Re !
J'suis malade et clouée au lit, merci l'épidémie de grippe ! Et concernant le bulletin météorologique du jour, il pleut depuis deux semaines et si ça continue, mon lac va déborder jusque dans ma maison. Mais sinon, ça va !
Allez je pose ça et je retourne mourir en PLS !
Ivan arriva plus tôt que prévu dans le laboratoire, frissonnant en se rendant compte qu'il faisait aussi froid à l'intérieur que dehors. Il n'aimait pas cet endroit, toujours froid, humide et sombre. Il se demandait toujours comment c'était possible de faire des recherches scientifiques dans un endroit aussi insalubre. Il se posta dans un coin pour attendre Yao, refusant de s'asseoir sur les bancs mouillés et moisis.
L'attente ne se fit pas longue. La porte reliant l'accueil au laboratoire s'ouvrit, laissant apparaître le chinois. Il se dirigea tranquillement vers Ivan, les mains croisées dans son dos. Seuls les traits de son visage le trahissaient, révélant à Ivan qu'il était très, très en colère.
« Bonjour, le nouveau chef du parti socialiste, lâcha Yao d'un ton sec, apparemment toujours agacé de s'être fait voler sa place.
- Bonjour Yao.
- Moi qui pensais que tu voulais arrêter définitivement la politique… Tu nous a tous bien eu.
- Tu peux toujours m'accuser de fanfaronner. Mais grâce à moi, on a des députés et le droit à la parole au Reichstag*.
- Plus maintenant que le parti est dissous. »
Ivan lâcha un soupir, croisant les bras sur son torse en signe de rejet. Yao ne l'avait quand même pas convié ici pour se plaindre de son sort et des nouvelles lois qui handicapaient leurs desseins politiques ?
« Il y a du nouveau concernant la mort de Gilbert, poursuivit finalement le chinois.
- Ah ? Je pensais que tout était dit.
- Ce n'est pas sa chute par la fenêtre qui l'a tué. C'est le vin qui était renversé par terre quand on est arrivés. Il en a bu et il était empoisonné.
Avant qu'Ivan puisse réagir, Yao lui jeta un regard empli de pure haine.
- Et ce n'était pas n'importe quel vin, ni n'importe quel poison. C'était mon vin préféré, celui qu'on a volé ensemble à l'auberge, et le cyanure qu'Eduard t'a vendu pour même pas trois marks. J'ai rapidement deviné que ce n'était pas un suicide. Alors maintenant, j'attends tes explications, Ivan.
- Je pense que tu te doute que ce n'était pas Gilbert que je voulais tuer, répondit le russe d'un ton placide et parfaitement calme.
- Pourquoi, Ivan, putain de merde ?!
- Tu étais le premier à menacer de vouloir me tuer. J'ai juste été plus courageux que toi en passant à l'acte.
- Je ne l'aurais jamais fait… Je t'aimais sincèrement…
- Oh arrête. Tu en aurais été capable. C'était à titre préventif.
- Dis plutôt que tu voulais protéger ton idylle avec le fils de Kirkland des oreilles trop curieuses. »
Ivan tiqua aussitôt. Mais il ne lui laissa pas le luxe de voir son trouble, et ce fut à son tour de le fusiller du regard.
« T'es assez taré pour continuer à m'espionner ?
- Je t'ai vu par hasard sortir de chez lui avant hier avec des jolis suçons dans le cou. Je ne te pensais pas aussi hypocrite.
- C'est tout ce que tu voulais me dire ?
- Non. Pendant que tu t'envoie en l'air avec les aristocrates, je nous ai trouvé de quoi fuir l'Allemagne le temps que la situation se calme. On est en danger ici. Et je t'ai compté dans le plan.
- Dis toujours, soupira Ivan.
- La France. On rejoindra le POF**, Francis Bonnefoy est notre contact là-bas. On avait prévu cette situation, on communique par télégramme avec lui depuis plus de six mois. Il nous a payé des billets de train et trouvé un logement. Et là bas, le courrier passe librement. Tu pourras écrire à tes soeurs. »
La France. Ses sœurs. Ces deux termes résonnèrent instantanément dans la tête d'Ivan. La France. Son rêve de toujours. La patrie qu'il a toujours voulu intégrer. Ses sœurs, le trésor de sa vie. Il fut tellement estomaqué qu'il oublia de remarquer qu'il n'était même pas au courant de ce plan alors qu'il avait un rôle important dans le parti.
Il resta silencieux. De toute façon, Yao ne semblait pas attendre une réponse de sa part. C'était le pire dilemme de toute sa vie : Profiter de sa seule chance de se rendre en France et retrouver un contact avec sa famille mais laisser tomber Alfred, ou rester en Allemagne, mettre en danger lui-même et Alfred et risquer de perdre Natalya et Katyusha pour toujours..
« Je te laisse réfléchir, reprit Yao, qui semblait jubiler. On s'en va demain matin, il me faut ta réponse ce soir.
- Très bien…
- Et je ne m'inquiète pas. Je sais que tu ne prendras pas de décision regrettable. »
Et Yao lui passa devant pour sortir du laboratoire, laissant Ivan seul avec ses pensées contradictoires et son dilemme. S'il avait été parano, il aurait assuré que Yao avait fait exprès de choisir la France. Malheureusement, souvent, c'était un pur hasard et ils ne savaient jamais où ils allaient atterrir quand ils fuyaient.
Il posa ses mains de chaque côté de sa tête, grimaçant, sentant le mal de tête arriver. Il réfléchissait beaucoup trop. Il quitta le laboratoire à son tour, l'esprit tourmenté. Il ne pouvait pas aller chez Alfred, il savait que son père voulait lui présenter une femme.
Une femme.
Ils avaient des aspirations irréalisables, tous les deux. Partir en Amérique... Ils en avaient peut être l'argent, mais définitivement pas le temps puisque Alfred allait se marier, de toute façon. Il avait l'impression de gâcher sa vie en l'empêchant de vivre sa jeunesse. C'était déjà perdu d'avance. Et en même temps, il se sentait prêt à le suivre partout et tout de suite, peu importe où il irait. Alors il réfléchit longuement à sa décision, jusqu'à très tard dans la nuit.
Quelques heures plus tard, alors que la lune était haute dans le ciel, il partait donner sa réponse à Yao.
* : Le Reichstag est le parlement allemand
** : C'est le parti ouvrier français
Et c'est la fin de la seconde partie de l'histoire (qui était très courte, je m'en excuse).
