées avaient collé ses cils et le vide remplissait son être entier. Incapable de rester plus longtemps dans ce lit trop confortable, il posa le dos de sa main sur la joue de Noah, dont le visage demeurait livide. Son meilleur ami esquissa un sourire empli de chagrin. Ils n'échangèrent pas la moindre parole -ils n'en avaient pas besoin-. Ils sortirent hors de la salle commune et s'assirent sur les marches du Hall, où Harry, Ron et Hermione les rejoignirent quelques minutes plus tard.
Certains Poufsouffle lui reprochaient violemment ce qu'ils considéraient comme une trahison envers Cedric et de la triche. Le cœur de Lucifer était trop lourd de chagrin et de culpabilité pour même y songer.
-Papa veut déjeuner avec nous, annonça Harry d'une voix atone.
James avait, comme l'année précédente, loué une chambre à la Tête de Sanglier, et venait les voir chaque jour.
-Je ne peux pas supporter quoi que ce soit.
Des reproches, un sermon, son état ne lui permettait pas d'endurer une once de brutalité. Susan et Sally-Ann apparurent, et la jeune Perks passa ses bras autour de son torse.
-Il va le falloir, Lucifer. Tu ne peux pas rester amorphe. Nous serons là au retour.
Les élèves les fuyaient, les toisaient dans les couloirs, se faisaient sans doute leur propre opinion sur la mort de Cedric. Les deux frères descendaient aux heures de repas où il y avait le moins d'affluence. Ils furent soulagés d'échapper à la foule cette fois-ci.
James avait les traits tirés et il tira les chaises pour ses deux enfants. Harry et Lucifer s'assirent côte à côte, main dans la main.
-Je vais devoir retourner au Ministère, mais je serai là quand vous descendrez du train, promit l'Auror.
Ils commandèrent sans que le serveur ne paraisse vraiment faire attention à eux, hormis un regard curieux sur la cicatrice du Survivant.
-Nous nous entraînerons cet été. Maintenant que Voldemort est de retour... Vous devez impérativement savoir vous défendre. Je crois aussi... que nous allons nous retrouver quelque part, tous ensemble, avec les anciens.
La mention des anciens et les phrases codés alertèrent Lucifer, dont la curiosité s'éveilla.
-J'essaierai de trouver un endroit où partir en vacances. Vous aurez besoin de vous changer les idées.
-Quand viendras-tu me chercher ? s'enquit le rouquin.
-Tu rentres avec nous au Manoir, Lucifer.
Harry se tendit et la colère qui se mit à bouillonner à l'intérieur du Poufsouffle le rassura. Le vide tétanisant des derniers jours le terrifiait. Il releva le menton et planta ses yeux dans ceux de son père, notant qu'ils possédaient la même couleur noisette.
-Pourquoi ? rétorqua-t-il. Tu as toujours voulu du temps seul avec Harry, m'as toujours fait comprendre que je n'étais qu'un invité. Est-ce que le fait que j'ai moi aussi vaincu Voldemort me rend digne d'attention ?
Le visage de leur père se ferma.
-Tu connais mes raisons. Je refuse que tu me juges sur ce point.
-Je connais tes raisons, confirma-t-il. Rien n'a à changer. J'ai toujours été aux côtés de Harry lors des épreuves, et je suis toujours venu au mois d'Août. Je ne veux pas venir simplement pour être entraîné, sous prétexte de ce que j'ai accompli.
-Ce n'est pas matière à discussion, répliqua James. Tu es mon fils. Je prend soin de toi, je t'aime, et je fais ce qui est le mieux pour ta sécurité. Je t'aime depuis ta naissance.
La rage brûlait les lèvres du garçon, mais il laissa le vide faire de nouveau place, retombant dans un état d'hébétude alarmant.
Harry le secoua sur le chemin du retour, effaré par son absence de réaction.
-J'ai l'impression que tu es mort, Lucifer !
-Je suis vivant, répondit gravement son frère. Les dernières fois que je me suis opposé à James, il s'est servi de mes paroles contre moi. Je serais toujours à tes côtés, Harry. Je me battrais pour finir ce livre avec l'aide de Bathilda Tourdesac, puis pour en écrire un sur la façon dont les différents pouvoirs peuvent tordre l'histoire à leur avantage.
Ils marchèrent en silence un long moment, et le rouquin sentit son énergie lui revenir. La férocité qu'il ressentait lorsque sa loyauté était mise en jeu coulait dans ses veines. Puis Lucifer reprit la parole, et Harry acquiesça. Lorsqu'ils retrouvèrent leurs amis, Lucifer ancra ses yeux dans ceux de Noah.
-Tu m'accompagne ?
-Toujours, répondit son meilleur ami.
Près d'une heure plus tard, ils se trouvaient à la Volière, et un nyctal boréal se porta volontaire pour porter sa lettre.
-Au 4, Privet Drive, murmura Lucifer, à Pétunia Dursley.
Les mots qu'il avait couché sur le parchemin lui tenaillaient toujours l'esprit.
Tante Pétunia,
Voldemort est revenu.
Harry s'est retrouvé dans un tournoi magique par l'intervention de l'un de ses sbires. J'ai pris sa place lors d'une épreuve, et je l'ai accompagné lors de la dernière. Il s'agissait d'un piège et le trophée sensé faire remporter l'épreuve nous a emmené dans un cimetière.
Mon parrain y a accompli un rituel en se servant de mon sang et de celui d'Harry, et si je n'avais pas été là, peut-être Voldemort aurait-il échoué à revenir à la vie.
J'ai choisi d'accompagner Harry, et nous avons été blessés et torturés. Les événements ont révélé qu'Harry et moi étions tous les deux les Elus, tous les deux destinés à vaincre Voldemort. Quand Maman s'est sacrifiée, l'amour qu'elle nous portait nous a protégé.
Au cours de l'année, j'ai subi plusieurs crises d'angoisse, et depuis que nous sommes revenus du cimetière, je me sens vide. Ma directrice de maison conseille de m'emmener voir un spécialiste. Je suis désolé, et conscient que toute la situation est problématique.
Désormais, je suis ciblé par Voldemort et les siens de façon spécifique.
James a décidé que je rentrerai au Manoir avec lui. Je crains qu'il ne fasse aucun cas du fait que tu aies ma tutelle. Je ne veux pas y aller. Il ne désire m'entraîner que parce que je suis Elu. Il ne prête pas attention à moi pour celui que je suis mais pour ce que j'ai accompli et dont je n'ai aucun souvenir.
J'ai peur qu'il ne me force à vivre avec lui, quand je préférerai retourner au moins début juillet chez toi. Je comprendrais que tu refuses.
Lucifer
La lettre, maladroite et peu satisfaisante à ses yeux, l'avait pourtant aidé à mettre ses pensées en ordre.
Les jours s'écoulèrent douloureusement. Il était entouré de ses amis et s'efforçait de se concentrer sur la Nuit et son écriture, mais il ne cessait de songer à Voldemort. Lorsque le Nyctal boréal vint se poser devant lui à l'heure du courrier, le cœur de Lucifer manqua plusieurs battements avant de brutalement s'accélérer. Il s'excusa, prit la lettre et s'isola dans un cloître du château, à l'ombre.
Lucifer,
Tu es chez toi à Privet Drive, et je suis ta tutrice. Demander l'autorisation de revenir est inutile.
Je viendrais te chercher à l'arrivée du Poudlard Express comme chaque fin d'année. Je me suis chargée de James, et tous les papiers sont en règle : tu es à ma charge, et il ne peut légalement pas te forcer à le suivre.
J'ai pris rendez vous chez un psychologue pour la première semaine de Juillet. Il est de mon devoir de prendre soin de toi.
A bientôt,
Ta tante,
Pétunia.
L'adolescent rejeta la tête contre la pierre, les yeux embués de larmes qu'il refusait de laisser couler. Des larmes d'une profonde émotion. La joie qu'il éprouvait à la lecture se mêlait à l'amour qu'il portait à sa tante. Noah se jucha sur le muret du cloître et il se mit debout à sa hauteur, lui faisant lire la lettre.
-J'en suis heureux, murmura son meilleur ami.
Lucifer entrelaça leurs doigts.
-Est-ce que ça ira, Noah ?
-Jusqu'à présent, nous cherchions une ombre. A présent, notre ennemi s'est révélé. Je ne veux plus jamais être confronté à la même chose que cette année. Tu dois prendre soin de toi, Lucifer. Tu n'as prêté attention qu'à Harry, aux victimes de la Nuit, à Sally-Ann...
-Tu prend soin de moi, réfuta Lucifer. Chaque moment passé à tes côtés signifie prendre soin de moi.
L'ombre d'un sourire passa sur le visage du jeune Weber.
-Ca ira, promit-il, si je ne retraverse plus jamais la même chose. Marcher me permettait de m'apaiser, mais j'en souffrais. Je sais que tu ne pouvais pas agir autrement.
Lucifer l'attira dans une étreinte, savourant la chaleur de la peau de son ami contre la sienne et son odeur si familière. Il nicha sa tête dans son cou, geste aussitôt reflété par Noah. Ils mesuraient à peu de chose près le même nombre de centimètres.
-Je te le promets.
Les muscles de son meilleur ami se détendirent et le rouquin ferma les yeux.
-Je t'aime, Lucifer.
Les mots lui procurèrent une chaleur insoupçonnée, qui n'avait rien de douloureux. Une bulle de chaleur pure se diffusa dans ses veines depuis son cœur et il l'accueillit volontiers.
-Je sais, Noah. Je t'aime.
Le souffle de son ami allait et venait sur son cou, respiration rassurante et confortable, qu'il ne voulait jamais quitter.
Il rejoignit Harry chez Hagrid pour prendre le thé, entouré par Sally-Ann, Noah et Susan. Ajoutés à Ron et Hermione, ils étaient relativement serré dans la demeure du pourtant demi-géant, mais Hagrid avait l'air enchanté de les recevoir.
-Ca ira, déclara le garde-chasse. Ce qui doit arriver arrivera, mais vous ne pouvez pas rester à vous inquiéter et vous morfondre. C'est pas bon. Il faut continuer à vivre.
Lucifer songea à l'histoire personnel du professeur de Soin aux Créatures Magiques, à son renvoi de Poudlard sous de fausses accusations et à sa situation qui n'avait toujours pas été réhabilité. Hagrid n'était plus autorisé à se servir de sa baguette, qui se trouvait très certainement dans son parapluie rose. L'homme ne paraissait pas malheureux, pourtant. Il s'était battu pour construire une vie qui lui convenait malgré tout. Le rouquin esquissa un léger sourire.
-Il y a encore plein de mystères à découvrir dans Poudlard, admit-il.
Susan leva les yeux au ciel et Sally-Ann l'admonesta sur l'épaule mais elles paraissaient soulagées. Noah pressa ses doigts, son visage de nouveau éclairé par l'espoir et l'envie. L'étincelle qui brillait dans les yeux de son meilleur ami le rassura.
-Qu'est-ce que vous allez faire cet été Hagrid ? insista Ron.
-Pas possible vous hein ! Vous ne lâchez jamais, grommela le demi-géant. Tout ce que je vais vous dire c'est que ça pourrait aider Dumbledore et l'Ordre. Maintenant, ouste ! Vous allez manquer le dîner !
Lucifer rit doucement de ses manières, échangeant un regard brûlant avec Noah. La cicatrice sur son cou le démangeait, lui rappelant à chaque instant que Voldemort était de retour, à tenter d'instaurer un nouvel âge noir. L'air frais du soir atténua son début de migraine, et les doigts de son meilleur ami se dénouèrent des siens pour le laisser cheminer seul avec Harry. Il tenta de le retenir mais Noah secoua la tête avec un sourire rassurant.
-C'est étrange d'être autant entouré, commenta son jumeau. En dehors de Ron, Hermione, Noah et toi, la seule personne avec laquelle j'ai envie de parler c'est Hagrid.
-Sally-Ann et Susan me sont loyales, répondit doucement Lucifer.
Il les observa rire avec une Hermione un peu surprise, à quelques mètres d'eux, et la vision l'apaisa. -Noah ? interrogea-t-il.
Harry sembla comprendre la question complète.
-Il a toujours été là pour toi. Ta présence ne va pas sans lui. Nous... ne parlons pas beaucoup, mais j'ai pu apprendre à le connaître cette année. C'est quelqu'un de bien... et de reposant.
-Il est exceptionnel, murmura Lucifer. Il a tellement enduré... J'espère qu'il va se remettre, de toute mon âme.
Il se souvint de l'expression du garçon qui l'avait empêché de se suicider, plus de trois ans plus tôt. « C'est incroyable que tu n'aies pas réalisé à quel point je tenais à toi. » Il tremblait de tous les muscles qui n'avaient pas été occupés à le sauver. « J'ai failli mourir de terreur lorsque j'ai compris, et je n'ai jamais aussi bien senti mon cœur battre dans ma poitrine qu'il y a quelque minutes. J'avais envie de mourir, de hurler, j'étais effaré. ». Ses dents éraflèrent sa lèvre tandis qu'il entrouvrait la bouche dans une expression inquiète.
-Et toi ? répliqua son frère.
-Je suis là, Harry. Ainsi que l'a dit Hagrid, ce qui arrivera arrivera. Et nous serons ensemble.
Le Survivant serra les poings et lui lança un regard féroce.
-Je ne laisserai plus rien nous séparer, lança-t-il. Hermione... Est-ce que tu es conscient que...
Il s'immobilisa, l'air profondément agacé.
-Je t'aime, Lucifer. Inconditionnellement, comme j'aurais du m'en souvenir il y a des années.
Le Poufsouffle détourna les yeux, un rire bref et silencieux sur les lèvres, transporté de joie. Comment des émotions intenses aussi disparates pouvaient-elles l'envahir jour après jour ? Pourquoi, alors qu'il avait été torturé, alors qu'il avait frôlé la mort et que son destin avait officiellement basculé, se sentait-il aussi euphorique et plus à sa place dans ce monde qu'il ne l'avait jamais été ?
-Tu as aussi mon amour inconditionnel, Harry, offrit-il simplement.
-Je le sais, soupira son jumeau en renvoya ses cheveux vers l'arrière d'une main embarrassée.
Ils se remirent à marcher, courant légèrement pour rattraper leurs amis qui les attendaient sceptiques devant le pont de pierre.
-Je suis content, pour Tante Pétunia, ajouta son jumeau. Ca va compliquer les choses cet été, mais tu as eu raison. Pour Papa... Je n'ai pas envie de lui parler, pas vraiment, même s'il parvient toujours à faire en sorte que ce soit le cas.
Susan, Noah et Ron parlaient Quidditch, ils pouvaient saisir le nom de quelques équipes. Sally-Ann et Hermione évoquaient quelques livres moldus et leur découverte de la magie. Harry s'agitait, mal à l'aise.
-Je ne sais pas comment il va se comporter avec toi cet été, mais sa manière d'effacer toutes ces années... C'est insupportable.
Ils parvinrent à la hauteurs du groupe, qui les accueillit avec chaleur et ils rentrèrent dans le château, où le dîner se terminait.
Il avait été ostracisé en début d'année et les Poufsouffles avaient été remis à leur place par Mrs Chourave. La débâcle qui avait suivi leur retour du cimetière estompée, les rumeurs avaient pris place.
-Tout le monde aurait dû se douter que tu partirai avec ton jumeau, déclara Ernie avec une emphase qui se voulait compréhensive.
-Je n'ai pas pu aider Cedric, coupa Lucifer. Le fair-play d'Harry m'a rempli de joie, et quand nous sommes arrivés dans le cimetière...
Il avait été soulagé, d'une certaine manière. L'attente était désormais terminée. L'effroi et la détermination avaient rapidement pris le pas puis...
-Je me suis effondré. Le temps que je puisse vérifier qu'Harry n'allait pas être assassiné, Cedric était mort.
Il ne s'était inquiété que de son jumeau. L'altruisme que lui avait apposé Noah lui était étranger, seul son amour pour Harry avait importé. La culpabilité enserrait son cœur comme un étau la nuit, lorsque, son corps collé contre celui de son meilleur ami, il revoyait la scène et s'interrogeait sur ce qui se serait passé s'il avait tiré Cedric hors de la trajectoire de l'éclair vert. Auraient-ils engagé le combat ? Auraient-ils eu le temps de retourner au Portoloin ? Auraient-ils pu maîtriser Peter et empêcher la résurrection de Voldemort ?
-Tu as agi de façon logique, raisonna Justin. C'est Harry et pas Cedric qui a survécu à quatre tentative de meurtres.
-J'ai entrouvert les yeux pour vérifier que l'Avada Kedavra n'allait pas toucher Harry, répéta-t-il. J'ai été capable de bouger, j'aurais pu le sauver.
Voldemort voulait tuer Harry de ses propres mains, et la voix avait été suffisamment explicite. Tue l'autre. Ce n'aurait pas pu être son frère et l'amour qui lui était tant loué, sa loyauté, avaient mené leur préfet à sa perte.
-Ce sort fuse aussi vite qu'une balle, asséna fermement la jeune Perks. Au mieux, tu ne serais pas arrivé à temps, au pire, tu l'aurais pris à sa place.
Peut-être aurait-ce été aussi bien. Voldemort aurait-il été moins puissant si son sang n'avait pas été utilisé ? S'il avait fui au moment où son jumeau le lui avait ordonné, aurait-il pu retourner au Portoloin et ramener des adultes compétents pour empêcher la résurrection, sauver son frère ? Pour reconnaître que le mage noir se trouvait devant leurs yeux ? La main de Noah sur son épaule se crispa, et il lui envoya un regard d'excuse. Sa mort l'aurait anéanti.
-Lucifer, déclara sérieusement Susan en s'asseyant sur la table en bois clair juste devant la cheminée. Ecoute moi. Ce n'est pas de ta faute. En cas de plainte, le procès ne serait sans doute même pas engagé, il n'aboutirait jamais. Tout ceci s'est passé en quelques secondes, et tu ne pouvais pas être plus rapide qu'un sort de mort.
Elle planta son regard brun dans le sien, ferme et logique comme l'éducation de sa tante le lui avait appris. Le garçon roux abdiqua et se laissa retomber dans le fauteuil.
-Tu sais, Lucifer, déclara une fille de cinquième année qui le dévisageait depuis l'autre bout de la salle commune, je trouve que tu as une véritable force intérieure qui te sera précieuse.
Elle se leva pour se frayer une place parmi les quatrième années.
-Tu as eu le courage de suivre ton frère dans une tâche faite pour des élèves majeurs, et tu t'es dressé face à Tu-Sais-Qui. Par loyauté.
-Et je ne suis pas allé chercher de l'aide, par loyauté, cingla-t-il.
-Et le laisser seul, à la merci du pire sorcier de tous les temps ? Alors qu'il pouvait y mourir ? Nous sommes des Poufsouffles. Juste, loyaux, non effrayés par le labeur, et honnête. Tu t'es tenu à tes opinions, tu as été fidèle à toi-même et aux tiens. Et tu as eu la force et le courage d'affronter le danger, par amour pour ton frère. Cette force est particulièrement puissante en raison de son motif.
Elle tapota sa main puis prit la porte ronde qui menait à son dortoir, laissant ses cadets en profonde réflexion.
-Je n'aurai pas mieux dit, commenta sombrement Hannah. Avec le retour de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, que tu sois capable de tenir tête ainsi, de te battre ainsi, est une excellente chose dont tu peux être fier.
Lucifer secoua la tête, ni oui, ni non, l'esprit embrumé, le cou douloureux et le deuil se creusant dans sa poitrine.
La Grande Salle prononça leurs deux noms et burent à leur honneur. Lucifer et Harry Potter. Deux jumeaux, unis même dans une prophétie qui ne mentionnait qu'une seule personne. Partageant la même douleur à la cicatrice, la même protection du sang, aimés avec la même force par leur mère. Un lien puissant, et inconditionnel.
« -Tous les invités présents dans cette salle, reprit Dumbledore en fixant les élèves de Durmstrang, seront toujours les bienvenus chaque fois qu'ils voudront revenir ici. Une fois de plus, je vous le répète à tous, maintenant que Lord Voldemort est de retour, l'union fera notre force, la division notre faiblesse. L'aptitude de Lord Voldemort à semer la discorde et la haine est considérable. Nous ne pourrons le combattre qu'en montrant une détermination tout aussi puissante, fondée sur l'amitié et la confiance. Les différences de langage et de culture ne sont rien si nous partageons les mêmes objectifs et si nous restons ouverts les uns aux autres. Je suis convaincu - et jamais je n'ai tant souhaité me tromper -que nous allons connaître une période sombre et difficile. Certains, dans cette salle, ont déjà eu à souffrir directement des agissements de Lord Voldemort. Les familles de nombre d'entre vous ont été déchirées à cause de lui. Il y a une semaine, un élève nous a été arraché. Souvenez-vous de Cedric. Si, un jour, vous avez à choisir entre le bien et la facilité, souvenez-vous de ce qui est arrivé à un garçon qui était bon, fraternel et courageux, simplement parce qu'il a croisé le chemin de Lord Voldemort. Souvenez-vous de Cedric Diggory. »
Les gobelets d'or étaient toujours dans la plupart des mains.
La Grande Salle était complètement silencieuse.
Le wagon dans lequel ils voyageaient était plein. Korrigan chassait Coquecigrue qui voletait avec un peu trop de vivacité. De temps à autres, il venait s'allonger sur les genoux de Noah et Lucifer, puis le hibou passait à côté de lui et il sautait les pattes tendues avant de se rouler en boule sur Lucifer et Harry et de recommencer. Il avait grandi depuis la première fois que son humain l'avait pris dans ses bras, boule de poils blanche et rousse très affectueuse. Son pelage s'était étoffé, les longs poils de son cou formaient une douce collerette dans laquelle Lucifer nichait son visage la nuit et lorsque les images du cimetière se faisaient trop vivaces.
-Ma tante soupçonnera forcément quelque chose, soupira Susan. Elle lit en moi comme un livre ouvert. Mais elle ne forcera pas. Ne fais pas cette tête, Lucifer, je n'aurais été nulle part ailleurs qu'à l'infirmerie lorsque vous êtes revenus. Je prendrai part à la guerre moi aussi. Si je dois me dresser contre Voldemort, ainsi soit-il. Je n'ai pas le courage des Gryffondor, mais j'ai la férocité d'un blaireau quand son nid est attaqué.
Son visage se ferma tandis qu'elle le tournait vers la fenêtre.
-Sirius ne sera pas innocenté avant longtemps, maintenant. Il est affilié aux Potter, qui clament le retour d'une ère qu'ils redoutent.
-Je hais les institutions et le gouvernement. Ils s'accrochent au pouvoir et finissent tous corrompus par lui s'ils ne l'étaient pas dès le départ. Ils fonctionnent uniquement pour leur intérêt et celui de leurs amis, quitte à négliger et mettre en danger le reste du peuple qui compte sur eux.
Noah était adossé contre Lucifer qui l'étreignait mais sa voix n'avait pas la férocité et la rage du lendemain de leurs découvertes. Il s'agissait d'un fait, d'une douloureuse leçon qu'il apprenait jour après jour et qui se voyait toujours appuyée par les événements qui les entouraient. Hermione se mordilla la lèvre, puis dégaina un bocal où un insecte agissait ses antennes, très mécontent.
Lucifer et Sally-Ann furent les seuls à être satisfaits mais pas outrés de la découverte de la Gryffondor qui révélait Rita Skeeter en animagus cafard. Ils étaient habitués aux méthodes moldues tout aussi peu déontologiques pour obtenir des informations, faire vendre les magazines et journaux et créer et ruiner les vies de personnalités. Le rouquin s'empara du bocal avec férocité et observa la femme qu'il s'était mis à haïr tout au long de l'année. Elle avait participé à rendre ses jours éprouvants, mis de l'huile sur le feu chaque fois que les choses commençaient à s'apaiser, que l'attention semblait se détourner de lui et de son jumeau.
-Vous ne pourrez plus écrire, commenta-t-il, et pourtant, à la moindre occasion, vous recommencerez. Vous jouissez de votre pouvoir sur les autres, sans aucun sens éthique. Vous êtes méprisable.
Son laïus terminé, il s'aperçut avec soulagement que sa rancoeur commençait déjà à diminuer. Il se détourna de l'immonde insecte.
Malefoy, Goyle et Crabbe commirent l'erreur de venir narguer leurs rivaux, et les différents sortilèges utilisés en représailles les laissèrent en piteux état. Lucifer se leva peu avant l'arrivée à King's Cross, désireux d'aller se passer de l'eau sur le visage.
-Je viens avec toi, annonça son frère.
Ils marchèrent épaule contre épaule.
-Mon cou me fait systématiquement mal, désormais, murmura Lucifer avec résignation.
-Est-ce que tu fais des rêves impliquant Voldemort ? lâcha son frère. C'est simplement... une conversation qu'on a eu, avant la rentrée.
Lucifer demeura muet un instant. Il se souvenait de ses nuits agitées, de ces douleurs prises pour des torticolis et de ces rêves vivaces pris pour des souvenirs.
-Je le crois, regretta-t-il.
-J'ai rêvé du plan de Voldemort, et de la mort d'un moldu nommé Franck, de Nagini... Je me suis endormi en classe...
-J'ai eu ces rêves également, intervint Lucifer, une sueur glacée coulant le long de son dos.
Ils ne prononcèrent plus un seul mot, mais leurs corps parlaient pour eux. Les paysages défilaient, se rapprochant peu à peu des tours urbaines de Londres.
-J'ai donné l'or du Tournoi à Fred et Georges, annonça son frère. Ils ont pour projet d'ouvrir une boutique de farce et attrapes, et nous aurons besoin de rire dans les semaines à venir.
-Tu as toujours été noble, répondit Lucifer. Ce que cet or représentait...
Harry hocha la tête et le Poufsouffle colla son front à la vitre fraîche.
-Ne laisse personne te reprocher de t'être trouvé dans ce cimetière, Lucifer, lui conseilla gravement son jumeau.
-Certains Poufsouffle le font sans doute, mais la majorité semble m'admirer, et je n'ai aucune idée de pourquoi. Je n'ai rien fait d'exceptionnel.
Harry posa une main réconfortante sur son épaule, à court de mots lui aussi.
Le train ralentit pour s'arrêter en gare de King's Cross et les deux jumeaux regagnèrent leur wagon tandis que leurs camarades s'ébattaient dans tous les sens avec moins d'enthousiasme qu'à l'accoutumée.
-Sally-Ann, appela Lucifer.
La jeune fille se retourna.
-Je comptais te dire au revoir, sourit-elle, ne t'inquiètes pas.
-Je suis désolé, proposa-t-il. Pour toute cette année. Je n'ai pas pris soin de toi comme je l'aurais du. Je ne t'ai pas même expliqué pour quelle raison je m'étais brusquement éloigné d'Harry en Février. La tâche impliquait de secourir quelqu'un, et je ne voulais pas être choisi. Je devais pouvoir être actif. Je ne t'ai même pas remerciée pour...
-Tu m'as toujours remerciée, le coupa-t-elle.
-M'en veux-tu de m'être trouvé dans ce cimetière ?
Elle lui lança un regard sombre et incrédule, puis laissa tomber sa valise sur le sol et croisa les bras. Dans sa cage, Korrigan feulait, ne comprenant pas ce que son humain avait de si important à dire qui délayait sa sortie.
-La vérité, Lucifer, est que tu as tendance à ne pas penser à ce que tes proches vont ressentir -je ne parle pas de Noah ni d'Harry- quand tu affronteras les conséquences de tes actions. Tu agis comme si personne ne t'aimait, comme si personne n'attendait ta présence dans ces cas là. A partir d'aujourd'hui... Susan et moi faisons partie de ceux qui t'accompagnerons où que tu ailles, dans la lutte contre Voldemort. Si tu partais affronter Quirell aujourd'hui, nous serions là, et pas par envie d'aventure mais parce que tu y foncerais. De la même manière que tu viendrais pour nous. Pourtant, ce ne serai pas juste que de te reprocher des événements ou si tu n'avais pas été là, des choses catastrophiques se seraient passées.
Elle le serra dans ses bras et il sentit sa poitrine s'écraser contre son torse, notant maladroitement qu'elle avait augmenté depuis le début de l'année.
-J'aurais voulu t'en tenir rancune, souffla-t-elle à son oreille, et je l'aurais fait si rien ne s'était passé dans ce labyrinthe, mais tu as eu raison.
Elle le relâcha et ils descendirent du train désormais désert. Sur la voie, Noah discutait avec ses parents, vraisemblablement inquiets, et Harry défiait James de ses prunelles émeraudes. Les parents de Sally-Ann ne l'attendaient jamais sur la voie 9 ¾, se tenant résolument à l'écart de ce monde qui les avait rejetés.
-Être aimé par toi signifie être très bien protégé, tu sais, conclut son amie. Ton amour te procure une puissance inattendue. Je ne m'inquiètes pas pour nous.
Elle l'embrassa sur la joue, geste qui le figea sur place, et s'éloigna avec une légèreté qui se transforma en appréhension au fur et à mesure qu'elle approchait du monde des moldus. Noah l'étreignit avec force et il le lui rendit, y passant tout son amour et tous les non-dits qu'il leur restait à discuter. Enfin, le garçon aperçut une figure familière.
Droite dans une jupe blanche serrée, ses cheveux blonds retenus en chignon, se trouvait sa tante. Ses petits yeux perçants le cherchaient. Sa mâchoire crispée indiquait sa tension, mais elle se trouvait sur le quai du Poudlard Express. L'adolescent marcha vers elle, poussant son chariot avec anxiété.
-Tante Pétunia...
-Bonjour Lucifer.
Elle avisa James et se dirigea directement vers lui, son neveu sur ses talons. Harry fixa la sœur de leur mère avec intérêt et angoisse.
-Pétunia, grinça James.
Ses yeux lançaient des éclairs mais le Poufsouffle n'aurait su dire s'ils visaient sa tante ou lui.
-Il y a treize ans, tu as débarqué dans notre salon sans crier gare et tu y as laissé Lucifer sans nous demander notre avis. Tu es tout juste réapparu pour son deuxième anniversaire, son troisième, en nous laissant simplement une pension pour nous aider à nous occuper de lui. J'ai rempli les papiers légaux ce jour là pour faciliter l'accès à l'école, ce qui fait de moi sa tutrice. Si tu voulais t'occuper de ton fils, tu aurais dû le faire. Il n'est pas un jouet. Il passera le mois d'Août avec toi comme convenu, mais je t'interdis de lui faire le moindre reproche sur son choix.
James bomba le torse et avança d'un pas.
-T'es-tu occupée de lui ? La première fois que je l'ai vu, il portait les vêtements de son cousin.
La femme pinça les lèvres mais ne prononça pas un mot.
-Tu n'a rien à m'interdire. J'élève mon fils comme je le veux.
-Je suis la responsable légale de cet enfant. Je ne sais pas comment ma sœur a pu tomber amoureuse de toi, qu'elle jugeait si insupportablement arrogant, incapable de reconnaître ses défauts. Je t'interdis de lui faire le moindre reproche sur son choix, James Potter, et s'il avait à se plaindre, je viendrais immédiatement le rechercher, quitte à le ramener pour qu'il puisse voir ses amis. Et j'ai écris à sa directrice de maison et à Dumbledore pour statuer que j'étais la seule à pouvoir lui autoriser ou lui interdire Pré-Au-Lard et ses sorties scolaires.
Elle adressa un hochement de salutation à son second neveu et tourna les talons, laissant l'Auror stupéfait. Harry paraissait soulagé.
-A bientôt, Lucifer. Je t'écrirais.
Ils entrelacèrent leurs doigts puis le rouquin partit à la poursuite de sa tante.
Le trajet en voiture s'écoulait dans le silence, mais ce fut Pétunia qui le brisa.
-Comment te sens-tu ?
-Je suis désolé, répondit-il. Je me sens mieux, mais j'étais si vide... Je n'arrive pas à me sortir le cimetière de la tête.
-Si tu dois sortir pendant les vacances, je veux savoir ou tu vas et que tu rentres à une heure précise. Le mieux serait que tu restes à mes côtés, car mon sang te protège, mais je ne peux pas t'interdire de sortir et de te changer les idées.
-D'accord, répondit-il.
Elle prit un virage et ils se retrouvèrent dans Privet Drive. Pour la première fois, Lucifer eut la réelle impression de se retrouver chez lui.
