Disclaimer : Je ne fais qu'emprunter l'univers et les personnages de Supernatural, et accessoirement de la Bible. Rien n'est à moi.
Précédemment : Michael a pris possession du corps de Caïn afin de contrer Lucifer, mais cela semble assez mal se passer... Lucifer déclenche l'Apocalypse et mène une attaque de démons sur la Terre pour exterminer les Humains. Mais il s'arrête avant d'atteindre son but, ne supportant pas de voir la Terre brûler et les Anges mourir par milliers.
Bonne lecture !
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Sang corrompu
Mission accomplie.
L'Apocalypse a bien eu lieu, mais a été coupée court avant d'atteindre son objectif. Lucifer a été enfermé, et l'Enfer clos. La Terre n'est plus qu'une planète silencieuse, ravagée et couverte de cendres, et moins de cinq cent Humains tout au plus ont survécu, si j'en crois les rapports confus des Anges qui résonnent dans ma tête. J'embrasse du regard l'horizon ensoleillé, et admire les myriades d'âmes scintillantes flotter au-dessus des braises et des cadavres. Bien que funeste, ce paysage dégage une beauté poignante et empreinte de nostalgie qui me rappelle les poèmes de mon espèce humaine éteinte.
Nul Faucheur en vue. Étrange.
Les Archanges sont immobiles et silencieux, à présent que Lucifer a été enfermé. Aucun de nous n'ose les déranger. Les paroles de Lucifer semblent encore résonner dans l'air, et tous mes frères gardent un silence consterné. Les Anges des autres divisions quittent la zone par groupes entiers, probablement appelés par leurs supérieurs hiérarchiques. Bientôt ne restent plus sur place que la Garnison et Balthazar.
Michael, lui, se trouve un genou à terre et la tête baissée en respirant avec difficulté dans son corps d'emprunt. Une toux rauque le fait cracher du sang. Sa situation paraît douloureuse. Le sort pour enfermer Lucifer l'a sans doute épuisé.
Je me sens partagé sur le succès de la mission. Même sans la Mort sous son contrôle, Lucifer avait l'avantage du nombre et de la stratégie et aurait probablement vaincu notre armée et exterminé l'Humanité s'il ne s'était pas retiré de lui-même. Ce n'est pas une victoire. Lucifer nous a épargnés.
Et surtout, que devons-nous faire maintenant ? Il n'y a plus de secteurs, presque plus d'Humains, et la Terre est agonisante... Quelle est notre mission à présent ? Quelle est notre raison d'être ?
Je tourne la tête vers Anael en attendant les ordres. Et je vois que mes camarades de la Garnison en font autant. Notre Général semble désorienté, mais reprend une posture digne quand il réalise que tous les soldats de la Garnison le regardent.
Ce n'est qu'alors que je remarque l'absence criante de Camael. Je n'ai pourtant pas entendu son nom dans l'interminable liste des noms des Anges morts au combat. Où est-il donc ?
Michael, au sol, pousse soudain un hurlement déchirant, le corps de son réceptacle s'embrasant comme une torche, fondant la peau, réduisant en cendres les bras, les épaules, la cage thoracique, le crâne...
« Michael ! crie Gabriel qui s'accroupit au-dessus du minuscule réceptacle de son frère aîné qui se tord de douleur.
Une lumière d'un blanc pur surgit alors de la bouche carbonisée de Caïn et de ses yeux fondus dans leurs orbites. Ébloui, je ferme les yeux quelques secondes, et quand je les rouvre, Michael s'est extirpé de son vaisseau et a repris sa forme d'origine, mais il tremble si fort que Raphaël le soutient en l'entourant de ses ailes et de ses quatre bras.
À la place du corps de Caïn, il n'y a plus qu'un tas de cendres.
Michael se détache de Raphaël en essayant visiblement de récupérer ses forces. Il tourne les yeux vers les Anges présents.
- Castiel.
Je me raidis à l'appel de mon nom et m'avance aussitôt, prêt à obéir à ses ordres.
- J'ai entendu dire que tu es doué pour effacer, modifier ou créer les souvenirs humains.
- C'est exact, je réponds en refoulant une bouffée de fierté.
Michael me dévisage un moment avant de se redresser sous le regard inquiet de Raphaël et Gabriel.
- Ceci...
Michael tend un bras vers le tas de cendres qui fut Caïn.
- … n'est pas un Humain. C'est une créature de la Mère des Monstres.
Un silence stupéfait suit cette déclaration.
- Oh. Ceci explique cela, commente Balthazar qui semble expérimenter une épiphanie.
Raphaël regarde tour à tour Michael, Balthazar et le tas de cendres, la frustration et l'incompréhension s'amplifiant dans sa Grâce tourmentée.
- Qu'est-ce que cela signifie ?
Les yeux de Michael se durcissent.
- Caïn a cessé d'être humain depuis la mort de ses parents. La Mère des Monstres a fait de lui sa créature.
- Et les corps souillés par la Mère des Monstres ne sont pas aptes à accueillir notre Grâce, ajoute Balthazar. Je suis surpris que Caïn n'ait pas explosé immédiatement, du coup.
Je repense au jugement que Camael et moi-même avons subi. Camael avait affirmé haut et fort que Caïn avait pris feu sous ses yeux. Était-ce à ce moment-là qu'il a cessé d'être humain ?
- Lorsque je le possédais, j'utilisais une importante quantité d'énergie pour empêcher son corps d'entrer en combustion. La Mère des Monstres s'est adressée directement à moi, à travers l'âme de Caïn. Il semble qu'elle entretient un lien profond avec toutes ses créations.
- Je vois, souffle Raphaël. Mais le problème est réglé à présent. Caïn est mort, et il nous reste son fils Henok. Il faudra s'assurer que l'enfant n'est pas un monstre lui aussi.
- Caïn n'est pas mort, objecte Michael d'une voix glaciale.
Gabriel lisse son aile gauche d'un air sarcastique et jette un œil au tas de cendres.
- Euh, il m'a l'air bien mort, et même un peu trop cuit, si tu veux mon avis.
- D'ailleurs, s'il est mort, où est son âme ? demande Siosp d'un air nerveux en regardant tout autour de lui.
En effet, on ne voit son âme nulle part. Et pourtant, avant que Michael ne prenne possession de son corps, son âme était bien présente, je l'ai vue. Où est-elle maintenant ?
- J'ai étudié le cas de ces Humains qui se transformaient en loups à la pleine lune dans mon secteur, intervient Ephra. En temps normal, leur âme était brillante et ordinaire, mais elle disparaissait de ma vue lorsqu'ils se transformaient.
- Oui, la Mère des Monstres semble expérimenter aussi bien avec le sang qu'avec les âmes, et les résultats sont parfois surprenants, confirme Balthazar.
- La Mère des Monstres s'est appliquée sur la création de cette abomination qu'elle appelle un Phœnix. Elle dit qu'il est immortel. On aura beau le tuer mille fois et de mille manières, il renaîtra toujours de ses cendres.
Michael baisse les yeux, et sa voix n'est plus qu'un murmure.
- C'était, semble-t-il, le dernier souhait d'Ève, que la Mère des Monstres a exaucé à sa manière. Protéger son dernier fils de nous.
- Alors quoi ? lance Gabriel. Son âme devient invisible à nos yeux quand il meurt ?
Anael s'avance d'un pas assuré.
- Quels sont les ordres, Michael ?
L'Archange fixe son regard sur notre général.
- Puisque Caïn ne peut pas mourir, il nous faut le rendre inoffensif et obéissant, pour le garder à notre disposition jusqu'à ce qu'on trouve un moyen de le tuer, de le posséder sans qu'il ne brûle, ou qu'on lui trouve un autre usage. Mais avant tout, Anael, la Garnison a pour ordre de trouver Camael et de me l'apporter. Je le soupçonne de nous avoir caché cette information et son absence ne fait que confirmer sa culpabilité. Il me faut l'interroger pour décider d'un châtiment approprié. Un simple redressement ne suffira peut-être pas.
Anael se fige, et Michael plisse les yeux en s'approchant de lui.
- Étais-tu au courant, Anael ? Je sens ton esprit troublé...
Anael relève la tête et déploie ses ailes avec indignation.
- J'ignorais que Caïn était une créature de la Mère des Monstres. C'est la vérité. Je savais que Camael nous cachait quelque chose, mais je ne me doutais pas que c'était si grave ! J'avais seulement deviné que Camael éprouve des sentiments pour Caïn. C'est anormal et interdit. Nul Ange ne devrait ressentir autant de dévotion pour un autre être que Dieu !
Je me retiens de justesse d'objecter que c'était pourtant l'ordre de Dieu Lui-même : aimer les Humains plus que Lui. Mais en voyant les Archanges ne pas relever, je reste coi. Ils ont vu Dieu, Lui ont parlé, ils savent mieux que moi. Michael élève doucement deux mains qui viennent encadrer le visage d'Anael qui réprime un mouvement de recul.
- Alors pourquoi n'as-tu pas signalé son comportement déviant ?
Anael hésite et jette un regard en biais vers Gabriel avant de lever la tête avec aplomb.
- Je l'ai fait. Je l'ai immédiatement signalé à Gabriel qui m'a formellement interdit d'en parler à qui que ce soit, et surtout pas à vous deux. Les ordres sont les ordres, mais que suis-je censé faire lorsqu'ils sont contradictoires ? Mettez-vous donc d'accord !
Michael lâche la tête d'Anael et se recule d'un pas, son visage comme sa Grâce inexpressifs. Tous les regards se tournent vers Gabriel qui serre les poings le long de son corps, une lueur farouche brillant dans ses yeux ambrés.
- Gabriel... siffle Raphaël en plissant les yeux. Tu veux bien nous expliquer ça ?
- Pas ici, interrompt Michael d'un ton polaire. Pas maintenant. Nous en parlerons plus tard entre nous, et tu as intérêt à avoir une bonne explication pour ça, Gabriel. Maintenant, trouvez Camael et apportez-le moi. Raphaël, tu es en charge des opérations. Partez immédiatement.
Nous déployons tous nos ailes, mais Michael élève une main.
- Sauf Castiel.
Je tourne les yeux vers lui et replie mes ailes, perplexe. Nous regardons ensemble la Garnison, Balthazar, Gabriel et Raphaël s'envoler dans un concert de bruissements de plumes.
- Castiel.
Une main se pose sur mon épaule, et je lève les yeux vers l'Archange.
- Tu as pour mission de surveiller les cendres jusqu'à ce que Caïn revienne à la vie. Puis, tu effaceras de sa mémoire tout souvenir de Camael, et tout ce dont il se souvient de négatif à notre égard. Rends-le amnésique ou invente-lui une toute autre vie si nécessaire, mais il faut qu'il nous fasse confiance aveuglément.
J'acquiesce gravement. C'est un travail colossal qui m'attend. La mémoire humaine est complexe, et j'ignore si celle d'un Phœnix sera différente.
Michael me relâche.
- Tu es l'un des plus doués dans ce domaine, Castiel. Je sais que tu accompliras cette mission.
- Je le ferai.
Je suis un soldat. J'obéis aux ordres. J'ai été créé dans ce but. Et je n'ai pas à me demander quelle sera la réaction de Camael quand Caïn aura oublié jusqu'à son existence. Ce n'est pas mon rôle.
- C'est l'occasion de prouver ta loyauté et de faire annuler ton châtiment. Tu devras œuvrer seul, je dois parlementer avec la Mort. Alerte la Garnison si jamais Camael se montrait et entravait ta mission.
J'acquiesce à nouveau, me postant devant le tas de cendres en le fixant sans ciller, guettant la résurrection de Caïn.
- Ne me déçois pas, Castiel. »
Je sens l'air se déplacer et en un bruissement de plumes, Michael s'est envolé. Je me retrouve seul dans ce paysage de cendres.
Après cette interminable nuit de combats, de destruction et de mort, ce soudain silence est déstabilisant. Mais le murmure des voix de mes frères qui m'est familier depuis toujours le rend supportable. J'écoute les rapports des Anges qui signalent à demi-mots des rumeurs non confirmées de trahisons. Certains Anges d'autres divisions auraient profité de la confusion pour rejoindre les rangs de Lucifer. Nombre d'entre eux feraient partie de la division chargée de l'équilibre naturel sur Terre, ou de la division des plantes, voire du plancton. Et j'ignorais qu'il existait une division consacrée aux roches et au lichen. Une des premières divisions créées, semble-t-il. D'autres divisions ont entièrement disparu, dû au nombre élevé de morts au combat.
Toujours les yeux rivés sur le tas de cendres, j'entre dans une méditation nostalgique en me laissant bercer par la mélodie du chant de mes semblables. J'ai passé des millions d'années ainsi en faction à observer des êtres évoluer au sol. Des millions d'années à écouter les voix de mes frères en y joignant parfois la mienne.
Quelques murmures aussi doux que le cours d'une rivière signalent que les effectifs seront réévalués pour pallier les pertes. Certains Anges seront redéployés dans une autre division, ou feront partie de plusieurs divisions simultanément. J'entends la voix lointaine d'Anael demander si les pertes de la Garnison aussi seront compensées.
Le tas de cendres frémit, et je pose un genou à terre en tendant un doigt au-dessus, attendant que l'âme de Caïn apparaisse pour plonger dans sa mémoire.
Je ressens un malaise diffus, insaisissable, presque distant. Mais qui n'égale nullement cette tristesse lancinante qui m'avait traversé lorsque mon espèce humaine favorite a disparu sous mes yeux.
J'ignore si Camael a doublement trahi la Garnison et le Paradis comme l'affirme Michael. Mais si l'Archange a vu juste, ce que je m'apprête à accomplir est nécessaire. Juste. Bienveillant, même. La Mère des Monstres a sans doute utilisé Caïn, sa créature, pour atteindre l'un des nôtres. Caïn est corrompu. Ce n'est plus un élu de Dieu, mais une abomination. L'Ange de la Joie sera envoyé en redressement, et nous reviendra purifié et sauvé, comme l'ont été Anael et Zachariah. Sa rédemption sera plus aisée si Caïn ne se souvient pas de lui et ne lui adresse plus aucune prière.
Les cendres se solidifient et se meuvent comme de la lave, en adoptant progressivement une forme humaine en position fœtale. La teinte grise des cendres s'éclaircit et change de consistance. Au sein des cendres blanchâtres, je vois un cœur, comme une braise ardente, se mettre à palpiter et créer un réseau de veines parcourant le corps, y distribuant le sang chauffé à vif. La peau se reconstitue, blanche et lisse, ainsi que les organes internes. Les cheveux châtains de Caïn repoussent sur son crâne, ainsi que, plus lentement, les poils de son visage et de son corps.
Revenu à la vie, le fils d'Adam et Ève pousse un grognement rauque et tousse, recrachant des particules de cendres prises dans sa bouche et ses poumons. Son corps nu frémit et il se redresse faiblement.
Je ne vois toujours pas son âme. Mon doigt le frôle presque, et je me tiens prêt à agir.
Ses yeux encore rouges s'entrouvrent.
« … Camael ? murmure-t-il tout bas d'un air perdu en regardant mon doigt.
Je reste silencieux. Son âme ne devrait pas tarder à apparaître maintenant.
Caïn lève la tête vers mon visage et écarquille ses yeux qui virent du rouge à sa couleur indéfinissable d'origine. Le visage du Phœnix se durcit, empreint de rage terrifiée.
- … Où est Camael ?! gronde-t-il entre ses dents.
Caïn se lève et recule sans me quitter du regard, une main menaçante tendue vers moi, comme s'il était de taille à m'arrêter dans ma mission. Ses pieds nus laissent de minuscules empreintes sur le sol recouvert de cendres.
Oh. Je vois son âme apparaître à mes yeux. Sa lumière s'intensifie en l'espace de quelques secondes. Je vais pouvoir accomplir ma mission. J'avance mon doigt pour atteindre ma cible, lorsqu'une vive sensation de brûlure m'arrête. J'observe ma main rongée par les flammes, et la secoue pour les éteindre, surpris. Voilà donc ce dont est capable un Phœnix.
Mais moi, je suis un Ange, et nulle créature de la Mère des Monstres n'est de taille contre un soldat de Dieu. Il ne peut m'échapper, et il le sait : je le vois dans ses yeux.
Caïn, le corps crispé, recule encore de quelques pas, haletant. Des flammes ardentes dansent autour de son poignet, comme un avertissement.
- N'approche pas ! » crie-t-il, une pointe de panique perçant dans sa voix.
Je déploie violemment mes ailes pour faire diversion. Et c'est efficace : Caïn sursaute et quitte mes mains du regard pour poser ses yeux sur mes ailes. Alors, j'attaque de mes quatre mains à la fois, l'objectif étant de réussir à frôler l'âme du fils d'Adam et Ève et de l'immobiliser. Je reste stoïque alors que deux de mes mains s'enflamment. Ma troisième plaque ma proie au sol du bout d'un doigt avec précaution, tandis que de la quatrième, je frôle son âme.
J'entends le hurlement déchirant de Caïn comme à travers mille océans. Je me sens projeté dans les souvenirs du Phœnix, qui, erratiques, se déversent avec la fureur d'un torrent de lave, brûlant et lumineux.
Autant je n'ai aucune difficulté à me glisser dans une mémoire humaine, autant celle de Caïn m'entraîne dans un courant dont il me faut toute ma volonté et l'énergie de ma Grâce pour garder le contrôle et maîtriser tant bien que mal le flux. Je me concentre avec difficulté pour remonter dans le cours de la mémoire de Caïn, un peu plus d'un an auparavant, approximativement à l'époque de la mort d'Abel, lorsque l'Ange de la Joie a été choisi pour être son Ange gardien.
Le blé dore paisiblement au soleil. Ses cheveux trempés collent à son front.
La pierre ensanglantée tombe de sa main tremblante et poisseuse de sang. Son visage est strié de larmes chaudes. Il est à genoux devant le corps sans vie d'Abel.
Non.
Oh non.
Qu'a-t-il fait ?
Il se souvient avoir été consumé par la rage et la jalousie. Mais pourquoi ?
Il aime Abel, il ne lui a jamais voulu de mal.
« Abel... Pardonne-moi... »
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Dans le chapitre suivant
« Ta vie est plus courte qu'un clin d'œil, dans l'immensité de la Création. »
