Et c'est parti pour le chapitre 11. Je prends mon temps pour décrire les sentiments de Steve, et parler un peu de Bucky et sa fameuse conquête XD, j'espère que ça vous plaira.

Unanonyme, merci pour ta review, contente que tu apprécies :)

Alice, désolée pour ton petit cœur, apparemment je torture les lecteurs autant que les personnages XD En espérant que tu survivras à celui-ci. Merci !

Clairaice, Mademoiselle Else, Julia13verseau, Usah, SoleilBreton, holybleu, , barjy02, Homecomingmary, vous êtes des amours pour vos adorables commentaires. Je ne révèle rien quant à la suite, mais j'espère que vous aimerez ;)

Chapitre 11.

Quand il entra dans les locaux de La main tendue, Tony salua à peine Darcy, toujours aussi souriante derrière son comptoir. Revenir ici après tout ce qui s'était passé était perturbant, pourtant quand Pepper lui avait proposé de le faire à sa place, il avait refusé. Il voulait venir lui-même, sa dernière action avant de filer. Il s'était simplement assuré en prenant ce rendez-vous avec Bruce que Steve ne serait pas là. La question avait surpris Bruce, mais il n'avait demandé aucune explication, il était assez malin pour en tirer seul les conclusions qui s'imposaient.

Après les salutations d'usage, il s'assit en face du responsable de l'association dans son bureau à peine plus grand que celui de Steve, mais c'était à lui justement de faire en sorte que d'améliorer ce genre de détails et il était là pour ça. Bruce avait un regard bienveillant et Tony comprit ce que Steve pouvait apprécier chez cet homme.

- Autant crever l'abcès tout de suite puisque je ne vais pas nier ne pas avoir compris. Je suis désolé que ça ne se soit pas bien passé avec Steve. C'est quelqu'un de bien et j'espérais vraiment pouvoir le savoir heureux.

Tony eut un sourire poli en retour, mais préféra ne pas commenter. Une semaine, une putain de semaine que Steve était sorti de sa vie et penser à lui restait terriblement compliqué, même il gérait plus ou moins. Du moins il essayait, parce qu'il pensait effectivement à lui quasiment en permanence. Alors s'il pouvait au moins éviter de parler de lui, de prononcer son nom, ça l'arrangeait bien. La veille, quand Pepper l'avait obligé à le faire, il en avait eu les larmes aux yeux et franchement, il n'en était pas fier. Il avait pleuré une seule fois à cause de Steve avant de se faire la promesse que ça n'arriverait plus, alors il faisait tout pour s'éloigner de la moindre tentation de se laisser aller.

Dans cette suite d'hôtel, dont il avait appris à haïr le souvenir même, après le départ de Steve, il était retourné dans la chambre. Il n'était pas au mieux de sa forme tandis qu'il ressassait ses paroles ignobles. Pitoyablement, il avait rassemblé ses quelques affaires tout en rêvant à un verre, et qu'importe que la journée commence à peine. Mais avant de sortir, il avait fait une dernière fois le tour de la pièce du regard et s'était arrêté sur la baie-vitrée contre laquelle ils avaient fait l'amour le premier soir et la trace de sperme séché qui la souillait toujours. C'était une vision tellement absurde après ce qui s'était passé qu'il avait été secoué d'un rire nerveux. Puis, sans trop savoir pourquoi, il s'était assis à même le sol, les yeux toujours posés sur ce même détail, et après quelques minutes, il avait commencé à pleurer. Juste comme ça, sans un signe avant-coureur, sans un bruit, comme pour évacuer toute la tension accumulée.

Ça ne l'avait pas vraiment soulagé quand ça s'était finalement arrêté, aussi brusquement que c'était venu. Mais il avait au moins trouvé la force d'effacer les marques de ces ébats, frottant la vitre plus que nécessaire comme si cela avait pu effacer sa peine en même temps. Les traces étaient parties, pas la peine. Dans ces conditions, à quoi bon pleurer à nouveau ? Il avait fait le con, il avait eu ce qu'il méritait. Et devant témoin, c'était d'autant plus exclu de se laisser aller à s'apitoyer. Il était bon pour faire croire que rien ne l'atteignait, alors autant continuer à en jouer, même si à cet instant, son interlocuteur ne semblait pas vraiment dupe.

Toujours sans un mot, Tony se saisit de son attaché-case – que c'était pompeux et mortellement sérieux un tel accessoire, mais étonnamment ça rassurait toujours ses interlocuteurs quand il s'agissait de parler affaires – et en sortit le contrat préparé par ses avocats. Après tout, c'était pour cela qu'il était venu, autant aller droit au but et filer vite fait.

- Je suis là pour ceci, dit-il en tendant les papiers à Bruce, un contrat qui fait de moi… votre mécène en quelque sorte. En plus de l'achat et de l'aménagement du bâtiment voisin auquel votre association, grâce à l'agent du gala, et moi-même seront propriétaires à parts égales, je vous alloue une rente mensuelle d'un montant qui, vous le verrez, devrait suffire pour les dépenses courantes.

- Ecoutez Tony, c'est vraiment très généreux de votre part et j'aimerais pouvoir accepter, mais si vous faites ça pour récupérer Steve, parce que vous vous sentez coupable de quoi que ce soit, ce serait totalement déplacé.

- Steve n'a rien à voir là-dedans. En fait, je préférerais même qu'il ne sache rien de la rente en question. Vous n'aurez qu'à lui dire qu'il s'agit d'un donateur anonyme. Je ne voudrais pas qu'il pense comme vous je ne le fais pas pour vous, je veux juste faire ce qui est juste. J'avais prévu ceci avant que lui et moi… bref. Quelques jours avant le gala, Erik m'a présenté quelques jeunes dont vous vous occupez. J'ai aimé ce que j'ai vu, la reconnaissance chez eux après la souffrance… J'aurais aimé avec un endroit comme le vôtre quand il m'est arrivé de me poser certaines questions sur ce que je désirais… Personne ne devrait être seul dans un tel moment… Et je veux vous aider à continuer à être là pour eux.

- Et Steve ne doit rien savoir, répéta Bruce.

- Vous ne pensez pas que c'est le mieux ? On sait tous les deux qu'il ne voudra rien qu'il saura venir de moi. Et il n'a peut-être pas tort vu ma propension à abîmer tout ce que je touche.

- Vous avez de sérieux problèmes mon ami, remarqua Bruce d'un ton bienveillant.

- Ne m'en parlez pas, souffla poliment Tony.

- Et c'est donc sérieux cette offre ? demanda Bruce en reportant son attention sur le contrat, qu'il commença à feuilleter.

- Très sérieux. Vous savez, quand on a autant d'argent que moi, le fisc vous raquette. Faire ce genre de dons offre la possibilité de ne pas être totalement pris pour une vache à lait. Et entre nous, vous ferez meilleur usage de cet argent que Trump.

Bruce releva la tête et sourit d'un air entendu.

- Vous savez, il n'y a aucune honte à se montrer généreux. En tout cas, devant moi vous n'avez aucune raison d'invoquer ce genre d'excuses.

- Je le fais surtout pour moi. Une façon de contrôler les choses.

- Alors je ne peux pas lutter. Bon, ce contrat…

Tony apprécia qu'il n'insiste pas. C'était déjà assez perturbant qu'il se confie de la sorte. Mais Steve ne lui avait-il pas dit Bruce était le meilleur pour inspirer compassion et confiance ? Néanmoins, c'était plus simple de parler boutique, aussi s'attacha-t-il soigneusement à ceci.

- Vous pouvez le faire lire à un juriste avant de le signer. Il est très basique. Il n'y a aucune compensation de quelque nature que ce soit en retour. Nous aurons juste le droit de consulter parfois vos comptes pour nous assurer que c'est bien l'association seule qui bénéficie de cet argent. C'est une clause standard.

- Sans problème. Nous n'avons rien à cacher. Nous avons avocat qui travaille à l'occasion pour nous à titre gracieux, je vais le lui faire parvenir et je vous recontacterai très vite.

- Oui, alors à ce propos, il faudra plutôt voir avec Miss Potts. Je prends quelques vacances en Californie. Je serai certainement injoignable dans les jours à venir.

- J'imagine que ça aussi Steve doit l'ignorer.

- Je pense que de cela il se fichera totalement de toute façon.

- Je n'en suis pas aussi sûr que vous. Mais comme il m'a demandé de ne pas m'en mêler…

Tony eut un petit sourire, même s'il n'avait rien de joyeux. Lui-même avait donné le même conseil à Pepper. Cela signifiait peut-être que c'était aussi difficile pour Steve. Bien que ça n'en ait rien de réjouissant, parce que Steve moins que lui méritait cela.

ooOoo

La salle du Starbucks était à moitié vide, ce qui était plutôt agréable, tant en ce moment Steve ne supportait ni le bruit, ni la foule. En dehors du boulot et de l'association, depuis des jours il n'avait quitté son appartement que pour aller courir, alors il avait besoin de se réhabituer en douceur. Mais Bucky avait insisté et comme il ne relevait Darcy qu'en fin de matinée, il s'était forcé à accepter. Il avait refusé assez souvent et commençait à s'en vouloir. Surtout que rester seul chez lui, à se morfondre, n'était pas la solution. Il avait besoin de reprendre sa vie.

Buvant en silence son cappuccino, il regardait partout autour de lui, avisant le petit couple d'amoureux qui flirtait tranquillement, le type en costume qui ne lâchait pas son portable… tout pour ne pas fixer son ami, qui lui ne le quittait pas du regard. Celui-ci avait le don de lire en lui, or il ne voulait pas partager certaines choses. Alors il cherchait un sujet sur lequel lancer Bucky pour que celui-ci ne pense pas à le cuisiner.

- Oh non ! lança tout à coup Bucky, faisant craindre le pire à Steve. Non, Steve ! Tu n'as pas fait ça !

Aïe, c'était raté ! Rien d'étonnant, mais c'était frustrant malgré tout.

- Quoi ? demanda-t-il tout de même, désireux de faire l'innocent le plus longtemps possible.

- Arrête, ça prend pas. On a grandi ensemble, je te connais par cœur. Tu as cet air fuyant et honteux qui ne signifie qu'une chose. Tu es pas possible ! Je croyais que c'était bien fini la dernière fois.

- Buck…

- Tu as couché avec Strange ! Encore !

- Vas-y, dit le encore un tout petit peu plus fort, que tout le monde t'entende. Je ne me sens pas encore assez mal.

- Mais pourquoi ? Je croyais qu'avec Stark ça se passait bien.

- Tony et moi, c'est fini.

C'était la première fois qu'il le disait à voix haute et franchement ça faisait plus mal que prévu.

- Parce que t'as couché avec Strange ? Mais t'avais quoi dans le crâne ?

- Quoi ? Mais non ! Tu sais bien que j'appelle Stephen seulement quand je vais mal. Il est venu me sauter après…

- Pourquoi tu ne m'as pas appelé moi ?

- Tu plaisantes ? Ça avait l'air d'aller avec ta nouvelle conquête, je ne voulais pas t'embêter. En plus, avec Stephen c'était simple. Toi, tu m'aurais posé un bon millier de questions… Même maintenant, je ne suis pas prêt à en parler.

- Je comprends, mais…

- Buck, je vais bien ! J'ai eu quelques jours difficiles, mais à présent ça va. Je t'assure.

Bon, c'était tout de même un petit mensonge, mais Bucky n'avait pas besoin de le savoir après tout.

- Allez, à ton tour, dit-il rapidement pour changer de sujet. Désolé de ne pas avoir été très présent depuis le gala. Je t'ai vu avec Sam Wilson. Je veux tout savoir. Tu as passé la nuit avec lui ? Vous vous être revus ? C'était comment ? Je veux tout savoir !

- Oh, du calme, dit Bucky en riant.

Mais Steve voyait clairement que sa curiosité à son égard le flattait.

- Eh, se défendit-il tout de même en riant, depuis une semaine, ma vie sexuelle s'est résumée à Stephen. J'ai passé le reste du temps à manger tellement de chips que j'aurai pas assez de toute une vie pour éliminer ces calories. Laisse-moi vivre cette rencontre par procuration.

- Tu es sûr ? J'ai pas envie d'étaler mon bonheur si toi ça va pas…

- Ça va bien ! Et je sais que tu en meurs d'envie.

Le petit sourire et les yeux pétillants de son ami confirmaient qu'il avait raison.

- Bon, d'accord ! dit-il, ne pouvant dissimuler davantage son excitation. En fait, ça paraît complétement hallucinant quand on y pense. L'année dernière, on fantasmait sur lui dans une salle de ciné et maintenant je peux me vanter d'avoir sucé Sam Wilson. Entre autre gâteries.

- Ok ! s'écria Steve en s'installant plus confortablement dans son fauteuil. Je dois avoir absolument tous les détails.

C'était comme cela qu'ils fonctionnaient toujours. Chaque fois que l'un d'eux avait un amant valable, une histoire croustillante, l'autre devait tout connaître ensuite. A cet instant, ça n'aurait pu être davantage bienvenu pour Steve de surcroît. Rien de mieux pour se changer les idées que ce genre de compte-rendu.

- Par contre, ça doit rester entre nous, commença Bucky sur le ton de la confidence. Il n'est pas prêt à ce que ça se sache.

- Je connais ça, répondit douloureusement Steve.

Désormais, pour avoir vu Tony tout gâcher en grande partie à cause de ces foutus secrets, il n'était plus certain de trouver un bon côté aux hommes toujours dans le placard.

- Steve, si c'est pour te voir faire cette tête de chien battu chaque fois qu'un détail te fait penser à Stark, autant qu'on en reste là. Je ne veux pas te faire de mal.

- J'ai justement besoin de ça pour pas penser à lui. Allez, t'arrête pas.

- Bon, si tu es sûr… Après le gala… A ce propos, Bruce et Pepper n'étaient pas ravis que Stark et toi ne soyez plus là au moment de dire au revoir à tout le monde. Mais tu me connais, j'ai réussi à noyer le poisson en en faisant des caisses avec tout le monde pour qu'on ne remarque pas votre absence.

- Merci Buck.

- Je passe au casse-pipe pour que tu t'envoies en l'air, rien que tu n'aurais pas fait pour moi. Et crois-moi, le bon dieu, si seulement je croyais en lui et qu'il en avait quelque chose à foutre d'un petit pédé de Brooklyn comme moi, me l'a rendu au centuple.

- Commence pas à blasphémer et va droit au but.

- Une fois quasi tout le monde parti… Oh, d'ailleurs, Clint n'a pas quitté Bruce d'une semelle, dériva une fois de plus Bucky en riant.

- Buck !

En réalité, Steve était plutôt ravi de cette dernière nouvelle, mais connaissant Bruce, ça allait encore traîner un moment, il aurait tout le temps de l'interroger par la suite. Et là tout de suite, il voulait du croustillant pour combler un peu le propre vide de sa vie.

- Je te charrie, plaida Bucky. Enfin, c'est vrai pour Bruce, mais on en causera plus tard. Donc Sam a réussi à se débarrasser de son garde du corps et il est venu chez moi. Tu imagines ? Le chouchou d'Hollywood, du public et de la presse, dans mon appart ? En plus c'était un peu le bordel, mais il a pas commenté. En même temps, il a pas eu le temps de voir grand-chose à part la chambre.

- C'était sa première fois avec un autre mec finalement ?

- En fait non. Il est sorti avec un de ses collègues quand il débutait sur les planches. Mais quand il a compris que pour réussir il devait rentrer dans le rang, ils se sont séparés. Il a eu quelques filles, mais rien de satisfaisant. Alors il a préféré rester seul et se concentrer sur sa carrière. Il a eu quelques amants à l'occasion, d'autres gars du milieu qui mentaient tout autant que lui. Et si je te révélais certains noms, tu n'y croirais pas, mais j'ai promis de rien dire.

- Toi qui espérais un puceau à qui tout apprendre.

- Arrête, j'ai pas perdu au change.

- Je commence à le comprendre. Donc, dans ta chambre…

- Au début, il a été parfaitement docile. Je l'ai déshabillé, caressé… Il a un de ces corps… Les photos qu'on a pu trouver sur internet lui rendent pas justice. Putain, j'étais dur juste en touchant sa peau. C'était pas mon premier black, mais j'ai bugué sur la différence de couleur entre nous pendant que je posais ma main partout. D'habitude, je m'en fous, un homme c'est un homme, mais là je sais pas, ça m'a excité cette peau d'ébène. Et sa queue… putain, j'ai cru que je pourrais jamais m'arrêter de la sucer. Mais quand il a senti qu'il était à deux doigts de jouir, il m'a arrêté. Et alors là, fini le mec docile. On était tellement excités tous les deux qu'on savait qu'on tiendrait plus longtemps. Il m'a allongé sur le ventre, il a juste pris le temps de baisser mon boxer et il m'a baisé. Tu sais comme j'aime faire ça encore à moitié habillé, ce sentiment d'urgence qui te prend quand t'en crèves tellement tu as envie…

Oh oui, Steve connaissait ça parfaitement et n'avait aucune difficulté à visualiser ce qu'il s'était passé dans cette chambre. L'image était tellement excitante.

- Il a même pas eu à me toucher tellement j'ai joui rapidement. J'en ai presque eu honte, mais il était si fier de lui pour me faire autant d'effets… Et puis, on a eu l'occasion de prendre notre temps un peu plus tard.

- Il a passé toute la nuit avec toi ?

- La nuit ? Tu plaisantes ? On n'est pas sorti de mon appart pendant quatre jours.

- Sérieux ?

- C'est la magie de New York mec. On s'est fait livrer à manger quand on voulait, même des capotes de la pharmacie du quartier… On a regardé des films, on s'est envoyés en l'air à peu près partout. Tu te souviens qu'on se demandait si mon lavabo branlant tiendrait le choc ? Il tient. Je ne voudrais pas te vexer, on s'était promis de jamais comparer nos performances avec d'autres, mais c'est vraiment le meilleur amant que j'ai jamais eu. Il me touche à peine que je bande déjà comme si j'étais en manque depuis des mois.

- Eh ben… Quand je vous avais vu ensemble, je pensais pas que ça collerait à ce point.

- T'imagines même pas. Et il n'y a pas que le sexe. On a beaucoup parlé aussi. Il est gentil, intéressant, super intelligent…

- Je suis content pour toi. Tu vas le revoir ?

- C'est ce qu'on s'est promis. Il est reparti à Los Angeles pour un tournage, mais on s'appelle tous les jours. On l'a fait deux ou trois fois au téléphone, mais surtout on parle et… ben ça me semble aussi naturel qu'avec toi. Et pourtant, tu me connais, je suis plutôt du genre taciturne en général… Il doit revenir très vite. J'ai tellement hâte. Pour la toute première fois, je suis pas du tout frustré d'être seul depuis des jours. Même quand je vois passer un canon, il me laisse de marbre. J'ai seulement envie de Sam et tant pis si je dois patienter encore quelques semaines. Steve, j'te jure, je sais que c'est super récent, mais je suis accro ! Et j'ai vraiment l'impression que ça peut marcher cette fois. Genre, vraiment marcher.

- C'est génial ! J'espérais tellement t'entendre dire ça un jour.

- Moi aussi. Je sais que j'ai enchaîné les conquêtes, mais j'ai jamais craché sur une relation plus sérieuse. Je cherchais le bon et j'espérais vraiment le trouver. Et je crois que ça peut être lui.

- On dirait bien, oui. Tu te sens capable de gérer la distance et la discrétion ?

- Je me sens capable de tout gérer !

- Ok. Alors oui, c'est peut-être bien le bon.

- Et je crois que c'est réciproque. Hier, il m'a dit qu'il avait parlé de moi à son attachée de presse. Elle lui a déconseillé un coming-out pour l'instant, tant qu'il a autant de contrats, mais elle prépare malgré tout le terrain. C'est encore un peu tôt, mais il est pas contre l'idée, si tout se passe bien pendant quelques mois, de faire le grand saut.

Submergé par une émotion qui ne lui était pas familière, Steve quitta son fauteuil pour prendre son ami dans ses bras, l'étreignant avec force.

- Tu le mérites Buck. Tu le mérites tellement, murmura-t-il près de son oreille. Je suis tellement heureux pour toi.

Et pourtant, une part de lui n'aurait pu être plus malheureuse. Comme si Bucky avait senti cette fragilité, il lui rendit son étreinte et ses bras autour de lui firent du bien. La situation n'aurait pu être plus surréaliste. Bucky était sur un petit nuage alors que lui était au trente-sixième dessous. Alors oui, il était ravi pour lui, sincèrement, mais aussi tellement jaloux. Lui aussi aurait voulu que ce soit si simple avec Tony. Lui aussi aurait voulu pouvoir se projeter sereinement sur la suite…

Submergé par ces émotions qui n'auraient pu être plus contradictoires, il éclata en sanglots et se sentit incroyablement pitoyable. Une semaine qu'il se morfondait et il avait pourtant réussi à ne pas craquer, pour finalement s'effondrer en public, devant Bucky, gâchant du même coup son bon moment.

- Eh, ça va aller, dit son ami d'un ton apaisant en caressant son dos.

Comme il aurait voulu s'en convaincre lui-même, tout en restant pour longtemps dans ces bras en fuyant la réalité, ça aurait été tellement plus simple que d'affronter la réalité. Mais la part terre à terre de lui reprit le dessus et il s'écarta finalement en s'essuyant les yeux.

- Désolé, bafouilla-t-il misérablement.

- T'excuse pas, dit Bucky en prenant sa main. C'est moi qui suis désolé, j'aurais pas dû te parler de tout ça maintenant.

- Mais non, t'as pas de raison de te cacher. Et je suis content que tu vives ça.

- Arrête de dire ça ! Tu gâches rien en t'apitoyant sur ton sort. Et maintenant que moi ça va, on va s'occuper de toi.

Un nouveau sanglot secoua Steve, le forçant à respirer profondément pour se rependre.

- Moi aussi j'espérais que c'était le bon, chuchota-t-il avec difficulté. Et pendant quelques jours, j'y ai vraiment cru.

- Je suis désolé. Tu aurais dû m'appeler cette semaine, j'aurais dû être là.

- Je ne m'en sentais pas capable. J'avais besoin d'être seul. Mais maintenant, je veux aller de l'avant. Il le faut !

Il avait dit cela avec toute la conviction dont il était capable, pour constater que ce n'était pas grand-chose au final.

- Et je serai là, rappela Bucky. Qu'est-ce que tu veux ? Le récupérer ou passer à autre chose ? Il faut qu'on définisse un plan d'action. Et je peux aller lui casser la gueule si ça peut te soulager.

- Merci Buck, dit Steve d'un ton las. J'avoue que je ne sais pas trop où j'en suis. Je m'étais toujours promis de ne jamais tomber amoureux, justement pour m'éviter de ressentir exactement ce que je suis en train de ressentir. Ça fait mal…

- Je sais mon pote. J'te lâche pas.

- C'est foutu. J'aimerais te dire que je veux le récupérer, mais je suis pas sûr d'en avoir envie après ce qu'il s'est passé. Quant à lui… S'il m'avait appelé pour s'excuser, pour proposer qu'on se voie, qu'on essaie d'en parler… je te jure que j'aurais dit oui. Mais il ne s'est jamais manifesté. Alors je pense que ça veut tout dire.

- Il a peut-être la trouille, si ça c'est si mal passé.

- Oui, mais tu vois, j'ai envie d'un mec qui a des couilles. Déjà que l'idée d'envisager une sortie du placard, et je parle juste de l'envisager hypothétiquement, pas de rédiger une annonce officielle dans la seconde, avait le don de lui foutre la trouille, alors j'aurais voulu qu'il soit au moins capable de me montrer qu'il tenait à moi.

- Appelle-le toi-même et dis-lui tout ça.

- Non. Pas après les horreur qu'il m'a sorties.

- Bon, qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

S'il avait réussi à y échapper avec Bruce, Steve savait depuis le début qu'avec son meilleur ami il n'y couperait pas. Et même s'il n'avait pas envie de remuer ce souvenir douloureux et bien trop récent, il avait besoin de s'entendre confirmer qu'il avait bien fait de partir. Qu'il avait bien fait de ne pas ramper pour tenter de le récupérer.

Alors il raconta, la façon dont ça avait dérapé, les propos blessants, méchants, qui avaient été prononcés, trouvant du réconfort dans l'attitude de Bucky, qui était de plus en plus en colère.

- L'enfoiré ! grogna celui-ci quand il en eut fini. A ta place je l'aurais démoli !

Pile ce qu'il avait espéré entendre, aussi s'autorisa-t-il un petit sourire quoi que pitoyable.

- J'y ai pensé, avoua-t-il, pas très fier de lui. Mais j'admets qu'il a des circonstances atténuantes. Je l'ai vu durant ce week-end même si je le soupçonnais déjà avant, il est traumatisé par ce qu'il a vécu en Afghanistan. Et il n'a pas eu une enfance facile avec un père trop distant, il refuse de faire confiance à qui que ce soit. J'ai voulu l'aider, mais j'en ai peut-être fait trop et il s'est braqué. Il aurait été un type qu'on aidait à l'assos, j'aurais compris et pardonné. Mais avec lui, je m'en suis pas senti capable. Comme s'il était trop fracassé pour moi et que je préférais m'éloigner.

- Et alors ? Même si c'est le cas, c'est compréhensible. Tu n'as pas à te noyer dans ses problèmes, surtout s'il y met si peu du sien. Steve, je ne veux que ton bonheur et j'ai conscience qu'on marche sur des œufs. Je veux pas te pousser à le fuir si c'est pour que tu sois malheureux, pas plus que je ne veux te conseiller de lui pardonner si c'est pas ce que tu veux.

- Je sais pas ce que je veux. Ou plutôt si, je voudrais pouvoir oublier tout ce qui le concerne. Oublier que je l'ai rencontré. Et reprendre ma vie. J'étais heureux tout seul.

Il se redressa tout à coup, déterminé.

- Tu sais quoi Buck ? J'emmerde Tony Stark ! Et j'emmerde les sentiments que j'ai pensé éprouver ! On est à New York, il y a des milliers de célibataires dans les rues ! Pourquoi je devrais me contenter d'un seul ? Franchement, une semaine à penser à lui, c'est bien assez. Je retourne sur le marché.

- C'est ce que tu veux ?

- Ça m'a jamais rendu malheureux.

Il se plongea un moment dans le silence, essayant de se convaincre lui-même du bienfondé de ce qu'il avançait. Ça ne tenait qu'à lui en fin de compte de retrouver ses bonnes habitudes, de ne compter sur personne.

Bucky pour sa part semblait bien peu convaincu, mais il eut la décence de le garder pour lui. Quand il était d'une telle mauvaise foi, Steve était de toute façon incapable d'écouter même les arguments les plus censés.

ooOoo

Les semaines suivantes furent particulièrement moroses. Avec l'approche des vacances d'été, la librairie ne désemplissait guère, apportant chaque jour son lot de lecteurs désireux de glisser un livre pas prise de tête, et si possible à la mode, dans sa valise, avant bien souvent de l'ouvrir à peine une fois arrivé à destination. Ça avait le mérite d'occuper Steve, entre étagères à réapprovisionner et clients à conseiller. Encore que la partie conseil était bien souvent contrariée et toute sa bonne volonté n'y pouvait rien. Il ne comptait plus le nombre de femmes à qui il avait proposé quantité d'alternatives intéressantes pour les voir finalement repartir avec le dernier Grey sous les bras. Ces phénomènes de mode l'exaspéraient passablement, qu'ils soient littéraires ou pas d'ailleurs, comme si le consommateur était incapable de penser par lui-même une fois le mastodonte marketing passé par là. Il n'aimait pas, pire, s'inquiétait de ce besoin pathologique de se fondre dans la masse éprouvée par la majorité des gens. Pas étonnant ensuite que ceux un peu différents craignent le rejet. Quand c'était ainsi pour un simple livre, on pouvait craindre le pire pour des préférences sexuelles notamment.

Pourtant, comme conseillé par Odin et son propre bon sens, il gardait ses opinions pour lui, avant d'oublier sa rancœur quand il s'occupait avec passion du petit rayon tout récent d'ouvrages LGBT. Ces quelques titres, rangés à part, presque cachés comme s'ils étaient honteux, étaient de son fait. C'est lui qui avait insisté des semaines durant auprès de son patron, chiffre à l'appui témoignant du petit succès de ce genre, pour proposer quelques livres. Entre deux fils assumant totalement leur bisexualité et un esprit relativement ouvert, tant que les affaires ne s'en ressentaient pas, d'où l'emplacement discret imposé, Odin avait fini par se laisser tenter, propulsant Steve responsable de ce rayon.

Le succès, modeste certes mais tout de même là, ne s'était pas fait attendre. Ça aidait d'avoir ses entrées dans le milieu pour faire passer l'information chez ceux que ça pouvait intéresser, gay-friendly inclus. Darcy, qui avait une passion pour la littérature M/M, ce qui avait surpris Steve quand il l'avait appris, faisait partie de quelques forums sur internet sur lesquels entre autre elle partageait ses quelques fanfictions, et avait fait de la pub pour la librairie et à son vendeur passionné et faisant preuve de conseils judicieux. Cela avait fait son petit effet et Steve lui en était reconnaissant. Lui-même lisait peu ce genre de chose, mais il aimait la diversité et surtout appréciait que chaque lecteur, quel que soit sa sexualité, puissent se reconnaître dans des héros positifs. L'hétéro, blanc, aux revenus confortables, ça commençait à devenir lassant.

Même madame Carter s'était laissée tenter, pour revenir la fois suivante avec un petit sourire gêné mais un air parfaitement satisfait quand il s'était agi d'en faire son compte-rendu habituel.

En somme, le boulot était en ce moment pas mal prenant. Ce qui était plus agréable dans son état d'esprit habituel. L'association également demandait pas mal de temps avec les bouleversements inhérents aux récentes rentrées d'argent. Comme chacun de ses collègues, il avait eu son mot à dire sur la nouvelle décoration et n'avait plus envie de déprimer désormais depuis que la peinture ne s'écaillait plus, que le canapé de la salle de pause était un vrai canapé et non plus un amas de tissu sans forme. Bruce l'avait également chargé de leur nouvelle campagne d'affichage, une partie de plaisir avec leur photocopieuse flambant neuve. C'était lui aussi qui avait fait visiter les lieux à Johnny Storm, qui avait tenu à venir les remercier en personne, à peine sorti de l'hôpital, pour leur présence auprès de ses parents dans les pires moments.

Tout semblait donc aller pour le mieux et Steve aurait été parfaitement heureux sans la boule dans son ventre qui ne le quittait que rarement. Malgré tous ses efforts, il pensait à Tony plus qu'il n'aurait voulu. Celui-ci ne l'avait jamais rappelé et il était las de passer parfois des heures à fixer son téléphone en espérant le voir sonner. Alors, pour s'échapper de cette tristesse dont il ne voulait pas, fidèle à sa résolution prise devant Bucky, il sortait à s'en donner le tournis, collectionnant les amants à un rythme qu'il n'avait plus connu depuis des années. Ainsi, presque chaque soir, quel que soit l'heure à laquelle il quittait l'association, il se faisait un point d'honneur à se rendre dans l'un de ses bars favoris. C'était mieux que se morfondre seul dans son appartement, à sursauter chaque fois que quelqu'un l'appelait, pour être systématiquement déçu que ce ne soit jamais Tony. Et chaque soir il repartait en galante compagnie, quand ils ne faisaient pas directement leur petite affaire sur place, dans les toilettes ou les vestiaires. Il s'enivrait de ces nouvelles conquêtes sans prises de tête, de sexe sans conséquences, de corps jeunes et sexy qu'il explorait à sa guise, et parvenait à s'endormir ensuite sans penser à Tony et à tout ce qu'il avait enfin espérer connaître à ses côtés.

Ses amis lui reprochaient parfois cette conduite immature et Darcy tentait régulièrement de le pousser à essayer de reconquérir le milliardaire, sans se demander un instant si lui-même n'avait pas besoin d'être reconquis également. Il ne lui en voulait pas, il n'y avait qu'à Bucky qu'il avait raconté les détails de leur dispute, Darcy donc continuait à idéaliser Tony.

Erik, qui avait refusé sa proposition de coucher une nouvelle fois avec lui, arguant que cette fois c'était Steve qui était trop vulnérable pour que lui ne se fasse pas l'effet de profiter de la situation, avec son franc parlé habituel, lui demandait chaque fois qu'ils se voyaient combien de temps il envisageait sérieusement de se conduire ainsi. A son ton et son regard dur, il était clair que son ami désapprouvait et espérait provoquer un déclic, mais Steve éludait systématiquement.

C'était plutôt une bonne vie qu'il était en train de se forger, alors pourquoi arrêter ? Il n'attirait dans ses bras que d'autres adultes consentants – un ou deux avaient été tout juste majeurs quand même, en tout cas c'est ce qu'ils avaient juré – se protégeait et ne faisait jamais de fausse promesse. Il n'y avait donc rien dont il pouvait avoir honte. Au nom de quoi aurait-il dû changer ce qui le rendait heureux, ou au moins pas malheureux ?

Malgré ses récentes faits d'armes, la proposition faite par Thor l'avait d'abord surpris et il avait pris quelques jours pour y réfléchir, avant finalement d'accepter. Un plan à trois, rien qu'il n'avait déjà pratiqué et ça allait plutôt dans le sens de sa nouvelle existence faite de débauche sans restriction. Que ça vienne de Thor n'avait rien de vraiment étonnant, celui-ci n'avait jamais caché son intérêt pour Steve, qui jusque-là s'était toujours refusé à répondre à ses avances par respect pour Odin. Ce qui était plus original en revanche, c'était l'identité du troisième larron. Entre Loki et lui, le courant n'était jamais passé, alors que celui-ci le veuille de la sorte, il ne l'avait pas vu venir. Mais surtout, si Steve n'avait jamais eu de limite dans ses aventures, tentant bien des choses, il n'avait jamais eu deux frères en même temps, parce que cela signifiait que les deux frères en question partageraient un niveau d'intimité pour le moins discutable. Cette notion d'inceste, même s'il ne la jugeait pas, le mettait un peu mal à l'aise, tout en le faisant culpabiliser, lui qui se targuait de ne jamais émettre le moindre jugement sur les désirs d'autrui, encore une fois tant que tous les partis concernés étaient partants. Mais après réflexion, c'était excitant justement de flirter avec l'interdit, de sortir de sa zone de confort. En prime, c'était bien les deux frères qui avaient lancé l'idée, alors pourquoi lui se serait permis de les juger ?

Il s'était donc retrouvé avec eux dans la chambre de Thor, apprenant pour l'occasion qu'ils partageaient le même appartement, rapidement nu, allongé, à subir les outrages de deux langues taquines et quatre mains foutrement douées. Les deux hommes semblaient désireux de s'occuper de lui, tout en échangeant à l'occasion quelques baisers langoureux qui ne le feraient certainement plus regarder Odin de la même façon ensuite.

Le plaisir avait été à son firmament, la sensation délectable, tandis qu'il jouissait, profondément enfoui dans la bouche de Loki, tandis que celui-ci se faisait prendre par Thor. Le retour sur terre ensuite avait été un peu moins agréable. Les deux frères avaient bien proposé qu'il passe la nuit avec eux, mais en sentant un malaise, inconnu après un moment de débauche comme il en connaissait souvent, le prendre, Steve avait préféré s'éloigner.

A présent seul chez lui, ce qui lui arrivait rarement ces derniers temps, il faisait le point sur les dernières semaines et il n'était pas très fier de lui. Il n'avait jamais été du genre à se prendre la tête pour ses sorties, ne cachant pas enchaîner les amants sans en éprouver la moindre honte. Mais depuis Tony, même lui commençait à trouver qu'il avait exagéré. Un amant chaque soir, parfois même deux quand la soirée s'éternisait, sans se souvenir pour la plupart ensuite de leur nom. Parfois, il avait même l'impression d'avoir affaire à un homme qu'il avait déjà eu, mais sans être capable d'en être sûr… Il en était au point où il consommait le sexe comme un affamé se serait jeté sur de la nourriture, sans réel plaisir, juste pour se sentir ensuite un peu soulagé. Il n'était pas regardant sur le type d'homme qu'il choisissait, du moment que l'autre semblait partant et il n'y mettait même plus les formes. Avant, même avec un inconnu qu'il ne reverrait plus, il y avait un minimum de préliminaires, de tendresse. Il offrait un verre, discutait un peu, puis ils faisaient ça dans un lit, ou au moins sur le canapé. Maintenant, c'était limite s'il ne proposait pas directement à l'autre d'écarter les jambes avant même de se présenter, puis le moindre endroit offrant un soupçon d'intimité faisait l'affaire. Et franchement, à ce stade de sa vie, il se trouvait pathétique de faire encore ça à l'abri derrière une voiture sur le parking à peine éclairé d'un club ou dans les toilettes à la propreté toute relative de son bar préféré.

De même, s'il avait apprécié à l'occasion plus d'une fois une partie à trois, voir deux frères coucher ensemble aurait dû au moins l'interpellé. Or s'il avait tout de même hésité un moment avant de foncer, il s'était joint à eux, ce qu'il n'aurait jamais fait par le passé. Pas qu'il juge des hommes comme eux, ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient, mais avant il avait des limites. Plus rien ne le retenait à présent dans sa quête effrénée de plaisir et il n'aimait pas cela. Il était comme un junkie qui faisait tout pour avoir sa dose, à ce stade ce n'était même plus vraiment du plaisir, c'était juste mécanique.

Surtout que cet enchaînement de baises sans âme n'avait pas eu l'effet escompté. Car s'il s'endormait généralement sans trop de mal, soit entre les bras d'un homme de passage, soit seul mais le corps repu d'extase, toute la journée, dès lors qu'il avait un instant à lui, il pensait à Tony et il avait mal. Plus d'une fois, il avait été tenté de l'appeler, avant que sa foutue fierté lui rappelle que ce n'était pas à lui de faire le premier pas. A d'autres moments, il culpabilisait pour aller voir ailleurs de la sorte, comme s'il lui devait encore quelque chose. C'était à devenir fou.

Et ce soir, nouveau sentiment, il se sentait sale et ne voulait plus de tout cela. Des hommes de passage, un répit de trop courte durée… A quoi bon ? Après l'avoir effleuré du bout des doigts, il savait enfin qu'il voulait désormais d'une vie à deux plus consensuelle. Malgré tout, il n'était pas certain que ce soit avec Tony. Celui-ci lui manquait, mais à ses côtés tout était tellement compliqué qu'il ne s'en sentait pas le courage. Et pourtant, il ne voulait personne d'autre que lui. C'était à se taper la tête contre les murs.

Contrairement à ces dernier temps, il dormit mal cette nuit-là, somnolant à peine avant d'être réveillé en sursaut pour passer les quelques heure suivantes à ressasser il ne savait quel malaise. Ou plutôt si, il savait, mais se refusait à y penser. Il n'empêche qu'il avait une figure de déterré quand il finit par se lever, faisant même l'impasse sur son jogging quotidien. Et son humeur ne fut pas pour s'arranger en arrivant à la librairie.

A suivre…