Oui. Je sais très bien ce que vous pensez... Ça fait trois mois que cette histoire n'a pas été mise à jour. Croyez bien que je ne l'ai pas abandonnée non. J'en ai rêvé certes, mais je ne le ferai pas. J'ai donc bataillé pour la poursuivre, et ça donne ce qui va suivre.

Merci d'être encore là après une si grande période. Je ne sais que trop bien que c'est le genre de choses désagréables qui fait se détourner d'une fiction.

Merci Hémère, Sa-Chan, Péri, Deuky, de vos sincères et adorables encouragements durant cette longue période d'attente. Et merci encore à toutes celles qui on reviewé le dernier chapitre.

Pour me faire pardonner, je crois qu'un petit résumé s'impose ?

L'assassin d'Elouan a été identifié. Malheureusement, il emportera dans sa tombe, le secret de son ordre d'exécution. En effet, bien que Camus offre à Elios la possibilité de lui ôter la vie en le faisant avouer, Masque de Mort intervient sur ordre de l'imposteur popal et met un terme à la vie d'Ulrich avant la fin du combat.

Elios renoue avec d'anciennes connaissances et leur confie enfin ses craintes au sujet des deux enfants.

L'amitié de Camus et Milo est scellée par une promesse devant l'autel de la balance alors qu'ils découvrent ensemble la puissance de l'union des cosmos sous le regard attentif de leur aîné Aioros, qui leur promet une discussion à son retour de chez le Pope.


Chapitre XI

Cette fameuse nuit, à défaut d'être embellie par l'unique souvenir d'une promesse scellée devant la justice et la droiture de la constellation de la balance, fut aussi une nuit de déchéance, marquée par le sang et la trahison. Le chevalier du sagittaire ne revînt jamais leur parler, fuyant le sanctuaire plus mort que vif alors que le Pope leur ordonnait de l'achever.

La période qui suivit ne fut que consternation. Aioros avait trahi, lui aussi, après Ulrich et qu'un or s'allie à l'ennemi ne peut que marquer profondément les esprits. L'ordre le plus pur du sanctuaire, entaché de l'intérieur. Aiolia s'en était difficilement remis, pour ne pas dire pas du tout.

Ce fut une période délicate, durant laquelle la réflexion sépara quelques temps les deux enfants. Oh certes pas continuellement, ne plus se voir demeurait impossible plus de vingt-quatre heures. Mais la mort d'Aioros précipita vers l'âge adulte ce qui restait d'enfance chez chacun des jeunes ors et le temps, comme l'isolement, furent leurs seuls alliés pour faire le deuil du passé.

Elouan est mort assassiné. Saga est définitivement porté disparu. Le sanctuaire avait abrité un argent traître et désormais, un or l'a rejoint sur le banc de la honte. Le Pope est devenu étrange, distant, parfois cruel, parfois étrangement bon, les deux caractéristiques ne s'exprimant que dans l'extrême. Puis le sanctuaire avait connu la première véritable attaque de ce siècle et dès lors, Elios avait vu disparaître à jamais les dernières bribes d'enfance de ses deux protégés. Passer de l'insouciance à l'état de sauveurs de l'humanité ne laisse plus aucune place au rêve et à la liberté. Pour chacun d'eux désormais, les choses étaient limpides. Leur vie ne serait plus qu'une lutte incessante au service d'Athéna et des Hommes. Mais la fierté d'être un élu cache un revers torve et cruel. Combattre pour les autres implique de s'oublier soi-même.

Ainsi trois années s'étaient écoulées et la chevalerie débutait ce jour la reconstruction du sanctuaire après les combats qui les opposèrent aux titans.


Ce matin là, un genou à terre face à l'autel d'Athéna, Elios débute sa prière quotidienne. Non pas que l'ancien chevalier du scorpion soit un zélé des rites athéniens, mais depuis quelques temps, s'adresser à sa déesse lui procure un soutien sans faille. Et puis les enfants prennent de l'âge. Tous les deux sont entrés dans l'adolescence. Leur enfance malmenée ne leur laisse guère le temps de profiter. Et avec leur nouveau statut, désormais honorablement défendu de chevalier d'or, Elios sait parfaitement que son rôle de maître est loin de s'achever. Du reste, son attention est détournée par le bruit grinçant de la porte de la salle de bain s'ouvrant sur un Milo à peine réveillé malgré ses cheveux trempés. En dépit de son état plus proche du sommeil que de l'attention digne d'un guerrier doré, le jeune scorpion évite souplement la piqûre d'un aiguillon écarlate venant s'échouer à quelques centimètres de lui dans un cratère mural. Sans même y prêter plus d'attention, le blond poursuit sa route à travers la pièce.

- Bonjour maître !

Un large sourire se dessinant sur les lèvres, Elios l'observe.

- Bonjour petite flamme.

- Vous avez déjeuné ? J'allais y aller...

- Je t'attendais. Et puis, nous devons parler.

Sur ces derniers mots l'adulte se relève et se dirige vers la cuisine sous le regard mi amusé, mi inquiet du scorpion. En général, lorsqu' Elios tient à lui parler, lui faire une leçon ou lui reprocher quelque chose, il ne prend pas la peine de l'annoncer.

Assis de chaque coté de la table, les deux scorpions s'observent discrètement, Milo patientant jusqu'à ce que son maître aborde le sujet dont ils doivent discuter.

- J'ai aperçu Camus ce matin. Il était en compagnie de Shura et... du Pope. Ce qui fait que je ne me suis pas attardé, tu t'en doutes. Uniquement le temps de le saluer. Mais même si je l'avais fait, je n'aurais eu d'autre possibilité que de constater qu'en dehors de notre cercle privé, Camus demeure extrêmement inaccessible. Je sais que les raisons sont naturelles. La guerre, aussi cruelle soit-elle, l'a fait mûrir et prendre ses distances. Il a d'ailleurs avec réussite prouvé sa capacité d'initiative et son efficacité. Néanmoins... Force est de constater que si tu as brillé toi aussi durant cette bataille, tu n'as pas pour autant fais le choix de t'affranchir des liens que tu as tissés avec tes compagnons d'armes, et surtout avec lui.

Les traits du jeune scorpion se crispent en une légère grimace.

- Je crois savoir ce que vous comptez me reprocher, maître.

Étonné, Elios redresse les sourcils, interrompant le cheminement de sa tasse avant de la reposer sur la table, les yeux profondément ancrés dans ceux de son disciple.

- Elouan était encore vivant que je ne trouvais déjà plus de raison de te faire des reproches Milo. Non, ça n'est pas mon but, ce matin. Pourquoi le ferais-je ? Quelles que soient les décisions que tu prends, aussi surprenantes soient-elles parfois, à terme, tu parviens à tes fins. C'est tout ce que j'attends de toi. Et si tu fais référence à ta désobéissance caractérisée pendant les combats du sanctuaire contre les sbires des Titans, saches, que j'ai moi aussi fait ce genre de choses avant toi. Sauf qu'en guise de réponse, Elouan ne s'est pas éloigné comme semble le faire Camus. Non, je crois que j'ai reçu l'une des plus grande droite de mon existence.

Et l'aîné des scorpions se laisse aller à un rire nostalgique avant de porter à nouveau ses lèvres à sa tasse, dans un silence songeur, sous le regard un peu triste de son élève.

- Camus n'est pas vraiment de ce genre. Enfin, mis à part lorsque l'on s'entraîne ensemble.

- Oui... Pour l'instant. Ça reste un verseau, donc un faux calme. Mais peu importe, excuse moi de faire dévier ainsi la conversation vers des pensées d'un autre temps. Toujours est-il, que l'avantage avec Elouan, c'est que lorsque quelque chose posait problème, il le mettait immédiatement sur la table et c'était réglé. Camus entend gérer les événements à sa manière, de son côté, sans même un mot, et je crains que ce petit éloignement, qui en réalité, par sa durée, n'a plus rien de « petit », ne soit la conséquence directe de son incapacité à discuter.

- Vous croyez que je lui ai déplu à ce point ?

- Déplu, non. Mais lorsque tu parviens à gérer ton service auprès d'Athéna ET ta proximité avec lui, Camus, lui, éprouve de la difficulté à y parvenir parce qu'il s'empêche d'agir naturellement comme toi tu le fais. C'est donc un conseil que je souhaitais te donner ce matin. Te dire de ne pas le laisser imposer un silence entre vous. La paix est revenue, jusqu'à la prochaine fois. Il n'y a aucune raison qu'il conserve la distance prudente qu'il met entre vous et que je soupçonne d'être directement liée à l'adolescence.

- Je suivrai votre conseil et je lui parlerai. Mais de toute façon, il a promis.

- Promis ?

- De ne jamais s'éloigner. Sauf si bien entendu, la vie d'Athéna devait l'imposer.

- Oh je vois. C'est bien. Très bien même. En attendant, direction l'arène. Ça n'est pas parce que la paix est revenue et que tu as largement prouvé tes capacités, que tu ne dois pas encore les travailler ! Oust !


Adossés contre la rambarde séparant l'arène et les gradins, Camus, Shura et Aphrodite observent l'entraînement de deux garçons. Sur les hauteurs de l'édifice, le Pope évalue lui aussi l'évolution des recrues de rang argent. A ses côtés, Masque de mort se pare d'un rire cruel en voyant s'étaler sur le sable l'un des deux apprentis. Face à lui, Mysti arbore un sourire chargé de fierté. L'enfant a grandi, en taille comme en assurance. Sa rapidité est incroyable à tel point qu'il parvient déjà à éviter tous les coups bas que tentent de lui infliger ses camarades. Depuis le sable, l'enfant sourit à Camus. Si le Pope lui a attribué un autre maître pour parer à l'absence d'Ulrich, il n'en demeure pas moins que Camus a continué de venir le voir et que l'enfant puise chez lui un modèle de fierté et d'inaccessibilité.

Néanmoins, l'attention de Camus est très vite troublée par l'arrivée, aux portes du Colisée, des deux scorpions. Rapidement, son regard accroche celui de Milo. Il est vrai que depuis les quelques jours qui les éloignent de leur première guerre, et même durant celle-ci, Camus a pris ses distances. Nul doute que Milo cherchera bientôt à briser la glace. Du reste, le regard sans concession qu'il lui adresse le laisse deviner que ce moment est arrivé.

Un sourire carnassier au bord des lèvres, Aphrodite observe leur échange visuel tandis que Shura se contente de surveiller que la tension ambiante ne dépasse pas le seuil limite autorisé. En une seconde, le chevalier des poissons se redresse et vient se poster devant Camus, brisant l'échange silencieux. Cachant son trouble, le verseau observe alors le dernier gardien.

- Que dirais tu Camus, de t'entraîner avec moi ? Pas de cosmos. Un corps à corps. Le premier bloqué sur le sable de l'arène a perdu. Ça te tente ?

La question est purement rhétorique, puisqu'une proposition de la sorte ne peut être déclinée sans risquer d'atteindre l'honneur du concerné. De ce fait, après un simple signe de tête, Camus le suit, à la grande satisfaction d'Aphrodite. Milo vient donc rejoindre Shura, quelque peu frustré de devoir patienter, mais néanmoins intéressé par ce petit entraînement que la rareté rend intéressant.

Aphrodite, quinze ans, une beauté aussi ambiguë qu'épanouie, se dirige vers le centre de l'arène, non sans un regard à Saga, curieusement intéressé, à l'abri de son masque popal.

- En plus Camus, c'est l'occasion pour nous de discuter.

- Je crois que le contexte n'est pas le meilleur pour une discussion constructive.

Chemin faisant, Camus bloque le poing porté par son adversaire pour ne récolter à nouveau que son éternel sourire.

- Tu vois que le contexte n'est pas dérangeant, tu ne te déconcentres pas.

- Je ne suis plus un enfant.

- Je parie pourtant, que j'y parviens.

Si Aphrodite détient de toute évidence la supériorité du poids et de la taille, il n'en demeure pas moins que sa spécialité n'est pas le combat de terrain. Ce qui serait également le cas du jeune verseau si son meilleur ami était un autre que Milo et s'il n'avait été obligé de se conformer, depuis l'enfance, aux velléités bagarreuses de son camarade. Aussi, Aphrodite se pince les lèvres en constatant la rapidité avec laquelle Camus parvient à parer ses coups, et à l'atteindre à son tour. Il devient urgent de passer aux choses sérieuses. Essuyant d'un revers de main une trace de sable venu souiller son visage, le poisson revient à la charge.

- Et si nous parlions de Milo ?

D'un bond vers l'arrière Camus esquive sa dernière attaque.

- Je ne vois pas pourquoi nous parlerions de Milo, précisément maintenant !

- Parce que j'imagine, le connaissant qu'il doit ressentir un peu la même chose que moi au retour de cette paix. Une certaine nostalgie des combats.

Agacé, Camus porte toute sa puissance dans un poing qu'Aphrodite peine à stopper, mais qui le rend néanmoins satisfait de son effet.

- Tu te trompes ! Milo apprécie la paix plus que tout.

- Oui mais Camus, l'ivresse du combat, c'est un peu comme le sexe. Quand tu y as goûté, tu ne peux plus t'en passer.

Pour le coup, Camus manque de rater sa parade et Aphrodite commence à arborer un air victorieux avant de faussement s'étonner.

- Quoi ? Ne me dis pas que vous n'en avez jamais parlé !

Et Aphrodite pare sans problème le coup lancé par Camus sous l'effet de l'agacement.

- Treize ans ! Vous avez treize ans et pas même un baiser ?

- Tais toi Aphrodite !

Les corps s'entrechoquent et dans cette dernière épreuve de force, le chevalier des poissons parvient à tirer son épingle du jeu, profitant du trouble savamment distillé dans l'esprit de Camus pour le faire chuter. Et son sourire est désormais celui de la victoire.

- J'ai trouvé LE sujet capable de troubler ta concentration. Je n'en suis pas peu fier.

Sans attendre Aphrodite se relève en lui tendant une main que le jeune verseau, resté silencieux face à son erreur, attrape rapidement pour se relever. Forcément, les trois aînés du sanctuaire encore en vie doivent avoir une idée très nette du poids décisif de leur influence et de leur expérience, sur la plus jeune génération dorée. Face à face au milieu de l'arène, les deux jeunes ors poursuivent leur discussion, sous les regards curieux des quelques spectateurs et du Pope.

- Tu m'en veux Camus ?

- Non... Mais j'ai le sentiment étrange que ton petit discours n'a pas forcément été dit dans le seul but négatif de me déconcentrer.

Aphrodite éclate d'un rire cristallin.

- Je vois que ton appréciation me concernant n'a guère changé en toutes ces années. Néanmoins ton intuition est bonne. Je n'ai pas d'intention négative.

Un léger signe de tête affirmatif sans pour autant le quitter des yeux, lui est offert en guise de réponse. Le jeune verseau le croit. Du moins jusqu'à une certaine limite. Le poisson ne peux pas ne pas avoir d'objectif nuisible. Mais peut-être a t-il effectivement quelque intérêt à s'immiscer dans leur sphère privée. Un intérêt partagé. Néanmoins, si l'amitié que Milo lui porte depuis l'enfance a traversé le temps, la méfiance du onzième gardien envers son voisin a fait de même. Aussi, Camus abrège la conversation et retourne auprès des scorpions et de Shura.

S'il en est un qui n'a rien perdu, à la fois des échanges verbaux, même s'il n'en entendait pas un mot, et du combat, c'est bien Elios. Avec attention, l'aîné des scorpions suit des yeux ce jeune chevalier, visiblement irrité, qu'il considère comme un « apprenti adopté ».

- Et bien Camus... On se laisse déconcentrer ?

L'adolescent reprend sa place contre la balustre après un bref regard à Elios.

- Ça ne risque plus d'arriver.

Le scorpion plisse les yeux.

- Ça n'était pas un reproche Camus. Prends cela comme une simple boutade. Si tu crois qu'il ne m'est jamais arrivé de me prendre une rouste dans ce colisée...

Camus déglutit. Bon certes, Elios aime toujours en rajouter. Surtout lorsqu'il a le plaisir de faire mouche. Alors autant ne pas se vexer davantage. Le maître esquisse un sourire devant sa concentration qui semble cette fois infaillible et reprend.

- Bon d'accord. Rares sont ceux à y être parvenus. Mais Elouan a déjà réussi.

Gagné. Camus tourne les yeux vers lui, étonné. Non pas qu'il ait douté des capacités de son maître une seule fois dans sa vie, mais Elios lui rendait facilement huit kilos de muscles et un acharnement bien plus féroce pour ce genre de combat.

- Il trichait bien entendu.

- Mon maître ne trichait pas !

Cette fois Elios éclate de rire avant de reposer sur l'adolescent un regard sondeur.

- Tout dépend de quel point de vue on se place, Camus. Mais tu admettras qu'en vertu du charme qu'il savait exercer sur moi, il lui était facile, d'en profiter. Et bien entendu, il en usait. Nos entraînements, pour peu qu'ils se déroulaient à huit clos, n'étaient jamais sérieux jusqu'à leur terme.

- C'est tout simplement que vous étiez plus prompte à vous déconcentrer.

L'œil brillant et le sourire cruel, Elios le fixe un instant.

- Exactement comme tu viens de le faire. Tu conviendras donc qu'Aphrodite a dû user d'un discours piquant ma curiosité.

Avec élégance, Camus éloigne une mèche carmin derrière son épaule. Ne rien montrer au regard aiguisé du scorpion concernant le trouble qu'ont pu faire naître chez lui les quelques mots d'Aphrodite. Et tout cela sous le regard médusé de Milo cherchant à toute vitesse la clé qui lui permettra d'ouvrir l'esprit de son ami.

Sans un mot à Elios, Camus se détourne et s'éloigne. Il demeure impossible d'aborder ce sujet avec son presque maître. Après tout, comment s'assurer de sa réaction ? Elios n'a jamais cessé de pousser Milo vers l'excellence, quitte à se comporter de manière infâme lorsqu'il était très jeune. Aujourd'hui, que penserait-il de l'évolution plus intime de leur relation, lui qui a eu la force de sacrifier la sienne pour le service d'Athéna ? Elios n'a jamais abordé avec eux cet aspect de leur humanité. Jamais. Peut-être estime t-il simplement qu'il n'a pas à exister. Du reste, Camus n'est absolument pas disposé à imaginer que leur aîné puisse simplement souhaiter attendre : le bon moment pour en parler.

Elios soupire en s'appuyant sur l'épaule de Milo. Un geste soulignant autant sa recherche de soutien qu'une certaine forme de transmission, un relais. Ce verseau là, Elios a toujours reconnu éprouver des difficultés pour s'adapter à ses particularités. Milo l'a toujours fait bien mieux que lui. Et maintenant que leur vie connaît une étape délicate de découvertes, cette lacune risque de leur poser nombre de problèmes.

- Aller vas-y. Je suis désolé. Je crains de n'avoir fait qu'aggraver la situation en souhaitant juste le faire parler...

Un simple regard rassurant de Milo et l'ancien scorpion esquisse à nouveau son sourire si particulier. Ce gamin aura décidément toujours une assurance incroyable.


Retrouver Camus n'a pas été compliqué. Ça n'est pas tout à fait comme si le verseau souhaitait l'éviter. Milo semble satisfait. Son ami ne fuit pas. Comment pourrait-ce être le cas d'ailleurs, après les épreuves qu'il est habitué à combattre ? Le simple fait de le songer un bref quart de seconde n'est pas envisageable. Non, Camus savait qu'il le chercherait, il a lu dans son regard cette volonté de lui parler lorsqu'ils sont arrivés dans l'arène et il ne fait simplement que leur donner la possibilité de le faire à l'écart des autres. Et dans quel endroit... Ces ruines grecques ayant souffert les siècles d'entraînement des novices athéniens, en haut de cette falaise surplombant la mer. Leur « endroit secret », celui de leur enfance, lorsqu'après leur entraînement, Elios leur laissait un précieux quartier libre qui s'étalait parfois jusqu'à tard dans la nuit.

- Beaucoup trop de choses nous échappent, Milo.

Le scorpion esquisse un sourire. Malgré sa discrétion, sa présence ne peut passer inaperçue auprès de son ami. Et bien que Camus lui tourne toujours le dos, il n'a pas hésité un instant sur son identité.

- Beaucoup trop effectivement, à commencer par toi, Camus.

Milo le rejoint au bord de la falaise et le verseau en profite pour poser sur lui un regard un peu surpris. La réponse n'est pas vraiment celle qu'il attendait et pourtant, à bien y réfléchir, il aurait pu s'en douter.

- Explique toi.

- C'est simple. Depuis que nous sommes à nouveau en paix, tu es silencieux, préoccupé. Exactement comme lorsque nous devions lutter. On dirait presque que rien n'a changé. Je sais que les choses sont amenées à évoluer. Que ce combat nous a imposé une autonomie sûrement précoce et qu'il a plus ou moins officialisé nos statuts. Pour autant cela ne justifie pas que tu t'éloignes à ce point. Alors toi, explique moi.

- J'avais commencé Milo, lorsque je te disais que bon nombre de choses nous échappent. A commencer par le sens de certains événements durant cette guerre.

- Le Pope ?

Le verseau acquiesce en tournant à nouveau son regard vers la mer.

- Faut-il vraiment s'interroger à ce sujet, alors que le résultat est là ? C'est vrai après tout. Il est probablement normal que certaines choses nous échappent encore. Il est le représentant d'Athéna sur Terre. Plus que l'obéissance, nous devons également lui faire confiance. Sinon j'ignore sur qui nous pourrions compter.

Camus tourne à nouveau les yeux vers lui, moins étonné par la teneur de sa réponse, qu'interdit face à son dévouement sans borne mais face auquel finalement, il ne possède rien de solide à opposer. Du moins pour le moment. Car un doute chez un verseau ne s'abandonne qu'avec l'obtention de preuves irréfutables. Il les cherchera et cela prendra le temps qu'il faudra. Ensuite, Milo l'écoutera. Pour l'heure, il serait stupide de lui dire simplement que les choses lui semblent anormales.

Un rire moqueur le sort de ses réflexions et les deux chevaliers détournent les yeux vers Masque de Mort apparaissant à quelques mètres d'eux. La démarche calme, le quatrième gardien pose néanmoins un regard assassin sur le verseau qui fait deux pas vers lui, court-circuitant de fait, la moindre intervention du scorpion.

- Que viens tu faire ici cancer ?

- Admirer la vue ! Et puis non vraiment, il fallait que je vois votre petit lieu de rendez-vous secret. C'est tellement mignon.

Milo s'esclaffe à la remarque.

- Effectivement, c'est l'endroit idéal pour tester sur toi quelques lois sur la gravité.

A nouveau le premier assassin du sanctuaire s'autorise un rire satisfait.

- J'aime ton coté piquant, Milo, bien que je constate que les années n'ont pas altéré ta rancœur envers moi. Soit. Tu serais bien trop fade si tu étais parfait. Je suis persuadé que le Pope fera quelque chose de toi.

Et durant tout son discours, Masque de Mort ne lâche pas Camus du regard, enchaînant par la pensée, sur un discours bien différent à son attention.

- Quant à toi verseau, ce serait dommage qu'après ce que j'ai entendu, tu sois considéré comme un de ceux dont le sanctuaire a dû se débarrasser parce qu'ils n'ont pas été capables d'obéir à celui qui détient l'autorité et qui représente Athéna. Et ce serait dommage également que Milo perde les bénéfices de l'avenir auquel il peut prétendre par ta faute n'est-ce pas ?

Le seul éclat de colère aisément identifiable dans le regard carmin de Camus suffit à le satisfaire pleinement. Rares sont ceux pouvant se vanter d'y être parvenus. De fait, Camus est connu, depuis ses sept ans, pour ne leur en offrir le bénéfice que quelques secondes avant que le froid ne mette un terme définitif à leur courte gloire.

- Camus ?

La voix hésitante de Milo, car lui, sait parfaitement quelles sont les réactions du onzième or et que la chute brutale de plusieurs degrés autour d'eux n'est pas une coïncidence. Du reste, le cancer a perdu son sourire. Si les parages se refroidissent, le cosmos venu l'entourer commence littéralement à le faire frémir.

Et Camus n'a pas détaché son regard. La menace du Cancer n'était pas voilée. Qu'il l'étende à Milo pour l'obliger à s'incliner était précisément la chose à ne pas tenter.

Milo s'approche, à moitié conscient des raisons du conflit naissant. Même si les paroles prononcées sont restées muettes pour lui, le scorpion sait parfaitement que Camus ne s'adonnerait pas à la colère sans une bonne raison. Son ami est de ceux dont on ne remet pas en cause les réactions.

Et il n'est pas le seul alerté par la puissance et la colère des cosmos dégagés, puisque le cancer ne tarde pas lui aussi à sortir de ses gonds, le pointant du doigt en lui ordonnant de cesser sa provocation. Aphrodite et Shura n'ont guère perdu de temps pour les rejoindre et s'interposent avec plus de volonté qu'un scorpion se satisfaisant assez de la situation. Et ce sont les mots d'Aphrodite, plus que leurs gestes, qui parviennent à sortir Camus de sa colère pour l'obliger à se calmer.

- Bon arrêtez maintenant ! Le Pope nous a convoqués, Milo, Masque de mort et moi. Il n'attendra pas.

Après plusieurs minutes de silence durant lesquelles les deux adversaires se surveillent dans le but d'esquiver ou de contrer une vile attaque, chacun assimile l'annonce de la convocation Popale. Ce genre de chose n'est pas rare. Ce qui est plus surprenant, ce sont les noms des trois concernés. En silence, les désignés entreprennent le chemin des douze maisons, Milo promettant du regard à son ami, une conversation bien plus longue à son retour.

Au sommet de la falaise, Shura et Camus sont restés seuls, convaincus tous les deux de la nécessité d'engager la conversation après ce qui vient d'arriver, mais sans vraiment savoir comment. S'ils s'apprécient de longue date, ils n'ont pas pour autant la facilité d'un scorpion pour donner naissance à toute discussion.

- Peut-être faudrait-il que nous parlions...

- Je n'ai aucune envie de m'expliquer sur ce qui vient d'arriver Shura.

Après une grimace discrète le capricorne détourne le regard vers la mer, en contrebas de la falaise, comme si les vagues, désormais bien connues, présentaient soudainement un intérêt certain.

- En réalité, je me disais que tu pourrais venir dîner et que cela nous donnerait l'occasion de discuter, ce que nous n'avons guère fait depuis longtemps. De fait, j'imaginais que cela te ferait plaisir.

Le regard du verseau semble s'adoucir au rythme que ses muscles se détendent.

- Tu as raison. C'est une bonne idée. Alors je te suis.