Bonjour à toutes !

La suite est arrivée ! (et je précise que le titre n'a rien à voir avec l'horrible série de Kev Adams)

Enjoy !


Kanon se remettait assez difficilement de sa nuit agitée. Heureusement qu'il était chevalier, un humain normal n'aurait sans doute pas survécu à la quantité astronomique d'alcool qu'il avait ingurgité. Saga se trouvait dans le salon et il lui avait préparé la future mixture miracle qui permettait de soigner n'importe quelle gueule de bois. Le cadet prit place face à son frère et remarqua que ce dernier était plongé dans un livre. Etrangement, aucun ouvrage ne semblait traiter précisément d'Arès dans la bibliothèque du Sanctuaire, alors Saga avait décidé de se documenter sur la schizophrénie. Après tout, celui qu'il appelait Arès n'existait peut-être que dans son esprit. Intrigué, Kanon lui arracha son livre et le feuilleta en vitesse.

« Il arrive en cas de schizophrénie que l'une des personnalités prenne le dessus sur les autres et cherche à les tuer... Des conneries. »

« Kanon ! Rends-le moi ! »

« Saga, tu n'es pas schizo, tu m'entends ? Ou bipolaire ou aucune autre de ces bêtises ! Tu es possédé... comme l'a été Julian Solo. »

Et comme l'était sans doute Saori, même si personne n'osait en parler de vive voix.

Saga détourna le regard et il se leva pour se servir un café bien noir.

« Nan mais sérieux, où t'es allé pêcher une idée pareille ? T'as regardé Fight Club récemment ? »

« Tu ne peux pas comprendre... »

« Arès n'est pas TON Tyler Durden ! » Cria le jumeau en frappant du poing sur la table et en renversant un peu du remède puant. « Il est là. Il existe. Il est réel ! Je l'ai vu, nous avons été beaucoup à le voir ! Tu n'es pas fou mon frère ! »

Le Grec passa une main sur son front. Honnêtement, il ne savait plus qui croire ou quoi penser.

« Si Arès est bien ce qu'il prétend être, dans ce cas, pourquoi n'y a t-il aucune trace de lui dans les écrits sacrés ? On trouve énormément d'indications très précises sur Hadès et ses Spectres dans ces livres ! Et même sur Poséidon ! »

« Saga. » Il l'attrapa par les épaules et le força à lui faire face. « Je sais que tu es désespéré. Mais crois-moi, tu ne souffres d'aucun dédoublement de la personnalité. Arès est un dieu. Et tu es son réceptacle humain. Dire qu'on ne trouve aucune trace de lui nulle part dans les écrits du Sanctuaire est inexact. Arès est juste évoqué, comme les autres divinités. Ni plus, ni moins. Peut-être parce que jamais avant il n'avait tenté de s'emparer de la Terre. »

C'était trop beau pour être vrai et Saga en doutait donc grandement. Si c'était le cas, pourquoi Arès chercherait à prendre possession du Sanctuaire uniquement maintenant ? Impossible de croire qu'il ne s'était jamais réincarné avant, contrairement à Poséidon, Athéna ou encore Hadès.

« Kanon... »

« Ou alors... hmm... Arès est malin. Il a du effacer les textes compromettants à son sujet. »

« Comment cela ? »

« En arrachant les pages. En brûlant les livres qui traitaient de lui. C'est facile tu sais de ne pas laisser de trace...»

Saga redressa violemment la tête, manquant de heurter celle de Kanon. Son frère avait raison ! Arès avait dû se débarrasser des preuves ! Il n'était pas assez stupide pour laisser des indications visant à l'éliminer. Mais si c'était bel et bien le cas... alors c'était sans espoir. Jamais ils n'arriveraient à le vaincre dans cette vie...

« C'est peine perdue... Il est revenu à la vie avec moi. Il va encore chercher à tout détruire... »

Tout ce qu'ils avaient mis du temps à reconstruire. Il allait encore menacer la vie d'Athéna et faire passer Saga pour un traitre en l'utilisant comme un pion. Mais cette fois, Saga ne le supporterait pas.

« Je ne crois pas Saga. »

L'aîné fixa son frère, surpris par cette réponse.

« Je veux dire... si c'était vraiment ce qu'il désirait, il l'aurait déjà fait il y a longtemps, tu ne crois pas ? »

« Il a peut-être besoin de temps pour mettre son plan à exécution. » Suggéra Saga.

Impossible de croire que c'était aussi simple que cela ! Kanon se trompait forcément.

« Mais quel peut bien être son plan ? Il t'a parlé de quelque chose ? »

Non. Pas cette fois. Mais cela ne voulait pas dire que le dieu ne trafiquait rien de louche pour autant ! Car s'il était vrai qu'Arès avait accès aux pensées de Saga, c'était également vrai dans l'autre sens, même si cela était dans une moindre mesure.

« Ca ne veut rien dire... Tu penses réellement qu'il va me décrire ses intentions d et me dire quel jour de quelle année il compte mener à bien ses ambitions ? »

« Ben c'est pas ce qu'il a fait la première fois justement ? »

« Mais... les circonstances étaient différentes ! Il avait besoin de moi ! Il se cachait ! »

« Et ça a fonctionné à merveille. Il risque sûrement de recommencer de la même façon. »

« Il se ferait trop vite démasquer cette fois. Il va se montrer plus prudent que ça. »

Arès était étrangement calme depuis leur retour à la vie. Il n'y avait guère que pour enquiquiner Mü qu'il s'était manifesté. Au fond de lui, Saga ressentait surtout l'animosité du dieu pour les Atlantes, enfin, CERTAINS Atlantes. Shion et Mü, par exemple. Mais pas tellement envers Kiki.

« Il faut que j'aille en parler à Shion. »

« Alors là, pas question ! Le vieux bouc a déjà dit qu'il ne savait rien et s'il apprend qu'Arès a fait des siennes, il va vouloir te faire enfermer à vie dans les cachots pourris du Sanctuaire ! »

« Shion cache quelque chose, je le sens. Il nous a raconté certaines choses, déjà. »

« Des choses inutiles ! »

« Il sait pourquoi Arès déteste les Atlantes. Il n'avait même pas l'air surpris quand Arès a pris ma place et l'a assassiné de sang froid... Il semblait... le connaître. »

« Comment le vieux schnok pourrait-il connaître Arès ? Tu crois qu'il l'avait déjà croisé durant les deux cents dernières années ?»

« C'est possible. Quoi qu'il en soit, il en sait plus qu'il ne veut bien le dire. Il faudrait que je le force à parler... »

« Je ne comprends pas. Si Shion en sait autant que tu le penses, pourquoi il reste les bras croisés, le cul vissé sur son trône, sans agir ? »

« C'est ce que je dois découvrir. Shion ne sait peut-être pas comment neutraliser d'Arès, mais je suis persuadé qu'il sait ce qu'Arès veut. »

« Tu veux dire... en dehors du Sanctuaire ? »

« Oui. Il cherche peut-être autre chose, comme tu l'as dit et c'est pour cela qu'il n'agit pas. »

« Ok, mais ça va nous avancer à quoi de le savoir ? On ne va quand même pas lui donner ce qu'il souhaite, juste pour avoir la paix ? »

« Il n'en n'est pas question. Mais si nous savions après quoi Arès en a, nous pourrions... assurer sa sécurité de manière rapprochée et plus efficace. »

« Si ça se trouve, cette enflure ne veut rien. C'est pour ça qu'il n'est pas encore passé à l'acte. »

« Alors pourquoi... a t-il refait surface ? Uniquement pour me tourmenter ? Il n'a pas besoin de cela... nous partageons le même corps, c'est déjà suffisant pour faire de ma vie un enfer. »

« Cela m'étonnerait de lui, mais c'est possible. Il s'ennuie sûrement et il veut de l'action ! »

Ce qui avait du sens vu le comportement mystérieux du dieu. Il jouait avec les nerfs de Saga ces derniers jours, mais il était passé à la vitesse supérieure, ne se contentant plus de lui souffler des idées maléfiques auxquelles Saga ne croyait plus depuis sa déchéance. A présent, ce qui semblait l'intéresser, c'était de se mêler de la vie sentimentale de son hôte ! Ce qui était finalement pire pour Saga !

« Je suppose que pendant qu'il joue avec moi... au moins, il laisse le Sanctuaire tranquille. »

Il fallait voir le bon côté des choses. Le seul bon côté.

« Au fait, j'ai raté quelque chose hier, après que tu m'aies largué dans mon lit ? » Demanda Kanon, des étoiles plein les yeux.

« De quoi tu... »

« Avec Kiki ! »

Saga eut un léger mouvement de recul, mais son frère le dévisagea avec impatience. Il voulait tout savoir !

« Non. »

« Ohhhh... allez quoi ! Tu me déçois ! »

« Lui aussi il avait bu et il était très tard. Ou plutôt très tôt. Nous sommes rentrés au petit matin, j'ai eu peur que Mü ne s'inquiète en se réveillant sans voir son agneau. »

« Intéressant... »

« Quoi ? » Le brun fronça des sourcils. L'air idiot de son frère avait tendance à l'exaspérer...

« Tu n'as pas dit « je me fiche du petit » cette fois ! Il y a du progrès, c'est bien. »

Saga haussa un sourcil, avant de les froncer durement. Il n'aimait pas ce que Kanon insinuait.

« C'est bien ? Qu'est-ce qui est bien ? Ne te mêle pas de ça Kanon... »

« Ecoute, si j'ai pas conclu hier, c'est uniquement par ta faute. Tu t'es incrusté et t'as tout foutu en l'air, alors le moins que tu puisses faire, c'est être honnête envers moi ! »

« Je ne sais pas... »

« Je suis ton frère ! Tu me dois la vérité ! »

« Non je veux dire... je ne sais pas... concernant Kiki. »

Et c'était sincère. Il était perdu. Il commençait à ressentir une certaine attirance pour le jeune Atlante. Attirance sans doute dictée partiellement par Arès. Mais ce n'était pas bien. Il avait déjà Mü, le propre maître du petit. Et Kiki avait vraiment un sale caractère !

« Je vois. C'est pas évident comme situation. Je ne voudrai pas être à ta place ! »

« Merci pour ta sollicitude... elle me va droit au cœur... » Répondit amèrement Saga.

« Propose leur un ménage à trois ! » Sourit malicieusement Kanon.

« Tu es irrécupérable... »

« Tout comme toi, mais d'une manière différente. Ne te prends pas la tête pour tout ça, ok ? Laisse faire les choses et profite ! On n'a qu'une seule vie... enfin, qu'une seule résurrection, alors ne gâche pas tout ! Si tu vois qu'il y a moyen de te taper les deux, franchement, n'hésite pas. Tu décideras plus tard lequel garder si ça te pose un cas de conscience ! Bon, je te laisse ! » Il se pencha et lui embrassa furtivement la joue. « Je file voir mon centaure d'amour ! A plus tard ! »

Le pragmatisme de Kanon ou plutôt son manque d'éthique était désarmant pour Saga. Il soupira en voyant son frère partir rejoindre Aioros, qui devait être rentré à présent. Mais dans le fond, peut-être que Kanon avait tout de même un peu raison.. Saga avait tendance à trop réfléchir et à se mettre trop de barrières morales. S'il s'inspirait de son frère en vivant au jour le jour, carpe diem, comme on dit, son existence serait certainement plus simple et paisible. Et après tout, ne dis-ton pas qu'il faut toujours essayer une voiture avant de l'acheter ? Non, c'était vraiment horrible de penser à Kiki et Mü, des être humains, en ces termes dégradants ! Ils avaient eux aussi des sentiments et Saga ne devait pas jouer avec eux de cette manière, c'était indigne d'un défenseur de la justice !

Pas plus avancé, Saga touilla son café encore brûlant et il sortit sur le parvis de son temple, observant pensivement celui de Mü situé en contrebas...

Pourquoi fallait-il que Kiki soit l'élève de son amant ?

Et si cela n'avait pas été le cas, la situation s'en serait-elle profondément trouvée changée pour autant ?

Toutes ces questions le rendaient fou. Et pour une fois, ce n'était pas Arès qui était l'instigateur de ses tourments, du moins, pas de manière directe, même s'il jouait un rôle dans la confusion ambiante, à n'en point douter.

Mais ce n'était pas le moment de penser à tout cela. Il se tourna de l'autre côté, fuyant le visuel qu'offrait le temple du Bélier, pour se concentrer sur le Palais du Pope, situé au sommet de l'escalier interminable qui portait encore les stigmates de la dernière guerre contre Hadès. Saga devait parler au maître de son bien-aimé. Il avait sûrement des informations, c'était son dernier espoir. Et si jusqu'ici il ne s'était pas montré très loquace ni très actif, Saga était persuadé qu'un tête-à-tête musclé avec Shion pourrait porter ses fruits. Il suffisait juste de coincer l'Atlante seul à seul.

Convaincu des chances de réussite de son plan, Saga se dirigea vers le grand palais.


Ce matin, comme tous les mercredis matins depuis quelques semaines, Deathmask éteignit son portable, qu'il sentait vibrer sous son oreiller. Il l'avait passé en mode silencieux pour ne pas réveiller son compagnon, qui partageait parfois sa couche toute la nuit. Mais à bien y réfléchir, c'était une délicate attention bien stupide, quand on connaissait la lourdeur du sommeil du Scorpion. Aldébaran pourrait être en train de danser la samba sur son lit, que Milo ne s'en rendait même pas compte ! Deathmask se redressa lentement et s'étira, puis son regard s'attarda sur la forme alanguie près de lui. Milo lui tournait le dos, lui offrant son plus beau profil. Dénudées, les fesses de son cadet ressemblaient à deux fruits bien ronds et juteux. DM pensa que son Amore n'avait pas usurpé son nom... car « Milo », ça voulait bien dire « pomme » en grec, non ? En tous cas, cette vision paradisiaque donnait une folle envie au crabe d'aller mordre dans les deux jolies pommes qui ne semblaient demander que cela... Ah... qu'est-ce qu'il aimait les matins-coquins avec Milo !

Pourtant, le cancer y renonça et il attrapa un T-shirt qui traînait négligemment sur son chevet. Il le renifla, inspirant profondément et décrétant que son état de propreté était passable, il l'enfila sur son torse aux muscles bien dessinés, sans se soucier de savoir si le morceau de tissu appartenait à son amant ou à lui. L'avantage de coucher avec un autre homme et surtout de sa propre stature, c'est qu'on peut s'échanger ou se piquer les fringues ! Enfin... pas sûr qu'il s'y risquerait avec Aphrodite, qui avait des goûts assez folkloriques en la matière... et le Crabe avait une sainte horreur du rose, couleur fétiche du Suédois.

A en juger par le tas de fringues orphelines qui jonchaient le sol, sans avoir eu la chance d'atterrir sur un meuble, contrairement au T-shirt noir, DM comprit que Milo avait bien mérité sa grasse mat'. L'effeuillage avait été sommaire, rapide et peu soigneux, témoignant de l'urgence des besoins à assouvir de sa bête à dard, ce qui confirma à Deathmask que leur courte nuit avait été agitée et bien remplie. L'Italien fila en catimini dans la cuisine et il avala cul sec le reste suspicieux d'une bouteille de bière à moitié vide, datant de leur petite fête de la veille.

Ce frugal et modeste petit déjeuner englouti, le crabe sortit et il tata la poche arrière de son jean, en sortant un paquet de cigarettes écrasées, qui avaient connu des jours meilleurs. Il en fourra une dans son bec et il monta les escaliers reliant les temples.

Bon, c'était donc bien son pantalon sur lequel il avait réussi à mettre la pince, étant donné que Milo ne fumait pas.

Et ça, c'était plutôt une bonne nouvelle.

Un Milo a poil + une bonne bouffée de nicotine.

Il n'en fallait pas plus au gardien de la quatrième heure pour bien commencer la journée !

Le Patriarche était assis à son bureau, dans ses appartements privés. Drapé dans toute sa majesté et accessoirement, dans une toge vert amande aux broderies dorées élégantes, il écrivait une lettre.

A la main, évidemment.

Et à la plume avec encrier, s'il vous plaît !

Oui, le vieux Bélier était reste coincé dans une faille temporelle digne d'une autre époque. Bien-sûr, on pouvait arguer que le Sanctuaire n'était pas non plus un modèle de modernité, mais Saori en Athéna du troisième millénaire était tout de même parvenue à introduire des appareils derniers cris pour améliorer le confort et le quotidien de ses chers chevaliers. Au départ, ce véritable raz de marée avait failli engloutir les Gold Saints les plus attachés aux valeurs traditionnelles, Dohko et Shion en tête. A l'âge canonique de deux cent cinquante et quelques années, passées sous une cascade au fin fond de la Chine pour l'un et dans un cercueil pour l'autre, il n'avait pas été aisé pour eux de s'adapter.

Et justement, le maître de Mü écrivait à son ami, pour prendre de ses nouvelles. Dohko avait refusé de retourner vivre au Sanctuaire avec tous les autres. Il ne s'y sentait plus à sa place et préférait la tranquillité de sa Chine natale. Il voulait profiter de son retour à la vie pour s'occuper de sa fille adoptive, qui n'allait pas tarder à donner naissance à son premier enfant. Après être mort, Shion comprenait bien ce désir de passer du temps avec elle. A vrai dire, il nourrissait la même envie envers Mü, mais ses responsabilités et ses devoirs en tant que Pope ne lui laissaient que peu de liberté. Parfois, il regrettait d'avoir accepté une nouvelle fois ce fardeau. Mais il était le mieux placé pour veiller sur le Sanctuaire et remettre de l'ordre après le passage mortifère d'Arès...

C'est alors qu'il entendit la porte de son cabinet grincer. Il ne s'en formalisa pas et ne parut pas inquiet. Quelqu'un entra.

C'était sûrement...

« Dante, tu es en avance aujourd'hui. » Sourit le Bélier en se retournant vers son convive.

Mais point de Cancer.

A la place, se tenait face à lui celui qui avait causé sa déchéance.

Son meurtrier, son assassin, son pire cauchemar.

Il se releva brusquement, renversant l'encrier qui déversa son liquida noir comme les ténèbres sur la lettre inachevée.

« Saga. »

Il tenta de rester calme et neutre.

« Grand Pope. »

Il s'approcha de lui.

« Ce n'est... pas très prudent de ne pas poster de garde devant vos appartements privés. »

« C'était leur jour de congé. »

« Vous êtes si bon. » Il afficha un sourire de prédateur. « Quand je gouvernais le Sanctuaire, les gardes n'avaient pas droit à des jours de repos et avaient pour ordre de tuer quiconque souhaitait s'entretenir avec moi sans mon consentement. »

Shion se tendit en voyant l'autre caresser le dossier de la chaise en bois sur laquelle il était assis quelques minutes auparavant.

« Votre générosité vous perdra. Mais... je ne suis pas venu pour remettre en cause votre manque inconsidéré de prudence. »

Il attrapa la chaise et l'attira à lui, avant de s'asseoir dessus, dossier tourné vers lui. Il appuya ses bras dessus et planta son regard aux reflets rubis dans celui de Shion. Le vieux Bélier avait toujours été extrêmement fier. La peur ne filtrait pas. Il ne semblait avoir aucune émotion, alors que n'importe quelle personne sensée se serait déjà planquée sous un lit, en priant tous les dieux de l'épargner.

« Si tu n'es pas venu uniquement pour me démontrer à quel point il serait facile de me tuer, que puis-je faire pour toi ? »

Le Grec regarda à gauche, puis à droite, bras croisés sur le dossier de la chaise.

« Vous attendiez quelqu'un Grand Pope ? »

« Non, personne. Qui pourrait bien venir me voir ? »

« A part moi, vous voulez dire ? » Il sourit à nouveau de façon carnassière. « Heureusement que je suis là pour penser à vous. Vous vous ennuieriez sans moi. Mu ne veut plus vous voir, les autres vous ignorent...»

Shion en doutait fort. Mais il n'allait pas se laisser impressionner ou appeler au secours. Il ne voulait pas impliquer des innocents s'il pouvait l'éviter. Les Atlantes avaient tous un sens du sacrifice hors du commun. Arès admirait cela. Mais Saga beaucoup moins.

« Bon en vrai.. je suis venu vous voir parce que mon hôte pense que vous lui cachez des choses. »

« Quel genre de choses ? » Répondit l'Atlante.

« Le genre qui pourrait l'aider à me détruire, par exemple. »

« Si vraiment je savais comment t'éliminer, ne crois-tu pas que je l'aurai déjà fait depuis longtemps ? »

« Saga a cherché partout, sans succès. Alors il pense que c'est de ma faute, que j'ai brûlé les preuves. Il espérait que vous alliez lui sortir un tour de votre chapeau magique. »

« Il n'y a jamais eu de textes à ton sujet. Mais ça, tu le sais déjà. »

« Saga n'y croit pas... Pourtant, quand je suis devenu le Maître, j'ai immédiatement pensé à me protéger en me débarrassant de tout ce qui pourrait causer ma chute. »

« On dit que lorsqu'un tyran arrive au pouvoir, il commence par faire disparaître symboliquement les livres, qui représentent l'éducation et la capacité à réfléchir par soi-même. »

« Pourquoi ? Pourquoi n'y avait-il aucune indication sur la manière de me vaincre ? »

« Parce que mes ancêtres ont veillé à ce que jamais rien ne mentionne ton existence. Elle a été gardée secrète, connue seule de notre clan. Nous nous sommes dits que si tu revenais un jour et que tu découvrais sur un recueil toutes nos connaissances à ton sujet, tu t'en servirais à mauvais escient. Si l'on confine toutes les faiblesses d'un ennemi sur un support unique et que ce support vient à tomber entre de mauvaises mains, alors l'avantage change de camp. »

« En d'autres termes et si je comprends bien, les Atlantes n'ont jamais écrit nulle part la formule magique pour me battre, craignant que je m'empare et que cela se retourne finalement contre eux. En prenant ainsi conscience de mes propres failles, j'aurai été plus à même de les combler et ce qui était un atout pour vous auparavant, aurait alors signé votre propre condamnation. »

Il ferma les yeux, pensif pour un court instant. Puis, il les ouvrit et il dévisagea l'Atlante dont l'expression était toujours aussi indéchiffrable.

« Très intelligent de votre part. Mais malheureusement... l'adage dit que « seuls les écrits restent, mais les paroles s'envolent ». Et si je suis encore là, face à toi en cet instant, sans que tu ne m'aies détruit, c'est parce que votre précieuse source d'informations s'est perdue avec le temps. Puisque vous n'aviez consigné nulle part vos connaissances, dans le but d'y revenir plus tard, elles ont fini par se perdre à tout jamais. »

Pour la première fois, le cosmos de Shion fluctua légèrement. Arès comprit qu'il avait fait mouche. Le vieux était doué pour masquer ses émotions et instaurer un jeu de dupes entre eux, mais Arès avait mis le doigts sur l'unique lacune de la race Atlante. A force de se transmettre de génération en génération ce secret si bien gardé, ce dernier avait été déformé, amplifié, terni et enfin oublié.

Le Grec se leva finalement.

« Merci, ce fut très instructif. »

Il avait l'esprit plus léger maintenant ! Cela confirmait que Shion ne pouvait rien faire contre lui. Il avait craint un moment que l'ancêtre ne soit une bombe à retardement prête à exploser au moment fatidique, mais en vérité il était complètement impuissant ! C'était presque trop beau pour être vrai, mais cela expliquait pourquoi il ne l'avait pas empêché d'agir la première fois déjà. En fin de compte, Shion, dernier représentant de la sagesse légendaire des Atlantes était aussi ignorant qu'un enfant qui venait de naître et aussi innocent qu'un agneau. Le Bélier avait perdu ses cornes. Arès se sentait presque ridicule de l'avoir craint !

« Mais en fin de compte... c'est bien ce que je pensais : You know nothing Jon Snow ! Oups... mauvaise série ! » Ricana le Grec en sortant.

Maintenant qu'il était certain que Shion ne pourrait rien contre lui, Arès avait champ libre ! Et il était bien décidé à en profiter. Mais depuis leur résurrection, il était bien conscient qu'il ne devait pas faire n'importe quoi. Il n'avait plus l'effet de surprise de son côté et il sentait bien que les trois Atlantes du Sanctuaire en particulier l'avaient à l'oeil. Il devait monter un plan solide, car il n'avait jamais vaincu Athéna à la loyale. Mais s'il parvenait à semer la pagaille entre les chevaliers, il pourrait arriver à ses fins ! A commencer par planter la graine du doute dans le cœur de Saga. Le faire hésiter entre Mü et Kiki. Cela pouvait n'avoir l'air de rien et sembler bien peu ambitieux pour un dieu si belliqueux et impulsif, mais en réalité, si cette rivalité fratricide avait raison de la belle unité des gardiens ancestraux de la déesse vierge, Arès triompherait. Bien-sûr, les Atlantes ne représentaient qu'un minorité au Sanctuaire, mais les autres chevaliers n'étaient que de vulgaires et fragiles humains. Il avait déjà réussi à les duper une fois, il pouvait très bien recommencer. Mais avec les Atlantes, c'était différent. Ils étaient « ennemis naturels », comme les cobras et les mangoustes. Il pouvait sentir leur présence, comme ils pouvaient percevoir la sienne, même tapie dans les ténèbres. De plus, stratégiquement parlant, les Atlantes étaient la plus grande force d'Athéna de par leur loyauté sans faille, mais également son talon d'Achille. En effet, ceux qui n'étaient que de vulgaires statues de glaise nés de la poussière, s'étaient vus affectés à la réparation des Armures Sacrées. Sans leurs connaissances précieuses des Clothes, ces dernières pourraient facilement être détruites, car aucun humain ne saurait les soigner.

Diviser pour mieux régner était sa meilleure chance. Il suffisait de monter Kiki contre Mü. Même avec Shion au milieu, le conflit éclaterait et les pertes seraient incommensurables...

Alors qu'il riait, tel le parfait méchant psychopathe de dessins animés, il croisa une silhouette bien connue dans les couloirs blancs du Palais. Couloirs qui étaient noirs sous son règne, mais passons pour ce détail qui révèle à lui seul la personnalité de l'ancien maître des lieux.

« Quoi, tu veux ma photo ? » Le toisa le gémeaux.

Ce regard plein de défiance posé sur lui, il ne le connaissait que trop bien. Avant, ces yeux luisaient d'un éclat de cruauté sanguinaire semblable au sien, mais plus depuis son retour à la vie. Deathmask avait été l'un de ses favoris et il s'était particulièrement plu à lui faire accomplir les plus basses besognes pour son compte. Le crabe avait toujours été là pour les réaliser, sans rechigner. Bon d'accord, le dieu avait usé d'un peu de chantage pour cela parfois, mais pas tant que ça. D'autres avaient été plus difficiles à convaincre que le Cancer, qui était naturellement mauvais au fond de lui. Son âme était noire, comme la sienne, comme ses poumons empoisonnés par la nicotine que l'Italien avait cessé de fumer depuis qu'il partageait la couche d'un certain scorpion. Quel dommage... Arès avait espéré pouvoir en faire un allier et reformer leur trio de choc, avec Aphrodite, mais cela semblait peine perdue. Car DM avait sombré de côté... lumineux.

« Nan t'es bien trop laid... » Cracha Deathmask en s'éloignant.

Arès sortit. Le crabe ne l'avait pas reconnu ? C'était si simple, si amusant de les berner... il suffisait qu'il se dissimule sous les traits de Saga, même si cela lui demandait un effort supplémentaire, et tous n'y voyaient que du feu ! Même le prudent Deathmask !

Le cancer quant à lui, se précipita en courant dans les quartiers privés de Shion, dès que Saga eut quitté le Palais.

« Grand Pope, vous n'êtes pas blessé ? »

Shion se retourna vers lui, un peu surpris par cette entrée en scène digne d'une tornade.

Le cancer l'attrapa par les épaules nerveusement avant de le tâter un peu partout pour s'assurer qu'il était vivant et bien portant. Rassuré, soulagé, il s'écarta de Shion et il reprit son souffle.

« Merde, j'ai vraiment eu peur... »

Le vieux bélier sentit quelques rougeurs discrètes venir s'installer sur ses joues. Cela ne ressemblait pas à Deathmask de se faire du souci pour lui ou pour qui que ce soit d'ailleurs. Mais depuis son retour, l'ancien meurtrier chevronné du Sanctuaire s'était considérablement assagi, sous l'influence de Milo et Camus et même si Shion ignorait la nature exacte de la relation de ces trois là, il ne pouvait que constater que cela avait été bénéfique pour DM.

« Tout va bien... Il ne m'a rien fait. »

Le crabe détourna le regard. Rien qu'évoquer ce démon aux yeux rouges lui flanquait la chair de poule ! Pourtant, il n'était pas lâche ! Mais il détestait Arès... pour ce qu'il l'avait forcé à faire. Et même quand il n'avait pas eu besoin de le forcer, d'ailleurs ! Ils avaient été complices et Shion le savait, mais ce que le vieux bouc ignorait était que DM avait souvent agi de concert avec le dieu de la guerre pour épargner Aphrodite. En effet, le cancer et le poisson avaient toujours été très proches, Deathmask considérant le Suédois comme son petit frère, ou sa petite sœur, il ne savait pas très bien. En tous cas, il avait toujours tenté de le préserver, même si cela signifiait faire tout le sale boulot pour le compte d'Arès...

« Pourquoi est-il là ? Comment est-il revenu ? Il faut faire quelque chose ! » S'égosilla le Cancer en revenant secouer l'Atlante.

« Calme-toi Deathmask ! »

« Me calmer ? Mais comment pouvez-vous me demander un truc pareil, à un moment pareil ?! »

« Je suis étonné que tu l'aies reconnu... »

« Comment pourrai-je faire autrement ? Vu toutes les horreurs que j'ai vues et subies par sa faute ! Je reconnaîtrais cet enfoiré quel que soit le visage qu'il prend ! »

Il passa une main dans ses cheveux, essayant de rester zen.

« Mais vous aussi, pas vrai ? Vous aussi vous ne vous tromperez jamais sur son identité, même si son apparence change... »

« Les Atlantes peuvent le sentir. Mais j'ignorai que les humains aussi, le pouvaient. C'est grâce à la couleur de son âme, que tu le reconnais ? »

Deathmask secoua la tête. C'était plus compliqué que cela. En général, Shion avait raison, le cancer pouvait déceler la couleur d'une âme et ses fluctuations, ce qui lui indiquait si son propriétaire était bon ou mauvais. Mais dans l'absolu, c'était assez complexe.

« La couleur d'une âme est différente de celle d'un cosmos. Elle évolue et change toute la vie durant, au gré des émotions, des désirs, des rencontres... Elle n'est pas fixe. Mais disons que... pour faire simple, Arès m'a fait tellement de mal que j'ai une sorte d'intuition qui se déclenche quand il est dans les parages. »

« On appelle cela l'instinct de survie. »

« Ah c'est comme ça aussi que vous le reconnaissez, vous les Atlantes ? »

« Probablement. C'est notre ennemi héréditaire, après tout. Celui responsable de notre extinction. Cela doit forcément jouer... » Sourit doucement le Pope.

Alors Mü et Kiki étaient sûrement déjà au courant, pensa Deathmask. Ce qui était une bonne chose, quand on savait la haine viscérale que leur vouait Arès. Et cela voulait aussi dire que Shion ne serait pas seul pour l'affronter. Kiki et Mu le protègeraient. Et lui aussi cette fois ! Le crabe frappa son poing droit dans sa paume gauche, prêt à en découdre.

« Bon alors, c'est quoi le plan ? » Fit-il en dévoilant un sourire carnassier.

« Le plan ? » Répéta dubitativement Shion.

« Pour lui botter le cul d'ici ! Quand est-ce qu'on prévient les autres ? »

« Deathmask, je ne veux surtout pas me précipiter et commettre une erreur. Crois-moi, j'ai tout aussi envie que toi de me débarrasser de ce parasite, mais agir dans l'urgence pourrait nous être fatal. Saga aussi est concerné et en danger. Nous ne devons rien faire qui pourrait lui porter préjudice. »

Le crabe tiqua sous cette révélation. Que le vieux veuille prendre son temps pour élaborer une stratégie digne de ce nom pouvait se comprendre, mais le fait qu'il souhaite protéger Saga, était inadmissible pour le Cancer ! Il avait été depuis longtemps démontré que pour vaincre un dieu, il fallait tuer son hôte. C'était la façon la plus sûre qu'il existait de lui faire quitter le corps de celui qui le portait ! Bien-sûr, il y avait eu des exceptions, comme Julian Solo ou Shun, mais Arès était accroché à Saga comme une moule à son rocher depuis tant d'années que toutes les autres tentatives plus pacifiques avaient échouées pour le moment. Shion, en tant que Pope, mais surtout, en tant qu'Atlante, devait avoir à cœur d'éliminer le dieu maléfique, plus que tout au monde ! Et tant pis pour Saga ! On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ! Le bien du Sanctuaire passait avant tout !

Et passait inévitablement par sa mort...

« Si on ne fait rien maintenant, alors qu'il vient juste de se réveiller et qu'il est donc plus faible, on risque de le regretter plus tard ! Moi je dis qu'il ne faut pas attendre qu'il se soit totalement régénéré et agir immédiatement, avant qu'il n'ait recommencé à massacrer des gens ! D'ailleurs, en le voyant sortir, j'ai eu peur qu'il n'ait déjà ouvert les hostilités en vous plantant une dague dans le dos, comme la dernière fois... »

« Mais ce n'est pas le cas, Deathmask. Je suis vivant, comme tu peux le voir. »

Oui bon, ok, c'était plutôt étonnant de la part de ce fou furieux d'Arès, et d'ailleurs Shion en était certainement le premier surpris, mais quand même ! DM avait du mal à croire que le dieu souhaite faire la paix. Et du mal à croire que Shion puisse se laisser berner...

« Que voulez-vous dire ? »

« J'étais seul. Il aurait très bien pu tenter de me tuer, rien ne l'en empêchait. Mais il a choisi de ne pas le faire. »

« Il a du me sentir arriver et ça l'aura arrêté avant... »

« Peut-être. Mais en fait me tuer n'était pas le but actuel de sa visite. Il voulait des informations. »

« Des infos ? De quel genre ? »

« Sur la manière de le détruire. »

« Je ne comprends plus rien là... Pourquoi voudrait-il savoir comment on le détruit ? Il le sait déjà, non ? Et puis, c'est complètement con comme question d'abord ! Comme si on allait lui dire ! »

« Précisément. » Shion prit place dans son fauteuil et se versa du thé. « Il voulait s'assurer que nous ignorions comment en venir à bout. Autrement qu'en tuant Saga, puisqu'il sait que jamais nous ne le ferons. Athéna ne le permettrait pas.»

« Oh génial. Alors vous êtes en train de me dire qu'on est coincés ! On sait tous que c'est le seul moyen... »

« Disons qu'il doit continuer à le croire... »

« Hein ? Mais... s'il pense cela, il va se croire invincible et faire des conneries, puisque personne ne sera là pour le stopper ! Ecoutez... je sais que vous êtes sensé obéir à Athéna et tout, mais... est-ce que vous ne pourriez pas... exceptionnellement... vous voyez... »

« Tu me demandes d'outrepasser les ordres de notre déesse et de sacrifier un innocent? »

Dit comme ça, ça faisait tout de suite culpabiliser Deathmask. Ok, tout ce bordel n'était pas la faute de Saga qui devait probablement en souffrir autant qu'eux, si ce n'est plus, mais DM était certain que le Gémeau serait plus que ravi de donner sa vie si cela pouvait les aider !

En réalité, Shion pourrait désobéir à la déesse. Cet acte serait certainement considéré comme de la haute trahison et le conduirait à la décapitation, mais si cela avait le pouvoir de sceller le dieu maléfique, Shion était prêt à en payer le prix fort. Cependant, en l'état, le vieux bouc ne souhaitait pas recourir à un moyen aussi extrême pour le moment.

Car cela risquait de briser le cœur de Mü...

Les Atlantes, vulgaires poupées de boue, de chair et de sang étaient connus pour le sens du sacrifice et leur dévotion totale. Mais voici que leur aîné allait condamner l'intérêt du plus grand nombre dans le seul but de ne pas faire souffrir son élève. Shion du Bélier avait plus de cœur qu'on ne le disait finalement... mais Arès devait continuer à ignorer cette faiblesse. Mü avait assez payé et souffert... Shion voulait que celui qu'il considérait comme son fils profite de la seconde chance qui lui avait été donnée, par les dieux en personne.

« Deathmask, il s'agit uniquement de faire croire cela à Arès, ce n'est pas la vérité, d'accord ? »

« Ca veut dire que vous savez comment le chasser du corps de Saga ? Pourquoi vous ne le faites pas alors ? »

« C'est compliqué. » Avoua Shion en servant du thé au Cancer, qui avait pris face à lui. « J'ai besoin de temps. Et je vais aussi avoir besoin de toi. »

« De moi ? Si je peux vous aidez, n'hésitez pas ! Je serai RAVI de faire payer à Arès ses saloperies ! »

« Le moment viendra. Mais il est encore trop tôt. Il vaut mieux procéder par étape et avec prudence, en laissant penser à Arès qu'il contrôle la situation. C'est pourquoi, je vais te demander de le surveiller. Il n'est pas question de prendre Saga en filature ou d'épier ses moindres faits et gestes, mais je sais que je peux avoir confiance en toi et que tu seras discret. Si tu remarques quoi que ce soit d'anormal dans son cosmos, si son âme change de couleur dangereusement, je désire être averti sur le champ. »

« Quoi, c'est tout ? Vous ne voulez pas que je passe à l'action à la moindre étincelle ? »

« Surtout pas. Le moindre grain de sable pourrait enrayer la machine. »

« Mais vous avez vraiment un plan, hein ? C'est pas des conneries que vous cherchez à me faire avaler pour éviter que j'aille égorger Saga dans son sommeil ? »

« Aie confiance en moi, Dante. C'est comme au poker, l'essentiel est de bluffer et de laisser croire à l'autre qu'il a une meilleure main.»

Le cancer se tendit. La voix caressante de Shion venait de prononcer son véritable prénom, tandis que sa main de velours de posait sur la sienne. Arès était doué pour manipuler les autres en les guidant par la peur. Mais Shion était d'un autre niveau, il n'avait guère besoin d'user de menaces pour se faire respecter. Et rien que pour cela, DM avait envie de le croire. Cela prouvait que le Bélier était le plus fort !

« Ok, je ferai comme vous me le direz. »

« Merci d'être venu. Tu étais inquiet pour moi ? »

« Non je... je venais juste, comme d'habitude, c'est tout... Rien à voir avec l'autre face de pet... »

« Oh ! Nous sommes déjà mercredi ? Je suis désolé, j'avais complètement oublié que tu devais venir ! » Rit un peu le Bélier en se levant pour aller chercher quelque chose.

Le cancer l'imita bien vite et il fouilla dans une armoire pour en dénicher un seau d'eau et quelques produits.

« J'ai pas pris de tablier cette fois, mais c'est pas grave. Alors, je commence par quoi ? Le sol ? Les murs ? Les meubles ? »

Deathmask avait pris cette drôle d'habitude de venir faire les poussières chez le Grand Pope tous les mercredis ! Pas que les servantes ne le fassent pas d'ordinaire, mais le crabe avait INSISTE pour s'occuper PERSONNELLEMENT des quartiers privés de l'ancêtre de deux cent et quelques années. Cela avait surpris Shion, d'autant plus que, sans doute par honte, Deathmask avait tenu à ce que cette insolite coutume reste secrète. Mais Masque de Mort revenait inlassablement tous les mercredis. C'était pour cela que le Pope avait accordé une journée de congés aux gardes et qu'il avait laissé sa porte ouverte : parce qu'il attendait le quatrième gardien et qu'il ne voulait pas qu'on les surprenne. Si au départ Shion s'était montré étonné par cette lubie, il devait avouer qu'il chérissait ces moments simples passés en compagnie de Dante, surtout depuis que Mü ne venait plus le voir... à cause de leurs disputes au sujet de Saga/Arès. Il se sentait si seul, la solitude du pouvoir était difficile à supporter alors avoir Dante à ses côtés était une bonne chose. Le cancer restait discret quant à ses activités de ménage et de compagnie ! Il ne tenait pas à se faire repérer ou suspecter par son chéri. Milo risquait de ne pas comprendre et d'être jaloux. Sans parler de la honte que cela serait de se faire traiter de bonniche par les collègues ! Car DM était une vraie fée du logis ! Etrange lubie pour celui qui décorait le sol de son temple par des cadavres il y a encore peu de temps !

« Et si tu venais jouer aux échecs avec moi d'abord ? » Demanda le sage en plaçant les pièces sur la table.

Shion était connu pour apprécier particulièrement ce passe-temps. Il avait une solide réputation de joueur au Sanctuaire, surpassant même Camus ou Shura, les seuls qui avaient assez de patience pour se livrer à cet exercice. Le seul qui lui résistait un tant soit peu était Dohko, mais leurs parties pouvaient s'étaler sur des années ! Or, DM n'était pas un modèle de patience et de réflexion. Il allait décliner l'invitation, quand Shion insista d'une façon qu'il ne put refuser...

« Manigoldo... joins-toi à moi... » Murmura t-il tendrement.


Vers sept heures, une jeune tête rousse se montra au temple du ou plutôt des troisièmes gardiens. Habillé en civil comme à son habitude, il ne manquait plus à Kiki qu'un casque pour écouter de la musique et on l'aurait cru tout droit sorti du lycée du coin. Pourtant, il n'en n'était rien et le futur chevalier du Bélier, même s'il ressemblait à un adolescent lambda était en réalité un redoutable guerrier. Il n'avait pas encore livré bataille contrairement à ses illustres aînés, mais il s'était déjà distingué enfant pour son courage et sa témérité, faisant face aux guerriers d'Asgard ou à ceux de Poséidon. De tous les apprentis de sa génération, il était le meilleur et Mü était particulièrement fier de lui, bien qu'il ne le montre pas.

« Bonsoir Kiki. »

L'accueil fut simple et neutre. Courtois, bien qu'un peu distant.

« Kanon n'est pas là ? »

« Il est chez Aioros et je croyais que c'était moi que tu venais voir. »

Serait-ce une pointe de jalousie qu'il décelait dans la voix de Saga ?

Le grand grec était assis dans un fauteuil cosy en cuir, qui devait valoir à lui seul plus cher que toutes les fringues que portaient l'agneau. Saga avait toujours eu le goût du luxe et des belles choses.

« Tu lis quoi ? » Il se pencha au dessus de son épaule pour voir et n'eut le temps de lire : L'un des signes de la possession est un changement d'apparence physique radi...

Mais Saga claqua fermement le livre sous son nez.

« C'est indiscret ce que tu fais. »

« C'était indiscret aussi de me suivre la nuit dernière quand j'étais en boite avec Kanon »

L'adulte soupira. Super ! Ils n'étaient même pas encore en train de dîner que déjà ils se prenaient la tête ! Ca promettait... Saga posa son ouvrage et se leva majestueusement. Il portait une longue toge bleu nuit, brodée de rouge au col et d'or.

« Heu... tu comptes vraiment sortir comme cela ? »

Et cette simple réflexion aurait du mettre Saga sur la voie...

« Oui pourquoi ? Je ne suis pas à ton goût ? Trop de tissu ? »

« Nan mais c'est un peu trop... habillé enfin tu vois ? Trop classe. Et vieillot aussi. Quand on sort du Sanctuaire, on doit opter pour des vêtements plus... passe-partout ! Là, tu vas trop attirer l'attention et on de suite savoir d'où tu viens. »

« Tous les villageois nous connaissent aux alentours, alors je ne vois pas le problème. Ils ont l'habitude. »

« Disons que... pour le restau que j'ai choisi, une tenue plus confortable serait... appropriée. »

« Confortable ? » Répéta Saga en haussant un sourcil.

Si Kiki entendait par confortable la tenue qu'il portait, il était HORS DE QUESTION que Saga s'attife de ces guenilles ! Il avait même des trous dans son jean ! Cette chose était bonne pour la poubelle !

« Tu pourrais piquer des fringues à Kanon par exemple ! C'est ce que font les frères et en plus, vous avez la même taille ! »

Saga retroussa le nez, en une moue dégoûtée. Kanon avait un goût douteux pour les vêtements. Il n'aimait pas les matières nobles ou chères et souvent, ses habits dévoilaient bien trop de peau !

« Si c'est pour débattre de mes goûts vestimentaires, autant ne pas sortir du tout. » Menaça Saga.

« N... non ! Pas du tout ! » S'agita Kiki. « T'es trop beau comme ça, mais pour aller là où on va, il n'est pas nécessaire d'être aussi apprêté ! Je disais ça pour toi, moi ! »

Ce que le Gémeau pouvait être SUSCEPTIBLE ! Mais pas question pour Kiki de le vexer ce soir ! Comme pour éviter que Saga ne change d'avis, le roux lui prit la main et le tira hors du temple, direction le village !

Et Saga n'allait pas être déçu...

D'abord, il cligna des yeux, aveuglé par les lumières jaunes criardes du symbole de l'enseigne. De quoi vous rendre épileptique !

Puis, il les frotta, croyant à une hallucination.

La forme jaune arquée en forme de « M » lui rappelait vaguement quelque chose...

« C'est làààà ! » Fit Kiki d'un ton enjoué en contemplant le Temple face à lui. Le Temple de la Malbouffe ! Le « M » en devanture devait sûrement venir de là... Et le gardien de ce temple n'était autre qu'un chevalier-clown bariolé à la perruque afro rouge !

Le malheureux gémeau inspira profondément pour se donner du courage ! Allons ! Peut-être que l'intérieur était différent de l'extérieur, peu engageant ! Bon, au moins, il fallait voir le bon côté des choses : ici, ils ne risquaient pas de croiser un confrère, qui s'empresserait de courir tout raconter à Mü !

« Viens ! » Il le tira à nouveau par la manche de sa toge et Saga se retrouva à l'intérieur de l'établissement en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire « Athéna » !

Et Saga était vraiment malchanceux ce soir, car l'intérieur était pire encore ! Une odeur très forte de friture grasse flottait dans l'air. Des marmots excités couraient partout en criant et en riant, manquant de se cogner contre Saga. Il y avait aussi dans un coin le fameux clown glauque et son déguisement digne des pires travestis d'Athènes ! Il tendit un ballon à Saga et à Kiki en ricanant.

« Regarde Georgy, ils flottent tous en bas ! »

Ok, là, si Saga n'était pas traumatisé, il n'en n'était pas loin ! Le frère de Kanon avait des sueurs froides et il tremblait légèrement, au bord de la crise d'angoisse. Ca le changeait de ses restaurants gastronomiques !

« Hey ça va bébé ? » L'interpela le jeune responsable de toute cette mascarade humiliante. « Tu devrais aller nous trouver une table et je vais nous chercher de quoi manger, ok ? »

Il exhiba fièrement un billet de vingt euros pour faire comprendre que, grand seigneur, il invitait Saga ! Et si c'était là tout l'argent de poche que possédait Kiki, Saga comprenait mieux le choix de ce bouiboui... A croire que Mü était le chevalier du Rat et pas celui du Bélier pour donner si peu d'argent à son élève...

« Mais... des serveurs ne viennent pas prendre nos commandes et nous montrer notre table ? »

« Nan, pas ici ! Alors dis-moi ce qui te ferait plaisir ! Et éviter de choisir une place trop près des gosses, sinon on risque de se manger un ballon dans la tronche ! »

Saga devint tout blanc. Il articula difficilement :

« … des fruits de mer... je veux... des fruits de mer... ou du poisson... »

« Ok ! Je t'amène ça, allez, file t'asseoir ! Sinon on va devoir manger debout ! »

QUELLE.

HORREUR.

QU'EST-CE QUE C'ETAIT QUE CET ENDROIT ? Même l'Enfer d'Hadès semblait plus accueillant !

Dépité et choqué fila en catimini se trouver une petite table dans un coin isolé à l'arrière de la salle principale. Le restaurant familial accueillait beaucoup d'enfants et leurs parents. Saga n'était pas habitué à tant de bruits ni à tant d'agitation. Son cœur battait la chamade et il se sentait mal.

A l'étroit.

Heureusement, Kiki revint assez rapidement avec un gros plateau bien chargé. Plus vite ils auraient mangé, plus vite ils pourraient déguerpir !

« Je ne savais pas ce que tu voulais boire, alors je t'ai pris du coca, j'espère que tu aimes ça ! »

Hmm... il aurait du se douter qu'il n'y avait pas non plus de vin dans cet endroit... Mais quand Saga se mit à la recherche de ses fruits de mer, il ne trouva qu'un morceau de poisson pané coincé entre deux buns un peu trop cuits. Près de sa main droite, il y avait aussi un petit sachet détrempé par la friture, qu'il n'osa fouiller. Kiki quant à lui, semblait RAVI. Il dévorait littéralement son sandwich. Décidant de faire honneur à la nourriture, puisqu'après tout Kiki l'avait invité, Saga mordit dans le pain.

« Tu viens souvent ici ? »

« Aussi souvent que je peux, ouais. »

Le grec mâcha doucement et avala sa bouchée. C'était vraiment très loin des mets raffinés dont il avait l'habitude... mais au moins c'était comestible, si Kiki était toujours en vie...

« Alors c'est bon ? »

« C'est un goût... d'une autre dimension... » Répondit bravement Saga pour ne pas faire de peine au roux. Et aussi un peu pour ne pas se taper la honte. C'était sûrement un truc de jeune d'aimer manger aussi gras...

« Dis tu veux goûter le mien ? Il est au bœuf ! Et la sauce est une tuerie ! »

« Heu... j'ai vraiment le choix ? »

Il soupira et il mordit dans le sandwich de Kiki. On était bien loin de la viande tendre du bœuf de Kobe... mais ce n'était pas si mauvais. Et ce goût lui bizarrement était familier. Ca lui rappelait... le contenu de cette stupide boite en carton rouge, avec une anse en forme de « M »... et... mais où avait-il vu cela déjà ? Il était certain pourtant de ne jamais avoir mis les pieds ici ! Alors comment... ?

« Kiki... j'ai l'impression de connaître ce goût... »

« Ah bah enfin ! J'ai cru que tu ne te rappellerais jamais ! »

« De quoi ? »

« Et ben... quand je suis revenu vivre au Sanctuaire après votre résurrection, il y a peut-être cinq ou six ans de cela... »

Déjà... pensa Saga. Et dire qu'il était resté tout ce temps presque sans parler à Mü et à Aioros, à les fuir...

« Je me souviens que je t'observais très souvent depuis le Temple du Bélier d'Aldé. Je m'y rendais souvent, puisque lui et Maître Mü sont super potes, tu vois... et comme ton temple est tout proche de celui du Taureau, il m'arrivait de t'apercevoir de là. Tu ne sortais presque jamais, mais quand tu le faisais, tu n'allais jamais bien loin : tu aimais t'asseoir sur les marches de ton porche, en silence, perdu dans tes pensées qui devaient être bien sombres, tel que je te connais ! » Poursuivit le roux en tournant sa paille dans son verre de soda.

Saga haussa un sourcil. Ainsi donc, Kiki aimait le mater, comme disaient les jeunes d'aujourd'hui. Pourquoi cela ne l'étonnait guère ? Le jeune mouton était donc fasciné par lui depuis longtemps. Saga frissonna en le réalisant. Et si... le sentiments de Kiki étaient réels ? Jusqu'ici, il avait mis cela sur le compte des hormones bouillonnantes de l'adolescent, mais Kiki était sincère, après tout ? Il lui avait déjà avoué l'aimer et Saga ne l'avait pas cru, pensant à un stratagème visant à endormir sa vigilance ou à le faire craquer pour lui plus facilement. Mais si Kiki avait des vues sur lui depuis si longtemps, cela ne pouvait être du simplement à de l'attirance physique envers lui.

Il y avait plus.

« Enfin bref, un jour, j'ai remarqué que tu étais vraiment très pâle et amaigri, bon, c'est vrai, c'était pas évident à voir vu que tu te drapes toujours dans des toges larges et longues, mais j'ai bien vu que ton visage était creusé. On voyait bien les os de ta mâchoire et honnêtement, ça m'a fait de la peine. Alors, j'ai posé mon Happy Meal sur les marches de ton temple quand t'étais pas là et je me suis sauvé en courant, me cachant derrière la colonne la plus proche en attendant que tu sortes le prendre. J'ai bien poireauté mais alors que le soleil se couchait, tu es finalement venu pour ta petite routine quotidienne d'auto-flagellation et tu as eu l'air vachement surpris de trouver cette boite en carton posée là et n'attendant que toi ! Tu l'as prise prudemment et tu as examiné son contenu un moment, perplexe, jetant de furtifs coups d'oeil à droite et à gauche pour voir si ton mystérieux bienfaiteur se trouvait encore des parages. Comme tu avais la dalle, je suppose, tu as mordu à pleines dents dans ce délicieux burger juteux qui se tenait innocemment dans ta main pour goûter. Et tu t'es régalé ! Je l'ai bien vu à ta mine réjouie ! Ma mission était donc accomplie ! Bon.. par contre, j'ai oublié de prendre le jouet en te laissant le menu. » Soupira Kiki.

« Alors c'était toi ? »

Il se souvenait à présent. Il avait trouvé cela étrange, mais il avait cru que c'était Kanon qui s'inquiétait pour lui et qui lui avait amené de quoi se sustenter.

« Tu t'inquiétais pour moi... » Réalisa Saga.

Incroyable ! Cette petite teigne l'avait épié des mois, ou même des années durant avant d'oser faire le premier pas. Quelque part, cela forçait l'admiration. Kiki avait beaucoup de défauts, il était parfait insupportable et bien souvent trop impulsif et belliqueux. Mais il fallait reconnaître que le futur chevalier du Bélier était de nature généreuse et protectrice. Son courage avait fait sa renommée alors qu'il n'était encore qu'un tout jeune apprenti. Un enfant. Et Saga respectait ces valeurs.

Celles d'un vrai chevalier.

« Bien-sûr. Je t'ai dit que je t'aimais. J'étais sincère... » Il piocha quelques frites dans le sachet de Saga et le fixa chaudement en les gobant.

Ce qui ne faisait que confirmer les craintes du Grec. Kiki avait des sentiments pour lui. REELS. Comme Mü... Mü... Si jamais il l'apprenait... ce serait la catastrophe.

« Pense à ton maître. »

Sois raisonnable... pensa Saga. Plus pour lui-même que pour le jeune homme, d'ailleurs, même s'il refusait bien de se l'avouer.

Ses yeux semblèrent refléter de la tristesse soudainement.

« Non. Je n'y arrive pas... Je n'ai que toi en tête Saga... Je n'arrive à penser qu'à toi. »

« On ferait mieux de rentrer. » Asséna l'adulte.

Qui devait faire bien des efforts pour se comporter en tant que tel face à cette révélation. Oui, Kiki lui avait déjà dit l'aimer, ce n'était donc pas une surprise. Mais le brun avait préféré penser qu'il s'agissait d'un stratagème pour le mettre dans son lit. Or, ce n'était nullement un subterfuge et cela ne l'arrangeait pas.

« D'accord... » Acquiesça Kiki. Mais le cœur n'y était pas. Il avait bien vu que Saga était mal à l'aise quant à ses propos. Il ne pouvait forcer l'ancien pope à l'aimer.

Les deux hommes regagnèrent donc leurs pénates, une fois que Kiki eut débarrassé leur plateau tâché de gras. La traversé des temples ce fit en silence. Un silence pesant. Heureusement, il existait quelques raccourcis connus des Saints d'Or uniquement, ce qui leur fit gagner un temps précieux, tout en leur évitant de passer par le Temple de Mü. Et cela écourta leur voyage dont l'ambiance avait été plombée.

Une fois devant le Temple des Gémeaux, Saga salua Kiki amicalement d'un signe de tête et il le remercia pour le frugal repas populaire. Mais alors que le jeune bélier faisait demi-tour, Saga l'interpela.

« Attends Kiki ! » Il disparut dans son temple et revint avec un jouet.

Le roux cligna des yeux. C'était une figurine grossière et de taille moyenne. Les bras, les jambes et la tête étaient articulées. Le personnage aux longs cheveux bleutés était couvert d'une armure dorée au courbures masculines. Il identifia sans mal l'armure des Gémeaux, même si elle était représentée avec bien peu de détails. Il faut dire que depuis la Bataille du Sanctuaire, les chevaliers d'Athéna étaient devenues de vraies stars locales ! Kiki esquissa un sourire émerveillé.

« Oh ! Ca me revient maintenant ! J'avais supplié maître Mü de m'emmener au resto pour pouvoir avoir une des figures de chevalier en édition limité dans la petite boite en carton de déjeuner ! Mais je n'ai jamais su quel chevalier elle contenait... puisque... »

« Tu m'avais cédé ton repas ce jour-là. Mais tu vois, j'ai gardé le jouet. C'est le tien, alors le voici. Si je l'avais su avant, je te l'aurai rendu plus tôt. » Expliqua Saga, les yeux rivés sur son alter-ego miniature.

« Merci de ne pas l'avoir jeté à la poubelle. »

En plus, c'était le Gémeau. Kiki avait secrètement espéré l'avoir quand il avait acheté le menu. C'était vraiment le destin. Et même si ce n'était pas le vrai Saga, fait de chair, d'os et de sang, c'était malgré tout une maigre consolation, à défaut d'avoir le Grec.

Le cœur de Saga se serra. Kiki semblait si content d'avoir cette ridicule figurine dans les mains, sensée le représenter. Oui, le petit avait de vrais sentiments pour lui. Tout le confirmait. Absolument tout. Comme si les dieux s'amusaient à jouer le plus vilain des tours à Saga. Mais Mü... non, il ne devait pas céder ! C'était Mü qu'il aimait. Son âme sœur. Et accessoirement, le maître du teigneux Kiki. Kiki qui était si jeune. Si...

Vivant...

Et cette fois, Saga ne pouvait invoquer le facteur Arès. En effet, le dieu de la guerre était resté étrangement absent ce soir, ne cherchant pas à le manipuler. Sans doute manigançait-il quelque chose en cachette, mais honnêtement, Saga s'en moquait bien. Il préférait profiter de ce répit bien mérité, aussi court soit-il. Et surtout, il avait envie d'agir et de ressentir par lui-même. Il avait cru au départ que son attirance pour Kiki était causée par l'entité maléfique. Mais force était de constater que ce n'était pas le cas.

« Bon et bien... Bonne nuit Saga. »

Alors que le roux se retournait pour partir, il se retrouva coincé férocement contre une colonne. Il paniqua immédiatement, par réflexe. Mais la prise qu'il sentait sur lui était tout sauf agressive, tout du moins, tout sauf dangereuse. Ce n'était pas Arès aux commandes.

« Et si tu entrais pour me montrer ce que tu caches vraiment ici ? » Murmura sensuellement Saga à son oreille, tout en posant une main curieuse tout au sud.

Kiki se tendit et laissa échapper un gémissement. C'était toujours aussi plat mais... brusquement, cela sembla se « réveiller », dévoilant une bosse, bosse qui devrait toujours se situer ici pour tout mâle constitué normalement.

« Je n'ai... rien tu l'as dit toi-même... et tu l'as déjà vu. »

« Ne me mens pas Kiki. Cette fois, je ne veux plus jouer. »

Il sentait l'excroissance prendre du volume sous ses doigts fins. Et le visage de Kiki se crispa, en un mélange de douleur et de plaisir. Il n'en fallut pas plus pour Saga. Ce fut le signal qu'il attendait pour le tirer à l'intérieur de son habitation.

IL AVAIT BIEN QUELQUE CHOSE A CET ENDROIT !

Cette fois, le secret des Atlantes allait être sien !


Shion ne dormait pas.

En revanche, un certain crabe avait atterri dans son lit, par il ne savait quel maléfice. En effet, DM était venu le rejoindre au beau milieu de la soirée, se glissant en silence dans sa couche et le prenant dans ses bras. Shion l'observa un moment. Qui pourrait deviner qu'il s'agissait d'un tueur sanguinaire. Enfin, jadis. Car à présent, même s'il conservait quelques hargne et autres comportements violents, Deathmask du Cancer n'était plus. Non, il n'y avait plus que Dante. Ou... dans le cas présent...

Shion ferma les yeux un moment, avant de se lever de son lit le plus discrètement possible et il se dirigea ensuite vers la fenêtre. Drapé dans sa robe de chambre en satin, les bras croisés autours de sa poitrine en signe de protection, le patriarche observa le Sanctuaire situé en contrebas, lentement avalé par les ténèbres de la nuit noire.

Il repensa à Arès et frissonna. Pourquoi et comment était-il revenu ?

Cela, il ne se l'expliquait pas. Les récits Atlantes, même s'ils étaient peu détaillés et évasifs concernant le dieu dont on ne devait pas prononcer le nom, le dieu qui avait exterminé leur peuple, disaient sans ambiguité que l'essence de son âme avait été « détruite ». Ils ne s'étaient pas contentés de l'enfermer dans un artéfact magique, le scellant à la manière de Poséidon. Non ! Ils s'en étaient débarrassés totalement... Pourtant, Saga n'avait aucunement fait référence à cela toute à l'heure. Et le dieu semblait plus réel que jamais. Or, si ses ancêtres avaient réduit à néant l'esprit du dieu, pourquoi était-il de retour ? Avaient-ils menti ? Quel intérêt ? Ils ne pouvaient s'être trompés sur quelque chose d'aussi grave...

« Tu ne dors pas, Shishi ? »

« Arrête de m'appeler ainsi, je te prie... » Le somma l'aîné d'un ton doux mais ferme.

« Reviens te coucher. »

« Tu devrais retourner au Temple du Scorpion. Milo risque de faire un scandale s'il ne te retrouve pas près de lui demain matin en se réveillant. »

« Tu as raison. Mais j'ai encore le temps. J'ai toute la nuit devant moi. Et je veux la passer avec toi, grand dadais ! »

Cela fit rougir furieusement Shion. Surtout quand il sentit une paire de bras se serrer autour de sa taille gracile.

« Mani ! »

« Oh allez, c'est juste un petit câlin ! »

Il soupira, abdiquant. Lui et Manigoldo avaient été élevés ensemble par leurs maîtres, qui étaient jumeaux. Ils avaient tissés des liens privilégiés comparés à d'autres chevaliers. Si Manigoldo avait survécu à l'assaut d'Hadès, il y a plus de deux cents ans, ils se seraient « mariés » dans la tradition Atlante.

Car le cancer était son Thy'la, son âme sœur...

« Ne me repousse pas, Shion... »

« Un jour, Deathmask va réaliser que tu empruntes son corps et ce jour-là, il va vouloir me trucider. »

« Mais c'est pas ta faute ! Enfin je veux dire... »

« Je sais. »

Le bélier sentait les larmes le gagner. Manigoldo avait toujours été son soutien le plus cher et le plus précieux. Toujours là pour l'encourager et le conseiller avisément, malgré son tempérament imprévisible et instable.

« Pourquoi a t-il fallu que tu meurs... ? » Articula difficilement le vieux bélier.

« Mais je suis là maintenant. Même si c'est temporaire. Ca a des avantages de manipuler les dimensions infernales. »

Et soudainement, cela fit tilt dans l'esprit de Shion !

« Attends une seconde ! Si tu es capable de revenir parmi nous en créant une porte reliant l'Enfer au monde réel, se pourrait-il que quelqu'un d'autre le puisse également ? »

« Je suppose que tous les chevaliers du Cancer en sont capables. Ceux de la Vierge aussi, logiquement. »

« Et ceux des Gémeaux ? »

« Qu'as-tu en tête exactement ? »

Il suffit d'un regard de sa moitié pour que Manigoldo percute.

« Oh. Tu veux savoir si Arès ne serait pas revenu... comme ça... »

Il sembla réfléchir un moment, ce qui lui demanda un gros effort à en juger par sa mine contrariée.

« Désolé, mais non. C'est tout bonnement impossible. D'une part, parce que en supposant qu'il PUISSE faire une telle chose, sa présence ne serait que par intermittence, comme la mienne. Il ne pourrait rester indéfiniment dans Saga. Or, je le sens, tu le sens, nous le sentons, Kiki et Mü le sentent aussi en permanence, donc... cette possibilité est à écarter. De plus, les Gémeaux ne manipulent pas la dimension infernale. Uniquement les dimensions parallèles. Or, les Enfers ne sont pas parallèles à notre monde. Tous les mondes y sont rattachés, tous les mondes en font parties, il n'existe pas indépendant de chacun d'eux. Comme c'est le cas des mondes parallèles. Chacun a son fonctionnement propre, ignorant celui des autres. Chacun a sa propre timeline, sa propre et unique existence, nullement régie par les autres mondes. Et enfin, mon maître Sage m'a toujours dit que le dieu de la Guerre ne reviendrait jamais, car il avait été détruit... définitivement. »

« Pourtant, tu le sens bien ! Comme moi ! Alors mes vénérables ancêtres ont du se tromper ! »

« Je ne pense pas qu'ils auraient avancés un truc aussi grave s'ils n'en étaient pas sûrs. Les Atlantes sont très prudents, pas du genre à faire une erreur aussi grossière et surtout pas à se faire de fausses joies. S'ils l'ont dit, c'est que c'est vrai. »

« Mais alors comment ? »

Manigoldo posa sa tête sur l'épaule de Shion réfléchissant encore.

« Hmm.. et si... non... je dois sûrement me faire des films... »

« Quoi donc ? »

« Les Gémeaux ne peuvent manipuler la dimension infernale. Mais en revanche, comme je te l'ai confirmé, ils peuvent tout à fait manipuler les dimensions parallèles... »

« Oui et alors ? »

« Et alors ben... réfléchis un peu. Si Arès a été totalement distrutto dans NOTRE dimension, rien n'indique en revanche que ce soit bien le cas dans les autres aussi. Il se peut qu'il existe encore ailleurs. C'est un dieu, après tout. Ce serait possible. »

Le cœur de Shion loupa quelques battements et se serra dans sa poitrine. Le grand pope se figea et devint blanc comme un linge. Manigoldo avait raison ! Et si c'était le cas, cela signifiait de gros ennuis en perspective pour tout le Sanctuaire. Non... il devait se tromper... Cette explication ne tenait pas la route ! Soyons rationnels...

« Arès serait... venu d'une autre dimension ? Mais quand ? Comment ? Ce sont les gémeaux qui manipulent les dimensions, pas les dieux, du moins pas Arès ! Cela ne fait pas partie de ses pouvoirs. »

« Oui, c'est vrai mais... Saga lui, le peut. »

« Saga n'a jamais quitté le Sanctuaire du temps où j'étais vivant et c'est pourtant à cette époque qu'il a été possédé par Arès. »

« Et si quelqu'un avait amené Arès ici, par accident ? »

« En ouvrant une dimension ? Non... je l'aurai senti... Or, j'ai toujours senti Arès à l'intérieur de Saga. Comme s'il avait toujours fait partie de lui. Comme si Saga était né avec... et c'est impossible, puisqu'il a été détruit ! »

« Ici, oui. Mais ailleurs, pas forcément... Ce qui veut dire que... Oh par Athéna la vierge mal culottée ! Je viens de capter ! »

« Quoi donc ? »

« Putain, mais c'est évident ! Tu me dis que tu as toujours senti Arès à l'intérieur de Saga, mais pourtant ici, Arès n'existe plus. Ca ne peut donc vouloir dire qu'une seule chose... Depuis quand connais-tu Saga ? Sa naissance ? »

« Non. Je l'ai rencontré quand il avait douze ans, je crois... peu avant qu'il ne... me tue. Et déjà, Arès était en lui, je suis formel. »

« Bien. Alors dans ce cas, c'est bien ce que je pensais. Combien de temps Saga a t-il mis pour manipuler les dimensions ? »

« Pas très longtemps. Lui et Kanon ont été très précoces à ce niveau. Un peu comme si... »

Oh par Athéna... !

« … Comme s'ils avaient toujours su le faire, pas vrai ? » Termina le crabe. « Si Saga était réellement né avec Arès en lui. Ou même s'il l'avait contracté avant sa venue au Sanctuaire, tu l'aurais senti. Même s'il avait été à des milliers de kilomètres. Mais le fait est, que tu ne l'as détecté que quand Saga est arrivé au Sanctuaire... »

Shion sentait l'angoisse s'insinuer dans ses veines. De la sueur coulait le long de son front et n'avait rien à voir avec la chaleur...

« Donc... si l'on suit ce raisonnement... cela veut dire que Saga... »


Fin du Chapitre ! XD

Oui, je sais, je suis vilaine de vous laisser ainsi ! (hihi)

A vous de deviner ce que Manigoldo a voulu dire concernant Saga. Qu'en pensez-vous ? Hâte de lire vos théories et suppositions !

Concernant les notes sur ce chapitres, vous aurez tous reconnu le célèbre restaurant dans lequel se sont rendus Kiki et Saga.

Une petite référence faite ici au film Fight Club, ce bijou de violence et de psychologie. Il y aura une autre référence faite à une autre œuvre, plus légère, dans le chapitre suivant pour illustrer la théorie de la possession. (étant donné que Fight Club illustre celle de la schizophrénie)

J'espère que vous avez aimé ce chapitre et je vous remercie chaudement pour vos reviews qui me touchent ! Je sais que le couple Saga x Kiki (ou plutôt l'inverse, d'ailleurs), ne fait pas l'unanimité, mais c'est un risque que j'ai choisi de prendre. (ou pas, vous verrez cela dans les futurs chapitres)

Je tenais à remercier chaudement ma lectrice espagnole à qui je ferai sans doute un clin d'oeil dans un prochain chapitre (avec son Shaka chéri, pour lui faire plaisir et en essayant de le respecter au maximum au niveau du caractère).

Je pars en vacances dans une heure et il me tenait à cœur de poster ce chapitre avant !

A bientôt !