POV Isabella
Le temps semblait fuir sous mes doigts. Dans quelques minutes j'allais être annoncée officiellement comme la fiancée de notre bon Roi Edward.
Mon cœur battait la chamade tandis que je circulais entre les nobles réunis pour l'occasion. Je savais déjà que parmi eux se trouvaient mes ennemis de demain. Quand je serai proclamée future Reine du royaume, je deviendrai une menace pour tous ceux ayant les yeux sur le trône. Un roi sans héritier peut être tué à la guerre ; un enfant héritier du trône ne meurt pas aussi facilement, ou du moins pas aussi rapidement. La mort du père d'Edward et la Régence de la Reine-Mère leur avait servi de leçon. Je devais de plus prendre en compte les jeune filles nobles à qui j'allai ôter les rêves d'un mariage royal. Je ne doutais pas d'être très prochainement victime de coups bas immatures de leur part.
Alice et Esme avaient en très peu de temps pris une place importante dans ma vie et mon cœur. Le contact de la Reine-Mère me réchauffait de l'intérieur. N'ayant pas eu de mère, ou si peu de temps, je découvrais la figure maternelle que j'avais toujours souhaitée avoir en grandissant.
Flashback
Trois coup se firent entendre à la porte. C'était le signal que nous avions convenu avec Angela. Je me détendis et lui donnait l'ordre d'entrer sans relever la tête de mon occupation. Je triai mes livres par auteurs et par ordre d'idées. Ils appartenaient à ceux que certains appelait "subversifs". La haine des hommes pour la connaissance m'étonnera toujours. Il me semblait qu'il était de notre devoir d'emmagasiner le pus de choses possibles pour ensuite les utiliser à des fins charitables. Tant de gens avaient besoin d'aide. C'est ainsi que j'étais devenu incollable sur les plantes et leurs vertus. De nombreux villageois me devaient la vie. Et dire qu'on se plaisait à infantiliser les femmes au lieu de les instruire… Combien de malades sauvés si toutes ces âmes étaient aussi curieuses et désireuses d'apprendre que moi…
Je relevai finalement la tête. Angela n'était pas revenue seule. En face de moi la Reine Esme m'observait. Je fermai rapidement la caisse ; les personnes en possession de ce genre de livres étaient généralement sévèrement punies par les autorités, voir condamnées à la damnation éternelle par les prêtres. En ces temps de guerre, les hommes tenaient particulièrement à leur âme et aux promesses d'un monde meilleur.
Je baissai les yeux, me relevai du sol et lissai ma robe avant d'accomplir une légère révérence. Je l'invitai à s'asseoir, incertaine de la raison de sa visite. Je m'étais attendu à une introduction plus solennelle faite par Edward.
- Mon fils est-il à votre goût ? Demanda-t-elle avec un ton sérieux.
Cette question était si directe qu'elle brisa la glace. Mon rougissement et mes balbutiements m'offrirent l'amitié d'Esme plus rapidement qu'un long discours.
Sur le point de devenir la reine d'un royaume, j'avais plus que besoin d'une personne comme elle derrière moi. Contrairement à sa position durant la Régence, on ne me demandait pas de jouer un rôle politique. Edward était un combattant chevronné (selon les dires de mon père), il était intelligent, et surtout il était méfiant. Je me rassurais donc en me disant que j'avais peu de chance de me retrouver veuve.
Alice avait été à mes côtés depuis mon arrivée au palais. Seule Angela jusqu'ici avait mérité le titre d'amie et de confidente. Mais étant à mon service depuis toute petite, nous n'étions pas égales, il y avait de la soumission dans l'amitié qu'elle avait pour moi. Avec Alice le problème ne se posait pas. J'ignorais d'où elle venait et quel était son passé. Je me doutais qu'elle n'était pas issu de la noblesse par son absence de titre et l'absence de vœux officiels devant l'autel pour son union avec Sir Jasper. Pourtant sa place dans le palais et son autorité ne pouvaient être remis en question.
Toutes deux m'avaient appris les rudiments nécessaires pour survivre lors d'un tel événement. Cela s'était montré bien difficile en l'espace de deux jours, mais mes progrès étaient visibles.
La tête haute, l'esprit concentré sur mes pieds pour ne pas tomber, j'avançais à petits pas.
- Bella !
Je souris, soulagée d'avoir trouvé mon amie.
- Alice, quel plaisir de te voir.
- Je ne t'aurais abandonnée pour rien au monde ce soir, c'est un grand jour pour toi ! De plus Jasper n'était pas disponible, il semblerait que la guerre lui donne quelques soucis.
Je n'avais entrevu le général Whitlock qu'une seule fois, aujourd'hui même. Je l'avais reconnu par les descriptions d'Alice. L'amour qu'elle éprouvait à son encontre était grand, et j'avais développé une certaine curiosité pour ce militaire qui avait gagné aussi totalement son cœur.
J'avais en effet eu l'opportunité de passer deux petites heures en compagnie de sa Majesté. J'espérais en apprendre davantage au sujet de mon fiancé. Ayant connu sir Mickael depuis longtemps, il m'était étrange de me trouver promise aujourd'hui à une personne dont j'ignorais presque tout. A mon plus grand plaisir, il semblait que le Roi partageait mon sentiment.
Flashback
Esme venait de partir pour un déjeuner officiel. Un bal ne m'avait jamais semblé aussi menaçant. Tant de choses à apprendre en si peu de temps. A la Colline d'Or ces simagrées étaient inutiles. Nous venions pour danser et nous amuser, ici tout était politisé. Un soupir m'échappa. Mon apprentissage ne faisait que commencer, j'allais devoir me plonger dans cette "politique" pour comprendre l'environnement dans lequel j'allais vivre, et surtout pour ne pas tomber dans les pièges de la noblesse.
Un coup à la porte me fit sursauter. Je me relevai du lit sur lequel je m'étais affaissée et défroissai un peu ma robe avant de faire signe à Angela d'aller voir ce qu'il en était. Elle passa dans le petit boudoir qui servait d'entrée et de pièce d'attente. Mes appartements comportaient plusieurs pièces, ce boudoir était destiné au public, seuls mes intimes entraient plus avant.
Angie revint rapidement, les joues rouges :
- Le Roi…
Je souris en comprenant l'aspect de mon amie. Les récits de sa Majesté l'avaient toujours beaucoup impressionnée, j'avais d'ailleurs parfois soupçonné mon père d'exagérer certaines aventures juste pour la faire réagir. Qui pouvait l'en blâmer ? Il était une sorte d'idole pour beaucoup de villageois dans ma région. Mais avec la guerre et la famine…
Je me dépêchai de le rejoindre.
- Bonjour mon Seigneur. Que puis-je pour votre service ?
Je fus accueillie par un sourire qui fit accélérer les battements de mon cœur. Mes joues prirent la même teinte que celles d'Angela.
- Ayant un peu de temps je me demandais si vous souhaiteriez m'accompagner faire un tour. J'espère ne pas déranger l'une de vos activités ?
- Point du tout, Altesse. Votre mère vient juste de se retirer.
Il me tendis le bras, et je le pris.
En échangeant quelques banalités, nous descendirent au rez-de-chaussée. Il me mena vers une partie que je ne connaissais pas.
- Ceci est un jardin privé. Seule la famille royale peut y accéder.
En effet, je vis deux gardes à l'entrée.
- Certaines pièces du château le sont aussi. Nous sommes peut-être dans la base centrale du pouvoir, mais il s'agit aussi de ma maison… et de la vôtre maintenant.
Je sais que vous aimez la liberté et la nature. Hélas, j'ai dû vous interdire l'accès à l'extérieur du palais pour des raisons de sécurité. Toutefois, je peux vous offrir ce jardin en consolation.
Je découvrais alors un endroit paradisiaque. Le lieu ressemblait à une clairière. Des fleurs de toutes les tailles formaient un tapis multicolore. Des papillons et des abeilles volaient ça et là. L'air embaumait comme en plein mois de juin.
Je me retournai vers lui, des questions plein les yeux.
- La magie n'a pas lieu dans notre royaume, ses dangers nous ont menés à l'interdire, cependant il arrivait à mon père de l'utiliser à des fins ludiques.
Il s'agissait de la première manifestation réellement magique à laquelle j'assistais. La magie était officiellement interdite dans les quatre royaumes, mais ce n'était pas un secret, du moins pour le Roi et ses chevaliers, que les Frères Volturi l'utilisaient quotidiennement. Le spectacle de ce jardin montrait la puissance que pouvait dégager un acte magique. Un frisson me parcourut l'échine en pensant à ce contre quoi pourrait se battre notre armée si les Frères devenaient téméraires.
Je chassai cette pensée, souhaitant profiter de la présence d'Edward.
Le temps passa entre les questions échangées. J'appris ainsi que sa couleur favorite était le bleu, qu'il jouait au piano, qu'il considérait ses deux généraux comme ses seuls amis…
Il se montrait aussi gourmand en informations que moi, et beaucoup de questions se finirent en fous rire.
Finalement, un des gardes l'appelèrent à l'intérieur. Nous nous relevâmes. Ce fut l'occasion de ma brève rencontre avec le général Jasper Whitlock. Grand, blond, le regard de glace, des cicatrices apparentes sur les mains, le cou et le visage. Il me fit froid dans le dos, et je priai pour ne pas me retrouver un jour dans le camp adverse à cet homme. Le contraste avec la physionomie d'Alice était assez impressionnant.
- Sir?
- Le moment est mal choisi Jasper.
- Je me dois d'insister, Votre Majesté.
Son insistance semblait annoncer quelque chose de grave. Je me tordis les mains en attendant la suite. Je vis alors le Roi reprendre la place de l'homme charmant avec qui je venais de passer ces deux dernières heures.
- Ma Lady, il me faut malheureusement vous abandonner ici. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur mais mon devoir m'appelle.
- S'il le faut. Bonne journée Votre Altesse.
Il sembla hésiter, fit signe à son général de s'éloigner et prit ma main dans la sienne.
- Que ressentiez-vous pour sir Newton ?
La question me prit de court.
- Je… C'était un ami. Quelqu'un que je connaissais depuis toujours.
- Il semble… très épris de vous…
- Oui, il s'est déclaré très tôt dans notre… relation. Je lui étais reconnaissante de son intérêt, flattée même, sans pour autant partager son… emportement.
Il me sourit et voulut prendre congé.
- Comment… ? Avez-vous eu des nouvelles de lui ? Des échos de sa réaction face à…
- Cela n'a aucune importance. N'en prenez aucun trouble, sir Newton comme tout un chacun est avant tout au service du roi.
Après un dernier salut il entrainait son général dans son sillon.
Fin du Flashback
Je jetai un coup d'œil rapide dans l'un des nombreux miroirs de cette salle de réception. La robe bleue que j'avais choisie spécialement pour Edward mettait en valeur ma peau diaphane. Elle n'était pas aussi riche que celles de certaines nobles présentes, mais les bijoux royaux prêtés par Esme donnait à mon apparence une allure… royale. Décidément, me dis-je en souriant, il n'y a pas d'autre mot. Cette constatation augmenta mon assurance.
C'est alors que je reconnus une des Denali. Elle venait dans ma direction. Tanya n'était pas le genre de femme qu'on oubliait, et habillée de rouge elle était flamboyante. Je n'ignorais plus son passé avec le Roi… ni avec plusieurs autres nobles. Cette pensée me fis grimacer, l'idée qu'une noble puisse se conduire ainsi, et de plus avec l'accord de sa famille, me donnait une vision assez claire des Denali.
Soudain je me sentis poussée vers ma droite. Je me rattrapai de justesse et cherchai ce qui avait bien pu se passer, quand un cri perçant se fit entendre.
Une jeune fille blonde était responsable de ce bruit effroyable. Une tache rouge ornait sa robe d'or. En face d'elle Tanya tenait un verre vide et faisait une moue boudeuse peu attractive. La scène pris finalement tout son sens. Je réalisai que j'avais été la cible d'une attaque déloyale de cette courtisane de bas étage, mais ayant été poussée de côté la personne derrière moi en avait été la victime. Je regardai à ma gauche et y découvris Alice qui souriait à pleines dents. Ainsi c'était à elle que je devais mon salut. Je secouai la tête, décidément je n'allais pas m'ennuyer à ses côtés.
Alice sembla prendre conscience de mon regard
- La blonde, c'est Lauren Mallory. Arrogante, méchante, envieuse, elle pense que sa destinée est d'être Reine. Son père et elle ont refusé toutes les demandes en mariage qu'elle a reçu, ils attendent celle du Roi.
Elle pouffa entre ses mains et je ne pus m'empêcher de faire de même.
Avant que je ne puisse répondre Esme apparut devant nous.
- Isabella, il est temps !
Je la suivis. Dans quelques minutes tout allait devenir très… officiel.
…
…
…
Je me laissai enfin tomber sur un canapé. Mes pieds me faisaient mal. La soirée avait été épuisante.
J'avais espéré rencontrer au moins le général Emmet et le conseiller du Roi Carlisle mais il semblait que des événements ne les aient retenus. Je soupirai, décidément la guerre était loin d'être terminée.
Je me mis à fredonner la valse sur laquelle j'avais dansé avec le Roi. J'avais dansé avec tellement de personnes que tous les visages se brouillaient devant moi. Seul celui d'Edward restait clair.
L'annonce du mariage n'avait étonné qu'une petite partie des nobles présents, les rumeurs avaient déjà fait leur chemin depuis mon arrivée, mais désormais le doute ne planait plus.
Des coups se firent entendre à la porte. Angela préparait mon bain, je décidais donc d'ouvrir. Je tombai nez à nez avec l'homme de mes pensées.
Sans un mot il me tendit la main. Je la pris avant de me rétracter. Je lui fis signe d'attendre et allais rapidement prévenir mon amie.
Je rejoignis alors le Roi. Cette fois nous ne descendîmes que d'un étage. Les couloirs étaient déserts à cette heure, mais de nombreux gardes assuraient la protection du palais.
Finalement nous nous arrêtâmes devant une grande porte en bois, surveillée par deux hommes.
La pièce était gigantesque. Des livres recouvraient tous les murs. Des étagères remplissaient l'espace. Une bibliothèque de rêve se présentait devant moi.
- Esme m'a… parlé de vos lectures.
Je rougis et baissai la tête. Cette information n'aurait jamais dû parvenir à ses oreilles. J'ignorais même que la Reine-Mère la possédait.
Il posa gentiment sa main contre ma joue pour me faire relever la tête.
- Isabella, je ne vous dis pas cela comme un reproche. J'ai bien compris que vous aviez eu une éducation peu sévère. Je sais aussi que vous êtes curieuse de beaucoup de choses. La présence de livres suversifs en votre possession est donc assez logique. De plus il y a des avantages à être de la famille royale…
Un sourire apparut sur ses lèvres.
- … nous faisons les lois, nous n'avons pas besoin de les respecter nous-mêmes.
En disant cela il me fit un clin d'œil, auquel je répondis par un gloussement.
- Ceci, continua-t-il, est la Bibliothèque Royale. Seuls les plus hauts dignitaires y ont droit d'accès. Vous en faites désormais partie.
Il soupira.
- Des événements graves se passent sur la frontière nord. Je dois partir demain à l'aube. Nous ne nous reverrons donc pas avant quelques temps. Je tenais à vous montrer cette pièce avant mon départ, en espérant que cela vous occupera durant mon absence.
Sir Ben sera en charge du palais. J'ai confiance en lui concernant votre sécurité… après tout il vous a déjà sauvée avant même votre arrivée. Cela aurait été dommage de vous faire dévorer par un loup avant notre rencontre.
Son ton badin n'atteignit cependant pas ses yeux.
Il me prit la main et la serra contre son cœur. Le rythme de ses pulsations cardiaques m'hypnotisèrent pendant quelques minutes durant lesquelles je me perdis dans ses yeux.
Le charme fut rompu par l'entrée d'une troisième personne dans la pièce.
- Ah… Lady Isabelle, je vous présente Seth. Il sera votre garde du corps.
Devant moi se trouvait un jeune homme d'environ mon âge, mais d'une corpulence impressionnante et assez effrayante. Mais son regard rieur et son sourire enfantin me le rendirent tout de suite sympathique.
- Enchanté, dame Isabella. Soyez assurée que rien ne vous arrivera durant ma garde.
Il prit ensuite congé sur un geste du Roi.
- Je tenais à vous le présenter. La nuit un autre garde sera devant votre porte, mais comme vous aurez peu d'occasion de le voir sa rencontre était moins importante. Ils prendront tous deux leurs fonctions demain. Seth vous suivra partout. Il restera à l'extérieur quand il le faut bien sûr. J'ai confiance en lui. Votre protection est une question d'honneur. Sa famille travaille au palais depuis plus de dix générations.
J'acquiesçai, ne sachant que dire. Être suivie 24h sur 24 ne m'enchantait guère, mais Edward semblait très sérieux et je ne souhaitais pas commencer un combat perdu d'avance alors qu'il s'agissait de notre dernière entrevue avant son départ imminent.
Au bout de quelques temps il me ramena jusqu'à ma porte. Avant de partir il prit de nouveau ma main et la baisa tendrement. Je refermai la porte, un grand sourire aux lèvres et le cœur palpitant.
J'étais bien loin d'imaginer que le départ du Roi annonçait le début des ennuis…
