15.

Synchronisée, coordonnée, ne faisant qu'une seule manœuvre, la frappe du Général de l'AL99-DS1 avait déferlé sur RadCity et, au signal, les caches répertoriées grâce aux diverses informations, avaient été investies, ceux présents exécutés à bout portant, et les fuyards rattrapés et eux aussi mis à terre.

Depuis la Centrale de Télécommunications de son Bureau, Aldéran supervisait ses troupes un mur entier d'écrans renvoyant les images des différentes scènes d'Interventions.

- Mais, qui vas-tu laisser en vie, Général ? interrogea Kycham !

- Le moins de monde possible, grinça le grand rouquin balafré. Il n'est que temps d'opérer un nettoyage par le vide, radical. En plus, ça fera des économies qui seront les bienvenues !

- Vu la débauche de moyens que tu as mobilisés, ça m'étonnerait que la note soit légère ! remarqua Kycham.

- Je parlais des frais d'emprisonnement et de procès qui n'auront pas lieu d'être, aboya Aldéran, le regard plutôt réjoui, ce qui fit frissonner son subordonné.

- Ils ont le droit d'être jugés ! tenta néanmoins de protester ce dernier.

- Je leur ai retiré tout droit, même d'exister, à partir du moment où ils s'en sont pris à ma galactopole, rugit Aldéran. Je les ai condamnés à disparaître et cette première purge va faire un bien fou au moral !

Kycham jeta un regard suspicieux à son Général, ne dit rien, alors qu'il continuait de jeter ses ordres en rafale.


Les lieux sécurisés, Aldéran s'était rendu sur l'une des scènes d'Interventions.

Glissant légèrement sur le sol détrempé de sang, les locaux ravagés, murs et plafonds explosés.

Il esquissa un sourire.

- Voilà ce que j'appelle du travail bien fait, commenta-t-il, ce qui impressionna désagréablement Jarvyl, Talvérya et Soreyn qui étaient les plus proches de lui.

- Aldie, ce n'est pas une Intervention, c'est un massacre, s'étrangla Soreyn. On a dû en finir certains à l'arme blanche.

- C'était encore trop doux pour eux, siffla son Général. Et cet immeuble n'abritera plus jamais de terroristes en puissance. En revanche, on n'a fait que couper une de leurs tentacules. Au tour des autres, à présent !

- Ce carnage… souffla la Sylvidre de l'Unité Anaconda. Il te faudra en répondre.

- Je ne fais que rendre coup pour coup. J'ai à éradiquer cette engeance, et c'est bien ce que j'ai l'intention de mener à terme !

- Les avocats des survivants ne vont pas te louper, poursuivit Jarvyl.

- Je n'en ai strictement rien à branler ! Et je ne permettrai certainement à ces planqués endimanchés de critiquer mes méthodes ! Vérifiez qu'il ne reste pas un survivant puis rentrez à l'AL99-DS1 pour le débriefing.

Et Aldéran tourna les talons.

- J'ai bien compris, murmura alors Talvérya, ce n'était que la première frappe ? !

- Je le crains, confirma Soreyn.

- Ce n'est pas rendre coup pour coup ça, grogna Jarvyl. Nous avons été pire qu'eux !

- Aldéran a décidé de ne pas faire dans le détail. Et je crains que ce ne soit plus terrible encore la prochaine fois…

- Je comprends et je partage ses motivations, reprit Soreyn, mais je trouve cela malgré tout extrêmement malsain !

De retour à l'AL99-DS1, Aldéran avait vu l'une de ses trois secrétaires, Shérylane, venir à sa rencontre.

- Tu as de la visite, Général.

- Quoi les avocats veulent déjà me tomber dessus, ou bien on vient me reprendre les étoiles ? ironisa-t-il.

- Je ne connais pas cet homme. Il a refusé de décliner son identité, aussi il patiente en salle de sécurité.

Etonné, Aldéran se dirigea vers le local hermétiquement clos, à la porte duquel se tenaient deux agents armés.

- Ouchan…


Prêt à entendre les reproches de sa Hiérarchie, Aldéran s'était retrouvé face aux Généraux Elumaire et Grendele ainsi que devant Munir Kolchelle le Coordinateur des Polices.

- Votre expédition punitive a été largement suivie par les Médias.

- Oui, les hélicos des journalistes nous ont bien compliqué la vie, grogna Aldéran. Ils ont failli percuter un de ceux de l'Armée !

- Vous avez mis RadCity à feu et à sang, jeta Munir. Cette entreprise était totalement démesurée.

- Elle était parfaitement justifiée, intervint Aym Grendele. Les Seigneurs du Chaos ont littéralement racketté RadCity depuis des années. Nous avons perdu un temps précieux à nous organiser, à nous rassembler, mais le jour était venu de leur rendre la monnaie de leur pièce ! Même s'il ne s'agissait que d'un premier engagement, la frappe du Général Skendromme marquera les esprits – tous les esprits – et indique que désormais nous ne nous laissons plus faire et que nous mènerons cette guerre au finish.

Soulagé d'avoir l'appui de son pair, Aldéran se détendit.


Ses fils et leur mère couchés, Aldéran était ressorti, s'était rendu sur le parking d'un Centre Commercial où Ouchan l'attendait déjà.

- Les troupes d'Ayrie et de Thuur sont aux portes de RadCity.

- Voici les pass et les adresses pour leur permettre de s'installer, le plus discrètement possible, fit le grand rouquin balafré en remettant les documents au basané Roi de l'Ouest. Les caisses d'armement vous seront fournies dans les jours à venir.

- Vous savez que vous jouez avec le feu, Général Skendromme ? Je ne donne d'ailleurs pas cher de votre peau une fois que votre alliance avec nous éclatera au grand jour !

- Ca me regarde. Occupez-vous de mener la vie dure aux Seigneurs – appropriez-vous leurs territoires, je ne m'en prendrai pas à vous.

- Vos galons et votre carrière sont morts, Général !

Aldéran fixa un moment Ouchan qui avait une bonne demi tête de plus que lui et était deux fois plus épais, mais il se contenta de tourner les talons et de revenir à son tout-terrain.

« Le pire, c'est qu'il a parfaitement raison : je me torpille en beauté et en plus de mon âme, ma carrière ne survivra pas à cette collaboration ! ».