Chapitre 11
Le voyage du retour sembla se dérouler dans un brouillard. Regulus était écrasé de fatigue, et plein d'un étrange mélange d'inquiétude et de soulagement. Il avait laissé Sirius piloter le bateau jusqu'au port, Sirius qui paraissait toujours sous le point de s'écrouler. Il aurait été plus simple d'abandonner leur embarcation en pleine mer et de transplaner jusque chez eux. Mais Sirius avait refusé. Rien ne devait éveiller les soupçons des Aurors. Alors, il s'était installé près de Sirius, pendant que celui-ci manœuvrait pour les ramener, s'assurant simplement de temps à autre que son frère tenait le coup.
Il ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Il se tenait là, debout, à diriger cet engin moldu que lui-même aurait été incapable de faire fonctionner, après avoir affronté l'océan glacé et les Détraqueurs… Sa volonté palliait à sa faiblesse physique. Le fameux courage des Gryffondors…
Ils n'avaient pas parlé du plan de Sirius pour retrouver la trace de la coupe. Regulus avait bien demandé, mais Sirius avait simplement écarté la question sans y répondre. Ce n'était pas le moment. Il avait besoin de se concentrer sur le voyage du retour, il y consacrerait ce qui lui restait d'énergie. Mais Regulus ne pouvait pas s'empêcher de se demander quelle folie était encore passée par la tête de son frère.
Sirius avait toujours été déraisonnable. S'il avait été un tout petit peu plus circonspect, peut-être les choses auraient-elles tournées différemment. Peut-être n'aurait-il pas claqué la porte de la demeure familiale. Regulus s'était souvent reproché de ne pas avoir essayé de l'arrêter. Il avait compris, désormais, que cela lui aurait été impossible. Sirius était un roc, inébranlable. Lorsqu'il avait pris une décision, il s'y tenait avec une constance impressionnante.
Ils arrivèrent au port avec l'aube. Sirius manœuvra jusqu'à l'emplacement où ils avaient trouvé le bateau, mais renonça à l'amarrer. Il était bien trop épuisé pour cela. Une fois couvert de la cape d'invisibilité, il se contenta de s'accrocher à son frère, tandis que celui-ci levait sa baguette pour transplaner.
Ils apparurent juste devant la porte de la maison. Après avoir frappé de la façon convenue, celle-ci s'ouvrit sur un Kreattur passablement agité. Regulus sentit aussitôt que quelque chose n'allait pas. Il s'empressa de refermer le battant derrière lui, tandis que Sirius poussait un soupir de soulagement.
« Kreattur… ? murmura Regulus. Quelque chose ne va pas ? »
L'Elfe hésita, et tourna la tête vers Sirius. Même si celui-ci s'était efforcé de ne pas se montrer trop cassant, ces derniers jours, Kreattur se méfiait toujours de lui, et de ses réactions un peu trop virulente.
« Où est Harry ? demanda Sirius presque aussitôt, posant un regard pénétrant sur l'Elfe. Est-ce qu'il est arrivé quelque chose à Harry… ?!
- Euh… Il a beaucoup pleuré, mais il va… Il… bafouilla Kreattur.
- Où est-il ?!
- Avec Monsieur Remus… Dans le salon… »
Regulus emboîta le pas à son frère. Lui-même était inquiet. Que s'était-il passé, pour que Kreattur soit si mal à l'aise ?
Harry était bien dans le salon, dormant dans l'étreinte protectrice de Lupin. Celui-ci ouvrit un œil, lorsque Sirius se planta devant le canapé. Severus était là également, remarqua Regulus. Plus pâle que jamais, plongé dans un sommeil qui ne semblait pas parvenir à lui apporter de repos.
« Remus… ? murmura Sirius. Qu'est-ce qui se passe… ?
- Ne t'inquiète pas, Sirius, répondit le jeune homme, se redressant légèrement. Harry va…bien…
- Bien ?! répéta Sirius d'une voix où perçait l'angoisse.
- Oui… Le pire est passé, j'imagine…
- Explique-moi ! »
Regulus approcha à son tour. Il y avait une tension formidable, chez son frère, comme s'il luttait pour ne pas arracher son filleul des bras de son ami.
« L'horcruxe. »
Ce n'était pas Lupin, mais Severus. Les deux Black tournèrent la tête vers lui. Il se rasseyait correctement dans le fauteuil, avec précaution. Regulus remarqua sa main bandée, et fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que tu as fait, Severus ? demanda-t-il doucement.
- J'ai détruit le médaillon.
- Et Harry ?! coupa Sirius. Qu'a-t-il à voir avec ça ?!
- Il était là, répondit Severus avec lassitude. Il a vu… »
Il se tut et tourna la tête vers Lupin, cherchant son appui d'un regard. Regulus capta l'échange muet. C'était tellement inattendu, de la part de Rogue, qu'il se sentit un peu plus inquiet encore.
« Le médaillon avait sa propre défense, expliqua Remus posément, après s'être éclairci la voix. Il a généré… Des illusions… perturbantes… que Harry a vu.
- Qu'est-ce qu'il a vu ? demanda Sirius d'une voix blanche.
- Sa mère. »
Très pâle, Sirius tendit la main vers l'enfant et effleura la masse de cheveux ébouriffés contre la poitrine de Remus. Harry bougea légèrement, dévoilant son petit visage crispé par le chagrin et la peur, malgré le sommeil. Ce fut trop, pour Sirius, déjà éprouvé par la nuit qu'il venait de vivre. Il se tourna brusquement vers Severus, tournant naturellement sa hargne vers son vieil ennemi.
« Et tu ne pouvais pas faire en sorte de lui épargner ça ?! s'exclama-t-il. A moins que tu n'ais trouvé distrayant d'imposer ça au fils de James… ?!
- Ne dis pas de sottises, Sirius ! » coupa Remus.
Les lèvres pincées dans une moue de mépris, Rogue ne releva pas, mais il posa sur Sirius un regard de haine pure.
« Tu faisais joujou avec l'horcruxe sous les yeux de Harry ?! » poursuivit Sirius, serrant les poings.
Ses brusques éclats de voix réveillèrent Harry. Il posa un regard hagard sur Remus, puis sur son parrain, et fondit en larmes.
« Tais-toi, Sirius ! s'emporta Remus, serrant l'enfant contre lui. Tu n'étais pas là, tu ne sais pas… Tu effrayes Harry, arrête ! »
Sirius se détourna de Rogue et s'agenouilla près de Lupin, soudain beaucoup plus calme.
« Ne pleure pas, mon poussin… murmura-t-il. Ce n'est rien, je n'aurais pas dû crier… »
Harry s'extirpa de l'étreinte de Remus et tendit les bras vers lui. Sirius le serra contre lui, le berçant avec une tendresse que Regulus ne lui avait jamais vue, jusqu'à ce que ses pleurs s'éteignent.
Regulus tira une chaise près du fauteuil de Severus, qui ne quittait pas Sirius des yeux, plein d'une rage à peine contenue. « Raconte-moi, Severus, lui demanda-t-il doucement. Explique-moi ce qui t'es arrivé. » Rogue baissa les yeux sur sa main bandée. Il lui manquait au moins un doigt, remarqua Regulus en frissonnant.
Après avoir gardé le silence un long moment, Rogue se décida finalement à raconter.
XXXXXXX
Minerva MacGonagall frappa quelques coups discrets à la porte du bureau de Dumbledore. Le vieux sorcier s'était enfermé aussitôt après le départ de cette femme, la journaliste. Et si Minerva avait respecté son désir de solitude, elle brûlait de savoir ce qu'ils s'étaient dit. Elle avait laissé passer la nuit, mais elle avait décidé, au lever du jour, qu'il était temps qu'elle se manifeste.
Il n'y eut pas de réponse. Après une courte hésitation, Minerva décida d'entrer.
Dumbledore était bien là, la tête plongée dans sa pensine. Minerva avança jusqu'au bureau sur la pointe des pieds pour ne pas le déranger et s'installa sur une chaise. Elle attendit une bonne dizaine de minutes, avant que le directeur ne se redresse, l'air profondément songeur. Il ne parut même pas surpris de la voir dans son bureau.
« Je viens aux nouvelles, dit Minerva. Puisqu'il semble évident que vous n'êtes pas décidé à quitter votre bureau…
- J'ai été très occupé… murmura Dumbledore, en essuyant ses lunettes d'un air distrait.
- Vous avez l'air inquiet…
- Je le suis… »
Il rechaussa ses lunettes et s'assit sur son fauteuil avec un soupir.
« Expliquez-moi, Albus… l'encouragea Minerva.
- Cette jeune femme, Rita Skeeter… Elle prétend m'avoir été envoyée par Sirius Black.
- Et vous la croyez ?
- Aussi étonnant que cela puisse paraître… Il semble que ce soit la vérité. Les choses qu'elle m'a dites… Elle n'aurait pas parlé ainsi, autrement. Oui, je crois qu'elle a bien eu affaire à Sirius.
- Et ?
- Elle prétend que Voldemort est de retour. »
Minerva eut besoin de quelques secondes pour encaisser le choc. Tout comme Dumbledore, elle savait que ce retour était inévitable. Mais il était incroyable que le Lord Noir revienne déjà à l'attaque !
« Comment le sait-elle ? demanda-t-elle, pragmatique.
- Par Narcissa Malefoy. Apparemment, Lord Voldemort se serait réfugié dans leur manoir.
- J'ai du mal à y croire !
- Pour tout avouer… Moi-aussi, Minerva. Et il y a là quelque chose à creuser. D'urgence. Si Malefoy est bien en contact avec Voldemort… »
Il n'eut pas besoin de terminer sa phrase. Maintenant que Malefoy tirait les ficelles de son pantin au Ministère…
« Que devons-nous faire ?
- Malefoy ne me laissera pas approcher de chez lui. Il trouvera bien un prétexte pour me refuser l'accès de sa maison, s'il cache effectivement Voldemort – ou ce qu'il en reste… – chez lui. Il me faut un espion dans la place.
- Vous avez songé à quelqu'un en particulier ?
- Non, pas encore.
- Et la pensine ?
- Je cherchais des réponses… »
Dumbledore regarda les petites fioles alignées sur le bureau près de la pensine. Intriguée, Minerva se pencha vers elle.
« De vieux souvenirs… murmura le vieux sorcier. Quand l'influence de Tom Jedusor s'est affirmée, j'ai commencé à récolter tout ce que je pouvais sur lui… Et… J'avais une crainte, Minerva. Une crainte que Rita Skeeter vient de me confirmer.
- Laquelle ? demanda Minerva, frissonnant d'appréhension.
- Voldemort a bel et bien créé des horcruxes.
- Des… horcruxes ? »
Minerva pâlit. Dumbledore lui avait plusieurs fois affirmé que la disparition de Voldemort ne pouvait qu'être temporaire, car celui-ci n'avait sans doute pas été réellement tué par le sortilège, cette funeste nuit d'Halloween. Mais sans jamais vraiment expliquer d'où lui venait cette conviction.
« Regulus Black a, semble-t-il, découvert un horcruxe. Un médaillon.
- Regulus Black… ?
- Le jeune frère de Sirius… Bien plus malin et bien moins compromis que ce que j'avais imaginé, apparemment… Ah, Minerva ! Si seulement j'avais été un peu plus à l'écoute de mes étudiants, au lieu de me focaliser tellement sur la lutte contre les Mangemorts… ! »
Il paraissait vraiment accablé. Presque autant que lorsqu'il lui avait appris que Voldemort cherchait à éliminer la famille Potter.
« Albus… murmura-t-elle.
- Tant de gâchis… ! Si seulement j'avais pris le temps de les connaître un peu mieux, tous ces jeunes gens qui allaient finir en première ligne, dans cette guerre ! Ils étaient tellement brillants ! J'aurais peut-être pu empêcher Severus Rogue de finir dans le camp de l'ennemi… J'aurais découvert que James Potter, Sirius Black et Peter Pettigrow étaient des animagus… J'aurais… J'aurais peut-être regardé Regulus Black… Au lieu de ne le voir que comme l'image terne et négative de son frère.
- Les choses auraient été différentes, sans doute. Mais pas forcément meilleures, contra doucement Minerva. Vous le savez très bien, Albus.
- Oui. Mais cela n'empêche pas les regrets. »
Il ramassa les fioles et les rangea soigneusement dans un petit coffre bardé de fer.
« Regulus Black, continua-t-il, presque pour lui-même. Pour moi, il n'était qu'un autre de ces fils de bonne famille que son héritage poussait naturellement à embrasser les idéaux des Mangemorts. Il semblerait que ce garçon ait été plus que cela…
- Un espion ?
- Non. Non, il n'a jamais cherché à contacter l'Ordre du Phénix. Non, je crois plutôt que Regulus cherchait ses propres réponses. Et que ce qu'il a découvert lui a ouvert les yeux sur un bon nombre de choses.
- Il est donc de notre côté.
- Oui. Maintenant, oui. Et il a un horcruxe en sa possession.
- Que va-t-il en faire ?
- Le détruire, vraisemblablement. Ou, du moins, essayer. Ce sont des objets magiques vraiment très puissants. J'ignore s'il en a les compétences… »
Il rangea la pensine, sous le regard songeur de Minerva. Elle se souvenait à peine de Regulus Black. Un garçon ordinaire, qui ne cherchait pas à se faire remarquer, contrairement à son frère aîné. Il avait côtoyé Severus Rogue, lors de la dernière année de celui-ci, et elle n'avait pas vu l'association d'un bon œil. Elle se doutait que Rogue avait rejoint les Mangemorts…
« Ce n'était pas un élève particulièrement brillant, remarqua-t-elle.
- Non… Mais il a indéniablement des connaissances en magie noire… D'après les Langues-de-plomb, c'est grâce à la magie noire, que les frères Black ont réussi à quitter Azkaban. Et je suis persuadé que ce n'est pas le fait de Sirius. »
Il se posta à la fenêtre, laissa son regard errer sur le parc.
« Sirius cherche d'autres horcruxes… reprit-il.
- D'autres… Combien y en a-t-il ?
- C'est ce qui reste à découvrir. Ils sont sur une piste, apparemment. Et… J'en ai une de mon côté. Minerva… Il faut savoir ce qu'il en est, réellement, du retour de Voldemort. Pouvez-vous vous en charger ?
- Bien sûr, Albus, mais j'aurais pensé…
- De mon côté, je me charge de cet objet… Oui… Ce pourrait être un horcruxe… Je vais le trouver et le détruire. »
Minerva se leva de sa chaise. Elle avait déjà une petite idée sur la façon dont elle devrait s'y prendre, pour pénétrer chez les Malefoy.
« J'ai renvoyé Miss Skeeter auprès des Black, reprit Dumbledore, alors qu'elle allait prendre congé. Il faut que nous nous entendions pour récupérer Harry. Si Voldemort est de retour, il ne sera en sécurité qu'à Poudlard.
- Ah, très bien ! Ce pauvre enfant…
- Remus Lupin lui a sauvé la vie…
- Espérons qu'il n'aura pas à réitérer l'exploit… »
XXXXXXX
Ainsi qu'ils l'avaient convenu avant son départ, Rita transplana à deux pas du 12 square Grimmaurd, derrière les poubelles d'un petit restaurant moldu. Là, elle appela Kreattur, qui devait la faire entrer dans la maison bardée de défenses.
Il régnait une atmosphère particulièrement lourde, dans la maison. Bien plus lourde qu'à son départ. Cela n'augurait rien de bon. Son intérêt ravivé, elle se dirigea tout droit vers le salon, à la recherche des quatre hommes.
Elle déboula en pleine joute verbale. Sirius, debout au milieu de la pièce, cherchait visiblement à convaincre ses interlocuteurs, élevant la voix pour couvrir les pleurs sporadiques de Harry. Regulus paraissait furieux. Remus, inquiet. Quant à Rogue, il était d'une pâleur mortelle, perdu au fond d'un fauteuil.
« Tu devrais d'abord songer à Harry ! s'emporta Regulus, les mains crispées sur l'accoudoir du fauteuil de Severus.
- Mais j'y songe, justement ! protesta Sirius, resserrant sa prise sur l'enfant. Il ne sera en sécurité que lorsque nous aurons détruit tous les horcruxes ! Tu as vu dans quel état il est… ?!
- Si tu arrêtais de t'énerver, peut-être qu'il se calmerait aussi ! contra Remus, se levant du canapé. Viens, Harry… »
L'enfant tourna la tête vers le jeune homme, visiblement perdu, hésitant entre son protecteur et son parrain. Sirius se mordit les lèvres, comme s'il ne contenait qu'à grand peine une colère grandissante.
« Je suis calme ! protesta-t-il pourtant, se résignant à rendre l'enfant à son ami. Et lucide ! »
Rogue étouffa un grognement.
« Tu ne peux pas retourner au Ministère, Sirius ! intervint Regulus. C'est…
- Les réponses sont là-bas ! Il faut trouver la coupe, Regulus !
- Tu n'en sais rien ! Tu as passé une nuit éprouvante, tu devrais vraiment te reposer, avant de lancer des idées pareilles !
- Je veux en finir au plus vite !
- Tu ne sais même pas s'il est fiable !
- Il m'a aidé…
- Là, c'est autre chose ! Lui-aussi, devra prendre des risques ! Et… »
Les mots se bousculaient, dans la gorge de Regulus, comme s'il ne savait plus quel argument avancer pour faire mouche. Rita profita du blanc qui s'ensuivit pour entrer carrément dans le salon.
« Bonjour, Messieurs, dit-elle simplement.
- Manquait plus qu'elle… grommela Sirius, croisant les bras avec exaspération.
- Ravie de vous revoir aussi, Mr Black… Je pensais que vous seriez contents d'apprendre que je me suis bien acquittée de ma tâche…
- Merci, Miss Skeeter, répondit Remus, lui adressant l'un de ses sourires fatigués. Qu'a dit Dumbledore ?
- Qu'il allait chercher de son côté. Il soupçonnait le coup des horcruxes… »
Les quatre hommes échangèrent un regard un peu surpris.
« Il nous fait marcher… ? demanda Sirius, dubitatif. Comment envisager un truc pareil… ?! »
Remus haussa les épaules.
« Sait-il combien il y en a ? demanda Regulus.
- Non. Il a été plutôt laconique. De quoi parliez-vous ? »
Sirius et Regulus échangèrent un regard belliqueux, mais personne ne répondit.
« Vous avez une piste ? insista-t-elle. La coupe est au Ministère ?
- Non, répondit Remus. Enfin… nous l'ignorons. Elle a été dérobée aux Lestrange, il y a quelques années de cela.
- Oh… fit Rita, déçue. Alors, pourquoi Sirius parlait-il de se rendre au Ministère ?
- Vous n'avez pas vos oreilles dans vos poches, hein ?! lâcha Sirius froidement.
- Je vous ai prouvé que j'étais digne de confiance, non ? »
Sirius se mit à ricaner. Il pouvait vraiment être aussi désagréable que Severus Rogue, lorsqu'il s'y mettait, songea Rita.
« Je pourrais peut-être vous aider, conclut-elle. Je peux entrer facilement au Ministère. »
Il y eut un silence, tandis qu'ils étudiaient la proposition. Rita vit les traits de Regulus se détendre légèrement.
« Nous irons ensemble, conclut Sirius.
- Quoi ? fit Regulus, se levant de son siège. Non ! Miss Skeeter a raison, elle entrera facilement, elle…
- Mais elle ne saura pas à qui s'adresser ! Je ne connais même pas son nom ! s'emporta Sirius. J'irai avec elle ! »
Regulus hésita un instant, les poings serrés… Mais il choisit de faire volte-face et de quitter le salon, dont il claqua la porte avec rage.
XXXXXXX
Isabelle restait soigneusement loin de Lucius Malefoy, ce qui n'était pas évident, puisqu'il passait une bonne partie de son temps dans le bureau de son père. Elle sentait qu'il valait mieux mettre de la distance entre lui et elle. Elle avait surpris un de ses regards sur elle, alors qu'elle embrassait son père pour prendre congé, un regard si malveillant qu'elle en avait frémi.
Le plus simple aurait été de ne plus mettre les pieds au Ministère. Rien ne l'obligeait à s'y rendre quotidiennement. Mais elle répugnait à se couper d'une si formidable source d'informations. Si Regulus la contactait de nouveau, elle voulait être en mesure de lui fournir toute l'aide possible.
Elle se demandait s'il avait finalement reçu les quelques cheveux de Lucius Malefoy qu'elle avait glissés dans l'emballage de son sandwich… Elle repensait encore en frémissant à la difficulté qu'elle avait eu pour s'approcher de lui, alors qu'il parlait avec son père… D'un sort tranchant dosé au plus juste, elle avait sectionné quelques fils de sa chevelure.
Pourquoi Regulus avait-il besoin de prendre l'apparence de Lucius Malefoy ?
Elle l'ignorerait sans doute toujours. Elle espérait simplement que cela avait fonctionné comme il le désirait.
L'esprit occupé par la pensée de Regulus, Isabelle s'installa à l'une des tables de la terrasse de Florian Fortarôme. Elle avait reçu un petit mot de son père au petit-déjeuner, lui proposant de la retrouver là. Isabelle était à peu près sûre de voir débarquer une armée de journalistes avec lui. Tout était prétexte à donner de lui une image conviviale et rassurante. Qu'y avait-il de plus convivial et rassurant que de voir le Ministre de la Magie en train de manger tranquillement une glace sur le Chemin de Traverse, en compagnie de sa charmante fille… ?
Isabelle était prête à se prêter au jeu de bonne grâce. Tant que son père se préoccupait de son image, il était moins tenté de prendre des décisions capitales qui pourraient se révéler lourdes de conséquences !
Il était presque dix heures, lorsque quelqu'un lui tapota l'épaule. Elle sursauta, et se retourna brusquement.
Lucius Malefoy lui souriait aimablement. Une sueur froide lui coula le long du dos.
« Miss Fudge, dit Malefoy, s'asseyant à sa table s'en attendre d'y être invité. Comment allez-vous ?
- Bien, dit-elle, du bout des lèvres. J'attends mon père.
- Oh, oui, je sais… Mais malheureusement, il va être un peu retardé. Le travail, vous comprenez ! »
Isabelle posa ses mains sur ses genoux, pour en dissimuler la brusque moiteur. Elle avait la très désagréable impression d'être tombée dans un guet-apens. « Il ne peut rien faire en public… se persuada-t-elle. Garde ton calme ! » Elle était bien décidée à refuser de l'accompagner, où que ce soit. Même pour lui montrer les toilettes !
« Mais il ne va pas tarder ! conclut Lucius, avec un sourire. Il m'a envoyé au-devant de vous pour vous prévenir.
- C'est bien aimable à vous de faire ses commissions… »
Elle avait conscience de ce que son ton pouvait avoir de sec. Mais c'était plus fort qu'elle.
Le serveur s'arrêta à leur table pour prendre la commande.
« Deux tasses de thé, répondit Malefoy. Et… Vous désirez autre chose, Miss Fudge ? Une glace ?
- Non, merci… »
Le serveur s'éloigna. Isabelle se perdit dans la contemplation de la nappe.
« Votre père est un homme très occupé, en ce moment, dit Malefoy, croisant ses longues jambes avec élégance. Il a tout son gouvernement à mettre en place… Trouver des remplaçants pour les membres incompétents de l'ancien Ministère…
- Vous lui avez suggéré des noms, remarqua Isabelle avec une pointe de dédain.
- Bien sûr ! J'ai mes entrées partout, je suis le mieux placé pour l'aiguiller dans la jungle de la politique ! Un idéaliste, votre père… Comme vous, non ? »
Isabelle ne releva pas.
« Vous avez pris position pour une amélioration des conditions de vie des détenus de Haute Sécurité, à Azkaban…
- Je les ai soignés, c'est tout…
- Des Mangemorts, pourtant. Des êtres qui ont tué et torturé… Vous êtes une âme charitable. »
Elle ne releva pas. Le serveur déposa deux tasses fumantes devant eux. Lucius prit l'assiette de petits fours qui les accompagnaient et lui tendit obligeamment. Elle en choisit un et se mit à le grignoter distraitement. « Du sucre ? demanda Lucius.
- S'il vous plait… »
Tandis que Lucius lui sucrait son thé, elle tira sa montre de sa poche pour regarder l'heure. Si son père n'était pas là dans un quart d'heures, elle trouverait un prétexte pour partir. Il était hors de question qu'elle reste en tête à tête avec Malefoy. Son regard passa rapidement sur les autres clients de Florian. Et elle frissonna en repérant la vieille femme qui l'avait déjà suivie au parc la veille, à la table juste près de la sienne.
Auror ou Mangemort… ? Je ne risque rien tant que je suis en public… Même avec Malefoy en face de moi…
Ils ne se risqueraient pas à l'enlever en plein jour, n'est-ce pas ?
« J'ai eu le plus grand mal à faire comprendre au Magenmagot que vous n'étiez motivée par aucune complaisance particulière envers les prisonniers, vous vous souvenez ? poursuivit Malefoy, en lui tendant sa tasse de thé. Mais l'on pourrait toujours vous soupçonner d'avoir cherché à améliorer l'ordinaire de Sirius Black.
- Nous en avons déjà parlé, coupa-t-elle. Je vous ai déjà dit que je me moquais de Sirius Black !
- Je sais, je sais ! Je suis votre avocat, souvenez-vous ! Je suis de votre côté ! »
Le thé avait un drôle de goût. Isabelle reposa sa tasse sur sa soucoupe.
« Vous n'êtes pas complice de Regulus Black… N'est-ce pas ? »
Isabelle eut soudain très chaud.
« Vous me le diriez, si tel était le cas, Isabelle ? insista Lucius.
- Je… »
Elle fixa avec horreur la tasse de thé devant elle. Ce monstre n'avait pas osé… ?!
« Avez-vous vu Regulus, dernièrement ? demanda Lucius, se penchant légèrement vers elle comme pour lui parler de manière confidentielle.
- Oui… »
C'était sorti malgré elle. Elle se mordit violemment la langue.
« Savez-vous où il se cache ? »
Elle fit non de la tête, les mâchoires crispées. Elle ne voulait pas parler. Elle ne voulait pas trahir Regulus.
« Et… Que voulait-il ? »
Les yeux de Lucius étaient vissés dans les siens, et un sourire mauvais lui étirait les lèvres. Elle était à bout de résistance. Elle allait parler.
