11.
Non sans horreur, Ban avait comparé les relevés pris par Toshiro seulement trois jours plus tôt, avaient ceux datant de quelques minutes seulement.
- A présent son corps est complètement envahi par cette chose ! Ses organes sont entourés par un réseau de fibres végétales et le dard de cette fleur fait pression sur le muscle cardiaque. Si on n'avait pas enrayé, semble-t-il, le développement de cette Synomarielle, elle l'aurait transpercé avant l'aube !
- Il fait glacial ici, souffla Kei en claquant des dents.
- Ce truc est végétal, le froid le stoppe, comme je viens de le dire. Mais ce n'est qu'un moyen dérisoire pour le combattre. Cette chose est intelligente, elle risque de s'adapter et de reprendre sa mortelle progression.
- Que vas-tu faire pour l'en débarrasser, Doc ? questionna Clio.
Le bedonnant médecin barbu eut un profond soupir d'impuissance.
- Que veux-tu donc que je fasse ? se lamenta Ban. Que je lui envoie du désherbant, de l'herbicide ou du défoliant via intraveineuse ? !
- Albator avait déjà dit qu'il était prêt à carburer à tout cela si ça pouvait faire crever cette plante, fit amèrement Toshiro. Ce n'est évidemment pas une option envisageable. Et même dans ses délires les plus barges, il n'aurait pas non plus songé à extraire ce truc de sa chair à coups de scalpel – enfin, je suppose… !
- Il faut pourtant bien que cette chose meure ! se récria Kei alors que le Doc de l'Arcadia les faisait sortir de la salle glacée où il avait isolé son patient.
- Pour cela, il faudrait d'abord savoir ce qu'est Synomarielle, et depuis tous les jours où je planche sur le sujet, je n'ai toujours pas l'ombre d'un indice, avoua Toshiro. Et comme l'a souligné Doc, il y a intérêt de ne pas traîner sinon cette créature serait bien capable de trouver la parade au froid de cette pièce, et là je ne donne plus cher de la vie d'Albator !
Faisant montre pour la première fois depuis son arrivée à bord de quelque chose qui ressemblait à du stress, Clio avait presque bu d'un trait les trois quarts d'une bouteille de saké.
- Je n'étais pas là, à l'époque, mais d'après vos propos, à Albator et toi, Toshy, cette Synomarielle serait là depuis la guerre contre ces Illumidas, fit-elle en rompant un pesant silence où personne n'osait se regarder, l'Ordinateur lui-même n'émettant aucun cliquetis ou lueur depuis sa salle. Il doit bien rester des vestiges de leur invasion. Si on pouvait…
De la tête, Kei approuva, ainsi que Toshiro d'un sifflement.
- Oui, il est possible que des épaves traînent encore, murmura la jeune femme blonde.
- Et j'ai encore dans mes mémoires l'emplacement des stations militaires spatiales et terrestres – j'ai extrait ces infos de leur base sur la Terre. Je vais chercher où se trouvait la station la plus proche de nos coordonnées actuelles et si j'y capte un écho, je nous y dirigerai. Mais je doute qu'on arrive à tomber sur des systèmes encore en état, du premier coup en sus.
- En attendant, Ban, comment vas-tu t'occuper d'Albator ? s'enquit Kei.
Le médecin repoussa de la main l'épaisse frange qui lui tombait jusqu'au milieu du visage.
- Hormis surveiller que cette Synomarielle ne se ranime pas, je me sens bien démunis, souffla Ban. Et même si c'était le cas, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire. J'ai prélevé un échantillon de la fleur, je vais voir si les appareils de mon labo peuvent me sortir des informations, au minimum biologiques, sur sa nature… Dis donc, Kei, au passage, tu étais obligée de lui décocher trois décharges paralysantes ? Une seule aurait amplement suffi à le sonner pour des heures !
- Toshiro m'ayant avertie que cette plante envahissante avait pris le contrôle, je n'ai voulu courir aucun risque d'entrée. Je n'imaginais d'ailleurs pas qu'il pourrait encore bouger après deux tirs.
- Entre les secousses de tes tirs et les ravages de Synomarielle, il n'est pas près de sortir du coma. Je suis surpris qu'il ait tenu aussi longtemps au vu de ce qu'elle a fait à son organisme !
- Non, il n'a pas lutté autant qu'il l'aurait dû, le contredit sèchement Toshiro. L'Albator d'il y a seulement deux ou trois ans aurait résisté de toutes ses forces et il aurait réussi à le faire plus de temps. Là, son sort lui importait bien peu et il a laissé Synomarielle l'envahir, j'en suis certain ! Par contre, s'il avait deviné ses intentions envers le vaisseau, il se serait un peu plus rebellé… Et, au réveil, il ne se pardonnera pas de sitôt le meurtre de ces deux Marins !
- Il n'était pas lui-même, glissa Kei. Dans un autre cas figure, je n'aurais jamais pointé mon arme sur lui !
- Je doute que cela l'apaise.
A un signal de son beeper, Ban se leva de la table.
- Les ampoules de composés minéraux sont prêtes. Je vais tâcher de rééquilibrer, au moins un peu, son équilibre interne. Mais tout ce que j'envoie par perfusions est absorbé par Synomarielle. Il faut impérativement la détruire pour qu'un quelconque traitement puisse avoir une chance d'agir.
- Kei, Clio, retournez donc prendre un peu de repos. Pendant ce temps, je nous sors de la zone de l'Araignée. En milieu de matinée, j'ose espérer que je nous aurai trouvé un cap.
- Ne traîne pas, Professeur ! gronda Doc Ban. Je ne sais pas combien, mais Albator n'a pas beaucoup de temps vu l'agressivité de cette plante invasive !
- J'ai le souvenir d'une station bibliothèque, murmura Kei.
- En effet ! approuva Toshiro, avec un sursaut. Leurs archives. Si elle n'est pas trop loin, si elle n'a pas été rasée, je nous y emmènerai. Je vous en dirai plus une fois les informations recoupées.
La réunion terminée, Kei était retournée à sa cabine pour y finir la nuit, ayant cependant proposé à Clio de lui tenir compagnie, ou inversement, mais la Jurassienne avait décliné l'offre.
Insensible au froid, irradiant de lumière, elle était retournée dans la salle d'isolement, au chevet de son ami.
