Roméo remonta dans sa chambre et cogna contre le mur, encore énervé. Mais qu'est-ce qui lui avait pris de s'en prendre à l'un des siens ?! Il aurait très bien pu laisser Juliette se débrouiller avec cet idiot. Mais la vérité et il le savait, c'était qu'il devenait dingue dès que quelqu'un s'approchait de Juliette. Il ne comprenait pas bien pourquoi mais il la voulait. Pour lui et pour lui seul. Roméo se dirigea vers la fenêtre de sa chambre pour la fermer quand il remarqua au loin une silhouette féminine. C'était elle, il en était sûr. Pourquoi n'était-elle pas rentrée chez les Capulet ? Est-ce qu'elle revenait pour le voir ? Ou pour libérer sa mère, ce qui était l'option la plus plausible. Il était hors de question qu'il la laisse approcher le château des Montaigu encore une fois, c'était bien trop risqué. Il redescendit les marches qu'il avait montées quelques minutes plus tôt et repassa devant la bande de Montaigu qui était toujours devant la porte d'entrée du château. Roméo les ignora superbement et partit presque en courant en direction du parc, où il avait cru apercevoir Juliette.
Il la surprit assise en train d'inspecter un morceau de parchemin. Il arriva derrière elle et lui vola le parchemin des mains. Indignée, elle se leva et commença à ouvrir la bouche pour s'en prendre au voleur mais la referma immédiatement lorsqu'elle comprit à qui elle avait affaire.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? fit Roméo en observant le parchemin. Et pourquoi tu es encore là ? Seule ? On t'a déjà dit que tu étais complètement inconsciente ?
- Rend-le moi ! Et je ne suis pas seule.
Roméo regarda tout autour de lui, dubitatif.
- Je ne vois personne, reprit-il.
- Ce n'est pas parce que tu ne vois personne qu'il n'y a personne. Si tu n'es pas venu pour me dire que tu libères ma mère, je ne veux pas te parler. Et rend-moi ça ! s'énerva la jeune fille en essayant de récupérer le parchemin des mains de son ennemi.
- Dis-moi ce que c'est et je te le rends.
- Ca ne te regarde pas.
Il observa plus en détails le parchemin. Il s'agissait d'un plan, qu'il reconnut aussitôt. C'était le château des Montaigu. Toutes les entrées et sorties y était indiquées ainsi que les endroits stratégiques surveillés par les gardes.
- Où est-ce que tu as eu ça ? fit Roméo en écarquillant les yeux devant la précision du plan. Et qu'est-ce que tu comptais faire avec ?
- Ne te fatigue pas à me poser des questions, je ne compte pas te répondre, rétorqua Juliette en parvenant enfin à lui arracher le parchemin.
Roméo saisit le poignet Juliette et s'empara à nouveau du parchemin.
- Tu ne crois tout de même pas que je vais te le laisser ? rigola-t-il.
Elle tenta de desserrer la main du Montaigu autour de son poignet.
- Tu… me fais mal ! grogna-t-elle.
- Tu n'as qu'à pas être aussi fragile, répondit-il en la lâchant.
- Et toi tu n'as qu'à pas me toucher.
Ils se fixèrent avec haine pendant de longues minutes. Roméo fut le premier à baisser les yeux.
- Pourquoi tu as fait ça ? finit par demander Juliette.
- Fait quoi ?
- Tu m'as protégée.
- N'importe quoi, sourit-il, mauvais.
- Ton ami allait s'en prendre à moi et tu l'en as empêché, insista Juliette. Pourquoi ?
- Parce que c'est un idiot et qu'il ferait mieux de se mêler de ses affaires.
- Tu mens. Tu as eu peur, je l'ai vu dans tes yeux.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Juliette ?! s'énerva-t-il. Tu aurais préféré que je le laisse faire ?!
- Non. Je te remercie de m'avoir… protégée.
- Arrête de dire ça, râla-t-il.
Juliette s'approcha du jeune homme et plongea ses yeux dans les siens. Il la dévorait du regard sans même s'en rendre compte.
- Je ne suis pas idiote, Roméo. Je sens bien qu'il y a quelque chose entre nous, lança-t-elle d'une traite. Et ça me hante, je te hais et pourtant je ne fais que penser à toi. Et ça me tue de l'admettre parce que je te hais, tu entends ? Je te hais plus que tout !
Le cœur du Montaigu s'accélérait au fur et à mesure qu'elle lui avouait ses sentiments. Elle avait l'air tellement perdue et… euphorique.
- Roméo…reprit-elle, à bout de souffle. J'ai besoin de savoir… qu'est-ce que tu ressens pour moi ?
Le jeune homme était complétement perdu au fond des yeux de la Capulet, il avait à peine entendu sa question. Ce qu'il ressentait ? Mais qu'est-ce qui lui prenait de lui demander une chose pareille ? Bien sûr qu'il y avait quelque chose entre eux. Même un aveugle aurait pu le voir. Pourtant, c'était de loin le pire des moments pour lui donner raison. Il approcha son visage de celui de Juliette et lui caressa doucement la joue.
- Tu veux savoir ce que je ressens pour toi ?
La jeune fille hocha la tête sans quitter son regard.
- De la pitié.
Il se recula en lui souriant.
- Je te hais, souffla-t-elle.
- C'est mieux comme ça, Juliette.
Il lui sourit à nouveau, tristement cette fois, pour lui faire comprendre qu'il aimerait que ça en soit autrement. Mais elle n'avait pas l'air de comprendre. Il vit les yeux de Juliette se remplir de larmes et se maudit intérieurement de la rendre triste.
- Je ne veux plus que tu reviennes au château, reprit Roméo.
- Je reviendrai jusqu'à ce que tu me rendes ma mère.
- Ce n'est pas après elle que j'en ai. Je te promets de ne pas lui faire de mal.
- Alors libère-la ! cria Juliette. Elle n'a jamais fait de mal à personne, c'est quelqu'un d'extravagant c'est vrai, mais c'est ma mère et je l'aime ! Même toi tu peux comprendre ça, tu as bien une mère, non ?!
A l'évocation de sa mère, le Montaigu se crispa.
- Oui, j'ai une mère. C'est pour elle que je fais ça.
Juliette le regarda sans comprendre.
- C'est pour ta mère que tu as enlevé la mienne ?
- Laisse-tomber, Juliette. Je veux que tu partes et que tu ne reviennes plus au château.
- Je reviendrai.
- Ils te tueront.
- Tu me protégeras !
- Non, répondit-il froidement. Arrête de penser que nous sommes amis ou je ne sais quoi. Je ne te dois rien. Ne reviens plus.
Le cœur de la jeune Capulet se serra et les larmes qu'elle retenait roulèrent lentement le long de ses joues. Roméo était sur le point de partir quand il l'entendit sangloter. Il se retourna sans réfléchir, prit son visage entre ses mains et l'embrassa de toutes ses forces.
- Arrête de pleurer, je t'en supplie, fit-il en collant son front contre le sien. Ce que je ressens pour toi, ça me consume et je refuse d'y penser. Je n'ai pas le droit d'y penser. Je ne suis pas sûr de pouvoir te protéger si tu reviens au château et je ne supporterai pas qu'il t'arrive quelque chose. Je te promets que ta mère ira bien. Alors pars, et je t'en prie, ne reviens plus.
