Coucou :)
Voilà la suite avec un peu de retard. C'était un chapitre particulier à écrire, puisqu'il marque vraiment un tournent, mais c'est aussi bientôt la fin de mon histoire.
Je sors à nouveau des lettres, mais je vous offre tout de même un passage "souvenir".
Bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à laisser un review, donner votre avis, cela touche énormément :)
*Titre du chapitre issu de John Irving
Début d'Avril
Harry,
Harry se rapproche, Harry assène ses propres coups, à son tour. Voilà ce que murmurent, les murs du château, comme si bientôt tu allais surgir devant eux.
Chaque jour, je vois la foule d'élèves marchée en rang, à mes pieds. Je les vois défiler. Je les vois se contenir, je les vois se retenir.
Bientôt, je ne pourrais plus les maintenir, bientôt la guerre sera là. Bientôt, tout prendrait fin. Là encore, je n'ai pas besoin de signe particulier pour le comprendre, pour le savoir. Les regards noirs de mes collègues comme la mauvaise volonté des gryffondor me font comprendre assez facilement, qu'une résistance est encore là. Ils croient encore en toi, en cet élu, en ce regard qui m'a hanté, pendant de longues années. Il n'y a rien à expliquer, tout le monde le savait. Tu as les yeux de ta mère. Ces yeux qui, depuis toujours, avaient eu un pouvoir immense sur ma volonté. Et même dans ce château, loin des grandes villes, des journaux, ou même des ondes de radios, le pouvoir qu'ils détiennent encore, sur ma volonté est toujours aussi présent, à tel point que je ne dors plus.
Je n'arrive plus à dormir. Même au travers de la noirceur de la nuit, je n'y arrive pas, à trouver une quelconque paix. Cela fait un mois que je n'y arrive plus. Cela fait un mois que je ne dors plus, parce que cela fait un mois que j'ai reçu cette foutue lettre. Cette dernière lettre qui a fait saigner son cœur. Oh, bien-sûr que je ne voulais pas l'avouer, à personne. Pas même à toi, surtout à toi, Harry. Cette lettre, ce parchemin qui contenait tes mots m'ont fait souffrir. Comme aucun doloris n'avait pu le faire, avant. Je ne suis pas un homme sans passé, sans cicatrice, pourtant, aussi loin que je m'en souvienne, je n'ai jamais ressenti cette douleur déchirante, au plus profond de moi. Tu sais, cette douleur parfaitement horrible qui vient ronger tes organes, jour après jour, sans jamais te laisser la chance d'y survivre ? À chaque souffle, cette douleur vient me brûler, m'empêcher de prendre mon nouveau souffle. Je n'ai jamais été familier avec le réconfort, avec l'attachement, avec les sentiments. Avec toi.
Pourtant, cette dernière lettre m'a laissé croire au réconfort. Je tente en vain de le rejeter, de ne plus ressentir ce sentiment, comme si c'était un piège, une mort certaine. Je redoute ce sentiment plus que je ne redoute la guerre qui approche. Ta dernière lettre date de mars, et malgré que j'en connaisse déjà son contenu, j'ai toujours cette même impression ; l'impression qu'elle brûle mes mains, mes yeux, même mon bureau. Je n'arrive pas à la garder entre mes mains assez longtemps pour la relire. Je n'arrive qu'à relire des morceaux, des mots, voire des phrases. Et puis soudainement, cela devient trop. C'est trop. Le tatouage me rappelle fatalement sa présence, en me brûlant l'avant-bras, en me rappelant mon allégeance. J'ai compris, avec le temps, que ce tatouage, était une part de moi, une part, peut-être infime, peut-être à moitié ou totale. Je te laisse en décider. Peut-être bien, que ce tatouage me refuse ce désir de vivre, de ressentir, et pire, d'aimer. C'est aussi pour cela que j'ai arrêté d'espérer, de croire en quelque chose de plus. Pourtant, cette lettre, est un espoir, un billet de train pour quelque chose de plus, quelque chose de vivant, quelque chose dont je ne reconnais même plus le goût. J'ai besoin de m'éloigner de cette lettre, de ces mots, de ta présence.
J'ai besoin de ne plus rien ressentir à nouveau, d'y voir plus clair.
Je me tiens devant ce feu de cheminée, qui tente de me réchauffer, de dégager une quelconque chaleur au travers de mon corps. Pourtant, là encore, je n'y arrive pas. Là, encore, ce même sentiment étrange. J'ai l'impression d'être sous l'emprise de ce sentiment, comme si, bientôt, je n'aurais plus le contrôle de moi-même. D'ailleurs, les élèves semblent, eux-aussi, avoir ce même sentiment. La terreur qui a été instaurée au sein du château, n'arrive plus à contenir les élèves. De plus en plus d'élèves, se retrouvent en retenues, dans les cachots. Quelque chose a changé au travers de l'air. Le château semble bouillir, retenir un souffle. Je peux le sentir à mon tatouage qui me brûle, constamment. Le serpent tatoué semble s'agiter, me brûler, comme un appel constant, comme un moyen de me faire comprendre que je lui appartiens toujours. C'est impossible pour moi, d'oublier sa présence ; elle est constante. J'ai toujours su que le mage noir prenait un malin plaisir à rappeler à ses disciples qui était le maître, mais surtout à qui ils appartenaient, tous. Le mage noir est en colère, il est horriblement en colère. C'est presque quotidien, maintenant.
Si je dois être totalement honnête, je dois également avouer que je suis jaloux de Granger, de son courage, de son audace à prendre les choses en main, à sauver son ami. C'était quelque chose que je n'ai jamais su faire, je n'ai jamais pu sauver Lily. Je n'ai jamais pu empêcher ce cauchemar se produire. Et finalement, par chaque regard qu'on m'accorde, on vient me rappeler ce que je t'ai fait subir. Alors lorsque tu parles d'avenir, parles d'une suite, qu'est-ce que j'aurais dû répondre ? Qu'est-ce qu'il aurait bien pu dire ? J'ai déjà tué ton passé. Le tatouage ne s'effacera jamais, il n'est jamais parti. Il y aurait toujours une trace de mon passé, de ce que j'ai été, et surtout à qui j'appartiens, finalement. Il y aura toujours cette marque pour rappeler à quiconque, que je n'ai pas choisi le bon camp, que j'ai été celui qui avait rapporté la prophétie. Je suis un traître. J'en suis persuadé. Si il y avait une quelconque suite, Harry, tu devras affronter ce regard, cette vérité, de tes propres yeux. Et j'ai beau imaginer tous les scénarios, pas un ne se finit bien. J'aurais aimé avoir l'audace de Granger, avoir l'audace de pouvoir un jour imaginer supporter ce regard.
Peut-être que finalement, à mon tour, je suis fatigué.
Je me souviens, encore, lorsque j'ai décidé d'assumer mes sentiments. Lorsque j'ai décidé que je devais arrêter de reculer, de fuir. Je me souviens de cette fameuse nuit, où tu es venu me confronter, à mes choix, à mes actes, dans mes appartements privés, juste après la mort de Dumbledore. La cheminée était allumée, faisant refléter tes gestes de colère sur le mur de pierre. Je me souviens de mon silence, de n'avoir rien dit, encore une fois. Je me suis muré dans le silence qui m'a tant protégé de cette conversation, de cette confrontation que tu recherchais à chaque fois. Cependant, cette fois-ci, j'ai mis une attention particulière à t'écouter. C'est peut-être parce que juste avant je venais de tuer un ami qui m'avait tant apporté. Je me souviens encore, de ton odeur lorsque tu t'es approché de moi, sans cri égard. Tu as abandonné tes mouvements qui frappaient l'air pour venir s'abattre sur ma poitrine, avec une rage que je ne te connaissais pas. Je me souviens, comment je t'ai serré dans mes bras, espérant calmer cette solitude, cette terreur qui t'avait pris par surprise. Tu t'es blotti dans mes bras, parce que tu avais besoin de t'accrocher à quelque chose. Tes propres muscles refusaient d'obéir, comme s'ils avaient trouvé leur place, leur ancre. Harry, comme d'habitude, rien n'était suffisant pour toi. Avec tel aplomb, tu as fini par déposer tes lèvres sur mon cou, et lorsque j'ai décidé de reculer, de m'éloigner de toi, afin de comprendre ton geste, tu m'as attrapé le bras, afin de me maintenir contre toi, laissant tes lèvres s'approcher des siennes.
Enfin, je pouvais goûter ce fruit défendu; es lèvres que j'ai tant convoitées.
Peut-être que je ne répondais pas à cette lettre, parce que j'ai eu trop peur de l'honnêteté, de ce que j'aurais dû dévoiler de moi-même. Je ne voulais pas que cela soit la dernière lettre que tu reçoives. Il doit y avoir plus, j'espère toujours plus. Chacune de tes lettres m'ont apporté une paix intérieure, un moment de tranquillité où j'ai pu, à mon tour, respirer.
Néanmoins, ce que je redoute le plus, finalement. Ce n'est pas mon manque de relation, ce ne sont pas les sentiments, ce n'est pas mon passé. Il s'agit plutôt de cette promesse que j'ai faite à Dumbledore, celle de te protéger quoi qu'il m'en coûte. Et j'en suis persuadé, aujourd'hui, que notre relation te met en danger. Harry, n'y vois pas une manière de me défiler. C'est plutôt la lettre où j'ai été le plus honnête avec toi. Tu n'as jamais su fermer ton esprit lorsque le mage noir décidait d'y pénétrer, et si cette fois-ci, il apprenait pour nous deux ? Qu'est-ce qu'il déciderait, à ton avis ? Cela finira comme avec Black. Tu courras dans un piège, au risque de ta propre mort, cette fois-ci.
Peut-être que tout cela était des excuses, peut-être, mais j'ai fait une promesse, une promesse que je dois tenir. Sinon tout cela n'aura servi à rien.
Severus
Severus secoua la tête, comme pour se sortir de ses pensées, de ses souvenirs. Il s'interdisait de repenser à ces moments. Il ne regrettait pas d'avoir pu goûter à cette sensation, d'avoir pu sentir l'effet que cela leur avait procuré. Néanmoins, il ne pouvait pas s'empêcher de voir au travers de ce geste, un moyen de réconfort, un moyen de pansement suite à la perte qu'Harry avait pu ressentir. Le mangemort aurait aimé ne pas tout remettre en question, il aurait aimé pouvoir avoir confiance, mais là encore, il ne savait pas quoi dire à Harry. Il n'avait jamais connu aucun exemple de relation bienveillante, de relation honnête et douce.
Il n'avait connu que la violence, la supercherie, la tristesse.
Le mangemort sortit sa baguette, et d'un mouvement fluide, fit venir toutes les lettres qu'il avait pu garder. Ainsi que celle-ci, celle qu'il venait d'écrire au travers de la nuit. Il fit un mouvement avec sa baguette afin de les envoyer dans ce feu qui s'endormait. Au contact des lettres, le feu se mit à rugir de faim, ne laissant aucune chance aux parchemins d'y laisser une trace.
Severus venait de prendre une décision, une décision qui accentua sa douleur.
Le mangemort venait d'y mettre fin.
