Chapitre 11 : Haine

La présence de Vernaa n'était essentiellement remarquable que dans la chapelle. A l'extérieur, les jugements différaient. Certains voyaient encore le Daedra comme une brave personne en raison de ses actes. D'autres, majoritairement, demeuraient naïfs et méfiants en raison de sa race. La découverte de son visage avait changé l'atmosphère de la ville, de plus si le drémora se montrait devant la population. Et sa longue disparation avait brisé l'amitié des deux Elfes, mais en bien. Même si Lara s'était isolée avec sa rancune, Élise soutenait le couple. Car leur enfant n'avait rien de monstrueux et son avenir serait très bien établie avec un père dont le cœur fut pratiquement humain.

Dans la chambre du Daedra, Élise et les parents de la petite Naamu étaient à l'attention de l'enfant qui dormait dans un petit berceau. Par crainte, Vernaa entrait peu à peu en contact avec sa fille. Deux raisons l'empêchaient de donner tout l'amour qu'il souhaitait lui offrir. La première, le fait qu'il n'avait jamais vu dans son monde un bébé, qu'il soit un mortel ou non. La seconde fut toujours habituelle : son apparence, même si ses cheveux avaient retrouvé sa véritable longueur, et sa voix inhumaine. Il pensait terrifier sa fille plus fragile que son amour. Mais Alyssia ne croyait pas que Naamu serait pétrifiée dès son âge par un visage démoniaque. Elle se mit à porter délicatement leur enfant, qui réclamait ses bras par de petits gémissements. On avait l'impression qu'elle savait depuis toujours comment s'occuper d'un nourrisson. Élise força Vernaa à se lever du lit en attrapant son bras. Il devait approcher un moment ou un autre sa fille. Le Daedra restait encore dans le doute même s'il fit quelques pas vers sa femme.

-Elle n'a aucune raison d'être effrayée, lui dit l'Elfe des bois. C'est votre fille.

-Je le sais, mais elle est si jeune. Que pensera-t-elle si elle me voyait ?

-Tu vas devoir le découvrir, ajouta Alyssia en lui donnant doucement leur enfant.

Comme elle avait parlé en même temps et s'était imposée, le drémora n'eut le choix. Naamu était entre les bras de son père, il la tenait comme s'il la protégeait du vide. Cette étreinte était plus renforcée que celle d'Alyssia mais aussi attendrissante. Sa petite fille s'égaya par quelques cris, le Daedra la regarda sans savoir qu'elle exprimait de la joie.

-Est-ce que je l'effraies ? S'inquiéta Vernaa en prenant une faible voix.

Élise cacha un petit rire alors qu'Alyssia sourit.

-Non, pas du tout. Répondit l'Elfe. Écoute ces sons. Est-ce qu'elle a l'air d'avoir peur ?

Elle n'avait pas tout à fait tort. Il hésita à regarder les yeux de sa fille, mais il le fit. Ses petits yeux clairs le regardaient avec innocence, mais elle était très contente. Elle était vraiment enthousiaste.

-Tu es heureuse, ma petite Naamu ? Murmurait-il avec douceur.

Elle ne put encore parler à son âge. Mais comme si elle comprenait les mots du Daedra, elle gardait le visage d'un ange et ses yeux brillaient de bonheur. Vernaa sourit faiblement, satisfait que son enfant n'ait aucunement peur de lui. Elle l'aimait, parce qu'elle était sa fille.

Quelques jours de tranquillité s'écoulèrent et la petite famille vivait dans une harmonie comblée. Naamu était adorée de tous dans la chapelle. Mais elle ne voyait jamais l'extérieur de ces murs religieux. Alyssia aurait voulu lui montrer les rues de la ville, mais que penserait ceux qui les observeraient ? La question la plus évidemment posée était de savoir qui était le père de cet enfant magnifique. Personne d'autre que le drémora vivant à Chorrol, l'ennemi des humains. Elle serait alors regardé comme un Daedra.

En dehors de ses parents, les prêtres ainsi que Cassandre et Élise veillaient sur la protection et le bien-être du nourrisson. Ce jour-ci, ce fut la prêtresse qui restait à son chevet. Naamu était si mignonne quand elle dormait dans son petit berceau couverte chaudement par un drap couleur améthyste. La guérisseuse s'était penchée légèrement pour caresser son doux visage. Mais à son contact, autre chose se produisit et la laissa sans voix.

Des images défilèrent dans sa tête. Elle vit en premier une horde de Daedra, ils étaient des milliers à détruire la ville. Elle put entendre comme si c'était vrai les cris de terreur des habitants. Puis, une voix remplie d'anxiété et de peur appela Alyssia et sa fille : c'était Vernaa. Ses visions se déroulèrent ensuite dans la chapelle. Des drémoras étaient à l'intérieur. Elle ne vit pas son visage mais écouta les pleurs de la petite Naamu, certainement terrifiée. D'autres cris. Sans défense, Alyssia appela de détresse son amour. Aucune réponse. Un Daedra la saisit par le bras. Elle allait traverser la porte d'Oblivion de force.

Sa main se retira instantanément et inconsciemment de l'enfant. Une sueur froide fit vaciller tout son corps. Mais la petite fille dormait encore comme si de rien n'était. Elle venait de voir à nouveau le futur, juste en ayant un contact avec une personne. Cassandre avait déjà eu une très faible vision lui indiquant qu'Alyssia allait être enlevée. Mais tout était bien plus clair, plus précis. Était-ce un signe d'alerte ? Les cris et les larmes de Naamu étaient des preuves : les Daedra allaient les envahir demain... ou très bientôt.

Élise entra dans la chambre, la prêtresse fut surprise et rassurée. Elle profita de cet instant pour échanger sa place avec l'Elfe. Elle la rejoignit jusqu'à la porte.

-Élise, pourrais-tu me remplacer quelques minutes je te prie ? Demanda-t-elle avec une pointe d'inquiétude dans sa voix.

-Oui bien sûr, pourquoi ?

-Je dois parler à Alyssia et Vernaa, sais-tu où ils sont ?

-Alyssia est devant la grand autel...

-Merci, Élise. Lui coupa-t-elle rapidement la parole mais avec politesse.

Cassandre partit directement en accélérant le pas, l'Elfe fut étonnée et comprit qu'elle allait parler à Alyssia d'un problème très urgent.

La prêtresse remonta au rez-de-chaussée et avança jusqu'à son amie qui se trouvait sur l'un des bancs, mais seule. Si elle avait pris le temps d'écouter Élise, peut être aurait-elle su où était le Kynval.

-Alyssia, je dois vous parler. Où est Vernaa ?

-Aux portes de la ville. Il m'a dit ne pas m'inquiéter mais il pressent un danger.

-Il ne devrait pas y aller, pas seul. Ajouta Cassandre, presque paniquée.

-Que se passe t-il ? S'inquiéta à son tour Alyssia en se levant.

-Les Daedra vont nous envahir, mais j'ignore quand. Ils seront bien plus nombreux que la dernière fois. Tu es en grand danger, Alyssia. Vernaa doit revenir, ce n'est pas aux portes de la ville qu'il les arrêtera.

Son amie fut pétrifiée dès cet instant, comme si elle revivait un cauchemar.

-On ne peut pas sortir, ils risqueraient de nous tuer.

-Il faut gagner du temps. J'y vais. Décida l'invocatrice.

-Non, n'y va pas. La retint Alyssia.

-Si, écoute-moi ! Lui ordonna-t-elle. Reste avec Élise et protégez Naamu.

Guidée par son courage, elle partit de la chapelle en courant avant que quelqu'un ne s'oppose à sa fuite. Mais le ciel grondait et était déjà rougeoyant. Elle se précipita vers la porte nord en contournant la maison d'Alyssia et en traversant à vive allure la grande place. Les gardes étaient derrière les portes mais non à l'intérieur. Chorrol était livrée à elle-même si les Daedra traversaient ces troupes. N'avaient-ils plus écouté les conseils du drémora guerrier ? Elle franchit la porte.

Ignorant les avertissements des humains, elle fonça vers le Kynval. Il était à quelques mètres mais en avant, isolé des mortels. Il avait repris la claymore daedrique d'Axeli qui était tombée de la colline. Vernaa était certainement parti depuis quelques minutes pour avoireu le temps de récupérer l'arme. De la colline se répandait maintenant une vague de rouge et de noir. Cela ne l'étonna pas que des Daedra inférieurs, et donc les moins intelligents, avaient été placés en première ligne. Le drémora fixait avec détermination et hostilité la grande armée jusqu'à ce que Cassandre l'interpelle.

-Vous ne devez pas rester ici, ce n'est pas vous qu'ils recherchent ! Cria la prêtresse.

-Je le sais mieux que vous, Cassandre. Dit Vernaa en la regardant brièvement. Je ne ferai que les attirer si je retourne à la chapelle.

-Mais vous ne pourrez plus protéger Alyssia si vous ne parvenez pas à les retenir. Lui rappela Cassandre en avançant à côté de lui. Ne soyez pas fou, votre sacrifice sera inutile.

-Je ne mourrai pas, je rejoindrai les portes de chapelle avant qu'il ne les franchisse. Mais retournez-y en premier lorsque vous le pourrez. Vous êtes aussi la protectrice d'Alyssia. Termina le Kynval d'une voix extrêmement calme.

Les Daedra levèrent leurs armes, les humains firent de même. Vernaa se concentra, préparant un puissant sortilège. L'ennemi chargea. Ils étaient bientôt proches. Le drémora envoya son immense pouvoir semblable à un blizzard infranchissable. La tempête repoussa une grande partie de la vermine daedrique. Elle ne bloqua qu'un bref instant les troupes. Ils se divergèrent. La prêtresse fit appel à son drémora à l'aide de son invocation. Vernaa tenait fermement son arme de sa main droite. Habituellement, une claymore était tenue des deux mains mais le Daedra avait besoin d'utiliser la magie à tout moment.

Les gardes avaient chargé à leur tour, situés sur la même lignée que Cassandre et le Kynval. Les secondes défilèrent à grande vitesse. La bataille n'était à l'avantage de personne, autant de mortels que de Daedra étaient en train de tomber au combat. Le miracle voulut que la prêtresse et Vernaa restaient en vie. Mais malheureusement, les armées du prince de la destruction ne renonçaient jamais. Ils approchaient des portes de la ville. Avant que le drémora n'avertisse Cassandre, elle avait déjà traversé la porte pour rejoindre la chapelle. Ses pouvoirs d'invocation ne servaient uniquement qu'à faire diversion dans un immense combat tel que celui-ci.

Vernaa évita de peu une sphère enflammée, il savait qu'on le visait mais ignorait qui était le magicien. Il distingua des cheveux noirs à travers la mêlée daedrique. Il reconnut le visage d'un des jumeaux, les fidèles serviteurs d'Oren. Mais ces derniers ne se montraient jamais durant un invasion. Le maître n'avait alors qu'un désir pour envoyer cette fois les Markynaz sur le champ de bataille. La fin de toute humanité.

Malik avait repéré le traître, il envoya un sortilège de foudre. Le Kynval l'esquiva. Mais, dès la seconde suivante, il reçut la même attaque provenant de l'autre magicien. Le drémora leva son arme contre l'un des jumeaux, mais il ne visait pas le second. Marek le frappa par derrière avec un sort de glace. Vernaa tomba à terre. Les Daedra avaient franchi les portes de la ville en combattant toujours les hommes.

Le drémora se releva vivement, les habitants étaient en danger. Il entra de nouveau dans la ville avec les gardes de Chorrol. Par chance, les guerriers et les mages de la guilde avaient ralenti les troupes ennemis en menant un nouvel affrontement sanglant. Aucun n'avait atteint la chapelle. Sauf les deux Markynaz. Le Daedra revint à la charge. Les magiciens l'avait senti venir. Malik lança un puissant sortilège de feu sur la claymore de son adversaire, ce qui le déstabilisa. Le drémora tenta de ne pas trébucher. Il riposta par un sortilège du même élément. Mais Marek envoya une gigantesque poudreuse contre lui, ce qui mit fin à sa magie et envoya à terre le Kynval. Le duo en profita et s'infiltra dans le lieu sacré.

-Non, Alyssia ! Naamu ! Cria Vernaa en se relevant avec difficulté.

Le présence des drémoras magiciens terrifia l'ensemble de la population, réfugié dans le seul endroit où ils crurent être à l'abri de ces démons. Cependant, les jumeaux n'attaquèrent pas. Ils marchèrent nonchalamment, Marek suivant l'aîné. Ils fusillaient chaque individu du regard. Les humains, craignant leur puissance, avaient reculé jusqu'aux autels et proche du plus grand. Les prêtres étaient en avant, mais Cassandre n'était pas là. Les Daedra finirent par les contourner jusqu'à apercevoir un escalier souterrain derrière eux. Soudainement, le drémora aux cheveux courts fut frappé par un coup tranchant au niveau du dos. Il chuta au sol à cause de la douleur. Malik tourna ses yeux promptement vers le Kynval. Il lança une violente décharge électrique contre lui, comme si la souffrance de son frère l'avait rendu coléreux et renforcé sa magie. Vernaa fut repoussé contre le mur. Le Markynaz soigna son allié par un pouvoir de Guérison et l'aida à se relever. Puis, comme deux fuyards, ils descendirent dans les sous-sols. Ils détruisirent chaque porte que Cassandre avait verrouillée. Le Daedra s'était relevé et les poursuivit.

Les magiciens fouillèrent de fond en comble chaque petite pièce. Vernaa les arrêta en milieu de couloir. Dès qu'ils virent sa présence, les jumeaux le blessèrent en même temps aux mains. Ils le firent s'écrouler par terre. Mais le Kynval tenait fermement la claymore tout en se brûlant les mains, car s'il la perdait il ne pourrait plus combattre. Malik et Marek passèrent la dernière porte en la brisant par un sortilège enflammé. Elle menait à un autre souterrain, précisément une crypte. Elle était très peu éclairée. Il n'y avait que quelques bougies proches des sépulcres et quatre piliers reliaient le sol et le plafond. A une vingtaine de mètres, il n'y avait plus d'issue. Cassandre et Alyssia, tenant son enfant, étaient ici. La prêtresse avança d'un pas vers les deux drémoras, comme si elle n'avait pas peur de la mort. Son regard n'avait jamais été aussi sévère et haineux. Naamu pleurait dans les bras de sa mère, elle qui avait entendu le danger arriver depuis le couloir.

-N'approchez pas, ou je vous tuerai. Les menaça la protectrice.

-Tu n'y parviendras pas toute seule, répliqua Marek.

-Me croyez-vous incapable ? Répondit-elle avec dérision.

-Certainement. Mais nous allons plutôt négocier. Nous ne tuerons personne si vous nous livrez cette mortelle. Dit Malik en pointant du doigt Alyssia.

L'humaine craintive des Daedra retint son souffle par peur. Mais Cassandre resta froide. Elle aperçut Vernaa arriver mais les Markynaz l'ignoraient encore.

-Je n'avalerai pas vos mensonges, meurtriers. Je choisis plutôt la mort.

-Nous t'aurons prévenue.

Vernaa visa Marek et le transperça au dos avec son arme. Écoutant une respiration courte, Malik fut surpris mais il ne put riposter. Survenant de l'ombre, un drémora l'attaqua avec son épée. C'était le même Daedra que Cassandre avait invoqué la dernière fois contre lui. Le magicien tenta d'éviter de justesse le coup fatal. Mais il fut paralysé, la lame avait pénétré son bras droit.

-Tu ne m'auras pas cette fois, mortelle ! Hurla de colère Malik.

Le Markynaz arracha l'épée qui le faisait souffrir. Il concentra sa magie dans un sortilège de feu qu'il envoya au drémora invoqué. Il fut repoussé vivement dû à l'ampleur du sort et se dématérialisa. Le jumeau avait un regard montrant qu'il était au contraire insensible. Il répandit ensuite une vague de glace qui éloigna Vernaa de son frère et blessa Cassandre, faisant apparaître quelques coupures superficielles sur son visage et ses mains. Le Markynaz revint jusqu'à Marek pour guérir ses lésions. Cela ne lui prit que deux secondes. Les serviteurs d'Oren se remirent debout.

-Si c'est la mort que vous cherchez... commença Marek.

-Vous l'aurez. Maugréa son frère.

La prêtresse avait fait appel à une autre invocation. Les jumeaux tendirent leur main gauche. Plusieurs éclairs furent envoyés contre la personne la plus faible : Alyssia. Cassandre utilisa instantanément son drémora comme bouclier. La mère et son enfant furent protégées avec le corps du Daedra. Mais seul Malik avait tiré ! Vernaa s'en aperçut lorsque Marek contra son attaque avec un sortilège de glace. Le magicien l'avait blessé avec une telle puissance qu'il fut envoyé au loin. Sa tête frappa durement le pilier.

-Vernaa !

Alyssia l'avait appelé. Elle fut terrifiée, ils n'allaient donc jamais le laisser en vie. Elle croyait qu'il allait s'évanouir et c'était vrai. Il saignait du front et ne se relevait plus. Ses yeux mi-fermés la regardèrent.

-Alyssia...

Puis, plus aucun mot. Il ne vit que le néant. Marek allait toutefois attaquer de nouveau le Kynval pour l'achever.

-Non, arrêtez ! Cria Alyssia de peur.

Les Markynaz se tournèrent vers elle. Même Cassandre la regarda. La prêtresse avança jusqu'à elle. Alyssia lui donna délicatement sa petite fille, qui pleurait davantage lorsqu'elle ne sentit plus les bras de sa mère. L'invocatrice ne comprenait pas au départ, mais Alyssia allait certainement faire une erreur.

-Ne le tuez pas, par pitié. Les supplia-t-elle. Je... vous suivrai.

-Non, Alyssia. Ne fais pas ça ! Riposta Cassandre, stupéfaite.

-Je n'ai pas le choix. Si je peux éviter la mort de Vernaa, je préfèrerais prendre ce risque.

A cet instant, elle regarda le vide. Ce n'était pas la meilleure décision et elle le savait. Son sacrifice allait tout de même épargner des vies humaines. Elle avança jusqu'à Malik, il la saisit directement au poignet droit et son frère prit celui de gauche. Elle était terrifiée face aux Daedra, qui étaient plus grands qu'elle.

-Sage décision. Lui dit Marek.

-Nous espérons que les mortels se montreront aussi compréhensibles. Ajouta le jumeau.

L'invocatrice ne put les retenir, elle ne pouvait pas laisser la petite Naamu. Elle souhaitait que Vernaa se réveille rapidement. Mais il sombrait toujours dans l'inconscience.

Quand les Markynaz remontèrent au rez-de-chaussée, les prêtres refusèrent qu'Alyssia se fasse enlever par les Daedra. L'un d'eux avait approché, même si l'aîné des magiciens l'avertit une fois. Marek le menaça à son tour. Puis ce fut Alyssia qui l'implora de reculer. Aucun pas en arrière de la part de l'homme. Les drémoras lancèrent des éclairs en même temps de leur main libre dès la seconde suivante. Le prêtre avait tenté une riposte mais sa magie était bien trop faible. Il mourut une fois à terre. Les mortels et Alyssia restèrent choqués. Les serviteurs d'Oren s'en allèrent avec leur proie de la chapelle.

Personne n'osa s'attaquer aux Daedra. Quand un humain essayait de sauver le femme aux cheveux blancs, Malik prit une dague de sa ceinture et la plaça sous le menton d'Alyssia. Cette dernière resta muette et ne bougeait plus. La menace marcha à merveille et aucun mortel ne se dressait sur leur route. Marek annonça aux autres Daedra que la bataille était terminée et qu'il fallait faire demi-tour. Les ennemis remontèrent alors la colline. L'humaine avait traversé la porte d'Oblivion avec les Markynaz.

Le Kynval ouvrit enfin ses yeux. Il reconnut le plafond de sa chambre. Il était allongé sur un lit. Il se redressa vivement mais sa tête lui faisait mal. Où était Alyssia et son enfant ?

-Vous êtes enfin réveillé, Vernaa.

C'était Cassandre. Elle avait veillé sur lui avec Élise, qui tenait sa petite fille. Mais il manquait quelqu'un.

-Alyssia, où est-elle ?

La prêtresse ne répondit pas directement, on ne put lire que la tristesse dans son regard. Le Daedra quitta le lit et se releva.

-Où est Alyssia ? Répéta-t-il, paniqué.

-Ils l'ont enlevé, expliqua-t-elle. Je suis profondément désolée. Je n'ai rien pu faire... sinon ils allaient tuer tout le monde.

Vernaa fut dans un tel état comme si on venait de lui annoncer sa mort. Naamu fut inconsolable depuis la disparition de sa mère, elle avait perdu toute sa joie. Le Daedra devait repartir au plus vite. Qui sait ce qu'Oren préparait... il la tuerait peut-être vraiment.

-Je dois la retrouver, elle est en danger.

-Vous ne vous êtes pas remis de vos blessures. Vous ne pouvez pas...

-Je ne vais pas attendre qu'elle meurt ! Haussa la voix Vernaa en oubliant la présence de sa fille.

L'Elfe enlaça dans ses bras Naamu, qui eut peur à cet instant. Elle ne comprenait pas pourquoi son père avait crié si soudainement. Le Kynval quitta la chambre après avoir récupéré la claymore daedrique proche de la porte. Cassandre le suivit, sachant qu'il était devenu entêté.

-Vous n'y arriverez pas seul. Quand est-ce que vous comprendrez enfin ? Lui parla la prêtresse tout en marchant dans le couloir.

-Et qui me soutiendra à part vous ?

-Vous n'avez qu'à demander de l'aide. Alyssia vient d'être enlevé devant les yeux de toute la population !

Ils étaient revenus au rez-de-chaussée à cet instant. Les civils restaient toujours à l'abri dans la chapelle, l'armée allait certainement les envahir de nouveau. Les prêtres veillaient à ce qu'il ne manque rien dans ce qui était désormais leur refuge à tous. Mêmes les gardes étaient présents aux trois portes menant à l'extérieur.

-Mais qui m'aidera ? Prononça le Kynval même s'il savait que tout le monde l'entendrait. Veillez plutôt sur leur sécurité, pas à la mienne.

-Je ne suis plus une guérisseuse aussi puissante. Je ne sais que me battre à présent.

-Vous ignorez ce qu'il y a vraiment derrière cette porte. Ce que vous avez vu n'est rien comparé à ce qui vous attend.

Elle attrapa son bras pour l'empêcher de passer la porte.

-Je vous le répète : n'y allez pas seul !

-Ils n'attendent que moi. Raisonna-t-il. Ils ne tueront personne ici, sauf si je reste. Aujourd'hui, je suis leur proie.

-Et vous allez vous jeter dans la gueule du loup ?

-Oui. Ils veulent ma tête, mais j'aurai la leur ! Jura le drémora avec colère.

-Vernaa, ne partez pas !

D'un geste vif, il éloigna la prêtresse de son bras ce qui alerta les gardes. Ils dégainèrent leurs armes contre Vernaa. Mais ce dernier partit sans frapper quiconque. Il n'y avait personne dans les rues. Le Daedra marcha droitement jusqu'à la sortie de la ville. Puis, il suivit le sentier puis remonta la colline. La porte d'Oblivion était toujours là. Avant de la traverser, ses pensées ne furent centrés que sur celui qui tirait les ficelles de cet enlèvement : Oren.

Le Kynval fut de nouveau sur les terres de l'enfer qu'il s'était échappé. La tour centrale se situait plus loin. Il s'avança dans la plaine déserte, les Daedra s'étaient sans doute regroupés dans les recoins de l'immense édifice. Il franchit la grande porte. Quelques Daedra inférieurs traînait dans la première salle autour de la colonne, mais surveillés par des drémoras. On ne l'attaqua pas et Vernaa ne leva même pas son arme. Ils n'étaient tous que les pions obéissants d'un maître qui attendait.

Il ne tarda pas à tomber sur son ennemi lorsqu'il arriva dans la salle intérieur du troisième étage. Quand il remonta la pente, il remarqua le Valkynaz au centre de la salle. Le regard de Vernaa passa de la colère à la simple sévérité.

-Oren...

Il fit un pas de plus vers le maître, qu'il ne considérait pas. Oren restait toujours à sa place. Étrangement, il n'était pas accompagné. Il n'avait peut-être pas besoin de ses serviteurs. Le Kynval allait bientôt mordre la poussière dans ses propres mains.

-C'était donc toi, parla le chef d'une voix extrêmement calme. Mon éternel ennemi.

-Pour ce que tu as fait, je le serai à jamais. Répondit Vernaa sans comprendre le vrai sens de ces paroles.

-Axeli disait que tu avais perdu tout souvenir de ta vie antérieure. Il avait raison.

-Ne me dis pas que tu l'as mêlé avec cette histoire d'enlèvement. Tu n'es qu'une pourriture, l'insulta-t-il sans retenir ses mots, il tendit la pointe de sa claymore vers le Valkynaz. Qu'est-ce que cela peut te faire de connaître mes origines ? Tu n'es qu'un tyran insouciant.

-Insouciant, en es-tu sûr ? Je n'oublie jamais les rebelles, sauf si leur « supérieur » me cache leur identité.

Axeli. Ce fut le premier drémora qui lui vint en tête devant ce mot. Le récit que lui contait Oren devint plus clair pour lui.

-Tu sais qui je suis, qui j'étais. Dit le Daedra.

-Il m'a fallu attendre dix-neuf jours pour qu'il te révèle enfin. Tu étais le Xivilai qui ne se soumettait jamais à mes ordres. Vernaa.

-Tu te réveilles d'un long sommeil. Répondit Vernaa en prenant le ton ironique d'Axeli. Tu respires enfin maintenant que tu le sais et ma mort va te soulager ?

Le haut du marteau frappa le sol. Un son que jouait couramment Oren pour faire entendre son autorité. Son regard resta impassible.

-Axeli ne t'a finalement pas tout avoué.

A ce moment, la porte se situant à la droite de Vernaa s'ouvrit. Malik fit son apparition, il tenait par derrière les poignets du Kynreeve. Le Kynval ne bougea pas, pressentant le premier piège d'Oren mais pas le second. Axeli le regarda à peine. Il était en parfaite santé, mais visiblement soumis, vu que ses yeux étaient dépourvus de sentiment. Le Markynaz le retenait. Ils étaient à gauche de leur chef, qui les ignora du regard.

-Il serait temps de tout raconter, Axeli. Dit avec lassitude le Valkynaz.

-Tu vois jusqu'où ça t'a mené tout ce que tu m'as caché, Axeli ? S'irrita le traître du clan.

Le concerné ne répondit à aucun des deux drémoras. Ne pouvait-on pas le tuer une bonne fois pour toutes pour qu'il conserve son silence ? Soudain, il s'accroupit à genoux en serrant ses dents. Malik venait d'envoyer une brûlure dans ses mains. Le magicien tint ensuite ses cheveux derrière sa nuque. Oren le frappa ensuite à l'épaule avec son arme redoutable. C'en était trop pour Vernaa. Il chargea vers le maître. Cependant, le puissant drémora leva son marteau contre lui et éclata les os de son bras droit. Le Kynval s'écroula et lâcha la claymore. Il tenait sur ses mollets et très légèrement avec ses mains touchant le sol. Comme s'il ne souffrait pas, il regarda avec une immense colère le Valkynaz.

-Pourquoi tu ne réponds pas à sa place, mon pire ennemi ? Demanda Vernaa puisqu'Axeli demeurait muet.

-Si je réponds, je n'aurais plus qu'une envie : écraser ta tête avant de la trancher.

-Viens donc prendre ton trophée, Oren.

Le maître ne fit qu'un pas et s'arrêta quand Axeli ouvrit sa bouche.

-Arrête de chercher les ennuis, ordonna-t-il au drémora en le regardant. Déjà Xivilai, tu t'es soulevé contre notre chef. Ne recommence pas.

-Je n'ai pas dû que le fixer des yeux pour qu'il m'en veuille autant, devina le Kynval.

-Continue, Axeli.

-Un jour, tu as rassemblé d'autres Xivilai, et avec eux tu as défié notre maître. Tu voulais mettre fin à son règne et que notre dieu Mehrunes Dagon reconnaisse ta valeur. Certes, tu es parvenu à blesser notre maître. Mais... tu as échoué. Depuis, ceux qui te ressemblaient ne se sont plus révoltés. Personne ne t'a oublié depuis ta défaite. Tu fus le seul Xivilai soumis aux yeux de tous, m'obéissant.

Le Kynreeve marqua un temps d'arrêt. Vernaa avait enfin découvert qui il était réellement. Un pantin des drémoras ? Jamais. Il était un révolutionnaire, mais pour toujours, peu importe son espèce daedrique. Et cela déplaisait Oren à travers le temps, ou renforçait sa vengeance.

Marek arriva à son tour par le même porte que son jumeau. Il se plaça à la droite de son maître. Et cela fit réagir le Kynval. Avec une dague sous sa gorge, il tenait quelqu'un en otage. Alyssia ! Elle était terrorisée devant les drémoras. Vernaa se releva vivement en tenant la claymore de sa main gauche. Le magicien appuya légèrement avec son arme. Alyssia retint son souffle, elle avait horriblement mal et saignait presque.

-Relâche-la ! Cria le rebelle sans faire le moindre mouvement, son amour allait encore plus souffrir.

Les deux frères étaient loin de libérer la mortelle ou le drémora. Tout fonctionnait par rapport à leur chef. Ce dernier fit le sourd.

-Axeli doit encore te parler.

-Hors de question, tu répondras cette fois. Désobéis le Kynreeve.

Il fut frappé violemment. Oren lui avait presque écorché le visage, ce qui horrifia Alyssia. Axeli reprit son souffle doucement. Les coups se multiplieraient s'il n'allait pas dans le même sens que le maître.

-Toi aussi vois-tu jusqu'où t'a amené ta faiblesse, reprocha-t-il à son amant. La mienne sont nos secrets, la tienne sont tes sentiments. J'aurai aimé ne rien révéler sur le jour où tu es mort en tant que Xivilai. Nous avions enlevé cette mortelle, que tu vois devant toi.

-Tu as enlevé Alyssia déjà une fois ? Fut ébahi Vernaa.

-Moi et toi. Lui rappela-t-il. Elle était faible mais pas totalement inutile avec ses puissants pouvoirs de Guérison. Notre maître a préféré que nous l'enfermions. Et sans que je comprenne, il a désiré que seul toi devait la surveiller...

Son supérieur découvrit la vérité par lui-même tout en parlant, il regarda avec colère le Valkynaz.

-C'était un piège, tu l'avais minutieusement préparé ! Les mortels ont attaqué seulement la tour où « elle » était enfermée. Raconta le supérieur en jetant du venin sur l'appellation d'Alyssia. Et Vernaa y était, seul !

-Ce ne fut que le hasard, expliqua Oren impartialement sans regretter son erreur, le Kynreeve disait vrai.

-Vernaa est mort à cause de toi, tu nous as détruis ! Cria Axeli en parlant de leur amour brisé. Je vais te tuer, Oren !

Il se débattit et son maître le blessa au cœur avec son marteau. Le drémora baissa violemment la tête et cracha du sang. Il n'était pas mort mais étouffait tout en vivant.

-Que cherches-tu... à faire... avec moi et... cette mortelle ?

Oren regarda vers le Kynval. Il lui avoua enfin toute cette mise en scène.

-Tu vas devoir choisir une exécution. Elle ou lui.

Vernaa n'en revint pas, il écarquilla les yeux. Ce dilemme était un véritable cauchemar. Il ne pourrait jamais répondre. Pour son amant, cela était aussi un très mauvais rêve. Mais pour Alyssia, il n'eut que de l'incompréhension et la mort allait l'emporter bientôt. Le Kynval l'aimait, mais il était amoureux aussi d'Axeli. Il cachait à sa femme cette horrible vérité que personne ne pouvait accepter.

-Pauvre fou que tu es. Tue-moi ! Je ne dirai rien.

Ses larmes tombèrent instantanément. Son cœur lui faisait mal, très mal. Pourquoi le monde lui refusait-il deux êtres aimés ?

-Ta mort m'ennuierait, et Axeli préfère prendre ta place. Avoua son maître.

Axeli resta muet, il aurait voulu perdre la vie sans la présence du drémora. Et Oren enfonçait une épine dans le cœur des deux amants. Vernaa le regarda avec haine, ne croyant pas en ces mots.

-Tu n'es qu'un lâche. N'as-tu pas dit que tu voulais ma tête ?

-Si tu le souhaites. Je vais te briser les os en premier.

Le Valkynaz avança dangereusement jusqu'à lui. Déjà qu'il avait un bras cassé, il n'allait pas tarder à perdre le deuxième si son maître était furieux. Ce dernier leva son arme dangereuse et le rebelle fit de même en se remettant à peine debout. Curieusement, on lui laissa seulement le temps de déplier ses jambes. Oren le frappa immédiatement à la main gauche, qui tenait la claymore. Vernaa la lâcha, le visage déformé par la douleur. Il retomba à terre, car ses phalanges avaient bien senti le coup. Oren l'attaqua de nouveau, son marteau éclata cette fois le genou droit. Le Daedra retint son cri. Tout son corps était allongé sur le sol, il se tenait sur le côté. Il essaya de regarder vers la femme qu'il aimait. Cependant le Valkynaz cassa son épaule gauche violemment. Il ferma ses yeux instantanément et serra ses dents. Puis on entendit :

-Arrêtez, par pitié !

Le maître des deux drémoras cessa alors. Cette voix implorante et terrorisée fut celle d'Alyssia. Les mots n'apaisèrent pas toutefois la cruauté. Oren revint vers elle. Il ordonna à son serviteur de baisser sa dague située au cou de la femme aux cheveux blancs.

-Je vous en supplie, laissez-nous partir...

-Je n'ai aucune pitié, mortelle. Sache qu'elle appartient aux faibles.

Le ton sévère de sa voix suffit à faire trembler cette innocente. Elle sentit ses larmes monter. Mais ce visage innocent et si triste répugna le Daedra. Il recula d'un pas. Vernaa rouvrit ses yeux et vit que sa main serrait le manche de son arme : il avait en fait pris de l'élan. Il fut averti et anticipa le coup. Il redressa avec difficultés en se tenant que ses mollets. Par peur, Alyssia ferma ses yeux et abaissa son visage quand le marteau fut levée.

-Laisse Alyssia, elle n'a rien fait !

Oren arrêta son geste et rangea son arme. Il regarda le Kynval.

-Tu as fait ton choix alors.

Non, criait le Daedra intérieurement. Quel choix ? Il n'avait rien dit. Axeli allait mourir ? Mais s'il refusait de l'accepter, Alyssia allait être tué aussi. Il était désorienté. Son amant avait un regard choqué, parce que Vernaa l'abandonnait. N'était-il pas plus important ? C'était impossible qu'il partage la même place qu'une mortelle dans son cœur.

Le traître du clan désespéra sous cette pression que lui infligeait le Valkynaz. Il devait tout avouer et essentiellement expliquer pourquoi, dans cette situation, Alyssia était bien plus faible qu'Axeli. Il se mit à parler le plus clairement possible même avec ses profondes blessures.

-J'ai appris à aimer, ce qu'aucun Daedra n'avait encore fait. Mais je ne pourrai pas choisir. Je suis maudit, la destin a voulu que j'aime deux personnes.

Il leva son regard et tenta de fixer ceux pour qui son amour s'était dévoué.

-Je suis désolé, Axeli. Je t'aime aussi, j'aurai aimé que tu viennes à mes côtés dans l'autre monde. Mais je ne peux pas laisser Alyssia. Elle a terriblement souffert par notre faute. J'aime Alyssia, comme je t'aime Axeli. Mais elle est fragile, je ne me le pardonnerai jamais si elle meurt.

Puis ses paroles se tournèrent l'humaine. Une larme tomba pour chaque phrase.

-Pardonne-moi, je ne pouvais pas t'avouer la vérité. Notre relation aurait été en danger. Parce que, dans n'importe quel monde, on dit qu'aimer quelqu'un d'autre c'est rejeter son premier amour. Pour moi, c'est faux. Mais personne n'accepte un cœur partagé. Je voudrais que nous pussions vivre, nous trois. Alyssia... comprends-tu ?

Il ne demandait que le grand pardon. Comme Axeli, cet aveu blessait le cœur d'Alyssia. Mais cela ne dura pas. Elle semblait tolérer l'amant, parce que Vernaa avait fui son clan pour elle. Elle se mit à sa place. Si elle aimait deux personnes, elle aurait quitté le plus tenace pour ne pas mener le plus faible vers la mort. Son rêve aurait été de vivre avec les deux. Cependant, le monde était fait de cette façon : il ne fallait donner son amour qu'à son unique promis ou promise. Le Kynval commençait à souffrir mentalement à cause de sa tristesse.

-Axeli, je dois renoncer à ton amour. Je désire le meilleur avenir pour mon enfant. Il est hors de question qu'elle apprenne que je suis amoureux de toi, alors que j'aime Alyssia. Je suis désolé.

Le Kynreeve ne répondit pas à cause du mal de ces paroles. Il avait été ouvertement abandonné par le drémora. Pour un amour envers les mortels. Un silence tomba dans la salle. Ceux pour qui ces mots remplis d'amour ne les touchaient absolument pas, il était temps de tuer le rejeté. L'amant. Cependant, Oren se préoccupa d'autre chose.

-Relâchez la mortelle.

Marek s'exécuta sur le champ sans discuter. L'humaine fut terrifiée même si on l'avait relâché. Elle retourna alors en panique vers son partenaire. A ses yeux il ne semblait pas survivre aux coups fatales du Valkynaz. Vernaa regarda vers elle et se releva difficilement. La peur fit monter les larmes d'Alyssia. L'humaine avança jusqu'à son visage. Elle utilisa sa magie pour guérir les plaies de son amour.

-Pourras-tu me pardonner de t'avoir caché la vérité ? Dit le Daedra d'une voix faible.

-Vernaa, je...

-Vernaa !

Axeli l'avait averti soudainement d'un danger. Il avait relevé son visage, averti par le bruit assourdissant d'une lame. Son maître venait de récupérer la claymore daedrique à terre. Le Kynval fut surpris et protégea subitement Alyssia avec ses bras. Il reçut un coup violent sur son épaule gauche. Elle n'avait pas eu le temps d'être soigné complètement. Le drémora se retrouva à terre sans relâcher Alyssia. Cette dernière fut de nouveau craintive. Elle avait regardé vers Oren, celui qui venait de frapper Vernaa.

Le chef des drémoras serrait fermement la longue épée dans sa main droite et le marteau dans sa main gauche. Son regard mêlait sérénité, dégoût et hostilité. Alyssia détourna son regard pour le cacher sous le visage de son amour. Peut-être que les Daedra haïssaient tant les mortels qu'ils seraient prêts à tous les tuer. Sa crainte se renforça quand le Valkynaz éclata de nouveau la même épaule de Vernaa mais avec le marteau cette fois. Les membres du Kynval cédèrent comme si on venait de le repousser, ils ne tenaient plus Alyssia. La mortelle sentit que le maître fut derrière elle. Son aura démoniaque, presque vivante, se pressentait. Sa taille imposante le rendait aussi très dangereux. Elle fut terrorisée et couvrit son regard avec ses bras. Rien ne pouvait pas la protéger excepté Vernaa. Mais elle n'eut le temps de rien faire. Oren n'avait aucune pitié à ce moment et transperça le corps d'Alyssia avec la claymore. La femme aux cheveux blancs venait de perdre son souffle, tout devint flou. Sa tête relevée à cause de cette attaque lui fit regarder le plafond de roche creuse. La première chose laquelle elle pensait c'était Vernaa. Elle était au bord de la mort. Elle entendit son nom crier par le drémora. Alyssia tomba lourdement au sol. Comme vivant un cauchemar, elle voyait Oren lever son marteau. Vernaa s'interposa et envoya un sortilège de glace contre lui. Mais les deux serviteurs répliquèrent et contrèrent avec un double sort de feu. Le Kynval recula d'un pas à cause de la puissance de leur magie et le Valkynaz le frappa sans répit au visage avec son arme lourde. Il s'écroula au sol sur son ventre. Son visage était écorché.

-Ne tue pas Alyssia ! Arrête ! J'avais ta parole ! Rappela-t-il à Oren en ayant son corps étendu au sol.

Puis il entendit un bruit au lieu d'une réponse. L'éclatement d'un organe, écrasé par un poids. Puis, un souffle court. Une respiration presque disparue. Vernaa fut envahi par de nombreuses craintes. Il était en état de choc. Il tenta d'avancer avec son bras droit en rampant. Il leva son regard. Alyssia était maculée de sang, le regard écarquillé. On venait de lui détruire le cœur. Le drémora approcha jusqu'au visage de son amour, désemparé. Il approcha une main vers son organe vital afin de le soigner par magie. Mais il ne semblerait rien se passer même si sa main s'illuminait. Le cœur fut irréparable. Vernaa fut paniqué, ses larmes réapparurent sur son visage.

-Alyssia... Alyssia !

Il crut que ses yeux venaient de se tourner lentement vers lui. Du sang s'échappa des lèvres pâles. Le Kynval était en train d'épuiser toute sa magie. Il voulait entendre la voix de celle qu'il aimait plus que tout. Une des mains se posa sur la joue de la femme. Il espérait que sa peau ne soit pas glacée.

-Ver... naa. L'appela Alyssia d'une voix presque inexistante.

-Alyssia, ne meurs pas. Je t'en prie...

-Je... ne respire... presque plus. Dit-elle en laissant tomber des larmes à son tour.

-Non, tu es encore vivante ! Tu ne dois pas mourir, pas maintenant. Répliqua son amour inconsciemment, il fut furieux ensuite contre lui-même. Il ne guérissait rien dans le corps, c'était impossible.

-Tu ne... peux plus... Pardonne-moi...

-Non, c'est moi qui demande ton pardon.

-Je te... pardonne, mon amour. Je t'accepte... qu'importe...

«... qui tu es ». Quand il n'entendit pas le reste des mots, Vernaa devint incrédule et choqué. Il cessa sa magie et ses deux mains touchèrent le visage d'Alyssia. Elle n'était pas froide comme d'habitude. Elle était horriblement gelée. Elle ne vivait plus ? Non, sa voix suave avait disparu. Elle était trop jeune pour perdre la vie. Mais... Alyssia était morte. Les larmes ne cessèrent de tomber et Vernaa ferma ses yeux à cause de sa tristesse.

Et de sa haine s'éveilla le désir le plus fou : venger sa défunte en tuant Oren. Tels des mauvais souvenirs, il se releva même avec ses plaies sur tout son corps. La haine le domina plus que jamais. Il fixa avec fureur le Valkynaz.

-Je t'ai dit de laisser Alyssia ! J'avais ta parole ! Cria-t-il.

-Nous avons toujours tué les mortels, tu le sais. Et je n'ai qu'une parole, le mensonge.

-Tu n'es qu'une pourriture ! Depuis le début tu attendais que je fasses le mauvais choix !

-Il n'y avait pas de choix.

Malik ne relâcha pas Axeli. Le Kynreeve ne comprenait rien aux intentions de son maître, et Vernaa non plus. Le magicien se retira au dernier moment car Oren attaqua le détenu. D'un geste vif, la claymore traversa le cou du drémora. Axeli essaya de reprendre son souffle et d'enlever l'arme. Mais le Valkynaz força davantage et le fit tomber sur le dos. Le Daedra ne put rien dire, aucun son ne parvenait à traverser sa gorge. Il ne put même pas prononcer un dernier mot. Pourquoi la mort pour lui aussi ? Quel était le sens du dilemme imposé ? Aucun. Axeli ne voyait plus rien, la silhouette du Valkynaz s'estompa de sa vision. Il allait disparaître, ou du moins quitter ce corps. Sans lui en vouloir à cause des mauvaises paroles, il convergeait ses pensées sur une seule personne : Vernaa. Ce dernier cria le nom d'Axeli, même si son amour pour lui s'était effacé.

Le Kynval était bel et bien revenu en enfer. On lui avait enlevé les deux personnes qu'il aimait, devant ses yeux. Sous la cruauté d'un maître dont il n'avait pas aucun respect. Et il n'y en aura plus. Plus de tolérance, plus de pardon. Seulement sa condamnation, sa mort. Il chargea vers Oren. Le Valkynaz se prépara aussi à le tuer. Sans que Vernaa ne le remarque, le maître avait du sang coulant de sa paume droite. Seul le chef Daedra savait pourquoi, il conservait éternellement ce secret. Il attaqua avec son marteau plutôt qu'avec une lame. L'autre drémora lança un sortilège de feu sur la main qui tenait la claymore. Oren lâcha soudainement la longue épée, surprenant ses serviteurs. Vernaa s'en saisit. Il était enfin armé. Mais le Valkynaz n'engagea pas le combat.

-Saisissez-le ! Ordonna-t-il aux deux magiciens.

-Jamais ! Cria le rebelle.

Le drémora tenait la claymore dans ses deux mains Les jumeaux n'avancèrent pas et lancèrent de loin leur sortilège mêlé de foudre et de feu. Le Kynval évita de justesse cette rafale dévastatrice et fonça vers Oren, ignorant à cet instant les Markynaz. Le maître ne bougeait pas et attendit le coup qui allait échouer. Faisant bien confiance à ses serviteurs, ils les laissa jeter leur sort. Vernaa venait de lever son arme pour tuer le Valkynaz mais ses mains et ses avant-bras se gelèrent. Puis, il fut repoussé au sol par une sphère de feu envoyé par l'autre magicien. Il tenta de dégager ses mains et de briser la glace. Certains que le Daedra ne se libérerait pas de ses chaînes, Marek et Malik l'attrapèrent au niveau des bras. Il fut remis debout pour être jeté en prison. Et l'impensable se produisit.

Le prisonnier éclata le bloc de cristal en compressant ses mains. Il était animé par sa haine. Sa lame effleura le visage du drémora aux cheveux courts. D'un geste rapide, il avait presque atteint les yeux, ce qui perturba le jumeau. Il recula et cacha son visage. Vernaa étendit son coup et tourna la claymore vers Malik. Les mains du Markynaz saisirent la lame promptement. Cependant, elles se mirent à saigner. Le Daedra rebelle usa de toute sa force et donna un coup vertical au niveau de l'épaule de son adversaire. L'arme traversa la robe et s'enfonçait dans la peau du magicien. Ce dernier grimaça de douleur sans lâcher la claymore. Il essaya de répandre des flammes le long de l'arme. Vernaa aggrava alors ses souffrances. Il trancha le bras droit en entier, ce qui annula la moitié du sortilège. Malik retint un cri et tomba au sol. Le Kynval recula alors, se retourna et transperça le cœur de Marek. Les deux magiciens venaient d'être vaincus, ils étaient à terre.

Le drémora regarda avec haine le dernier vivant : Oren. Il était seul, sans défense mais armé. Il fit un pas alors que son pire ennemi chargea. Vernaa visa la main droite du Valkynaz. Cependant, il ne se laissa pas faire et leurs armes se croisèrent. Le Kynval fixait les yeux du maître. Il devait mourir dans ses mains. Leurs armes se croisèrent. La force de Vernaa n'était pas de taille face à celle d'Oren. Le marteau était bien plus redoutable et ne céda pas. Le Daedra ne parvenait pas à le toucher et abaissa sa claymore. Il piqua vivement vers la main droite du Valkynaz. La pointe de sa lame toucha la paume et le sang s'écoulait davantage. Le maître ne montra pas sa douleur. Il riposta en donnant un coup horizontal sur le visage déjà abîmé de Vernaa. Oren atténua ses souffrances en retirant rapidement sa main saignante. Une fois à terre, le Kynval était comme paralysé. Toutes ses blessures se firent sentir soudainement. Il regarda malgré tout l'assassin. Curieusement, le chef ne se soigna pas et avança jusqu'au Daedra affaibli.

-Comment peux-tu penser ne serait-ce qu'une seconde que tu me vaincrais ? Tu n'es qu'un Kynval, un pion parmi les autres.

Sa voix déjà sombre en raison de sa race devint terrifiante. Il y avait de l'autorité mais aussi une rancune lointaine qui s'éveilla en lui. Il avança jusqu'à son visage, le marteau glissa sur le sol sous un bruit assourdissant. Vernaa remarqua la main ensanglantée vers sa droite. Des gouttes rouges tombaient lentement.

-Tu crois pouvoir te protéger derrière tes larbins, tu es faible en réalité. Répliqua Vernaa sans que le maître ne l'interrompe. Tu gardes pourtant des blessures, tu cherches la mort.

Oren rangea son marteau daedrique. Il utilisa son pied droit pour éloigner la claymore que le Kynval tenait à peine. Le drémora n'arrivait pas à se relever. Le Valkynaz s'accroupit temporairement et saisit les cheveux du rebelle afin de le remettre debout. Le Daedra souffrait toujours mais serra les dents devant les yeux du maître des drémoras.

-C'est en gardant les blessures de notre ennemi que la haine s'agrandit. Ne l'oublie jamais, Vernaa.

-Tu préfères donc te salir les mains.

Il n'aurait pas dû répliquer. Oren tira ses cheveux pour l'amener jusqu'à la salle isolé. Il ouvrit la porte et rejeta le Daedra dans cette prison qu'il connaissait. Vernaa tenta de s'échapper mais se heurta face à l'arme redoutable du Valkynaz. Il sentit que ses côtes avaient été brisées. Son corps était allongé au sol. Il essayait de se soigner alors que la maître des drémoras referma la porte.

Le temps devenait éternel. Vernaa crut de ne jamais ressortir d'ici. Le sommeil ne calma pas les durs évènements mais les aggrava avec ses cauchemars. Alyssia et Axeli n'existaient plus. On venait de détruire sa vie. Il avait essayé de guérir ses plaies mais son visage avait encore des cicatrices. Les mots d'Oren lui revinrent en mémoire : « C'est en gardant les blessures de notre ennemi que la haine s'agrandit. Ne l'oublie jamais, Vernaa ». La haine, il la possédait déjà. Parce que celle et celui qu'il aimait venaient de lui être enlevé.

Le miracle se produisit un jour suivant. La porte s'ouvrit. Vernaa avait les yeux mi-ouverts, était-ce Oren ? Non. Il vit plusieurs personnes. Mais il ne se relevait pas, assis sur ses genoux. Il était épuisé et souffrait d'une dépression. Les individus parlèrent.

-Attendez, c'est Vernaa !

-En êtes-vous sûr ?

-Oui. Les Daedra l'ont enfermé, ça ne peut être que lui.

Des humains fixèrent le Daedra, il avait récupéré la clé de sa prison en tuant un garde drémora. Ces cheveux rouges, c'était bien Vernaa. Ce dernier n'eut encore aucune réaction, il constata à peine que les gardes de Chorrol étaient devant lui. Ils n'étaient qu'une dizaine.

-Il est affaibli, nous devons le ramener.

-Aidez-le à se relever, donna comme ordre le chef des gardes. Et partons d'ici immédiatement.

Deux gardes vinrent vers le drémora. Chacun attrapa son bras afin qu'il se relève. Mais son corps réagissait ne serait-ce qu'une seconde. Les humains mirent les bras du drémora au niveau de leur nuque. Il était maintenu. Vernaa fit quand un pas quand ses sauveurs commençait à quitter la salle.

-Que faîtes-vous ici ? Demanda le Daedra d'une voix vide.

-Nous sommes venus vous délivrer vous et Alyssia, évidemment.

-Alyssia est morte. Déclara-t-il avec le même ton.

La nouvelle surprit tous les mortels, le corps avait été certainement déplacé. Un archer surveillant les alentours annonça qu'il fallait partir avant que d'autres drémoras n'arrivent. Ils rebroussèrent chemin sans croiser le moindre danger. Ils avaient déjà tué les opposants quand ils étaient entrés dans la tour.

-Non, commença le premier garde qui tenait Vernaa. C'est impensable...

-Je l'ai vu de mes propres yeux, je n'ai pu rien faire.

-Vous n'auriez pas dû partir seul, dit le second.

-Je le sais bien. Je n'ai pas écouté sœur Cassandre, j'ai été aveuglé par ma haine. Et je n'ai pu sauver personne. Personne.

Il avait répété ce mot pour le renforcer. Au lieu de sauver une vie, deux avaient été perdues injustement. On comprit que les Daedra avaient torturé Vernaa avant de s'en prendre à la personne la plus innocente, son amour. Les humains firent en sorte de rejoindre la porte d'Oblivion avec prudence. Ils y étaient presque. Vernaa ne constatait pas qu'ils l'avaient traversée et qu'ils étaient revenus sur la colline. Dans le monde des mortels. Repensant à Alyssia, le Kynval fit ruisseler une larme sur son visage. Elle ne reviendrait plus jamais. Il n'y avait de retour après la mort. Son châtiment avait été finalement mérité. Aimer deux personnes était un péché.