Titre : A Total eclipse of the heart

Auteur : Katoru

Rating : M

Disclaimers : Glee ne m'appartient pas, je ne fais qu'en emprunter les personnages pour jouer un peu avec. Promis, je les rendrai en bon état.

Note : Une reviews que j'ai reçue après la publication du chapitre précédent me pousse à faire une petite mise au point : je ne gagne pas ma vie en écrivant des fanfictions. Je suis désolée de ne pas poster plus souvent mais j'ai un travail, une vie sociale et des loisirs en dehors de mon ordinateur. J'ajouterais aussi que le rythme de cette fic est volontairement lent car je ne veux pas m'intéresser qu'à la vie amoureuse et sexuelle de Kurt. J'essaie de créer un contexte et de mettre en place une ambiance mature et réaliste, si vous cherchez une comédie romantique matinée de lemon ce n'est pas la bonne adresse. Voilà, c'est dit.

Bonne lecture.


A total eclipse of the heart

Les conversations allaient bon train dans la salle de réunion où toute l'équipe attendait de savoir pourquoi on l'avait réunie. L'affiche placardée la semaine précédente dans la salle de pause ne donnait aucune indication sur l'objectif de ce rassemblement, simplement une date et une heure.

Chacun avait sa petite hypothèse, et pas une qui ne soit optimiste.

« De toute façon, on savait que le magazine allait mal, » marmonna une chroniqueuse à l'intention de sa voisine.

Cet échange n'échappa nullement à Kurt, assis près d'elles. Il avait beau penser la même chose que tout le monde, il n'apprécia pas du tout le sous-entendu. C'était un peu comme si le simple fait d'en parler rendait plus réelle encore la possibilité que le magazine soit en faillite.

Le jeune homme n'avait pas encore remis sa lettre de démission à Noah mais il lui en avait déjà parlé. Il en avait également parlé à Joanna, la nouvelle barmaid, et il se voyait mal retourner au Club pour annoncer que, finalement, il ne partait pas parce que sa boîte mettait la clé sous la porte. Ce travail n'était pas celui dont il rêvait mais il aimait beaucoup son salaire et n'était pas prêt à y renoncer, à moins bien sûr d'avoir une solution de rechange. Il était toujours pragmatique quand il s'agissait de payer le loyer et les factures.

Aussi mal à l'aise que ses collègues, il gigotait sur sa chaise comme une personne que le sommeil fuit se retourne dans son lit.

Beaucoup se rongeaient les ongles, quelques-uns manipulaient machinalement leur briquet en fusillant du regard le panneau d'interdiction de fumer suspendu au-dessus de la porte. Porte dont ils regrettaient tous en cet instant qu'elle ne soit pas vitrée. La tension ambiante était d'autant moins supportable que l'impression générale était que leur patron faisait volontairement monter la pression. Ils pouvaient tous entendre des voix dans la pièce d'à côté, comme une provocation. Si les murs épais ne permettaient pas de comprendre ce qui se racontait, le ton était clairement à la dispute et ne contribuait pas à rassurer les personnes présentes, toutes désireuses de connaître leur sort.

La seule personne qui semblait ne pas être affectée par ce qui se passait était une journaliste free-lance qui travaillait quelquefois pour le magazine et dont la présence n'était que le fruit du hasard. Elle était simplement venue rendre son dernier papier et s'était retrouvée conviée à la fête sans avoir rien demandé. Debout dans un coin, appuyée contre un mur, elle lisait sur une tablette numérique. Kurt ne l'avait jamais beaucoup appréciée, elle était agaçante comme la pluie, et en cet instant de nervosité intense il la détestait carrément.

Son portable vibra dans sa poche. Une distraction bienvenue.

From : Wes

To : Kurt

Je t'expliquerai plus tard.

Hein ? pensa le jeune homme.

Il avait déjà appuyé sur le bouton « répondre » quand une demi-douzaine de personnes fit son entrée dans la salle. Une femme marchait en tête, suivie par une poignée d'hommes en costume trois pièces qui ne se distinguaient les uns des autres que par la couleur de leur cravate. Seul le claquement régulier d'une paire de talons hauts sur le parquet troublait le silence qui s'était abattu subitement.

Il fallut quelques instants à Kurt pour s'apercevoir que Wesley faisait partie du nombre. Il marchait juste derrière la femme qui s'avançait vers eux d'un pas assuré. Attaché-case dans une main et air sérieux, le même qu'il arborait quand il présidait les Warblers, il était la parfaite illustration de sa profession. Le graphiste le salua d'un bref hochement de tête avant de reporter son attention sur la scène dans son ensemble, qui se jouait devant lui.

Le texto prenait tout son sens et les explications seraient effectivement pour plus tard.

L'inconnue repoussa une chaise qui la gênait et se planta au bout de la table autour de laquelle tous étaient installés, à la place habituelle du Président, très droite et bien campée sur ses escarpins vertigineux. La coupe impeccable de son tailleur flattait sa taille fine, encore davantage marquée par une large ceinture en cuir marron. Son maquillage sophistiqué mettait en valeur ses traits fins, son front haut, son nez délicat et ses pommettes bien dessinées. Ses yeux d'une incroyable nuance cobalt étaient fixés sur l'équipe du magazine, comme un artiste observe son public avant de se lancer.

L'ambiance se modifia subtilement à mesure que les personnes présentes la reconnaissaient. Une actrice dont l'heure de gloire remontait aux années 90. Elle jouait alors un personnage récurrent et très populaire dans un soap à succès. Son généreux décolleté compensait ses maigres talents. Peu cultivée, pas bien maline et même un peu nunuche, elle faisait le bonheur des journalistes avec ses idées simplistes et ses phrases toutes faites devenues aussi cultes que celles de Jean-Claude Van Damme. Elle avait hanté les plateaux télé pendant deux ans, en s'exhibant de plus en plus à mesure que son personnage était écarté de la série et sans jamais se rendre compte que personne ne la prenait au sérieux.

On n'avait plus entendu parler d'elle depuis la fin de la série qui l'avait fait connaître.

Personne ne savait ce qu'elle était devenue et personne ne s'en souciait vraiment, en dehors de quelques fans acharnés qui avaient sans doute fini par lâcher l'affaire pour se concentrer sur une autre starlette.

Vingt ans s'étaient écoulés et ses exploits servaient toujours à alimenter des bêtisiers de fin d'année sur les chaînes publiques.

Vingt années qui l'avaient terriblement changée. La jeune femme évaporée et un brin vulgaire était devenue une femme mûre et distinguée, qui se tenait devant eux avec l'air de les défier de faire une quelconque remarque sur son passé. Une seule apparition à la télévision aurait suffit à effacer l'ardoise peu glorieuse qui lui collait à la peau. Les images qui repassaient en boucle tous les ans auraient définitivement disparu du petit écran.

« Je suis Ellen Mitchell, déclara-t-elle avec calme, et je suis la nouvelle propriétaire de ce magazine. »

Si certains crurent à une blague, ils eurent le bon sens de ne pas rire.

Un revolver contre sa tempe n'aurait pas suffit à convaincre le Président de vendre la société qu'il bichonnait depuis plus de vingt-cinq ans. Il la traitait avec le même soin qu'un bibelot précieux transmis d'une génération à l'autre. Un bibelot pour qui le temps s'était arrêté en 1985 et qui sentait le formol à plein nez avant que Kurt ne le dépoussière un peu, mais dont le Président ne se serait séparé pour rien au monde.

Face à l'incompréhension générale, exprimée par les mines choquées des employés, elle fit signe à Wesley de prendre la parole. Il connaissait son dossier sur le bout des doigts et ne risquait pas, contrairement à elle, de laisser échapper des détails qu'il valait mieux garder sous silence. Tout ne s'était pas exactement résolu à l'amiable.

Le jeune homme s'avança et expliqua succinctement ce qui s'était passé à la vingtaine de salariés réunis.

Ellen Mitchell était l'ex-épouse du Président.

Sur ce point, on ne pouvait que le croire sur parole : personne ne l'avait jamais vue avant. Certains ignoraient même que leur employeur était marié. C'était un homme très discret, un peu ennuyeux même, dont la passion ne s'exprimait que lorsqu'il parlait de son travail. Les seules photos accrochées dans son bureau avaient été prises au temps de l'âge d'or de l'entreprise familiale, et celle qui trônait sur une commode à côté de la porte montrait son père en train de serrer la main du maire de New York de l'époque. Tout le monde pensait que son travail était tout ce qu'il avait dans la vie.

Kurt et ses collègues découvraient que non seulement il avait la bague au doigt mais qu'en plus il avait offert une jolie paire de cornes à son épouse. Et comme si ça ne lui avait pas suffit de sauter la femme de ménage, il avait détourné des fonds de leur compte commun pour renflouer les caisses de sa société. Wesley ellipsa soigneusement le passage où sa cliente découvrait qu'elle était cocue et dépouillée pour résumer brièvement la bataille rangée du divorce. Divorce finalement prononcé en faveur de la désormais ex Madame Jonassonn qui avait raflé au passage une bonne partie du patrimoine conjugal, et une bonne partie du patrimoine de son mari.

Les papiers à peine signés et l'encre à peine sèche, Ellen avait repris son nom de jeune fille et tiré un trait sur ce mariage raté. Son deuxième. Le premier avait fait d'elle une femme cultivée, bien loin de celle qu'elle était au temps de sa maigre gloire, et une veuve très riche.

« Ce magazine m'appartient désormais », poursuivit-elle dès que Wesley eut fini son petit exposé.

Elle tira une chaise et s'installa au bout de la table. Elle était déjà chez elle.

« J'ai passé plusieurs jours à fouiller dans les archives, à lire les anciens numéros du magazine, à éplucher les livres de comptes et ma conclusion est simple : il faut tout changer ! »

Kurt aurait applaudi si l'ambiance le lui avait permis. Depuis le temps qu'il attendait d'entendre cette phrase, cette phrase toute simple mais dont le seul fait de la prononcer aurait arraché le cœur de Monsieur Jonassonn.

Une intuition lui soufflait cependant que les changements ne concernaient pas que le seul magazine.

« Excusez-moi, intervint timidement la comptable, mais qu'est-ce que vous entendez par là ?

- Très exactement ce que j'ai dit, répondit Ellen. Il ne faut pas seulement revoir la maquette tout entière, il faut revoir la formule même du magazine. Le concept. Ainsi que l'équipe de rédaction. »

Une annonce qui déchaîna les feux de l'enfer dans la salle de réunion. Les hurlements indignés fusèrent, mêlés à des cris et même à des insultes. Entre ceux qui faisaient valoir leur ancienneté, ceux qui parlaient de leurs enfants à grands renforts de photos sorties de leur portefeuille et ceux, plus prosaïques, qui n'avaient pas la moindre envie d'aller pointer au chômage, le bruit était assourdissant.

Derrière Ellen, le groupe d'hommes en costards ne broncha pas le moins du monde. Elle-même attendit calmement que les choses se tassent.

Resté assis sur sa chaise, comptant au nombre des rares que la nouvelle avait plus assommés que déchaînés, Kurt commençait déjà à réfléchir au discours qu'il pourrait tenir à Noah pour que celui-ci oublie leur dernière conversation et le protège de la fureur de Joanna. Au pire il avait un peu d'argent de côté, assez pour tenir quelques temps mais il lui faudrait trouver autre chose très vite s'il ne voulait pas se retrouver à la rue.

Et il était hors de question qu'il perde son appartement. Plutôt renoncer définitivement au sexe que de perdre sa mezzanine et son haut plafond avec sa merveilleuse acoustique.

Un sacrifice colossal mais qu'il était prêt à faire pour protéger son bout de rêve américain.

Il fallut un bon moment pour que le bruit cesse et que les hurlements deviennent des regards hostiles tous dirigés vers le bout de la table. Ellen poursuivit alors :

« J'aime savoir avec qui je travaille et je tiens à recruter mon équipe moi-même, donc effectivement vous allez tous être licenciés. » Et avant que la crise ne reparte, elle ajouta : « Cependant, vous serez tous convoqués pour passer un entretien. Je reprendrai ceux avec qui je pense pouvoir travailler. »

Elle se leva et quitta la pièce après leur avoir annoncé qu'ils pouvaient rentrer chez eux, qu'ils recevraient d'ici quelques jours leur lettre de licenciement et leur convocation à l'entretien d'embauche.

Kurt profita de la confusion qui s'ensuivit pour se jeter sur Wesley et le traîner par la cravate jusqu'au café le plus proche, sous les regards amusés des collègues de son ami.

oOoOo

Le Starbuck au coin de la rue était surchauffé et bondé mais les deux hommes étaient parvenus à se trouver des places assises. Kurt regretta amèrement le petit café où il avait rejoint Rachel la semaine passée. Il faudrait qu'il pense à y inviter David un jour.

Certes il n'était pas vraiment là pour savourer un café en grignotant le muffin aux myrtilles que Wesley avait insisté pour lui offrir mais ça n'aurait pas été désagréable de joindre l'utile à l'agréable.

Son téléphone portable à la main, il montra à son ami le texto qu'il lui avait envoyé un peu auparavant.

« On est plus tard, dit-il en avalant une gorgée de café. Je veux mes explications. »

L'avocat ne se fit pas prier. Sans rentrer dans les détails confidentiels il lui raconta comment Ellen Mitchell, son plus gros client, il défendait ses intérêts depuis qu'il avait quitté la fac et avait été embauché dans l'un des plus gros cabinets d'avocats de Boston, s'était un jour pointée à son bureau dans une rage telle qu'elle avait presque défoncé sa porte. Elle avait découvert le pot-aux-roses et réclamait vengeance.

Wesley n'avait même pas essayé de discuter – ce n'était pas son boulot et elle lui avait flanqué la trouille. Il avait lancé la procédure.

« Attend, intervint Kurt, quand on s'est croisé dans la salle de repos tu m'as dit que tu venais voir un client.

- J'aurais mieux fait de dire que je venais représenter un client », concéda Wesley.

Le regard du graphiste était une telle invite à poursuivre qu'il ne se fit pas prier davantage.

« Ton ancien patron s'est débrouillé pour retarder la procédure autant qu'il a pu donc sa désormais ex-femme a décidé de prendre les choses en main. Le plan initial était de nous pointer dans son bureau, par surprise bien sûr, et de le traîner chez son avocat pour tenter une dernière fois de trouver un accord à l'amiable.

- Et comment tu t'es retrouvé à manger un beignet dans la salle de repos ? Sans ta cliente en plus.

- J'ai dit : « le projet initial », s'exclama l'avocat en mimant des guillemets avec ses doigts.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Elle a raté son avion.

- Vous n'êtes pas venus ensemble ?

- J'avais rendez-vous la veille avec un de mes clients new-yorkais, je n'allais pas rentrer pour revenir le lendemain.

- Et ensuite ?

- On devait se retrouver dans un café pour peaufiner nos arguments et aller le retrouver ensuite, mais bien sûr...

- Elle n'est jamais venue. »

- Et j'attendais depuis plus de deux heures quand elle m'a téléphoné en s'excusant toutes les deux phrases. »

Kurt sourit en imaginant la tête qu'avait dû faire le jeune homme.

« J'ai attendu encore un peu et j'ai fini par décider d'y aller quand même. Je me suis présenté à l'accueil et quand la réceptionniste m'a fait savoir qu'il n'était pas disponible, je lui ai fait mon plus beau sourire et je lui ai dit que j'allais l'attendre. C'est la secrétaire qui m'a fait asseoir dans la salle de repos. »

Kurt repensa à ce jour. Il était allé faire des courses dans sa mercerie favorite pendant sa pause de midi et avait failli arriver en retard. Il avait croisé son employeur dans l'ascenseur. Un employeur qui tripotait nerveusement son alliance et, maintenant qu'il y repensait, avait l'air mal à l'aise.

Wesley était déjà dans la salle de pause à ce moment-là. Et Monsieur Jonassonn le savait.

Et pendant que dans les bureaux tout le monde s'affairait à essayer de boucler à temps le dernier numéro, lui essayait de garder le contrôle de sa société.

« Il a essayé de m'éviter, continua Wesley, mais quand j'en ai eu marre j'ai envoyé paître sa secrétaire et je suis entré dans son bureau sans invitation. Et je l'ai traîné chez son avocat. Et nous ne sommes jamais parvenus à un accord donc c'est le juge qui a tranché. »

La conversation se poursuivit dans le brouhaha distant du café.

Kurt sursauta quand le dialogue dériva sur Blaine. Le chanteur avait hanté sa vie pendant quatre ans mais il n'avait plus jamais eu de nouvelles de façon directe – c'était toujours par le biais de magazines ou de show télévisés mais il ne les avait jamais pris pour argent comptant. Il connaissait assez Blaine pour savoir qu'il ne dévoilait de lui que ce qu'il voulait bien et que ce dont il était sûr que ça ne lui reviendrait pas en pleine figure.

Kurt n'était pas très sûr de vouloir des nouvelles de son ex mais l'air préoccupé de Wesley le poussa à serrer les dents et à écouter.

« Son père est mort hier, lui annonça l'avocat. Je l'ai eu au téléphone. Je ne sais pas comment il le prend, sa voix était très neutre au téléphone.

- Tu sais aussi bien que moi qu'ils n'étaient pas en bon terme, dit Kurt presque malgré lui, mais je connais Blaine et s'il doit s'effondrer, alors il s'effondrera. Donc tu blindes ton congélateur de glace au chocolat, ton frigo de sirop au chocolat et tu achètes des mouchoirs. Si tu n'as pas sa série préférée du moment dans ta collection de DivX ou de DVD, tu te débrouilles pour te la procurer et tu te prépares psychologiquement à passer des heures et des heures avec lui.

- T'es sûr ?

- Je pense pas qu'il ait pu tellement changer en quelques années. Tu pourras toujours t'adapter au besoin mais mieux vaut prévenir que guérir. »

Peu désireux de continuer de parler de son ex-petit-ami, Kurt détourna la conversation.

L'après-midi était bien entamée quand ils se séparèrent.

From : Kurt

To : David

Tu fais quoi ce soir ?

A suivre…

Dans le prochain chapitre, Kurt va profiter de ses vacances forcées pour passer du temps sur ses création et sur le fameux site Internet délaissé. Il va également se raprocher de David et se retrouver face à quelqu'un qu'il aurait aimé ne jamais revoir.

Merci pour vos reviews et merci de lire cette fanfiction. Merci aussi à toutes les personnes qui l'ont ajoutée dans leurs favoris.