Eh, oui, cela fait longtemps, je le conçois, mais parfois on n'est pas maître de son inspiration et combien même elle est là, elle n'est pas toujours très inspirée... Bref, je ne sais pas si vous voyez où je veux en venir. Tout cela pour vous dire que ce que j'avais prévu pour la suite de ma fic ne me plaisait guère et que je me suis fait violence pour trouver d'autres chemins. De devoir effacer des pages et des pages est une expérience singulièrement éprouvante, je ne vous la souhaite pas. Et l'envie de reprendre une histoire qui vous donne le tournis et un mal de tête à vous cogner contre les murs n'était pas forcément là. Certains parmi vous, chers lecteurs, m'ont fait comprendre qu'il était dommage d'abandonner et je vous remercie de m'avoir donné le courage nécessaire pour continuer. Merci encore à tous et à toutes et j'espère que l'évolution de l'affaire et de la relation entre nos deux partenaires va vous satisfaire.
Bonne lecture !
CASTLE
MOTUS ET BOUCHE COUSUE
ONZE
Une porte fermée les avait accueillis. Le plastique rouge ridiculement pétard qui ornait l'ouverture de la StokEntertainement reflétait leurs visages déçus. Enfin, Castle était déçu, Beckett était contrariée. Ce n'était pas le fait de devoir chercher Stoke ailleurs -ils avaient l'adresse de son domicile-, c'était plus de devoir faire marche arrière et de reprendre la Crown Vic suivis par une horde de journalistes friands du moindre de leurs gestes et spéculant autant sur leur affaire que sur leur relation. D'ailleurs, ces ragots véhiculés par la presse commençaient à contaminer l'ambiance au poste. C'était étrange, ces mêmes ragots existaient déjà depuis longtemps au douzième mais, à présent que ceux-ci outrepassaient la sphère purement policière, ils étaient de plus en plus difficiles à ignorer.
-C'est étonnant qu'il n'ait pas laissé de mot, commenta Castle presque pour lui-même.
-Pardon ? Kate était encore perdue dans ses pensées, elle s'obligea à se focaliser sur l'affaire, elle aurait le loisir de réfléchir, de douter et de décider plus tard.
-Je disais qu'il n'a pas laissé de mot. Lorsqu'il y a fermeture exceptionnelle, on laisse un mot. Castle indiqua du pouce l'inscription avec les horaires. Ce devrait être ouvert aujourd'hui. Je ne vois pas un individu organisé comme Stoke ne pas prévenir sa clientèle.
-Sauf s'il n'a pas eu le temps de le faire.
-Vous voulez dire qu'il a pris la fuite ?
-Vous m'avez bien dit que le type que vous avez failli attraper vous surveillait.
-Un espion à la solde de Stoke... songea Castle en frôlant les égratignures sur sa joue.
-Ou Stoke lui-même.
-Non, je ne pense pas. Même déguisé, je l'aurais reconnu.
Beckett soupira et se prépara à redonner la face aux journalistes qu'elle avait tâché d'ignorer autant qu'elle avait pu.
-Retournons à la voiture, on a une chance de pouvoir le trouver chez lui.
Castle fit la moue. De toute évidence il n'éprouvait pas plus de joie qu'elle. Les quelques égratignures et la lèvre légèrement entaillée qu'il avait récoltées plus tôt dans la journée n'étaient pas passées inaperçues et les questions fusaient car la presse ignorait tout de sa petite expédition avec Ryan.
-Allons-y... soupira-t-il.
Ils se retournèrent, tous les deux, côte à côte et totalement synchronisés. La mine déterminée et le pas rapide, ils se frayèrent un chemin parmi les journalistes qui les avaient suivis depuis le poste. Rick se fit quelque peu bousculer et il leva le regard vers celui ou celle qui l'avait atteint. Il le reconnut tout de suite alors qu'il tentait de se faire discret dans sa retraite. Il n'avait plus de casquette, il ne portait plus de barbe postiche mais Castle n'hésita pas, son instinct ne le trompait jamais, enfin presque...
-Hé ! Castle rentra dans le flot de journalistes, écartant et poussant sans réfléchir. Il n'allait pas lui échapper cette fois-ci.
Kate voulut réagir tout de suite mais ne put le faire assez vite. On aurait dit un banc de poissons ! La jeune femme pesta contre les reporters qui s'étaient mis à courir après Castle et qui l'empêchaient de le rejoindre pour lui prêter main forte. Quelle poisse ! Les journaleux qui les avaient suivis depuis le Poste s'étaient ajoutés à ceux qui étaient déjà en position devant la StokEntertainement et cela faisait beaucoup trop de poursuivants entre elle et son coéquipier. Et si le type avait une arme ? L'adrénaline grimpa considérablement dans son organisme lorsque des images de son partenaire au sol, blessé ou pire, s'insinuèrent dans son esprit.
-Dégagez le passage ! Dégagez le passage ! Hurla Kate avec force.
Devant, Castle sentait que son cœur montait jusqu'à sa gorge et son visage se figea en un rictus de rage, rage envers lui-même. L'homme était plus jeune et plus léger, il ne l'avait pas vraiment distancié mais cela ne saurait tarder. Rick se sentait au bord de l'implosion, ses jambes avaient du mal à suivre le rythme et, cerise sur le gâteau, la presse était là. Si par malheur il se ridiculisait elle en ferait ses choux-gras. Il ouvrit grand la bouche et les narines, tentant de recueillir autant d'air que possible et s'obligea à accélérer. Ses muscles brûlaient, ses articulations se plaignaient et il avait la poitrine en feu mais l'écrivain ne pouvait pas s'arrêter, pas maintenant que la silhouette du fuyard redevenait distincte. Il fallait qu'il l'attrape au plus vite car l'homme s'approchait d'une des artères et il serait après assez facile pour lui de disparaître comme il l'avait fait auparavant.
Soudain, la voix de Kate retentit.
-Castle ! Castle ! Attention !
Mais l'écrivain ne l'entendit point. A la place il n'entendit que le bruit de pneus luttant désespérément pour accrocher l'asphalte comme de centaines de mains minuscules tentant de happer la moindre aspérité. Ce fut un mélange de crissement de freins, de cris d'étonnement puis d'effroi, d'odeur de caoutchouc brûlé. Il tenta d'agripper l'homme pour l'attirer à lui, pour lui éviter le sort que la voiture lancée trop vite lui réservait. En un clin d'œil, le corps sortit projeté et ses pieds agirent sans lui en demander la permission. C'est ahurissant, tout simplement impressionnant et inattendu ce que l'adrénaline qui se déverse à flots dans l'organisme peut accomplir en certaines occasions. Richard Castle en fit l'heureuse expérience. Cela lui sauva certainement la vie. Le fuyard, lui, n'eut pas tant de chance.
Kate, les yeux exorbités et le cœur en émoi face à ce qui paraissait inévitable s'arrêta net. Ses jambes ne voulurent se mouvoir en voyant un corps sortir propulsé quelques mètres plus loin. La suite des événements lui semblait tellement prédictible et terrible que son cerveau ne put digérer les signaux que ses yeux lui envoyaient assez rapidement. Elle ne comprit pas comment l'imposante masse qu'était Castle avait réussi à se hisser sur le capot puis rouler sur celui-ci. Sa chute fut moins gracieuse cependant et il ne se releva pas aussitôt. Il avait le dos meurtri et il était tout aussi abasourdi par sa réaction totalement intuitive que l'était Kate. Le bruit des paparazzis les ramena à la réalité et la jeune femme contourna la voiture qui lui barrait le passage. Elle ne se soucia pas des appels des journalistes, ni des deux jeunes gens effrayés et hébétés qui en état de choc ne parvenaient à s'extirper de l'habitacle, ni du fuyard qui de toute évidence en avait fini de leur fausser compagnie. Elle entendait les sons qui l'entouraient comme si on l'avait enfermé dans une boîte.
-Mon Dieu ! S'exclamaient certains.
-Ici, il a besoin d'assistance médicale ! S'écriait un homme parvenu jusqu'au fuyard.
-Castle est au sol ! S'empressait de dire une journaliste, toujours un micro à la main.
Mais Kate n'entendait rien. Toute son attention était mise en cet homme qui la regardait avec des yeux brillants et bien vivants depuis le sol. Il se redressa tout doucement, testant avec précaution ses muscles, ses os, ses articulations. Une douleur diffuse dans le dos le fit grimacer légèrement mais il ravala toute plainte en voyant l'air concerné de sa coéquipière. Il pouvait ressentir la peur, l'angoisse dans ses gestes et une furie qui grondait au fond de ses pupilles dilatées. Elle l'agrippa par le col de son imper sans y réfléchir et le secoua. Castle la regarda, bouche bée, ne sachant si elle allait le frapper ou l'embrasser.
-Je vous ai dit de ne pas faire ça !
-Je... Vous me faites mal, dit-il dans un murmure, grimaçant.
Kate lâcha l'imper et posa ses mains à plat sur sa poitrine dans un geste bien plus tendre. Elle le regarda et déglutit. Elle tremblait tout autant que lui et cela choqua Castle.
-Vous vous sentez bien ? S'enquit-il, oubliant sa douleur pour se centrer sur sa détresse à elle.
-Euh, oui, parvint-elle à articuler. Elle s'éloigna légèrement, consciente de tous les regards qui se braquaient sur eux et des flashs qui crépitaient. C'était une réaction tout à fait incontrôlée. Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Et vous ? Continua Kate d'une voix mal assurée.
-Je vais bien, la rassura Castle, esquissant un léger sourire tout à fait forcé. Il se sentait comme si un bus lui avait roulé dessus et un tremblement incontrôlable le secouait encore mais il avança en clopinant pour suivre sa coéquipière qui avait repris son rôle.
-C'est une scène de crime, tout le monde s'écarte ! Cria-t-elle à l'adresse des journalistes et des badauds. Écartez-vous !
Sa voix pleine d'autorité eut l'effet escompté et bientôt elle put s'approcher de l'homme au sol. Les yeux presque clos, il suivait Castle du regard. Il tenta de bouger une main, la leva légèrement vers l'écrivain, tenta de parler mais rien ne sortit de sa gorge contractée. Kate se baissa tandis que Castle appelait le poste, ignorant de la scène qui se déroulait à quelques pas de lui.
-Gardez votre énergie Craig, lui intima Beckett qui à présent que son visage s'offrait entièrement à sa vue n'eut aucune difficulté à le reconnaître. Soudain, la douleur disparut du visage de Craig. Son attention n'était plus focalisée sur Castle mais sur Kate.
-Vous êtes... dit-il dans un léger souffle. Ses paupières se fermaient, il allait perdre connaissance.
Castle se baissa pour mieux entendre. Il dut poser sa main sur l'épaule de sa partenaire pour garder l'équilibre dans une position qui le faisait souffrir.
-Je...
Le pauvre type ne pouvait lâcher un mot sans qu'une décharge de douleur ne se répande tout le long de son corps démoli. Son regard revint sur Castle et sa main gauche se ferma sur le bas de l'imper de l'écrivain qui fixa la main, interloqué.
-Je... Mais les mots moururent dans la bouche dont les lèvres bougèrent encore quelques secondes comme ses yeux se fermèrent cette fois-ci pour de bon.
Kate tata le pouls à la carotide avec un soupir de soulagement.
-Il s'est évanoui.
-11-
Très vite, les gyrophares des voitures de police et des ambulances se rejoignirent dans cette artère new-yorkaise à présent coupée. Les lumières dansaient dans toute leur intensité sur les visages avoisinants et engendraient des éclats irisés sur les surfaces lisses. Des policiers en civil s'employaient à maintenir les curieux à l'écart et un concert de klaxons avait lieu de l'autre côté de l'avenue, là où la coupure avait pris au dépourvu les automobilistes qui lâchaient sa mauvaise bile les uns sur les autres. Kate Beckett jetait un regard circulaire autour d'elle. Les portes de la première ambulance se fermaient déjà sur Craig et le ronronnement du moteur s'intensifia lorsqu'elle se mit en branle. L'autre ambulance se trouvait à l'opposé et Kate avança vers elle, n'y tenant plus.
Elle allait toquer à la portière arrière quand Espo et Ryan l'interpellèrent.
-Comment va Castle ? Demanda Espo, concerné.
-Bien, assez bien, malgré les circonstances. Il avait l'air quelque peu secoué et même s'il n'a rien dit, son dos semblait le faire souffrir.
-Si Castle ne s'est pas plaint, c'est qu'il doit en baver vraiment, rétorqua Kevin connaissant le goût pour la dramatisation de son ami.
-Oui... acquiesça Kate qui pensait de même. J'ai fait appeler une ambulance pour lui mais j'ai dû le convaincre d'abord. Ça a été dur, il voulait partir chercher Stoke tout de suite.
-Nous irons le cueillir à votre place, offrit Espo.
-Je sais pas... répondit Kate qui se remémorait la détermination de Castle à l'égard de l'homme d'affaires.
-C'est peut-être mieux que nous y allions, appuya Kevin. Votre tandem d'enfer attire beaucoup trop l'attention des médias, renchérit-il en montrant d'un geste de la tête la foule équipée de caméras et de micros.
-Ouais, nous aussi on veut notre part de célébrité. Castle va prendre la grosse tête.
-Je croyais qu'il l'avait déjà, répliqua Ryan, sentant que la plaisanterie faisait du bien à Kate.
-Non, ce sont ses chevilles qui sont sur-dimensionnées.
À ce moment là, la portière s'ouvrit et Beckett dut se pousser précipitamment. Le docteur en sortit et lui décocha un sourire réconfortant. Tout de suite, ce nœud qui s'était formé au creux de son estomac sembla se relâcher quelque peu et elle expira bruyamment. Depuis quand avait-elle gardé l'air dans ses poumons, Dieu seul le savait ! Ryan et Espo se firent à un côté et d'un hochement de tête lui signifièrent qu'elle devait entrer, seule. Ce qu'elle fit, sans tarder et en fermant la porte. Castle reboutonnait sa chemise, le visage fermé. Soudain, il leva la tête, sentant le regard braqué sur lui. Il s'immobilisa, ses doigts restèrent figés sur la chemise à moitié ouverte et sa bouche s'ouvrit, cherchant quelque chose à dire que son cerveau ne parvenait absolument pas à articuler. Le temps s'était arrêté.
-J'ai eu peur, dit Kate dans un murmure.
-Moi aussi... répondit Castle et se fustigea mentalement aussitôt.
-J'ai cru que j'allais vous perdre, continua-t-elle sans relever.
-Jamais. Sa voix était assurée à présent ou du moins il faisait tout pour qu'elle le semblât. Sa partenaire, cette femme qu'il aimait à se damner, éprouvait le besoin d'être rassurée, il le sentait dans le ton de sa voix, le voyait dans ces iris sombres posés sur lui. Et bien qu'il fut loin de ressentir cette assurance, il alla puiser aux tréfonds de son âme la force nécessaire pour atténuer cette crainte qui semblait l'atteindre de plein fouet en cet instant même. Le cœur de Castle pleurait les larmes qu'elle se refusait. L'écrivain aurait voulu qu'elle les laissât s'échapper. Il oserait alors l'envelopper d'une étreinte apaisante, il pourrait alléger cette douleur qui sourdait de tout son être et qui était à ses yeux bien pire que la détresse physique dans laquelle il se trouvait.
-Tu le promets ?
Castle fut déboussolé un instant par le tutoiement soudain mais il se ressaisit vite.
-Je te le promets.
Elle s'approcha de lui, doucement, le regard baissé mais avec un sourire timide flottant sur ses lèvres. Castle ne bougeait pas, interdit. Elle avait été ouverte envers lui comme jamais. En à peine quelques mots, en quelques gestes, Kate était parvenue à se délivrer de sa cuirasse pendant quelques instants, pas complètement mais peu en fallait. Il était perdu, il ne savait plus comment réagir. Devait-il profiter de ce moment pour continuer à éroder le mur ou la laisser mener la barque ? Elle était vulnérable, d'une fragilité .déconcertante. Se laisserait-elle consoler ?
Ces quelques pensées se déroulèrent à une vitesse folle dans la tête endolorie de Castle. Ses yeux suivaient les pas de la jeune femme au ralenti comme si le mince écart entre leurs corps eut été d'une longueur considérable. Il revint sur terre en sentant les mains de la jeune femme écarter les siennes. Elle entreprit de boutonner la chemise avec une tendresse infinie. Assis sur le brancard, il n'avait qu'à baisser la tête pour que son menton puisse frôler les mains de Kate comme elles s'approchaient du col mais son regard resta accroché à son visage. Finalement, une larme, une seule, était parvenue à gagner la bataille et elle roulait sur sa joue. C'était une vision intenable pour Rick. Machinalement, il l'essuya avec un geste doux et Kate sembla s'enfoncer davantage dans sa douleur. A présent, la peur de le perdre s'était conjuguée aux quelques remords qu'elle ressentait d'avoir laissé les émotions la gagner de façon si visible. Au plus profond d'elle-même, elle craignait que cette soudaine vulnérabilité mise en évidence la dépeigne de manière moins flatteuse aux yeux de Castle. Mais il n'en était rien et Rick le lui démontra. Le même doigt qui avait effacé la preuve de sa faiblesse lui levait à présent le menton.
-Kate...
-Je suis désolée. C'est toi qui as failli passer sous une voiture et voilà que c'est moi qui...
-Je vais bien. Ce n'est rien. Rien qu'un peu de repos ne puisse arranger.
Soudain, la proximité leur fut évidente et l'angoisse passée, l'air se chargea d'électricité. La main de Castle abandonna le menton de Kate pour aller caresser sa joue et la jeune femme y glissa ses doigts fins. Les yeux de Kate lui parurent plus grands que jamais et il fut captivé par ce magnifique ambre cerné de noir. Mordorés, se dit-il, ils sont mordorés. Elle le regardait avec adoration et son cœur commença à battre de façon erratique. Il se sentait défaillir et ses blessures n'en étaient pas la cause.
Kate, de son côté, éprouvait des sentiments contradictoires. Elle mourait d'envie de joindre ses lèvres aux siennes. Son visage était quelques centimètres plus haut que le sien et elle ressentait un besoin impérieux de le rassurer, de le prendre dans ses bras. Mais elle sentait ses jambes se dérober sous son propre poids. La chaleur de sa main et la caresse de son regard faisaient naître d'étonnantes sensations au creux de son estomac. Il avait envie de l'embrasser mais ne l'osait pas. Elle avait envie de qu'il ose mais ne pouvait se résoudre à le faire elle-même. Elle ne s'en sentait pas le courage. Un imbroglio insurmontable se jouait dans sa tête.
Mais Castle se leva et le rapport de force changea. Malgré ses talons démentiels, il restait plus grand qu'elle. Pour ne pas rompre ce lien avec ses yeux bleus si expressifs, elle releva légèrement la tête et fut surprise de sentir les lèvres de Castle sur les siennes. Ce fut bref, doux, une simple pression à laquelle elle eut à peine le temps de répondre. Dès qu'il s'écarta un sentiment de manque les envahit.
-Nous avons une affaire à régler, dit-il doucement, les mots venant frôler les lèvres de la jeune femme. Kate lâcha sa main à regret et finit de fermer un bouton profitant avec un dernier coup d'œil des quelques centimètres de pectoraux qu'elle entrevoyait.
-Nous continuerons à discuter plus tard, ajouta-t-il passant la langue sur ses lèvres, goûtant encore le baume à la cerise de Kate.
-"Discuter"... c'est comme ça que tu appelles ce genre d'activités ? Le taquina-t-elle le retenant par le col de la chemise.
-Il s'agit bien de communication après tout, continua-t-il dans la même veine. Il mit une mèche des cheveux derrière l'oreille de la jeune femme avec une douceur qui la surprit et qui contrastait avec le ton mutin de leur conversation.
Cette fois-ci ce fut Kate qui écourta la distance entre eux et vint plaquer un baiser plus intense. Castle étouffa une plainte qui finit par se transformer en un soupir tout à fait approbateur malgré la douleur qui irradiait par la plaie de sa lèvre inférieure. Il y a de ces douleurs qui valent la peine. Il y avait de quoi en devenir masochiste lorsque le tortionnaire n'était autre que Kate Beckett. Cette fois-ci ce fut elle qui s'écarta et l'écrivain resta les yeux fermés et la bouche entrouverte ce qui fit sourire sa partenaire.
-Comme tu disais, nous aurons le temps de discuter une fois tout cela fini, lui renvoya-t-elle en lâchant son emprise sur la chemise à présent plus fripée que quand il était entré dans l'ambulance.
-Allumeuse, lâcha-t-il, sentencieux.
Lorsque la portière de l'ambulance s'ouvrit et Kate Beckett en sortit, elle s'était recomposée une attitude. Son visage était impassible et était hermétique au bouillonnement interne que les derniers événements provoquaient. Castle lui emboîta le pas, l'air sérieux, quelque peu meurtri dans ses chairs. Son visage de Poker n'affichait absolument pas l'exaltation qui l'habitait. Ils étaient tous deux déterminés à trouver une issue à cette affaire, non seulement pour les victimes mais aussi pour eux-mêmes.
Le portable de Kate se mit à sonner. L'ID d'Espo s'afficha.
-Dis-moi.
-Nous sommes chez Stoke. Mais notre oiseau n'y est pas.
Beckett soupira, irritée. Cette affaire avait le don de l'exaspérer. Elle se tourna vers Castle qui la regardait tentant de comprendre. D'habitude elle mettait le haut-parleur pour partager les informations avec son partenaire mais avec tous ces individus friands de nouvelles fraîches elle était obligée de s'en passer.
-On va demander un mandat...
-Pas besoin. La porte était entrebâillée lorsque nous sommes arrivés. Stoke n'était nulle part mais en plein milieu de son salon il y avait une énorme flaque de sang.
Elle se tourna une fois de plus, cherchant Castle mais il n'était nulle part.
-On arrive, dit-elle en raccrochant. Si je le retrouve, continua-t-elle à l'adresse de personne en particulier.
La porte de l'ambulance s'ouvrit et un Castle confus en sortit. Il avait oublié son imper. Mais son visage montrait la confusion. Les mains enfoncées dans les poches, il s'avança vers Kate.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Si je suis parti en courant après Craig c'est parce qu'il m'a bousculé.
-Il est venu te bousculer exprès... Pourquoi ?
-Je pense le savoir. Il a glissé quelque chose dans ma poche.
-Ne me le montre pas ici. Retournons à la Crown Vic.
Voilà, le chapitre se termine ainsi. J'espère que malgré cet énorme délai cela en aura valu la peine. A bientôt!
