(BPOV)

Seule dans l'obscurité, ligotée sur une chaise, un sac en toile puant sur la tête, j'écoutais attentivement les bruits environnants. Le taux d'humidité et la fraîcheur du lieu me faisait penser à une grotte ou une cave. Des voix étouffées se font entendre. Je suis donc dans une cave, avec des murs plutôt épais. Voilà des heures que je suis là, attendant la suite. Le petit bruit caractéristique de la goutte qui s'écrase régulièrement dans une flaque commence sérieusement à m'énerver. Pourtant, tout cela, je l'avais déjà vécu en exercice et je ne devrais pas être affectée par ce système si simple.

Mais je n'étais pas bien depuis plusieurs semaines.

J'avais prévenu Sam bien avant notre départ en mission mais il pensait juste à un coup de fatigue passager. Et j'avais embarqué dans ce foutu avion pour une bonne vingtaine d'heures, destination la Serbie, avec une autre équipe que la mienne. Ils avaient besoin d'un second tireur, aussi j'avais dû rejoindre la seconde équipe qui était également sous les ordres de Sam: l'équipe de James. Je les connaissais bien puisqu'amis et collègues de mon fiancé et mentor mais je n'étais pas tranquille et sereine comme avec Jake et Sam, qui étaient restés au pays.

Arrivés à destination, nous avions, comme à chaque fois, installé notre QG puis étions partis nous coucher. J'avais été réveillée en plein milieu de la nuit par des bruits inhabituels et avais saisi mon arme, toujours à portée de main. J'étais sortie, en débardeur et short, mes rangers, que je n'enlevais même pas la nuit lorsque nous étions en zone dangereuse, aux pieds et avais remonté le couloir, juste éclairé par la lune qui perçait par l'unique vasistas qui marquait le milieu du couloir. Sans un bruit, j'avais entrouvert la porte de la chambre de Ben, le seul à qui je faisais entièrement confiance en dehors de James, à quelques mètres de la mienne. Mais juste avant que je ne puisse jeter un coup d'œil dans la pièce, un sac m'avait recouvert la tête juste alors qu'une douleur vive à l'arrière du crane apparaissait, me plongeant dans le noir.

Je m'étais réveillée, assise sur une chaise, les mains solidement ligotées aux montants en bois du dossier, les pieds bloqués le long des pieds de la chaise et avec un mal de tête atroce. Et depuis j'étais seule.

Que s'était-il passé ? Nous avions été attaqués, ou plutôt enlevés. Ils ne m'avaient pas touché : j'étais toujours habillée, rangers aux pieds, mes plaques militaires collées à ma poitrine. Seule manquait mon arme.

Par qui ? Mon corps et mon esprit formatés depuis tant d'années se mirent automatiquement en route. Les voix étouffées par les murs se firent un peu plus claires. Ils approchaient. Des hommes. Deux hommes parlant bas dans une langue ressemblant au russe. Un bruit de clés se fit entendre et des gonds grincèrent. J'étais donc bien dans une cave ou peut-être un cachot. Puis, je réussis à distinguer de la lumière au travers du sac : la porte était ouverte.

Une voix s'éleva devant moi, parlant ma langue avec un accent fortement marqué.

-alors ma jolie ! Bien dormi ? Tes amis n'ont pas été très loquaces mais peut-être que tu seras plus docile. s'exclama un homme qui s'avançait vers moi. Quelle est ta mission ?
Je ne répondis pas, poursuivant mes analyses et tentant discrètement de desserrer mes liens. Alors l'homme poursuivit son monologue.
-tu as perdu ta langue, ma jolie ? Ne t'en fais pas, tu vas parler. Tôt ou tard. Le plus tôt serait le mieux pour toi, sinon mon ami Yuri emploiera la manière forte avec toi après avoir terminé avec ton voisin de cellule.
Je persistais dans mon silence, écoutant toujours attentivement les bruits me parvenant de l'extérieur jusqu'à ce que je perçoive un cri. Un son que j'identifiai aussitôt : c'était Ben.
-Ah ! En voilà un qui ne va plus tarder à parler ! rit mon visiteur. Personne ne tient quand on torture une femme!
Un grognement franchit mes lèvres, faisant rire encore plus fort mon geôlier.

Soudainement, la lumière m'aveugla. Il venait d'arracher le sac qui recouvrait ma tête. Je clignais plusieurs fois des yeux, histoire de retrouver la vue avant de croiser le regard de celui qui se tenait face à moi.
-quel dommage d'abîmer un si beau visage. dit-il en glissant son index le long de ma joue, me dégoutant, juste avant de me décocher une gifle monumentale qui m'envoya valdinguer au sol, toujours attachée à la chaise.
Aussi vite, il redressa ma chaise et poursuivit son interrogatoire. Légèrement sonnée, un goût de sang dans la bouche, je ne réagis toujours pas à ses questions. Après plusieurs minutes où je gardai le silence, l'homme ressortit de la pièce et je retrouvais l'obscurité, le sac en moins. Des cris étouffés me parvenaient, me faisant m'agiter de plus en plus sur ma chaise, cherchant à me dégager de mes liens. Mes collègues avaient besoin de moi. Nous devions nous échapper d'ici.

Après un laps de temps que je ne pouvais plus définir, la porte de la cellule se rouvrit. Un autre homme, aussi large qu'une armoire, entra lentement, un sourire écœurant sur les lèvres. Yuri, sans aucun doute.
Comme son compère, Yuri m'interpella. Voyant mon refus de parler, il me décocha lui aussi une gifle qui me renvoya à terre encore une fois. En colère, il se rua sur moi, m'envoyant son pied dans les cotes. Bloquée, je ne pouvais me défendre. Alors, j'accentuai mes mouvements, ayant senti la corde nouée autour de mes chevilles devenir un peu plus lâche au moment où la chaise tomba au sol. Les énormes mains de Yuri attrapèrent le dossier de la chaise et la relevèrent comme si elle n'était qu'une plume. De nouveau face à lui, me mordant puissamment l'intérieur de la joue pour ne pas crier sous ses gifles, je continuai ma besogne, bougeant de plus en plus mes pieds.
-Tu es coriace, ma beauté. James a menti en disant que tout serait facile. grinça Yuri en empoignant mes longs cheveux pour les tirer vers l'arrière, me forçant ainsi à le regarder dans les yeux. Tu ne sers à rien et j'ai donné assez d'argent à ton ami, alors, autant m'amuser un peu, poupée! poursuivit-il avec un rire sadique sur le visage.
J'essayai d'analyser ce qu'il avait dit mais n'y parvenais pas, la douleur qui avait envahi mon corps m'empêchant de me concentrer suffisamment. Et lorsque je le vis porter la main à la ceinture de son pantalon, je compris ce qu'il allait faire.
-Il n'y a que les yankees pour mettre des femmes dans leurs équipes! ricana-t-il. Tu vas porter malheur à tes amis, poupée. ajouta-t-il.
Et cette phrase me glaça le sang, me ramenant en arrière, pendant toutes ces années où j'avais tout fait pour que Charlie soit fier de moi et m'aime de nouveau. Je revis encore et encore le visage de mon père lorsque je lui avais annoncé mon départ pour Seattle, accompagnée de Jacob.

Un cri me sortit de ma torpeur. Un cri de douleur résonnait.
Ben…
J'étais sûre que c'était la voix de Ben!

Et là, ce fut comme si mon corps prenait le dessus sur mon esprit. Devant moi, Yuri avançait, pantalon entrouvert, tombant bas sur ses hanches. Un nouveau cri résonna et ce fut comme le signal que j'attendais. Je fis un mouvement sec avec mes chevilles, brisant ainsi le lien que j'avais déjà fragilisé, libérant ainsi mes jambes. Je n'attendis pas pour me remettre debout, emmenant la chaise avec moi, les mains toujours attachées aux montants du dossier. Yuri réagit lui aussi à mon mouvement et se lança sur moi. Je me retournai vivement, le frappant ainsi avec la chaise qui commença à se disloquer sous la force du coup que j'avais donné. Yuri tomba lourdement au sol et j'en profitai pour briser ce qu'il restait de la chaise accrochée dans mon dos contre un mur. Les morceaux de bois tombèrent au sol et je pus enfin libérer mes mains auxquelles pendait une large ficelle totalement desserrée. Yuri esquissa un mouvement pour se relever alors je me précipitai sur lui, le frappant durement à la tête plusieurs fois pour l'assommer. Mon adversaire complètement KO, je me précipitai alors vers la porte restée entrouverte, tenant à la main le pistolet pris dans la ceinture de Yuri après m'être assurée qu'il était chargé.

Une fois dans le couloir désert, j'avançai rapidement, arme braquée devant moi, prête à faire feu, vers la source des cris. Une dizaine de mètres plus loin, une autre porte était entrouverte et des voix se faisaient entendre. Sans bruit, je jetai un œil dans l'embrasure de la porte pour y découvrir le premier de mes geôliers, me tournant le dos, face à Ben, assis sur une chaise, le visage déformé par les coups, le sang coulant de son nez et de sa bouche. Alors, j'ouvris d'un coup de pied la porte en grand, surprenant ainsi l'homme qui se retourna pour me regarder. Il fit un pas dans ma direction, criant dans une langue que je ne reconnaissais pas, alertant surement ses amis. Je ne réfléchis pas, levai mon bras, retins mon souffle et appuyai sur la détente.

La détonation résonna dans la pièce, assourdissante. L'homme tomba lentement au sol, la main sur sa poitrine. Je n'avais pas tiré pour le rendre inefficace, j'avais tiré pour le tuer. Et pour sauver ma peau et celle de Ben. Seul comptait maintenant mon objectif: sortir d'ici avec Ben, vivants et tout faire pour retrouver les autres.
Je m'approchai de Ben, coupant ses liens avec un couteau rouillé qui trainait là avant de le ranger à ma ceinture. Ben était dans un sale état, les yeux fermés par les énormes hématomes violacés qui gonflaient à vue d'œil, le nez en sang, surement cassé, les lèvres fendues. Il réussit à chuchoter que je devais l'abandonner là puisqu'il ne réussirait pas à marcher. Sans l'écouter, je pris son bras, le passai sur mes épaules et le fit basculer sur mon dos, le portant comme un sac.

Je fis alors demi-tour pour regagner le couloir au bout duquel un homme apparut, se mettant à crier à notre vue. Sans plus attendre, je visai grossièrement et tirai dans sa direction, ce qui le fit reculer. Je remontai le couloir à la recherche d'une sortie ou d'un abri et alors qu'un autre homme se montrait, je trouvai une porte et m'y engouffrai.

Je me retrouvai alors dans une cage d'escalier et entrepris de monter rapidement les marches, Ben gémissant sur mon dos. Enfin, la lueur de l'extérieur se fit voir sous une porte et je la poussai, arme bien en main devant moi pour me retrouver dehors, quelque peu aveuglée par la lumière du jour, devant moi, des hommes que je ne pouvais encore distinguer nettement.
-Baisse ton arme, Lullaby! cria une voix que je reconnaîtrai entre mille.
Ne comprenant pas la situation, je ne fis rien, braquant toujours mon pistolet sur le groupe qui se tenait à une dizaine de mètres de nous.
-Vous vous pensiez en vacances? ricana de nouveau cette voix.
Et c'est alors que James apparut, sourire aux lèvres, dans son treillis propre et repassé, accompagné des autres membres du groupe et d'une espèce d'armoire à glace ressemblant aux brutes que j'avais laissées au sol, à l'intérieur.
-Tu…c'est quoi ce bordel! demandai-je tant bien que mal, après avoir prudemment posé Ben sur un brancard qu'un équipier de James avait poussé jusqu'à moi. Il a besoin de soins, c'est urgent! glissai-je doucement au "brancardier" improvisé qui acquiesça.
-Je…je suis désolé, Lullaby. chuchota-t-il avant de s'éloigner rapidement avec Ben.

-James! J'exige des explications! grondai-je en coinçant mon arme dans mon dos tout en m'avançant vers lui.
-Lieutenant! rugit-il. Un peu de respect! Vous êtes en exercice!
-Un exercice ? Mais tu as perdu la tête, James ! me mis-je à crier. Un exercice !
-Continue à contester mes ordres et je te fais arrêter, Izzy! cracha-t-il, alors qu'il s'avançait vers moi, son regard assombri par la colère.
Mais je ne pus me retenir et j'avais ressorti mon arme, la pointant sur ces hommes devant moi qui se disaient mes équipiers, complètement dépassée par ce James que je ne reconnaissais plus depuis quelques temps maintenant.

J'avais déjà signalé ce changement à Sam lors de notre retour des Balkans, l'image de ce petit garçon couché dans la neige m'obsédant jour et nuit, mais celui-ci pensait que son état était juste dû à la fatigue. Je lui avais assuré que cela était bien plus profond mais il n'avait pas voulu me croire, prêt à taire l'affaire.
Ce soir-là, j'avais appelé James pour un dîner en ville. Je lui avais longuement exposé mon point de vue sur ses changements de comportement qu'il avait niés. Voyant que rien ne pourrait plus changer, je lui avais finalement annoncé que je ne voulais plus poursuivre notre relation. Il s'était contenu, ses yeux virant au noir alors que le serveur nous amenait le dessert. Je n'avais jamais eu peur de lui mais à cet instant, mon esprit avait tiré le signal d'alarme face à son revirement. J'avais alors commandé un taxi pour rentrer par mes propres moyens à la base. James n'était pas venu travailler les deux jours suivants, ce qui me soulageait. Mais il était réapparu le troisième jour, faisant comme si de rien n'était, me parlant cordialement comme à n'importe quel collègue. Et j'avais cru qu'il avait digéré notre rupture. Bêtement. Car en sortant de cet exercice, j'avais désormais l'intime conviction qu'il avait voulu se venger. Mais James n'était pas capable de ne s'en prendre qu'à moi et avait touché quelqu'un que j'appréciais.
-Tu les as laissés nous tabasser plus que de raison ! Tu les as payés pour qu'ils nous tabassent ! Regarde dans quel état est Ben ! Et j'ai tué un homme; James ! J'ai tué un homme pour un simple exercice ! Je l'ai tué !

xxx

-Bella! Bella! réveille-toi! Bella!
J'ouvris les yeux alors que je sentais qu'on me secouait énergiquement. Edward était là, au-dessus de moi, me secouant par les épaules. Lorsqu'il se rendit compte que j'étais réveillée, il me lâcha et s'assit au bord du lit.
-Je suis désolée de t'avoir réveillé. murmurai-je en reposant la tête sur l'oreiller, tentant de me calmer.

Edward ne dit rien. Malgré la pénombre de ma chambre, je pouvais voir se dessiner un léger sourire sur ses lèvres même si les traits de son visage me disaient qu'il était tendu. Je lui avais fait peur et cette idée me serra le cœur. Je tenais beaucoup trop à Edward et le faire souffrir était quelque chose d'inconcevable pour moi. J'avais pendant longtemps tout fait pour effacer mes sentiments à son encontre. Mais ils étaient bien trop ancrés profondément en moi qu'il m'était impossible de les ignorer.

Je n'étais pas une grande experte des relations amoureuses. Un seul homme avait réussi à m'approcher. Ou plutôt, avec le recul, j'avais laissé un seul homme s'approcher: James. A mon arrivée à Seattle, il avait été mon formateur. A l'époque, j'adorais mon travail et lui me félicitait pour mes performances. Nous côtoyant quotidiennement, il prenait de mes nouvelles, s'inquiétait lorsque quelque chose n'allait pas pour moi, etc…Bref, James s'intéressait à moi, d'une manière différente de Jake. Je me sentais importante dans ses yeux. Note relation amicale s'était alors rapidement transformée. Travaillant dans la même équipe, sous les ordres de Sam qui avait vu d'un œil attendri les changements qui s'étaient opérés en moi, je m'épanouissais. Plus ouverte, plus confiante en moi, souriante, je laissais peu à peu la Bella de Forks, brimée et détestée par son père, derrière moi.
Jacob était heureux de me voir rire, et cela lui suffisait. Il jouait de temps à autre au "grand frère", se confrontant gentiment à James si ce dernier m'avait blessée au cours d'une dispute. Avec nos deux caractères forts, nous ne pouvions éviter des points de friction. Mais cela rentrait rapidement dans l'ordre, ayant trop besoin l'un de l'autre pour rester fâchés trop longtemps. Ces trois années furent les plus belles de ma vie. Même si le dénouement avait été tragique. Mais au moins, je me sentais vivante.

Et aujourd'hui, avec Edward à mes côtés, j'avais l'impression de revivre cela. En mille fois plus fort alors que rien n'existait réellement entre nous. J'avais peur de cela, craignant plus que tout de le faire souffrir, ainsi que sa famille qui nous avait accueillis les bras ouverts, Jacob et moi. Mais tenter de rester loin de lui me faisait souffrir encore plus.
Jacob était conscient de tout ce qui se jouait dans mon esprit. Et maintes fois, il m'avait encouragé à écouter mon cœur. Mais à chaque fois que je décidai de faire un pas vers lui, je revenais sur ma décision.

Ma main dans les siennes, Edward faisait de légers cercles de ses pouces sur le dos de ma main, sachant maintenant que ce geste me calmait.
-Tu veux en parler ? me demanda-t-il doucement comme à chacun de mes cauchemars.
Habituellement, je répondais par la négative, gardant tout cela pour moi. Mais cette nuit, j'avais envie de me dévoiler un peu plus à cet homme qui était toujours à mes côtés depuis des mois maintenant. J'acquiesçai alors, resserrant ma main sur celle d'Edward. Je vis de la surprise apparaître sur son visage. J'entrouvris la couette, l'invitant silencieusement à me rejoindre comme lors de certaines nuits difficiles. Edward comprit le message et s'installa rapidement à mes côtés, remontant légèrement les oreillers pour s'adosser confortablement. Je me blottis alors tout contre lui, déposant ma tête sur son épaule avant qu'il ne replace la couette sur nous. Et je commençai le récit de mon rêve de cette nuit. Ces jours-ci, James hantait particulièrement mes nuits, ravivant des souvenirs plutôt douloureux de notre relation.

-comment Sam a pu organisé un tel exercice? demanda Edward alors que je terminai mon récit au moment où Edward m'avait réveillée.
-Sam n'était pas informé de la tournure des évènements. Il avait totalement confiance en James et le laissait mener son équipe comme il le souhaitait. Et jusque là, tout s'était toujours bien passé. Enfin, je crois. C'était la première fois que j'étais intégrée à l'équipe pour une mission à l'étranger sans que Sam ne soit là. répondis-je.
-Mais si Sam n'était pas au courant…
-James avait monté tout cela sans informer Sam qui aurait refusé tout net. Il a menti en organisant une pseudo-mission, avec toute la logistique dont nous avions besoin à chacun de nos déplacements. Tout çà pour un exercice…Et en y repensant désormais, je dirais qu'il voulait, par cet exercice, me faire payer notre rupture...chuchotai-je en terminant ma phrase.
-Mais comment êtes-vous rentrés au pays? Et Sam? poursuivit Edward alors que je frissonnai à mes derniers mots.
-Nous avons repris l'avion durant la nuit. Habituellement, à notre arrivée sur base, nous passons directement par un debriefing, avant de passer au service médical pour les examens de routine puis à l'armurerie pour ranger le matériel. Ben étant bien amoché, James avait dû demander une ambulance sur le bord de piste. Je suis descendue de l'avion la première, mon sac à la main. En descendant la passerelle, j'ai remarqué Sam et Jake, attendant que les moteurs ne s'éteignent, juste à côté de l'ambulance. Malgré James qui me demandait de rester auprès de lui, j'ai accéléré le pas pour les rejoindre. J'ai vu leurs traits se décomposer, au fur et à mesure que j'approchai, devant les coups qui ornaient mon visage encore un peu gonflé. Je me suis plantée devant eux, sans dire un mot, plongeant mes yeux dans ceux de mon frère, retenant mes larmes. Ce fut la première fois où Sam me vit pleurer. Nous sommes restés ainsi une longue, très longue minute, avant de reprendre pied dans le présent.

xxx

-Bella…demanda d'une voix incertaine mon chef. Qui?
-James…ne pus-je que chuchoter avant que le rire de James ne retentisse.
Derrière nous, James approchait, plaisantant comme si rien ne s'était passé, avec l'un de ses gars alors qu'une équipe de brancardiers emmenait Ben rapidement…

Et alors que je lui racontais tout cela, les images défilaient devant mes yeux, aussi nettes que si cela s'était passé la veille. Ma traversée rapide de la piste pour rejoindre Sam et Jake qui attendaient près de l'ambulance. Leurs regards effarés devant mon visage meurtri ainsi que devant l'état de Ben. Puis l'enchaînement de tout le reste: les interrogatoires pour l'enquête, la mise aux arrêts de James, notre dernière rencontre dans sa cellule de la base où j'avais tenu à lui parler une dernière fois avant le tribunal, à lui dire, que je ne le reconnaissais plus, que désormais j'avais peur de lui et que pour cette raison, je ne pouvais plus le laisser m'approcher et m'aimer. Vinrent aussi son jugement et sa dégradation au beau milieu de la place d'armes juste avait qu'il ne quitte la base sans se retourner. Scène qui m'avait choquée voilà deux ans…car après tout je l'aimais. Il avait fait vivre mon coeur durant des années.

Des larmes dans les yeux, je terminai mon récit, appuyant un peu plus fort ma joue sur l'épaule d'Edward, attendant qu'il ne dise quelque chose. Je craignais sa réaction, pensant malgré moi qu'il pourrait en avoir assez d'une fille avec un aussi lourd passif. Mais je n'imaginais plus vivre sans la présence de Cullen. J'étais persuadée que si je les perdais, je me perdrais également et cela même avec la présence de Jacob, mon éternel soutien.

-Et toi? me demanda Edward d'une voix sérieuse, me sortant de mes pensées sombres.
Je relevai la tête, le regardant, ne comprenant pas sa question.
-Tu as passée des heures à veiller Ben, blessé. Mais toi, qui t'a veillée ? Qui t'a aidée pour tes blessures ?
Gênée par sa question, je baissai un peu la tête, échappant à son regard si troublant. Je n'aimais pas parler de mes blessures. Même à Jake.
-Juste quelques coups…des égratignures…chuchotai-je, croisant les doigts pour qu'il ne veuille en savoir plus.
-Bella, s'il te plait, mon père est médecin, n'oublie pas. Si Ben a été gravement touché et que ces mêmes brutes t'ont touchée, tu n'as pas pu t'en sortir avec de simples égratignures, aussi forte que tu sois. me coupa-t-il d'un voix douce mais sérieuse.

Plantant son regard dans le mien, il attrapa mes mains dans un geste de soutien mais aussi de réconfort. Touchée par son geste, je pris une profonde inspiration pour me donner un peu de courage. Puis, je changeai ma prise sur ses mains et tins sa main droite, la faisant glisser sur chacune de mes blessures tandis que je les lui énumérai. Il s'attarda longuement sur ma pommette, ses yeux scrutant ma peau comme si les coups étaient toujours visibles.
-Et toi, qui t'a veillée, Bella? redemanda-t-il d'une voix douce.
-Personne. avouai-je dans un murmure à peine audible.
Son regard changea doucement, passant d'une tristesse contenue à une tendresse telle que celle que je percevais chez Jasper et Emmett lorsque leurs moitiés étaient auprès d'eux. Et ce constat fit battre mon cœur un peu plus vite.
-J'aurais voulu être là pour toi…chuchota-t-il, son pouce caressant toujours ma joue.
-J'aurais voulu que tu sois là... lui répondis-je de la même manière, ne souhaitant pas troubler la quiétude de la pièce et dette atmosphère si particulière qui s'était installée entre nous.

Car oui. J'aurais voulu connaître Edward bien avant tout çà. Avant le désastre qu'était devenue ma vie. Avant James. Avant toute cette souffrance. Avant ce sentiment d'être constamment seule, même si Jake était là.
Puis Edward était entré dans ma vie, par l'intermédiaire de cette voix déformée par les micros alors que je m'appliquais à sauver la peau de Jasper. Et la réaction avait été immédiate. Il avait été le seul depuis ces années à faire réagir mon corps et mon esprit, sans même que nous ne nous connaissions.

-Bella…murmura Edward, sûrement inquiet de me voir plongée dans mes pensées.
-Ne bouge pas. le coupai-je d'une voix à peine murmurée, plaçant quelques millièmes de secondes ma main sur ses lèvres pour le faire taire.
Puis, prudemment, je fis naviguer mes doigts le long de sa mâchoire, en apprenant les contours. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et je levai les yeux pour tomber dans le vert des siens. Et je fis un geste enfin en accord avec mon cœur : je déposai doucement mes lèvres sur les siennes tout en fermant les paupières. Pourquoi ? De peur de lire dans ses yeux le rejet que je craignais tant. De peur de lire du dégoût à embrasser une tueuse.

Embrasser Edward provoquait tant de choses inconnues ou profondément enfouies en moi. Des papillons dansaient allègrement dans mon ventre, mon cœur battait la chamade et je ne pouvais empêcher les coins de mes lèvres de s'étirer dans un sourire. Mon geste audacieux ne dura que quelques secondes. Deux ou trois, peut-être quatre, avant que je ne me détache de sa bouche, attendant sa réaction. Edward n'avait pas réagi à mon baiser. Ses lèvres n'avaient pas bougé sur les miennes. Mon cerveau s'emballait déjà à imaginer mon départ forcé de Billings et ma vie sans les Cullen, et encore plus sans Edward. Ce fut le contact de la main d'Edward attrapant ma nuque qui me sortit de mes lugubres scénarios, me tirant doucement vers lui pour déposer son front contre le mien. Un geste si intime et fort. Alors, je m'autorisai à lever les yeux pour rencontrer les siens dans lesquels reflétaient tant de bonheur et d'amour. Un sourire était dessiné sur ses lèvres.
-Si tu savais depuis quand j'attends ce moment, mon ange. chuchota-t-il sans me lâcher du regard.
Je sentis des larmes poindre. Pas des larmes de tristesse ou de douleur. Non. Des larmes de joie. Ou peut-être de soulagement. Soulagée de me sentir soutenue et aimée. Soulagée de trouver une place dans la vie réelle.
Avant même que je ne puisse lui répondre, Edward m'attira doucement à lui et ses lèvres retrouvèrent les miennes dans un baiser beaucoup plus passionné, que nous ne brisâmes à contre cœur pour reprendre notre souffle, créant instantanément une sensation de manque. Les yeux d'Edward pétillaient et j'étais certaine qu'il en était de même pour les miens. Bousculée par toutes ces sensations, je me blottis contre son torse, la main sur son cœur, sentant les pulsations sous mes doigts. Comme à son habitude, Edward referma ses bras autour de mon corps, me serrant un peu plus contre lui tout en embrassant doucement ma tempe. Enfermée dans ce cocon, je fermai les yeux et calai ma respiration sur celle de celui qui recollait petit à petit les morceaux de mon cœur.


Alors ? Un chapitre à la hauteur ?