Je découvre. J'expérimente.

J'ai plus longtemps été une lectrice qu'une autrice. Je lis passionnément depuis mes 7 ans, mes premiers J'aime Lire, mes premières Imagerie, mes premiers romans, d'abord Coeurs Grenadines, puis Club des Cinq, Fantomette, Harry Potter, Jean M Auel (oui, l'écart est grand avec les précédents), Christian Jacq, Robin Hobb (mon amour littéraire absolu), Stephen King, tous les autres.

Je vis la frustration du lecteur aussi, qui tombe sur un roman/une fanfiction qui l'accroche, le passionne, le fascine, l'obsède même. J'ai lu et relu Cher Journal : Chronique d'une première année, je souffre et j'aime passionnément à chaque ligne de l'Arc des Ex (merci Koala d'amour pour cette superbe découverte) tant et si bien que je ne l'ai toujours pas terminé, je suis dingue dingue dingue de l'univers de Scott Lynch et Locke Lamora est mon alter-égo (dans mes rêves disons).

Maintenant, je vois l'autre côté. Je vois la soif d'écrire, les mots qui sortent plus vite que mes doigts ne vont sur le clavier, le stylo qui ne suffit pas à coucher toutes mes idées, les longs instants de rêverie à essayer de détricoter l'intrigue de ce que j'écris à l'instant T. Je vois aussi la joie des premiers compliments, le plissement de nez quand viennent les premières critiques, les premières surprises que me réservent les personnages que je pensais mener à la baguette (je ne me laisse plus tromper par cela), les reviews, les conseils, l'inspiration que je trouve dans un souffle, chaque jour, le moindre détail qui soudain est un monde tout entier, les mondes qui prennent vie derrièr mes yeux dans les moments les plus inattendus. C'est merveilleux et c'est magique.

Je sais aussi les moments de creux, comme une vague qui soudain s'effondre sur elle-même. Elle finira par se relever, par rappeler toute sa puissance, son exigence, son intransigeance, mais il faudra faire preuve de patience car elle seule choisira le moment. C'est le tour que me jroue ma plume en ce moment. Je brûle d'écrire, mon cœur, mon âme en ont besoin, mais mes doigts restent désespérément bloqués au dessus de mon clavier et mes documents Word ne restent jamais ouverts bien longtemps.

J'en ai hâte que la vague reprenne de la vigueur, que l'inspiration m'aspire et m'épuise et m'enlève au monde du quotidien pour m'emporter là où seule mon histoire est importante. Mais je ne peux qu'attendre.

Ca, c'est pour mettre des mots un peu joli sur ce qu'il se passe dans ma tête quand j'essaie d'écrire.

La plupart d'entre vous laissez des commentaires adorables, des reviews qui me touchent et me bouleversent par leur sincérité, leur douceur, la précision de leur analyse.

Et parfois, il y'a ceux qui, je crois, se perdent un peu, oublient qu'il y'a une personne derrière l'écran. J'ai une vie, des hauts des bas dont on se contrefout ici, et je ne m'attends pas à ce que ça compte pour vous. Mais je demande un peu de respect. Merci de vous en souvenir, si l'envie de lire la suite est si forte que cela vous donne l'impression que vous pouvez me parler n'importe comment, souvenez-vous qu'au final, c'est pour moi que j'écris avant toute chose, et que si écrire devient une obligation, que j'en suis dégoûtée, j'y perdrai plus que vous.

Merci.

PS : KOALA-MUTANT NOM D'UNE PIPE EN BOIS OU ES-TU PASSÉE ?


Jeudi 28 Octobre.

Alicia et Scorpius sont chacun à un bout du canapé, le regard tourné vers la télévision. Quant, après le goûter, Alicia a demandé à Scorpius ce qu'il voulait faire, il a seulement haussé les épaules. C'est un mouvement que le petit garçon fait beaucoup. Il hausse les épaules, penche un peu la tête, mais il ne ressemble pas à un petit chiot triste, adorable qu'on aurait envie de câliner. On dirait juste qu'il s'en fiche, qu'il est hors du temps, hors du monde, qu'il n'est pas sur la même longueur d'ondes que le reste de l'humanité.

Alors Alicia lui a proposé de regarder des reportages sur l'histoire du monde. C'est un reportage sur l'Egypte ancienne qu'une chaine historique diffuse. On aborde les dieux animaux, ces divinités mi-humaines, mi-animales, qui ont les qualités et les défauts de leurs corps dépareillés. Scorpius est concentré, il regarde la chaine avec attention. Il fronce les sourcils quand il comprend que la déesse chatte, Bastet, devient une lionne quand elle est furieuse et qu'elle veut protéger ce qui compte pour elle. Le dieu du savoir, Thôt, attire lui aussi tout son intérêt, tandis qu'il se moque un peu de la déesse de la justice, Maat.

C'est pourtant devant le dieu de la momification, Anubis, tantôt complètement chien noir, tantôt homme à tête de chien, que Scorpius est le plus fasciné. Soudain, il se tourne vers Alicia, une question au bord des lèvres, avant de se raviser. Il se rend compte qu'il s'agit de la jeune femme et plonge de nouveau dans le reportage. Il s'agit d'un documentaire qui est sans doute plutôt fait pour les adultes, mais Scorpius semble bien plus âgé qu'il ne l'est vraiment, comme habité par une âme ancestrale, pleine de sagesse et de tristesse.

Alicia savait que le gamin serait un peu particulier. C'était presque évident, vu la façon dont Draco l'a accueillie la première fois. Le père est étrange, gracieux et dangereux à la fois, Alicia a pensé à un escrimeur la première fois qu'elle l'a vu, pourtant, lorsqu'elle a quitté son bureau, elle a compris une chose essentielle concernant cet homme : pour protéger son fils, Draco Malfoy est prêt à tout. À être odieux ? À se salir les mains ? À tremper dans l'illégalité ? Peut-être.

Ou peut-être Alicia regarde-t-elle trop Netflix.

Le reportage se termine. Un autre commence, mais Scorpius ne dit pas un mot.

— Tu as envie de faire quelque chose Scorpius ?

Le gamin hausse les épaules.

— Que fais-tu habituellement ? demande Alicia, tentant une nouvelle approche.

— Narcissa me fait écouter de la musique classique.

— Qui est Narcissa ?

— La maman de papa, dit Scorpius.

— Tu aimes la musique classique ?

Scorpius hausse les épaules. Oui, il aime ça. Mais il préfère la musique qu'écoute son papa.

— Je n'en écoute pas beaucoup, avoue Alicia. Tu m'en ferais découvrir ?

Scorpius hausse de nouveau les épaules.

— Quel est ton morceau préféré ?

— Je ne sais pas, je ne connais pas les titres. C'est Narcissa qui joue, et des fois je joue avec elle.

Scorpius saute du canapé, et sa petite tête blonde se dirige vers le piano, installé dans un coin de la pièce. Il n'est guère mis en valeur, et c'est surprenant, parce que l'appartement est sublime et que le piano est si beau qu'il mériterait d'être au milieu du reste de ce monde miniature que se sont construit les Malfoy. Scorpius s'installe sur le banc molletonné, et appuie sur une première touche, puis une seconde. Bientôt, Alicia reconnait un air qu'elle a souvent entendu à la télévision, dans des pubs, mais dont elle ne connait ni l'origine, ni le compositeur… La musique est maladroite, le tempo n'est pas respecté, les mains de Scorpius sont bien trop petites pour un piano de cette taille.

Il joue quelques notes d'un morceau, quelques notes d'un autre, c'est presque un medley auquel assiste Alicia. Elle applaudit le gamin, et la petite tête blonde se tourne vers elle, presque surpris. C'est la première fois qu'elle le voit sourire, même si c'est fugace.

Plus tard, Alicia lui prépare un croque-monsieur, avec quelques tomates qu'elle saupoudre d'un peu de sel et d'un filet d'huile d'olive. Ca ne ressemble pas à ce que mange le gamin, suppose-t-elle, mais elle n'ose pas toucher à la mozzarella hors de prix du frigo, ni à la charcuterie coupée si finement que même le papier est plus épais, et moins encore aux légumes dont la fraîcheur ne fait aucun doute. Chaque fruit, chaque légume, chaque condiment semble d'une qualité exceptionnelle, même le pain de mie qu'utilise la jeune femme. Elle en fait deux de plus, pour Draco, qu'elle ne fait pas cuir et laisse sous une cloche.

C'est l'heure de la douche, Scorpius la demande. Alicia s'assied sur un tabouret placé dans la salle de bain, même si elle ne comprend pas très bien ce qu'il fait là. Elle ne comprend pas non plus les plantes vertes, mais elle se dit que c'est un autre monde. Scorpius se savonne, se lave les dents, c'est l'heure du coucher. Il ne demande pas d'histoire, il s'enroule dans sa couette, et lorsqu'Alicia éteint la lumière, il ne répond pas au « bonne nuit » qu'elle murmure.

Draco la trouve endormie sur le canapé, lorsqu'il rentre du travail.

La cuisine est rangée, et sur le plan de travail, sous une élégante cloche en verre, Alicia a laissé deux croque-monsieur. Dans le frigo, une charmante salade de tomates l'attend. Il soupire. Ca n'est pas de la grande cuisine, mais c'est précisément la simplicité dont il a besoin après la journée qu'il vient de passer. Il allume le four et y met les croques, avant de commander un taxi. Le véhicule est encore en train de se garer en bas de la rue lorsqu'il réveille doucement Alicia.

La jeune femme, un peu hagarde, récupère sa veste et son sac, et quitte l'immeuble avant de s'engouffrer dans le taxi.

Draco éteint la télé, croque une bouchée de son premier croque-monsieur, pique une tranche de tomate, avale une gorgée de vin, puis file embrasser Scorpius. Son fils est enroulé dans sa couette, comme chaque soir. Il n'a pas bougé depuis qu'Alicia lui a souhaité une bonne nuit, si ce n'est l'air apaisé sur son visage, l'innocence que lui confèrent ses paupières closes. Draco ne peut pas s'empêcher de caresser son front, de repousser les cheveux blonds qui le balaient, en se remémorant toutes les fois où il s'est dit que ses proches jeunes parents étaient ridicules.

Il est pire que cela Draco est accro.

Une douche, le second croque-monsieur, la fin de son verre de vin, et la vaisselle traîne encore sur le plan de travail lorsque sa tête touche enfin l'oreiller. Son lit est vide, comme il est vide depuis qu'Astoria est décédée. En acquérant cet appartement, Draco a d'abord pensé qu'il pourrait vivre sa vie comme il le voulait, recevoir les hommes qu'il voulait recevoir, traîner à poils dans le salon s'il en avait envie (et peu lui importait que ça soit bien peu probable le concernant, c'était l'idée de pouvoir qui l'excitait).

Mais le deuil a ceci de pénible qu'il chamboule tous les plans. On dit « la vie continue » puis on s'aperçoit qu'elle s'est arrêtée avec le dernier souffle de la mère de son fils, qu'elle s'est fanée comme l'optimisme du petit garçon, qu'elle s'est étouffée dans les dernières attentions de leurs amis qui eux ont tourné la page bien plus vite. Même Pansy a repris sa vie, comme si Astoria n'avait jamais été une amie proche.

Draco s'interroge : l'a-t-elle seulement déjà été ?

Parfois, Blaise le contact, lui propose qu'ils se voient, qu'ils aillent voir un match de foot, un combat de boxe, un peu d'escrime. Draco trouve toujours une excuse, parce qu'il faut garder Scorpius, que ses parents sont occupés, parce que Scorpius est malade, parce que Scorpius est triste. C'est le père qui se cache derrière le fils, l'éléphant qui espère que la souris pourra le protéger alors que lui-même a même oublié a quoi ressemble sa propre ombre.

Draco n'a jamais été un homme comme les autres. Il n'est pas ordinaire, lui dit-on parfois au sortir d'un rendez-vous, alors il sait que son client paiera bientôt un montant conséquent. Au décès d'Astoria, Draco ne s'est pas plongé dans une tristesse sans fin, il n'a pas pleuré des jours durant, ne s'est pas bourré la gueule comme si demain n'existait pas. Il a juste serré Scorpius contre lui, si fort qu'il a cru un instant qu'il pouvait absorber sa peine. Mais ça n'a pas fonctionné, et après ça, il n'a jamais réussi à pleurer.

Le jour se lève sur les pensées éparses du blond, comme si le sommeil n'avait jamais daigné lui faire le cadeau de quelques heures de sommeil. Il se lève tant bien que mal, et la course matinale du quotidien change. C'est un triathlon : la toilette, les vêtements, le petit déjeuner. Laver les dents est un calvaire le matin quand Scorpius a son petit corps encore chaud de la couette autour de lui, quand ses rêves lui chatouillent encore les orteils. Draco réalise tout le temps trop tard qu'il devrait attendre qu'il ait déjeuner pour lui faire brosser ses dents, mais il part quand même à l'école avec son haleine de dentifrice à la fraise.

L'habillement n'est guère plus glorieux. Les vêtements choisis la veille avec Alicia n'ont pas plus de succès que ceux que Draco met habituellement de côté pour son fils. Scorpius n'est pas du genre à vouloir porter du rouge quand on a décidé de lui faire porter du vert, ni à demander à mettre un short alors que le froid s'installe lentement mais surement sur Londres. Non, il ne fait juste aucun effort. Sa réponse à chaque proposition est la même : non. Non sur tous les tons, non dans un murmure, non dans un soupir, non dans l'exaspération la plus totale de celui qui n'en peut plus qu'on ne lise pas entre ses lignes.

Mais Draco n'a bu qu'un thé, il n'est pas l'heure de déchiffrer la pierre de Rosette.

— Scorpius, fait un effort.

Scorpius se tait. Il a posé son petit menton sur son torse, croisé les bras sur son maillot de corps blanc, et ses jambes nues contrastent avec le bleu de son slip et de ses chaussettes. Bleu nuit et bleu ciel d'un bout à l'autre d'un enfant dont on pourrait croire qu'il en a déjà trop vu, trop vécu.

C'est que le début.

— Bon, fait Draco en se redressant, je vais préparer ton petit déjeuner. Si j'étais toi, je m'arrangerais pour être dans la cuisine quand les tartines sortiront du grille-pain.

Le regard que lui jette Scorpius est brûlant d'une colère qu'il ne cache pas, mais Draco s'en moque.

Dans la cuisine, la vaisselle de la veille traine encore, et si Draco est un peu gêné, car ce n'est pas très joli au milieu de sa cuisine de marbre noir, à peine veiné de blanc et de doré, il s'en fiche aussi beaucoup. Il paie grassement une femme de ménage pour cela.

Comme prévu, Scorpius fait son apparition au moment où les toasts sortent du grille-pain. C'est calculé, le gamin a attendu le dernier instant. Il porte les vêtements que Draco lui a demandé de mettre dès le début, mais il a changé ses chaussettes : elles sont maintenant grises. Draco lève les yeux au ciel, lui sert son jus de fruit et son chocolat, ses tartines beurrées, un pot de confiture qui vient droit de la propriété des Greengrass.

— Bon appétit, fiston, fait Draco en déposant un baiser sur la tête blonde.

Scorpius ne réagit pas, mais il a la bouche pleine.

— Quand je vais au travail le matin, mon humeur dépend de comment nous nous sommes entendus avant que tu ailles à l'école, dit Draco en s'asseyant en face de Scorpius, sa tasse de café à la main. Si tout s'est bien passé, que tu as accepté de t'habiller comme il faut, ma journée est superbe. Si ça a été difficile comme ce matin… Et bien, à ton avis ?

— Ta journée est nulle ? propose Scorpius avec un regard méfiant.

— Oui. Alors dis-moi Scorpius : que dois-je faire pour que tu acceptes de t'habiller et de te laver sans rechigner le matin ?

Il n'a peut-être pas compris ce que « rechigner » veut dire, mais Draco s'en fiche : il comprendra bien le contexte.

Scorpius hausse les épaules, geste auquel Draco répond avec un sourcil levé qui dit « ne joue pas à cela avec moi ».

— Je veux choisir mes vêtements.

Draco hoche la tête. Il n'y a rien d'incohérent à cela, il les porte toute la journée.

— Je suis d'accord. Une condition : tu me laisses valider le soir avant d'aller dormir, et si ça ne correspond pas à la météo ou que c'est très laid, tu m'écoutes. Ça te va ?

Scorpius daigne enfin lever la tête vers son père, et pour la première fois depuis qu'il est réveillé, il sourit. Alors Draco devient ce père abrutit de tendresse pour son fils dont il se moquait avant d'être père, quand lui et Blaise se promettaient qu'ils seraient célibataires leur vie entière. Son cœur lui parait si gonflé d'amour et de fierté qu'il ne sait pas très bien s'il veut rire ou pleurer, s'il veut se rouler en boule dans un coin ou laisser éclater ses sentiments à la vue du monde entier. Il se contentera d'un sourire rendu à son fils, et de la satisfaction, lorsqu'il le dépose à l'école, que lui cause la certitude que le lendemain matin sera plus facile.

Plus tard, lorsqu'il dépose son fils à l'école, qu'il l'accompagne au portail, il ne voit ni le sourire de Harry, ni le regard d'Albus Dumbledore derrière la fenêtre de son bureau, tout en haut de la tour élégante qui surplombe l'école.