Salut à tous !

Allez, pour ceux qui suivent la saison 4 aux USA, qui comme moi a hurlé de ravissement et de crispation lors des quelques dernières secondes du 4x17 « Once Upon A Crime » ? Quelle symbolique, mon imagination de fan s'est enflammée ! Andrew Marlowe est un génie, mais il mérite parfois des baffes (ne parlons même pas du double-épisode précédent, j'ai failli me tirer une balle devant tant de Caskett potentiel)…

Un énorme merci à tous pour votre soutien ! Je n'en espérais pas tant après la fin ô combien sadique que je vous ai servie la dernière fois… Je suis une auteur comblée !

Je vais me répéter, mais un chaleureux salut à Daniellebe (« la meilleure histoire en français »… j'en rougis encore, merci !), L'angedemoniaque (je n'écris ce genre de fin que pour déstabiliser et faire revenir en force mes lecteurs, merci de m'avoir livré sans fard ton état d'esprit ! A très bientôt !), Manooon (Et comme d'hab c'est un plaisir de te retrouver ! Merci !), Niennaju (très chère, je vais finir par t'engager pour tes idées très… stimulantes ! En tout cas, j'ai failli vider un brumisateur pour une (petite) scène (assez suggestive ?) dans ce chapitre. Un avant-goût de ce qui pourrait être… ou pas ! Merci à toi !), IFON91 (ton enthousiasme était décoiffant ! Merci !), Madwine (Thank you dear ! Tes compliments m'ont fait chaud au cœur ! Chiche que j'appelle les scénaristes pour leur vendre « The Secret » ? lol Merci à toi !), Madokaayu (je joue et j'aime ça ! lol J'espère te retourner tout autant les tripes avec ce chapitre un peu moins dans l'action, mais très « particulier » sur la fin… héhé ! A bientôt !), Rosa020 (Moi aussi je t'aime ! Merci à toi de t'être manifestée. A bientôt après ta lecture ?), sonia (Ma chère sonia, je n'ai regretté que deux choses : de ne pas pouvoir te souhaiter un bon anniversaire directement puisque tu n'as pas de compte sur ce site, et de ne pas avoir le talent suffisant pour te pondre ce chapitre en guise de cadeau ! Bref, me voilà, en retard mais enthousiaste comme jamais ! Bonne lecture à toi ! Bisous !), PurpleInMyBrokenHeart (Ma petite Purple, tu peux te répéter à l'infini si ça te chante ! Voici la suite tant attendue… à bientôt ?), MissA0805 (tu vas encore me maudire avec la fin de celui-ci… Mais j'espère que l'évolution de l'histoire te plaira ! Merci à toi !), Duby34 (je bénis encore Niennaju de t'avoir conseillé de lire ma fic, mais crois-moi, la fin vicieuse c'est ma signature et je ne suis pas prête d'arrêter ! Tant que les lecteurs débarquent en force dans des reviews super-excitées… Merci à toi pour ton soutien. J'espère que cette suite te conviendra, à bientôt !), bethceu (tu nous gâtes toujours plus avec tes reviews dignes d'un glorieuse critique de film. Personnellement je n'en suis toujours pas revenue ! Ma bêta et moi te saluons bien bas. J'espère que ce chapitre tout en demi-teintes et en incertitudes te conviendra aussi. A bientôt !), Mel (la suite la suite la suite ! Merci !), Jo (ma très chère Jo, j'ai souri jusqu'aux oreilles devant tes deux reviews plus enthousiastes que jamais ! Par ailleurs, je cherche quelqu'un de sérieux qui a lu les vrais romans, car j'ai quelques questions très précises sur le scénario. Préviens-moi si tu parviens à t'inscrire ! Pour cela il te suffit de cliquer sur « Sign Up » en haut à droite, de remplir les quelques champs, et il me semble que c'est tout… Pour moi ça fait si longtemps, j'ai oublié les détails ! Merci de ton soutien, j'espère ne pas te décevoir avec ce chapitre très « psychologique ». A bientôt !), Squilla (ce fut un plaisir d'échanger ces messages ! J'espère que ce chapitre légèrement différent te plaira… A bientôt !), Caskett1428 (et un(e) autre fan de Caskett, yesssss ! Voilà la suite, à bientôt !), Schmette (et voilà, j'espère que cette suite te plaira ! Merci à toi pour ta review, à bientôt !), fandehand (Et c'est avec toujours autant de plaisir que je te retrouve ! Merci et à très vite !), MrsElizabethDarcy31 (merci de toutes tes reviews, tu es une passionnée dis-moi ?), Norya (ta review a été la bonne surprise de la semaine et m'a remotivée dans l'écriture de ce chapitre qui peinait à se construire… Alors merci ! Ainsi tu n'as pas encore commencé la saison 4 ? Dommage, je te spoil tout, non ? Mais bon, j'ai été ravie de connaître ta progression dans l'histoire. A bientôt j'espère !)

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Après la fin précédente, menée tambour battant, ce nouveau chapitre est beaucoup plus intense sur le plan psychologique. Sans raison valable, je fais usage d'une chanson de Ross Copperman, « Holding on and letting go », qui a donné son titre au chapitre. Mais j'espère ne pas avoir abusé du mélodramatique… A vous de juger !

Un grand merci comme toujours àmachèrebêta-readeuseTootouts, pour sa patience, sa passion, et pour ces vraies tranches de rires sur msn !

Et un clin d'œil à Niennaju, qui après recompte était bien l'auteur de la 100e review. Maintenant que je suis redescendue de mon nuage de félicité (oooh un compteur de commentaires à trois chiffres, rien qu'à moi), je vais (essayer de) m'activer à réaliser son vœu le plus cher. Voir sa review pour de plus amples détails !

Trêve de bêtises. On ferme la porte, on coupe le téléphone, on éteint la lumière et pour retrouver l'ambiance, on s'écoute « EndlessNight » du studio « TwoStepsFromHell »…

Je vous souhaite une excellente lecture…

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« …Il avait toujours su que leur histoire finirait ainsi. Dès le premier regard, le premier mot. Dès le tout premier sourire.

Elle serait la seule à le rendre fou de joie d'un simple rire, la seule à savoir lui broyer le cœur d'une unique larme. Il l'aimerait plus qu'il n'avait jamais aimé personne. Il l'avait toujours su, au plus profond de son être.

Elle serait sa perte. Elle serait celle pour qui il sacrifierait tout. La question avait alors été, le regretterait-il un jour ?

La réponse était oui. Il regrettait. D'avoir espéré en vain. D'avoir été le seul à y croire. De n'avoir jamais su la délivrer de son passé, l'apprivoiser.

Il regrettait… et malgré tout, sa toute dernière pensée était encore pour cette femme.

Jameson Rook mourait comme il avait vécu. Désespérément amoureux d'elle… »

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Frozen Heat (extrait du premier manuscrit)

Par Richard Castle

Automne 2011

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Is anybody out there?

Is anybody listening?

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Est-ce qu'il y a quelqu'un?

Est-ce que quelqu'un m'entend ?

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2011…

- Désolée… de ne pas être venue plus tôt.

Les yeux hâves, elle redressa lentement la tête. Ses prunelles épuisées, comme délavées par la fatigue, caressèrent la tombe si récente que les intempéries ne l'avaient pas encore ternie.

- C'était… c'était trop difficile. Pardon.

Elle déglutit avec peine, ses yeux cernés voilés de larmes. Elle ne s'était pas maquillée aujourd'hui, et à peine coiffée. Comme toujours ces derniers temps. Elle n'était plus à ça près. Le cœur lourd elle lut son nom gravé dans le marbre, plissa ses lèvres meurtries de retenir ses cris chaque nuit, quand ses cauchemars venaient l'étreindre.

- Qu'est-ce qui vous a pris cette nuit-là ? Pourquoi avoir voulu vous en occuper seul ? J'étais là pourtant ! ...J'étais là pour vous !

Sa voix se brisa.

- Même vous, vous n'étiez pas invincible… ! Alors pourquoi ?

Les larmes roulèrent sur ses joues pâles, et lorsqu'elle leva une main pour les effacer, elle le revit, inerte et baignant dans son sang, tout juste éclairé d'un rayon de lune. Elle avait eu beau crier, pleurer, supplier, hurler, il n'était pas revenu. Il n'avait pas rouvert les yeux.

Il était mort. Mort… Mort !

- Katie…

Lorsque son père la saisit par les épaules, elle eut à peine la force de relever la tête. En larmes, prise de sanglots silencieux et convulsifs, elle était tombée à genoux. Ses cicatrices la lançaient si fort qu'elle en avait le vertige.

- Tu te fais du mal, Katie. Rentrons.

- Non… non…

Ses yeux rougis rivés à son nom, elle secouait la tête comme une enfant qui refuse d'aller se coucher, par peur du noir, par peur de la nuit et de ses cauchemars. Alors son père se fit plus insistant, et avec douceur mais fermeté, l'aida à se remettre debout, la serra contre lui le temps qu'elle se calme. Plus silencieuse et inexpressive que jamais, elle avait pourtant les joues trempées de larmes. Encore faible, elle tremblait de chagrin et d'épuisement.

Même avant ce nouveau drame qui avait bouleversé sa vie, sa fille n'avait jamais été douée pour avouer sa douleur. Elle avait de qui tenir…

- …Pourquoi ?

Alors que doucement Jim Beckett l'entraînait vers la sortie du cimetière, elle eut un pitoyable frisson. On était en août, et pourtant elle était comme gelée. Morte de l'intérieur.

L'homme qui lui avait donné sa chance, qui avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui, son père par procuration, celui qui l'avait soutenue quand Jim se débattait encore dans les affres de l'alcool et du désespoir… Il n'était plus.

Elle eut un dernier regard vers la tombe de Roy Montgomery, et ses larmes silencieuses coulèrent de plus belle. Aveuglée par le chagrin, Kate se fit la même promesse que des années auparavant devant la tombe de sa mère : ne jamais plus s'attacher à quiconque.

Quand on donnait ainsi à un autre, tôt ou tard on finissait par en payer le prix.

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Does anybody really know

If it's the end of the beginning?

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Sait-on réellement

Si ce n'est pas la fin d'un commencement ?

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Chapter 10

Holding On and Letting Go

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2011. November.

Late at night…

Sur le carrelage blanc souillé de sang, danse la lumière diaphane d'un rayon de lune. À travers l'immense salle vide, plane l'écho d'un sempiternel clapotis d'eau.

Ses mains osseuses contractées sur sa chemise, elle le fixe, immobile, ruisselante et haletante. Elle respire sourdement, ses lèvres entrouvertes sur un souffle lent, sa voix brisée à force de crier à l'aide, ses yeux rougis et cuisants d'avoir trop pleuré.

Les portes derrière elle s'ouvrent dans un fracas d'outre-tombe : elle ne cille même pas. Une autre femme entre en chancelant, le bras en sang et très pâle, crie quelque chose aux hommes en veste bleue qui la talonnent. Ils se précipitent vers le couple au bord de l'eau, interpellent la femme trempée et comme statufiée. À ses oreilles bourdonnantes, leurs voix sonnent étouffées, incompréhensibles. Elle ne réagit pas à leurs appels, à leurs gestes rapides, fluides et comme détachés de sa propre réalité. Inquiets, ils cherchent à la séparer de lui mais elle s'accroche comme elle peut. On l'interroge sur sa santé, elle secoue la tête, marmonne qu'elle n'a rien, qu'il faut s'occuper de lui.

Lui qu'elle ne veut pourtant pas lâcher.

Un rapide examen, et les sauveteurs comprennent qu'il y a urgence. On sort la coque, la minerve, on déploie la civière sous l'homme inconscient. Une main se referme sur son poignet, et la femme a une inspiration brutale, comme transitoirement tirée d'un cauchemar. Mais ses yeux éteints scrutent sans comprendre le visage de ses interlocuteurs, avant de revenir sur lui, et de ne plus le quitter : elle est comme sous le choc. À force de paroles lentes et monocordes, on parvient enfin à lui faire lâcher prise et à l'éloigner. Avec précautions on sécurise le blessé tandis qu'un médecin l'intube et qu'un autre lui pose une perfusion. On le charge rapidement sur un brancard, et déjà il part pour l'hôpital le plus proche. La femme qu'on a enveloppée malgré elle d'une couverture se précipite à sa suite, brandissant par réflexe son badge pour éviter tout refus. Son collègue hispanique la laisse partir, ses grands yeux bruns envahis d'inquiétude.

Alors qu'on bande sommairement son bras avant de l'emmener à son tour, la femme blessée regarde avec anxiété le couple disparaître. Grâce à eux elle est sauve…

The quiet rush of one breath

Is all we're waiting for

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La course tranquille d'un souffle

C'est tout ce que nous attendions

Le trajet dans l'ambulance est chaotique, interminable. Ses yeux verts rivés sur lui, la femme tremble de froid, ignore complètement les questions du médecin. Lorsqu'on lui donne une serviette « pour nettoyer le sang », elle reste inerte, le linge au creux des paumes, sans savoir qu'en faire.

L'hôpital. Les longs couloirs blancs. Arrivée devant le bloc on lui dit qu'elle ne peut pas rentrer, qu'elle doit rester en salle d'attente. Pas de badge qui tienne. Effarée elle voit le brancard disparaître et lui avec. Une infirmière tente de lui parler, puis renonce et la prend simplement par le bras, l'entraîne dans la salle de bain d'une chambre inoccupée. Elle explique des choses, lui montre la cabine de douche, les affaires de toilette, une pile de vêtements propres. Elle entend mais n'écoute pas, ne comprend pas, ne cherche pas à saisir ses mots qui saturent l'air en un bourdonnement indistinct. L'infirmière s'éclipse, et elle-même reste debout un long moment au milieu de la pièce, la gorge sèche, les yeux douloureux. L'esprit figé.

Puis le contact poisseux de ses mains l'interpelle enfin, et avisant le fluide rouge qui les souille, elle fronce les sourcils puis s'avance vers le lavabo. En silence, mécaniquement, elle nettoie avec minutie ses mains. L'émail blanc se colore de rouge, comme l'eau de la piscine dans laquelle flottait le cadavre. Alors qu'elle est complètement absorbée par ce qu'elle fait, la couverture glisse lentement de ses épaules et finit par tomber au sol. Assaillie d'un frisson, elle lève les yeux, et progressivement les écarquille devant le miroir.

Ses vêtements trempés, ses cheveux humides et en désordre, son visage défait, sa peau très pâle et ses lèvres devenues violettes à cause du froid et du choc.

Et le sang. Le sang partout.

Sur ses joues, déposé tandis qu'elle repoussait, nerveuse et terrifiée, les mèches de cheveux trempées qui lui tombaient devant les yeux.

Sur ses bras, sur le haut de sa poitrine alors qu'elle le serrait éperdument contre elle.

Le sang de Castle.

Frissonnante elle recule sans pouvoir détacher ses yeux de son reflet barbouillé de sang. Elle se fait horreur. Elle est malade d'angoisse, morte de peur. Depuis le début sa cicatrice la lance impitoyablement.

Il faut qu'elle se reprenne.

Elle recule, recule encore jusqu'à la douche dans laquelle elle s'enferme toute habillée. A tâtons elle ouvre les robinets et se laisse glisser au sol, se recroqueville contre le mur. L'eau brûlante court sur sa peau, baigne ses vêtements, se teinte de rouge avant de disparaître par le conduit d'évacuation en un tourbillon carmin. Elle réalise soudain qu'elle tremble de froid, gelée jusqu'aux os, et que sa gorge la brûle. Mais surtout qu'elle halète, épuisée, oppressée, à bout de nerfs. Doucement elle ferme les yeux, et laisse la chaleur lui remettre lentement les idées en place.

Son cœur cesse de cogner avec rudesse dans sa poitrine, et la douleur s'estompe peu à peu.

Son esprit encore choqué erre vers lui, prie pour lui, pleure pour lui. Mais Beckett n'a plus de larmes à verser.

Sometimes the one we're taking

Changes every one before

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Parfois le souffle qu'on prend

Est celui de tous les changements…

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Elle passa en trombe les portes des urgences et se précipita vers le comptoir de l'accueil.

- Excusez-moi, je cherche mon amie qui vient d'arriver, elle est lieutenant de police et un membre de son unité est…

Elle s'arrêta dans sa logorrhée angoissée lorsque l'infirmière au téléphone leva une main, lui faisant signe de patienter quelques instants. Pourtant posée de nature, la jeune femme se mordit la lèvre, bouillonnante. Elle jeta des regards frénétiques autour d'elle, et se figea soudain à la vue d'une silhouette familière. Sans plus se préoccuper de l'infirmière qui venait de raccrocher, elle s'élança dans un couloir adjacent : sur l'un des fauteuils en plastic beige qui jalonnaient le mur, son amie était assise, la tête dans les mains.

- Kate ! s'exclama-t-elle avec soulagement. Oh sweetheart, j'étais tellement inquiète !

A l'approche du claquement de ses bottes, l'interpellée avait frémi. Elle releva lentement la tête, adressa un regard morne et vide à l'arrivante qui choquée, resta d'abord sans voix : l'espace d'une seconde, elle craignit le pire. Puis Kate Beckett eut une inspiration entrecoupée, comme celles qui succèdent aux sanglots, et elle eut un mince soupir de soulagement.

- Lanie…

Cette dernière s'assit sur la chaise voisine, et dans son élan serra son amie contre elle.

- Quand Javi m'a dit que tu étais à l'hôpital, j'ai cru que… que tu avais été...

Au souvenir de la voix d'Esposito, qui lui annonçait au téléphone que Beckett venait de partir en ambulance, sa gorge se serra. Elle se tut, retenant ses larmes. Les mains de Kate se posèrent dans son dos avec lenteur.

- Je vais bien, Lanie. Je n'ai rien, souffla-t-elle.

- Je sais, il m'a expliqué… Mais j'ai eu peur…

Kate lui rendit son étreinte, signifiant qu'elle la comprenait. À contrecœur, la légiste se recula et observa attentivement le visage de son amie, effectivement indemne. Ses cheveux humides et bouclés cascadaient sur ses épaules crispées, et elle portait un jogging vraisemblablement prêté par l'hôpital. Son teint était d'une pâleur inquiétante, qui accentuait encore les cernes ombrant ses paupières. Ses yeux rouges semblaient parler pour elle. Lanie pinça les lèvres, inquiète et dans l'expectative.

- …Alors ?

Kate eut une courte inspiration, puis déglutit : enfin son visage morne montra un semblant d'émotion, et le désespoir que Lanie lut en elle lui serra le cœur. Kate baissa la tête, sourcils froncés, droite et très raide sur sa chaise. En silence, elle suivit le regard anxieux de son amie, qui fixait un sachet plastique posé sur ses genoux, et eut un léger recul inconscient en reconnaissant les vêtements qu'il contenait.

- Mon dieu, Kate…

- Ce n'est pas mon sang. C'est celui de…

La voix déjà faible et éraillée de Beckett mourut sur ses lèvres, qu'elle mordit alors avec force. Par réflexe Lanie saisit sa main, crispée sur les vêtements tachés d'un carmin lourd de sens. Son amie avait fermé les yeux, repoussant comme toujours toute sa peine au fond d'elle-même, loin des regards.

- Il a reçu un coup sur le crâne, je crois qu'il a convulsé… Il est encore au bloc. Je n'en sais pas plus.

Elle rouvrit les paupières, révélant des prunelles plus vides que jamais. Mais quelque chose, dans la crispation contrôlée de ses traits, dans la lenteur de ses paroles et de ses gestes, faisait que Lanie s'attendait à la voir fondre en larmes à tout instant. Elle maudit presque Castle, avant de se rabattre sur le hasard – ou Dieu, le destin, le karma ou que savait-elle encore – qui prenait ces derniers temps un malin plaisir à éprouver son amie. Beckett avait beau faire comme si de rien n'était, la légiste savait que la toute récente prise d'otages avait rouvert d'anciennes blessures. Lanie croyait en Kate, en sa persévérance et en son esprit combatif, elle savait – espérait – qu'elle surmonterait un jour le traumatisme de la fusillade. Mais aussi confiante qu'elle puisse être, elle craignait que Kate ne soit pas encore prête à affronter un nouveau coup dur.

Et selon les craintes de la légiste, la situation actuelle était peut-être ce qui pouvait leur arriver de pire… Le regard sec mais rougi de Kate, inquiet et comme perdu alors qu'il se posait sur les portes fermées du bloc, était plus qu'évocateur.

- Que s'est-il passé ? demanda doucement Lanie. Après que tu l'aies appelé, Javi m'a dit que vous n'aviez peut-être pas arrêté le bon suspect…

Les yeux au sol, Kate secoua vaguement la tête.

- On s'est trompés, murmura-t-elle d'un ton monocorde. L'assassin nous manipulait depuis le début… Il a tué Volivera et Jackson, et a fait passer le meurtre de Nashburn pour un suicide. Elle a servi de bouc émissaire. Et une quatrième personne serait morte si Castle n'avait pas…

Sa voix se suspendit tout comme son souffle, et elle baissa une nouvelle fois les paupières, les lèvres plissées.

- Kate…

- Qu'est-ce qu'il faisait là ? Qu'est-ce qui lui a pris de se jeter comme ça à la poursuite d'un tueur en série ?

La voix jusque-là faible et enrouée de Beckett se fit plus sûre mais aussi plus amère.

- Il avait tout compris sur ce vrai tueur, il a voulu me prévenir… Mais je n'ai pas entendu mon portable sonner. Et après j'ai reçu un appel du poste. Mais il pouvait toujours joindre Ryan, ou Espo ! Pourquoi est-ce qu'il est parti tout seul ?... Il n'est quand même pas aussi stupide !

Sa main passa avec nervosité dans ses cheveux humides et ondulés. Sa respiration jusque-là à l'image de son attitude atone – lente, sourde – se précipita malgré elle.

- Il a voulu protéger la prochaine victime, il s'est battu avec l'assassin. Le tueur a dû le frapper à la tête, assez violemment pour l'assommer. Quand je suis arrivée, Jared était en train de le noyer. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, j'ai tiré… ! Mais c'était déjà trop tard…

Lanie déglutit : elle n'avait pas la moindre idée de qui était ce Jared, mais elle sentait sans peine le désespoir dans la voix de Kate, qui avait visiblement de plus en plus de mal à se contenir. Elle-même avait autopsié le corps de Volivera, et elle exerçait son métier depuis assez longtemps pour qu'aucun meurtre, aussi affreux puisse-t-il être, ne lui cause plus qu'une légère nausée de temps à autre. Mais de connaître la mort atroce de Volivera, et de savoir qu'on avait voulu faire subir la même chose à un proche, c'était une toute autre angoisse à gérer. Prenant sur elle, elle pressa l'épaule de Kate, qui lui adressa un regard perdu et voilé de larmes.

- Pourquoi il ne m'a pas attendue !

Lorsque l'indifférence résultant du choc ne l'étreignait pas, elle oscillait entre désespoir, colère et incompréhension.

- En pleine nuit, je pouvais être là en dix minutes, même moins ! Pourquoi est-ce qu'il a fait ça ? Il sait que c'est dangereux, que je m'inquiète pour lui lorsqu'il joue les héros ! Alors qu'est-ce qu'il lui a pris ?

Lanie secoua la tête, peinée. Elle savait – sentait – que ce n'était pas cette question-là qui la taraudait.

- Ce n'est pas ta faute, Kate.

- Bien sûr que non, mais j'aurais dû prévoir, et être là, avec lui ! Comme toujours !

Beckett se tut alors, comme au regret de ces mots qui jusque-là avaient jailli en pagaille sous le coup de l'émotion. Elle serra les lèvres, et avec désolation Lanie vit ses yeux luire de colère et de larmes.

- Ce n'est pas ta faute, répéta-t-elle la mort dans l'âme. Castle a fait un choix. Et tu n'y peux rien.

Le souffle court, Beckett la fixa longuement, puis finit par baisser la tête sous le regard compatissant de sa meilleure amie. Elle parut hésiter, s'humecta les lèvres, puis soupira.

- Je lui ai dit que je l'aimais.

L'ombre de sourire rassurant que Lanie s'efforçait d'afficher fondit comme neige au soleil, tandis qu'elle écarquillait les yeux, stupéfaite.

- Tu as… quoi ?

Kate baissa les paupières et fronça les sourcils, comme rongée par le regret.

- Il a repris conscience quelques instants après mon arrivée. J'ai eu tellement peur quand je l'ai vu au fond de cette piscine que… Je ne sais pas ce qui m'a pris. Mais je lui ai dit que je l'aimais.

Elle explora le couloir désert de ses yeux voilés de larmes, eut un nouveau soupir haché.

- Ça m'a paru tellement naturel, tellement clair à ce moment précis… ! Maintenant il…

Toujours effarée mais plus à l'écoute que jamais, Lanie se pencha un peu plus vers elle.

- Il… ?

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It's everything you wanted

C'est tout ce que tu souhaitais

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Beckett ne répondit pas. Elle parut s'abîmer quelques instants dans son monde intérieur, puis eut deux longues et profondes respirations – non sans une petite grimace de souffrance à la deuxième, tandis que sa main se resserrait sur son pull. Lorsqu'elle reporta son attention sur Lanie, une tristesse profonde, épuisée, infinie, figeait ses traits.

- Il sait ce que j'ai vécu, il savait ce que je penserais d'une telle conduite. Et pourtant il y est allé.

Elle eut un regard vide d'émotions pour le sac en plastique, le posa sur un siège voisin et se prit le visage entre les mains, soupira profondément avant de se lever et de faire quelques pas dans le couloir. Lorsqu'elle refit face à Lanie, elle semblait presque résignée.

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It's everything you don't

Et tout ce que tu refuses

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- Que je l'aime ou pas, ce n'est pas important… Je ne veux pas de quelqu'un qui risque sa vie comme ça. Au mépris de ce que je ressens.

Elle croisa les bras frileusement, et baissa les yeux devant la figure soudainement intransigeante de son amie.

- …ça fait trop mal.

Lanie la fixa longuement, puis eut un petit soupir.

- Girl, presque quatre ans que ça dure, tu m'exaspères.

Avec ostentation elle déposa son sac à main que dans son inquiétude, elle portait encore en bandoulière, et croisa les bras à son tour. Ses yeux noirs et perçants vrillèrent Kate.

- A quoi t'attendais-tu en te laissant approcher par un homme de son genre ? Depuis toujours tu sais qu'il a des raisonnements tordus et qu'il est aussi spontané que tu peux être réfléchie et coincée. Pourtant tu es encore là, à le laisser te courir après.

Kate la contempla avec stupeur. Dans un moment pareil, alors que n'importe qui d'autre se serait montré à l'écoute et compréhensif, Lanie la prenait littéralement à rebrousse-poil. En réponse à son étonnement, la médecin légiste lui décocha un coup d'œil noir, autant un avertissement qu'un encouragement.

Il n'y avait qu'elle qui pouvait faire ça sans craindre d'y perdre des plumes. Elle… Et Castle, aussi. Peut-être.

- Crois-moi, sweetheart, ce n'est ni l'endroit ni le moment pour faire ce genre de conclusions hâtives. Attends au moins qu'il soit réveillé et de pouvoir lui passer le savon qu'il mérite.

Kate ne répondit pas tout de suite. Crispée, elle affronta encore quelques instants son regard dur, puis détourna la tête, décroisa les bras et glissa les mains dans les poches de son jogging, fit encore quelques pas pensifs. Elle eut alors un mince sourire amer.

- Il part en tournée la semaine prochaine… Il me l'a dit toute à l'heure, avant de quitter l'hôtel. Il s'en va… Peut-être pour de bon.

Epuisée, à bout de nerfs, elle attendit avec une anxiété croissante la réaction de Lanie. Celle-ci accusa le coup dignement, cillant à peine. Elle battit des paupières, prit quelques secondes pour réfléchir. Mais lorsqu'elle éleva à nouveau la voix, elle n'eut pas cette remarque stupéfaite ou outrée à laquelle Beckett s'attendait.

- Alors raison de plus pour enfin vous asseoir et en discuter, tous les deux, souffla-t-elle avec sérieux. Trois ans d'hésitations et de chassé-croisé, ça suffit, Kate.

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It's one door swinging open

Une porte qui s'ouvre…

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Comme beaucoup elle avait vu la lente métamorphose de Beckett au contact improbable d'un écrivain charmeur, enthousiaste, vaguement chien-fou, plein de mystères et de surprises à l'image de ses histoires. Mais elle seule, confidente et meilleure amie, avait pu prendre la réelle mesure des changements opérés.

Redécouvrir Richard Castle non plus en tant que mystérieux auteur, mais en homme véritable doué d'autant de talents que de défauts, n'avait pas conduit qu'à des déceptions : le côtoyer avait obligé Kate à sortir de sa routine de meurtres et d'enquêtes qui, un jour ou l'autre, aurait eu sa peau. A la fois exaspérée et flattée par l'intérêt que lui portait son écrivain favori, elle s'était reprise en main : peu à peu plus sociable, plus extravertie, elle avait fait plus de rencontres en trois ans qu'au cours de la dernière décennie. Si ces histoires avaient toutes plutôt mal finies, elles étaient cependant le signe selon Lanie que le lieutenant de jadis, qui cumulait volontiers les heures supplémentaires et partageait son rare temps libre entre la salle de gym et les romans policiers, n'existait plus depuis longtemps.

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And one door swinging closed

Et une autre qui se referme

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Elle n'oublierait cependant pas la cruelle déception sur le visage de Kate, le jour où décidant enfin de se jeter à l'eau, elle avait vu Castle partir en compagnie de Gina – une histoire qui n'avait pas fait long feu non plus. Elle les avait regardés se tourner autour sans se l'avouer quand Josh était encore dans les parages, puis ces derniers mois après la fusillade.

Lanie ne comprendrait probablement jamais la mystérieuse attirance qui liait ses deux amis, et encore moins l'étrange répulsion qui conduisait d'une part Beckett à nier ses sentiments, d'autre part Castle le séducteur à prendre de telles précautions : elle était seulement sûre de l'effet bénéfique que cette relation avait eu sur Kate mais aussi sur l'écrivain, qui en dépit des rumeurs n'était plus ce playboy plébiscité dans la presse à sensations. Ces deux-là s'étaient trouvés, elle n'en avait plus le moindre doute. Et elle ne craignait qu'une chose : qu'ils laissent passer leur chance une nouvelle fois. Une dernière fois.

Si cela arrivait, Beckett ne s'en remettrait peut-être pas…

- Il va se réveiller, Kate. Fais-lui confiance, il va revenir, comme toujours. Tu lui as dit que tu l'aimais, ça lui fait une raison de plus. Et alors il sera temps de tout vous dire.

Beckett la scruta en silence, le souffle suspendu. Droite et raide au beau milieu du couloir, elle laissa errer son regard, aux prises avec ses tourments intérieurs. Elle eut enfin un soupir, et Lanie crut voir dans son léger sourire un regain d'espoir.

- Il va revenir, souffla Beckett…

Un claquement de talons attira leur attention, et Beckett se retourna vivement, dans l'attente de nouvelles sur l'état de son partenaire, passé au bloc depuis déjà près d'une heure. Elle eut un frémissement en reconnaissant la femme aux longs cheveux blonds, maquillée et habillée avec goût bien qu'à la va-vite.

Gina. Gina Cowell, l'éditrice de Castle. Et son ex-femme.

Cette dernière s'arrêta à quelques pas de Beckett, son sac à main serré contre son flanc. L'inquiétude et une sincère stupeur se lisaient sur ses traits hiératiques.

- Je… La compagnie d'assurances de Rick m'a appelée. Je suis toujours la personne à prévenir en cas d'urgence. Ça fait des années déjà qu'il doit le rectifier…

Elle parut se rendre compte de l'incongruité de ses paroles, et secoua brièvement la tête, papillonna des paupières, l'air perdu et désœuvré. Elle riva son regard d'ambre sur Beckett, et reprit un peu d'aplomb.

- Comment va-t-il ? demanda-t-elle avec empressement.

- Il est encore au bloc, dit Beckett qui partageait la même anxiété. Je n'en sais pas plus.

Gina acquiesça nerveusement, les lèvres pincées. Rongé par l'inquiétude, son regard se fit cependant accusateur tandis qu'il vrillait Beckett. Elle renifla avec dédain.

- Encore une de vos enquêtes, n'est-ce pas ?

Sa voix tremblait. Silencieuse, simple spectatrice, Lanie vit le dos de Beckett se raidir.

- Qu'est-ce que c'est cette fois ? poursuivit Gina, soudain méprisante. Vous lui avez suggéré d'infiltrer un autre cercle de poker pour mafieux ? Il s'est pris une balle ?

- Castle a demandé à faire partie de notre équipe pour ses travaux d'investigation, répondit l'interrogée d'une voix excessivement froide. Il savait ce qu'il risquait.

- Oh je vous en prie, Lieutenant Beckett, pas à moi ! siffla Gina. Nous savons toutes les deux que si Rick se rend chaque jour à votre foutu commissariat, ce n'est plus pour vos enquêtes.

Elle la foudroya du regard. Avec le métier qu'elle menait, Lanie savait comme les gens pouvaient réagir brutalement sous le coup de l'angoisse, face à la mort. Elle n'aimait cependant pas le ton que prenait cette Gina, qu'elle n'avait toujours vue que de loin mais qu'elle trouvait un peu plus antipathique à chaque instant.

- Vous connaissez chaque bouquin qu'il a écrit sur vous. Vous avez lu comme moi la fin de Heat Rises. Je ne peux pas croire que vous puissiez y être aussi insensible, murmura cette dernière d'une voix sourde, contenue.

- Castle a une imagination débordante, et je n'ai pas mon mot à dire concernant ce qu'il invente, répliqua Beckett sur le même ton. C'est un accord tacite entre nous.

- Il a réécrit l'histoire, votre propre histoire, Kate, s'emporta Gina. Et chacune de ses pages est une véritable déclaration, n'allez pas me dire que ça ne signifie rien pour vous !

- Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis sa muse, et c'est tout !

- Sa muse ? Sa perte, oui !

La remarque inquiète et dédaigneuse sonna comme une gifle dans le silence ouaté de l'hôpital.

- Rick a écrit vingt-cinq romans en moins de vingt ans, sans compter ceux qu'il n'a jamais été autorisé à publier. Il en sortait un presque tous les six mois avant de vous rencontrer. Aujourd'hui ses fans sont toujours plus nombreux, mais dans mon milieu on commence à douter de lui : c'est à peine s'il tient ses délais d'un tome par an. Lui qui ne vivait que par et pour sa plume et ses lecteurs, il rechigne à faire une simple séance de dédicaces si cela l'empêche de vous rejoindre sur une enquête. Il fait des pieds et des mains constamment, quitte à se ridiculiser, pour que la presse et Black Pawn ne vous harcèlent pas de sollicitations, vous le saviez, ça ?

Beckett eut un léger sursaut, sincèrement décontenancée.

- Il ne m'en a jamais parlé…

- Ce n'est pas plutôt vous qui ne l'avez jamais écouté ? Il n'y avait qu'à voir la froideur avec laquelle vous le traitiez, pendant les quelques rares fêtes de lancement où vous nous avez honorés de votre présence !

N'y tenant plus, Lanie se leva d'un bond.

- Dites donc, c'est… !

Beckett la retint d'un geste.

- Ne t'en mêle pas, Lanie, s'il te plait.

Elle rassura son amie d'un regard qui en disait long, avant de refaire face à Gina, qui la fixait toujours avec animosité.

- Ce qui se passe entre Castle et moi ne concerne que nous, Gina.

- Pas dans ces conditions, Kate. Je ne suis plus la femme de sa vie, mais j'ai été sa muse, ne serait-ce que le temps de notre mariage. Et je le connais bien, je sais comme Rick est capable de s'impliquer dans une relation. C'est parfois un grand enfant, mais c'est surtout quelqu'un de sincère et de passionné, prêt à tout donner sans rien attendre en retour. Son image de séducteur n'est qu'une protection et vous le savez aussi bien que moi. De le voir se consacrer ainsi à une femme qui semble n'en avoir que faire, ça me hérisse. Et puis bon sang, Kate, vous avez pourtant dû lire le premier manuscrit de Frozen Heat ! Que Jameson se suicide par désespoir pour Nikki, ça ne vous fait donc rien ?

Beckett sentit son estomac se tordre d'appréhension, tandis que derrière elle Lanie laissait échapper une exclamation de surprise. En lisant la stupeur sur le visage soudain très pâle du lieutenant, Gina eut un recul.

- Alors même ça, vous n'étiez pas au courant ?

Beckett déglutit, essayant d'accuser le choc.

- « Frozen Heat » ? ne put-elle que souffler d'une voix blanche.

- Son prochain roman, reprit Gina d'une voix à nouveau mesurée mais sèche. Suite à la conclusion de Heat Rises, Nikki essaie de prendre ses distances. Fragile, Jameson le supporte mal. Plusieurs fois ils ont des mots, et l'enquête en cours en pâtit. Dans une première version que Rick m'a soumise il y a quelques semaines, Jameson se donne la mort, et même si ce n'est pas lui le héros, la série se finit prématurément.

Elle haussa le menton, ses yeux brillant d'un air accusateur.

- Il m'avait envoyé son manuscrit par mail en pleine nuit, comme souvent : lorsqu'il écrit, il perd la notion du temps. Au téléphone, j'ai tout de suite su qu'il était saoul. Il voulait que je transmette aussitôt le manuscrit à Black Pawn, que ce soit publié au plus vite : quand j'ai entrevu la fin qu'il venait tout juste de taper sur un coup de tête, je l'ai persuadé d'y réfléchir encore. Depuis il a repris le scénario de départ, mais il ne m'a plus adressé la parole sauf pour me demander d'oublier toute cette histoire. Je sais qu'il en a honte : dans son récit, jamais jusque-là Rick Castle n'avait autant transparu dans le personnage de Jameson Rook… Tout comme Nikki Heat ne vous avait jamais autant ressemblé.

Gina se tut, laissa le silence planer quelques instants. Beckett resta de marbre sous son regard culpabilisant, mais ses poings serrés n'échappèrent pas à Lanie.

- Vous n'avez vraiment rien su ?

- Vous connaissez Castle, répliqua Beckett. Il a ses secrets.

Gina eut un léger soupir dédaigneux.

- Vous n'êtes pas un personnage de roman, Kate, et Rick non plus.

- Vous pensez que je ne le sais pas ? Les aventures de Nikki Heat n'ont pas grand-chose à voir avec ma réalité.

- Croyez-le si ça vous chante mais Rick, lui, est écrivain. C'est son travail que de modifier la réalité et de l'adapter au bon plaisir des fans. Mais ses bouquins ne sont pas qu'un exutoire, ils sont sa vie telle qu'il meurt d'envie de la voir. Avec Derrick Storm, c'était déjà flagrant. Pour Nikki Heat, c'est votre réalité qu'il manipule. Son imagination le dépasse et il ne voudra jamais l'admettre : c'est pour ça qu'il est aussi bon dans ce qu'il fait.

Elle s'approcha de quelques pas, et la tension entre les deux femmes devint presque palpable. Gina semblait partagée entre la rancune et une angoisse légitime.

- Sachez bien qu'avant de vous connaître, Rick était déjà capable de côtoyer les pires malfaiteurs si cela lui permettait de délivrer un écrit authentique. Il a eu des embrouilles avec plusieurs mafieux, quelques dealers, et même un voleur de renommée mondiale qui a été incarcéré suite à la sortie du bouquin fondé sur lui. A vos côtés il vit un rêve éveillé : il est Storm le flic qui a fait son succès, et il incarne aussi Rook le journaliste séducteur et fin limier, sous le charme duquel est tombée la sulfureuse Nikki Heat. Chaque année il prend plus de risques : il a été menacé par un tueur à gages en plein milieu de votre commissariat, pour vos enquêtes il a renoué avec les pires salauds qui font la lie de cette ville, et ce jour-là au cimetière, il aurait tout donné pour prendre la balle à votre place. Kate, rendez-vous compte : un jour ou l'autre, ce grand enfant qu'est Richard Castle va y rester. Pour ses bouquins, et pour vos beaux yeux.

Ses prunelles brillèrent, voilées de larmes, mais la lueur accusatrice qui y brûlait considérait Beckett avec insistance.

- La semaine dernière il a tenu tête à des preneurs d'otage, et ce soir, il est entre la vie et la mort suite à une arrestation… Si vous avez ne serait-ce qu'un peu de respect et d'amitié pour lui et pour Alexis, vous devez le ramener à la réalité. Moi, il ne m'a jamais écoutée, mais si c'est vous, ce sera peut-être différent…

Le souffle court, Beckett pensait au ralenti. Face à Gina qui avec une grimace de honte essuyait furtivement ses larmes, elle n'entendit pas la porte du bloc s'ouvrir derrière elle, ni les pas qui s'approchèrent.

- Laissez-le partir, Kate, souffla Gina en se tordant les mains. Avant qu'il ne soit trop tard.

- Richard Rodgers ? lança une voix masculine.

Gina eut un « oui » étranglé et s'avança, la frôlant au passage. Beckett baissa les paupières, les mâchoires contractées.

- M. Rodgers a repris conscience il y a une vingtaine de minutes, reprit la voix masculine, probablement un médecin. Ses constantes vitales sont satisfaisantes, mais nous souhaitons lui faire passer quelques tests supplémentaires vis-à-vis de son trauma crânien. Pour le moment ses jours ne sont pas en danger.

- Que s'est-il passé ?

A l'entente de cette question angoissée, Beckett croyait presque sentir le regard pénétrant de Gina vrillé entre ses omoplates.

- D'après les secouristes, M. Rodgers a reçu un choc violent sur l'occiput suite à une chute : il a perdu connaissance et a manqué de se noyer. Le coup a entaillé le cuir chevelu, et comme toujours dans ces cas-là, les pertes de sang peuvent être impressionnantes : cependant d'après ses analyses, il n'y a pour le moment aucune nécessité à le transfuser.

- L'infirmière à l'accueil m'a dit qu'il avait peut-être convulsé…

- C'est fréquent à la suite d'un traumatisme crânien, mais M. Rodgers a été retrouvé en état de légère hypothermie, ce qui pourrait aussi expliquer des tremblements proches de convulsions. Il est cependant encore très affaibli et nous ne voulons prendre aucun risque : nous allons le garder en observation au moins pour cette nuit. Vous êtes sa femme ?

- Son ex-femme, il est célibataire… On m'a prévenue à son arrivée avec l'ambulance.

- Veuillez me suivre, j'ai quelques papiers à vous faire signer. Ensuite, si vous le souhaitez, je vous emmènerai auprès de lui.

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Some prayers find an answer

Certaines prières obtiennent une réponse…

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Les pas feutrés du médecin s'éloignèrent, accompagnés du claquement des talons de Gina. Lanie apparut à ses côtés et l'interrogea de ses yeux noirs écarquillés.

- Sweetheart, qu'est-ce que tu fais ? Tu ne vas quand même pas marcher dans son jeu ? Suis-les !

Beckett resta de marbre. Avec une légère inspiration, elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Comme douée d'un sixième sens, Gina se retourna au même moment, lui adressa un signe de tête à la fois accusateur et suppliant, puis disparut avec le médecin au détour du couloir. Un silence de plomb tomba. En vain Lanie essaya d'attirer l'attention de Beckett.

- Kate, je t'en prie… !

- Patron ?

L'air pourtant perdu dans ses pensées, Beckett se retourna aussitôt : Ryan et Esposito arrivaient à grands pas depuis l'accueil.

- Alors, quelles sont les nouvelles ? questionna l'hispanique tandis que son comparse l'appuyait d'un regard inquiet.

- Castle va bien, affirma Beckett d'une voix égale. Il s'est réveillé au bloc, il n'aurait qu'un léger trauma crânien. Ils veulent le garder en observation pour la nuit.

Les deux hommes eurent un soupir de soulagement. Interloquée par le comportement de son amie, Lanie la scrutait avec un malaise croissant, tant et si bien qu'Esposito s'en rendit compte et l'attira avec douceur contre lui.

- Ça va, toi ? lui souffla-t-il à l'oreille.

- Tout est rentré dans l'ordre au Four Seasons, reprit Ryan à l'attention de Beckett en brandissant un trousseau de clés. J'ai ramené votre voiture, elle est garée à quelques mètres de l'entrée des urgences.

Sa supérieure reçut le trousseau avec indifférence, eut un sourire de façade et alla ramasser son sac de vêtements.

- Merci, Ryan. Vous deux, vous n'avez qu'à rentrer vous reposer quelques heures. On bouclera cette affaire au poste dans la matinée.

Ryan et Esposito eurent un haussement simultané de sourcils : il était une heure et demie du matin passé, mais cela n'avait jamais empêché Beckett de clore une affaire, quitte à passer une nuit blanche. Cependant ils ne relevèrent pas, trop heureux de pouvoir souffler un peu après cette très longue soirée riche en rebondissements. Conclure un dossier pareil allait leur prendre des heures même à tête reposée.

- J'ai un truc à faire avant de rentrer. A plus tard les gars. Salut Lanie.

- Kate, attends ! S'il te plait…

Mais sans un regard en arrière, Beckett s'éloigna dans le couloir.

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Some prayers never know

D'autres ne s'exaucent jamais

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Même si la réanimation était un service interdit aux visiteurs la nuit, Beckett munie de sa plaque n'eut aucun mal à y entrer. Lorsqu'elle comprit qu'elle venait voir son partenaire de travail, une infirmière complaisante se chargea de la mener jusqu'à Castle, non sans lui donner des informations similaires à celles que le médecin avait déjà exposées à Gina. En son for intérieur Beckett redoutait que ladite ex-femme ait déjà rempli les formalités administratives et soit présente au chevet de Castle. Elle se crispa à cette idée, et sournoise la douleur vrilla sa cicatrice, qui lancinante battait sourdement depuis qu'elle avait remis les pieds dans cet hôpital. Elle déglutit, respira à petits coups. Elle n'avait besoin que de quelques minutes avec lui… Juste quelques minutes.

La réanimation était une vaste salle toute en longueur, jalonnée de lits séparés de rideaux blancs qui permettaient un peu d'intimité et de tranquillité aux malades, tout en favorisant une intervention rapide des équipes médicales en cas d'urgence. L'infirmière se dirigea sans hésiter vers un lit, vérifia d'un coup d'œil les écrans qui l'entouraient, puis s'éclipsa avec un signe de tête encourageant pour Beckett. Celle-ci la remercia d'un même hochement, ses vêtements serrés contre elle entre ses bras croisés. Elle eut une longue respiration, et d'un geste incertain écarta l'un des rideaux, s'approcha du lit sans un bruit.

Il était là, seul. Profondément endormi dans ce lit médicalisé impeccablement bordé. Un large pansement enserrait l'arrière de son crâne. Sa poitrine se soulevait à intervalles lents et réguliers, tandis qu'il inspirait paisiblement l'oxygène que lui dispensait un masque transparent. De nombreux fils de couleur serpentaient sous sa chemise blanche, reliant des capteurs à un scope qui en permanence analysait ses constantes vitales. Sur un écran battait silencieuse la ligne de son rythme cardiaque : pendant de longues secondes Beckett fut incapable d'en détacher son regard, immensément soulagée. En se mordillant la lèvre, elle examina son visage exempt d'émotions, serein et pâle sous la lumière crue de la lampe qui surplombait son lit : son arcade droite et l'une de ses joues se coloraient d'un bleu inquiétant, vestiges d'une probable bagarre avec Jared. Elle eut un pauvre sourire en réalisant que cela lui donnait un air « bad boy »… et que s'il avait été réveillé, il aurait très certainement eu la même remarque.

Elle déglutit, sentit ses yeux la brûler alors qu'elle retenait ses larmes. Elle avisa sa main gauche, affublée d'une perfusion et abandonnée sur le drap, entrouverte comme dans l'attente d'une étreinte. Elle se fit violence pour ne pas glisser ses doigts au creux de sa paume.

- Castle… ?

Son appel ne fut pas plus haut qu'un murmure, et partagée entre l'espoir et une vive appréhension, elle guetta une réaction. Mais son visage resta de marbre, sa respiration paisible.

Elle ferma les yeux, le cœur serré, la raison assiégée de pensées : l'heure tardive et les multiples évènements de la journée l'avaient épuisée, mais son esprit bouillonnait. Elle aurait tant souhaité pouvoir s'asseoir là, tout près de lui, et ne plus songer à rien. Croiser les bras sur le matelas, saisir sa main inerte entre les siennes et attendre, tout simplement, bercée par son souffle régulier, rassérénée par la chaleur de sa peau. Attendre qu'il se réveille, qu'il rouvre les yeux, et qu'il la voie.

Qu'il la regarde comme il l'avait regardée, pendant ces quelques secondes magiques au bord de l'eau qui avaient suivi leur baiser. Quand elle-même avait cessé de fuir et de vouloir tout contrôler, quand lui-même n'était pas sûr de pouvoir y croire, transporté, émerveillé par sa spontanéité. Quelques secondes enfuies, envolées… Avaient-elles seulement existé ? Ça semblait si simple, si irréel… presque trop…

A son réveil, elle oserait enfin se plonger dans ses yeux bleus, sans hésitation, sans la moindre peur, elle se noierait dans ses prunelles toujours pétillantes d'énergie, lui rendrait enfin cette tendresse muette, si discrète, qu'il lui donnait sans compter depuis si longtemps. Elle caresserait une nouvelle fois sa joue, s'autoriserait enfin le sourire que lui seul lui inspirait. Et si comme toujours avec lui la confiance l'emportait, peut-être qu'alors elle lui avouerait tout. Tout ce qu'elle lui cachait, tout ce qu'elle avait sur le cœur.

Qu'elle se souvenait de tout, qu'elle n'avait pas osé le dire, qu'elle avait voulu gagner du temps, reprendre pied face à la Mort, face à lui. Lui dire qu'elle l'aimait, que ses sentiments passaient bien au-delà de ce mur qui persistait autour de son cœur, au-delà de son passé de tristesse et de douleur. Qu'en dépit de tout elle l'aimait, et qu'elle ne concevait plus cette vie sans lui, sans sa présence à ses côtés.

Mais ça, c'était avant cette affaire. Avant Jared, avant Gina. Avant qu'il ne lui déclare tout de go qu'il s'en allait, peut-être dans un cruel ultimatum pour la faire réagir. Avant qu'il ne fonce tête baissée au devant d'un psychopathe tueur en série.

Gina avait formulé pour elle cette angoisse ignorée et enfouie, cette peur qu'un jour ils aillent trop loin, et que l'un d'eux n'y survive pas. Elle-même avait déjà frôlé la mort, mais que Castle soit blessé à son tour et ne s'en relève pas lui était insupportable. Cette terreur paralysante, liée à l'impossibilité d'intervenir en force comme elle l'avait toujours appris, elle en avait déjà fait l'amère expérience lors de la prise d'otages de la New Amsterdam Bank, mais cela n'avait été qu'un maigre avant-goût de ce qu'elle avait ressenti ce soir, au bord de cette piscine.

Cette frayeur immense et sans fond en laquelle elle s'était noyée, ces interminables minutes où baignée de son sang, incapable d'agir, elle l'avait vu mourant… En le sentant disparaître entre ses mains impuissantes, elle avait cru devenir folle ! Folle de douleur, folle de chagrin…

Folle… d'amour… ?

- Elle a raison. Ça ne peut pas continuer…

Une larme solitaire coula sur sa joue crispée, et d'un geste las elle l'effaça. La vision de Castle ainsi vulnérable dans son inconscience lui parut tout à coup insoutenable, et elle se détourna, la gorge nouée, les yeux brillants.

- Tout ça… c'était une erreur…

Oui, Gina avait raison. Castle n'était pas flic, mais pour son malheur il excellait dans l'art de l'investigation, et prenait les mêmes risques qu'elle : un jour ou l'autre une enquête finirait mal. Lui refusait d'admettre le danger, mais pour elle il était hors de question qu'il risque encore une fois sa vie. Elle pouvait certainement tout endurer, une nouvelle blessure, un danger de mort, un autre tueur en série, mais l'idée de le voir à nouveau s'éteindre dans ses bras était au-dessus de ses forces. Sa mère, Montgomery, Royce, tous ces gens qui lui étaient si chers avaient disparu parce qu'elle n'avait alors pas le pouvoir ou l'occasion de les protéger, mais pour Castle, c'était différent. Elle était la raison pour laquelle il prenait tous ces risques… Et il ne tenait qu'à elle que Castle ne soit pas définitivement renvoyé de l'équipe.

C'était son rôle, en tant que flic, en tant que muse, en tant qu'amie que de le ramener à la réalité, pour lui et pour sa famille. Même si en faisant cela, elle allait probablement détruire leur amitié et la confiance qu'il lui vouait. Peut-être qu'il se laisserait convaincre… ou bien qu'il se sentirait trahi et mettrait de lui-même un terme pur et simple à leur partenariat. Mais au moins, il serait en sécurité… !

Au moins, il ne prendrait plus de risques inutiles… ça n'était pas son rôle. Ça ne l'avait jamais été. Mais bon sang, fallait-il être à ce point inconscient pour se jeter au-devant d'un tueur psychopathe, sans arme ni expérience qui plus est ? Au début de leur partenariat, elle aurait été intraitable à la première incartade de ce genre. Mais au fil du temps, elle avait fini par oublier tout comme lui qu'il n'était qu'un simple civil, un romancier que sa quête d'authenticité avait plongé dans le monde froid et impitoyable de la police.

Ça ne devait jamais plus arriver… !

- Au revoir, Castle.

Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas rester là. Il fallait qu'elle rentre chez elle, qu'elle se convainque elle-même que c'était la meilleure solution. Pour que lorsqu'elle le reverrait, peut-être pour la dernière fois, elle soit capable de faire ce qui devait être fait.

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We're holding on…

On tient bon…

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Les mains tremblantes, elle se détourna du lit et se dirigea d'un pas rapide vers la sortie. Sur le point de passer la porte, elle eut une infime hésitation : la douleur la transperça de nouveau, lui coupant le souffle quelques longues secondes. Elle dut se faire violence pour ne pas céder à la facilité, retourner attendre auprès de lui, replonger dans ce rêve éveillé qu'ils avaient fini par partager. Les larmes aux yeux, elle disparut dans le couloir.

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and letting go

et on lâche prise…

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Sur le matelas, le poing de Castle s'était serré à l'extrême.

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xxxxxxx

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Les urgences étaient étrangement calmes depuis une demi-heure. Tout en savourant sa troisième tasse de café de la nuit, elle rangeait les dossiers des urgences traitées, qui en quelques heures à peine s'étaient déjà amoncelés. Plus qu'habituée à la gestion de ce service, elle savait que ce moment de flottement était trompeur : elle ne donnait pas cinq minutes au destin pour remplir la salle d'attente d'une foule de patients et de cas parmi les plus divers. Raison de plus pour maintenir les locaux et les bureaux fonctionnels et ainsi éviter de se faire déborder par la prochaine vague…

Sa tasse tenue d'une main, elle embarquait de l'autre les dossiers complets pour les déposer aux archives, quand la photographie de l'un d'eux attira son attention. Effarée, elle laissa le tout sur place et parcourut rapidement la fiche de renseignements, qu'elle reconnaissait comme avoir été remplie par des ambulanciers. Les urgences étant saturées une heure plus tôt, elle était occupée ailleurs et n'avait pas eu connaissance de l'admission de ce patient.

Inquiète, elle interpella un de ses collègues qui reconstituait les stocks de matériel.

- Je pars voir quelqu'un en réa. J'en ai pour cinq minutes.

- Ca marche, Hayley. Un de tes patients ?

- Non, juste une vague connaissance…

Le dossier sous le bras et sa tasse laissée sur son bureau, elle s'élança dans les couloirs : le service de réanimation était voisin des urgences, elle y fut en moins d'une minute. Sa collègue infirmière la vit surgir avec étonnement.

- Salut Hayley ! Qu'est-ce qui t'amène ?

- Salut, tu as un patient du nom de Richard Rodgers ? Il est arrivé il y a moins d'une heure.

- Le trauma crânien ? Il est conscient mais en observation. Poste 7. Sa collègue était avec lui toute à l'heure.

- Sa collègue ?

- Mmh. Un lieutenant de police. D'après ce que j'ai saisi, lui est consultant pour le NYPD…

La dénommée Hayley la remercia d'un signe de tête et se dirigea vers le lit en question, le cœur battant. Elle vérifia une dernière fois le dossier, malgré tout convaincue.

- Ehm… Monsieur Castle ? Lieutenant Beckett ?

N'obtenant aucune réponse, elle écarta l'un des rideaux. Son sourire poli s'effaça devant une expression stupéfaite. Au même moment l'électrocardiogramme émit un sifflement strident, qui par réflexe fit accourir tous les infirmiers présents. Laissant tomber son dossier, Hayley se précipita elle aussi.

- Monsieur Castle !

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Sometimes we're holding angels

And we never even know

Parfois nous approchons des anges

Sans même nous en rendre compte…

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2011. May.

« Je t'aime, Kate. Je t'aime… »

Assise en tailleur sur ses couvertures, les yeux rivés sur son portable, elle réfléchissait intensément. Après une longue hésitation, elle ouvrit le répertoire, le fit défiler avec lenteur. Trop vite pourtant, elle arriva sur son nom. Elle inspira puis retint son souffle dans une grimace, porta une main à ses pansements. Elle se levait et marchait depuis plusieurs jours déjà – elle n'aurait de toute manière pas supporté de garder le lit plus longtemps – mais elle en venait parfois à oublier ses blessures en pleine cicatrisation. Un mouvement brusque, une respiration un peu trop ample, et elle était vite rappelée à l'ordre…

Elle attendit que le battement sourd et douloureux disparaisse à son flanc gauche. À son réveil, elle avait été abasourdie de constater qu'elle avait mal là aussi en plus du point d'entrée de la balle – Josh lui avait expliqué que pour drainer le sang qui avait empli son poumon et compressé son cœur, il avait fallu passer par là. Sa respiration de nouveau régulière, elle reporta son attention sur son téléphone, se mordit la lèvre.

« J'ai besoin d'un peu de temps. »

« Bien sûr, bien sûr… Combien de temps ? »

Dans un soupir exaspéré, elle rejeta son portable sur les couvertures, leva ses yeux brillants vers la fenêtre. Un rayon de soleil illuminait déjà la pièce en cette heure matinale, réchauffait doucement sa peau frissonnante. Elle se passa une main dans les cheveux, la gorge serrée. Trop souvent ces derniers temps, elle était près de fondre en larmes, et elle aurait voulu être sûre que c'était seulement à cause de l'épuisement.

« Je vous rappelle, d'accord ? »

…Jusqu'à quand allait-elle hésiter ?

Quelqu'un frappa à la porte, et elle eut un sursaut qu'elle jugea ensuite démesuré. Elle essuya ses paupières d'un preste mouvement du poignet. Le battant s'ouvrit avec précaution, et une jeune femme en blouse bleue entra dans sa chambre, un dossier à la main. Son sourire s'élargit lorsqu'elle croisa son regard.

- Bonjour, Kate.

Elle se détendit en reconnaissant l'infirmière, femme d'une petite trentaine d'années, les cheveux blonds et bouclés ramenés en queue basse sur sa nuque. Elle eut un sourire.

- Bonjour Hayley.

- Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

- Pas trop mal. Tant que je ne fais pas de gestes brusques, la douleur est supportable.

- En tout cas, vous avez bien meilleure mine.

- Ne me donnez pas trop de faux espoirs, je ne me suis pas encore vue dans le miroir ce matin…

Hayley eut un petit rire et se saisit du tensiomètre, tandis que Kate, habituée, relevait déjà la manche de sa chemise et tendait le bras.

- On ne vous a pas vue hier, vous travailliez à côté ?

Elle avait rencontré Hayley Clark en service de réanimation, pendant les quelques jours qui avaient suivi son intervention à cœur ouvert. Comme beaucoup de ses collègues, l'infirmière alternait ses gardes entre la « réa » et le service de cardiologie voisin, dans lequel Kate avait été transférée une fois son état durablement stabilisé. Elle supposait que ce n'était pas le but premier d'une telle organisation, mais elle avait trouvé rassurant le fait de revoir des têtes connues et qu'elle savait compétentes à son changement de service.

- Non, pas cette fois. J'ai été réquisitionnée aux urgences, le week-end a été très chargé. Il y a des jours comme ça… Votre tension est bonne. Des vertiges, des palpitations ?

- Pas aujourd'hui, non.

- Le docteur Mortimer passera dans la matinée pour évaluer l'état de vos cicatrices, nous en profiterons pour changer vos pansements.

- D'accord… Et à votre avis, je pourrais sortir bientôt ?

L'infirmière ouvrit le dossier de sa patiente et le compléta.

- Vous vous remettez très bien, vos bilans sont corrects depuis une semaine, et même si votre blessure exige des soins journaliers, cela peut très bien être pris en charge par une infirmière à domicile… Nous en parlerons avec le médecin tout à l'heure, si vous le souhaitez, ajouta-t-elle dans un sourire.

Kate acquiesça simplement, et Hayley recommença de remplir le dossier tandis qu'elle regardait par la fenêtre, songeuse.

- Vous semblez nerveuse… Vous attendez un appel ?

Kate s'arracha à ses pensées pour rencontrer le regard bleu acier de l'infirmière, doux mais interrogateur. Elle avisa son propre portable, qu'elle tournait et retournait entre ses mains sans s'en rendre compte.

- Non… Ce serait plutôt l'inverse, mais…

Elle laissa planer un long silence, perdue dans ses réflexions. Elle finit par secouer la tête, et reposa le portable sur ses couvertures.

- Ça n'a rien d'urgent. Ça peut attendre que je sois sortie… Enfin, je crois.

Hayley referma le dossier et la contempla quelques instants, crut voir les yeux de sa patiente – un lieutenant de police, très douée d'après la rumeur – s'embuer de larmes. Celle-ci eut une courte inspiration, ponctuée d'un petit rictus de douleur.

- C'est compliqué, souffla-t-elle.

L'infirmière eut une hésitation puis effleura l'épaule maigre de la jeune femme.

- Kate… Pour être mariée à un flic, je suis consciente que ça ne doit pas être dans vos habitudes. Mais si d'ici votre sortie, vous souhaitez en reparler… Rappelez-vous que je ne suis pas loin.

Kate leva vers elle des yeux limpides, puis eut un sourire mince mais franc. En soins intensifs, Hayley avait l'habitude de discuter un peu avec chacun de ses patients. Après une certaine méfiance toute professionnelle, Kate avait bizarrement apprécié de dialoguer avec cette parfaite inconnue, du même âge qu'elle et d'un caractère qui s'était révélé assez proche du sien. Les longues et inconfortables journées, partagées entre la douleur de ses blessures et les nausées causées par la morphine, avaient semblé passer un peu plus vite lorsqu'Hayley était de garde…

- Oui… Merci à vous.

L'infirmière la salua d'un sourire et d'un signe de tête.

- À tout à l'heure, alors. Je reviendrai avec le médecin.

Hayley quitta la chambre et son occupante, qu'elle sentait en besoin de solitude. Dans le couloir, elle tergiversa un long moment avant de se saisir du téléphone du service sur son chariot de soin, et de composer de mémoire un numéro. Elle attendit quelques instants que son correspondant décroche.

- Oui, c'est Hayley… l'infirmière en cardio.

Cette brève présentation parut suffire. D'une voix neutre, tout en vérifiant que nul autre ne l'entendait, elle continua.

- Elle va bien, elle sortira probablement dans les prochains jours.

Son interlocuteur posa quelques questions, auxquelles elle refusa de répondre. Elle eut une longue inspiration.

- Je vous contacterai le jour de sa sortie pour vous prévenir, mais ça s'arrête là. J'ai eu l'occasion de la connaître, et je n'aime pas jouer ainsi double-jeu avec elle.

L'autre fit une remarque, et elle eut un mince sourire.

- Je sais que c'est votre amie, M. Castle. C'est l'unique raison pour laquelle nous avons cette conversation. Ah, pendant que j'y pense, vous pouvez garder votre exemplaire dédicacé, je l'ai déjà et sans gribouillis. Mes renseignements sur votre amie ne sont pas à vendre.

Elle raccrocha, reposa le téléphone et leva les yeux au ciel avant de se plonger dans l'écriture de son dossier.

- Les hommes, je vous jure…

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Don't know if we'll make it

But we know

We just can't let it show

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Nous ignorons si nous atteindrons nos buts

Nous sommes cependant certains

Qu'on ne peut montrer ce qu'on ressent…

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2011. November…

Le whisky chatoyait. Atone, elle se perdit dans la contemplation de cette robe dorée et tentante, puis d'un geste las porta le verre à ses lèvres, le vida d'un trait. La liqueur chatouilla ses papilles, brûla sa gorge tout en la dénouant, effet secrètement escompté. Dans un soupir elle se servit un deuxième verre et se recroquevilla dans le creux du canapé, les jambes ramenées en tailleur contre elle. Elle renversa la tête en arrière et ferma les yeux, laissant le Scotch faire son office sur son estomac vide.

Peu à peu ses pensées se brouillèrent, autant grâce à l'alcool qu'à l'heure plus que tardive qui l'invitait à somnoler. Elle se laissa porter, négligeant ses larmes qui menaçaient de jaillir à tout instant. La journée avait été plus qu'éprouvante : lorsqu'elle songea à son rendez-vous chez son chirurgien, qu'elle avait revu le matin précédent, elle avait l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis.

Etrange paradoxe : alors que ce médecin lui avait affirmé qu'elle était totalement remise, sa cicatrice ne lui avait jamais fait aussi mal, ni aussi longtemps. Peut-être était-ce dû à la fatigue… Par instants la balle la lançait si fort qu'elle avait du mal à inspirer. Elle eut un soupir exaspéré qui lui arracha une grimace, et fronçant les sourcils, prit une nouvelle gorgée de Scotch. Son regard s'abîma dans un examen distrait de la fresque qui décorait tout un mur de son salon : sombre et chaotique, la peinture d'Alex Gross n'avait jamais aussi bien illustré sa propre vie. Dire que lorsqu'elle avait fait l'acquisition de cet appartement, elle avait trouvé un certain charme à cette image... Ce soir, elle lui donnait plutôt la nausée. Avec un grognement méprisant, elle vida son deuxième verre, s'en versa machinalement un troisième. Elle le fixa ensuite avec circonspection, et finalement le reposa sur la table basse, à côté de la bouteille qu'elle ne sortait jamais de son placard. Enfin, presque jamais. Le niveau de Scotch avait brutalement baissé ces derniers temps…

Fallait-il qu'elle soit vraiment stupide pour tomber dans les mêmes affres que son alcoolique repenti de père… Jim Beckett avait toujours eu un faible pour l'alcool, et la mort brutale de son épouse avait transformé ce penchant en un insurmontable vice. « Les chiens ne font pas des chats », semblerait-il.

Elle glissa une main fatiguée dans ses cheveux, les yeux brillants, des souvenirs plein la tête : d'abord la découverte du corps de Volivera dans la décharge, puis leurs recherches qui les avaient conduits au Four Seasons et à son gala. La soirée sous couverture, l'arrestation de Wood, son « escapade » avec Castle…

Le chagrin la prit à la gorge au rappel de son sourire, charmeur et tendre sous les lumières changeantes de la ville. Elle le revit inerte au bord de cette piscine, puis inconscient et vulnérable sur son lit d'hôpital, et manqua de peu de vider son troisième verre cul sec. Elle avait fait le bon choix… Du moins, il fallait qu'elle s'en persuade. Elle avait toute la nuit pour ça…

« Je suis désolé d'avoir été une gêne… »

Castle dans ce somptueux costume noir, au beau milieu de ce gigantesque hall, une expression plus neutre que jamais sur son visage d'habitude rieur, comme si la découverte du corps de Nashburn avait creusé une nouvelle faille entre eux…

« …Au revoir, Beckett. »

Une larme épuisée et fiévreuse glissa sur sa joue, et elle l'essuya avec rage. Jamais elle n'aurait dû l'embrasser ce soir, elle n'avait définitivement pas eu les idées claires ! Dire qu'elle l'avait pris au sérieux quelques mois plus tôt lors de la fusillade… A en croire son départ précipité après qu'elle ait fait le premier pas au Four Seasons, la déclaration de Castle au cimetière n'avait été que du vent, un acte irréfléchi alors qu'il était en proie à la panique. Tout comme elle au bord de cette piscine…

Mais ce sourire ébloui qu'il avait eu quand elle avait enfin prononcé les mots ? Cette main caressante et un rien tremblante, qui l'attirait à lui tandis qu'ils échangeaient un deuxième baiser brûlant ? Que signifiaient-ils alors ?

Le cœur serré et la gorge douloureuse à force de retenir ses larmes, elle se redressait sur le canapé pour s'emparer de son verre, quand une sonnerie stridente la fit sursauter. Elle décocha un regard noir à son téléphone fixe abandonné près d'elle, que dans son départ en hâte pour le Four Seasons elle avait jeté sur le canapé. A une heure pareille, ça ne pouvait être que le commissariat. Le monde ne pouvait-il pas s'arrêter de tourner deux minutes, qu'elle puisse récupérer en paix !

Un court instant, la fatigue, son état de nerf et les deux verres de Scotch déjà ingurgités faillirent la persuader de faire la sourde oreille. Puis dans un profond soupir, elle se saisit du téléphone et décrocha sans y regarder, persuadée d'avoir au bout du fil Maggie la standardiste de nuit du 12e.

- Allô, marmonna-t-elle avant de s'éclaircir discrètement la voix.

- Bonsoir… Pardon de vous déranger à une heure aussi tardive, pourrais-je parler au lieutenant Beckett ?

Le timbre clair et humble, nettement embarrassé, n'était certainement pas celui de leur acariâtre standardiste, mais il lui était cependant familier.

- C'est moi-même… Qui est à l'appareil ?

- Hayley Clark, je suis infirmière au Mercy Hospital. Je travaillais en service de réanimation lorsque nous nous sommes rencontrées en mai dernier…

Beckett fronça les sourcils quelques instants, puis le visage avenant de la jeune femme lui revint en mémoire. S'il y avait eu une personne avec qui elle avait sympathisé pendant son hospitalisation, c'était bien elle…

- Je me souviens de vous. Que puis-je pour vous, Hayley ?

Mais elle avait à peine prononcé ces mots que sa gorge se nouait sous l'appréhension.

- C'est à propos de votre collègue, Richard Castle. Je suis désolée, Kate, sa mère est la seule autre personne mentionnée dans son dossier et elle est injoignable. Alors j'ai pensé qu'il fallait vous prévenir, et j'ai ressorti votre propre dossier…

Beckett se leva avec lenteur, le cœur battant à tout rompre. Elle qui cherchait à fuir ses pensées depuis qu'elle était rentrée, les quelques mots d'Hayley suffirent à les balayer, ne laissant en elle qu'un grand vide terrifiant.

- Après le départ de son ex-femme, M. Castle a signé une décharge et est sorti contre avis médical. Il a quitté l'hôpital il y a un quart d'heure.

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It's everything you wanted,

It's everything you don't

It's one door swinging open and one door swinging closed

C'est tout ce que tu souhaitais,

Tout ce que tu refuses

Une porte qui s'ouvre, et une autre qui se referme…

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« La pénombre régnait dans son appartement, tout juste écartée par la lumière chaude et vaillante de sa lampe de bureau. Dehors, la pluie tombait drue sur la ville, emplissant l'atmosphère de son chant assourdissant.

Les lettres pixélisées couraient au fil de sa pensée. Sans quitter des yeux son article à l'écran, il chercha à noyer son cœur lourd et amer dans une énième gorgée de bourbon : mais la liqueur épaisse, chaude et puissante d'ordinaire, n'avait plus aucune saveur sur ses papilles blasées. Il reposa son verre dans un grognement, et ses doigts recommençaient leur course effrénée sur le clavier lorsqu'on frappa à la porte. Il se figea, surpris, l'oreille tendue, puis jeta un regard soupçonneux à sa montre. La nuit était plus qu'avancée…

On frappa de nouveau, d'une manière plus pressante et qui lui apparut soudain comme familière. Son cœur fit un bond. D'abord interdit, il quitta son ordinateur et s'avança d'un pas incertain jusqu'à la porte d'entrée. Un coup d'œil à travers l'œilleton le laissa stupéfait puis indécis. Il posait la main sur la poignée lorsque pour la troisième fois la porte vibra sous les coups assénés, de plus en plus forts. Il déglutit faiblement, son visage se fit aussi neutre que possible, et enfin il ouvrit.

Elle était là, sur le pas de sa porte. Les vêtements trempés, les cheveux en bataille gorgés d'eau, le teint rendu blafard par le froid nocturne et le déluge. Ses grands yeux, ourlés d'un mascara noir depuis longtemps gâté par la pluie, étincelèrent en croisant les siens. Haletante, elle murmura.

- Mais qu'est-ce qui t'a pris ? T'es complètement cinglé !

Nullement impressionné par son franc-parler, il lui rendit son regard noir avec les intérêts. Elle s'apprêtait à lui siffler une autre insulte, mais son reproche mourut sur ses lèvres bleuies de froid. Elle plissa les paupières, incapable de détacher ses yeux des siens.

- Je te hais !

Ses prunelles luisirent de ressentiment alors qu'elle lui crachait cet ultime aveu murmuré. Il baissa légèrement la tête, silencieux et de marbre, son regard hurlant pareillement sa rancœur et sa hargne. Ils se fixèrent ainsi un long, très long moment, se refusant l'un comme l'autre à être celui qui cillerait, vaincu.

Le tonnerre gronda au loin, et la pluie redoubla son martellement forcené sur les toits. Peu à peu, la respiration saccadée de la jeune femme se régula, et ses lèvres se crispèrent. Il leur accorda un bref coup d'œil, les trouvant comme toujours et bien malgré lui tentantes, hypnotiques : à les voir ainsi violettes, il brûlait d'envie de les étreindre, les réchauffer, les ranimer. Son brusque désir latent dut se lire dans ses yeux, car elle eut un frisson, lui décocha un regard hargneux. Sur la défensive, elle se crispa davantage, avala discrètement sa salive. Ses sourcils se froncèrent, trahissant son trouble soudain. Elle eut une courte inspiration, et sa voix s'éleva encore, habitée d'un tremolo inattendu.

- Je te hais… ! répéta-t-elle.

Et sur ces mots elle franchit le seuil d'un bond. Ses mains gantées et glacées agrippèrent sa nuque, se perdirent dans ses cheveux tandis qu'avec brutalité elle écrasait ses lèvres sur les siennes. Pris de court le temps d'un quart de seconde, il l'enlaça ensuite, claquant la porte d'un même geste. Emporté par l'élan de la jeune femme, il recula de quelques pas et emprisonna sa taille entre ses bras puissants, indifférent au fait qu'elle était trempée. Dans un soupir qui le fit frissonner, elle força l'accès de ses lèvres, approfondit le baiser avec ardeur, inhabituellement empressée tandis que ses mains glissaient sous sa chemise : elle eut alors un grognement déçu et d'un geste vif, sans rompre leur baiser, elle se défit de ses gants et les jeta à leurs pieds. Avec la même brutalité il la débarrassa de son manteau gorgé d'eau qui tomba au sol dans un bruit mat, l'étreignit avec force jusqu'à lui arracher un gémissement d'envie. Puis il quitta ses lèvres pour son cou, gratifia sa peau glacée de baisers aussi pressés que tendres, recueillant l'eau qui l'avait transie avec autant d'application que ses soupirs de bien-être, qu'exceptionnellement elle ne retenait pas. Avec vertige il sentit ses mains fines, agréablement fraiches, taquiner tour à tour les muscles frémissants de son dos, ses pectoraux vacillants au rythme de son souffle heurté.

De cette brusquerie toute féline qui la caractérisait, elle le repoussa soudain contre un mur, se pressa contre son torse avec une ferveur qui éveilla en lui une foule de sensations délicieuses et impatientes. Refusant de la laisser mener la danse, il échangea vivement leurs positions et la plaqua contre la paroi, emprisonna d'une main les siennes qui impatientes déboutonnaient déjà sa chemise, les maintint au-dessus de sa tête tandis qu'il affolait sa gorge palpitante de baisers avides. Elle eut un gémissement rageur, se débattit quelques instants avant de s'absorber dans la lutte enflammée que se livrèrent à nouveau leurs langues, leurs lèvres. Il glissa une main sous son pull, suivit la cambrure ensorcelante de ses reins qui s'accentua encore sous sa caresse, remonta avec une lenteur qui semblait presque chercher à calmer le jeu, faire durer le plaisir tout en intensifiant à l'infini la moindre de leurs sensations. Prisonnière de son étreinte, à sa merci, elle cessa soudain de batailler et s'abandonna contre le mur, pantelante. Il s'aperçut bien vite de ce changement radical, et étonné quitta son cou gracile qu'il goûtait avec délectation, tomba en arrêt devant son regard franc, voilé de larmes.

Stupéfait, l'ouïe soudain bourdonnante ne captant plus rien d'autre que leurs deux respirations sourdes et précipitées, il se recula. Elle le fixa entre ses cils, son expression d'habitude moqueuse ou hautaine ayant déserté son visage neutre, presque serein à la seule lueur de la lampe. Ses yeux en revanche étincelaient d'excitation, de peur et d'émerveillement entremêlés. Une larme glissa sur sa joue, ruinant un peu plus encore son maquillage qui nimbait ses prunelles d'un halo sombre envoûtant. Devant autant de beauté sauvage, aussi sincère qu'inaccessible, il eut la gorge nouée, lâcha ses poignets. Mais alors qu'il s'attendait à ce qu'elle se dérobe et s'éloigne, revenue à la raison, elle passa doucement ses bras autour de son cou.

- Nikki…

- Tais-toi, Jameson. Et embrasse-moi. Prouve-moi que tu es bien vivant. Je t'en supplie, embrasse-moi…

Joignant le geste à ses paroles où l'angoisse se disputait au soulagement, elle l'attira contre elle, scellant leurs lèvres d'une nouvelle étreinte éperdue. Il s'abîma en elle, en cette exquise sensation qui les liait depuis le premier regard et qui ne pouvait s'exprimer en mots, cette passion si impérieuse et si complexe qui finissait toujours par abattre leurs plus violents ressentiments… »

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Some prayers find an answer

Some prayers never know

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Le silence régnait dans le loft, uniquement troublé par la soufflerie discrète de son ordinateur portable et le cliquetis incessant des touches sous ses doigts fiévreux. Assis dans son canapé, Rick Castle mit un point final à sa phrase, vida d'un trait le verre qui à l'instar de son héros, trônait pareillement près de lui. Plissant le front, il porta une main à sa nuque, frôla avec précaution le pansement qui couvrait son occiput. Malgré les antalgiques, la douleur était encore bien présente, et la fatigue l'assaillait de courbatures. Les médecins, qui avaient tout tenté pour le retenir à l'hôpital, lui avaient recommandé d'éviter de s'endormir avant une bonne douzaine d'heures, au cas où il ferait un nouveau malaise et s'enfonce dans l'inconscience. Le sommeil et l'oubli qu'il induisait constituaient pourtant une idée bien séduisante dans de telles conditions…

Il se servit un autre verre et pensif, relut ce qu'il venait d'écrire sur un coup de tête pour Jameson Rook et Nikki Heat. Son regard se voila peu à peu : ses deux héros vivaient à nouveau une situation d'une ressemblance extrême avec la sienne, présentaient ainsi des réactions peu fidèles à leur personnalité. Il détestait cela. C'était comme trahir deux amis de longue date…

Après une brève hésitation, il effaça le texte d'un geste las. Au même instant, la porte d'entrée du loft s'ouvrait derrière lui avec précaution, et il réalisa subrepticement qu'il avait oublié de la verrouiller. Une paire de talons entra, s'efforçant de toute évidence d'être discrète. Il eut un regard pour l'horloge de son portable : il était près de 3 heures du matin.

- Bonsoir Mère. Je ne t'attendais pas avant deux ou trois bonnes heures.

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We're holding on…

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Le claquement réservé des talons sur le parquet s'avança et s'arrêta à quelques mètres derrière lui. A l'étonnement de l'écrivain, Martha qui pourtant rentrait d'une soirée cabaret haute en couleurs ne lui répondit pas d'une tirade épuisée mais comblée, vaguement théâtrale en dépit de l'heure tardive.

- Mère ?

Inquiet de ce silence, il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, et son cœur fit un bond en avant, soudain palpitant.

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and letting go

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Debout au milieu de son salon, muette et troublée, Beckett lui rendait son regard.

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xxxxxxx

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Il est temps de lever le secret… Après la scène apparemment mémorable de la piscine, rendez-vous bientôt pour le deuxième moment phare de cette fic !

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à vous manifester ! Avec ce que je prévois dans le prochain chapitre, je risque d'en avoir bien besoin…

Le lien vers la vidéo qui a tout déclenché – veillez à enlever les espaces…

you tu. be /wl9Sutm0zYI

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En attendant le prochain chapitre, n'hésitez pas à venir faire un tour sur ma page Facebook. Toute neuve, elle ne demande que votre présence et vos avis pour évoluer…

www. facebook pages/Elenthya/295640977174321

A bientôt !

Elenthya