Et voilà, je poste finalement la fin du Pays des Vagues.
CHAPITRE 10: « DE SIMPLE PASSAGE DANS CE MONDE »
« L'amitié du méchant est plus dangereuse que sa haine »
Thomas Fuller
La morsure gelée me tira de la léthargie. Mon cerveau encore engourdi ne réalisa pas tout de suite que je me trouvais dans l'eau, et par pur réflexe physionomique j'inspirais. Jamais auparavant je n'avais songé combien la noyade pouvait être une mort épouvantable. La sensation de détresse qui s'empara de moi lorsque l'eau inonda mes poumons était assez comparable à celle que l'on devait ressentir face à la mort incarnée. Retrouvant brusquement tous mes esprits, j'écarquillai les yeux et avalai encore un peu plus d'eau tandis que l'obscurité s'épaississait autour de moi.
Oubliant que mes mains demeuraient prisonnières des liens de Haku, je me débattis avec la force du désespoir pour me libérer. Ma bouche ouverte lançait des appels à l'aide qui se perdaient au fond de ma gorge, noyés par l'eau gelée. En cet instant, j'ignorai si mon corps brûlait ou si c'était le froid qui le consumait. Mes poumons semblaient se ratatiner sur eux-mêmes à mesure que je luttais pour les remplir d'un air qui n'existait plus.
Ma vision s'obscurcit, et je sus que j'étais parvenue au bout du chemin. Je détestais la façon dont j'allais quitter le monde: j'avais aspiré à un départ serein et accepté par des années de vieillesse, peut-être dans les bras de l'homme que j'aimais sans en être consciente. Quel que furent les ennuis embarrassants auxquels j'avais été confrontée, j'étais presque toujours parvenue à demeurer calme et digne. Et telle était la façon dont je mourrais: seule, avec le regard des proies qui se savaient prises au piège, me débattant comme un vulgaire animal… Je pensai brusquement à lui et aux étoiles: j'avais juré mais au final, il s'avérait que je serais incapable de tenir ma promesse. Avec tristesse, je songeai que je n'obtiendrai jamais réponse à ma question.
Mon cerveau comme comprimé partait en lambeau, et je me sentis brusquement déconnectée.
oooooooooooooooooooooooooo
La mort pesait lourd. Je m'en rendais compte maintenant. Elle pesait lourd et faisait mal à la poitrine, comme si elle cherchait à l'enfoncer par à-coups. J'ignorais aussi qu'elle avait des lèvres aussi douces: était-ce ainsi qu'elle se saisissait de l'âme des défunts pour l'emmener avec elle ? Cette sensation de souffle chaud dans ma propre bouche était intrigante: décidemment, mourir consistait en une expérience bien déroutante… Peut-être que si j'ouvrais les yeux, je pourrais contempler la mort en face. Lentement, mes paupières se soulevèrent. D'abord je vis trouble et ne distinguai pas clairement ses traits. Seule la couleur blonde de ses cheveux m'apparaissait un peu. Qui aurait cru que la mort était blonde, et aux cheveux courts qui plus est ?
Brusquement, mes poumons expulsèrent l'eau hors de ma poitrine et je roulais sur le côté en toussant au-dessus de la neige. Je haletais, mais cela ne m'empêcha pas de crier.
- NARUTO ? Mais qu'est-ce que tu fabriques ?
- Bon sang Solan, tu es vivante, c'est bien vrai ? s'exclama Naruto en me prenant dans ses bras.
- Ce n'est pas grâce à ton massage de brute en tout cas, je peux te le dire ! rétorquai-je en essayant de me dégager. Pour ta gouverne, c'est le cœur que tu es censé masser, pas la poitrine !
- Désolé, je n'ai jamais été doué en anatomie…
- Je vais te donner des cours s'il ne faut que ça, j'avais besoin d'un corps en chair et en os pour m'entraîner à l'acupuncture.
- Est-ce que tu peux marcher ? s'enquit-il d'une voix anxieuse. Il faut que je retourne aider Kakashi-sensei et Sasuke sur le pont…
Je me mis à genoux et pris appui sur ses épaules pour me relever. Comme les effets de l'anesthésiant et de la noyade n'étaient pas tout à fait dissipés, la tête me tourna un peu.
- Ça baigne, déclarai-je avec détermination. Juste une seconde.
Je portai une main fébrile à la poche arrière de mon pantalon, espérant de toutes mes forces que mon étui d'aiguille cousu dans le tissu n'avait pas été repéré par Haku qui m'avait privée de toutes mes armes. Je sentis avec soulagement la forme dure et fine au travers du vêtement. Je me saisis d'une des aiguilles et fit circuler dans le métal un peu de mon chakra. Rapidement, je me débarrassai de ma sandale droite.
- Qu'est-ce que tu fous ? s'exclama Naruto en me voyant planter l'aiguille sur la plante de mon pied nu. C'est pas le moment de jouer à la poupée vaudou, il y a urgence !
- Ça va stimuler le retour et la circulation du chakra dans mon corps… expliquai-je en renfilant ma sandale. Ces aiguilles sont un peu spéciales.
- Bon sang… rappelle-moi de ne jamais te donner de trucs à recoudre…
- Très drôle Naruto…
oooooooooooooooooooooooooooo
Après avoir escaladé les berges inclinées du port rendues glissantes par la neige, nous fonçâmes tous les deux vers le pont de Tazuna.
- Quand je les ai laissés, m'annonça Naruto tout en courant, Kakashi était en plein combat avec ce tordu de Zabuza. Quant au garçon qui l'accompagne…
- Haku… complétai-je machinalement.
- Oui, c'est ça, Haku… concéda Naruto en me lançant un regard que je décidai d'ignorer. Il a fait Sasuke prisonnier d'une sorte de… ronde de miroirs, puis il est carrément passé au travers pour se retrouver dans la glace elle-même. Ce type est d'une rapidité extrême, même Sasuke a eu du mal à le maîtriser au corps à corps…
- De la glace, répétai-je en réfléchissant à toute vitesse. Ça se présente mal alors… Ses techniques tiennent à la fois du suiton et du futon, de l'eau et de l'air… L'imprévisibilité des interactions est inimaginable.
- De quoi est-ce que tu parles ?
- En plus, les chakra ayant l'affinité de la glace ne sont pas fréquents. Il y a donc une grande probabilité pour qu'il s'agisse d'un don héréditaire… Et merde.
Les flocons qui voltigeaient furieusement fouettaient mon visage et m'empêchaient de voir clair. Alors que nous abordâmes le chantier, je secouai furieusement la tête comme si la neige qui collait à mes cheveux et mes cils m'interdisaient de me concentrer. Privée de mes parchemins invocatoires et de mes armes, je me sentais d'une vulnérabilité frustrante face à la gravité de la situation. Je vais me jeter dans le bataille nue comme un verre…
Même si la neige semblait étouffer le moindre bruit, la rumeur des combats me parvint avant que je n'aperçoive les belligérants. Quelques mètres plus loin, je pus finalement me rendre compte moi-même de la situation. Kakashi semblait en mauvaise posture face à un Zabuza décidé à ne plus se laisser faire par le sharingan: il harcelait le junnin de coups puissants et incessants de son épée meurtrière, l'obligeant à esquiver en permanence sans lui laisser le temps de contre-attaquer. Je vis également les mystérieux miroirs dont Naruto m'avait parlés.
- Je vais porter secours à Sasuke ! déclara-t-il. Occupe-toi de Kakashi-sensei !
- Comment vas-tu t'y prendre ? interrogeai-je d'une voix inquiète. Peut-être vaudrait-il mieux que tu restes à l'extérieur des miroirs si tu ignores comment en…
Je m'interrompis en voyant qu'il ne m'écoutait pas et fonçait tête baissée vers les palissades de glace. Le laissant faire, je me dirigeai moi-même vers le lieu de l'affrontement entre Kakashi et Zabuza.
- Kakashi-sensei ! m'écriai-je en courant vers lui. Cette mission commence vraiment à me fatiguer !
- La petite fleur de neige(1) a finalement été cueillie à temps, lança Zabuza d'une voix mauvaise. Quelle ténacité, s'en est presque lassant…
- Vous n'imaginez pas à quel point je peux être agaçante.
Alors que Kakashi s'était penché sur le côté pour esquiver l'épée géante, je sautai sur son dos à moitié courbé et profitai du déséquilibre momentané de Zabuza pour lui envoyer un coup de pied en pleine tête. Mon pied percuta de plein fouet la joue du déserteur qui poussa un juron en s'écartant. Je me laissai tomber à côté d'un Kakashi exténué par ce combat qui s'éternisait.
- Tu te sens capable de l'occuper l'espace de quelques secondes ? me demanda-t-il en se redressant.
- Un jeu d'enfant… Filez-moi quelques kunaï !
J'attrapai à la volée les trois kunaï que Kakashi se dépêcha de me lancer. Zabuza se précipitait déjà sur moi et je ne pus que me mettre à courir pour lui échapper.
- Je vais me faire un plaisir de te découper en morceaux une bonne fois pour toute, l'entendis-je grogner dans mon dos.
Je l'ignorai et me retournai brusquement en balançant un premier kunaï vers lui. Il le chassa négligemment de la main sans remarquer le second que j'avais dissimulé dans son ombre. Zabuza brandit son épée et je fis mine de tarder à esquiver. Il arbora un air triomphant, croyant qu'il était enfin parvenu à me déchiqueter. Je disparus néanmoins juste avant l'impact et me substituai au kunaï furtif précédemment lancé.
- QUOI ? s'écria-t-il en s'apercevant du subterfuge.
Armée de mon troisième kunaï, j'apparus subitement dans son dos et abattis la lame dans la chair sans protection de ses épaules. Il poussa un rugissement de douleur mais je n'attendis pas pour m'écarter alors que son poing rageur frôla mes côtes. Je fis un grand bond en arrière pour instaurer une distance de sécurité et me penchai en avant, prête à repartir à l'assaut.
- Espèce de petite garce ! beugla-t-il avec colère en passant la main sur sa blessure sanguinolente. Je te jure que tu vas le regret…
Un crissement désagréable m'écorcha soudainement les tympans. Attirée par la lumière bleutée et tremblante sur ma gauche, je tournai la tête vers Kakashi. Son poing droit était comme parcouru d'un violent courant électrique qui éclairait son visage d'une étrange lueur, et qui manifestement était à l'origine du vacarme assourdissant et aigu.
- Qu'est-ce que…
- LES MILLE OISEAUX ! s'écria Kakashi en s'élançant à toute vitesse vers Zabuza, lui aussi pétrifié de stupeur.
La vitesse à laquelle il couvrit la distance qui le séparait du déserteur m'empêcha de le suivre des yeux. Alors qu'il s'apprêtait à enfoncer son poing dans le ventre de Zabuza, un brusque éclair rouge zébra silencieusement le ciel tout en éclairant les alentours pendant un quart de seconde. Il disparut l'espace d'un instant et, avant que je ne puisse me retourner pour en chercher l'origine, le souffle intense d'une explosion fit voler en éclat tous les miroirs de Haku. Incapable de discerner s'il s'agissait d'éclairs rouge vif ou de flammes gigantesques, je protégeai ma tête de l'incontrôlable quantité d'énergie qui mettait à l'épreuve les fondations du pont inachevé.
Un quart de seconde plus tard, le supplice occulta tout. Je me pliai en deux, poussant un hurlement à m'en rompre les cordes vocales: je n'aurais pas davantage souffert si mes entrailles avaient implosé. L'intensité de la souffrance se confondit avec les catastrophes qui étaient en train de se dérouler autour de moi. La dernière chose que mes yeux virent fut l'éclat de la neige dans laquelle je venais de m'effondrer à plat ventre, bouche et yeux grands ouverts.
oooooooooooooooooooooooooooo
Je n'eus pas l'impression de m'évanouir. À l'instant où mon corps entra en contact avec le sol humide et froid, il me sembla simplement le traverser pour disparaître. La consistance de toute chose n'existait plus. Il me parut que je tombais, mais je songeai qu'on ne pouvait pas chuter dans le vide où la gravité avait disparu. Mon corps dépouillé de toute matérialité, je semblais flotter dans une dimension égarée, hors du temps et de l'espace.
Étrangement la panique ne me gagnait pas, comme si mon inconscient reconnaissait cet endroit où ni la nuit, ni le jour ne parvenaient à régner. Je me demandai brièvement par quel miracle mes yeux pouvaient voir, puisque je n'avais plus de corps: peut-être avais-je fini par fusionner avec le reste du cosmos ? Ayant perdu la notion du temps, j'ignorai combien de secondes, de minutes ou d'heure je demeurai ainsi, voyageuse spirituelle de ce qui ressemblait au non-être.
Les contours incertains d'une silhouette se profilèrent loin devant moi, reflet d'une ombre dans le néant. À mesure qu'elle se rapprochait ses formes gagnèrent en précision, et c'est sans surprise que je croisai mon propre regard. Ce n'était pas la silhouette qui s'était approché de moi, mais moi-même qui s'était avancé vers la vitre translucide d'un miroir immatériel. Mon reflet était complètement nu, mais mes yeux semblaient pourtant incapables d'apercevoir sa véritable nature. Je fronçai les sourcils, et mon double sans consistance se mit à parler avec ma voix.
- Sais-tu comment nomme-t-on l'ombre du néant ?
Je connaissais la réponse mais gardai le silence.
- Le vide. Ce monde dans lequel tu évolues n'est qu'un vaste miroir; une vitre transparente dont les reflets irréels et sans consistance constituent le vide total de ton existence. Donne-moi ta main, et cesse d'être le reflet invisible.
En même temps que le reflet, j'avançai ma main vers la paroi du miroir et nos doigts se frôlèrent. Ce fut la vitre qui passa à travers moi, et cette fois-çi je me trouvais dans une pièce faiblement éclairée. Plus qu'une simple pièce, j'avais l'impression d'avoir pénétré l'antre géant de la mort elle-même. Mon corps avait retrouvé sa consistance, et mes pieds pataugeaient dans une faible hauteur d'eau dont je ne sentais pas la froideur. Mes yeux s'habituèrent à l'obscurité ambiante, et je réalisai que la seule source de lumière qui m'éclairait provenait d'un feu qui se consumait loin devant moi.
Attirée par le brasier, je me mis à marcher lentement dans sa direction, le bruit de mes pas mouillés raisonnant contre des parois invisibles. A mesure que je m'avançais, un grondement sourd gagnait en puissance, et ce bien que mes yeux n'apercevaient rien d'autre que la lueur du brasier. Finalement je pus clairement distinguer les flammes rougeoyantes, mais quelque chose se dressait entre elles et moi. Je me retrouvai alors face à d'immenses barreaux noirs dont je ne pouvais pas voir les extrémités.
Le grondement était assourdissant désormais. Je levai les yeux au-delà des barres sombres et en vis l'origine: une immense cascade formait un mur d'eau infranchissable de l'autre côté du feu. Elle n'avait ni de commencement, ni de fin, se contentant de chuter encore et encore dans un fracas impressionnant. L'eau qui s'écoulait était étrangement teintée, et je songeai alors que ce liquide violacé n'en était peut-être pas.
Je posai la main sur l'un des barreaux géants qui me faisaient face, et, dans un brusque nuage de poussière, un petit papier endommagé portant une inscription se matérialisa contre le métal froid. Sceau. La feuille était déchirée de haut en bas, coupant le symbole en son milieu.
- La porte est ouverte maintenant, fit une voix dans mon dos.
Mon reflet vint se placer à ma gauche et me fixa d'un œil impénétrable.
- Elle est ouverte, répéta-t-il. Ça veut dire que tu peux le rejoindre.
Obéissant docilement, je poussai le lourd battant de la grille. Les deux bouts du papier tombèrent et virevoltèrent faiblement avant de se poser à la surface de l'eau tremblante. Je fis un pas et me faufilai entre l'ouverture. Le grondement de la cascade redoubla tandis que les flammes du brasier gagnèrent en puissance. Pas après pas, je m'avançais vers lui comme hypnotisée par la danse frénétique du flambeau géant.
- Ton pouvoir est une aberration de la nature. Il n'est qu'un trésor illégitime lâchement dérobé.
La voix grave et menaçante provenait de derrière le mur d'eau. Son débit lent donnait au moindre de ses mots une intensité implacable, et ses paroles remplissaient tout autour de moi.
- Qui est là ? interrogeai-je en fixant la cascade aux eaux améthystes.
- Incline-toi devant la force pure lorsqu'elle daigne t'apparaître… bâtarde.
- Suis-je censée comprendre que tu vis à l'intérieur de moi ? Si c'est la cas, j'aimerais savoir à qui, ou à quoi j'ai affaire...
- Maintenant que me voilà tiré de ma torpeur, je vais faire de ton existence un cauchemar éveillé. Le sommeil même ne pourra te détourner des tourments dont j'assaillerais ton esprit malsain. Accepte ta hantise, car je vais devenir ton ami de tous les instants.
- Cela a-il un rapport avec le gamigan, avec l'œil miroir ? m'enquis-je calmement.
- Tu redoutais la solitude… je peux te garantir qu'à partir de maintenant, tu y aspireras jusqu'à ton dernier souffle.
Dans un vrombissement assourdissant, les flammes devinrent énormes et se répandirent en avalant tout sur leur passage. Je fermai les yeux et sentis leur morsure brûlante m'avaler toute entière. Je poussai un hurlement de douleur tandis qu'elle me consumaient lentement, et chaque goutte de sang qui coulait dans mes veines se mit à bouillir.
ooooooooooooooooooooooooooo
Zabuza s'éteignit paisiblement au côté de Haku, et ils s'en allèrent main dans la main, au milieu des flocons. Kakashi jeta un regard alentour pour s'assurer que tous les hommes de Gâto avait pris la fuite. L'affrontement l'avait épuisé, mais le repos devait attendre. Pour une fois, il aurait voulu avoir tort…
Après avoir pleuré la mort de Haku et de Zabuza, Naruto s'était approché du corps inerte de Solan. Accroupi à ses côtés, il tentait de la réveiller en la secouant faiblement et en l'appelant par son prénom.
- Allez, Solan ! Debout, maintenant ! J'en ai marre de te porter… Ah, tiens, j'ai une idée.
Kakashi s'approcha lentement, laissant des traces dans la neige, et rabaissa son bandeau sur le sharingan.
- Non, pose tout de suite cette aiguille, Naruto.
Le junnin s'agenouilla à son tour et lança un regard anxieux à son élève inconsciente. Brusquement, elle ouvrit les yeux et poussa un hurlement. Naruto sursauta et tomba sur les fesses, terrifié. Comme aux prises avec un cauchemar particulièrement atroce, Solan se débattait dans tous les sens et semblait se tordre de douleur.
- Mais qu'est-ce qu'elle a ? s'exclama Naruto d'une voix épouvantée.
Kakashi se plaça rapidement dans le dos de son élève et passa ses bras autour d'elle pour l'empêcher de se blesser en se débattant. Il la maintenait ainsi, non sans difficultés: elle semblait possédée par une puissance qui décuplait littéralement sa force physique. Alors qu'elle se débattait, son tee-shirt glissa de quelques centimètres sur la peau de son ventre. Même si les marques rougeoyantes commençaient à s'estomper, il n'y avait plus de doutes à avoir. Comme pour confirmer ses craintes, un mince filet de sang s'échappa du nombril de Solan où un flocon venait de se déposer.
Le junnin ferma un instant les yeux, souhaitant que cette journée n'eusse jamais eu lieu, puis abaissa précipitamment le vêtement de Solan pour dissimuler les étranges stigmates. Cela dit, rien n'avait échappé à l'œil attentif de Sasuke qui se tenait un peu en retrait. Finalement, elle cessa progressivement de se tordre de douleur et Naruto osa se rapprocher.
- Solan ! Mais qu'est-ce qui te prend ? C'est nous, voyons ! Arrêtes d'avoir peur !
Elle ouvrit peu à peu les yeux et sa respiration s'apaisa lentement. Kakashi relâcha la pression mais garda les mains sur ses épaules pour la rassurer.
- De retour parmi nous ? fit-il d'une voix faussement légère. Comment te sens-tu ?
- Kakashi-sensei… murmura-t-elle en levant les yeux vers lui. Vous… êtes là ?
- Bah oui, et moi aussi ! s'exclama Naruto avec une pointe d'humeur dans la voix. Tu étais assez effrayante quand tu jouais la possédée. Mais qu'est-ce qui t'a pris ?
- Mauvais rêve… éluda-t-elle faiblement en levant les yeux vers la neige qui voltigeait autour d'eux. Que s'est-il passé, pour Zabuza ?
- Il est mort, lui répondit Kakashi. Et le garçon aussi.
Solan garda le silence pendant quelques secondes, puis l'image de Haku et ses mots chargés de sincérité lui revinrent en mémoire. « Comme moi tu as choisi de servir Konoha de façon à te sentir utile à une cause, à une personne. Rien ne nous différencie, si ce n'est nos chemins divergents ».
- Kakashi-sensei… murmura-t-elle. Je me demande comment est-ce qu'on peut savoir…
- Savoir quoi ?
- Si ce que nous défendons est juste… Haku s'était voué de tout cœur à Zabuza: la sincérité de son dévouement pour lui était d'une telle pureté qu'à l'entendre, je me serais sentie bien incapable de m'en prendre à lui si j'avais dû l'affronter. J'avais l'impression… que nos pensées et nos sentiments étaient si semblables qu'il n'y avait aucune raison pour que l'on s'entretue…
Kakashi la regarda d'un œil triste, puis prit une profonde inspiration.
- Le nœud du problème ne réside pas dans la justice ou non de la cause que nous servons, répondit-il. Le dévouement des ninjas, comme de tous les soldats, approche de très près l'aveuglement pur et simple. Mais quoi qu'il arrive, un homme cherche toujours à agir selon ses propres convictions, qu'il s'agisse de valeurs, ou bien de rêves, et cela le conduit à s'opposer aux autres hommes.
Naruto, Sasuke et Tazuna l'écoutaient eux aussi attentivement.
- Il ne faut pas rechercher l'absolu dans nos actes, poursuivit-il. Je ne pense pas qu'il existe de cause universelle qui pourrait rallier sous sa bannière tous les hommes, sans exception. Ce qui compte, puisque nous ne sommes que des humains de simple passage dans ce monde, c'est de défendre ce qui nous semble digne d'être défendu. Les circonstances définissent notre propre perception du monde, ainsi que les opinions subjectives qui deviennent nos convictions.
Kakashi leva les yeux vers le ciel blanc.
- Le devoir d'un homme, c'est de toujours respecter ses propres principes, d'agir, de vivre et de mourir selon eux. Au final, tous les soldats sont des frères, c'est juste qu'ils n'ont pas grandi sous le même toit.
Toujours dans les bras de son sensei, Solan tourna la tête vers le côté et distingua les deux corps sans vie des déserteurs de Kiri.
- Alors Zabuza et Haku… se sont battus jusqu'à la mort pour leurs principes, c'est ça ?
- Oui. Ils peuvent reposer en paix, maintenant, avec la sérénité de ceux qui s'en vont en ayant accompli leur devoir.
ooooooooooooooooooooooooooooo
- Repose-toi bien.
Kakashi fit coulisser l'écran derrière lui, et Solan tourna la tête vers le plafond. Calant ses deux mains derrière la tête, elle ferma les yeux. La douleur, bien qu'elle s'était largement apaisée depuis son évanouissement, n'avait pas complètement disparu. Elle n'en avait soufflé mot à qui que ce soit, pas même à Kakashi.
Elle se rappelait dans les moindres détails sa petite excursion en dimension inconnue. Le domaine de l'inconscient regorgeait de mystères plus profonds les uns que les autres, c'était avéré, toutefois… comment se pouvait-il qu'elle ressente encore les effets de la douleur inexpliquée qui l'avait précisément plongée dans le coma ? Solan se tourna sur le côté et entreprit de se vider l'esprit: peut-être trouverait-elle dans le sommeil les réponses à ses questions. Exténuée, elle s'endormit presque aussitôt. Elle rêva de Zabuza et de Haku, puis d'un grand feu.
Au milieu des flammes rougeoyantes dansaient une femme. Au bout de quelques secondes ses gestes gracieux se transformèrent en gesticulations frénétiques et enragées: elle avait pris feu. Poussant des hurlements à en glacer le sang, sa peau partait en lambeau alors que les flammes semblaient vouloir l'avaler entièrement. Soudain, une cascade d'eau teintée de violet recouvrit le brasier géant, et la suppliciée tomba à terre. Elle releva lentement la tête en râlant comme un animal blessé, et un sourire inhumain éclaira son hideux visage. C'était celui d'un démon.
- Tu as cessé d'être le reflet, contemple-toi maintenant... Puisque tu l'as désiré, je suis ton ami.
(1) hanayuki signifie fleur de neige
Ce chapitre marque également la fin du premier acte. A venir, l'examen chunnin qui n'aura non pas lieu à Konoha mais à...
