- Bien dormi, Norbert ?
Cela faisait déjà presque 6 ans qu'Ariana travaillait aux côtés du magizoologue. Ils étaient devenus très proches et Ariana connaissait la famille Dragonneau comme la sienne. Lorsqu'elles se voyaient Porpentina la maternait. Cette attitude ne s'était pas arrangée avec l'arrivée de leur enfant.
Aujourd'hui ils étaient installés en plein désert. Ils avaient établis leur campement à l'ombre d'un rocher et Ariana avait pris le quart du matin. Norbert n'avait jamais été vraiment du matin. Il s'endormait généralement avant l'aube. Ariana avait donc pris l'habitude de prendre les derniers quarts. Le magizoologue avait compensé en la laissant dormir plus longtemps le soir, le temps qu'il règle ses papiers et mette à jour ses notes avant de la réveiller pour sa première surveillance.
Ainsi donc leurs nuits se divisaient souvent en 4 relais, 2 seulement lors des nuits courtes. Cela avait l'avantage que lorsqu'il rentrait chez lui, Norbert n'avait aucun mal à se lever la nuit pour son fils qui pleurait.
Ce matin-là pourtant le soleil ne fut pas la première chose qui le frappa au sortir de la valise. Il flottait dans l'air une odeur délicieuse très peu assortie à l'aridité ambiante. Il répondit à peine à la salutation de sa collègue et s'attela plutôt à regarder au dessus de son épaule.
- J'ai trouvé un nid non loin de là. Sur les 15 œufs, 4 n'étaient ps fécondés. C'est notre jour de chance.
Norbert fut bien d'accord. Sa bouche salivait déjà devant les œufs qui cuisaient dans la poêle. Il les aurait bien mangé de suite mais la cuisson était quelque chose que l'on ne pouvait se permettre d'ignorer en milieu sauvage, qu'importe l'estomac qui gronde.
Le magizoologue se tint donc sagement en place tout en regardant amoureusement le contenu de la poêle. Il restait muet mais ce n'était pas nouveau chez lui. Il n'était pas un bavard le matin. Quand elle le regardait comme cela, Ariana y voyait presque le fils de Norbert, Octy, lorsque ce dernier l'observait alors qu'elle lui préparait des cookies.
En effet lorsqu'ils revenaient à Londres, Ariana logeait chez les Dragonneaux. Elle était comme une grande sœur pour le marmot et même si elle allait parfois rendre visite à Childéric et Emma elle ne restait jamais coucher chez eux. Le nombre de fois où elle avait investi leur canapé ou celui de son père se comptait sur les doigts de la main.
Porpentina avait très vite accepté cette « intruse » qui était là chaque fois que son mari revenait. Ariana l'avait bien senti et avait aussi si s'adapter notamment après la naissance de leur fils qu'elle emmenait souvent pour de longues promenades qui les laissaient seuls une après-midi. Parfois elle leur laissait une soirée en famille et allait dormir ailleurs.
Ariana fut sortie de ses pensées par l'odeur d'œuf et le crépitement de plus en plus prononcé de la poêle. D'une main elle ôta cette dernière du feu, d'un mouvement de l'autre elle fit léviter vers elle des couverts et finit de refroidir le métal mais pas la nourriture. Norbert avait déjà saisit une assiette. Ariana lui envoya la moitié des œufs et attendit qu'il ait commencé pour elle-même prendre une bouchée.
Norbert grognait de plaisir. Ariana le regarda en souriant. L'homme qu'elle avait rencontré était si différent de celui qu'elle avait imaginé en lisant ses écrits que, malgré les années, cela la surprenait encore. Mais après tout la surprise avait dû être réciproque car elle n'avait vraiment rien en commun avec son oncle, si ce n'est physiquement.
- Tu sais Ariana, ça fait longtemps qu'on n'est pas rentré …
- Et puis c'est bientôt l'anniversaire de Tina, ajouta malicieusement l'intéressée.
Norbert eut la politesse de rosir et de baisser les yeux. Ariana le comprenait. Maintenant il y avait autre chose que les animaux dans sa vie. Pour Ariana ce n'était pas la même chose.
- Norbert, retourne t'occuper de ta femme. Prends une vraie pause. 2 mois. 6 mois si tu veux. Tu mérites bien ça.
- Et toi ?
- Je vais retourner faire un tour à l'île Maurice.
- Une envie de se débarrasser de moi ? Ou un oiseau particulièrement intéressant ?
- Les diricos sont fascinants. J'aimerais tenter une véritable immersion dans une colonie. Étant donné mes méthodes de travail je mettrais sûrement plusieurs mois avant de parvenir au moindre résultat. Autant que tu en profites.
- Je pourrais t'aider.
- Je ne veux pas de toi sur mon île. Tu créerais des interférences magiques. J'ai besoin du signal le plus clair possible si je veux comprendre.
- Alors tu es décidée.
- Absolument.
- Viens au moins manger à la maison ce soir.
- Norbert …
- C'est un ordre. Porpentina et Octy m'en voudront su je ne te ramène pas.
Ariana sourit, comme à chaque fois que Norbert lui « donnait un ordre ». Il ne le disait jamais sérieusement, jamais avec autorité. C'était d'ailleurs l'une des phrases qu'il exécrait le plus d'entendre, et lui comme Ariana le elle avait transplané de suite à l'île Maurice il ne l'aurait pas suivi. Entre eux « c'est un ordre » avait deux significations bien distinctes et presque opposées. Dans un cas c'était une plaisanterie ouverte qui les amenaient tous deux à sourire voire à rire franchement. Dans l'autre cas c'était un « s'il te plaît » qui venait du cœur.
Ariana aimait ces derniers. Ils étaient une supplication simple qui ne se disait pas mais dont, Norbert comme son assistante, connaissait le sens et la profondeur. Ce n'était certes pas un ordre mais Ariana ne pouvait pas lui résister quand il avait ces yeux-là. Elle soupira et leva la main droite. Sans qu'elle eut à prononcer le moindre mot un blaireau argenté surgit et courut autour d'eux comme un chien retrouvant ses maîtres.
- Tu peux aller prévenir Tina que nous ne tarderons pas à arriver ?
L'animal vaporeux disparut instantanément. Ariana échangea un signe de tête avec Norbert et commença à ranger.
Norbert, qui avait la victoire modeste, n'ajouta rien et l'aida. En moins d'une demi-heure ils étaient parés. Ariana tenait la valise dans une main et posa l'autre sur l'avant-bras du magizoologue. Elle l'avait à peine senti pivoter que déjà ils avaient disparu.
Ils réapparurent au seuil même de sa maison alors que Tina ouvrait la porte.
- J'ai bien failli vous attendre !
Et elle se jeta dans les bras de son mari pendant qu'Ariana les esquivait savamment pour rentrer. Mais à peine eut-elle fait un pas dans la maison qu'elle se faisait attaquer aussi. Octy lui enserrait les jambes de toutes des maigres forces. Elle lui posa une main sur l'épaule pour garder l'équilibre.
- Ariana ! Ça faisait tellement longtemps. J'ai failli oublier à quoi tu ressembles.
- Mon œil ! En revanche moi j'aurais pu. Tu as tant grandi depuis la dernière fois. Regardes-toi !
Disant cela elle l'avait attrapé et soulevé du sol si haut qu'elle le tenait presque à bout de bras. Octy riait si fort qu'il en devint rapidement rouge pivoine. Les parents s'en retournèrent même, tout pris qu'ils étaient dans leur étreinte. Le visage de Norbert s'illumina alors qu'il s'approchait de son fils pour le couvrir de baisers. Tina profité du fait que son mari libère Ariana de sa charge pour lui octroyer une accolade qui sentait le foyer et l'amour maternelle.
Évidement lorsqu'ils entrèrent dans la salon, la table et le repas étaient prêts. Ils dînèrent sans cesser de discuter jusqu'à tard dans la nuit. Ni Ariana, ni Norbert ne crut bon de mentionner qu'ils venaient à peine de prendre leur petit-déjeuner. Ariana resta jusqu'au moment où Octy fut trop fatigué pour tenir à table. Elle le prit alors dans ses bras et monta le coucher. Elle le déposa dans son lit et le borda en prenant toutes les précautions pour ne pas le réveiller.
Elle quitta ensuite la chambre sur la pointe des pieds et redescendit rejoindre le couple installé autour de la table. Elle s'arrêta à l'entre de la pièce alors qu'ils levaient les yeux vers elle, questionnant.
- Je vais y aller.
- Reste encore un peu, plaida Tina.
- Octy sera déçu.
Malgré cela la voix de Norbert était résignée. Il était déjà parvenu à la faire venir dîner alors il acceptait son envie. Porpentina, dans une de ces connexions qui n'existent qu'entre les gens qui s'aiment, comprit et après un ultime baiser, la laissa s'en aller. Ariana disparut dans la nuit, le visage enfouit dans son manteau.
Quelques minutes plus tard elle marchait dans une ruelle, bien loin du domicile des Dragonneaux. Elle ne semblait pas pressée et profitait de chaque moment où elle posait un pied par terre, comme si c'eut été une chose incroyable que de pouvoir marcher comme elle l'entendait dans ses rues. Malgré cette flânerie apparente elle avait une direction bien précise.
Soudain Ariana s'arrêta devant une porte et frappa. Trois coups, secs mais légers. Elle attendit, une minute puis deux, plus longtemps que ce que l'on attendait habituellement. Pourtant elle n'était ni étonnée, ni agacée. Et quand finalement les verrous tournèrent derrière la porte elle se redressa légèrement et un sourire naquit bien malgré elle sur ses lèvres.
- Ariana ?
- Bonsoir papa. Ça faisait longtemps hein ?
- Beaucoup trop ? J'en ai marre des lettres. Allez viens là.
Sans plus de ménagement il l'attira contre lui et l'enlaça comme si sa vie en avait dépendu. Ils restèrent là, encore longtemps, moitié dedans, moitié dehors. Mais ça c'était bien le cadet de leur soucis.
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