Hello !
Oui je sais, je fus longue cette fois encore mais le temps passe trop vite malheureusement.
Alors, un petit chapitre en discontinue pour faire avancer l'histoire, et oui, il serait temps que ça commence à bouger !
Un petit clin d'œil à Mithy, tu te rappelles bien de ce que tu avais lu ? De la remarque que tu as faite sur un certain dialogue ? J'en ai tenu compte tu verras ;-) et on verra aussi si tu t'en souviens !
Aya31 : Merci beaucoup et j'espère que la suite te plaira ;-) à toi de me le dire
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_ C'est tout simplement hallucinant, souffla Quatre. Vous êtes sûre qu'elle n'a que douze ans ? Demanda-t-il à l'assistante sociale.
_ Oui, elle fait plus en effet, répondit celle-ci, mais tous les autres également. Vous voyez la petite fille qui joue à la console là-bas, lui dit-elle en désignant une petite blonde aux grands yeux marrons assise devant un écran de télévision, et bien elle n'a que cinq ans.
_ On lui en donnerait au moins huit, c'est troublant, intervint Wufei.
_ Nos médecins pensent que les expériences qui ont conduit à leur conception ont eu ces effets sur eux, ils sont plus grands, plus forts et plus intelligents que la moyenne des enfants de leur âge, ajouta la jeune femme avec un air triste. C'est normal en quelque sorte, le but de l'eugénisme a toujours été de créer des êtres humains dotés de qualités et d'un physique exceptionnellement développés.
Les Preventers ne répondirent pas, ils en connaissaient un rayon en manipulations génétiques et expériences scientifiques et n'avaient pas envie de s'étendre sur le sujet. Ils continuèrent à observer la pièce devant eux en silence.
De l'autre côté du fin rempart de verre, plusieurs adolescents et enfants étaient assis à même le sol ou sur des canapés aux couleurs douces, se tenaient debout, vaquant à leurs occupations qui allaient de la lecture aux jeux vidéos en passant par la peinture et ce qui ressemblait à de la méditation. A l'opposé de cette vitre, une grande baie vitrée laissait entrer la lumière naturelle et donnait un aspect « foyer chaleureux » à ce qui était en fait la salle de détente d'un des foyers qui accueillaient les jeunes rescapés des centres fermés par les Preventers.
Ce qui semblait moins « normal » dans ce cadre somme toute agréable, c'était le silence qui régnait en maître. Les jeunes ne discutaient pas, ou peu, entre eux. Chacun s'occupant comme si il était seul dans la pièce. Ce manque de communication mettait justement le groupe d'observateurs assez mal à l'aise.
Des jeunes de ces âges-là n'auraient pas dû être si silencieux, s'en était presque effrayant. D'ailleurs Quatre ne put retenir un frisson d'angoisse, toute son empathie en éveil lui hurlait que le carcan dans lequel ces enfants avaient été enfermés les faisait souffrir intérieurement. Intérieurement, car sur leur visage nulle trace d'un quelconque sentiment.
Et si certains laissaient parfois échapper une expression révélatrice passagère, petite ride de concentration d'un jeune peintre, mimique désabusée de la fillette qui jouait au jeu vidéo, etc …, rien ne semblait perturber le visage de statue de la plus âgée d'entre eux, une jeune fille de presque treize ans, aux cheveux bruns qui lui tombaient juste sur les épaules et aux yeux bleu cobalt. Elle était assise un peu à l'écart, de profil, devant la baie vitrée, ses genoux ramenés contre elle et son regard allait sans arrêt du parc, à l'extérieur, à la vitre sans teint. Des yeux vides, sans expression et qui avaient figés tous les observateurs dès qu'ils les avaient aperçu.
_ Même si on ne nous l'avait pas montré, on aurait deviné que c'était elle, murmura Wufei, lui aussi ébahi par cette ressemblance.
_ On dirait toi en fille en plus jeune Heero, renchérit Duo les mains collées à la vitre sans teint sans remarquer le sursaut de son compagnon à sa remarque.
Ce dernier, lui, n'osait plus bouger. Depuis qu'il avait pris sa décision deux jours plus tôt, il n'avait cessé de se demander si c'était la bonne, espérant qu'une fois « en face d'elle » il saurait. Force était de constater que ce n'était pas le cas. Il était peut-être même encore plus indécis. Il se revoyait en effet en elle, pour autant, son passé, son vécu étaient forcément différents et il ne savait pas comment l'aborder ou agir envers elle. Pas question de lui mentir en tout cas, vu la ressemblance, la jeune fille devinerait tout de suite qui il était.
_ Voulez-vous que je la fasse appeler ? Vous pouvez vous installer dans un des salons inoccupés si vous le souhaitez, seul ou avec vos amis, proposa l'assistante sociale en charge de cette partie des enfants.
_ Ne te sens pas obligé Heero, c'est comme tu veux, on peut revenir plus tard si tu préfères, intervint alors Duo en se rapprochant de son compagnon.
_ Je ne vois pas quel intérêt j'aurais à repousser l'échéance, répondit-il d'une voix sans âme sans même regarder Duo.
Si celui-ci en fut un instant blessé, il se reprit vite en reconnaissant le fonctionnement du soldat parfait. C'était logique, pensa-t-il en secouant la tête, dans ce genre de situation où les sentiments du soldat étaient exacerbés, il se retranchait derrière son masque le temps de faire le point, et même si il aurait aimé que son entêté japonais communique plus avec lui, il savait aussi que dans ce cadre, avec autant de personnes autour d'eux, c'était peine perdue. Quant il s'agissait des sentiments qu'il éprouvait pour lui, Duo savait qu'il n'y avait pas de problème, mais se dévoiler ainsi et sur un plan émotionnel nouveau pour lui, devant des inconnus en plus ...
Ce n'était pas tant leurs amis qui posaient problème, mais plutôt le directeur du foyer, l'assistante sociale et le pédopsychiatre qui les accompagnaient. Chacun leur avait tenu discours, rapports, comptes-rendus plus soporifiques les uns que les autres. Il n'en avait retenu que quelques bribes … « enfants non socialisés », « apprendre à vivre comme des enfants », « ce sont des soldats avant tout », « dressés pas éduqués », « aptitudes exceptionnelles qui restent à déterminer » …
Il s'en fichait pour l'instant. C'était sa fille, là devant lui. C'était sa seule vérité. La seule information qui comptait pour lui dans l'instant présent, et ce même si il avait encore du mal à l'intégrer. Après tout, on ne devenait pas père du jour au lendemain simplement parce qu'on apprenait qu'on avait eu un enfant. C'était la différence entre un géniteur et un père, non ? Pour l'instant, il n'était que le géniteur de cette jeune fille, quant à savoir si il en deviendrait le père un jour, c'était une autre histoire ...
_ Allons-y, reprit-il après un moment de silence général en direction de l'assistante.
_ Seul ? Lui demanda-t-elle, incertaine et déstabilisée par le ton du japonais.
_ Oui, répondit-il abruptement. Pour le moment, rajouta-t-il soudainement en se tournant enfin vers Duo, se rendant compte qu'il avait dû blesser son amant par ses réponses.
Le châtain lui fit un sourire encourageant, lui montrant qu'il ne lui en voulait pas et souhaitant le rassurer pour l'entrevue qui allait débuter. Ce qu'il n'avait pas prévu c'était le brutal demi-tour opéré par le brun pour l'attraper par la nuque et le coller à lui. Il l'embrassa brièvement avant de lui souffler qu'il l'aimait mais qu'il avait besoin de le faire seul.
_ Je sais, t'inquiète pas pour moi, concentre-toi sur elle, lui sourit-il gentiment.
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Quand la porte s'ouvrit, Heero était debout, adossé à une fenêtre. La pièce, beaucoup plus petite que la salle de détente, ressemblait furieusement à un cabinet de psy, le bureau en moins heureusement. Comme dans tout le foyer, les murs étaient clairs et lumineux, la décoration simple mais chaleureuse, tout était fait pour se croire dans une maison classique, pour être en confiance … pour des enfants normaux. Ce que ces gosses n'étaient indubitablement pas, songea Heero.
Il la regarda entrer, sa robe jaune à fleurs blanches jurant affreusement avec son air froid et absolument pas enfantin et il se demanda qui était le crétin qui avait décidé de l'affubler d'une tenue pareille et de lui supprimer les vêtements qu'elle avait au centre.
Enfin, il supposait que ce n'était pas primordial pour le moment. Elle resta là, debout, comme lui, et ils se fixèrent en silence, impossible de savoir si elle avait compris qui il était pour elle, ses yeux ne reflétaient rien de plus que ceux du japonais au début de la guerre. Il brisa l'instant en lui désignant l'un des deux fauteuils et lui-même s'installa dans l'autre.
_ Tu as compris qui je suis n'est-ce pas ? S'enquit-il, entrant directement dans le vif du sujet.
_ Mon père, acquiesça-t-elle sans paraître plus émue que cela, elle ne faisait décidément pas son âge, quelle gamine de douze normalement élevée aurait réagi de cette manière ?
_ C'est exact. Veux-tu connaître les conditions de ta conception ? Demanda-t-il carrément, voyant qu'elle serait capable de comprendre et de gérer la vérité.
Elle hocha simplement la tête, il savait que ce n'était pas de la curiosité comme aurait pu en éprouver n'importe quel enfant, mais surtout un besoin de savoir pour déterminer où placer ses repères et prendre en compte toutes les options qui s'offraient à elle. Ces enfants avaient été élevés ainsi, les Preventers avaient étudié les enseignements qu'ils avaient reçu dans les centres et ils étaient principalement centrés sur une formation militaire.
Il lui expliqua donc ce qu'il en était, n'omettant rien et restant très honnête. Il était inutile de lui mentir après tout. On verrait bien sa réaction. Serait-elle fidèle à ses créateurs ? Ou au contraire le croirait-elle ?
_ Je vois, fut sa seule réponse. Et les autres ?
_ Conçus de la même façon que toi. Les rares pour lesquels nous avons pu trouver une piste ADN sont maintenant réellement orphelins, la guerre a entraîné de nombreuses victimes. Pour les autres, nous cherchons toujours mais entre la Terre et les colonies, cela peut durer encore longtemps.
_ Et maintenant ? S'enquit-elle comme si ils parlaient du temps.
_ Et bien, cela dépend, avança-t-il prudemment. Quel est ton sentiment vis à vis des personnes qui vous ont élevé ?
_ Ils nous ont fourni ce dont nous avions besoin pour nous développer convenablement, récita-t-elle d'une voix mécanique.
_ Ça je n'en suis pas certain, la contra-t-il, mais passons, se reprit-il très vite pensant que ce n'était pas le moment de débattre de ça. Penses-tu que les notions et la morale qu'ils vous ont inculqué sont valables ?
_ Je n'ai pas de point de comparaison, fit-elle simplement.
_ Penses-tu être fidèle à leur conception du monde ou penses-tu que tu puisses apprendre à vivre autrement ? Continua-t-il sans se laisser démonter par l'air austère de l'enfant.
_ Je peux apprendre n'importe quoi ! Lança-t-elle vivement et il fut heureux de voir une ombre de sentiment apparaître sur son visage, peut-être que rien n'était perdu...
_ Je te propose donc de venir vivre avec moi, mais il faut d'abord que tu prennes connaissance des conditions, je te laisserai bien sûr du temps pour y réfléchir, lui expliqua-t-il en choisissant bien ses mots.
Il lui parla donc de son compagnon, du fait qu'ils vivaient ensemble depuis près d'un an et lui fit un rapide résumé de leur histoire et de leur passé. Il passa sous silence beaucoup de faits qu'il jugeait préférable de ne révéler que bien plus tard vu que les personnes qui avaient élevé ces enfants se battaient sur l'autre front au moment de la guerre. Il posa certaines conditions à sa venue chez eux, le respect de leur autorité quoi qu'il arrive, le fait d'intégrer une école pour se socialiser, de poursuivre la thérapie débutée au foyer, de ne rien leur cacher qui ne relèverait pas de l'intimité d'une jeune fille de son âge et de toujours leur dire quand ça n'irait pas ou si elle souhaitait retourner au foyer.
_ Si tu es d'accord, je te laisse le temps de décider, tout le temps qu'il faudra. Entre temps, je viendrai te voir, nous apprendrons à nous connaître et je te présenterai Duo, conclut-il.
_ Pourquoi vous faites ça ? Même si j'ai été conçu à partir de vous, en tout cas en partie, vous n'aviez rien demandé, je ne suis rien pour vous, demanda-t-elle, méfiante.
_ Je n'ai pas de famille, autre que celle que je me suis trouvé moi-même. Je ne sais pas qui sont mes parents et ceux qui m'ont élevé ne peuvent pas prétendre à ce titre. Je refuse que tu vives la même chose si je peux l'empêcher. Que je t'ai désiré ou non ne change rien au fait que je sois ton père, je ne suis pas du genre à fuir mes responsabilités. Je veux vraiment apprendre à te connaître et voir si je peux t'offrir une famille et une vie normale, avoua-t-il sans la lâcher des yeux.
Il était lui-même surpris de ce qu'il venait de dire. Si on lui avait posé la question quelques minutes plus tôt, il n'aurait probablement pas pu répondre, mais devant elle, c'était venu si facilement …
_ C'est d'accord, souffla-t-elle après un moment de silence. Nous apprendrons à nous connaître, ça n'engage à rien.
Heero ne put réprimer un sourire et même si elle ne lui rendit pas, il était sûr d'avoir aperçu une lueur d'espoir au fond de ses yeux si identiques aux siens. Et quand elle sorti pour retourner dans le salon, il eut conscience d'un poids énorme qui disparaissait de ses épaules, il soupira fortement, se passant une main sur la nuque. Il allait devoir apprendre à une gamine à s'ouvrir aux autres et à communiquer, c'était risible quand on connaissait son caractère … Duo ne lui avait jamais paru aussi indispensable à sa vie !
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_ Le mieux serait encore d'appeler Meg et de lui demander de nous accompagner, réfléchit Duo en se tapotant le menton, ça va être sa chambre à elle après tout, ce serait bien qu'elle choisisse elle-même la décoration et les meubles aussi, et ce serait une occasion de la voir en dehors du foyer et de la faire sortir un peu, en plus je pen...
_ Chéri, calme-toi un peu, le coupa Heero se moquant doucement de l'air de jeune mariée hystérique arboré par son compagnon tout en portant sa tasse de café à ses lèvres.
Duo sourit à son tour en rougissant légèrement, d'accord ce n'était peut-être pas la peine de s'exciter autant reconnut-il intérieurement alors qu'il venait s'installer sur les genoux de son homme. La fille de Heero avait décidé d'accepter leur proposition après presque deux mois de rencontres régulières. Elle les connaissait maintenant tous, même si elle voyait surtout Heero et son compagnon.
Elle était de ceux pour lesquels les éducateurs du foyer avaient le moins d'inquiétude. La thérapie semblait porter ses fruits, ses tests étaient concluants quant au niveau scolaire et elle se laissait aller à parler plus facilement, à sourire ou parfois, rarement, à rire.
Elle avait fini par apprendre la vérité sur le passé de son père et de ses amis, Duo avait insisté sur ce point, arguant que leur cohabitation ne pouvait débuter sur un mensonge. Il lui avait montré des documentaires et des ouvrages de toutes sortes que les professeurs du centre avaient censurés de façon à ce qu'elle prenne connaissance des autres aspects de la guerre et qu'elle n'en ai pas qu'une seule version. Elle s'était forgée sa propre opinion et avait accepté cette partie de leur vie même si il lui avait fallu en parler avec la thérapeute du foyer pour démêler tout ça.
Heero était conscient des difficultés qu'elle avait dû abattre, on ne lui avait pas appris à faire ses propres déductions, lui inculquant au contraire un respect immodéré pour les paroles de ses aînés. C'était une véritable rééducation pour la jeune fille et Heero avait l'impression de revivre sa propre ouverture au monde et ce n'était pas très agréable. Duo lui avait suggéré, après une semaine de nuits écourtées pour cause de cauchemars, de lui en faire part, de lui parler de ses propres difficultés pour, d'une part, les extérioriser une bonne fois pour toute et, d'autre part, lui prouver que tout le monde a des faiblesses et qu'il ne fallait pas s'en sentir amoindri.
Elle faisait preuve d'une grande intelligence et cela avait considérablement facilité les choses, de plus elle s'était très vite attachée à Heero, ce qui était réciproque, et ils parvenaient à discuter de tout ça pour continuer à progresser. Duo en était soulagé, il avait craint qu'un rejet de la part de Meg ne jette son japonais dans un profond désarroi. C'était une réelle avancée dans sa vie que de le voir s'attacher à une personne nouvelle dans son environnement.
Ils en avaient longuement parlé tous deux, le brun craignant que son compagnon ne se sente délaissé, rejeté ou ne veuille pas d'une tierce personne dans leur vie. L'américain l'avait rassuré, lui expliquant que pour lui c'était une chance de fonder une famille, après tout, il ne pouvait pas avoir d'enfant et qui sait si ils auraient pu adopter un jour, aussi sa fille était-elle la bienvenue, et puis elle lui ressemblait tellement …
_ Mais j'ai raison non ? Finit par le questionner Duo devant le silence de son compagnon dont il ne savait pas si il était dû à sa position, somme toute équivoque, sur lui ou à leur discussion en cours.
_ Certes, consentit à répondre ce dernier, un sourire en coin sur son visage prouvant qu'il était ravi de l'avoir laissé mariner, tout autant que de pouvoir le peloter allègrement.
Meg … Il avait fallu attendre le deuxième entretien avec la jeune fille pour qu'il puisse l'appeler par son prénom. Il n'en avait pas eu l'occasion la première fois et bizarrement cela lui paraissait étrange, comme si la nommer la rendrait réelle, concrète. C'était stupide ! Qu'est-ce qui pouvait être plus réel que la présence physique de la jeune fille ?
Il secoua la tête et embrassa Duo amoureusement avant de lui laquer la cuisse pour le forcer à se lever. Il débarrassa la table avant de la contourner pour entourer son amant de ses bras, il était particulièrement câlin le matin et ce dernier adorait ça ! Il senti le japonais plonger la tête dans ses cheveux lâchés et inspirer fortement, qu'il aimait quand il faisait ça aussi ! Il déposa alors de petits baisers dans son cou et sourit contre sa peau en sentant les frissons qui remontaient de la colonne vertébrale de Heero.
Celui-ci soupira de contentement et tourna la tête pour accueillir une paire de lèvres douces et fermes, glissant une main sur la nuque du châtain pour le retenir. Ils se cajolèrent quelques minutes, goûtant à cette tendresse qui était devenue routinière mais absolument pas ennuyeuse.
_ Je lui téléphone toute à l'heure, annonça finalement Heero en se redressant. Je te tiens au courant dans la journée, j'y vais, je t'aime.
Et sur ces derniers mots il partit travailler. Duo était de repos mais, comme d'habitude, s'était levé pour déjeuner avec lui. Tout en finissant de ranger la cuisine, il fit une liste mentale des aménagements à faire pour accueillir Meg, s'organisant progressivement. Il faudrait dire adieu à leur bureau ou à leur chambre d'amis, l'une des deux pièces devenant la chambre de la brunette. Elle choisirait la pièce qu'elle préférerait et ils n'auraient qu'à installer un canapé convertible dans la pièce restante avec leurs bureaux et le tour serait joué.
Non, en fait, ce n'était pas ce genre de broutilles qui allait chambouler leur vie. C'était plus en rapport avec leurs horaires de travail que ça poserait problème. Ils pouvaient avoir des horaires de bureaux mais ils pouvaient être appelés en mission également. Bon pour Heero, ce serait plus facile, sauf cas particuliers comme ils avaient eu avec ces dernières missions, il n'était plus censé aller sur le terrain, mais ça arrivait parfois et si Duo était absent à ce moment là ?
Et puis, elle allait devoir intégrer le collège près de chez eux à la prochaine rentrée d'ici trois mois, s'y plairait-elle ? Parviendrait-elle à s'adapter à cette nouvelle vie ? Que se passerait-il si il y avait un problème ? Quel serait l'impact sur son homme ? Non, décidément, savoir de quelle couleur il fallait repeindre les murs n'était pas vraiment une grosse inquiétude …
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_ Et celui-ci ? Demanda Duo en pointant du doigt un papier peint crème aux légers motifs floraux.
La jeune fille grimaça et les deux hommes soupirèrent de concert. Ils étaient dans les magasins depuis plus de trois heures et si la partie mobilier était réglée, ce n'était pas le cas de la décoration. Ils commençaient doucement à perdre espoir. Si Meg était bien consciente de ce qu'elle n'aimait pas quand elle l'avait sous le nez, c'était déjà plus difficile de lui faire dire ce qu'elle aimerait.
_ Ok, on laisse tomber le papier peint ou on va y passer la nuit, soupira Heero. Et une peinture ?
La jeune fille hocha la tête et ils changèrent de rayon. Si on leur avait dit qu'ils passeraient des champs de bataille aux rayons bricolage et aménagement d'un grand centre commercial, ils auraient éclaté de rire avant de faire interner le comique en question. Et pourtant …
Même si cela leur semblait étrange, ce n'était pas désagréable pour autant, c'était « normal », c'était ce que le commun des mortels faisaient en temps de paix, c'était la vie de tous les jours et même leur exaspération finalement leur permettait de se sentir humain, vraiment humain.
Ce ne fut que plus d'une heure plus tard qu'ils ressortirent de là, épuisés mais satisfaits d'avoir trouvé tout ce dont ils avaient besoin et d'avoir réussi à tirer des phrases complètes à la brunette qui les suivait. Le personnel du foyer les avait mis en garde à de nombreuses reprises, ces enfants n'avaient jamais eu à donner leur avis sur quoi que ce soit, ils se contentaient d'obéir et d'étudier. Parvenir à lui faire avouer ses goûts, à lui faire donner son avis sur quelque chose, même si il ne s'agissait que de la couleur des murs, était déjà un exploit en soi.
Cependant, elle prenait ses marques petit à petit. Se sentant plus à l'aise au fur et à mesure de leurs rencontres. Duo n'était pas toujours là, travail oblige, mais Heero lui faisait toujours un compte rendu détaillé, n'étant jamais avare de mot quand il s'agissait de sa fille. Et si ils avaient encore du mal à la considérer comme tel, ne serait-ce que par le peu d'écart en âge, elle avait maintenant une place affirmée dans leur famille, dans leur maison.
Il fallut ensuite la ramener au foyer, et eux commenceraient les travaux le lendemain. Quand la chambre serait prête, elle s'y installerait. Ils apprirent en discutant avec le directeur après avoir raccompagné Meg, que plusieurs enfants étaient susceptibles d'être placés en famille d'accueil. Il était encore trop tôt pour parler d'adoption, il leur fallait plus de temps pour faire le point sur les capacités de ces enfants, il ne manquerait plus qu'ils fassent adopter de futurs tueurs ou des newtypes incontrôlables.
_ C'est tout ce qu'on peut souhaiter en tout cas, ils ne vont tout de même pas vivre jusqu'à leur majorité dans ce foyer, lança Duo en montant dans la voiture.
_ C'est sûr, approuva Heero en démarrant, en même temps je comprends les inquiétudes du directeur. Beaucoup de ces enfants pourraient se révéler dangereux si ils ne grandissent pas entourés comme il faut.
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_ Alors, ça te plaît ? Demanda Heero, légèrement anxieux.
_C'est très beau, confirma sa fille en esquissant un très petit sourire.
_ C'est ce que tu imaginais ? On peut encore changer des petites choses si tu veux, ou alors tu verras avec le temps, si tu veux changer certains meubles de place par exemple, intervint Duo, conciliant.
_ Oui, merci.
_ Bien installe-toi alors, quand tu auras fini, rejoins-nous au salon, nous devons t'expliquer notre emploi du temps pour cette semaine, que tu puisses t'y retrouver, lui annonça le japonais. Et si Mask t'embête pousse-le gentiment, il est collant mais pas méchant, conclut-il en jetant un œil au chat déjà installé sur la valise de Meg.
Ils n'eurent pas à attendre bien longtemps, après tout ce n'était pas comme-ci elle avait beaucoup d'affaires à déménager. Une fois son installation terminée, elle les écouta expliquer leur organisation de la semaine. Ils ne souhaitaient pas la laisser seule et comme elle n'allait pas encore au collège, ils avaient convenu que Heero resterait travailler à la maison à l'exception de deux demi-journées durant lesquelles il devait tenir des réunions, Duo s'était alors arrangé pour être là à ce moment-là.
Ils ne voulaient pas non plus qu'elle s'ennuie, aussi avait-il mis en place un programme de rattrapage scolaire pour les matières qu'elle n'avait jamais suivi et avaient programmé des sorties pour la distraire. Ils voulaient une vie des plus banales pour elle, cinéma, parcs d'attraction, shopping, sport, etc …
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_ Tu penses que ça ira ? C'est sa première nuit et …
_ Duo, tu viens juste d'aller voir et elle dort, le coupa Heero en souriant gentiment. Elle a douze ans, pas cinq. Si elle se réveille, elle saura nous trouver. Et franchement, quand tu vois où elle dormait au centre ... Et puis, elle s'était parfaitement adaptée au foyer, alors il n'y a pas de raison.
Il l'entoura de ses bras pour finir de le convaincre et attira sa tête sur son torse pour lui faire comprendre qu'il était maintenant l'heure de dormir. Son compagnon se résigna et se détendit, nichant son nez dans le cou du brun. La plupart du temps, c'était Heero qui dormait sur lui mais là il avait besoin de cette étreinte pour se calmer.
Sentir le corps chaud et musclé de son amant contre lui lui procurait toujours le même bienfait et malgré le temps écoulé, il était toujours surpris de parvenir à si bien se détendre au creux de ses bras. Il se cala mieux et tenta de faire le point dans ses pensées.
C'était lui le plus confiant au début, et là, il angoissait. Il avait un mauvais pressentiment et même si il n'était pas newtype, il avait toujours eu un instinct fiable. Il accepta cependant de faire confiance à son japonais et de mettre ça sur la nouveauté de la situation, après tout, l'un comme l'autre que connaissaient-ils de la vie de famille ?
Dans sa nouvelle chambre, Meg finit par se mettre au lit, épuisée par cette journée chargée en émotions et en nouveautés. Elle ne savait pas encore ce que cette vie allait lui apporter, en bien comme en mal, elle ne pouvait pas être aussi confiante que ses tuteurs le souhaiteraient et elle avait beau faire des efforts pour tenter de comprendre ce qu'elle ressentait, c'était encore trop abstrait pour elle, trop nouveau peut-être aussi. Pourquoi n'attendaient-ils rien d'elle ?
Elle sursauta lorsque Mask bondit sur son lit à hauteur de ses jambes pour s'y installer, ravi de voir un nouveau lit et un nouvel humain dans sa maison. Il déchanta vite quand, d'un geste sec de la jambe, Meg le dégagea de son perchoir.
_ C'est mon lit, murmura-t-elle d'une voix sèche avant de s'enrouler dans la couverture plus confortablement et tenter de s'endormir.
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_ Alors, comment ça se passe ? Demanda Hilde en donnant une compote à sa fille âgée maintenant de dix mois et qui gazouillait gaiement entre deux cuillères.
_ Ça va, sourit Duo en jouant distraitement avec les boucles brunes de la petite Ombelline.
_ Tu es très convainquant, s'amusa Hilde gentiment. Qu'est-ce qui te tracasse ?
_ Hmpf, soupira l'américain. Je ne sais pas trop. Heero s'est énormément attachée à elle, moi également, mais je ne ressens pas trop le retour de notre affection venant d'elle. J'ai l'impression qu'elle s'empêche volontairement de s'attacher à nous. Elle est polie, aimable et ne rechigne jamais quand on lui demande quelque chose mais à côté de ça … Je ne sais pas, soupira-t-il encore, c'est comme si elle était trop parfaite tu vois ? Elle n'agit pas du tout comme une enfant de son âge. Elle est calme, posée et réfléchie et ne se met jamais en colère ou ne saute jamais de joie même si elle ne manque jamais de nous remercier. Elle sourit et rit parfois mais j'ai l'impression que c'est plus une réaction physiologique qu'autre chose.
_ Et tu ne t'es pas dit que vu son passé, c'était peut-être normal ? Qu'il allait falloir du temps pour qu'elle se réadapte ? Que dit sa thérapeute ?
_ Comme toi, je suis peut-être trop impatient, lui accorda-t-il. Mais elle rentre au collège dans un mois et j'ai peur que son comportement ne la mette à l'écart des autres, déjà qu'elle est supérieurement intelligente, je n'ai pas envie qu'elle se retrouve isolée, cela ne l'aiderait pas à devenir une adolescente « normale ».
_ Tu anticipe trop Duo, soupira-t-elle gentiment. Il faut laisser les choses se faire, ce qui ne veut pas dire que vous ne deviez pas intervenir si vous en ressentez le besoin, précisa-t-elle rapidement devant le froncement de sourcils du châtain. Ce que je veux dire, reprit-elle après avoir nourri une nouvelle fois sa fille, c'est que devenir parents ça ne se fait pas du jour au lendemain, ça s'apprend au jour le jour et, ça, peu importe l'âge de l'enfant. Duo, fais-vous confiance, vous allez y arriver, tenta-t-elle de le rassurer.
_ Heero a confiance, dit-il seulement.
_ Et toi, tu culpabilises de ne pas y parvenir, devina la jeune femme en se levant pour débarrasser les restes du repas de sa fille.
_ C'est un peu ça oui, je ne comprends pas, gémit-il en se passant une main sur le visage.
_ Tu es déboussolé parce que d'habitude, de vous deux, c'est toi le plus fonceur, le plus confiant quand il s'agit de socialisation, lui expliqua-t-elle, mais rappelle-toi, tu étais dans le même état au moment de céder à ton japonais, sourit-elle.
Il la regarda, ahuri, sortir sa fille de sa chaise haute pour la déposer dans son parc. Elle disait vrai ? Est-ce que c'était seulement ça le problème ?
_ Ça te dérange vraiment que Heero devienne plus impliqué dans la vie d'autres personnes ?
_ Non ! S'indigna Duo avant de comprendre que son amie ne cherchait qu'à lui faire comprendre. Et puis c'est sa fille, souligna-t-il au passage.
_ Alors, tout va bien. Il vous faut juste vous habituer à vivre ensemble, sourit-elle encore en tapotant la tête châtain comme elle l'aurait fait avec sa fille.
Elle aussi avait changé en devenant mère, s'en était-elle au moins rendue compte ? Se demanda Duo en la regardant d'un œil nouveau.
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_ Je suis rentré ! Lança Duo en poussant la porte.
Sa discussion avec Hilde lui avait fait du bien et puis il avait été heureux de voir Ombelline, il aurait aimé les voir plus souvent mais depuis l'arrivée de Meg, le temps leur était un peu compté. Il ne regrettait rien, et puis ce ne serait pas toujours comme ça. Il fallait juste apprendre à s'organiser. Fort de cette nouvelle assurance, il se dirigea vers la cuisine, seule pièce d'où provenaient des bruits de voix.
_ Tu as fait vite, l'accueillit Heero en l'embrassant pour lui souhaiter la bienvenue.
Il avait été très clair là-dessus dès le départ, il n'était pas question de ne plus se montrer leur amour sous prétexte de la présence de la jeune fille. Si elle décidait de vivre avec eux, alors autant qu'elle se fasse le plus tôt possible à leur couple.
_ J'ai n'ai pourtant pas eu l'impression de me presser, le rassura son compagnon. Vous faites quoi de beau ? Demanda-t-il à Meg en train de faire il ne savait quoi devant les plaques de cuisson.
Elle se contenta de le regarder sans rien dire avant de se retourner vers son occupation.
_ Elle voulait apprendre à cuisiner, intervint le brun pour débloquer la situation.
Il n'était pas le seul à avoir remarqué que sa fille était plus à l'aise avec lui qu'avec Duo. Il espérait que les choses s'arrangeraient. De son côté, c'était avec Trowa qu'il en avait discuté et sans le savoir ils en étaient arrivés à peu près aux mêmes conclusions. Il fut rassuré de voir que Duo ne se vexait pas et que Meg avait hoché la tête dans sa direction pour confirmer ses dires, c'était déjà ça après tout, songea-t-il.
Cela faisait presque deux mois qu'elle vivait avec eux et pour sa part il était satisfait de l'évolution de sa fille. Ce n'était pas simple tous les jours et elle avait parfois des réactions imprévisibles mais après tout, quel adulte pouvait se vanter de comprendre tout ce qui se passait dans la tête d'une gamine de douze ans ?
_ Et alors ? Vous nous préparez quoi ? S'enquit Duo avec son sourire habituel.
Oui. Il avait de la chance. Son compagnon était un homme admirable. Ils s'en sortiraient.
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A suivre ...
Merci à tous de me suivre, d'avoir laissé un mot, d'avoir mis en favori ou en alerte, ça me touche beaucoup et m'encourage, vous êtes géniaux – ne devrais-je pas dire géniales ? – et j'espère que vous me suivrez jusqu'au bout !
A bientôt
