Et voici le chapitre 11 ! J'ai pu le finir rapidement et le faire relire donc je le poste déjà. J'espère qu'il vous plaira !

Merci beaucoup luffynette pour ta review, je suis toujours contente de voir que tu lis et que tu suis bien ma fiction :D J'espère que ça continuera.

Bonne lecture à tous ;)


Deux garçons, l'un blond et l'autre brun, marchaient d'un pas rapide dans le couloir. Celui aux cheveux noirs semblait mener la danse. Il était quelques centimètres devant et avançait d'un pas décidé sans prêter attention à l'autre, tandis que celui-ci le suivait sans réfléchir, le regard dans le vide. C'était l'heure… Le dernier moment de liberté de Malfoy. Le jeune homme se remémorait quelques moments dans les couloirs du château avec ses amis.

Après avoir monté les escaliers des donjons, se retrouvant dans le hall, il se souvint de son arrivée ici, à Poudlard. Et surtout, il se souvint de sa première rencontre avec la source de ses malheurs.

Abraxas était debout dans la Grande Salle, attendant avec impatience d'être interpelé. La cérémonie de répartition n'était pour lui qu'une formalité, bien évidemment qu'il allait finir à Serpentard. Mais c'était une fois assis à table qu'il remarqua Tom Jedusor. Le Choixpeau l'avait envoyé dans sa maison alors qu'il ne semblait même pas avoir effleuré sa tête. Le garçon aux cheveux noirs avait l'air presque perdu –et Abraxas comprit de suite qu'il était nouveau dans ce monde- pourtant, déterminé, décidé et presque monstrueux pour un enfant.

Mais le blondinet ne s'attarda pas de suite sur son apparence, plutôt occupé à rire avec Avery et Lestrange déjà attablés à côté de lui, pendant que Tom n'avait pas l'air de savoir où se mettre. Celui-ci s'assit à ses côtés et regardait le plafond avec un émerveillement malsain alors qu'Abraxas n'avait pas accordé le moindre intérêt au ciel enchanté. Il avait déjà vu mieux, contrairement à Tom. Le petit garçon ne parlait pas et observait le reste de la cérémonie de répartition avec son regard étrangement sombre. Malfoy eut alors le plaisir de l'observer avec attention. Sa robe de sorcier semblait avoir vécu bien plus qu'une vie, était trop grande pour lui et un ourlet négligé avait hâtivement été fait.

-Je suis Abraxas Malfoy, commença-t-il. Et voici Avery et Lestrange.

Il fit une pause. Puis montra du doigt un garçon aux cheveux noirs et bouclés assis plus loin à côté de quatrième année.

-Là bas c'est Black et Rosier. Les plus grands à côté de lui, c'est Bulstrode et Parkinson. Ravi de te rencontrer, finit-il en lui tendant la main.

Tom la regarda avec suspicion avant de la serrer.

-Jedusor. Tom Jedusor.

-Jedusor ? J'ai jamais entendu ce nom, pouffa Avery.

-Tu aurais dû ? On ne s'est jamais rencontré… susurra Tom en fronçant les sourcils.

Au grand étonnant du garçon aux cheveux noirs, Malfoy, Avery et Lestrange éclatèrent de rire. Tom ne comprit pas et se contenta de froncer un peu plus les sourcils. Il fixa son assiette avec intensité, attendant que les gloussements s'apaisent. Il détestait ça. Il avait l'habitude avec les garçons de l'orphelinat, mais il avait vu l'entrée à l'école comme un nouveau départ. Tom refusait de vivre ça ici également.

-C'est bien ce que je pensais, cracha Malfoy.

-Comment ça ?, bredouilla Tom.

-T'es sang-de-bourbe non ?, lança Avery.

-Je… Je sais pas trop… Sang de quoi ?

Tom ne savait même pas ce que cela voulait dire mais il avait compris au ton du garçon que ce n'était pas un compliment. Une rage folle commençait à lui tordre l'estomac. Il se sentit fautif et stupide de ne pas connaître ce genre de choses, de ne rien connaître à la magie. Mais Dumbledore était venu lui rendre visite tard à l'orphelinat, et il avait seulement eu le temps de faire ses achats avant que la rentrée n'arrive. Il n'avait lu aucun livre et de toute manière, il n'en avait pas vraiment envie, il avait peur.

A l'orphelinat, un professeur passait pour leur faire l'école mais ce n'était pas suffisant. Il savait qu'il avait des difficultés pour lire et écrire. Tom avait un seul et unique livre dans sa chambre qu'il essayait de lire parfois. Mais sans personne pour l'aider à côté, comment faire des progrès ? Quant aux simples petits calculs mathématiques, il s'en savait incapable. Le garçon serra les dents ainsi que ses mains autour de sa robe de sorcier. Il respira lentement.

-Comment ça tu sais pas ?, demanda Lestrange avec arrogance. Tu sais pas si tes parents sont sang-purs ?

Ils rigolèrent.

-Je connais pas mes parents…

Ils rirent, à nouveau. Il leva soudainement la tête et plissa les yeux.

-Mais je sais qu'ils sont sorciers. Dumbledore me l'a dit quand il est venu me chercher à l'orphelinat. Il m'a dit que mes parents étaient sorciers et qu'ils avaient été tués.

Malfoy fronça les sourcils. Il ne le croyait pas. Il se demanda comment un sang-de-bourbe dans son genre, misérable menteur et étrangement effrayant, avait pu atterrir à Serpentard.

En se remémorant la répartition, Abraxas se demanda comment leur relation avait pu évoluer de cette manière. A un moment, Avery, Lestrange et lui se moquaient de lui, et celui d'après, ils se prosternaient devant. Comment avait-il pu passer de ce petit garçon railleur et hautain à ce jeune homme peureux et obéissant ? C'est en montant de nouveaux escaliers qu'il se souvint du moment exact où il avait commencé à se soumettre.

Malfoy entra dans le chateau en riant, accompagné de Lestrange et Avery. Ces derniers venaient d'être sélectionnés en tant que batteurs pour l'équipe de Quidditch. Cela faisait une dizaine d'années qu'aucun deuxième année n'avait été engagés. Les trois garçons se mirent à descendre les escaliers quand ils remarquèrent quelqu'un. Lestrange donna un coup de coude à Avery qui s'arrêta aussitôt et hocha la tête vers Malfoy.

Tom était en bas des escaliers, sortant tout juste de la salle commune des Serpentard. Il s'arrêta et leur lança un regard noir quand il les aperçut. Le garçon aux cheveux noirs haussa les sourcils et un léger rictus déforma ses lèvres. Malfoy s'étonna de son comportement, jamais il ne l'avait vu faire ça. Il était vrai que depuis le début de l'année, il était différent. Beaucoup plus confiant, plus hautain, plus noir, beaucoup plus effrayant. S'en prendre à lui était tout à coup légèrement moins attrayant. Ce n'était pas pour autant que Lestrange s'empêcha de lui cracher quelques mots à la figure.

-Hey Jedusor, qu'est ce que tu fais ici ? C'était les sélections pour le quidditch.

-Tss, oublie pas Lestrange, il y connait rien là-dedans. Ses moldus de parents lui ont pas appris, continua Avery.

-Mais non ! Il a pas de parents, se moqua encore Lestrange.

Malfoy, à son grand étonnement, resta incroyablement silencieux. Il se contenta de fixer Tom d'un regard noir. Celui-ci gloussa légèrement. Son rire était cristallin, il sembla refroidir le couloir déjà froid des cachots.

-Je n'ai pas besoin de courir dans les jupons de ma mère pour avoir ce que je veux Lestrange, prononça-t-il lentement.

Il monta une marche, se rapprochant un peu plus du groupe de trois garçons. Ceux-ci ne bougèrent pas, à l'exception de Malfoy qui recula brusquement la tête, comme pour parer un sortilège qui ne vint pas.

-Tu crois vraiment que c'est pour vos talents impressionnants que vous avez été sélectionnés ? Laissez-moi rire.

Il se tut.

-Ah non, je ne peux pas. Ça me fait plus pitié qu'autre chose.

Il monta une nouvelle marche.

-Je pense que si vos pères respectifs n'avaient pas fait don d'une généreuse somme à Poudlard pour la construction d'une nouvelle serre, jamais vous n'auriez même pu passer la sélection.

Encore une.

-Alors non, mes parents ne m'ont certainement pas appris ce qu'était le Quidditch. Et comme tu l'as si bien fait remarquer Lestrange, je n'ai pas besoin de leur nom pour me faire connaître. Je fais tout de moi-même. Et je ne vais certainement pas utiliser mon si précieux temps pour quelque chose d'aussi trivial et stupide que le quidditch.

-Jedusor c'est ça ? Qui t'écouterait avec ce nom si étrange ?, cracha-t-il.

Malgré ce qu'il aurait voulu faire croire, Lestrange n'était pas si confiant que ça. Ses jambes tremblaient sous son poids, une atmosphère oppressante semblait lui comprimer les poumons. Il avait du mal à respirer mais il ne flancha pas et maintint son regard.

-Oh ne t'inquiète pas, tu seras parmi les premiers à le faire, je peux te l'assurer.

Avery éclata de rire tandis que Malfoy fronça les sourcils. Il lui avait toujours fait peur, d'où ses moqueries incessantes pour ne pas perdre la face à côté de lui.

-Regardez-le, ria Avery. Le petit Jedusor veut faire son homme. Il revient avec des nouveaux livres et des nouveaux vêtements, et il croit qu'il peut nous faire oublier qui il est. Tu crois que tu nous fais peur Jedusor ? T'es capable de rien, t'es même pas capable de lire correctement, t'es rien du tout. Absolument rien. Un misérable sang-de-bourbe, bon à rien, qui ne mérite pas d'étudier dans cette école, encore moins à Serpentard. Je me demande encore comment le Choixpeau a pu t'y envoyer, t'aurais plus ta place chez ces blaireaux de Poufsouffle. Tu mérites même pas de lécher la boue de mes bottes, même pas de me servir comme ces elfes de maison. Ils sont même mieux que toi.

-Fais attention à ce que tu dis Avery, tu ne me fais même pas trembler. Je ne suis même pas en colère. Je suis seulement… ennuyé d'avoir à te parler.

Ni une, ni deux, Avery et Lestrange sortirent leur baguette sans même se regarder et lancèrent un sortilège de pétrification sur Tom qui se contenta de se pencher sur le côté pour éviter les deux éclairs blancs. Il se saisit alors de sa baguette et murmura un simple rictusempra. Le sortilège frappa Avery de plein fouet et le garçon fut projeté brutalement contre le mur, emportant Lestrange avec lui. Abraxas déglutit alors que Tom se tourna vers lui. Il cligna lentement des yeux alors qu'une moue innocente éclairait son pâle visage.

-Quelque chose à dire Malfoy ? Tu crois toi aussi que moi, le pauvre orphelin, soit-disant sang-de-bourbe, n'est pas capable d'utiliser le moindre sort à bon escient, est incapable de vous battre à plate couture ?

-Non, je n'ai jamais dit ça, moi.

-Très bien. Dis à tes amis qu'à l'avenir, ils devront m'écouter.

Malfoy fronça les sourcils. Oui, c'était à ce moment précis qu'il avait commencé à obéir à Tom. Au début, le garçon ne leur demandait que quelques misérables services, de couvrir pour lui lorsqu'il ne voulait pas aller en cours, ou de se dénoncer à sa place lorsqu'il était soupçonné d'avoir enfreint le règlement de l'école. Ces petites choses ont contribué à forger sa réputation de parfait élève aux yeux des professeurs et de l'ensemble des élèves. Lorsqu'ils refusaient, il les pétrifiait pour quelques heures, ou leur lançait quelconques maléfices très ennuyants, mais sans plus.

Mais plus ses pouvoirs s'amplifiaient, plus les mois avançaient, plus ses demandes se faisaient pressantes, étranges, et plus ses punitions se faisaient insupportables. Oh bien sûr au début, ils avaient du mal à lui obéir, surtout Avery qui continuait à n'en faire qu'à sa tête. Il refusait, se faisait punir –assez péniblement certes mais largement supportable, jamais vraiment douloureusement– puis agissait. C'était le schéma habituel de leur deuxième année. C'était en troisième année, quelques semaines après la rentrée scolaire, qu'Avery avait fini par stopper cet entêtement irresponsable. Malfoy se souvenait parfaitement de ce jour, de ce duel improvisé dans le parc du château. Ils avaient voulu s'entraîner pour les duels qui allaient s'organiser en défense contre les forces du mal.

Avery, Lestrange, Malfoy et Jedusor étaient assis dans le parc de Poudlard, près du grand lac. Tom était adossé au tronc du saule pleureur, un livre ouvert sur ses genoux. Ses yeux glissaient sur les pages tandis que sa peau savourait la douce brise rafraichissant son corps chauffé par les rayons du soleil. Il ne prêtait pas attention aux trois garçons qui riaient devant lui. A vrai dire, il était persuadé que s'il les écoutait, il n'arriverait pas à résister à l'envie de leur jeter un sort. Un bref soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'il referma son livre. Quoique très intéressant, Milles et unes potions africaines n'arrivait pas à retenir toute son attention. Il ne faisait que penser aux prochains cours de défense contre les forces du mal, aux duels qui l'attendaient.

C'était la première fois qu'il allait en faire, et il attendait ce jour avec impatience. Il l'attendait avec impatience car il s'agirait enfin pour lui du jour où il pourrait montrer à tous l'étendue de ses pouvoirs. Malgré ces trois stupides acolytes qui lui obéissaient au doigt et à l'œil, il savait très bien que certains élèves avaient encore des préjugés sur lui, qu'ils le craignaient mais le méprisaient dans son dos. Lui, l'héritier de Salazar Serpentard ! Quel affront ! Ils n'en avaient pas le droit. Tom leur était bien supérieur. Il sourit légèrement en jetant sa tête en arrière. L'attente était horriblement longue.

Son regard s'attarda sur Avery quelques secondes. Ce petit idiot avait encore la fâcheuse habitude de lui désobéir. Il voyait encore dans ses yeux une lueur de défi, de supériorité. Il se sentait supérieur car il était de sang-pur. Balivernes ! Le sang de Salazar Serpentard coulant dans les veines de Jedusor surpassait largement celui impur que lui avait légué son sale moldu de père. Tom serra les poings autour de son livre en repensant à sa première année. Son infect père avait réussi à lui gâcher encore plus la vie alors qu'il n'était pas là. Ses jointures devinrent blanches quand il repensa aux incessantes moqueries qu'il avait vécues à son arrivée à Poudlard. En particulier de Avery et Malfoy. Un rictus mauvais se dessina sur ses lèvres alors qu'il se leva. Les trois garçons en face de lui se turent instantanément et le regardèrent. Tom se plaisait à voir ce voile de soumission dans les yeux.

-Levez-vous, ordonna-t-il d'une voix doucereuse.

Les trois garçons le fixèrent quelques secondes avant de se lever. Lestrange haussa un sourcil, lui demandant silencieusement ce qu'il se passait. Tom porta sa main à la poche de sa robe et sortit sa baguette. Il la fit rouler entre ses doigts, joua avec quelques secondes avant de la tenir fermement. Il la pointa vers Abraxas.

-Malfoy. Prépare-toi.

Le blondinet écarquilla les yeux de surprise. Tom lui demandait-il sérieusement de se battre en duel ? Ce n'était pas bon… Il savait très bien qu'il ne faisait pas le poids contre lui. Il déglutit avant de sortir sa baguette et de se placer devant lui. Ce serait pire s'il refusait. Jedusor fit la révérence en le regardant d'un œil sournois. Un rictus mauvais se dessina sur ses lèvres alors que le visage de Malfoy se décomposa. Il se courba rapidement et se mit en position de duel. Tom n'attendit pas et déjà une lumière rouge s'échappa de sa baguette sans qu'il ne dise un mot et fila à toute vitesse vers Abraxas. Celui-ci n'eut pas le temps de réagir, si bien qu'il fut projeté en arrière et roula sur le sol. Il planta ses doigts dans la terre avant de tomber dans le lac. Il ne savait pas quoi faire. Oserait-il l'attaquer ? Il avait beaucoup trop peur. Mais ne pas réagir n'était sûrement pas la bonne solution, Tom l'ayant défié en duel. Ce serait comme lui désobéir. Il se devait de se battre.

Avec une mine dépitée, Jedusor attendit que le blond se lève. D'un mouvement fluide et presque dégoûté de sa baguette, il jeta un nouveau sortilège informulé. Cette fois-ci, rien ne s'échappa du bout de bois, comme s'il avait raté. Abraxas n'était pas dupe. Tom ne ratait jamais aucun de ses maléfices. Il déglutit et leva sa baguette.

-Expelliarmus, cria-t-il.

Lui ne maîtrisait pas les sortilèges informulés. Il n'était qu'en troisième année ! Cela montrait encore une fois le grand talent de Jedusor. Abraxas, lui, n'avait d'autres choix que de révéler à l'avance chacun de ses mouvements. Tom dévia le sortilège d'un mouvement ennuyé du poignet et pencha la tête sur le côté. Quelques secondes plus tard, l'air s'alourdit terriblement et un brouillard noir apparut tout autour d'eux. La brume s'approchait dangereusement de Abraxas qui restait tétanisé, les yeux grands ouverts, jusqu'à l'entourer complètement. Le blondinet ne voyait plus rien, complètement aveuglé, il ne pouvait même pas apercevoir le bout de ses doigts. Le garçon ne vit donc pas la multitude de sortilèges qui se dirigeaient vers lui et qui le heurtèrent avec violence. Sa baguette lui échappa des mains et il tomba lourdement sur le sol. Une douleur intense assaillit sa poitrine, il pouvait à peine respirer. Le visage de Tom, un sourire narquois aux lèvres, apparut au-dessus de lui. Abraxas soupira. Il avait lamentablement perdu, n'avait pas même pas réussi à ne serait-ce qu'un peu l'affaiblir.

C'était en quatrième année qu'il avait commencé à les blesser, et à réunir leur petit comité pour ses « meetings ». Il leur avait promis qu'il leur apprendrait des sortilèges de magie noire, et c'était le cas, même s'ils les subissaient plus que les apprenaient. Ils étaient les cobayes, et Tom s'en réjouissait. Abraxas le réalisa enfin. C'était à cause de leur première année qu'il se servait d'eux de cette façon. Ceux qui les avaient rejoints récemment ne subissaient pas ce traitement. Pas encore en tout cas. Lestrange, Avery et lui étaient ses victimes privilégiés.

Il écarquilla les yeux et respira profondément en arrivant devant la gargouille qui gardait l'entrée du bureau du directeur. Tom, qui en tant que préfet connaissait le mot de passe, le prononça et la statue se mit à tourner sur elle-même. Un escalier de pierre en colimaçon se dévoila et les deux jeunes hommes le grimpèrent, l'un sûr de lui et l'autre avec appréhension.

-Monsieur Jedusor ? Et Monsieur Malfoy ?, s'étonna Dippet en voyant entrer les deux garçons.

-Bonsoir Professeur, sourit poliment Tom.

-Que me vaut le plaisir de cette visite ?, plissa le directeur des yeux.

Il en avait déjà une petite idée.

-Et bien… Nous sommes venus ici pour vous parler… des attaques, ponctua Tom.

-Oh.

Ses yeux s'écarquillèrent subtilement et il remua sa baguette. Un filet argenté s'en échappa et sembla filer par la fenêtre de son bureau. Quelques secondes plus tard, tous les professeurs de Poudlard arrivèrent par la cheminée. Dumbledore soupira tristement en apercevant Tom, Slughorn pencha la tête sur le côté avant de poser affectueusement sa main sur l'épaule du jeune brun, Sirius plissa des yeux. Brulopot ne commenta pas et s'assit sur un fauteuil, Têtenjoy plissa ses lèvres en une ligne fine. Les autres professeurs se tinrent à retrait, la plupart droit comme des piquets derrière Dumbledore.

-Nous vous écoutons, invita Dippet une fois tout le monde arrivé.

Tom baissa le regard, comme honteux de tous ces regards inquisiteurs. Il attendait seulement que Malfoy prenne la parole.

-Je…, commença le blond. C'est à cause de moi. C'est moi qui ai fait entrer un basilic dans l'école, bredouilla Abraxas.

-Comment ça ? Expliquez-vous mieux, claqua Dippet, sans aucune once de gentillesse dans la voix.

Son regard était dur, sombre, et jugeait sévèrement Abraxas. Il ne prêtait aucune attention à Tom qui se tenait droit comme un piquet à côté du blond.

-Je ne voulais pas… Je ne voulais pas que tout aille aussi loin…, balbutia-t-il. Je… j'ai perdu le contrôle. Il ne m'a pas obéi. Je suis désolé…

Il baissa le regard.

-Nous vous écoutons Monsieur Malfoy, encouragea Dumbledore d'une voix douce. Prenez votre temps.

-Je… Je suis allée en Albanie aux vacances dernières. Là-bas, j'ai rencontré un homme qui m'a vendu un œuf de basilic. J'ai accepté, je voulais purifier le sang de cette école, prononça-t-il d'une voix monotone.

-Purifier le sang ?, questionna Dumbledore.

-Faire peur aux né-moldus. Pour qu'ils s'en aillent. Je ne voulais pas vraiment les pétrifier, ou en tout cas pas autant, un tout au plus pour faire passer un message, et encore moins les tuer !, s'empressa de dire Malfoy.

-Pourquoi les nés-moldus ?, soupira Dumbledore, déçu.

-Ils mettent en danger notre société, confirma Abraxas. A cause d'eux, les moldus pourraient découvrir notre monde. Et nous persécuter. Ils nous tueront. Voyez-vous ce qu'il se passe chez eux en ce moment ? Cela arrivera vers nous. Il ne le faut surtout pas.

Ce n'était pas la seule raison, et surtout pas la plus importante. Mais cette dernière, il ne pouvait pas l'avouer.

-C'est bien triste de penser cela Monsieur Malfoy…, murmura Dumbledore.

-J'ai déposé l'œuf dans la tuyauterie de l'école à la rentrée en septembre. Il a éclos à Noël. Mais je ne parle pas fourchelang. Le basilic ne m'obéissait pas. Il n'en faisait qu'à sa tête, déambulait dans les tuyaux à son gré, pétrifiant n'importe quel né-moldu qu'il croisait. Je ne voulais pas que ça aille aussi loin, je le jure…

-Je vois, interrompit Dippet. Qu'allons-nous faire de lui ?, demanda-t-il aux autres professeurs. D'ailleurs… Tant que j'y pense, que faites-vous là Monsieur Jedusor ?

-Je… Hier, j'ai surpris Abraxas en train d'essayer de parler au basilic. Il m'a tout avoué et c'est moi qui lui ai dit de venir ici. Je me suis dit que… s'il se dénonçait lui-même, au lieu que je m'en charge –comme s'il voulait le cacher-, vous seriez plus clément envers lui. Je vous le demande d'ailleurs. Je suis sûr que Abraxas dit la vérité. Il m'a tout avoué sans hésiter, sans mentir, je l'ai senti. Nous sommes amis depuis longtemps et je sais quand il ment. Ce n'est pas le cas. Et puis, il a un bon fond. J'espère que la sentence ne sera pas trop dure. Une longue vie l'attend et j'espère de tout cœur que vous le laisserez la vivre. S'il vous plait, professeurs.

-Vous avez de la chance d'avoir un ami aussi dévoué Monsieur Malfoy. Je ne suis pas sûr que vous le méritiez, siffla Dippet. Bien. Ceci étant dit, qu'en pensez-vous Albus ?

-Je pense qu'il est encore jeune. Le ministère n'a aucune raison d'entendre parler de cette affaire. Qui sait où il pourrait l'envoyer? Il peut encore se rattraper.

-Nous ne pouvons tout de même pas le laisser s'en sortir avec une simple retenue après ce qui s'est passé ! Horace ?

-Monsieur Malfoy a toujours été un excellent élève. Très poli et très assidu. Toujours prêt à aider ses camarades de classe. Un très bel avenir l'attend. Je ne pense pas non plus qu'il faille prévenir le ministère.

-Sirius ?

-Je ne peux contredire mes collègues… Mais comme vous le dîtes, une simple retenue ne suffit pas. Il faut être dur… Je propose… son renvoi définitif.

Dippet hocha doucement la tête.

-Ce serait gâcher son avenir, sa scolarité !, s'offusqua Horace. Je ne le dirai que temporaire. Une semaine tout au plus.

-Un renvoi d'une semaine ? Il a failli tuer des élèves !, se défendit Sirius. Et vous rendez-vous compte de ses pensées à propos des nés-moldus ? S'il n'en veut pas, il n'aura plus à les fréquenter à Poudlard. Et quand à son avenir, il existe d'autres écoles auxquelles je suis sûr son père pourra l'y envoyer.

-Je ne peux qu'approuver Sirius, Horace, soutint Dumbledore. C'est la seule punition à la hauteur de sa faute.

Tous les autres professeurs hochèrent la tête sans dire un mot.

-Très bien. Je crois que nous sommes tous d'accord. Monsieur Malfoy, vous pourrez passer vos examens de fin d'année. Je ne préviendrai pas le ministère mais j'enverrai une lettre à votre père, expliquant tout et le notifiant de votre renvoi. Il ne servira à rien de négocier ou de vous présenter en septembre. Je tiens également à ce que vous présentiez vos excuses publiques au banquet de fin d'année.

-Armando, est-ce nécessaire ?, demanda Horace. Je ne tiens pas à ce que les autres élèves le stigmatisent.

-Tout comme il a stigmatisé les né-moldus.

-C'est de l'humiliation publique Armando, siffla le maître des potions.

-Je suis d'accord avec lui, affirma Dumbledore.

-Très bien, concéda Dippet, visiblement énervé.

-Tom, Abraxas, vous pouvez partir, suggéra Dumbledore.

oOo

-Oh Hermione, c'est toi. Je ne t'attendais pas aussi tôt. Rentre et assieds-toi.

La jeune fille s'installa sur le fauteuil à côté de la cheminée et attendit que Sirius s'asseye en face d'elle. Il souriait.

-Comment tu vas ?

-Très bien. Pourquoi m'as-tu appelé ?

-Dippet vient de recevoir une visite. Tom Jedusor et Abraxas Malfoy. Ce dernier a avoué être l'auteur des paralysies et avoir amené le basilic.

-Oh… Je vois… Que va-t-il lui arriver ?

-Il est renvoyé de Poudlard. Mais nous avons décidé de ne pas informer le ministère de tous ces incidents. Il ne lui arrivera rien d'autres. Heureusement, étant donné que ce n'est pas sa faute.

Il avait particulièrement appuyé cette dernière phrase, et regardait Hermione d'un air accusateur. Elle voulut se recroqueviller dans son siège. La honte l'envahit.

-Je sais… Mais tu sais très bien pourquoi… Et Dumbledore le sait aussi. Qu'a-t-il dit ?

-Il a de l'espoir évidemment. Un peu trop. Après tout, même s'il savait que c'était lui dans le passé, enfin je veux dire, dans l'autre passé, dans celui où nous n'étions pas là… Enfin, tu vois ce que je veux dire, il n'a rien dit. Je suppose qu'il espérait encore qu'il puisse changer à cette époque. Et personne n'est mort grâce à toi. Je suppose que c'est suffisant pour lui. Pour attendre, voir ce qu'il se passe. Il nous fait confiance.

-Je suis désolée Sirius… Mais nous devons le faire. Tu le sais très bien. Rien de vraiment grave ne s'est passé… Si Malfoy avait dû être envoyé à Azkaban, nous aurions pris les mesures nécessaires.

-Je croyais que tu étais du genre à ne pas aimer tricher ?, sourit Black.

-Pourtant, je suis une experte dans ce domaine apparemment, gloussa Hermione.

Sirius sourit et agita sa baguette vers le placard derrière elle. Un paquet de biscuit au chocolat s'en échappa et atterrit sur la table entre eux, et deux tasses de thé firent également leur apparition. Hermione remercia l'animagus et en saisit une avant de prendre une gorgée du liquide.

-J'ai aussi quelque chose d'autre à te dire Hermione.

-Oui ?, demanda-t-elle en haussant les sourcils.

-Et bien juste après que Malfoy et Tom soient venus, Dippet m'a demandé de rester, vu que je suis ton directeur de maison.

-Où veux-tu en venir ?

-Comme tu as été paralysé pendant tout le semestre, tu n'as pas pu passer les derniers examens du premier, et tu n'as suivi aucun cours du deuxième. Tu es donc terriblement en retard. Dippet craint que cela affecte tes chances pour tes ASPICs l'année prochaine, comme tu seras en septième année.

Hermione écarquilla les yeux. Ses ASPICs ! Avec tout ça, elle avait complètement oublié ! Comment avait-elle pu oublier ? C'était ce qui lui assurait son avenir !

-Il propose donc, si tu le veux bien et ne te sens pas assez confiante pour l'année prochaine, de… de redoubler. Il m'a donc chargé de te poser la question.

La jeune fille fronça les sourcils. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle n'avait jamais pensé au fait qu'elle, Hermione Granger –nouvellement baptisée Hermione Jones- présentement, ou plutôt « futurement », la meilleure élève de Poudlard aurait à redoubler un jour. Mais peut-être était-ce une bonne idée ? Après tout, elle avait atterri ici au milieu de l'année, et avait donc raté le premier mois de sa sixième année et avait raté plus de la moitié de celle-ci. Elle ne connaissait rien au programme. En redoublant, elle aurait plus de temps pour travailler et surtout, une année de plus pour effectuer sa mission. Oui, c'était définitivement une bonne idée.

-Evidemment que je suis d'accord !, sourit-elle. C'est sûrement la meilleure chose que j'ai entendu aujourd'hui.

-Tu es sûre ?

-Oui ! Je ne connais pas la moitié du programme, et ça me fera un an de plus à Poudlard pour être auprès de Jedusor. En plus, je serais dans la même promotion que lui. Il n'y a rien de mieux ! C'est parfait.

-Je ne m'attendais pas à autant d'enthousiasme. Mais très bien.

-Au fait ? Comment ça se passe entre Miss Blathnat et toi ?, changea-t-elle brusquement de sujet.

Il écarquilla subtilement les yeux. Un pétillement éclata dans ses pupilles. Il avait l'air heureux rien que d'y penser.

-Comment sais-tu ça ?

-Tu n'imagines pas tout ce que j'ai pu entendre ou voir lorsque j'étais à l'infirmerie…, confessa-t-elle en clignant d'un œil.

-Tu étais consciente de tout ?!

-Oui. Et je sais que tu es allée au Chaudron Baveur avec elle. Alors ?

-Ce fut très agréable. On a continué à se voir après ça. Je suppose qu'on peut dire qu'on est… en couple dorénavant.

-Oh Sirius, je suis tellement heureuse pour toi ! C'est merveilleux !

-Ne t'emballe pas trop Hermione. Cela n'aboutira jamais à rien. Nous ne sommes pas là pour ça.

-Nous allons peut-être rester ici des années, voire toute notre vie. Il faut penser à nous. Tu dois penser à toi pour une fois.

Elle sourit légèrement. Elle était heureuse de voir Sirius un air si joyeux au visage. Ils continuèrent à discuter pendant presque deux heures avant qu'Hermione ne se rende compte de l'heure. Il était temps pour elle de retourner au dortoir, le couvre-feu était presque passé. Il ne restait que quelques jours avant la fin de l'année, et elle comptait bien en profiter, l'esprit libre. Elle avait encore deux ans devant elle pour penser à Voldemort. Deux ans pour mener à bien sa mission et si elle échouait, quelqu'un viendrait à sa place… Eternellement.

Le lendemain, Hermione déjeunait avec Isaac, Sasha et Filius dans la Grande Salle. Elle venait de leur annoncer leur redoublement et tandis que le premier explosa de colère, la deuxième ne dit rien et le dernier approuva.

-Tu as raison Hermione, je pense que c'est pour le mieux ! Et puis, ce n'est pas la potion à boire, quand on pense à ce qui aurait pu t'arriver…, confirma le nain.

-Mais tu ne seras plus avec nous en cours ! Comment vais-je faire pour tenir sans toi ?, s'apitoya Isaac. J'ai beau travailler d'arrache-pied, je n'arrive jamais à avoir mieux qu'un Effort Exceptionnel en potions ! Avec toi, j'arrive à avoir des Optimals !

-Ravie de voir à quoi je te sers Isaac, ricana Hermione. Et de toute façon, on se verra en dehors des cours, dans la salle commune… Même si avec vos ASPICs vous serez très occupés, tu sais très bien que je ne refuse jamais d'aller à la bibliothèque. C'est même parfois moi qui vous y emmène !

-Tu peux tout de même nous accorder que ça va être bizarre les cours sans toi !, la sermonna Filius. Ne plus voir ta main s'élever dans les airs comme un boulet de canon nous laissera un grand vide…

Ses trois amis éclatèrent de rire tandis qu'Hermione plissa les yeux. Son visage était désormais rouge écarlate et elle devait se forcer pour ne pas elle-aussi rire. Sinon, sa crédibilité aurait été mise à mal.

-Vous faites quoi pendant les vacances ?, demanda-t-elle soudainement.

-Oh, je vais rentrer chez mes parents, c'est tout. Nous devions aller quelques semaines en France mais avec Grindelwald qui sévit particulièrement là-bas et la guerre chez les moldus, c'est dangereux dans les deux mondes… Nous allons peut-être partir quelques jours dans un village sorcier perdu au fin fond de l'Ecosse, mais rien de plus.

-Je vais rejoindre mes parents au Brésil, sourit Isaac. Ils m'ont proposé de venir avec eux cette fois-ci ! D'habitude je reste chez moi, entouré seulement de mes charmants elfes de maison –oui je sais Hermione, tu n'es pas pour- qui adossent leur rôle de papa et maman et me chouchoutent. Comme si j'avais besoin de ça… Bref, on dirait qu'ils en prennent enfin conscience.

Hermione sourit largement à cette nouvelle. Elle était heureuse de voir Isaac ainsi, il semblait plus épanoui.

-Rien de spécial. Je vais rester chez moi et de la famille va venir chez nous, dit Filius en haussant les épaules. Et toi Hermione ?

-Oh euh… Je vais rentrer chez moi, mentit-elle. Le ministère m'a autorisé à lancer un sortilège de protection sur ma maison pendant ces temps de guerre.

-Fais attention à toi en sortant surtout… Un protego sur ta maison est inutile si tu es dans les rues…, murmura Isaac soudainement d'un ton sinistre. On ne veut pas qu'il t'arrive malheur, surtout après tout ce que tu as traversé.

-Ne vous inquiétez pas, les rassura Hermione. Rien ne va m'arriver.

En effet, rien n'allait lui arriver. Ses prétendus parents n'existaient pas et elle ne comptait pas rentrer dans le Londres moldu ! Elle n'était pas encore complètement folle ! Deux chambres au Chaudron Baveur était déjà réservées pour elle et Sirius pour toutes les vacances et n'attendaient plus qu'eux. Sa vie n'était décidément que mensonges.

Un sentiment de culpabilité immense l'envahit soudainement. Au début, sa culpabilité était dirigée envers Ron et Harry. Que penseraient-ils s'ils la voyaient ainsi, déambuler tranquillement dans Poudlard dans le but de « sauver » Voldemort ? Dorénavant, elle s'en voulait de mentir ouvertement à ses nouveaux amis, qui tenaient vraiment à elle et à qui elle tenait elle aussi.

Une boule se forma dans sa gorge. Elle avait envie de pleurer. D'un seul coup, tous ses sentiments refoulés jusqu'à présent faisaient surface. Cette fois-ci, elle ne pouvait plus tenir. Un flux de larmes se mit à couler de ses yeux et son corps fut secoué de sanglots. Elle se leva d'un coup et s'enfuit en courant de la Grande Salle, ignorant les cris d'Isaac derrière elle.

Elle sortit du château en trombe et courut jusqu'au lac avant de s'écrouler dans l'herbe fraîche et laissa enfin libre court à ses larmes. Cela faisait déjà longtemps qu'elle s'était retenue. A nouveau, des tas de souvenirs lui revinrent en tête et elle revit Ron et Harry. Enfin, elle essaya. Bizarrement, leur visage ne lui revenait pas totalement. Ils étaient comme floutés. Elle ne se souvenait plus de la place des taches de rousseur de Ron, ni de la couleur exacte des cheveux toujours en fouillis de Harry. Ceci suffit à lui faire redoubler ses larmes. Elle commençait à les oublier… Sa baguette la titilla et elle somma à la photo qu'elle avait reçue à Noël de venir. Ses doigts glissèrent sur le bout de papier alors que les larmes continuaient de couler sur ses joues. Ils lui manquaient tellement…

-Tiens tiens… Qui vois-je donc ici ? Ne serait-ce pas Hermione Jones ?, dit une voix grave derrière elle.

Elle se retourna brusquement et eut la désagréable surprise de voir Tom Jedusor derrière elle. Elle s'essuya rapidement le visage et se leva en rangeant la photo dans la poche de sa robe de sorcier.

-Qu'est-ce que tu veux Jedusor ?, cracha-t-elle.

-J'ai entendu dire que c'est Malfoy qui était à l'origine de ces attaques, lâcha-t-il brusquement.

Oui… Pour tout le monde, c'était lui. Il avait jeté son dévolu sur lui, et non pas sur Hagrid. Elle s'empêcha de sourire. Même si elle n'arrivait pas à sauver son futur en empêchant l'ascension de Voldemort –elle se rendit à nouveau compte de cette lourde mission pour ses frêles épaules-, elle avait donné une deuxième chance au géant. Celui-ci était comme un confident pour elle. Elle se souvint des multiples fois où elle s'était rendu à sa cabane pour lui parler, sans les garçons, en particulier quand elle était en froid avec eux. Il était un excellent ami (néanmoins, elle ne pouvait pas dire la même chose de lui jouant les professeurs.).

Pourtant, malgré cette bonne nouvelle pour Hagrid, elle ne put réfréner un pincement au cœur en pensant à Malfoy. Le blondinet ne méritait pas une telle chose. En tout cas, pas encore.

-Tu as entendu dire ?, demanda-t-elle en haussant les sourcils.

-Disons plutôt que je l'ai découvert et je l'ai convaincu d'aller se dénoncer.

-Quel geste héroïque de ta part, ironisa la jeune fille.

-D'après Slughorn, je vais recevoir une médaille pour service rendu à l'école. Donc oui, mon geste était apparemment héroïque, ricana-t-il.

Hermione détestait cette expression vide qu'il affichait sans arrêt. Ne ressentait-il donc jamais d'émotions ? Et puis, que venait-il réellement faire ici ? Il n'était sûrement pas là pour lui faire part de ses exploits, compte tenu de leur relation. Jedusor avait nécessairement quelque chose derrière la tête.

-Sérieusement, qu'est-ce que tu veux Jedusor ?

-N'ai-je donc pas le droit de discuter avec une bonne camarade ?

-Nous savons pertinemment tous les deux qu'il n'en est rien !, s'énerva-t-elle.

-Mais enfin, je suis venu voir comment tu allais. Cela fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé…

-Tu veux dire depuis ta visite à l'infirmerie ? Si je me souviens bien, je n'étais pas vraiment en état de parler à ce moment-là.

-Oh ? Tu t'en souviens ?, feignit-il la surprise.

Ah… Il voulait en venir là. Il ne fallait pas faire de bêtises.

-Tu le sais très bien, marmonna-t-elle sans s'en rendre compte.

-Pardon ? Ne parle pas dans ta barbe Jones, ce n'est pas très poli, je n'ai rien compris.

-Oui, je me souviens, prononça-t-elle distinctement en levant la tête de façon hautaine.

L'expression polie qu'arborait Jedusor s'effaça subitement pour être remplacée par un sourire mauvais et particulièrement arrogant. Finalement, peut-être préférait-elle son visage sans émotion. Il n'était pas aussi effrayant. Cela ne seyait vraiment pas à son visage presque aristocratique et à sa peau pâle, semblable au marbre de la plus haute qualité qui soit. Hermione déglutit.

-N'utilise pas ce ton avec moi Jones. Tu dois te souvenir de ce que j'ai dit, n'est-ce pas ? Tout comme moi. Je me souviens de tout. Alors, vas-tu enfin répondre à ma question ? Qui es-tu et qu'est-ce que tu veux ?

-Je ne vois pas quoi tu parles. Je suis Hermione Jones et ce que je veux de toi, c'est que tu me laisses tranquille !

-Tu es une très mauvaise menteuse Jones.

-Pourquoi as-tu accusé Malfoy ? On sait tous les deux que ce n'est pas lui, lâcha-t-elle brutalement pour seule défense.

« Non ! Non ! Pourquoi as-tu dit ça Hermione ? Tu as des tendances suicidaires ou quoi ? On avait dit pas de dérapages ! Tu as sauté à pieds joints dedans ! Tu pédales dans la semoule ! ».

A son grand étonnement, Jedusor se vêtit à nouveau de son visage courtois et souriait presque naturellement. Il fallait qu'elle se rattrape. Mais comment le faire après une telle bourde ? Elle ne pouvait pas revenir en arrière. Retirer ce qu'elle venait de dire, faire comme si de rien était tout bonnement inenvisageable. Une seule option s'offrait à elle. Il fallait qu'elle joue sur le même terrain que lui, celui de la manipulation et du mensonge. Merlin, ce n'était pas son style habituellement, non ?

-Cessons les double-jeux Jedusor. Laissons tomber les masques.

Il haussa un sourcil et comme elle lui avait suggéré, il laissa tomber son masque. Il ne se contrôla plus et elle put admirer pour la première fois son rictus sadique, ses traits durs crispés par la colère et la haine, ses yeux qui brillaient presque d'un éclat écarlate. Il faisait peur. En ce moment même, Tom Jedusor était tout sauf beau. Il ressemblait étrangement à Voldemort, même s'il n'avait pas ce visage reptilien.

-Tu as raison Jones, siffla-t-il. Cessons les mensonges, reprit-il d'un ton plus neutre. Qu'entendais-tu par ça ? Pourquoi ne serait-ce pas Malfoy ?

-Je sais que c'est toi, avoua-t-elle, sûre d'elle. Je suis au courant de tout, de tes petits agissements, de ton petit groupe et surtout…

Elle s'approcha de lui jusqu'à que sa bouche soit à côté de son oreille. Par Merlin, d'où sortait-elle ces agissements ? Où puisait-elle ce courage et cette stupidité ?

-De la chambre des secrets, murmura-t-elle.

Il l'attrapa soudainement par les épaules. Ses doigts et ses ongles s'enfoncèrent brutalement dans sa peau par-dessus sa chemise blanche et elle retint un cri de douleur. Il fallait tenir le coup, elle ne devait pas lâcher prise. Elle devait s'échapper et il n'y avait qu'une seule solution : tenir tête à Jedusor. Le faire douter de lui-même et de ses plans. Le faire chanter. Oui… Elle devait le faire chanter.

-Qu'est-ce que tu sais sur ça ?, grogna-t-il.

-Je le sais, c'est tout, gloussa la serdaigle. Certains sont plus doués que les autres pour acquérir quelques informations on dirait. Je connais l'existence de la chambre. Je sais où elle est et comment y accéder. Je sais ce qui se cache à l'intérieur et que tu peux la diriger. Je sais que tu parles fourchelang, que tu es l'héritier de Salazar Serpentard. Je sais que tu voulais éliminer les nés-moldus de ce château. Je sais absolument tout de toi. Je sais que tu es un sang-mêlé et que ton père est un moldu. Quelle ironie du sort ! Dénigrer le sang des moldus alors qu'il coule dans tes veines.

Plus elle parlait, et plus les doigts de Tom s'enfonçait profondément dans l'articulation de ses épaules, mais elle tenait le coup. Elle lui tenait tête. Le menton bien haut, elle plongea ses yeux dans les siens. Ils étaient sombres, presque noirs, simplement rehaussés de quelques pépites chocolat et teintés d'un voile rougeâtre. Ils étaient presque beaux. Hypnotisant.

-Tu sais que ce tu me dis ne te rend que plus attrayante à mes yeux ? Je ne te laisserai pas t'échapper tant que tu ne m'auras rien dit.

-Oh si, je crois que tu vas me laisser partir Jedusor, sinon j'irais tout dire à Dippet, à Dumbledore, à Slughorn. A quiconque croisera mon chemin. Tu sais ce qui m'en empêchera ?

Soudainement, ses lèvres s'étirèrent en un sourire et il éclata d'un rire cristallin, sans jamais lâcher Hermione.

-Tu crois pouvoir me faire chanter Jones ? Tu ne peux rien contre moi. Tu es si faible…

-Je crois surtout que tu préfères ne pas prendre le risque.

Il la lâcha si brusquement qu'elle faillit tomber.

-Tu es bien courageuse Jones. Et surtout particulièrement stupide. Mais soit, je laisse tomber. Pour l'instant. A l'année prochaine. Je crois qu'on se croisera plus souvent.

Il lui adressa un clin d'œil avant de s'éloigner pour retourner au château.


Et c'est terminé ! Voilà voilà, Hermione a sûrement fait une bêtise là... Qu'en pensez-vous ?

Encore une fois, à vos claviers si le coeur vous en dit :)

Au programme du prochain chapitre : les vacances scolaires, Tom rencontre son père...