Pov Yolina

Cela faisait quelques jours que j'avais élu domicile à l'hôtel pour me noyer dans l'ennui et la peine en attendant le jour de ma fin. Le téléphone avait sonné d'innombrable fois depuis mon arrivé, mais je me contentais de le scruter en pleurant comme une enfant.

Pleurer, c'est tout ce que je pouvais faire maintenant.

J'étais fatigué, de plus en plus malade, mais surtout, je me sentais anéanti. Je n'avais pas vu cela arriver, je n'avais pas compris à quel point je m'étais attaché à Jasper. Il aura fallut une nuit pour que je prenne conscience que j'étais irrévocablement amoureuse de lui. J'étais censé être son amie, l'aider autant que possible à dépasser son état de dépression et j'avais échoué, de mon côté en tout cas. J'avais été si sur d'avoir le contrôle, si sur d'être capable de n'être que son ami.

Mais sincèrement, comment ne pas s'attacher à Jasper ? Outre son physique parfait, il dégageait une aura de puissance, un charme auquel on ne pouvait être insensible et tout cela recouvrant une fragilité, une sensibilité à laquelle il était impossible de résister.

Ouai, Yoli, tu as vraiment fait un super travail.

Une partie de moi voulait attraper mon téléphone et lui dire de me rejoindre, mais je savais que je ne pouvais pas faire ça. Pas maintenant que j'étais si proche de la fin, je ne pouvais qu'espérer que Carlisle avait été capable de fermer sa bouche. Dire que je n'avais pas été surprise de le croiser à l'hôpital serait l'euphémisme du siècle, j'avais faillit faire un arrêt cardiaque en le voyant au bout du couloir, me scrutant curieusement.

Lorsqu'il n'avait pas tenté de me suivre, j'avais bêtement pensé qu'il se contenterait de faire comme s'il ne m'avait pas vu, qu'il n'allait pas fourrer son nez dans les affaires qui ne le regardaient pas. Manque de chance, peu de temps après, je recevais un coup de fil de sa part, reconnaissant le numéro de l'hôpital, j'avais eu la bonne idée de répondre, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre sa voix à l'autre bout du fil, me demandant si j'allais bien, me suppliant de le laisser m'aider, de contacter Jasper...

Je m'en voulais un peu de l'avoir traité de la sorte, d'autant que ses intentions étaient les meilleurs, mais il n'était pas question que je laisse Jasper me regarder mourir. Pas après avoir perdu sa femme.

J'avais ensuite pris la décision de contacter Esmée dans l'espoir d'apaiser les esprits, lui disant que j'avais besoin de partir au plus vite pour régler une affaire personnelle, mais elle avait réagit comme son mari, m'assurant que Jasper serait anéanti si je le quittai de la sorte.

C'était quand même mieux que de le laisser me tenir la main pendant mon dernier souffle, non ?

Alors, me voici depuis plusieurs jours dans cette chambre, me demandant s'il était encore nécessaire d'avaler ces pilules devenu à mon avis inutiles. Je continuai bien sur à prendre les anti-douleur, je n'étais pas maso, mais à quoi bon le reste ?

Ce n'était pas comme s'il excisait quoi que ce soit capable de me sauver dans mon état.

Cela devenait pathétique, vraiment. J'étais à présent à peine capable de faire quelques pas, les migraines et les hallucinations se faisaient plus présentes que jamais. Il m'avait fallut des mois pour en arriver à un tel stade et depuis peu, tout semblait s'accélérer. Un peu comme si on m'avait accordé du temps que je devais à présent rembourser.

C'est dur de mourir, mais mourir seule, c'est tout simplement cruel...

J'étirai un petit sourire, me sentant plus pathétique que jamais, j'avais pitié de moi lorsque je pensais à la situation dans son ensemble. Comment ne pas avoir pitié de la pauvre fille attendant la mort dans une chambre d'hôtel ?

Pathétique.

N'importe qui dans mon état supplierait pour avoir un peu de compagnie ou au moins être à l'hôpital afin d'y être traité correctement. Moi j'étais affalé sur le canapé d'une chambre d'hôtel impersonnelle, seule et plus triste que je n'aurai jamais cru capable de pouvoir l'être.

Décidant brusquement que l'auto-apitoiement ne m'allait pas au teint, je commençais à penser à ce qui aurait peut-être pu arriver si je n'avais pas été à la fin de ma courte vie. Aurais-je pu vivre quelque chose avec Jasper ? Serait-il un jour tombé amoureux de moi ? Ce serait-il remit de la mort de sa femme ? Sa famille aurait-elle accepté mon amour pour lui ? Aurais-je fini par apprendre ce qui les rendait si différent ?

Autant de questions auxquelles je n'aurai jamais de réponses, des questions que j'emmènerai avec moi dans la tombe.

En tournant le visage vers le grand miroir près de la porte de la chambre, je secouai la tête, constatant que je ressemblais à une droguée, complètement assommé par les médicaments, incapable de sentir mon corps. Je planai, littéralement.

Je passais mes mains sur la ceinture de mon pantalon, me demandant comment il pouvait paraître deux tailles plus petit que d'habitude et ce que je sentis alors au milieu de ma brume synthétique m'interpella. Je baissai les yeux en remontant mon chandail de sorte que je puisse scruter mon ventre et fut surprise de voir que celui-ci paraissait enflé.

Je suis vraiment dans les vapes, marmonnais-je en passant les mains sur mon ventre rond. Ou peut-être que c'est les médicaments... ou peut-être que je deviens folle?

En secouant la tête à mon état déplorable, je refermais les yeux, laissant les larmes noyer mon visage en repensant à ma nuit avec Jasper. Malheureusement ma petite séance fut soudainement interrompu par deux coups à la porte. Je me redressai en soupirant, essuya rapidement mes larmes avant d'ouvrir la bouche.

- Oui ? Répondis-je d'une petite voix

- C'est la femme de chambre. Puis-je entrer ?

- Oui

Une petite femme hispanique très jolie pénétra dans la pièce et illumina ma journée terne en m'adressant un beau sourire. La pauvre devait sans doute avoir pitié de moi, depuis que j'avais parlé au directeur de l'hôtel, celui-ci m'avait prévenu qu'il parlerait à ses employés afin de les prévenir de la situation, qu'ils sachent quoi faire et quel médecin contacter s'ils me retrouvaient inconsciente.

- Est-ce que ça va ? Me demanda-t-elle doucement en s'approchant

Je lui rendis son sourire autant que possible, bien que je fus certaine que celui-ci devait ressembler à une grimace et je hochai la tête, incapable de trouver la force de mentir.

- Avez-vous besoin de quelque chose ?

- Non, je vous remercie, murmurais-je. J'ai juste besoin que ça s'arrête enfin...

Son sourire s'effaça aussitôt et je regrettais immédiatement d'avoir gâché sa bonne humeur apparente, mais encore une fois, je ne parvenais pas à faire l'effort de mentir. J'étais fatigué de me sentir mal, de vomir, de planer...

J'en étais arrivé à un point où je voulais juste que ça s'arrête, pensai-je désespérément.

Mon téléphone se remit brusquement a sonner et je lâchai un petit sanglot en lisant le nom de Jasper sur l'écran. L'attrapant rapidement, je soupirai me demandant si je devais ou non répondre, ne serait-ce que pour le persuader de laisser tomber.

- Oui ? Murmurai-je enfin après avoir finalement pris l'appel

- Yolina ? Grogna la voix de Jasper. Où est-ce que tu es, Yolina?

Je restai silencieuse un moment, scrutant la femme de chambre qui me faisait signe de son départ imminent. Lui adressant un léger sourire, j'attendais qu'elle ait refermé la porte derrière elle pour répondre à Jasper qui râlait toujours à l'autre bout du fil.

- Tu as eu mon message, Jasper, répondis-je calmement. Je devais quitter la ville...

- Ne te fiche pas de moi et dis-moi où tu es ! Siffla-t-il sévèrement

Je soupirai, regrettant amèrement d'avoir cédé à mon besoin d'entendre sa voix.

- Hors de la ville. Ne t'inquiète pas pour moi, Jasper. J'ai juste besoin de voyager, mentis-je timidement

- Je sais que tu mens, Yolina, marmonna-t-il sa voix brusquement triste. S'il te plaît, laisse-moi être là pour toi...

Je fermai les yeux, priant silencieusement pour que Carlisle ait eu la gentillesse de fermer sa bouche. Secouant la tête a l'idée qu'il ait pu aller contre ma volonté, je me décidai à dire ce que j'avais sur le cœur pendant que j'en avais l'occasion.

- Hé, Jasper ! M'exclamais-je joyeusement dans l'espoir de changer de sujet. Tu sais que je t'adore, hein ? Je suis sur que tout ira bien pour toi maintenant, tu as ta famille... il faut que... il faut que je te laisse, dis-je brusquement sentant un violent haut le cœur

Je raccrochai sans lui laisser le temps de riposter et me précipita aussi rapidement qu'il me fut possible jusqu'au toilette pour tomber à genoux sur le sol carrelé, la tête penchée au dessus de la cuvette. N'ayant pas mangé grand chose depuis un moment, je n'avais bien sur que très peu à régurgiter si ce n'était du jus de fruit. Je toussais pour essayer de me débarrasser de la bile écœurante et me redressa pour atteindre le lavabo.

Lorsque je vis mon reflet dans le miroir, j'eus l'impression d'avoir empiré gravement en moins d'une heure. Ma peau était grisâtre, mes yeux a peine ouverts et tout mon corps tremblait.

Il était vraiment temps pour moi de mourir...

Pov Jasper

Merde ! Sifflai-je en scrutant le combiné dans ma main

Je ne pouvais pas y croire. Elle avait enfin répondu... pour finir par me raccrocher au nez. Mais ce qui m'inquiétait le plus, c'était sa voix, elle était si faible, rien à voir avec l'intonation qu'elle avait d'habitude.

- Fils ? M'interrogea brusquement Carlisle en pénétrant dans le salon

- Sa voix, marmonnais-je horrifié. Sa voix était si faible...

Carlisle cligna des yeux plusieurs fois avant de finalement réagir.

- Nous devons la trouver. Maintenant.