Lithion marchait calmement entre la monture de Legolas et le cerf de Thranduil. Les plaines, les collines et les forêts défilaient lentement. Une armée ne pouvait être déplacée avec rapidité, toute la logistique était trop importante pour la laisser au hasard. Gilthoniel soupira longuement, regardant les espaces au loin.
« Quelque chose de va pas Thoniel ? S'inquiéta Legolas.
- Quand je vois tout ce monde à parcourir, et que nous avançons à la vitesse d'un escargot, ça me désespère.
- Ne sois pas lassée de cette route, elle nous mène vers des destins funestes. Si j'avais un souhait à formuler en ce jour, c'est que ce voyage ne prenne jamais fin, Gilthoniel ... » déclara Thranduil qui la fixa, une immense tristesse baignant son regard.
Elle comprit son sous-entendu. Baissant la tête, elle lâcha ses rênes, et de la main droite elle vint effleurer son bras dans un geste affectueux tout en finesse. Il la lui saisit vivement, et garda ses doigts prisonniers des siens pendant de longues secondes. L'ardeur de son étreinte signifiait tout. Elle regretta dès-lors ses paroles, et riva son attention sur la chaîne de montagnes qui s'élevait au loin.
« Nous allons passer non loin des refuges des Gobelins ! Cria Aragorn en chef de file. Soyez sur vos gardes !
- Dire que nous allons passer aux côtés de l'Angmar ! Faut-il que nous soyons fous ?! Lança Eomer qui regardait à l'ouest, les sombres monts qui se dressaient comme une épine dorsale noire et hirsute.
- Rassure-toi Eomer, les ombres si puissantes il y a une dizaine d'années, ne sont plus qu'un souvenirs ! Rassura Faramir qui était à ses côtés.
- Tu sais tout comme moi, que les orques et les gobelins se terrent dans les boyaux montagnards, qui peut dire avec certitude combien il en reste ?
- Ne vous rongez donc pas autant les sangs Seigneur des Chevaux ! Nous sommes bien assez nombreux pour qu'ils nous fichent la paix ! Brailla le roi Dáin légèrement en retrait.
- Je serai de nature plus paisible quand toute cette histoire sera terminée ! Je n'ose songer aux dangers qui nous guettent.
- Alors faites taire vos songes, car quoi que vous imaginiez, rien ne vous préparera à ce que vous allez découvrir. Déclara Thranduil le visage fermé.
- Très encourageant Seigneur Thranduil Vraiment vous avez le don pour remonter le moral des troupes !lâcha Eomer sèchement.
- Allons Eomer ! Je vous ai connu plus brave et hardi ! Le taquina Legolas le sourire aux lèvres.
- A l'époque je n'avais ni femme, ni enfant Legolas ! Je doute que vous compreniez ! »
Tous se turent devant cette cruelle vérité, ne sachant du coup plus quoi avancer. Thranduil le fusilla presque du regard, et le toisant avec dédain il déclara d'une voix froide :
« Lui peut-être pas, mais d'autres si Seigneur Eomer ! Faites silence avant que vos paroles n'éveillent de ténébreuses rancœurs ! »
Eomer déglutit avec effort devant l'attention glaciale du roi sylvestre. Il jeta un oeil sur Legolas, puis se souvint de l'épouse disparut. Sans oublier Gilthoniel qui voyageait à ses côtés. Lui au moins savait sa famille en sécurité. Le roi Elfique avait dans les rangs, tout ceux qui lui tenaient le plus à coeur. Eomer baissa le regard, et sincère, il dit simplement :
« Je suis désolé ... »
Puis il talonna son cheval pour le faire avancer et prendre des distances. Il partit en amont, suivant les éclaireurs.
Ils n'eurent cependant pas à craindre d'ennemis lors de leur avancée, et c'est en fin d'une radieux après-midi de fin de printemps, qu'ils arrivèrent aux pieds des Montagnes Grises, qui se dressaient comme autant de colosses de cendre. Ils établirent le campement et se regroupant, les chefs tinrent conseil.
« Plus à l'ouest, entre le Mont Gundabad et la chaîne de l'Ered Mithrin, il y a un col. Qui devrait être dégagé en cette saison. Les routes commerciales ont dues être abandonnées depuis longtemps, mais j'ai bon espoir qu'elles restent praticables. Du moins assez pour faire passer les hommes et le matériel. Le seul soucis c'est qu'il faudra être rapide et discret. Nous allons entrer dans les régions inhospitalières du Nord, et des Ymiriens.
- Les Ymiriens ? Questionna Aragorn.
- Oui, des géants recouverts d'une toison blanche épaisse, semblable à du givre. Leur tête est ornée de cornes noires luisantes, aussi terribles et meurtrières que celles d'un taureau. Ils savent se battre, et je les considère comme des trolls au point de vue intelligence et civilisation. Autant dire, plus des animaux qu'autre chose. Expliqua Thranduil taciturne.
- Et bien .. ça promet ! Fit le roi Nain en ayant un petit rictus moqueur.
- Ce n'est pas tout. Les montagnes sont sûres, dès que nous toucherons les terres de neiges, bien avant l'océan glacé, nous devrons nous méfier des vers de glace. Ils se déplacent enfouis dans le sol. Si nous sentons la terre trembler sous nos pieds, c'est qu'il est déjà trop tard. Un grand bruit les attire.
- Ho, et nous devons quoi, voler pour les éviter ? » lança Eomer narquois.
Automatiquement toutes les têtes convergèrent vers Gilthoniel qui leva ses mains en signe de protestation, en déclarant :
« Ne pensez pas que je vais porter toute une armée Messieurs ! »
Ils eurent un petit rire, et Faramir déclara avec malice :
« Non, juste les souverains Gilthoniel, confortablement installés sur votre échine ! »
Thranduil lui lança un regard noir, trouvant cet humour des plus douteux. Faramir baissa les yeux, puis se raclant la gorge avec gêne, il fit songeur :
« Nous resterons un jour à nous reposer ici, les troupes vont souffrir à l'ascension du col, sans parler des forces qu'il va falloir mettre en oeuvre vu tout ce que le Seigneur Thranduil nous a dit.
- Qu'il en soit ainsi Faramir. Tes conseils sont toujours for avisés. Allons chasser un peu, nous allons avoir besoin de vivres, car nul ne sait ce que nous trouverons derrières les montagnes. » déclara Aragorn sagement.
Thranduil ne trouva pas la force de lui avouer combien les Hommes allaient souffrir une fois là-bas. Ils étaient trop loin à présent, il était peu judicieux de les décourager avant l'heure. Il regagna sa tente, où Gilthoniel se brossait les cheveux en fredonnant un air elfique. Elle le regarda de ses yeux d'argent, et un froid effroyable vint le saisir. Il vint vers elle, et plongeant son visage dans ses cheveux de cendres, il soupira longuement, comme si un fardeau immense plombait ses épaules. Il la serra contre lui, se délectant de sa chaleur, de sa présence, et murmura :
« Serre-moi fort, s'il te plaît ».
Consciente que Thranduil devait que rarement demander les choses, elle se pressa de le faire, inquiétée par son comportement. Il lui demanda juste cela, et au bout de longues minutes de silence, il alla s'asseoir sur un fauteuil, en la tirant doucement par le bras. Il la fit s'asseoir sur ses genoux, et elle se lova contre lui. Elle fronça les sourcils, réellement confuse, alors qu'il lui caressait lentement les cheveux.
« Seigneur .. ? osa-t-elle demander la voix fébrile.
- Chut Gilthoniel …. s'il te plaît ... souffla-t-il au creux de son oreille. Laisse-moi m'abreuver de ces silences, laisse-moi les imprimer jusqu'à ... »
Sa voix s'éteignit, la saisissant jusqu'aux tréfonds de l'âme, comprenant son souhait. Ils restèrent longtemps comme cela, au point même qu'elle somnola tout contre lui, et que ce simple fait, le transporta de bonheur.
…...
La route était délabrée, de nombreux éboulis rendaient l'avancée difficile et périlleuse. Ils devaient sans cesse s'arrêter pour déblayer, tendre des planches pour les chariots, et faire des trésors d'inventivité pour ne serait-ce que faire dix mètres parfois. Cela les épuisait. Sans parler du fait, que même si le col était dégagé, la neige était encore présente sur les versants nord. Couverts également de givre, ce qui rendait les descentes très dangereuse. Le froid s'insinuait partout à l'ombre, et ils remercièrent Faramir d'avoir eu l'idée de prendre des dispositions pour la froidure qui les piquait ardemment.
« Par ma barbe ! Si j'avais su ! J'aurais fait venir des bouquetins des Montagnes Bleues ! Lança le roi Dáin se plaignant de la lente évolution des chevaux.
- Les bouquetins ne portent pas autant de poids ! S'exclama Eomer piqué au vif par cette réflexion.
- Peut-être mais ils ont le pied sûr ! Vos chevaux sont maladroits et se fatiguent vite ! » finit de pester le nain en soupirant une énième fois devant un cheval quelque peu rétif.
L'épuisement avait tendance à mettre les nerfs à vif. D'un commun accord ils décidèrent de faire campement sur un plateau en hauteur, dégagé mais de ce fait, exposé au vent. Les landes neigeuses naissaient au-dessous de leur position, une trentaine de mètres en aval. Ils dressèrent les tentes, et parquèrent les chevaux, au centre du campement. Les chariots vides faisant front aux bourrasques protégeant ainsi les toiles de leurs assauts. Legolas et Gimli se réchauffaient près d'un feu, et le nain s'exprima en riant presque :
« Dire que je me plaignais de la pluie !
- Tu vois qu'il faut toujours faire attention à ce que l'on souhaite ! » lança Legolas goguenard.
Gimli haussa les épaules, et soufflant dans le creux de ses mains, il les frotta vivement l'une contre l'autre. Gilthoniel s'avança vers eux, et frissonnante elle vint se coller à Legolas, qui la serra vivement contre lui. Conscient qu'elle devait souffrir bien plus du froid que les elfes. Elle regarda les alentours, le vent n'était pas très violent, mais suffisamment pour faire claquer les toiles des tentes inlassablement. Les arêtes du col se découpaient en ombre grise sous la lune, et le givre commençait à tout envahir. Elle grelotta de plus belle sous une bourrasque et se raidit contre Legolas.
« Tu devrais aller te réchauffer dans la tente de mon père Thoniel, la sermonna-t-il
- Le roi n'est pas là, et seule je m'ennuie. Je sais que je ne boude pas un peu de solitude, mais ce froid m'effraie. Il y a d'étranges sons dans le vent. Des choses que je n'ai jamais entendu.
- Il y a des créatures qui nous sont inconnues dans ces lieux reculés Thoniel …
- Je sais Legolas, et c'est bien ça qui me fait peur, répondit la femme en posant sur lui un regard anxieux.
- Qu'est-ce qui pourrait bien effrayer un dragon ? S'exclama Gimli enjoué
- Un autre dragon ? Rétorqua-t-elle du tac au tac.
- Oui … en effet. » fit sombrement Gimli en se balançant légèrement sur ses pieds.
La silhouette de Thranduil apparut à leur côté, et le roi elfique semblait peu incommodé par le gel ambiant. Gilthoniel sut qu'il allait lui demander de le rejoindre, alors elle embrassa ses deux amis, et elle fila sous leur couvert et des couvertures bien chaudes. Elle grelottait affreusement, se sentant pitoyable à côté du souverain qui ne bronchait absolument pas face aux températures ambiantes. Il se colla à elle et la réchauffant de son corps il déclara :
« Plus tu te contracteras, plus tu auras froid. Calme-toi. »
Elle hocha la tête en claquant des dents, mais elle eut du mal à arriver à maîtriser ses défenses naturelles. Elle réussit à trouver le sommeil après un long moment, faisant des cauchemars épouvantables, faits de guerre, de combats avec un dragon, des cris et un tumulte sans nom l'assourdissaient presque.
« Gilthoniel ! » ce cri là était bien réel.
Elle se réveilla en sursaut, le cœur palpitant dans sa poitrine à une vitesse folle. Elle vit Thranduil s'armer de sa magnifique épée, et lui jetant un regard presque sauvage il ordonna :
« Tu restes là compris ?!
- Jamais !
- Fais ce que je te dis !
- J'ai déjà combattu Seigneur !
- Je le sais ! Ne me le rappelle pas ! » s'écria-t-il encore hanté par la peur qui l'avait envahi, pendant ce combat qui se passait au loin et dont il ne devinait rien.
Il sortit du couvert de la tente, se jetant dans le combat avec une vengeance ancestrale coulant dans ses veines. Tout comme les dragons, les créatures du nord soulevaient en lui, les pires souvenirs. La colère noire qui le possédait à chaque fois, ne faiblissait pas malgré les siècles de sa longue existence. Gilthoniel n'en resta pas là pour autant. Elle se vêtit plus chaudement, et prenant ses dagues, elle passa la porte dont le pan de tissu claquait violemment. Dehors son visage se décomposa face au spectacle qui se déroulait devant elle. Le plateau était envahi par un combat chaotique, qu'elle eut du mal à déchiffrer au début. Haldir et Legolas lui avaient toujours appris qu'il fallait analyser les données avant de foncer, et de garder la tête froide. De grandes masses gris clair évoluaient dans les troupes de nains, d'hommes et d'elfes. Les flèches pleuvaient du ciel, transperçant les chairs, aveuglant l'ennemi. Des cris rauques de souffrance s'élevaient, mêlés à des rugissements inhumains. A une dizaine de mètres elle vit Thranduil qui se battait avec rage conte un monstre qu'elle n'avait encore jamais vu. Les Ymiriens étaient sur eux. Elle fut subjuguée quelques secondes face à l'adresse de Thranduil avec ses armes. Elle ne l'avait encore jamais vu combattre, et elle vit quel grand guerrier il pouvait être. Le géant dont le pelage brillait sous la lune, avait des crocs qui sortaient de sa gueule comme des défenses, son faciès aplati était sombre, ses cornes noires brillaient en éclats froids sous la lune. Ses yeux émettaient une lumière blafarde, qui faisait froid dans le dos. Armé d'une massue, il balayait l'espace de façon brutale, tout comme ses compagnons. Faisant une gracieuse passe avec un pas sur le côté, le souverain sylvestre passa derrière la bête, lui sectionna les tendons des genoux, et le décapita. Il tapa dédaigneusement le corps de son pied, une lueur satisfaite dans les yeux. Ils étaient une quinzaine et faisaient énormément de ravages. Plus que les hommes, c'étaient les chevaux qui attisaient leur convoitise. L'enclos avait été soufflé, et les bêtes affolés galopaient à tout va. Certaines chutèrent même dans le vide, aveuglées par la peur qui les possédaient. Gilthoniel pensa à Lithion, et elle se jeta dans le tumulte pour chercher son fidèle destrier. Thranduil la vit du coin de l'oeil, et réellement en colère il hurla son nom. Mais soit elle ne l'entendit pas, soit elle l'ignora, car elle continua sa course. Plongeant dans le chaos qui se mouvait autours d'eux. Il se rua à sa poursuite, maudissant son inconscience. Elle hurlait le nom de son cheval, mais dans ce vacarme de chocs et de mugissements, il ne devait pas l'entendre. Elle le vit acculé près d'un rocher, un des Ymiriens penché sur lui. Le monstre l'attrapa vivement, et fracassa la pauvre bête contre le sol. Un hennissement déchirant traversa l'espace, et le regard horrifié elle accéléra sa course. Arrivée près du géant des glaces, elle lui sauta agilement sur le dos, attrapant ses cornes pour se maintenir. Totalement enragée, elle lui planta la lame de sa dague à la base de la nuque, détachant sa tête de moitié sous la force de sa colère. Le monstre émit un gargouillis morbide avant de s'affaler sur le sol. Elle sauta souplement à côté de son cheval. La pauvre bête était couchée sur le flanc. Lithion fit un mouvement pour se relever, mais brisé de toutes parts, il n'eut qu'un gémissement affreux. Les yeux noyés de larmes, elle se pencha sur lui, caressant sa magnifique tête grise. Elle lui souffla doucement, faisant fi des combats qui l'entouraient.
« Là mon beau … ça va aller …. ça va aller … nous nous reverrons je te le promets….namárië ninya maira nilmo » (Adieu mon précieux ami).
L'animal poussa un soupir rauque, puis avec un acte de courage désespéré elle lui planta la dague dans le coeur. Il eut un dernier soubresaut, et son souffle se figea. Les mains pleine de sang, elle se releva en titubant, complètement sous le choc. Ses doigts se resserrèrent sur la garde de son arme, et folle de rage, elle se retourna. Ses yeux baignés de larmes étincelaient presque sous la lune montante. Elle n'entendait plus le vent qui gémissait à ses oreilles, pas plus que les cris des hommes à l'agonie. Quelque chose était en train de la dévorer de l'intérieur, une souffrance qu'elle avait connu lors de la perte de ses parents, et toute la rancœur qu'elle avait pu abriter secrètement en son sein, explosa. Elle se lança dans le combat, venant en aide à Legolas et Gimli. Thranduil l'observa un instant, il sut qu'une part d'elle venait de mourir cette nuit. Et il en souffrit, sans commune mesure. Elle se battait comme une furie, avec une redoutable habileté. Une fois l'ennemi de Legolas mort, elle vint en aide à Aragorn et ses hommes. C'est alors que le coeur de Thranduil se serra. Ivre de combat elle se démenait contre un Ymirien que le Roi Sylvestre jugea trop près du précipice. Elle vit le danger trop tard, l'animal attrapa sa jambe dans sa chute, la faisant basculer. Elle s'accrocha en plantant ses dagues dans le sol gelé, essayant désespérément de se hisser. Mais l'animal était trop lourd et ne la lâchait pas. Thranduil se jeta au sol pour lui attraper le poignet, et elle cria sous les tensions qui lui écartelaient le corps. Legolas surgit derrière son père, et bandant son arc, il décocha une flèche qui se figea dans le front de son assaillant, et la bête chuta, libérant Gilthoniel de son emprise de fer. Thranduil réussit à la tirer sans trop de mal sur la surface sécurisé du plateau. Ils basculèrent sur le sol, et essoufflée elle le regarda un instant, lisant en lui la peur qu'il venait de ressentir. Elle cala son visage sur sa poitrine une brève seconde, en signe d'excuse, et il lui caressa les cheveux en murmurant :
« Ne me refais plus jamais ça ... »
Ils se relevèrent, et virent que les autres monstres avaient été vaincus. Ils avancèrent côtes à côtes à la rencontre des Rois qui les accompagnaient. Eomer eut le visage pétrifié d'horreur quand il vit plus de la moitié des chevaux étendus sur le sol. Brisés, à moitié dévorés, certains n'étaient même pas encore morts. Il alla les achever, les uns après les autres, et c'est un homme au visage brisé de chagrin qui leur passa à côté sans dire un mot. Il alla aider les survivants. Heureusement, peu d'hommes avaient perdu la vie, et cela minimisa la sombre tristesse qui envahissait le roi du Rohan. Un silence de mort s'était abattu sur le camps dévasté. Ils relevèrent les blessés, récupérèrent ce qu'ils purent, et les tentes encore debout virent s'entasser les survivants en leur couvert. Les abris seigneuriaux avaient été pour la plupart épargnées, car mieux défendues, mais Thranduil offrit le couvert à Eomer et Faramir, ainsi qu'à Legolas et à Gimli. Il y avait largement assez de place pour eux tous. Les hommes regardaient Gilthoniel, couverte de sang, dont le regard hagard n'augurait rien de bon. Elle avait déjà tué des orques et des gobelins, aidé ses amis, mais elle n'avait jamais encore été obligée d'en achever un. Elle lavait ses lames de façons calculée trop calculée dans un mutisme des plus total. Et alors qu'elle vint se nettoyer le visage, Faramir vit quelque chose sur son côté. Le sang qui s'écoulait n'était pas d'un de ses ennemis. Il se leva et venant étudier cela de plus près, il vit que les couches de cuirs avaient été tailladées.
« Gilthoniel ? Comment vous êtes-vous fait cela ? »
Elle fronça les sourcils en ne comprenant pas sa question, mais les hommes présents si, ils se pressèrent à ses côtés, et Legolas se figea.
« Un guérisseur, vite ! »
Il voulut lui toucher le flanc mais elle repoussa son bras sans ménagement. Le contre-coup de la bataille était plus profond qu'ils ne pouvaient le soupçonner.
« Thoniel ! Gronda Legolas franchement en colère.
- Laisse-moi ! Je vais bien !
- Gilthoniel vous perdez beaucoup de sang … objecta Gimli inquiet.
- Je ne veux pas qu'on me touche ! Laissez-moi j'ai dit ! » Ragea-t-elle au bord de l'explosion.
Thranduil ft un signe de la tête à son fils, et celui-ci comprit. Il passa sur son côté, et se positionnant derrière, il glissa ses bras sous les siens, et les remontant vivement il l'immobilisa. Elle hurla en se défendant âprement. Prenant appui sur le meuble devant elle et poussant avec force dessus.
« Retenez-là Legolas ! » ordonna Faramir qui décida de lui prendre les jambes.
Il reçut d'ailleurs un magnifique coup de pied dans le ventre, serrant les dents il pesta :
« C'est qu'elle a de la force ! »
Eomer vint l'aider, et il fallut trois hommes pour l'immobilier. Ils la portèrent sur le lit, et Thranduil la plaqua sur les couvertures en s'écriant :
« Gilthoniel ! Calme-toi !
- Non ! Lâchez-moi ! » ses cris redoublaient de plus belle.
Ce qui alarma Aragorn qui arriva accompagné de Gimli et d'un des guérisseur du campement.
« Que se passe-t-il ?
- Vite ! Nous avons besoin d'aide ! » Fit Thranduil qui la plaquait toujours avec force.
Le guérisseur demanda à Aragorn de l'aider, et le roi arriva à faufiler ses mains entre le corps de l'elfe et celui de la femme en plein délire qui ne cessait de se débattre. Il arracha le tissu autours de la plaie, et grimaça en la voyant. Un flot de sang s'évacua sur les couvertures, et tous retinrent leur souffle. Le guérisseur se pencha sur Gilthoniel et fit :
« Respirez cela ! Nous allons nous occupez de vous. »
Il lui plaqua une fiole sous le nez, puis après de longues secondes de lutte acharnée, elle finit par se calmer, totalement droguée par ce que lui avait fait sentir le médecin. Il soupira et déclara :
« Bon il va falloir faire vite, et je vais avoir besoin d'aide. »
Il blêmit un peu en voyant l'entaille, mais en bon professionnel, il commença son œuvre faisant des trésors de savoir-faire et de dextérité. Au final, elle se retrouva avec des points de sutures qui longeaient ses côtes en position basse, sur une dizaine de centimètres. Ils restèrent ensuite à la veiller, heureux de voir l'aube se lever, et de s'apercevoir que le vent tombait enfin.
…...
La neige crissait sous ses pas, elle regardait le manteau immaculé qui s'étendait un peu plus loin, pour rejoindre ce lac de lumière qu'était le Désert Gelé sous le soleil. Lithion lui manquait, elle avait perdu un vrai soutient, un ami fidèle et courageux. Sans oublier la valeur symbolique que ce cheval détenait. Il avait été le premier cadeau de Thranduil, le premier geste de tendresse qu'il avait eu à son égard. Elle avait du le tuer, couper un lien invisible, et ce manque la faisait souffrir aujourd'hui. Sa blessure se remettait plus vite que pour un être humain normal, les dragons cicatrisaient bien plus facilement. Couverte par une cape en fourrure, elle frissonna sous la brise qui soufflait sur le plateau peu à peu déserté par l'armée. Ils se remettaient en route après deux jours de repos. Elle n'avait pas beaucoup parlé depuis cet événement tragique, et elle n'en ressentait pas le besoin. Honnêtement, elle ne se souvenait pas de son attitude sous la tente, de cette réaction quasi démentielle qui l'avait possédée. Elle avait été bien confuse quand ils lui expliquèrent tout cela. Elle regardait la ligne d'horizon, pensive.
« Je devrai les laisser ici, et aller seule à la rencontre de Carach et Belegurth …. il y a tellement de morts et de souffrance. Je crois, que je comprends mieux les choix des Valars, et pour quelle raison je dois mourir. Nul autre ne devrait disparaître dans ce combat. Ils n'ont rien demandé. »
Legolas vint à ses côtés, et vu l'air déterminé de son amie, il avait compris la teneur de ses tergiversations.
« Non Gilthoniel. Ensemble jusqu'à la fin ... »
Elle tourna un regard presque suppliant vers lui et, ayant du mal à articuler, elle déclara :
« Il y a tant de pertes, de douleurs, Legolas … ne suis-je pas celle qui doit de toute façon mourir dans ce combat ? Pourquoi entraîner autant d'âmes dans mon sillage ?
- Parce que c'est leur choix. Aucun souverain digne de ce nom, ne laissera quelqu'un d'autres défendre son royaume.
- Et il n'y a pas plus pugnace qu'un nain ! Fit Gimli en les rejoignant. J'aimerai bien vous voir dire au Roi Dáin de retourner d'où il vient !
- Je n'ai pas besoin de lui dire Gimli …. » répondit Gilthoniel en le fixant, un pale sourire dessiné sur ses lèvres fines.
Legolas lui prit la main vivement et dit inquiet alors qu'elle tournait la tête vers lui :
« Non Gilthoniel ! Ne fais pas ça je t'en prie ! N'oublies pas notre promesse !
- Et si je l'honorai justement en faisant cela Legolas ? Est-ce que ça ne t'est jamais venu à l'esprit ? »
Les yeux de l'elfe s'embuèrent légèrement, il lui caressa le visage et murmura :
« Je t'en prie Gilthoniel …. »
Un autre timide sourire anima son visage parfait, ses yeux d'argent brillant comme des joyaux dans la lumière du soleil.
« Je laisse encore le temps décider Legolas, mais le jour où ma décision sera prise, même avec l'amour que je te porte, que je vous porte …. je partirai ... »
Les deux amis sentirent leur cœur se serrer, tant ils savaient à présent qu'elle ne reviendrait plus en arrière. Thranduil s'avança vers eux, et intervint :
« Je viens vous chercher. Les autres souverains nous attendent, nous partons. »
Tournant leur attention sur lui, l'elfe et le nain hochèrent la tête et laissèrent Gilthoniel qui ne s'était pas retournée. Le regard braqué sur le lointain. Quand le roi elfique fut à sa hauteur, elle soupira :
« Cet endroit est magique, on dirait un océan de lumière. Les arbres de Valinor ont le même éclat.
- Les arbres ? Reprit Thranduil saisit par sa déclaration.
- Oui Seigneur … je les ai vu .. en songe. Avec Dame Galadriel, et nos créateurs …. »
Le souffle de Thranduil se coupa sous cet aveu, lui-même ne les avait jamais vu. Il la contempla quelques instants, sa beauté éclatant dans la lumière blanche qui baignait tout alentours. Et il aurait pu croire voir une des premières elfes qui foulèrent les terres d'Aman. Tous ceux de son peuple savaient, que ceux qui avaient vu le rayonnement des arbres, étaient bénis de grands pouvoirs. L'envie de l'embrasser, de la serrer contre lui, de la faire sienne même ! Le démangea. Mais il ne pouvait pas. Un long soupir s'extirpa de sa poitrine. Il passa derrière elle, et elle fut surprise de voir ses bras encadrer sa tête, ses mains tenant quelque chose de fin et brillant. Un collier. Le mithril étincelait sous les rais blancs, et la gemme offrait un ballet iridescent de toute beauté. Le pendentif était un dragon finement ouvragé, et la pierre se tenait dans sa patte, au niveau du cœur. Le travail d'orfèvrerie était magnifique, d'une pureté sans égal. Il lui passa le collier, et boucla le fermoir. Elle prit le pendentif entre ses doigts fins, et contempla l'objet, émue plus que jamais. Il la serra contre lui et lui murmura :
« Je voulais te l'offrir plus tard, mais … la perte de Lithion m'a fait changé d'avis ... Je sais que tu souffres beaucoup de ce qu'il s'est passé. Je suis désolé Gilthoniel ...»
Elle se retourna vivement, et balançant tous les protocoles aux orties, elle vint l'embrasser avec ardeur. Gênant par la même tous ceux qui les observaient de loin. Ils finirent par les rejoindre, Thranduil monta sur son cerf avec grâce, et tendant le main à la femme aux cheveux de cendre, il fit :
« Il peut très largement supporter nos deux poids. Monte. »
Elle hésita, sachant pertinemment la valeur de cette monture, mais l'animal sembla l'inviter en se baissant un peu à sa portée. Elle saisit le bras de Thranduil, et se plaça derrière lui. Serrant les dents à chaque pas, sa blessure lancinante se rappelant à elle. Thranduil s'en aperçut, et il ralentit la cadence, certifiant aux autres que son cerf ne mettrait que quelques bonds pour les rejoindre aux besoin.
Ils descendirent donc de longs corridors de roches nues, des chemins escarpés sans ombre. Ils avaient du abandonner une bonne partie de leurs chariots, à cause du manque de chevaux pour les tracter. Le confort allait être encore plus précaire, mais Gilthoniel s'émerveilla du courage de ces hommes. Ils arrivèrent enfin aux abords du déserts de glaces, et la neige leur montait à la moitié du tibia. Les elfes ne souffraient pas de ce genre d'inconfort, vu qu'ils évoluaient avec légèreté. Les troupes s'arrêtèrent devant une étendue blanche et nue, qui s'étendait à perte de vue.
« Ne nous hâtons point. Les langues de terres et les bras de rivières, sont indissociables en ces lieux. La glace est encore épaisse, nous ne devrions pas rencontrer de problème majeur pour notre avancée. Mais restons prudents. » déclara Thranduil qui étudiait le sol avec attention.
Duilwen arriva avec son cheval et elle pointa un doigt vers le désert immaculé et avertit :
« Il y a d'étranges traces plus au Nord.
- Animales ? S'inquièta Aragorn.
- Oui, mais pas que. Je n'ai jamais vu cela avant.
- Conduis-moi ! » ordonna Thranduil qui la suivit, accompagné des autres rois.
Ils se stoppèrent devant d'étranges marques, qui traçaient deux longs sillons parallèles et interminables dans la poudreuse. Il y avait également des traces de loups. Mais des loups énormes dont les empreintes faisait la taille d'une main d'homme. Thranduil eut un sourire énigmatique et regardant les alentours avec ses yeux d'elfes, il fit un mouvement de la tête vers l'Est et expliqua :
« Des Lossoth, ils reviennent de la Baie Glaciale de Forochel, réinvestissant les landes du désert à la belle saison. Le gibier revient et ils délaissent les bords de la grande mer. Nous risquons d'en croiser quelques uns.
- Et nous Seigneur Thranduil ? Par où devons-nous aller? Demanda Faramir soudain inquiet.
- Toujours plus au Nord. Il y a une montagne, surgissant dans le désert, comme une dent de glace. Elle s'appelle le Mont Aeglos, l'épine de neige, si vous préférez. Le sommet est haut et acéré comme un croc, bordés de montagnes plus petites formant un croissant, protégeant ainsi une petite plaine. Un endroit douillet si l'on considère le froid et le vent qui sévissent en ces lieux désertiques. Mais, il est aussi dangereusement accolé à la forteresse, je doute que nous puissions jouir sereinement de son couvert. Expliqua Thranduil songeur.
- Un vrai coin de villégiature ! S'exclama Gimli avec humour.
- Continuons à avancer alors. » dit Aragorn en reprenant la marche.
Le paysage était morne et froid, seuls quelques rochers, parfois des collines, en pierres sombres, transperçaient la couverture neigeuse ci et là. Ils avançaient péniblement, et la fatigue les gagnait rapidement. Gilthoniel souffrait de moins en moins, mais elle s'avoua secrètement, qu'elle aimait bien être sur le dos du cerf. Les bras autours du souverain, se laissant bercer par la marche cadencé de l'animal, la tête reposant souvent sur les épaules de son incomparable amant. Bon, la seule ombre au tableau était son épée, qui portée dans le dos et bien qu'elle soit magnifique, avait un contact glacé assez peu confortable. Mais elle passait outre, se délectant de ces instants particuliers. Alors qu'ils évoluaient un peu en retrait, elle nicha son visage dans le creux de sa nuque, ce qui le fit diablement frissonner. Elle lui chuchota quelques mots, qui le firent sourire. Il répondit juste :
« Dès que l'occasion se présente ... »
Et là ce fut elle qui eut un petit rire espiègle. Elle resserra son étreinte autours de sa taille, et regarda le paysage défiler sous ses yeux argentés. Ils établirent un campement de fortune la nuit venue, faisant des tours de gardes assidues, même si les Ymiriens ne viendraient plus les attaquer dans les plaines. Thranduil, Faramir, Eomer, Legolas, Gimli et Gilthoniel partagèrent à nouveau le couvert de la tente. Alors qu'ils buvaient un breuvage chaud, Gilthoniel observait Eomer en silence. Depuis l'attaque sur le plateau dans le col des Montagnes Grises le Seigneur des Chevaux ne parlait presque plus, et se renfermait. Pire, à chaque fois qu'elle croisait son regard, il déviait le sien, animé par une rancune indéfinissable. Elle ne pouvait plus supporter ses soirées où l'atmosphère était étouffante à la longue. Elle qui était assise à côtés de Legolas qui discutait tranquillement avec Gimli, se leva, et alla dans sa direction, sous le regard protecteur de Thranduil. Eomer faillit se lever mais sa voix le retint :
« Ne partez pas Roi Eomer, attendez je vous prie. Je dois vous parler. »
L'homme du Rohan riva ses yeux bleus sur elle, et il déglutit avec effort. Il lui en voulait, ça se voyait, mais en lui se battaient tant d'autres choses. Son admiration pour elle pour commencer, car elle était aussi vaillante qu'eux, ses origines fabuleuses, et cette beauté qui l'avait tant interpellé lors de leur première rencontre.
« Je n'ai rien à vous dire Gilthoniel ! Lança-t-il acerbe.
- Un guerrier tel que vous ne devrait pas fuir devant un combat aussi inconséquent qu'une discussion.
- Les discussions peuvent être les pires batailles.
- Pensez-vous à ce point manquer d'esprit ? » Le questionna-t-elle sans détour, une légère pointe d'humour dans la voix.
Il allait vertement l'envoyer balader, mais elle lui prit la main, et ce simple geste le figea. Thranduil sourit devant sa manoeuvre, n'avait-il pas lui-même baisser les armes à son contact ? Ancrant son regard dans le sien, elle dévoila, toute en sincérité :
« Je suis désolée Eomer … tellement désolée ... »
Il resta interdit, ne s'attendant pas à des excuses, surtout dit avec un tel timbre de voix, suave et criant de véracité. Ses cheveux gris foncé lui rappelèrent la robe de son cheval, celui qu'elle avait dû abattre elle-même. Ce souvenir le percuta, réalisant peut-être une chose importante. Il eut un sourire tiré, et lui faisant à présent face, il répondit :
« Ne le soyez pas. Je sais que vous faites ce qu'il faut pour nous aider … mais tant sont tombés …
- Je ne vous demanderai jamais rien Roi Eomer. Si vous pensez qu'il est de votre devoir de préserver votre peuple, je le comprends, je vous pousse même à le faire. Jamais je ne vous en tiendrai rigueur.
- Je peux avoir nombre de défauts Gilthoniel, mais certes pas celui de la lâcheté. Non, j'irai jusqu'au bout, puisque c'est là que nous devons aller. »
Elle lui caressa le visage d'une main tendre, et ce geste rappela à Eomer sa femme et ses enfants. Il ferma les yeux un instant, submergé par une sensibilité qui lui fit mal. Il se leva et sans un mot de plus, sortit de la tente pour prendre l'air dans le froid glacial.
« Comme quoi, la splendeur dont vous êtes bénie, vient à bout de tout, Gilthoniel... dit Faramir avec un doux sourire.
- Puissiez-vous avoir raison Faramir … puissiez-vous avoir raison. »
L'aube se leva, plus froide encore que la nuit. Un léger vent s'était levé, et de sombres nuages menaçaient à l'horizon. Le Roi Elessar préparait ses affaires tranquillement, quand Faramir entra dans la tente en disant :
« Aragorn, nous allons avoir un problème. »
Ce dernier se retourna lentement, n'aimant pas entendre cela de la bouche de son intendant. Lui faisant face il lui fit signe de continuer.
« Nous allons manquer de vivres.
- Je pensais que tu avais tout organisé ! S'exclama Aragon stupéfait par cette annonce.
- Oui, mais l'attaque sur le plateau a mis à mal nos réserves. Espérons trouver du gibier, quel qu'il soit, en ces terres. Autrement nous serons trop peu à arriver au Mont Aeglos.
- Envoies un petit groupe en éclaireurs, et tiens-moi au courant ! »
Faramir le salua et ressortit. Aragorn sentait que sa patience allait céder sous cette campagne. Les pires choses ne cessaient de se produire. Il prit un verre qui traînait sur une table, et le jeta avec force contre la paroi de sa tente, jurant un bon coup en respirant à fond. Il sortit pour aller faire part de son ennui aux autres rois. Thranduil le rassura, ils trouveraient bientôt de quoi se nourrir. Ils devaient seulement patienter, et heureusement Haldir avait fait porter une réserve impressionnante de Lembas. Celeborn lui en avait même donné un peu plus que prévu, quand il avait su leur destination. Les nuages noirs qui germaient à l'horizon finirent par arriver, et une tempête les obligea à rester sur place plus longtemps que prévu. Et cet arrêt forcé, pesait à tous.
Dans une fin de nuit, Gilthoniel regardait au dehors, juste devant la porte fermée derrière elle, en frissonnant. Elle vit une autre aurore se lever, et les courants glacés semblaient se calmer peu à peu. Deux bras réconfortants vinrent l'enlacer, et Thranduil lui murmura au creux de l'oreille.
« Tout ce temps à l'arrêt, et pas une seconde pour nous deux … je déteste ce voyage. »
Gilthoniel sourit à ces mots, et se retournant, elle plongea dans son regard clair qui reflétaient les premiers rayons du soleil. Dans cette aube mordorée, toute sa condition s'exprima, elle fut émue par le simple fait de tenir un être comme lui, entre ses bras. Par les Valars que cette situation le dévorait ! Si proches à présent, et incapables de pouvoir en jouir pleinement. Elle eut un sourire mutin, et parfaitement consciente de ce qu'elle faisait, elle plaça son nez frais contre la peau de sa gorge, et il frissonna. Emettant un léger grognement, il plaqua son visage contre le sien, et se retenant du mieux qu'il le pouvait, il soupira :
« Tu es infernale ... »
Et son gloussement fut la plus douce des musiques en ce nouveau jour d'épreuves. Soudain il releva la tête, à l'écoute de quelque chose, et aiguisant son regard il se détacha d'elle en vitesse, rentra à nouveau dans la tête et s'écria :
« Mes amis ! La chasse est ouverte ! »
Un grondement au loin, comme un orage approchant dans un ciel clair, venait vers eux à grande vitesse. Aragorn sortit de sa tente et il vit Thranduil lui faire un signe vers la plaine désertique. Aragorn fit face au soleil levant, et il retint sa respiration devant ce qui se produisait sous ses yeux ébahis.
Dans la neige colorée de teintes pastels, une masse brune polycéphale en contre-jour, dévorait les mètres dans une course folle. Il n'avait encore jamais vu de tels animaux. Ils ressemblaient à des cerfs, mais en plus petit. Leur bois étaient fins et courts, leur pelage diapré, et leur tête un peu plus longue et aplatie. Un nuage blanchâtre fait de souffles et de transpirations en évaporation, les enveloppaient dans la nuit évanescente. Une cloche retentit, et les hommes sortirent des tentes. Ils s'habillèrent vite, et même les souverains furent rapidement sur leur monture. Les cavaliers armés partirent à la poursuite de l'immense troupeau qui leur passait à côté. Il s'étendait sur des kilomètres. Gilthoniel allait suivre Legolas et Gimli, partis avec entrain aider leurs amis, mais quelqu'un l'agrippa par le bras. Confuse elle se retourna, et Thranduil la fixa, un sourire malicieux sur les lèvres, et il fit en l'amenant à lui :
« Je te l'avais dit, dès que l'occasion se présente ! »
Elle comprit de suite où il voulait en venir, alors délaissant le frisson de la chasse qui avait commencer à lui faire vibrer le corps, elle le suivit. Ils étaient enfin seuls, la battue allait être longue, et ils étaient sûrement seuls. Il lui emprisonna le visage de ses mains, et pouvant enfin libérer tout ce qu'il refrénait depuis des jours, il vint l'embrasser avec fougue. Elle eut un drôle de couinement tandis qu'il plaquait ses mains vigoureuses sur sa taille, et il se recula, surpris. C'est alors qu'en soulevant le tissu, il vit la cicatrice. Cela le figea un quart de seconde, et Gilthoniel rougit un peu d'embarras.
« Désolé. Promis je vais faire plus attention. » déclara-t-il en venant déposer de légers baisers sur sa peau, tout autours de la cicatrice presque totalement guérie. Il devint délicat, doux, et si aimant, que la femme qu'il retenait sous ses attentions, mourut pour renaître plusieurs fois. Et à chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de plonger dans son regard d'argent, et d'y puiser toutes ses forces. Il l'aimait, et il savait, que cet amour causerait sa perte. Ils profitèrent de ces heures inoubliables, et une fois repus, ils décidèrent de se rafraîchir, et vue la température le mot était faible, avant de rejoindre les autres.
Les carcasses d'animaux s'entassaient peu à peu à l'entrée du camps. Aragorn, Faramir, Legolas, Gimli et Eomer étaient encore à encercler les bêtes qui restaient à la traîne. Gilthoniel suivit Thranduil sur le dos de son cerf, et ils allèrent les rejoindre. Le soleil était haut, et l'air agréable. La neige avait une odeur indéfinissable ici, et ce décor sauvage, dévoilait toute sa splendeur. En regardant le désert magnifique qui s'offrait à leur vue, Gilthoniel le compara à Thranduil. Froid d'aspect, redoutable, mais d'une splendeur sans commune mesure. Oui, elle était bel et bien amoureuse, elle ne pouvait plus se le cacher. Tandis qu'ils tournaient brides pour rejoindre le camps à près de cinq cent mètre d'eux, les chevaux commencèrent à être nerveux, les souverains, habiles cavaliers, les canalisèrent. Mais les bêtes ne cessaient de renâcler, de gratter le sol. Le cheval d'Aragorn cabra violemment, se défaisant de sa poigne de fer, et Thranduil devint blême. Il regarda le sol, et sentant les vibrations au-dessous il hurla :
« Dispersez-vous ! »
A peine eut-il dit cela que quelque chose d'énorme surgit du sol, dans une explosion de terre et de glace. Les montures prisent de panique se dégagèrent rapidement, mais Aragorn était resté en arrière.
« Aragorn ! » cria Gilthoniel.
Thranduil n'eut pas le temps de la retenir que déjà elle avait sauté du dos du cerf et courait vers lui. L'ombre gigantesque se dressait dans la lumière, obscurcissant presque le ciel. Et Thranduil eut un frisson de dégoût qui le paralysa. Un ver colossal se tenait devant Aragorn, qui avait dégainé Andúril et essayait de canaliser la peur qui le clouait sur place. Thranduil entendit des cavaliers arriver derrière lui, prêts à en découdre avec l'animal monstrueux. Sa tête se finissait par une gueule gluante sertie de crocs jaunâtres. Sa carapace grise sur le dessus, était bordée d'une fourrure blanche éparse. Des flèches essayèrent de le transpercer, mais toutes ricochèrent dessus avec un étrange bruit métallique. L'animal se tourna vers ses assaillants et laissant tomber tout son corps sur le sol, déclenchant un tremblement de terre, il balança son corps oblong dans l'espace, balayant les lignes d'elfes qui l'attaquaient. Puis les nains accoururent, sautant vaillamment sur son échine lisse, leur hache cognant avec tout autant d'impuissance l'armure naturelle de l'animal. Il se défit d'eux avec une telle facilité que ce fut un véritable outrage. Gilthoniel était aux côtés d'Aragorn, et voyant l'adversaire, elle sut que les pertes allaient être innombrables. Elle poussa le roi Elessar sur le côté, tandis que le ver des glaces les attaquait. Puis la femme aux cheveux de cendre se mit à hurler, et tous la dévisagèrent, se demandant si elle avait perdue l'esprit. Elle agitait ses bras dans les airs, ses lames donnant des éclairs blancs au soleil.
« Viens par là ! Approche ! » criait-elle à l'adresse du ver qui finit par se focaliser sur elle.
Elle courut aussi vite qu'elle le put, et une fois à distance raisonnable, elle se transforma. Le ver s'arrêta une seconde, surpris, puis pas le moins du monde impressionné, il se rua sur le dragon. Gilthoniel balança sa gueule en avant, emprisonnant la tête du ver dans sa puissante gueule, mais elle ne parvint pas à défoncer sa carapace. Elle essaya par en dessous, là les crocs touchèrent quelque chose, s'enfonçant de quelques centimètres. L'animal siffla sauvagement, et cracha un liquide verdâtre sur le corps du dragon. Gitlthoniel hurla de douleur sous l'acide qui lui mordait le corps. Elle roula son corps dans la neige pour se nettoyer au plus vite, baissant ainsi sa garde. Son ennemi se jeta sur elle, emprisonnant sa gorge de ses crocs. Il n'arriva pas pour autant à passer le mur de ses écailles. Un hurlement de frustration s'éleva de la gueule du dragon blanc.
Les hommes regardaient la scène, figés entre terreur et émerveillement face à ce combat titanesque qui se déroulait sous leurs yeux. Thranduil talonna son cerf, se ruant vers les deux monstres, et il hurla en espérant qu'elle l'entende.
« Dégage-toi Gilthonie ! Par les Valars bouge ! Ne le laisse pas s'accrocher tu …. » mais ses yeux s'agrandirent sous l'horreur.
Le ver bien accroché, commença en contracter son corps et dans un geste vif, il encercla le dragon de tout son long. Contractant tous ses muscles, Gilthoniel était prise au piège. Elle donna des coups de gueule désespérés, essayant d'attraper son agresseur pour se dégager, mais rien n'y fit. Elle se sentait étouffer, comprimée au point que son sang avait du mal à circuler. Ses os se mirent à craquer dangereusement, elle n'arrivait plus à réfléchir, soudainement épuisée. A bout de souffle, sa vision se para d'étoiles. Elle sentit les crocs du vers s'enfoncer plus cruellement dans ses écailles argentées, sa faiblesse tôt ou tard allait lui permettre d'atteindre les chairs tendres. Elle vit la glace au-dessous d'elle, se transformant en eau sous leurs assauts. Son regard eut un éclat indéfinissable, mais avec sa patte libre, elle creusa le sol avec le peu de force qui lui restait. Elle coula un regard à Thranduil et grogna :
« Reculez ! Fuyez ! »
Il s'aperçut de son manège, et obéissant, il retourna auprès des autres. Ils reculèrent jusqu'au camps, à près d'un kilomètre de là où se tenait l'affrontement. Gilthoniel avait de plus en plus de mal à respirer, elle pria pour arriver à faire ce qu'elle voulait avant qu'il ne gagne. Une fois l'espace sous leurs corps massifs à l'état de liquide, baignant dans une mare limpide, elle puisa dans son pouvoir. Son corps se contracta violemment une fois, puis deux, et à chaque fois des crépitements caractéristiques se faisaient entendre. Tant est si bien qu'à la troisième fois, elle hurla et une décharge digne de la foudre traversa son corps, transperçant toutes les défenses du ver des glaces. Elle recommença plusieurs fois, jusqu'à ce que l'animal succombe aux décharges électriques. Pris de convulsion, il se détacha d'elle, et elle le regarda agoniser lentement. Puis dans une geste sec, elle attrapa sa tête dans sa gueule, et ses crocs transpercèrent le cadavre sans mal. Elle arracha la tête de l'animal sans problème, la recrachant à plusieurs mètres. Elle les entendit scander son nom, tandis qu'elle s'effondrait sur le sol, épuisée, reprenant paisiblement son souffle. C'est alors qu'elle découvrit de son œil gauche, une silhouette au loin. Une petite fille aux cheveux noirs, qui la dévisageait sans un mot. Elle fut rejoint par des adultes, et Gilthoniel, réellement exténuée, reprit sa forme humaine. Elle resta allongée dans la neige, face au ciel, la poitrine soulevée par de grandes inspirations quelque peu anarchiques. Elle vit Thranduil la rejoindre, se jetant genoux au sol, pour la soulever un peu. Il lui sourit et souffla fièrement :
« Très judicieux ... »
Elle lui sourit faiblement, et quand elle vit son expression s'immobiliser, elle devina qu'il venait de les voir, également.
