Ce moment serait-il enfin arrivé...?

(Oui, les 0-.. représente de l'humidité encore une fois.)


Chapitre 11 - Feu d'artifice


Le cri strident d'une femme.

Un tir de pistolet.

Et un corbeau s'envolant à l'horizon.


- Qu'avez-vous en dessert ? demanda Dai, un rictus idiot sur le visage.

Je ne pouvais pas m'empêcher de lui accorder un sourire.

Le serveur hésita. L'air envieux de son invité lui indiquait certainement que les réserves du restaurant seraient épuisées par le glouton qu'il pouvait être. Feuilletant la carte qu'il venait de lui remettre, il se contenta d'un petit soupir.

- Je vais prendre le spécial du chef.

- Bien monsieur.

Une dizaine de minutes s'étaient écoulées avant que ledit menu ne sorte des cuisines. Il s'agissait d'un imposant gâteau sur plusieurs étages, déposés sur un chariot à roulettes qui jonglait entre les tables des autres japonais disant à ce même établissement. Leur regard envieux se déplaçait à mesure que les deux employés avançaient dans la grande salle.

Akai n'avait rien dit. Il était resté bras croisé, absent, les yeux fermés avant que sa commande ne soit finalement déposée sur la table à nappe blanche. À en juger par la réaction immédiate de celui qui m'accompagnait, le dessert ne ferait pas long feu.

- Un coulis de framboise sur le tout, remarquai-je. Tu es vraiment spécial.

- Je m'accorde au menu, dit-il en pointant du doigt le gâteau.

Je ricanais faiblement.

Alors qu'il s'apprêtait à déguster une première bouchée, un petit garçon innocent s'approcha d'un pas lent derrière lui. Si je l'avais remarqué au départ, Rye n'avait guère prêté attention à son arrivée soudaine.

- Akai ! cria-t-il.

J'écarquillais les yeux quand son visage pourtant si calme d'habitude s'effraya subitement.

Il tourna le regard par-dessus son épaule avant de reprendre son air si serein. L'enfant de la table voisine recula d'un pas face à l'expression de cet agent du FBI, infiltré, mes doutes étant confirmés depuis bien longtemps désormais.

- C'est... c'est rouge, parvient-il à dire.

- Oui, répondit Dai.

Je fronçais les sourcils.

Comment ne pas se perdre dans mes pensées, après ça. Le savoir sous couverture dans une puissante Organisation, et réussir à m'en faire en partie sortir. Après toutes ces affirmations de sa part, pouvais-je réellement lui faire confiance ?

Et s'il s'était servi de moi... comme moyen d'approche ?

Non. Il valait mieux ne pas y penser. C'était la meilleure option pour m'écarter des réelles possibilités que lui offrait cette mission. Notre rencontre n'était pas anodine à ce point, et jamais il n'aurait pu anticiper avoir un rôle comme celui que ma figure paternelle avait pu lui accorder.

Le gamin parti en catimini, il ne restait bientôt plus rien séparant Dai et moi, le dessert disparaissant peu à peu au fil des cuillères qu'il n'hésitait pas à avaler à grande bouchée.

- Tu. Es. UN GOINFFRE ! hurlai-je.

Il me regardait, yeux grand ouvert, un peu de crème glacée sur le coin de la bouche.

- Et un enfant.

Attrapant la serviette blanche qui ne tarderait pas à virer au rouge avec le peu de coulis de framboise qui ornait ses lèvres, je la passais délicatement sans m'apercevoir de son léger teint rose pour essuyer, comme le ferait une mère à son fils ou sa fille, ce qui restait du grand buffet sur son visage.

Son regard croisa inévitablement le mien. Il était profond, envoutant, et était marqué par de sérieuses cicatrices. Il se ressentait rien qu'en observant sa pupille, tremblotant légèrement.

Après m'être rassis en souriant, je m'étais rappelé de ce qu'il m'avait dit au sujet de sa famille. De son père.

Et s'il y avait un moyen pour retrouver la trace de sa véritable identité dans ce monde ? Pourrais-je parvenir à rentrer en contact avec eux ? Quelle réaction auraient-ils en me voyant ?

Non, c'était une mauvaise idée à laquelle je ne devais plus songer. Il était impératif de garder ce secret pour moi, pour l'instant du moins. Si des personnes mal intentionnées venaient à découvrir qui était réellement Dai, je le mettrais en danger.

- Akemi, nous y allons ? demanda-t-il.

Je sortis de mes pensées à ce moment-là. Inquiet, Akai se releva et me tendit la main gauche sans hésitation. Une fois encore, je la saisis, me transmettant la chaleur qui se dégageait de son corps jusqu'à moi.

Je secouais insensiblement la tête pour éviter de revenir à ces histoires, préférant me focaliser sur les événements de la soirée plutôt que ceux du passé ou du futur. Pourquoi fallait-il que tout se rapporte à l'Organisation sans cesse ?

- Voilà l'addition.

Dai recracha presque la liqueur qu'offraient les employés à la sortie du restaurant. C'était la punition du ciel pour avoir commandé un menu aussi gourmand. Il se tourna vers moi, par-dessus son épaule, sans ombre de sentiment sur le visage.

Puis s'étira un drôle de sourire.

- Ne rêve pas, lui dis-je.

Il haussa les épaules et se contenta de payer avec un regard glacial envers le restaurateur qui avait osé lui vider son compte en banque pour un festin certes appréciable, mais tout de même à tarif bien trop élevé.

Nous sortions de l'établissement, ravi de s'être rempli l'estomac.

Rye s'arrêta subitement, et se retourna sans préavis. Lorsque je lui demandai ce qu'il avait vu pour le rendre si méfiant, muni de son si célèbre regard froid, il serra la mâchoire en réponse.

Une dent dépassait de sa bouche, et pinçait ses lèvres. Sûr qu'il n'était pas suivi, c'est toutefois ce que j'aurais pensé en voyant sa réaction, il reprit la marche à mes côtés, toujours accroché à son bras.

Mais je n'avais pas rêvé. Quelqu'un nous pistait bien. Ce soir, l'homme qui m'avait piégé dans cette ruelle nous observait avec jalousie et colère.

- Tu as vu quelque chose ? osais-je demander dans un élan de courage.

Il ne répondit pas tout de suite. Gênée par la question, sa gorge se serra.

- Je n'en sais que trop rien.

C'était vague.

Et si cet homme, et ceux d'Osaka, étaient en réalité des agents du FBI. Cela expliquerait la raison pour laquelle ils avaient obéi aussi facilement à Dai, lorsqu'il avait ordonné de mettre fin à tout cela.

Cette altercation ne m'avait pas tant fait douter de lui, à ce moment. Mais maintenant que j'y repensais...

- Toujours trop lent. Je t'ai sommé d'arrêter cela.

- Tu es trop lent aussi. Je ne vais pas te laisser continuer cette mission seul. L'occasion se présentait.

- À qui crois-tu que tu fais face, insista Akai en durcissant son regard pour le rendre d'une froideur extrême. Fou le camp. Et n'interviens plus jamais.

Vraisemblablement, il était bien positionné au FBI pour donner des ordres aussi clairs.

Et il y avait une autre fois. Dans sa chambre, pendant la soirée, peu après être revenu d'Osaka. « Il y a certains secrets qu'il vaut mieux ne pas s'entêter à découvrir, si cela permet de ne pas perdre les siens. » Avait-il dit sans sourciller.

Calme. Respiration contrôlée. Rye savait ce qu'il faisait, traversant la grande place du centre commercial. Un restaurant à son abord, sous les innombrables décorations pour les fêtes de fin d'année.

Battement de cœur.

Aux abords de l'entrée du centre-commercial figurait une voiture de police, gyrophares allumés et éclairant les environs.

Surpris, nous n'y faisions pas attention. Je le suivais, parcourant les allées des quelques dizaines de magasins aux alentours. Tous se vantaient des promotions de Noël, des prix qui battaient toute concurrence.

Et la soirée ne faisait que commencer.


Au sol, un cadavre est allongé, baisant dans son sang.

Sa plus proche connaissance pleure des larmes sans fin.

Et ce garçon baisse simplement la tête, horrifiée.


Cher journal.

Décidément, qu'est-ce que je suis bavarde en ce moment.

Quel festin ! Et quel glouton ! Celui-là alors. Il ne fait que manger à longueur de journée, des pâtisseries et autres sucreries. Mais comment fait-il pour ne jamais prendre un gramme ?!

J'ai décidé de lui dire. Ce soir. Nous nous sommes séparés le temps d'un bain de visage pour nous rafraichir. Je pense pouvoir trouver le courage.

Futur Akemi, quand tu liras ça... Gambatte ! O7

Je 0... -0... ça ...0 haha.


Nous étions enfin sortis du centre commercial.

Ce grand sapin de Noël devait s'éclairer dans moins de cinq minutes, à minuit pétant. Lui et moi étions simplement là, à attendre, comme de nombreuses personnes tout autour de nous, que tout s'illumine pour un spectacle magique.

L'étoile au sommet allait briller de mille feux, sous la grande lune qui semblait figée dans le ciel. Pas un nuage ne viendrait gâcher la scène.

Peut-être était-ce le moment opportun. Sa main frôlait de près la mienne, et le froid ambiant nous enveloppait dans une zone vraiment inconfortable.

- Plus que quelques secondes.

Il y eut un décompte.

3...

2...

1...

- Zéro !

Le sapin brillait de tous ses éclats.

Des fusées d'artifices éclataient maintenant dans le ciel obscur, illuminant la place plongée dans le noir depuis l'extinction des lumières des rues adjacentes. Face à un tel spectacle, de nombreux touristes et japonais exprimaient à haute voix leur pleine satisfaction.

Des couples s'embrassaient, des jeunes criaient à l'accoutumée, et d'autres observaient silencieusement la festivité.

- Hé, Ak- Dai.

Comment est-ce qu'une erreur pareille avait elle failli être prononcée aussi facilement ?

Je devais me contrôler. Respirer calmement et ignorer les battements incessants de mon cœur. À en croire la vitesse et la force, j'avais peur qu'il n'éclate dans ma poitrine. Ce serait une bien triste mort.

- Merci pour cette soirée ! le remerciais-je avec un grand sourire joyeux.

Il leva la tête, rougissant légèrement. Acquiesçant d'un hochement discret en réponse, je pris ses mains tout en baissant le front à mon tour.

- Écoute. Ça va te paraitre brutal, mais je dois... te dire quelque chose.

Tout était devenu subitement si silencieux. Froid. Mortuaire.

Comme figé dans le temps, dans un calme permanent.

Et prise d'un élan de courage si rare me concernant, je prononçais les mots que j'avais tant voulu déclarer à haute voix ces derniers mois sans hésitation, levant un peu les pieds pour m'approcher de son visage.

- Depuis si longtemps... je suis tombé a-

- Ohé, vous êtes... ce gars étudiant de la plage ! s'étonna un inspecteur de police.

Pour la deuxième fois de la soirée, Akai se retourna l'air horrifié. Surprise, je regardais l'homme en costume.

- Inspecteur Winston, vous vous souvenez ?

À ses côtés figurait un autre homme de la police. Un costard noir, une chemise blanche, une cravate.

- Je rêve. Tu le connais ? demanda-t-il.

- Oh oui ! C'était un étudiant américain, à l'époque. Il a résolu une affaire sur la plage il y a... six ou sept ans ? Déjà... que le temps passe vite, haha !

Rye s'approcha des deux hommes, comme poussés par l'appel de la justice.

- La voiture de police à l'entrée. Vous, ici. Ce n'est pas un hasard. Y aurait-il un problème ?

Son collègue se présenta à lui, serrant la main de Dai.

Je faisais la moue, si près du but, mais j'écoutais tout de même attentivement leur étrange conversation.

Une... plage...

- Eh bien si vous êtes si doué, je suppose que vous pourriez nous aider à mettre la main sur un tueur qui rôde dans les alentours. Pas vrai...

Silence.

- ... monsieur l'agent du FBI ? déclara Jinpei Matsuda en souriant.


Matsuda Jinpei dans la place !

Ça correspond de très peu à la timeline. Bien que peut-être un brin modifié pour que ça colle. Mais je VOULAIS ce personnage pour ce chapitre.

C'était surprenant ? Non ? Alors peut-être que dans les prochains chapitres, un grand invité surprise vous étonnera un peu plus. ^^

À bientôt. =)

(J'ai répondu en MP pour les reviews, blabla comme d'habitude, donc inutile d'en rajouter plus.)