Hello amis lecteurs!

Pour célébrer cette fin d'année et vous souhaiter le meilleur pour 2014 (je n'énumérerai pas, la liste serait longue!), voici un nouveau chapitre de Colocation.

Chapitre 11: Duo vint d'avoir ses examens, mais sa soirée ne s'est pas exactement passée comme prévu. Après un WE compliqué avec son ex, il retrouve ses colocs. Ses ennuis se termineront-ils enfin?

Merci à toutes les personnes qui prennent le temps de me laisser un petit mot, c'est fortement encourageant pour poursuivre la publi de cette fic mais également l'écriture des prochaines!

Bonne lecture à vous!


Chapitre 11

Mardi soir, j'ai entendu avec bonheur la porte de l'appartement s'ouvrir, annonçant le retour de mes deux colocs préférés, et seuls rescapés de l'affaire, d'ailleurs.

« Salut vous ! » Lançai-je à la volée, alors que je préparai une petite salade pour nous trois. « Alors, ce petit WE en amoureux au bord de l'eau, c'était comment ? »

Trowa a déchargé les sacs dans le couloir tandis que Quatre s'est approché de moi pour me faire une bise, avant de pousser un cri d'horreur.

« Ah, Duo ! Mais qu'est-ce qui t'est arrivé? » S'est-il exclamé en me tenant à bout de bras.

J'ai vu une mèche de cheveux peinturlurée danser devant mes yeux.

« Ah, ça ? C'est rien. Je repeins l'appartement d'Heero. »

« Tu repeins l'appartement d'Heero ? » Ont-ils répété de concert. Leur mine ahurie m'a rappelé qu'ils avaient loupé deux ou trois épisodes de l'histoire de ma vie. Il fallait dire que le week end n'avait pas manqué d'animations pour moi.

Je me suis mis à rigoler. Même Trowa était décontenancé et ça, ce n'était pas banal !

« Je vous sers un apéro et je vous raconte ? » Proposai-je.

Trowa a approuvé gravement, non sans grimacer un peu en voyant le pansement sur ma paume gauche.

« Oui, je crois que ce serait bien. Et au passage, tu nous expliqueras comment tu as récolté ce cocard. Et tout le reste… »

« Oui. » A renchéri Quatre, avec un regard soucieux. « Parce qu'à la base, c'est pas la peinture sur tes cheveux qui m'a choqué. T'as une mine abominable, Duo, je suis navré de te le dire. Tu t'es battu, ou quoi ? Mais qu'est-ce que tu fabriques chez Heero, en plus ? »

Je leur ai servi un verre de vin blanc frappé à chacun et m'en suis servi un demi à moi-même. Je prenais encore quelques antalgiques pour le moment et je préférai ne pas finir amorphe dès l'apéro. Puis, je leur ai raconté ce qui c'était passé ce week end. Ils étaient suspendus à mes lèvres, tous les deux. J'ai néanmoins omis quelques détails, comme mon cauchemar de la nuit de dimanche soir et ma coupure à la main gauche, laissant planer le doute quant à l'origine de celle-ci. Au point où on en était, elle pouvait très bien venir de l'agression, hein ?!

« Voilà, vous savez tout. »

Ils sont restés muets pendant quelques secondes, le temps d'assimiler toute l'affaire.

« Quelle bande d'enfoirés, ces types. » S'est emporté Quatre. « Je n'en reviens pas. Ce genre d'histoires, ici, dans ce quartier… »

L'héritier Winner était outré dans ses valeurs, il s'était levé, vidant son verre au passage, et il faisait les cents pas dans le salon avant de s'écrouler à nouveau sur le canapé, impuissant.

« C'est la faute de Wu Fei, il n'y a pas à chercher plus loin. » A commenté Trowa d'un ton laissant clairement comprendre que, s'il l'avait eu sous la main, il lui aurait bien fait sa fête.

Heureusement pour l'asiatique, il n'était pas dans les parages ! Ça aurait pu être douloureux pour lui, encore que cela ne m'aurait pas forcement déplu en cet instant.

« Vivement que le jugement soit prononcé, qu'on puisse tourner la page. » Décrétai-je. Parce que oui, franchement, j'en avais marre de tout ce bazar.

Quatre a planté son regard azur sur moi, tout d'un coup.

« Ça ne nous dit pas pourquoi tu fais de la peinture chez Heero ? »

Il n'avait pas oublié. Le contraire m'aurait surpris de toute manière. Mais j'étais au clair avec moi-même pour une fois.

« C'est vrai, ça. » A ajouté Trowa. « Ça m'interpelle. »

Et lui aussi a concentré son regard sur moi. Ses yeux menthe à l'eau, avec cet air, si calme et où pourtant, je lisais un mélange d'inquiétude et de colère.

Du coup, je leur ai expliqué ce que j'avais dit à ma mère, le manque d'avancement de sa rénovation, et surtout mon besoin de rester quelques temps ici, jusqu'à ce que j'aie une tête plus présentable.

Quatre a ouvert des yeux vaguement hallucinés tandis que Trowa restait stoïque.

« Donc, si je résume bien…. » A-t-il prudemment commencé, avec une retenue digne des Winner. « Tu repeins l'appartement de ton ex ? »

« C'est ça. »

Il a eu une moue dubitative.

« Curieux. »

Ouais, je savais. Mais je ne comptais pas m'étendre sur le sujet. J'en avais un autre sous le coude.

« D'ailleurs, en parlant de curieux, je ne savais pas que vous aviez renoué le contact, lui et toi. »

Il a rougi d'un coup, mon cher Quatre. J'avais fait mouche, pour une fois.

« Ah oui, c'est vrai… C'est que… C'est un ami tu sais… On se connait depuis tellement longtemps, lui et moi. Je ne voulais pas rompre définitivement avec lui. Tu comprends ? »

Je comprenais. J'aurais préféré qu'il me le dise, mais je comprenais.

« Quatre, y' a aucun souci. C'est juste que, concernant Brice et tout ça, j'ai un peu déliré et Heero pensait que tu m'en avais parlé…» L'ai-je rassuré. C'était en effet le seul truc que j'aurais bien aimé savoir. Parce que… Mais parce que quoi, déjà ?

« J'hallucine. » Cette remarque, balancée par un Trowa qui s'était mis debout d'un bond, m'a fait lever la tête. Géant vert avait les sourcils légèrement froncés et venait de se mettre à tourner en rond dans le salon à son tour, tel un lion comme cage particulièrement affamé. Quatre et moi, on s'est regardé avec stupéfaction. Voilà qui sortait de l'ordinaire.

« Il en a du bol, ce cher Yuy. Vraiment du bol de vous avoir, tous les deux. » A-t-il sifflé entre ses dents serrées.

On le sentait profondément énervé. J'ai compris alors qu'à lui non plus, Quatre n'avait pas parlé de sa réconciliation avec Heero.

Duo, les pieds dans le plat, as usual !

Mais pour l'heure, Géant vert avait les nerfs et ça, c'était nouveau.

« Toi, Quatre, tu es toujours son ami, malgré tout le manque de respect qu'il a affiché vis-à-vis de ton couple ! Quant à toi, Duo, après qu'il t'ait jeté comme un malpropre et mit fin à votre histoire sans ménagement, tu lui proposes de rénover son appartement. Incroyable, incroyable ! Il doit vraiment être exceptionnel, ce mec. Et je ne parle pas sur son attitude en général, complètement déplacée, et que tout le monde excuse, comme si de rien n'était!»

Je suis devenu aussi rouge que Quatre. Lui aussi savait viser juste et ça m'avait pris au dépourvu.

« C'est pas ça… » Tentai-je, avant de m'arrêter. Je n'avais pas d'arguments tout bien réfléchi. Pas un long historique amical, pas de faits incroyables à avancer justement. Rien. Sauf que…

« Ouais, il est exceptionnel, c'est vrai. » Lâchai-je brutalement.

J'ai vu Tro se figer et secouer la tête avec dépit, tandis que Quatre m'adressait un regard plein de commisération.

« T'es encore amoureux de lui, c'est cela ? » M'a demandé Quatre alors que Trowa serrait les poings.

« Je vais taper ce gars, Quat', je te jure. » A déclaré ce dernier.

Ma rougeur devint écarlate. Je ne voulais pas laisser courir ce genre de rumeur sur mon compte !

« Nan… Je suis pas… Enfin, non ! C'est juste ce que je pense, voilà tout. »

Sur ce, Géant vert a quitté la pièce dans un mouvement furieux, me laissant totalement sidéré.

« Mais… Qu'est-ce que… ? »

Je n'en revenais pas. Je questionnai mon ami du regard, lequel leva les yeux au ciel, fataliste.

« Laisse tomber. Il a un souci avec Heero depuis l'autre fois. Tro est trop sensible, il supporte mal la manière dont il vous voit évoluer. »

Hein ? J'avais dû mal comprendre, là.

« Et en prime, l'attitude d'Heero envers notre relation, avec Tro je veux dire, hé bien cette attitude l'a blessé, je crois. »

Ça, c'était plus clair, pour moi. Que de complications, au final…. A tous les niveaux, un truc de fou.

« Bref, c'est un sujet un peu délicat pour Trowa. Mais rien de grave vis-à-vis de toi. Il t'aime beaucoup, tu sais. »

« Moi aussi… Je l'apprécie. En tout bien, tout honneur ! » M'empressai-je d'ajouter, histoire de ne soulever aucune ambiguïté.

Ça a fait rire Quatre.

« Oh, tu sais, ça fait un certain temps que je ne m'inquiète plus d'une éventuelle relation entre Tro et toi. »

Je me suis levé.

« Je peux essayer de le convaincre de revenir manger de ma super salade, alors ? »

« Oui, tu peux. Je mets la table pendant ce temps. » La confiance qu'il y avait dans ses yeux était un trésor inestimable et je me suis senti rasséréné.

Je suis allé dans la chambre de Trowa, qui s'était assis à sa table de dessin et qui crayonnait doucement. Il passait ses nerfs avec application, apparemment.

« Tu fais quoi ? »

Vague coup d'œil sur le côté. Il était concentré sur son crayon, qu'il maniait avec aisance, sans crispation.

« Initiation aux paysages de bord de mer. »

« Vous avez fait un week end à thème alors ? »

Ça a eu le mérite de le faire sourire.

« Autant allier l'utile à l'agréable. »

« Avec Quatre, l'agréable n'a pas du manquer. »

Il a fait une moue coquine.

« J'avoue. »

Maintenant qu'il était déridé, je pouvais attaquer frontal.

« Allez Tro, fais pas la gueule. »

« C'est pas ça. »

« Je sais. Heero a plein de défauts, c'est clair, je ne vais pas te dire le contraire. Mais il a aussi quelques qualités…. Humaines disons, qui le rendent … d'une certaine manière, hein… plutôt attachant. »

Trowa a lâché son crayon, s'est mis debout, face à moi et m'a attrapé par les épaules.

« Duo, ce type-là, il t'a fait souffrir. »

« C'est vrai. » Concédai-je.

« Volontairement, je veux dire. »

Je comprenais la nuance. De sa part surtout.

« Et j'ai l'impression que ça continue. »

Je ne voulais pas aller dans cette voie. Hors de question.

« Lui et moi, c'est fini. » Lui rappelai-je.

« Je ne veux pas que tu souffres ou qu'il te prenne pour un con. »

« Promis, je prends soin de moi. »

Il a rigolé.

« Dis avec une tête pareille, c'est pas crédible. »

Puis, il m'a scruté avec plus d'attention.

« Ça va, vraiment je veux dire ? Une agression, c'est toujours difficile à vivre. Si tu as besoin d'en parler, n'hésite pas. »

Mon cœur a fondu. Ce gars était tellement adorable parfois.

« Tro, t'es un mec en or toi, tu sais ça ? » Il m'a serré fort contre lui. J'ai grimacé de douleur.

« Mollo Musclor ! J'ai les côtes qui ne sont pas à la fête. »

« Fais voir. »

Je lui ai montré mon magnifique hématome violacé.

« Belle bête, n'est-ce pas ? » Me moquai-je.

« Si jamais je vois ces deux types, Duo, je les défonce. » A-t-il lâché avec force.

Trowa, le pacifiste, qui me disait ça. Ça m'a fait plaisir, malgré tout. C'était vraiment gentil de sa part. Et rassurant aussi.

« Allez, viens diner. J'ai fait une salade. »

« Avec quoi ? »

Morfale un jour, morfale toujours.

« Y'a plein de trucs dedans, Tro. »

« Genre, des pâtes ? »

« Non. »

« Du riz ? »

« Non. »

« Un steak ? »

« Toujours pas. Mange-la, on en rediscutera après ! »


Le diner s'est déroulé agréablement, autour du récit de leur petit voyage. Ils avaient passé du bon temps ensemble. Leur couple paraissait fonctionner plutôt bien et j'étais heureux de les voir évoluer si positivement. Ça en faisait au moins deux d'heureux dans le tas ! Peut-être ceux qui le méritaient le plus, finalement...?

« Et sinon, quand tu dis que tu fais des peintures chez Yuy, tu peux développer un peu ? » M'a finalement demandé Trowa.

Il semblait plus disposé à m'écouter maintenant.

« Eh bien, on a fait la liste de tout ce qu'il restait à faire chez lui, que ce soit en termes de peintures, installation de meubles et même finalisation des salles de bain. Que des trucs que je me sentais prêt à faire, hein ! Je n'allais pas me lancer dans la plomberie ou l'électricité ! Bref, on a évalué le temps nécessaire, les matériaux et tout et pis voilà, on a fait le budget. »

« Il te paie ? »

« Yep. C'est correct. Ça me fera un peu plus de tunes pour partir en vacances et comme ça, je peux attendre un peu pour aller chez ma mère. C'est gagnant-gagnant. »

« Tant mieux alors. Duo le bricolo… » Quatre a commencé à se marrer. « Tu sais quoi Duo, toi aussi, t'es exceptionnel ! »


La semaine suivante

J'ai donc poursuivi les travaux chez Heero comme convenu. J'arrivais le matin avant qu'il ne parte au boulot et je partais le soir quand il revenait. Ça me faisait des longues journées. Mais je n'étais pas plus surpris que cela, Heero était un névrosé de la confiance rapport à son appartement et jamais, même du temps où nous étions ensembles, il ne m'avait jamais laissé ses clés.

Perso, je m'amusais pas mal. J'avais négocié d'avoir un lecteur MP3 portatif, auquel j'ai pu connecter mon mobile et ainsi, j'avais la joie de bosser en musique. Autant dire que ça envoyait grave ! La natte au vent, toutes fenêtres ouvertes, tenue crado au possible, je beuglais à plein poumons tout en peignant avec vigueur. Il y avait pire convalescence, tout de même !

Heureusement que le voisinage se montrait conciliant, puisque mes prouesses vocales étaient tout à fait perfectibles !

La chambre d'amis a été finie en deux jours, toutes finitions incluses. Les couleurs rendaient superbement bien avec le parquet et à la lumière du soir, la pièce invitait à la méditation et au repos.

Une teinte neutre avait été choisie pour le couloir, dans les tonalités sable. Un truc pour éviter d'accentuer le stress chez les personnes qui venaient à son cabinet, selon TDC.

Je bossais dur, malgré les douleurs aux côtes et au crâne qui me reprenaient par moments. Néanmoins, ça commençait à s'améliorer. Mes points se résorbaient doucement et mes hématomes devenaient moins visibles. J'avais annoncé à ma mère que je restais sur Paris pour la prochaine quinzaine, à minima, et lui ai promis de venir la voir avant la fin de l'été.

Je comptais bien m'attaquer à la salle de bain d'ici quelques jours, les peintures ayant besoin de sécher pour les premières couches.

J'avais fait une liste des besoins à TDC qui, après l'avoir scrupuleusement épluchée – comprendre discutée, négociée, argumentée - m'a donné son aval ainsi que du liquide. Plus son jeu de clé.

Je l'ai dévisagé avec ahurissement.

« Tu me passes tes clés ? »

« Oui, ça sera plus simple pour aller faire les courses et revenir ensuite, non ? »

« Oui, je sais mais… Ça me surprend. »

Je n'ai pas développé plus mais il a compris ce que je voulais dire.

« Faut croire que tu m'as montré que tu étais un artisan de confiance. »

J'ai rigolé. Moi, un artisan. Elle était bien bonne, celle-là !

« Ça doit être ça. Bon, ben, bonne soirée et à demain, alors ! »

Je le saluai de loin et je repartis tranquillement dans la chaleur du soir. Nos échanges restaient détendus et courtois, ce qui tenait du miracle. La situation était certes étrange mais bon, il n'était pas non plus impossible de rester en bons termes avec son ex, non ?

Nous étions dans une relation gagnant-gagnant, voilà tout.

Le lendemain matin, je me rendis dans une enseigne de bricolage pas loin de chez lui. Le choix était un peu plus limité qu'en très grande surface mais vu qu'il fallait que je ramène tout avec mes petits bras, la proximité était un critère déterminant.

Je sélectionnai les enduis avec soin quand on m'a tapé sur l'épaule. Surpris, je fis volteface et tombai nez à nez avec…

Méga Sourire.

Il me fallut quelques secondes pour en être certain, tant cela me parut étonnant.

« Salut Duo. Tu te souviens de moi ? »

« Brice ? » Je préférai demander, histoire d'être sûr.

« Oui, c'est ça ! » Il m'a adressé un de ses sourires ultra bright, qui m'a piqué les yeux. Je n'avais vraiment plus aucun doute quant à son identité, à présent. « Comment ça va ? »

« Euh… Ça va. Et toi ? » Des banalités … Ça sauve aussi, parfois.

« Pas mal non plus. Joli bleu que tu as là. T'as chopé ça comment ?» Il a désigné ma pommette avec une curiosité avide qui m'a mise mal à l'aise. Il y avait quelque chose d'inattendu dans tout cela.

« Hum… Tu voulais me dire quelque chose ? » Demandai-je sans répondre concernant mon cocard. Je n'avais pas la moindre envie de m'étendre sur mon agression, et surtout pas face à lui, espèce d'inconnu indésirable, ex de mon ex de surcroit.

« Te demander un truc ? Non, pourquoi ? » Répondit-il avec détachement.

Cette fois, je devenais dingue.

« Ben… Tu m'as interpellé alors… »

« Nan, c'était juste comme ça. »

Il était frappé ce mec ou quoi ? Je me mis aussitôt sur la défensive. Je n'avais pas oublié ce qu'Heero m'avait raconté à son sujet. Guéri ou pas, mieux valait rester sur la réserve.

« Et je me demandais… » A-t-il poursuivi, voyant que je ne comptais pas entretenir la conversation. « Si tu avais des nouvelles d'Heero ces derniers temps ? »

Ah, on y venait, tout de même. Je savais bien qu'il y avait anguille sous roche ! On n'aborde pas un mec avec qui on a failli se fighter après une demi-heure de diner sans une bonne raison ! Heero devait être une source de motivation suffisante, à ses yeux. A moins qu'il ne tente encore de sauver ses plans de carrière, allez savoir.

« Quel genre de nouvelle ? » M'enquis-je, plutôt prudemment. Je commençais à en avoir marre de mettre les pieds dans le plat à tout bout de champ.

« Oh, ben, je sais pas. Est ce qu'il va bien ? »

Je fronçai les sourcils. Autant rester factuel.

« Oui. Il a l'air d'aller bien. »

« Il voit quelqu'un ? »

« C'est-à-dire ? Un psy ? » Ironisai-je. Je commençai à m'agacer de cet interrogatoire.

Mais ça l'a fait marrer, lui.

« Oh, plutôt un mec, un petit ami, tu vois… »

Je voyais.

« Je ne sais pas. Je ne suis pas sa mère !» Déclarai-je froidement avant de lui tourner le dos, mimant de reprendre ma quête de l'enduit parfait. Et espérant ainsi clôturer cet entretien des plus bizarres.

Sa main s'est posée à nouveau sur mon épaule mais cette fois, elle m'a obligé à me retourner avec violence. Une vague d'appréhension s'est abattue sur moi, sans que je puisse rien y faire. L'agression trop récente me revint à l'esprit, me filant la nausée d'un coup. Je n'appréciai ni sa proximité, ni son attitude.

Il avait l'air beaucoup moins jovial, soudainement.

« Et toi, tu fais quoi, avec lui ? Parce que je trouve que tu le fréquentes un peu trop… »

Tiens donc ? Il avait un avis à donner lui, peut-être ?!

« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? C'est plus ton mec ! »

« Ne dis pas ça ! » Il m'a chopé à la gorge dans un mouvement sec qui m'a pris au dépourvu. « T'es qui pour me parler comme ça, hein ? »

Je l'ai repoussé brutalement, me dégageant d'un coup.

« Et toi, t'es qui pour venir m'agresser, hein ?! »

J'étais énervé, j'en tremblai de colère. Y'avait moyen de vivre sa vie tranquille, ou pas ?!

« Ne t'approche pas d'Heero ! »

« Non, t'as rien compris, Brice, c'est toi qui ne dois pas t'approcher de lui ! Il t'a viré de se vie ! Alors, dégage ! » Sifflai-je avec fureur. J'appuyai là où ça faisait mal et je le savais très bien.

J'ai vu l'autre dégoupiller mais n'ai pas eu le temps d'esquiver. Un poing en pleine face m'a explosé la pommette droite. L'autre pommette.

J'encaissai cependant et limitai la catastrophe autant que possible. Faire effondrer la totalité du rayon n'aurait rien eu de discret. Mais je ne comptai pas en rester là.

Dans une rage noire, j'ai saisi la truelle que j'avais dans mon panier et lui ai mis sous la gorge.

« Recommence ça encore une fois et je te promets que tu ramasseras tes dents à la petite cuillère ! Ne me parle plus jamais, casse-toi ! » J'ai rugi avec une férocité dont je ne me serais pas cru capable.

L'autre a hésité mais a finalement battu en retrait. Totalement hors de moi, j'eus toutes les peines du monde à finaliser mes achats. Je bouillonnais de colère, de peur et de rage contre cet espèce d'empaffé ! Mais quelle espèce de malade ! Il n'était pas net, c'était confirmé !

Il devrait retourner en HP, ce type ! Heero a vraiment eu du nez, quand il est sorti avec, y'a pas à dire !

J'eus bien du mal à être productif dans ma matinée. Je me demandais bien comment un type comme Yuy avait bien pu se faire avoir par un taré de ce style. Surement que leur rupture avait dû être le vrai point de rupture pour lui, un clash dans sa tête quoi… Chose que je pouvais vaguement comprendre.

La fin d'une histoire amoureuse, ça pouvait rendre fou. Ou du moins, fortement déstabiliser, j'étais bien placé pour le savoir ! M'enfin, j'en avais rien à cirer de sa vie à lui, j'avais assez à faire avec la mienne!

En début d'après-midi, j'étais un peu calmé. Avec découragement, je constatai via le miroir de la salle de bain que j'arborai maintenant une ecchymose sur l'autre joue. Merveilleux.

Shit !

C'était désespérant, quand ça commençait à s'arranger d'un côté, ça partait en cacahuète de l'autre. Mon karma devait être mauvais, pour avoir autant de tuiles en si peu de temps.

Restait une épineuse question à savoir ce que j'allais dire à Heero concernant cette petite affaire. Alors là, l'énigme était complète.

Tout lui dire, ne rien lui dire, lui livrer une version édulcorée…. Que faire ? Me plaindre ne ferait pas avancer le schmilblick. Ne rien lui dire, c'était le conforter dans l'idée que je n'étais pas digne de confiance. Est-ce qu'il risquait quelque chose, à avoir ce type autour de lui ? Surement pas, puisque cela faisait des semaines que cela devait durer. Si sa sécurité avait été en jeu, je n'aurais pas hésité une seconde mais bon… Il était quand même plus apte à lui défoncer la tronche que moi !

J'étais vraiment dans le doute, même après une heure de brainstorming. Mon portable a sonné, mettant fin à la torture mentale. C'était mon frère, chose rare puisqu'il préférait me faire suivre des blagues étranges par mail. Je n'hésitai pas à répondre.

« Salut Baptiste ! Comment ça va ? »

« Bien, et toi frérot ? »

« Ça roule. »

« Parait que tu fais des travaux ? »

Merci Maman pour radio moquette.

« Ouais, chez un pote. »

« T'as besoin d'aide ? »

Alors là, bonne question… J'ai posé un regard interrogatif autour de moi.

« Ben, j'attaque la salle de bain demain… »

« C'est chaud, les salles de bain… »

J'ai eu un sourire entendu. Il était parfois d'une transparence…

« C'est sûr que ça sera pas facile. Tu serais prêt à venir m'aider ? » Je lui tendais la perche qu'il attendait.

« Ouais ! » Il avait l'air super enthousiaste, ce qui me fit rire.

« Tu bosses pas ? »

Petit détail logistique qui parfois, lui passait par-dessus.

« RTT demain ! »

Imparable donc…

« Ben écoute… C'est vrai qu'à deux, ce sera plus simple et tu t'y connais plus que moi pour le carrelage… Je vais en parler à mon pote mais je pense qu'il n'y a pas de souci.»

« Cool ! Ça va me faire plaisir de passer un peu de temps avec toi, petit frère ! »

« Je t'envoie l'adresse par SMS. Si jamais y'a contrordre, je te préviens d'ici demain matin. » Décrétai-je avant de raccrocher.

J'étais content qu'il passe, en fait. J'avais bien envie de le voir et visiblement, lui aussi. Une journée autrement qu'en solitaire ne pourrait que me changer les idées. Quant à mes hématomes, l'avantage avec mon frère, c'est qu'il ne cherchait pas plus loin que ce qu'on voulait bien lui dire. De retour dans la salle de bain, je détaillai ma tête avec un regard critique et décidai de mettre ça sur le compte d'une chute lors des travaux. Ma maladresse légendaire aurait au moins un avantage avec lui.

Puis, je me suis mis à préparer la pièce d'eau pour le lendemain, évacuant les meubles et les accessoires qui y étaient disposés. La plomberie avait été globalement faite, rester à mettre l'enduit et le carrelage puis à poser les nouveaux meubles.

En fin d'après-midi, tout était prêt. Je comptais partir tôt et appeler TDC pour lui demander l'autorisation de faire venir mon frère quand la porte a claqué vers dix-sept heures.

Il était de retour de bonne heure, pour une fois. Pile le jour qu'il fallait. L'implacable loi de Murphy faisait encore des siennes.

« Salut ! » A-t-il lancé en déposant ses affaires dans le salon. J'ai senti mes tripes se nouer. Bordel, qu'est-ce que j'allais bien pouvoir lui dire ?!

« Salut » Répondis-je, plongeant ma tête vers le sol, histoire de planquer mon visage derrière un rideau de cheveux.

« Ça a été aujourd'hui ? »

« Ouais, impeccable. »

« Et les courses ?

« J'ai tout trouvé. » Éludai-je habilement. « La monnaie est dans la cuisine. »

Fallait cependant que je lui parle pour Baptiste ! Shit.

« Dis Heero, je me demandais… » Commençai-je, en gardant ma tête en direction du sol de la salle de bain. « Y'a mon frère qui pourrait venir m'aider demain. Est-ce que ça t'ennuierait s'il venait ? »

Ce n'était pas évident de discuter avec quelqu'un, surtout avec quelqu'un comme lui, sans même pouvoir échanger un regard. Mais je m'accrochais !

« Ton frère ? »

Je lui avais dit que j'en avais un mais bien sûr, il ne l'avait jamais rencontré du temps où on était ensemble.

« Ouais, ça me ferait plaisir de le voir et puis, il a rénové son appart lui aussi alors, ce serait bien d'avoir son expérience, tu vois. »

Je n'osai toujours pas le regarder. Du coup, je n'avais aucune idée de ce qu'il pouvait bien penser de ma requête. Présentement, je ne voyais que ses pieds. Peu expressifs, quoi.

« Tu comptes me faire payer double ? » J'étais quasi certain qu'il y avait de la moquerie dans cette remarque. Quasi. J'ai rigolé un peu.

« Nan, nan, deux pour le prix d'un, t'inquiète pas. »

Il y a eu un silence.

« OK pour moi. »

J'ai vu les pieds s'éloigner et j'ai respiré à nouveau. Discrètement, je me suis relevé et j'ai pris mes affaires. J'allais mettre les voiles en marchant à pas de velours quand il m'a interpelé dans le couloir.

« Duo ! »

« Quoi ? »

« Retourne-toi. »

J'ai failli lui dire non puis, comme c'était stupide et que j'en étais bien conscient, j'ai obtempéré.

Quand nos regards se sont croisés, au début, je n'ai vu que de la perplexité. Puis, ça a changé.

« Qu'est-ce que t'as sur la joue ? »

Volontairement, j'ai palpé ma joue gauche, histoire de noyer le poisson.

« Ce n'est pas encore parti, tu sais. J'ai la cicatrisation lente. »

« L'autre joue, Duo. »

Il s'est rapproché. Et là, cette fois, il riait vraiment plus.

Shit, shit et shit !

« Tu vois de quoi je parle, ou faut que j'appuie dessus ? »

J'ai baissé les yeux, mal à l'aise.

« Duo ! Regarde-moi. » A-t-il ordonné sèchement. « Ça vient d'où, ça ? »

« J'ai eu… une altercation, au magasin de bricolage. » Marmonnai-je de mauvaise grâce.

« Une altercation ? Tu t'es battu avec quelqu'un ? »

C'était de la colère dans sa voix ? Je n'en étais pas certain.

« Battu, non. Pas vraiment… Juste un peu. Enfin, rien d'important. »

Il m'a chopé le menton et m'a forcé le regarder dans les yeux.

« Qui ? »

Voyant que j'hésitais, il m'a lâché, remettant un peu de distance entre nous, assez pour presque respecter mon espace vital.

Presque.

« Pas un de ces deux débiles qui t'ont agressé ? » Il plissait les yeux, concentré sur moi et pas content du tout.

« Hein ?! Non, rien à voir… »

« Alors ? » Son ton était impérieux. Il ne lâcherait rien, je le connaissais assez pour en être certain. Quelle misère…

« Euh…C'était… Brice. » Avouai-je en lui coulant un regard de côté, hésitant.

Il a changé de couleur, immanquablement.

« Brice ? »

J'hochai la tête affirmativement, puisqu' apparemment, ce n'était pas clair.

Ça n'a pas dû suffire car il m'a saisi par les épaules. Ses doigts enserraient fortement mes bras, c'en était douloureux et ça m'a un peu crispé, j'avoue.

« Brice, un gars d'environ vingt-cinq ans, cheveux noirs, peau mate, prétentieux et avec un sourire de publicité Colgate ? »

Une partie de moi eut envie de l'envoyer promener avec sa question débile. J'aimais pas les questions débiles !
De quel autre Brice pouvait-il bien s'agir ? Il avait d'autres ex pyromanes dans son escarcelle, hein ? Ou bien, il s'imaginait vraiment que j'ai pu ne pas reconnaitre, son satané ex, alors que nous avions passé un diner – grand moment qui resterait à jamais gravé dans ma mémoire – avec eux deux, au terme duquel on avait failli se mettre sur la tête à coup d'escalope milanaise ? Non mais sans rire, comment aurais-je pu me tromper, abruti?!

C'était en substance ce que j'avais envie de lui dire. Et ce que je me gardais bien de faire. Je ravalai donc mon sarcasme, ne voulant pas énerver la bête davantage, et me contentai de confirmer. Non sans une pointe d'agacement, il est vrai, parce que bon, on ne se refaisait pas !

« Oui, Brice. » J'ai planté mon regard dans le sien, histoire qu'il arrête de me prendre pour un benêt en insistant bien sur ce prénom honni. Non, je n'étais pas stupide, oui, je l'avais reconnu et oui, je mesurais très bien la portée de mes propos. Bon, maintenant que les basiques étaient établis, on pouvait passer à autre chose ?

A priori, non. Son teint est devenu encore plus cireux, à mesure qu'il assimilait la nouvelle. Et moi, je me demandai si je n'avais pas ouvert la boite de Pandore. En tous cas, je le regrettai déjà.

J'ai vu la colère se télescoper dans son regard et éclater en étoiles, tel un kaléidoscope.

Il s'est écarté de moi alors que je me ratatinai contre le mur, pressentant le tsunami furieux qui ne tarderait pas à s'abattre sur la quiétude du salon. Il s'est mis à marcher à grands pas, dans un sens, puis dans l'autre, se prenant les cheveux à pleine poignée d'une main tandis qu'il menaçait de se dévorer l'autre. Il prenait sur lui pour ne pas craquer, c'était d'une telle évidence ! Je ne l'avais encore jamais vu aussi hors de lui, même le jour où il a appris pour Tro et moi.

Son corps était tendu comme un arc bandé, prêt à se briser. J'en avais mal pour lui. Il écumait de rage, c'en était sidérant et je me sentais désarmé face à sa réaction.

« C'est juste un connard. » Marmonnai-je, histoire de désamorcer la bombe.

Il a marqué un temps d'arrêt et là, il a ouvert la bouche. Pour hurler des injures à l'encontre de Brice, lequel devait avoir les oreilles qui sifflaient joyeusement.

Il a un sacré répertoire, pour un avocat…

D'un coup, alors que ses pas ralentissaient, et que je me permettais une petite inspiration salvatrice, il a saisi la table du salon et l'a projetée avec une violence inouïe contre le mur.

J'ai sursauté et mon sang s'est cristallisé dans mes veines. Une déferlante de rage a dévasté le salon, brisant tout sur son passage. Après la table, les verres suivirent le même trajet, le canapé en a pris pour son grade, et le meuble-télé fut fendu en deux.

Rien ne paraissait capable d'apaiser l'ire de Yuy.

J'ouvris les yeux démesurément, choqué par la soudaineté et la puissance de sa fureur. J'avais brusquement froid et la sensation qui me serrait les tripes ne m'était désormais plus inconnue.

J'avais peur, oui, définitivement. Peur de cette brutalité irraisonnée qui éclaboussait tout, sans distinction. Peur de cette absence de maitrise, de l'absence de limite. Où comptait-il s'arrêter ? Le savait-il seulement lui-même ?

Une partie plus pragmatique de mon cerveau me fit remarquer que je pourrais rajouter deux jours de boulot pour reprendre les peintures du salon et réparer le mobilier. Enfin, pour ce qui pouvait l'être.

A cet instant, il s'était tourné vers moi et mon sang s'est figé. Alors même qu'il avançait dans ma direction, un sentiment de défense primal m'a contracté, me coupant momentanément le souffle, et j'ai mis un bras devant mon visage comme ultime protection.

Ce qui l'a fait s'arrêter net. Comme tétanisé par le regard d'une Méduse que je n'étais pas.

Ma respiration s'est précipitée et un frisson m'a secoué des pieds à la tête. Je n'avais qu'une envie : rétrécir au point de disparaitre.

Rien de réalisable, bien entendu.

J'ai vu son expression se métamorphoser en un éclair, faisant disparaitre la férocité de ses traits aussi vite qu'elle n'était apparue. Ses bras sont retombés le long de son corps et ses épaules se sont affaissées d'un coup.

« Je te fais peur, Duo ?» M'a-t-il demandé, le souffle un peu court.

Je n'ai pas répondu, me contentant de baisser prudemment mon bras, sur le qui-vive malgré tout.

Il s'est approché de moi, en secouant la tête avec accablement. Mon dos a fusionné avec le mur à mesure que la distance qui nous séparait s'amenuisait.

« Je ne suis qu'un con. Excuse-moi, Duo, je suis vraiment désolé. » A-t-il murmuré en me prenant dans ses bras.

Même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu résister à sa poigne puissante et je me suis fait ensevelir sous son étreinte.

Je ne savais plus quoi faire, quoi dire, quoi penser. J'étais raidi dans une douloureuse expectative, craintif et curieux à la fois.

« Je suis désolé. » A-t-il répété d'une voix étouffée.

C'est là que j'ai senti une goutte d'eau tiède glisser le long de mon cou et ça a carrément changé le cours des choses.

Il pleurait. Lui, Heero Yuy, si fort, si digne, si fier. Pour la première fois depuis que je le connaissais. Il s'était débarrassé de tout ce qui faisait sa cuirasse, sa superbe façade de maitrise et d'honneur, et ne restait que l'homme. Un homme démuni, solitaire et passablement triste en ce moment.

Ma tension a fondu comme neige au soleil, libérant mon dos de sa raideur, et mon sang s'est remis à circuler dans mes veines. La peur évacuait mon corps comme l'aurait fait un poison au contact de son antidote.

Maladroitement, j'ai levé les bras et lui ai tapoté le dos. Maigre consolation qui m'a valu de me faire enserrer plus fortement encore.

« Pleure pas, Heero. C'est pas grave… » Lui dis-je doucement. J'étais sincère d'ailleurs, je ne voulais pas qu'il se prenne la tête pour moi. Même si j'avais encore du mal à dépasser les derniers évènements, je savais que je finirai par y parvenir. Il me fallait juste un peu de temps.

Il m'a repoussé, s'essuyant les yeux d'un revers de main rageur.

« Si, c'est grave, c'est très grave. Je pensais en avoir fini avec ce mec et voilà que tu te retrouves embarqué de cette histoire de dingues ! Avec tout ce qui vient de t'arriver ! C'est inacceptable ! C'est à moi de payer, pas à toi ! Brice, c'est mes erreurs, ma faute ! Il m'a dit qu'il était guéri, et moi, je l'ai cru parce que… C'était plus facile, surement. Et regarde ce qui arrive ! Je ne peux pas supporter que ce soit toi qui prennes ! » Sa voix s'est brisée et il m'a jeté un regard infiniment malheureux. « Je ne veux pas que tu souffres à cause de moi, Duo ! Je suis tellement navré… »

Je ne pouvais pas le laisser ainsi.

« Arrête, ne te mets pas martel en tête, Heero. Tout va bien. Je vais bien. » L'apaisai-je en posant une main conciliante sur son épaule.

Il avait les yeux débordants de larmes encore et ça m'ébranlait plus fortement que n'importe quelle parole.

« Ah oui ? » A-t-il tenté de rigoler. « Je ne peux pas te croire quand je vois ça. » Son pouce effleura ma pommette enflée, délicatement, me ramenant d'un coup à la propre réalité.

« Je…. » Les mots me manquaient. Son contact mettait à mal ma jolie carapace. « Je vais bien. » Mais une boule dure au fond de ma gorge rendait mes paroles peu crédibles, même pour moi.

Pas si bien, en réalité. Mais je survivrai, comme toujours.

Heero n'était pas dupe, je l'ai vu à son sourire compatissant. Le même que lorsque j'avais été malade, une fois, et que je lui disais que 'non, non, ça allait pas trop mal' avec une fièvre de cheval et le nez en chou-fleur.

Avec beaucoup de douceur cette fois, il m'a attiré à lui et a posé son front contre le mien.

« Je suis désolé Duo, si tu savais à quel point… » A-t-il soufflé. « Ça ne se reproduira pas, je te le promets. »

Un mélange complexe de sensations se heurtait en moi. La peur, le stress – que je pouvais honnêtement qualifier de post traumatique après tout ça - la douleur de le voir aussi mal, la douleur physique aussi. Ses mots rassurants. Et puis, sa chaleur, son corps contre le mien, son souffle sur ma peau.

J'ai levé légèrement la tête, pour croiser son regard. Et ça, ça a définitivement fait basculer. Instant suspendu, avant que mes lèvres ne se posent sur les siennes, humectant, mordant, s'emparant de lui et de sa bouche. Une violente bouffée de désir m'a secoué quand nos langues se sont touchées et mes mains se sont nouées autour de sa taille.

Les siennes m'enserraient si fort qu'elles auraient pu me briser. Ces baisers étaient si bons. Impérieux, humides et avides de sensualité. Cette fois, c'est moi qui l'ai poussé contre le mur, pressant mon corps contre le sien, nous arrachant un gémissement mutuel quand mes hanches ont rencontré les siennes.

Par-dessous mon T-shirt, j'ai senti les paumes de ses mains se plaquer sur mes flancs, brulantes. Elles me parcouraient avec fièvre et précaution. On était malade de désir, l'un comme l'autre. Fiévreux, avides de se consoler, d'oublier tout cela. Pour vivre, tout simplement, un de ces moments où plus rien ne compte, si ce n'est la jouissance du corps qui entraine celle de l'âme.

Deux corps qui se délassaient, dansant lascivement l'un contre l'autre, exacerbant la sensualité et créant le plaisir des sens.

On se parcourait de haut en bas, comme si c'était la première fois, redécouvrant chaque creux et chaque bosse, comme si nos quelques semaines de séparation nous avaient tout fait oublier.

Lentement, je l'ai attiré vers la chambre. On s'est vautré sur le matelas, fusionné l'un à l'autre. Les vêtements ont volé, superflus. Il faisait chaud, très chaud, lorsque ses doigts se promenaient sur mes cuisses, montant et descendant, créant des caresses d'une douceur inédite, jusqu'à ce qu'ils s'emparent de moi, dans une extase encore plus prometteuse. Un mouvement de va et vient, si simple, mais extatique.

Une torture qui en appelle d'autres.

Je l'ai repoussé sur le matelas, m'allongeant sur lui pour gouter sa peau. Ses mains coulaient dans mon dos, entortillant mes cheveux, détendant mes dorsaux, avant de plonger dans mon intimité. Une préparation minutieuse, faite avec application et doigté. Il était doué, diaboliquement. Un savant mouvement de mes hanches ne le laissait pas en reste, achevant de faire monter la pression.

Je me suis redressé, genoux de part et d'autre de son corps. J'avais trop envie de lui, trop envie pour attendre davantage. Je l'ai regardé, impudique et insouciant du corps meurtri que je lui présentais. Il était beau, le cœur à nu, comme le reste d'ailleurs.

Des cheveux fous, des yeux cobalt plus brillants qu'à l'accoutumée, une peau de métis sans défaut, et des muscles bien dessinés. Un homme, un vrai, viril mais aussi fragile, comme j'avais pu le voir. Une vision à se damner. Et rien que pour moi.

Je me suis mordu les lèvres, savourant d'avance les délices qui s'annonçaient. Il a souri, laissant ses mains descendre le long de mon torse, rappelant au plaisir des zones désaffectées.

D'un geste vif, il m'a empoigné par les fesses et s'est redressé à demi lui aussi, pour m'embrasser à pleine bouche.

Ses deux bras noués autour de mes reins étaient un délicieux étau et je me suis laissé glisser sur lui, le faisant pénétrer en moi, avec une lenteur calculée.

Une plainte rauque s'échappa de mes lèvres alors que ses bras m'enserraient plus fort encore, accentuant sa progression au plus profond de moi.

« Oh, oui, doucement, doucement… »

Une autre plainte. La douleur était là, le plaisir aussi.

J'ai passé mes bras autour de son cou, humant ses cheveux pendant que le rodéo débutait. Mes reins donnaient la cadence, imprimant un lent et ample mouvement à nos hanches.

Puis, le rythme a accéléré. Pas à pas, faisant monter la jauge du plaisir, la faisant tendre vers sa limite, rendant nos souffles de plus en plus erratiques, saccadés. Combattre la fièvre par la fièvre.

On a échangé un regard embué de désir.

« Duo… Je vais… »

« Je sais… Moi aussi. »

J'ai senti son sourire contre ma bouche et il a imposé un grand coup de reins, me faisant gronder de volupté.

C'était bon, si bon.

Dans un râle guttural, je me suis répandu sur lui. Quelques secondes après, c'était à son tour d'atteindre la félicité.

On a attendu un peu, toujours enlacés, que nos respirations s'apaisent, que nos cœurs se calment.

En souriant, j'ai caressé son visage, repoussant du bout du doigt les mèches folles qui barraient ses yeux. Puis, je l'ai embrassé tendrement.

Lui aussi souriait.

Une vague de quiétude nous a entourés, nous avions apaisé nos corps et nos âmes.


Évidemment, deux heures plus tard, tandis que j'émergeais du bienheureux sommeil post coïtal, tout cela me parut bien moins logique, simple et incontournable.

Pourquoi t'as fait ça Duo, pourquoi ?

Mon moi intérieur ne m'était d'aucune aide, me reprochant d'avoir cédé aux sirènes du sexe facile avec son ex, ce qui me faisait plonger dans les affres de la prise de tête.

Et Quatre, il en pensera quoi, à ton avis ?

Bon, shit, je n'avais pas envie d'y penser. J'étais encore si bien là, plus détendu et serein que je ne l'avais été depuis des semaines. Surtout si on pensait aux toutes dernières semaines.

Si stupide - ou immature - que cela puisse être, cela avait été un excellent moment, dont j'avais pleinement profité. Je ne voulais pas gâcher ça en le cataloguant comme une erreur.

Après tout, on était deux adultes et donc, libres de nos mouvements. Une partie de jambes en l'air avec son ex, ça pouvait arriver à tout le monde !

Bien, pas de quoi fouetter un chat.

Suffisait de faire comme de rien n'était.

Joue-là cool, Duo !

Je me suis étiré comme un chat, roulant sur le matelas sans gêne. Heero était parti prendre une douche, ce qui me laissait toute latitude pour m'étaler dans les grandes largeurs. D'ailleurs, il n'était pas revenu depuis. Je tendis l'oreille et entendis bouger dans le salon.

Avec une absence de motivation flagrante, je me suis extirpé des draps et j'ai remis mes fringues. Le soleil commençait à se coucher à l'horizon, et mon estomac qui criait famine me le confirmait : il était tard.

Trainant des pieds, nus évidemment, j'ai retrouvé Yuy dans la pièce dévastée. Sans mot dire, j'ai évalué l'ampleur des dégâts en hochant la tête, mi amusé, mi catastrophé.

Heero avait le portable dans une main, consultant probablement ses mails, et ramassait les morceaux de verre de l'autre.

Me rappelant ma dernière expérience en date avec ce type de déchet, je me suis abstenu de l'aider. Assis sur une des chaises survivantes, j'ai attendu qu'il me parle.

Enfin, il a poussé un profond soupir et m'a dévisagé, affichant une moue dépitée qui m'a arraché un franc sourire.

« Allez Heero, fais pas cette tête ! C'est pas la mort non plus ! Ce sera l'occasion d'acheter un nouveau canapé. »

« Et un nouveau meuble télé aussi, des chaises… Un service à whisky… » Ajoutai-je ensuite en comptant les cadavres.

Je m'arrêtai là, histoire de ne pas plomber définitivement l'ambiance. Il s'est redressé et a levé les yeux au ciel. Il était mature lui, fallait pas que je l'oublie.

« Je tente de réparer mes erreurs, Duo. Tu vois ce que je veux dire ? »

« Ça avance pas vite, d'après ce que je vois. » Commentai-je nonchalamment. « Tu veux de l'aide ? »

« Non ! » Réponse sèche, assorti d'un regard polaire, tout pour me faire plaisir en somme. « Je veux m'en occuper seul. »

« Message reçu. » Rétorquai-je, un brin vexé par ce rembarrage en règle. « Je vais y aller alors… » Lançai-je innocemment. Piètre tentative, n'est-ce pas ? Une partie de moi devait avoir l'espoir que… Que quoi déjà ? Il m'avait déjà largué après une nuit de ce style, non ? Et celle-ci avait été de mon initiative, en quelque sorte.

Il n'y avait rien à espérer, rien.

Et sa réaction m'en apporta la preuve. Il se contenta de me dévisager un instant, avant d'approuver d'un mouvement du menton.

« Ouais. Bonne soirée, Duo. A demain. »

Et de replonger sur son portable, happé par ses emails et ce monde auquel je n'appartenais pas.

Un gros pincement me serra le cœur tandis que je quittai son appartement. L'air chaud du soir ne suffit pas à me détendre à nouveau, je décidai donc de rentrer à pied. J'en serai quitte pour une bonne marche mais il fallait bien cela pour me remettre les idées en place.

Le temps d'une bonne introspection n'était pas encore venu. Je n'avais pas envie de m'y mettre, sachant que je devais encore bosser chez lui les quinze prochains jours.

Ensuite… Ensuite, il faudrait choisir, décider, trancher, une bonne fois pour toutes. Je n'étais pas encore prêt pour cela, pas encore sûr de moi.

Je revins à la coloc vers vingt-trois heures. Les deux survivants étaient de sortie, je me suis donc mis au lit sans plus de cérémonie, laissant les doutes voler dans mon esprit et la fatigue s'abattre sur mon corps.


Le lendemain

Si Baptiste eut du mal à gober mes salades concernant mes ecchymoses, il n'en montra rien et se contenta d'un sourire compatissant. Après tout, son petit frère était un boulet et avait deux mains gauches, ma foi, il n'en était pas surpris. Il faut dire qu'il avait eu plus de vingt années pour s'habituer.

Il était très cool, comme toujours. A l'aise dans ses baskets, pendant qu'on étalait l'enduit, il me narra ses invraisemblables histoires de boulot, lui qui était architecte pour un des bureaux d'études de la ville de Paris et qui était doté de collègues particulièrement retors pour se bouffer le nez. Il s'était habillé en vrac, avec ses converses un peu usées, son jeans trop grand et un immense T-shirt qui, si la longueur était bonne, était au moins deux fois trop large pour lui. Ça me fit sourire, de le voir comme ça, puisque ma propre tenue n'était pas si éloignée que cela. Un truc de famille sans doute.

Visiblement, ma belle-sœur se portait comme un charme, tout roulait pour le mieux entre eux. Il me glissa, entre deux bières bien fraiches que j'avais apportées pour l'occasion, qu'il espérait me faire tonton prochainement. Cette nouvelle m'euphorisa et c'est le cœur léger qu'on a passé l'après-midi à poser le carrelage dans la salle de bain. Heureusement qu'il était venu m'aider ! C'était bien plus minutieux que ce dont je me souvenais et même si la pièce n'était pas très grande, cela en faisait, de la surface !

Heero est rentré tôt, ce jour-là aussi, si bien qu'on n'avait pas encore fini de remballer les affaires. J'ai présenté les deux gaillards et j'ai rangé le matos pendant qu'ils papotaient cinq minutes.

C'est seulement en consultant l'heure – via la montre d'Heero, puisque lui-même n'en portait jamais – que Baptiste s'est aperçu qu'il était sérieusement en retard. Il aurait omis de prévenir sa dulcinée qu'il avait posé un congé et qu'il ne pourrait venir la chercher à la sortie de son travail. Autant dire qu'il a pris la poudre d'escampette dard dard, claquant une poignée de main à Yuy et un bisou sur mon front.

Dégingandé, je l'ai vu dévaler les escaliers comme l'aurait fait un gosse de dix ans, ce qui m'a définitivement planté un sourire sur le visage.

« Il te ressemble. » A déclaré Heero, lorsque je suis rentré pour prendre mes affaires.

« Tu trouves ? » M'étonnai-je.

Baptiste était un géant, grand, presque maigre, les cheveux plus blonds que les miens, coupés courts. Avec un visage taillé à la serpe, de grandes mains et les pieds qui allaient de pair. Bref, c'était plutôt rare qu'on me dise ça.

« Ouais, les yeux. Mauves, pour vous deux. »

J'ai un peu rougi, en acquiesçant. C'était effectivement notre seul trait commun, sur le plan physique. Comme à son habitude, TDC avait su tomber juste du premier coup. Son œil de lynx ne faiblissait pas.

Les jours suivants se sont enchainés à la vitesse de l'éclair. On a reçu une lettre du tribunal nous informant que l'audience finale était planifiée à début aout. D'après ce que j'ai compris, il était uniquement question de nos implications dans le trafic et que le jugement de Wu Fei serait fait bien à part.

Grosso modo, on allait enfin reconnaitre notre innocence et classer l'affaire de notre point de vue. J'étais impatient d'en finir avec ce bazar, pressé qu'on nous lave de tout soupçon et qu'on puisse redevenir blanc comme neige.

C'était oublier les deux neuneus qui m'avaient agressé. Dieu merci, Yuy était là pour me le rappeler, ce qu'il a fait sans faute ce soir-là.

« Ils passent devant le juge demain, pour coups et blessures volontaires, avec comme fait aggravant le caractère homophobe de leur agression. » M'a-t-il prévenu.

J'ai froncé les sourcils, agacé. Je n'aimais pas la tournure que cela prenait. Je n'étais pas un étendard, un porte fanion d'une quelconque cause. J'étais moi, je m'étais fait bastonné par deux gars en quête de leur dealer, un point c'est tout !

« Ça sort d'où, cette histoire d'homophobie ? J'ai jamais rien dit de tel, moi ! »

« Mais moi, si. »

J'étais franchement en colère cette fois. Et je me suis planté face à lui, droit et bien rigide d'énervement. Lui avait l'air diaboliquement sûr de lui, comme d'hab quoi.

« Et de quel droit as-tu fait ça ? »

« Je suis ton avocat, j'agis pour le mieux. »

« Tu aurais pu me demander mon avis… Non, mieux, tu aurais dû me demander mon avis ! »

« Je le connaissais déjà. »

Alors ça, c'était le pompon !

« Et tu es allé contre ? Sciemment ? »

Je n'en revenais pas. Mais il n'a pas cherché à nier.

« Oui. C'était le mieux. »

Bouche bée, je ne trouvai plus mes mots.

« T'es un abruti, Yuy ! » Finis-je par déclarer, hors de moi.

Il a haussé les épaules, fataliste.

« Pense ce que tu veux. C'est trop tard pour changer, maintenant. »

Je bouillais sur place.

« Alors, je suis sensé faire quoi ? » Beuglai-je, excédé.

« Tu peux venir à l'audience, si tu le souhaites. »

Je plissai les yeux, sceptique.

« Et si je ne veux pas ? »

Honnêtement, je n'avais aucune envie d'y aller. Déjà, c'était la galère pour se rendre sur place, deuxio, j'avais bien d'autres choses à faire. Et puis, bon, je ne voulais pour rien au monde revoir la tronche de ces deux-là.

Comprenant ce que je ne disais pas, Heero a eu un sourire narquois.

« Ce n'est pas un problème. Je te représenterai, dans ce cas. »

« Dignement, j'imagine ? » Le sarcasme de ma voix était limpide. Ça ne lui a guère plu, bizarrement.

« Je ne pense pas que tu t'y connaisses suffisamment en droit pour faire des critiques sur mon travail. »

« Je m'y connais suffisamment pour savoir qu'un avocat qui se fout de l'avis de ses clients ne doit pas être bon ! »

Il s'est crispé.

« Ne me cherche pas, Duo… »

Mais j'étais ouvertement énervé et pas prêt à la fermer, pour changer.

« Et pourquoi pas ? De toute manière, y'a plus grand-chose à casser ici ! » Lançai-je avec force, en gesticulant. « A part moi, peut-être… Et encore que ! On ne peut pas dire que l'était général soit au top et tu as, toi aussi, apporté ta petit pierre à l'édifice, involontairement certes, à défaut de te lâcher vraiment, parce que c'est pas l'envie qui te manquait de m'en coller une ! » Mon ironie était cinglante. « Heureusement que ton ex est intervenu pour prendre les choses en main, lui au moins, il a assumé sa connerie jusqu'au bout et a eu le courage de m'attaquer en frontal au lieu de faire ses coups en douce, sous couvert d'être mon avocat de je ne sais quoi! Finalement, il a peut-être plus de cran que toi ! »

Là, j'avais dépassé les bornes, je l'ai su direct, et il a bondi.

« Sors d'ici, tout de suite ! » M'intima-t-il dans un mouvement si furieux que je suis parti sans demander mon reste.

J'ai dévalé les escaliers à mon tour sans un regard en arrière.


J'ai attendu toute la nuit un message qui me dirait de ne plus venir chez lui et de lui rendre ses clés. En vain.

Cela m'étonna. Il devait vraiment avoir envie que les travaux soient finis pour ne pas me congédier comme un malpropre. En même temps, il l'avait bien cherché aussi !

Seul dans ma chambre, j'ouvris un carton et entrepris de ranger les affaires dont je n'aurais pas besoins dans les jours à venir. Je n'avais pas encore annoncé la nouvelle à Quatre et à Trowa. J'ignorais comment ils prendraient la chose mais j'étais sûr de moi. Je devais prendre un nouveau départ, sur des bases saines. Et un appartement trop cher avec deux de mes ex ne correspondait pas à ces critères. Il me faudrait donc affronter la foule en septembre pour trouver un Graal plus adapté. Perspective ô combien peu réjouissante. Mine de rien, j'en avais entassé des trucs dans ma chambre, en fin de soirée, j'avais rempli trois cartons, pleins à craquer, et des amas d'objets divers et variés jonchaient encore la pièce.

Finalement, n'ayant pas eu de contre-ordre de TDC, j'ai poursuivi les travaux chez lui. Je ne le croisais plus. J'en conclue qu'il avait accepté de me représenter pour mon audience et ne lui demandai aucune nouvelle.


La veille du quatorze juillet, j'avais enfin fini. Une vague d'autosatisfaction m'a envahi quand j'ai contemplé le résultat.

L'ensemble était harmonieux, car la plupart des teintes étaient froides ou claires. A l'exception de la cuisine, qui offrait une incroyable touche de peps et de dynamisme, devenant un peu le noyau central de l'habitation. Je me permis une petite pause sur la terrasse, pas très grande mais surplombant Paris.

Le feu d'artifice sera magnifique, vu d'ici…

J'étais ravi, vraiment. Il restait des meubles à monter, surtout dans le salon puisque je n'avais rien réparé au final, et quelques aménagements à faire mais globalement, c'était fini et complément habitable. Heero pourrait se vanter d'avoir un superbe appartement.

Pour ma part, je me sentais serein, heureux de la mission accomplie. Je griffonnai un mot que je laissai dans la cuisine.

Il n'avait pas envie de me voir, soit. Mais il allait bien falloir qu'on fasse le bilan, que je lui rende ses clés et surtout, qu'il me paie. Ensuite, à moi les vacances !

J'avais une quinzaine de jours avant de devoir revenir à Paris pour le jugement final de notre affaire. Je comptais bien aller voir ma mère puis revenir quelques jours, le temps de boucler mes cartons.

Concernant le reste de mon mois d'Août, je ne savais pas encore comment j'allais l'occuper. Plage, mer, montagne ? Je ferai à l'instinct.

Le soir même, je fis un bon repas avec mes colocs et j'en profitai pour leur annoncer mon départ prochain. La nouvelle les consterna.

« Tu veux vraiment partir ? »

« Oui, c'est nécessaire. »

Quatre a hoché la tête, compréhensif.

« Et vous, vous comptez faire quoi ? Recruter trois colocataires ?»

Il y a eu un petit moment de flottement, pendant lequel ils se sont échangés un regard un peu hésitant.

« Non, je ne crois pas. » A fini par dire le blond. « On va rester tous les deux, pendant un temps du moins. »

« Ah oui ? »

« Le temps de voir comment ça se passe, entre nous deux. » A dit Trowa en passant un bras protecteur autour des épaules de Quatre.

Lequel a rougi, me faisant sourire.

« Le loyer n'est pas un problème pour moi, tu sais. J'en ai discuté avec mon père et on a éclairci pas mal de points, notamment celui de mes revenus. » S'est à demi excusé Quatre. « D'ailleurs, si tu veux rester à loyer inchangé, ça ne me gêne pas… »

« Non. » Le coupai-je. « Je ne veux pas abuser de ta générosité. Je paie ma part, c'est tout. Pas de favoritisme ou je ne sais quoi… »

« T'es un mec plein de principes, en fait. » S'est moqué Trowa, qui m'a en même temps adressé un petit clin d'œil complice pour me remercier de les laisser en amoureux, lui et Quatre.

« Pas faux. » Admis-je en rigolant. J'avais quelques valeurs, valait mieux que j'y reste accroché, parce que le reste avait tendance à se débiner vitesse grand V.

« On restera ami, hein, même si on n'est plus colocs ? » M'a gentiment demandé Quatre avec un regard plein d'espoir.

« Et comment ! Je compte là-dessus, vraiment.» Affirmai-je avec force. « Pareil pour toi ! Même si tu es insupportable. » Lançai-je ensuite à Trowa.

On a ri, tous les trois.


TDC a fini par m'envoyer un SMS dans la nuit, me demandant de passer en fin d'après-midi, pour qu'on règle tout ça. Quand je suis arrivé, il m'attendait dans le salon, en costume de soirée. Un smoking noir, ça en jetait grave.

« Waouh, quelle élégance ! » Ne pus-je m'empêcher de m'exclamer. Je réussis néanmoins à ne pas baver sur le parquet, c'était déjà pas mal.

« J'ai un diner de prévu. » M'expliqua-t-il.

En même temps, je me doutais bien qu'il n'allait pas faire du jogging, sapé comme ça. Mais j'ai réussi à garder mon sale caractère sous contrôle. Et je me suis demandé avec qui pouvait bien sortir.

Shit.

On s'est dévisagé un instant, un peu gênés. J'ai fini par briser le silence. Pour revenir sur un terrain neutre.

« Bien, alors, ces travaux, qu'est-ce que tu en penses ? »

« C'est très réussi. »

« Ça te plait ? »

« Oui. »

Réponse laconique, digne de lui.

« Tu as fait du bon travail, Duo. » A-t-il tout de même ajouté.

Super. Ça me faisait plaisir. J'étais extatique, là.

« Ok. C'est ce qu'il fallait. » Marmonnai-je, décidément mal à l'aise. Je regrettai mes paroles de l'autre fois. J'avais abusé, si son ex était un dingue, ce n'était pas sa faute après tout.

« Je te dois combien ? » A enchainé TDC, accentuant ainsi ma gêne. Se quitter en parlant d'argent, voilà qui serait un merveilleux point d'orgue à notre relation.

Mais avais-je le choix ?

« J'ai passé treize jours ouvrés. Donc, y'a qu'à faire le calcul sur la base convenue au départ. »

Il a sorti son smartphone, a posé la multiplication, me faisant lever les yeux au ciel. Ce qu'il pouvait être méticuleux, par moment !

« Par chèque ou en liquide ? »

« Peu importe. Par contre, je ne prends pas la carte bancaire. »

Piètre tentative de blague, qui tomba un peu à plat. Il m'a sorti du liquide et me l'a tendu après l'avoir minutieusement compté.

« Ce sera plus simple. Tu ne comptes pas le déclarer, n'est-ce pas ? » L'ironie était bien présente dans sa voix, assombrissant mon humeur.

« Non, je ne compte pas, effectivement. »

Quel enfoiré il pouvait être parfois ! Ne laissait-il jamais rien passer ? Il ne lâchait jamais rien, jamais. Même maintenant, alors que c'était la fin.

J'ai soigneusement rangé l'argent dans mon portefeuille et ai posé ses clés sur une chaise.

« Voilà, je te les rends. »

« Merci. »

Je rassemblais mes affaires et laissai mon regard s'attarder un moment vers la terrasse. C'était une belle soirée d'été.

« Tu as quelque chose de prévu, ce soir ? » M'a-t-il demandé, sans doute pour faire la conversation et briser le silence de glace qui s'installait entre nous.

J'haussai les épaules.

« Non, rien. » Je ne tentais même plus de dissimuler mon absence de vie sociale à ses yeux, j'avais vraiment passé un cap.

« Tu ne vas pas voir le feu d'artifice ? » Il était étonné. Je lui avais dit que j'adorais cela. Et c'était vrai, mais…

« Non. Dommage que tu sortes, toi, par contre. Tu aurais eu une vue de folie… Enfin, bref, peu importe. »

Il y avait plus de nostalgie dans ma voix que ce que j'aurais voulu.

« Tu veux rester là ce soir ? »

Sa proposition m'a laissé bouche bée.

« Hein ? »

« Pour admirer le spectacle. Suffit que tu claques la porte en partant, pas besoin des clés. »

J'étais toujours incrédule.

« Je ne suis pas là, de toute manière. » A-t-il ajouté. « Donc, c'est comme tu veux. »

J'hésitai, franchement. Ce n'était pas commun, de rester dans l'appartement de son ex pendant qu'il sortait, non ?

Mais la vue… Et franchement, au point où j'en étais… On n'était plus à une bizarrerie près.

« Eh bien… Puisque tu proposes… » J'étais bien hésitant, tout de même. On naviguait dans la cinquième dimension, lui et moi, et ça ne s'arrangeait pas avec le temps.

« Je propose. » Affirma-t-il.

« Ouais. Je veux dire, oui, je veux bien rester ici pour voir le spectacle. Puisque ça ne te dérange pas. »

« Parfait. »

L'interphone a retenti.

« Oui ? J'arrive. »

Il est revenu et a pris ses clés et son téléphone.

« Ma limousine est arrivée, je te laisse. »

« Limousine ? » Balbutiai-je, sidéré.

Qu'est-ce qu'il va faire en limousine ?

« Bonne soirée. »

Il est parti sans un regard en arrière. J'étais perplexe et j'ai mis un bon moment avant de me secouer !

J'ai tapé dans le frigo, histoire de me faire un petit casse-croute. Puis, j'ai ouvert le bar et je me suis servi un verre, tranquillement. Puis, j'ai attendu le moment magique, partageant mon temps entre la télé et quelques appels en souffrance.

Enfin, les premières fusées ont éclaté. J'étais assis sur la terrasse, avide de voir les étincelles éclairer le ciel d'été. Des rouges, des bleus, des blanches, une vraie célébration de la république par ses couleurs.

J'étais captivé. Quelle beauté dans ce show de lumières.

C'est avec le sourire que j'ai quitté son appartement, prenant bien soin de faire claquer la porte.

Et je suis parti.


Et voilà pour le chapitre 11! J'espère que cela vous plait toujours, et que vous resterez avec moi jusqu'à la fin maintenant ^^

Bonne fin d'année à vous tous, amis lecteurs et rendez-vous en 2014!

:)