Chap 11 : Quelle âme, Severus ?

« Prenez-le » Avait il dit à Dumbledore en lui tendant le chat endormi

Mais Shadow s'était accroché à lui dans son sommeil et il avait du retirer doucement les griffes du tissus une à une… après quoi, le chat avait vaguement pris conscience qu'il se passait quelque chose, et avait raidi tous ses muscles en sentant qu'il changeait de mains.

Severus avait renoncé. Reprenant le chat, il avait murmuré quelques mots d'une voix calme et l'avait posé sur le fauteuil, regrettant de ne pas avoir le pull. Le chat épuisé s'était aussitôt rendormi.

Dumbledore avait eu un air étrange, mi-blessé, mi-ému, et n'avait pas tenté de le reprendre.

« Soyez prudent, Severus »

« Vous ne devriez pas rester seul ici avec Potter. Appelez quelqu'un de l'Ordre, Moody et Kingsley pour commencer. » avait il répondu, un peu nerveux à présent que le moment était arrivé

Dumbledore avait hoché la tête, mais il avait eu ce regard confiant qu'il lui adressait parfois et qui ne manquait jamais de l'exaspérer et de le réconforter à la fois. Il devait reconnaître que ces regards et les quelques mots qui les accompagnaient étaient la seule reconnaissance à laquelle il aspirait encore à présent… la seule récompense aussi.

Mais quand donc le vieil homme cesserait-il d'être aussi désespérément naïf et sur de lui ?

« Je vous fais confiance, mon garçon »

Severus lui-même ne partageait pas vraiment son assurance, mais il n'avait ni le cœur ni le temps d'en discuter.

Saisissant son sac de potions, il lança une poignée de poudre dans la cheminée et refusa de penser à quel point la sacoche était légère…

« Manoir Malfoy »

L'ambiance au manoir était bien différente des dernières fois.

Les visages sur son passage étaient fermés, laissant percer une pointe de curiosité, et l'excitation avait remplacé la nervosité.

A vrai dire, l'atmosphère du manoir était électrique et semblait aller en s'intensifiant tandis qu'il se dirigeait vers le seigneur des ténèbres.

Il senti un calme familier l'envahir. Il avait s'était déjà trouvé dans cette situation et il avait survécu. Il l'affronterait comme toujours tête haute, et toutes ses barrières mentales levées. Quoiqu'il arrive.

Arrivé devant le maître des mangemorts, il s'inclina profondément Les premières minutes allaient rapidement lui donner le ton de l'entrevue…

« Severus… » siffla la voix du seigneur des ténèbres.

« Maitre… » murmura Snape

Le sorcier mort vivant observait son espion en tapotant son fauteuil du bout des doigts, un sourire dangereux aux lèvres.

« Je suis déçu, Severus. Tes services laissent à désirer. » fit il d'une voix traînante

Voilà qui commençait mal, songea Snape. A quoi s'était-il attendu ?

« Maître, soyez assuré que j'ai fait de mon mieux, mais Dumbledore et l'Ordre se méfient de moi. » se défendit il de sa voix la plus humble

« L'incompétence n'est pas une excuse. Le vieux fou est d'une naïveté sans borne, qu'il ne t'accorde aucune confiance ne fait que me conforter dans mon opinion. Je me suis trompé sur ton compte… »

Snape ne pu s'empêcher de frémir.

« Quand j'ai généreusement accepter de t'accorder mon pardon et de te reprendre à mon service, mangemort, ce n'était qu'au titre de tes compétences de Maître des Potions et d'espion. Certainement pas au compte de ta loyauté chancelante… » Voldemort s'était levé pour s'approcher de l'espion qui tomba à genoux

« Mon seigneur, ma loyauté n'appartient qu'à vous. Ma seule ambition est de vous servir de mon mieux, mais Dumbledore est devenu particulièrement méfiant depuis la disparition de Potter… » s'empressa t il de plaider

Mais Voldemort ne semblait pas l'écouter.

« Tes compétences, donc. Ton intelligence. Ta ruse. Ta duplicité. Toutes les qualités qui font un bon serpentard… »

« Merci, maître… » murmura le maître des potions, pas assez dupe cependant pour y voir un espoir…

« Les dernières potions que tu m'as livrées, Severus, se sont révélées particulièrement faibles. Comment explique-tu cela ? » demanda le Seigneur des ténèbres d'une voix froide

« Je n'en suis pas vraiment sur, mon seigneur. Je les pensais aussi puissantes que possible, mais la fatigue a pu me faire commettre de légères erreurs de dosage, leur fabrication est particulièrement complexe… » répondit Snape

« Et je présume que c'est la recherche du jeune Harry qui a à ce point épuisé tes forces… »

Snape entendit des ricanements dans son dos. Les mangemorts étaient donc au courant de la réapparition de Potter…

« Oui, maître » osa le professeur de potions. « Il m'a semblé que cette mission était prioritaire… »

« Et assez accaparante pour pousser le Maître des Potions le plus recherché du royaume à produire des potions de piètre qualité ? » Voldemort émit un petit « tss tss » de mauvaise augure.

« Pardonnez moi, maître. Je ne vous décevrai plus. »

Snape s'appliqua à consolider toutes ses barrières mentales. La situation était critique, Voldemort pouvait d'un instant à l'autre lui annoncer qu'il se passerait dorénavant de ses services et prononcer le sortilège impardonnable qui ne lui laisserait plus aucune chance d'espionner… ni de protéger Harry.

Doser délibérément les potions du seigneur des ténèbres pour les rendre inefficaces au possible avait été une grave erreur stratégique…

« Vraiment, Severus ? Et bien, voyons voir la nouvelle livraison. » fit le sorcier d'une voix grinçante

Snape se figea. Ca allait de mal en pis.

« Maître, j'implore votre pardon, je suis inexcusable… je n'ai pu réussir à préparer les potions que vous m'aviez demandé. En revanche, j'ai pu obtenir des informations sur Potter, au prix de mon temps. » Cela n'irait pas et il le savait, mais il n'avait rien de mieux à offrir.

« Quelque chose que j'ignore, Severus ? J'en doute fort. Un maître des potions sans potion… un espion sans information… dis moi, mangemort, quel intérêt ais je à te garder à mon service ? Donne moi une bonne raison pour te laisser vivre. »

« Potter est vivant » s'empressa d'avouer Snape. « Dumbledore l'a annoncé à l'Ordre ce matin. J'ignore dans quelles circonstances il a été retrouvé et l'endroit où il se trouve à présent, mais il est de toute évidence en mauvais état. Le directeur m'a demandé de nombreuses potions pour le remettre sur pied, mais je n'ai pas l'impression qu'elles aient eu l'effet escompté, sans doute leur dosage était il aussi trop faible, mon seigneur »

« Continue » fit sèchement le sorcier dont le visage cadavérique ne quittait pas Snape des yeux, fouillant son regard.

« Dumbledore m'a demandé d'interroger la famille moldue de Potter, de les soumettre au legilimens. J'ai pu ainsi apprendre que son oncle l'avait violemment battu, le laissant inconscient dans sa chambre le soir de sa disparition. D'après ce que j'ai pu voir, Potter doit souffrir de nombreuses blessures ainsi que de plusieurs fractures. Il semblait très faible et abattu, avant même que son oncle le corrige.

A mon retour, Dumbledore m'a demandé d'autres potions, plus précises cette fois, afin de soigner le garçon. Il ignorait l'origine de ses blessures avant mon intervention. Il a refusé de me laisser voir le garçon, mais je sais qu'aucun médimage n'a été autorisé à son chevet… D'après ce que j'ai pu observer, seul Dumbledore s'occupe du garçon et connaît sa cachette. Il m'a cependant demandé de ne pas quitter la maison et de préparer des potions sur place pour Potter. Je doute cependant qu'il soit sur place, le vieux fou transplane chaque fois qu'il doit le rejoindre. Seule la vue de ma marque, de votre appel, maître, a pu le convaincre de me laisser sortir. »

Ayant fini son récit, il baissa à nouveau la tête en signe de soumission, attendant le verdict. Son histoire était crédible, ses défenses avaient tenu, du moins l'espérait il. Mais il doutait que cela suffise à apaiser le mécontentement du maître des mangemorts.

Le silence épais qui suivi son rapport sembla durer des heures. Puis la voix de Voldemort mis fin à son attente :

« Crucio. »

Tandis qu'il s'effondrait sur le sol en tentant de contenir ses cris de douleur, Snape entendit la voix poursuivre calmement :

« Je ne te crois pas. Tu me caches quelque chose »

Et comme pour appuyer ses paroles, Voldemort maintint le sort jusqu'à ce que le maître des potions perde finalement connaissance.

« Enervate »

Severus se redressa sur ses coudes, chacun de ses nerfs en feu. Sa vision était floue et il n'était pas sur d'arriver à parler, mais après plusieurs tentatives, il réussi à articuler :

« Pour vous… mon seigneur… toujours fidèle… je le jure… sur mon âme… » haleta t il

« Quelle âme, Severus ? » répondit d'une voix douce le seigneur des ténèbres. « Il me semble qu'il y a bien longtemps que tu l'as vendue… »

Snape n'en pensait pas moins. C'était bien là un serment qui ne l'engageait à rien… sur quoi d'autre aurait il pu jurer ? Que lui restait il ? Personne, rien. Exactement ce qu'il avait à perdre.

« Vous servir… est ma seule raison de vivre. Ma vie vous appartient…»

« C'est un fait » répondit Voldemort. « Mais c'est insuffisant. Crucio »

Quelques instants plus tard, un voile noir bienfaiteur envahi l'esprit du professeur tandis qu'il sombrait à nouveaux dans l'inconscience.


« Aidez le ! Aidez le, faites quelque chose ! » cria le garçon

Dumbledore saisi son épaule pour tenter de l'apaiser.

« Harry, je t'en prie, calme toi. Il n'y a rien que nous puissions faire. »

« Mais il est en train de le torturer ! Snape ! Il est vraiment mal en point, je l'ai vu, il ne va pas tenir longtemps ! Vous devez faire quelque chose ! » s'indigna Harry, sa main droite griffant presque son front

Sans que le directeur ne sache comment, le garçon s'était finalement réveillé dans sa forme humaine, avant de se mettre à crier sous l'effet d'une nouvelle vision. Voldemort… et Severus. Son cœur s'était serré.

« Harry, le professeur Snape sait ce qu'il fait. Il y est allé de son plein gré, en toute connaissance des risques» répondit le directeur d'une voix ferme. « Je suis sûr qu'il sera bientôt de retour, en meilleur état que tu ne peux le penser. Le professeur a de grandes capacités à surmonter les… sautes d'humeurs de son maître. »

« Non, vous ne comprenez pas, Voldemort pense qu'il l'a trahi, il croit qu'il a fabriqué des potions trop faibles et qu'il ne dit pas tout ce qu'il sait à mon sujet, il est en train de le tuer ! » s'écria le garçon fébrile, encore tremblant de la connexion qui venait de le lier au seigneur des ténèbres.

« Je l'ai vu ! »

Dumbledore se figea douloureusement à ces mots.

Il savait… Merlin les protège. Et Severus était là-bas…

« Harry, écoute moi bien, es-tu sûr que Voldemort est convaincu de la trahison du professeur Snape ? L'a t il accusé d'être un espion ? »

Le garçon hésita

« Non, pas de cette façon, il a dit qu'il n'était d'aucune utilité si ses potions n'étaient pas assez fortes et s'il n'avait pas d'information intéressante. Il lui a demandé de lui donner une bonne excuse pour le laisser vivre. »

Dumbledore soupira. C'était mauvais, mais pas autant qu'il ne l'avait craint. Sans doute Tom Jedusor était il trop orgueilleux pour imaginer un instant s'être fait doubler par son espion… il l'accusait d'incompétence et de couardise, mais pas encore de trahison. Severus pouvait encore s'en sortir.

« Vous allez envoyer quelqu'un ? » demanda Harry, les yeux plein d'espoir

« Non. » répondit calmement Dumbledore

A ce mot, Harry bondit du fauteuil, saisit le premier objet qui lui tomba sous la main et l'envoya se fracasser contre un mur.

« Vous ne pouvez pas rester comme ça sans rien faire ! » cria t il « Il… il… »

« Harry » fit doucement le vieux sorcier « Tu dois comprendre… il serait trop dangereux pour l'instant d'envoyer des renforts. Voldemort aurait déjà tué le professeur Snape s'il pensait réellement qu'il était un espion, ce qu'il ne manquera pas de le faire en voyant l'Ordre arriver pour le secourir. »

Le garçon serrait les dents, pâle de rage

« Il ne veut pas le tuer comme ça… il veut le faire souffrir, qu'il dise tout ce qu'il sait… »

Dumbledore hocha la tête.

« Crois moi, Harry, Voldemort l'aurais tué sur le champ, informations ou pas. Ne serait-ce que pour une question d'honneur, mais plus probablement par rage. Le professeur Snape est le meilleur occlumens qu'ils m'aie été donné de rencontrer, et un excellent espion. Il saura se tirer de ce mauvais pas. Je t'en prie, mon garçon, fais moi confiance. »

Harry sonda longuement son regard et à contrecœur, fini par hocher la tête.

« Il m'a, vous savez, il m'a… » le garçon pris une longue inspiration. « Il m'a soigné. Quand j'étais un chat, que je ne savais pas, il a vraiment été incroyable. C'était comme si rien ne pouvait m'arriver tant qu'il était là… et maintenant… c'est à cause de moi. Ca sera ma faute s'il meurt. »

Il avala difficilement sa salive. Il n'avait pas pensé être capable de dire tout cela. Mais Dumbledore était Dumbledore n'est ce pas ? Il devait comprendre, il devait faire quelque chose.

« Oh, Harry… » fit le directeur avec un soupir. « Je suis vraiment désolé. De n'avoir pas pu empêcher tout cela, et également de ne rien pouvoir faire d'autre à présent que de te demander de me faire confiance. Crois moi Harry quand je te dis que le professeur Snape se sentirait profondément mortifié s'il devait penser que tu considères qu'il n'a pas pris sa décision de son plein gré et en toute connaissance des risques. Ne le sous estime pas, Harry, ce ne serait pas lui rendre honneur…»

Harry aurait voulu expliquer que Snape, entre toutes les personnes, ne pouvait pas mourir, pas maintenant, et certainement pas comme ça. Mais il ne trouvait ni la force ni les mots et l'instant d'après il courait à travers la pièce subitement devenue plus grande…

non, il était devenu plus petit. Il sauta sur la table, la queue fouettant l'air. Sous cette forme, il se sentait plus vif, plus souple… il bondit sur le buffet puis sur un fauteuil, lacérant le tissus de ses griffes au passage.

Quand il eut effectué quelques tours de la salle au grand galop, il se senti mieux. Son homme en noir reviendrait, il le fallait. Il lui faisait confiance. Et il pourrait à nouveau se pelotonner contre son épaule tandis qu'il se remettrait de ses blessures…

Pour l'heure, ses propres blessures le faisaient souffrir, mais c'était bon de les sentir. Il se sentait plus proche du professeur et d'une certaine façon, c'était presque un talisman, n'est ce pas ? Snape devrait bien revenir pour les soigner.

Oui, il reviendrait. Et il ne le laisserait plus repartir s'il pouvait l'empêcher…


« Je suis déçu, Severus. Terriblement déçu. »

Snape laissa échapper un soupir. Pourquoi fallait il que ses deux prétendus maîtres s'obstinent à l'appeler par son prénom, et avec un résultat si différent ?

Il courba un peu plus le dos. Il n'avait plus la force de parler. Deux jours de torture et d'interrogatoire sans trêve avaient achevé de le vider de toute énergie. Mieux valait de toute façon attendre le verdict, il avait fait de son mieux, il n'avait rien laissé filtré… il n'aurait pas de regret, si ce n'est… non, pas de regret.

« Je commence finalement à croire que tu es vraiment aussi stupide et inefficace que tu le prétend. » la voix du Seigneur des Ténèbres semblait en effet désappointée.

« Avec le temps, le courage semble te faire défaut… quel âge as tu, mangemort ? Trente sept ans ? N'est ce pas un peu jeune pour être déjà lâche ? »

Snape tressailli. S'il était une insulte qu'il ne supportait pas, c'était bien celle la ! Quelle importance, après tout. Tant mieux s'il le croyait, la lâcheté était moins dangereuse que la trahison face au seigneur des ténèbres. Queudver n'en était il pas le meilleur exemple ?

« Je ferai mieux maître… pour vous servir… » parvint il à croasser. Il aurait volontiers donné dix ans de sa vie pour un verre d'eau. Evidement, il était peu probable qu'il dispose de ce crédit de toute façon…

« Cela vaudrait mieux pour toi, Severus. Infiniment mieux. Tu ne souhaites pas voir ces petites séances se répéter, n'est ce pas ? Ou pire encore, me décevoir de manière définitive… »

Au delà de la menace, le maître des potions repris espoir.

« Non, maître. Jamais. »

« Tu vas retourner là bas. Refaire des potions, et des bonnes, cette fois. Tu vas rentrer dans les bonnes grâces de Dumbledore, quoiqu'il en coûte, et m'apporter les informations que je t'ai demandées. Où cache t il l'enfant, pourquoi j'ai perdu son contact pendant plusieurs semaines. Je n'accepterai plus aucune défaillance, Severus. Est ce bien clair ? » siffla Voldemort

« Oui, maître… merci… » murmura le professeur.

Il tressailli en sentant une main passer familièrement dans ses cheveux. Le contact était répugnant et il dut s'armer de toute sa volonté pour ne pas s'y dérober. Ce n'était pas le moment de flancher…

« Oui, tu peux me remercier. Je suis bien trop faible avec toi, Severus… c'est pourquoi je vais garder un œil sur toi. Un œil attentif… Le moindre faux pas sera le dernier. Tu en as bien conscience, n'est ce pas, fidèle mangemort ? » susurra le seigneur des ténèbres

A bout de forces, Snape ne pu qu'émettre un son inarticulé en réponse.

« Mieux vaudrait pour toi que ta loyauté ne soit plus jamais sujet à discussion. Nous y veillerons tous. Notre grande famille. »

Quelques ricanements répondirent à cette déclaration. Il ne faisait aucun doute que la plupart des mangemorts seraient ravis de surveiller le maître des potions qui avait longtemps bénéficié d'un traitement de faveur…

Snape senti enfin la présence du mage noir s'éloigner.

« Rentre chez toi. Quand je te rappellerais, Severus, tes potions seront prêtes et tu auras les réponses à toutes mes questions. Si ce n'est pas le cas… »

Severus leva les yeux pour voir le visage reptilien se fendre en un sourire plein de menace.

Il senti des mains le soulever et le porter vers la cheminée. Quelqu'un cria pour lui le nom de son manoir et l'instant d'après il gisait sur le sol du laboratoire. Les dalles ne lui avaient jamais parues si confortables…

Merlin soit remercié, enfin chez lui… la cheminée était protégée, ce qui signifiait que nul en dehors de lui-même et de Dumbledore ne pourraient la franchir, et il pensait les barrières autour du Manoir suffisamment puissantes pour résister à toute intrusion pendant un bon moment.

Il était en sécurité.

Il n'avait laissé échapper aucune information, Potter n'était pas en danger.

Il avait réussi. Il s'en était sorti.

Pour l'instant.


Deux jours. Deux jours que Severus avait répondu à l'appel de la marque et n'était pas revenu. Deux jours qu'Harry se réveillait périodiquement sous sa forme humaine avec des cauchemars de torture.

Le garçon avait perdu quelque contrôle qu'il aie pu avoir sur ses transformations. Dumbledore avait tenté de soigner ses blessures avec le baume que le professeur de potions avait laissé, mais l'adolescent supportait mal son contact et avait décrété qu'il pouvait se soigner seul.

Au vu du nombre des coupures dans son dos, le directeur en doutait, mais il n'avait pas le courage de contrarier le garçon.

Celui-ci avait été littéralement hors de lui depuis le départ de son professeur.

Passant de sa forme animale à sa forme humaine généralement pendant son sommeil, il était nerveux et irritable, incapable de comprendre la léthargie de l'Ordre. Quand les visions de Voldemort l'assaillaient, il refusait de s'y soustraire en se transformant ; mais celles ci le mettaient dans un état de rage et de frustration qui entraînaient involontairement son retour dans sa forme de chat.

De toute évidence, sa colère n'en était que décuplée, et le salon de Grimmauld Place ressemblait maintenant à un vaste champ de batailles : objets précieux et tableaux gisaient sur le sol, les meubles portaient des traces de griffures et la tapisserie pendait en lambeaux.

Au soir du deuxième jour, Dumbledore pris sa décision. Ils ne pouvaient plus se permettre d'attendre… de toute évidence, les choses avaient vraiment mal tourné au Manoir Malfoy, et Severus n'allait pas pouvoir s'en sortir seul cette fois.

Il avait dans l'idée que si quelque chose de définitif arrivait au professeur de potions, Harry ne le lui pardonnerait jamais… et lui même aurait du mal à retrouver le sommeil s'il commettait une erreur de jugement de plus concernant le maître des potions.

Severus avait depuis longtemps expié ses fautes, et il ne pouvait s'empêcher de ressentir une culpabilité grandissante à l'idée d'avoir risqué sa vie une fois de plus.

Alastor et Kingsley s'étaient succédés pour assurer la garde de Grimmauld Place en sa compagnie, tandis que Tonks avait élu domicile chez les Weasleys. Si Voldemort décidait de rechercher activement Harry, il commencerait sans nul doute par le Terrier…

Mais rien n'étais venu menacer les deux maisons, et il était temps à présent de changer de tactique.

« Albus, tout le monde est arrivé. »

Le sorcier hocha la tête et rejoint les membres de l'Ordre dans le salon, laissant le chat endormi dans la chambre qui avait été celle de Sirius.

Dans le salon, le noyau dur de l'Ordre du Phénix l'attendait. L'ambiance était tendue, la nervosité se faisait sentir autour de la table.

« Snape s'est fait avoir, hein ? » lança Maugrey

Quelques grognements répondirent autour de la table, et les yeux se tournèrent vers Dumbledore. Voilés de culpabilité, réalisa t il.

« J'ai bien peur que la dernière réunion de Mangemorts n'aie effectivement mal tourné. De toute évidence, Voldemort a de forts soupçons sur la loyauté de son espion et l'accuse tout au moins de lui dissimuler des informations. Les visions d'Harry ont pu nous permettre d'établir qu'il était toujours en vie, mais soumis à la torture et mal en point. J'ai attendu aussi longtemps que possible, mais je crains qu'il ne soit plus permis d'espérer que Severus puisse revenir sain et sauf. »

Les visages se crispèrent, mais les regards s'évitaient. Après avoir remis tant de fois en cause la loyauté du professeur de potions et le lui avoir fait savoir ouvertement, la situation était pour le moins embarrassante.

« Sait-on où il se trouve ? » demanda doucement Tonks

« Au Manoir Malfoy, là où Voldemort a établi son quartier général. »

Un ensemble de moues contrariées lui répondirent. Voilà qui ne facilitait pas les choses…

« Autrement dit, si nous voulons récupérer Snape, il va falloir passer devant le cinglé de service » résuma Maugrey

« En effet, Voldemort y réside en ce moment et les protections sont optimales. Il s'agit de considérer nos options, il est évident qu'une attaque frontale serait trop risquée. »

« Ce n'est pas seulement risqué, Albus, c'est suicidaire, nous n'avons aucune chance de réussir à le sortir de là vivant, pour peu qu'il le soit encore… » fit Kingsley

« Il l'est » répondit une voix de l'autre côté de la pièce.

Tous sursautèrent. Pris par la conversation, ils n'avaient pas entendu Harry se faufiler discrètement par la porte entrouverte.

« Je l'ai vu il y a une heure. Vous ne pouvez pas le laisser là-bas… il est vraiment faible et Voldemort ne lui laisse aucune chance de se soigner. Après tout ce qu'il a fait pour nous, vous ne pouvez pas juste décider que c'est trop risqué et le laisser mourir là-bas ! Ca voudrait dire qu'on ne vaut pas mieux qu'eux ! » cria presque le garçon.

Il tremblait légèrement en observant les visages autour de la table. Il y vit de la culpabilité, de la pitié aussi, et un dilemme.

Sauver Snape, risquer le tout pour le tout… il ne s'agissait pas seulement de l'espion, ils le savaient tous. Il s'agissait avant tout d'eux, et de la façon dont ils entendaient mener la guerre…

« Snape savait ce qu'il risquait. Il s'est sacrifié pour nous et nous saurons nous en souvenir, mais il n'aurait pas voulu que nous risquions plus de vies pour le sauver, j'en suis sur. » fit Moody, regardant Harry droit dans les yeux.

Mais ce ne fut pas le garçon qui lui répondit, ce fut l'ensemble de ses voisins de table.

« Il n'est pas question de laisser Severus là bas ! » s'indigna Molly Weasley

« Je ne dormirai plus jamais la conscience tranquille si nous ne tentions pas de le sauver » renchérit Tonks

« Il n'a jamais hésité à mettre sa vie en jeu, et bien plus que sa vie pour sauver Harry. Nous avons une dette envers lui » ajouta Arthur Weasley

Le brouhaha de protestations se poursuivi, libérant enfin la tension dans le petit groupe. Levant les yeux de la table, Dumbledore rencontra le regard d'Harry, calme et assuré à présent. L'espace de quelques secondes ils se sourirent, et il sembla au directeur que l'espoir et la confiance était finalement la plus belle chose qu'il puisse apporter au garçon.

Si Severus mourait aujourd'hui, Harry serait dévasté. Mais il continuerait à avoir la foi…

« Il faut réfléchir, Albus » fit Maugrey, sa voix supplantant les autres. « On ne peut pas foncer tête baissée dans le tas et espérer s'en tirer. Une idée de plan ? »

Dumbledore ouvrit la bouche pour répondre, mais quelque chose attira son attention et il se leva brusquement de sa chaise sous les regards interrogatifs du l'Ordre.

« Albus ? »

« Il semblerait que nous n'ayons finalement pas besoin de partir à la rescousse de notre maître des potions. Les alarmes viennent à l'instant de m'informer qu'il était de retour au manoir Snape. »

Des cris de soulagement et de surprise lui répondirent et Harry fut à ses cotés en un bond

« Professeur ! Il faut y aller ! Vite ! »

« Oui, Harry, j'en ai conscience. Je vous demande à tous de rester ici en mon absence pour veiller sur Harry. Je reviendrais dès que possible avec Severus, si sa condition le permet. » fit Dumbledore en saisissant quelques potions dans un sac.

« Albus, est ce bien raisonnable ? Il pourrait ne pas être seul ! » grogna Maugrey

« Tout ira bien, le Manoir est gardé contre toute intrusion autre que la mienne et celle de son propriétaire. Harry, promet moi de rester ici jusqu'à mon retour et de ne rien faire de dangereux ! » pressa Dumbledore, son regard perçant cherchant celui du garçon

« Emmenez moi » répondit celui-ci d'un voix à la fois calme et ferme qui surpris le sorcier

« C'est impossible, mon garçon, le professeur Snape va avoir besoin de soins et je risque de ne pas être en mesure de veiller sur vous deux si quelque chose devait… »

« Emmenez moi, ils ne sauront rien. Faites moi confiance. Je vous en prie. » Ses yeux verts suppliants rivés à ceux du directeur, Harry se transforma en chat avant qu'il aie pu répondre.

Un hoquet de surprise générale accueilli la performance, mais Dumbledore n'y prêta pas attention. Il n'avait pas le temps de discuter plus longtemps. Le garçon avait raison, sa forme de chat le dissimulait…

Cette journée était vraiment particulière, songea t il. Chacun se révélait à sa façon… et beaucoup se jouait dans les réponses que les uns apportaient aux autres. S'il devait demander au garçon de lui faire confiance aveuglément, il se devait également de lui rendre la pareille quand les circonstances l'exigeaient. Et le regard du garçon lui avait fait comprendre que c'était un de ces moments.

Il hocha la tête.

« Très bien. »

Des voix s'élevèrent, mais à nouveau il les ignora.

« Je vous demanderais tout de même de rester ici. » fit il en s'adressant aux membres de l'Ordre qui le regardaient, fébriles. « Il se pourrait que nous ayons besoin de vous rapidement. Comme je vous l'ai dit, je tacherai d'être de retour avec Severus… et Harry le plus rapidement possible. Je doute cependant que Severus soit transportable pour le moment. »

Avec un signe de tête à Harry, il se dirigea vers la cheminée et annonça sa destination. Le chat sauta dans les flammes vertes, soulagé, aussitôt suivi par le directeur.

Merlin fasse qu'il aie pris la bonne décision, songea t il alors qu'il traversait à son tour l'âtre. Car c'était un de ces choix qui pouvait avoir de lourdes conséquences.

Un instant plus tard, il manqua de trébucher sur le corps du l'espion.

Severus n'avait jamais eu l'air particulièrement bien portant, aucun Maître des Potions ne l'avait, mais le visage torturé et livide de l'homme était positivement effrayant.

Il se pencha rapidement pour prendre son pouls : il battait, faiblement, mais il battait. Sa respiration en revanche était bien trop fragile ; il saisit rapidement une potion dans sa poche qu'il força entre les lèvres du professeur.

Celui ci émit un gémissement presque inaudible tandis que le directeur massait sa gorge pour tenter de faire passer le liquide.

« Severus, m'entendez vous ? » tenta t il

Mais aucun signe ne lui laissa penser que l'homme l'avait entendu.

Dumbledore transfigura rapidement le fauteuil en lit et y déposa délicatement le corps inerte de son professeur de potions.

Il fouilla rapidement le laboratoire des yeux et repéra un ensemble de fioles sur la table. Il hocha la tête après les avoir rapidement senties ; c'était bien ce qu'il fallait. De toute évidence, le professeur avait prévu que son retour serait douloureux…

Dumbledore soupira. Cette prévoyance avait quelque chose de fataliste qui le rendait soudain infiniment triste.

Il se retourna vers le lit où gisait Snape et resta figé devant le spectacle qui l'attendait.

Harry, sous sa forme de chat, avait sauté sur le lit et s'était blotti contre l'épaule du maître des potions.

Le visage de celui-ci reflétait toujours une intense souffrance, mais ses traits s'étaient détendus et son visage était légèrement tourné vers l'animal qui ronronnait contre lui, tentant de lui apporter toute sa chaleur et son réconfort.

A cet instant, Dumbledore su qu'il allait survivre.

Qu'ils allaient tous survivre.


Et voilà ! J'ai mis un peu de temps à poster, vous m'en excuserez : je suis moooorte de fatigue, j'ai fait une sieste de trois heures cette aprem, et si mes charmants voisins n'avaient pas décidé d'entamer la scène de ménage hebdomadaire avec quelques heures d'avance, je serais encore en train de roupiller joyeusement !

Encore un chapitre bien noir me direz vous, eh oui… j'en suis la première étonnée, je ne suis pas spécialement du style sadique avec mes personnages en général, et croyez moi bien loin de moi l'idée d'être méchante avec mon Severus adoré, mais je crois que pour que des liens extraordinaires se nouent, il faut aussi des situation extraordinairement dramatiques…

Un autre personnage va donc vivre des moments pas très rigolos dans quelques chapitres, après quoi j'ai l'intention de leur ficher un peu la paix! Non mais ! Enfin s'ils ont leur compte, bien sur !

Un petit mot aussi sur Dumbledore : je passe peut être un peu trop de temps sur lui, en fait j'avoue être un peu agacée par certaines fics qui par choix mettent Dumbledore dans le rôle du méchant manipulateur : Albus est pour moi un adorable vieillard avec des responsabilités énormes et vraiment pas doué pour prendre les bonnes décisions … mais qui dans tous les cas ne veut de mal à personne s'il peut l'éviter.

Ceux qui ont lu le tome 7 comprendront de quoi je parle, et en quoi peut être je diverge légèrement du personnage original… ou pas !

Mais rassurez vous, le vieux pépère ne va pas nous tenir la jambe éternellement, et notre Severus adoré restera bien notre figure paternelle de sagesse numéro une !

Quant à petit Potter chéri… je me suis appliquée à lui rendre ses caractéristiques d'ado insupportable du tome 5 ( bon dieu que j'ai eu envie de lui dévisser la tete dans celui la ), en espérant être restée fidèle.

Pour ceux qui se demanderaient comment il a pu pénétrer au manoir Snape malgré les barrières : tout simplement parce que c'est Dumbledore qui a ouvert la « porte ».

Et puis, qui refuserait de laisser rentrer un si adorable petit matou ronron choupinou ? hin hin

Coucou à mes reviewers adorés :

Yaoi Gravy Girl : Tu auras donc la réponse dans le tome 7 ;-p et j'ai juré sur mon ame, moi aussi, de ne rien en révéler !

Koredik : ah bah moi la quiche lorraine c'est ZE spécialité : quand j'ai du monde à la maison, on peut etre sur que ca sera spaghettis bolos ou quiche ( rouleau de pate toute faite, lardons pré découpés, deux oeufs et quelques brins de ciboulette mourrante sur mon blacon, et hop, ze cuistot! hum...) et gateau au yaourt ! En fait mes amies ont instauré le " pacte de non agression" : quand on va manger les unes chez les autres, en général, on commande une pizza... et les lunettes : moi je suis aux lentilles ! et alors imagine quand ta lentille t'échappe soudain dans une salle de bain carrellée blanche! OUAIS ça c'est ce qui s'appelle être in the merde ! "Bon heu tout le monde... venez m'aider, mais heu faites gaffe ou vous marchez !" ( temps moyen de retrouvage de lentille à trois : 20 mn )

lilywen : je crois que je viens encore de verser dans mon penchant 'angoissant' ;-)

koko: heu ben je crois que la réponse pour sevy est claire maintenant : non

gros gros bisous à tous, je m'en vais de ce pas affronter les embouteillages pour acheter des étagères: le coté positif c'est que les embouteillages, ça m'inspire !