Bonjour tout le monde !

Tout d'abord, je voulais souhaiter la bienvenue aux nouveaux lecteurs et aux nouvelels lectrices.

Ensuite, ce chapitre est court, mais il y a une raison : je voulais que l'histoire de Guiseppe soit l'objet d'un post et ne soit pas noyée dans ce qui va suivre.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Chapitre 11

Nous nous assîmes à notre tour. Guiseppe avait soudain l'air vieux, très vieux. Il nous regardait, mais semblait voir plus loin que nous, comme s'il contemplait une autre époque, un autre lieu. Ce fut d'une voix triste qu'il commença son récit.

- Cette histoire commence en Italie, au début du 18ème siècle. A cette époque, j'avais 150 ans et j'étais heureux. J'étais marié à la femme la plus merveilleuse qui ait foulé cette Terre. Lucinda.

Guiseppe prononça le prénom de son épouse avec tendresse et délicatesse, comme s'il avait peur de le briser. Et je ne pouvais ignorer le timbre amoureux et nostalgique qui imprégnait sa voix.

- Elle était tellement magnifique que je serais allé en Enfer pour elle avec joie. Ses longs cheveux bruns lui descendaient en cascade dans le dos, jusqu'à ses reins, ondulant au gré de sa démarche d'ange. Leur douceur n'avait d'égale que leur beauté. Son visage était absolument parfait, légèrement ovale, tout en délicatesse et en finesse. Ses lèvres fines appelaient aux baisers et ses yeux étaient semblables à deux rubis étincelants. Quand elle entrait dans une pièce, elle l'illuminait immédiatement, comme si le soleil la suivait. Et j'avais l'immense honneur d'avoir épousé cette merveille. Milles détails sont gravés à jamais dans ma mémoire : la façon qu'elle avait de sourire, en rejetant sa tête en arrière celle de secouer son visage pour écarter ses cheveux sa manière de me regarder lorsqu'elle était contrariée celle d'entortiller une mèche autour de son index ses soupirs lorsqu'elle mangeait. Elle possédait une telle joie de vivre que je ne pouvais qu'être comblé.

Une seconde s'écoula dans un silence religieux, puis deux, et trois. Le temps continua sa course immuable pendant que Guiseppe plongeait dans ses souvenirs. Finalement, deux minutes entières s'écoulèrent avant qu'il ne reprenne la parole.

- Nous vivions à Volterra.

Je regardai Emmett avec surprise. Lui aussi avait l'air étonné. Guiseppe et Lucinda vivaient juste à côté des Voltur ! A moins qu'ils n'en fassent partie...

- Vous avez l'air ébahi, poursuivit l'Italien. Oui, nous vivions à Volterra, mais nous ne faisions pas vraiment partie des Volturi. Nous appartenions à leur soldatesque, si je puis dire. Pas vraiment à l'intérieur ni à l'extérieur des Volturi. C'est à ce moment-là que Carlisle est arrivé.

Le visage de Guiseppe, jusque là calme et nostalgique changea radicalement d'expression. L'Italien serrait les poings, contenant une colère vieille de deux siècles.

- Il était jeune, il n'avait même pas un siècle. Les Volturi nous chargèrent, Lucinda et moi, de lui montrer la ville, notre territoire, les endroits où il était interdit de chasser. Bref, nous devions lui servir de guides. Nous avions remarqué la couleur inhabituelle de ses yeux et, lorsque nous lui avons montré les bois, il nous a parlé de sa pensée et de sa volonté de ne pas tuer d'humains. Je l'ai trouvé vraiment étrange, mais après tout, si c'était ce qu'il voulait, cela ne me dérangeait guère. Il nous en a parlé pendant des jours, développant ses idées. Il nous apprit qu'il cherchait à savoir s'il était le seul vampire à agir ainsi. Si son discours n'a eu aucun effet sur moi, il n'en a pas été de même pour ma chère femme. Ma tendre Lucinda prêtait une oreille attentive aux propos de Carlisle, curieuse de tout. Les Volturi écoutaient aussi ce qu'il disait, mais avec une certaine ironie. Carlisle les amusait et ils n'avaient de cesse d'essayer de le persuader de renoncer à ses projets. Peu de temps après, Carlisle est parti.

Guiseppe s'interrompit une nouvelle fois. Jusque là, il ne m'avait rien appris de nouveau et, surtout, rien qui puisse m'expliquer le pourquoi de la situation actuelle.

- Pour moi, il est devenu une histoire ancienne, reprit-il, la voix pleine de colère contenue. Mais ma précieuse femme avait été contaminée. Elle trouvait intéressante la philosophie de Carlisle et a voulu s'y essayer. J'ai eu beau discourir pendant des heures, arguant qu'il était probablement fou et qu'il finirait par se faire tuer s'il persistait dans cette voie. Mais Lucinda est restée sourde à tous mes arguments. Finalement, elle a décidé de franchir le cap et a cessé de tuer des humains pour se rabattre sur les animaux. Cela m'a amusé, au début. Je me disais que ce n'était qu'une lubie momentanée, comme lorsqu'elle avait commencé à peindre des icônes religieuses. Mais je me trompais lourdement.

A présent, Guiseppe narrait d'une voix basse, pleine de tristesse. Pour un peu, j'aurai eu de la peine pour lui. Vu comme il en parlait, il me paraissait évident que Lucinda était morte. Mais je ne voyais pas en quoi Carlisle pouvait être concerné ou en être tenu pour responsable.

- Les premiers temps, tout s'est bien passé. Il faut avouer que nous vivions un peu à l'écart de la ville. Elle me disait combien le sang animal était fade. Néanmoins, elle désirait continuer car elle voulait voir jusqu'où cela la mènerait. A chaque fois qu'elle partait chasser, je l'attendais et, quand elle revenait, les cheveux ébouriffés, les habits souvent déchirés, mais un pétillement dans les yeux, je me disais que j'aimais de plus en plus cet aspect « animal » qui était en elle. D'ailleurs, elle devenait de plus en plus ardente. Tout pour combler le mari que j'étais. Cependant, elle en demandait toujours plus, et je me suis demandé quand est-ce qu'elle allait se calmer. C'était comme s'il lui fallait quelque chose pour compenser son abstinence de sang humain. Je me disais qu'il ne faudrait pas longtemps avant qu'elle ne s'alimente à nouveau correctement. Et puis, un soir, elle a commis l'irréparable.

Guiseppe se prit la tête dans les mains, l'air brisé. Bien qu'elle soit vieille, la peine était toujours aussi vive pour un vampire.

- Un soir, environ 4 semaines après le début de son changement de proies, les Volturi nous ont mandés. Dès que nous sommes entrés en ville, Lucinda s'est agitée, a commencé à dire qu'elle avait faim. Je n'y ai pas prêté autant d'attentions que j'aurai dû. Je ne cessai de lui dire qu'on ne pouvait faire attendre les Volturi et que nous irions chasser ensuite. Malheureusement, nous n'avions parcouru que quelques mètres en ville lorsque nous avons croisé les premiers mortels et qu'elle… m'a échappé. Elle avait trop soif, la gorge lui brûlait. Elle s'est violemment jetée sur eux et … les a tués.

Il n'avait plus besoin de continuer l'histoire. Je savais comment sa femme était morte. Elle avait tué à Volterra, le seul lieu où il était interdit de le faire.

- Les Volturi ont agi très vite, continua Guiseppe, des sanglots dans la voix. Elle avait fait la seule chose qu'ils ne toléraient pas. Ils sont arrivés quelques minutes plus tard et ont décapité ma tendre et douce Lucinda.

L'Italien était l'image même de la tristesse. S'il avait pu pleurer, j'étais certaine que des ruisseaux de larmes s'échapperaient de ses yeux en cet instant. Les humains avaient cet avantage sur nous, celui de pouvoir oublier, de laisser le temps faire son travail et atténuer la peine de la perte de l'être aimé. Pour nous, la souffrance était toujours aussi tenace, aussi forte. Le deuil était bien plus difficile à accomplir pour un vampire. Guiseppe nous regardait fixement. Je vis sa physionomie se transformer, passer d'un chagrin immense à une rage incroyable.

- Tout est de la faute de Carlisle ! s'écria-t-il. A cause de lui, Lucinda a voulu essayer quelque chose de contre nature ! Elle en est morte ! C'est à cause de lui ce que je l'ai perdue !

- C'est surtout parce qu'elle n'a pas su se retenir qu'elle est morte, ripostai-je, incapable de me taire.

- C'est lui qui lui a mis des idées farfelues dans la tête ! Mais l'histoire n'est pas finie. Lorsqu'ils l'ont tuée, je n'ai plus eu qu'une seule envie : me venger ! J'ai cherché Carlisle dans toute l'Europe, sans succès. Puis, une centaine d'années plus tard, je suis venu ici, dans le Nouveau Monde. Les Volturi m'avaient permis de partir, de faire ce que je voulais de ma vie. Ma rancune et ma rage n'avaient pas cessées de grandir avec le temps. Je refusais de passer à autre chose, de faire le deuil de ma femme. Je savais que je finirai par le retrouver, ou au moins par rencontrer quelqu'un qui le connaissait. J'ai sillonné tout le continent, arrêtant des nomades, en le décrivant et en leur demandant s'ils le connaissaient … Mais je n'avais aucune réponse, ou alors une information trop vieille pour être exploitable. Jusqu'en 1975. C'est là que le hasard m'a favorisé.

Guiseppe regardait Emmett avec insistance, tout en arborant un sourire qui me fit froid dans le dos.

- Cette année-là, je suis tombé par hasard sur son odeur, aux abords de Détroit. Vous n'imaginez pas la joie que j'ai pu ressentir alors ! Après tout ce temps, je le retrouvais enfin ! Je songeais avec délice à notre rencontre, j'imaginais son expression qu'il ferait en apprenant ce qu'il avait fait avec ses discours ineptes et le plaisir que j'aurai à lui arracher la tête… J'ai suivi sa piste jusqu'à une grande maison. Et là… j'ai compris que je ne pouvais pas me venger ! Carlisle était loin d'être seul. Vous étiez sept ! Une telle rage m'a envahi que je me suis défoulé sur des mortels. Carlisle m'échappait ! Je n'étais pas assez fou pour m'attaquer seul à un clan de cette envergure. J'avais eu le temps de voir qu'il était marié avec une jolie brune. Et c'est là que j'ai compris comment j'allais pouvoir faire payer la mort de Lucinda à notre très cher ami.

Je sentis soudain la main d'Emmett se refermer sur mon poignet. Il avait compris, et moi aussi ! Je serrai les dents. Guiseppe voulait nous échanger contre Esmée ! Il désirait la tuer pour que Carlisle souffre, tout comme lui avait souffert de la mort de Lucinda ! C'était vraiment ignoble !

- Je constate à la façon dont vous me regardez que vous voyez où je veux en venir, fit l'Italien, avec un sourire mauvais. Oui, je veux que Carlisle ressente ce que j'ai ressenti, qu'il sache ce que cela fait que de perdre la personne la plus chère pour lui. Mais, je ne pouvais agir seul. J'ai donc résolu de patienter et de prendre un peu de recul, le temps de me préparer à notre rencontre. Surtout qu'il ne s'agissait plus de tuer Carlisle, mais sa femme, tout en faisant en sorte qu'il sache par qui et pourquoi. Un peu de réflexion s'imposait alors. J'ai décidé de faire comme lui. J'ai créé des vampires. J'en ai fait onze en tout, pour être précis. Je les choisissais pour leur force et leur caractère bagarreur. Curieusement, nous n'avons pas réussi à rester ensemble très longtemps. Mes fils partaient, les uns après les autres. Dès que nous étions quatre, il y en avait toujours un ou deux qui s'en allait. Mais, je gardais espoir, parce que je leur avais raconté mon histoire et que l'idée de se battre avec un autre clan les intéressait. Mais deux problèmes se posaient. Tout d'abord, Carlisle était parti avec toute sa famille et je devais le retrouver à nouveau. Ensuite, j'ignorais comment contacter mes fils lorsque le moment serait venu. Mais vous avez résolu ces petits contretemps.

Le sourire de Guiseppe s'élargit encore.

- Voyez-vous, moi aussi j'ai entendu parler de vos petits ennuis avec les Volturi. Il va sans dire que j'ai accouru dans cette charmante ville. J'étais dans els rangs des témoins des Volturi, et j'ai eu le plaisir de retrouver certains de mes enfants. Comme j'aurai aimé qu'ils donnent l'ordre de vous tuer ! Mais rétrospectivement, je suis content qu'ils ne l'aient pas fait. Vous seriez tous morts et je ne me serai pas vengé. Je préfère régler mes comptes personnellement. J'ai repris contact avec mes fils, qui ont été d'accord pour m'aider dans mes projets. Oh, nous avons attendu. Pas question que les Volturi soient encore dans les parages pour nous déranger. Nous sommes allés au Canada, histoire de peaufiner notre plan. Lorsque nous sommes revenus, vous étiez partis. Nous nous sommes alors mis en chasse et nous avons retrouvé votre trace il y a un mois. Nous avons repéré vos endroits de chasse, ce qui n'a pas été trop compliqué, puisque vous sortez souvent. Vous manquez de prudence, mes amis. Cédric a fait le guet et a remarqué que vous alliez chasser plusieurs fois par semaine et que la femme de Carlisle était régulièrement de la partie. Il nous a suffit de vous attendre. Lorsque vous avez laissé cette femme… Esmée, d'après ce que j'ai entendu… c'était vraiment inespéré ! Dommage que vous soyez revenus aussi vite et que vous lui avez permis de s'enfuir ! Mais bon, tout n'est pas encore perdu ! Je me demande si Carlisle est prêt à sacrifier sa femme et son bonheur pour sauver la vie de deux de ses enfants…

Je regardai Emmett. La colère était peinte sur chaque trait de son visage. Comme je le comprenais ! Je ne voulais pas que Carlisle cède. Je préférais mourir que de vivre encore cent ans, sachant que j'étais responsable de la mort d'Esmée. Non, cet homme formidable avait droit au bonheur. Je lui étais tellement reconnaissante de m'avoir accueillie au sein de sa famille et je le respectais tant que j'étais prête à donner ma vie pour lui. Mais si les choses étaient simples en ce qui me concernait, il n'en était pas de même pur mon frère. Lui aussi était mari. Sa disparition affligerait énormément Rosalie. Et je connaissais suffisamment Carlisle et Esmée pour savoir qu'ils ne voudraient pas peiner les leurs. Le sens du sacrifice était presque inscrit dans leurs gênes. Emmett me baissa les yeux sur moi. Dans cet échange de regards, tout fut dit et compris.

- Pourquoi ne pas nous tuer ? demanda-t-il, froidement. Vous arriveriez au même résultat : Carlisle souffrira.

- Belle tentative jeune homme, fit l'Italien. Mais, au risque de vous vexer, votre trépas l'affligera nettement moins que celui de sa femme.

- Vous croyez sincèrement que nous vous laisserons repartir si vous tuez Esmée ? Vous en craignez pas que nous nous lançons à notre tour sur votre trace ?

- Je m'en moque éperdument. Vous pourriez même me tuer, que cela me serrait tout aussi égal. Il n'en restera pas moins vrai que Carlisle aura perdu sa femme. C'est tout ce qui compte pour moi. D'ailleurs, je crois bien qu'il est temps de lui téléphoner, non ?

Voilà, vous savez tout.

A bientôt.