Chap11

Tatsuki était pétrifiée par ce que venait de dire Ulquiorra.

L'équipe de secours ? Mais qui pouvait bien la composer ?

Elle se doutait bien qu'Ichigo devait en faire partie, peut-être Inoue, mais ils auraient formé un duo. Pas une équipe au complet.

- L'équipe de secours ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

- Eh oui. L'équipe de Shinigamis en mission sur Terre. Ceux que tu as vus lorsque Noitra et moi sommes venus te chercher.

Me chercher ? ricana Tatsuki en serrant les poings. Me kidnapper, plutôt.

Elle se rendit compte d'un léger problème quand elle sentit que sa main gauche commençait à saigner sous la pression de ses ongles, alors que la droite ne la lançait même pas.

Elle jeta un œil à son bras, et se rendit compte que la sorte de cuirasse dorée était toujours en place.

- Je vois que tu as développé une nouvelle capacité. Je suis sûr qu'Aizen-sama sera ravi d'examiner cela.

Tatsuki serra les dents.

- En attentant, ajouta l'Espada, toujours sans la moindre émotion dans la voix, je pense qu'il est inutile de te préciser de ne pas chercher à sortir d'ici. Il y a deux Arrancars devant ta porte, et ils ont pour ordre de te tuer si tu fais mine de vouloir t'enfuir.

Sans rien ajouter de plus, il tourna les talons et referma la prote sans bruits. Tatsuki, qui bouillonnait de rage pour une raison obscure, envoya le canapé valser contre le mur d'un coup de pied virulent, avant de respirer pour tenter de se calmer.

Il lui fallut vingt bonnes minutes d'intense concentration et d'exercices d'échauffement de karaté pour retrouver une respiration et un rythme cardiaque normal.

Bon sang, mais qui pourrait avoir l'idée de venir la récupérer dans ce pays de dingues? À part Ichigo, elle ne voyait personne d'assez timbré pour venir la chercher chez ces zouaves.

Tatsuki soupira.

Elle regarda encore une fois son bras droit. Sa capacité première – et la seule qu'elle avait espérée – était de créer une bulle de protection. Mais une protection juste sur un bras ne sert à rien, ce n'est pas un organe vital. Peut-être que cette sorte de cuirasse était offensive ?

Tatsuki fixa son bras, et se dit ensuite qu'elle n'avait aucun moyen d'utiliser cette possible faculté offensive...

Et merde. Elle n'était pas plus avancée.

Et si elle était amenée à se défendre, elle ne pourrait pas riposter.

Quoique la première fois, elle avait agi instinctivement. Peut-être que ça marcherait de la même manière cette fois-ci...

Tatsuki se passa une main lasse sur le visage en se laissant tomber sur le canapé. Vivement que cette équipe de secours arrive, cette attente commençait à lui courir sérieusement sur le haricot... Elle saisit le pichet d'eau qui se trouvait près d'elle, et en but plus de la moitié en une seule lampée, avant de fermer les yeux.

Elle avait du s'endormir, car elle se réveilla quand elle entendit un bruit sourd, plus proche que tous les autres. Elle se releva du canapé malgré sa tête lourde, et agita instinctivement les doigts pour faire apparaître la cuirasse dorée autour de son bras.

Elle eut la surprise de constater que la protection ne se confinait plus à son bras, mais également à son épaule et à sa poitrine. Elle variait selon son humeur ou quoi ?

Et puis, elle avait dormi combien de temps? Ulquiorra n'était pas venu lui apporter son repas? C'était ce qui la réveillait, la plupart du temps. Sa présence, son aura l'oppressait, faisaient tourner ses rêves en cauchemars, et la forçaient à se réveiller.

Un nouveau coup fit trembler les murs. Tatsuki recula jusqu'au mur du fond, et attendit, tous les muscles tendus. Elle avait légèrement fléchi les genoux, courbé le dos, écarté un peu les bras, telle un chat prêt à bondir.

Elle se concentra sur les forces qu'elle ressentait, et reconnut celle de Rukia, et du gars aux cheveux rouges – elle n'arrivait pas à se rappeler son nom. Elle dut patienter encore quelques secondes, avant de voir le mur en face d'elle voler en éclats. Instinctivement, la cuirasse dorée s'était étendue à tout son corps, sans pour autant créer une bulle comme la première fois.

Elle avait vu juste. Sa capacité réagissait en fonction de son environnement, et s'y adaptait.

- Tatsuki! s'exclama Rukia, visiblement soulagée.

- Ça va? s'enquit le mec aux cheveux rouges.

- Euh... ouais... qu'est-ce que vous foutez là?

Les deux amis de regardèrent avec des yeux ronds.

- On vient te sortir de là, quelle question! dit le garçon aux cheveux rouges en fronçant les sourcils.

Tatsuki ne put s'empêcher de lui trouver un air de famille avec Ichigo. Même manière de s'exprimer, même expression du visage à la moindre contrariété, et surtout, même coupe de cheveux en pétard.

- Arrête de la regarder comme ça, Renji, tu lui fais peur, lança Rukia en lui donnant un coup de coude.

- Bon, au lieu de s'attarder sur mon aspect extérieur, si on utilisait plutôt notre force pour se tirer de là? Je veux pas être pessimiste, mais Ichigo nous a pas accordé beaucoup de temps. Et Gin est quand même du genre coriace. Tousen est presque canné, je le sens d'ici, mais il reste Aizen.

- Oh là! s'exclama Tatsuki. Vous parlez des gars en blanc? Avec les morceaux de squelettes sur la tronche? Ichigo est en train de les dérouiller?

- Tu les connais? s'étonna Rukia.

- J'ai eu droit aux présentations en arrivant, siffla Tatsuki en se souvenant de l'air suffisant d'Aizen, et du sourire moqueur de Gin.

- Pour faire court, Nii-sama a écrasé Noitra, Hitsugaya était aux prises avec le premier Espada et ses subalternes quand on l'a laissé, Chad s'est arrêté pour mettre une dérouillée à Grimmjow, et Matsumoto a emmené Inoue en lieu sûr, quand Gin a débaroulé pour affronter Ichigo une fois qu'il en a eut fini avec Ulquiorra.

Tatsuki était plutôt surprise par le ton de Rukia. La jeune fille qu'elle avait l'habitude de côtoyer et qui parlait toujours avec un ou deux siècles de retard avait apparemment fini par utiliser le langage courant.

Et Ichigo avait du servir de modèle, songea-t-elle en souriant intérieurement.

- Bon, on décolle? Mine de crayon, on n'a pas toute la journée! s'exclama Renji, qui semblait nerveux.

Rukia commença à tourner les talons, quand Tatsuki l'arrêta.

- Orihime va bien?

- Aux dernières nouvelles, oui. Elle n'est pas très douée pour se battre, mais elle a tout ce qu'il faut pour sa défense et se soigner. Ne t'inquiètes pas pour elle de ce côté-là.

Tatsuki hocha la tête, et leur emboîta le pas. Ils commencèrent à courir dans un couloir, quand une force impressionnante fit basculer Tatsuki en avant, et l'écrasa au sol, tandis que Rukia et Renji commencèrent à suer sang et eau en pliant les genoux.

Ils échangèrent un regard paniqué, avant de fournir un effort colossal pour se relever et avancer.

- Bon sang, comment il a fait pour cacher un reiatsu pareil pendant des siècles? grogna Renji, dont les genoux tremblaient.

- Il est doué, cet enfoiré... Ichigo va s'éclater pour lui exploser la tête.

- S'il y arrive... Ce qui est pas gagné. Mais c'est son problème, ça. Pas le nôtre. Notre mission, c'est de ramener Tatsuki entière.

Tatsuki était toujours plaquée au sol, avec l'impression d'être écrasée par tout un troupeau d'éléphants. Elle était frustrée, car elle était certaine qu'elle passait à côté d'un élément important, sans parvenir à mettre le doigt dessus.

Sachant qu'elle ne parviendrait pas à s'en souvenir tant qu'elle continuerait à se focaliser dessus, elle s'efforça à penser à autre chose, et se concentra pour faire bouger ses bras et ses jambes. Elle y parvint au bout de quelques minutes, pendant lesquelles Rukia et Renji s battaient pour savoir s'ils allaient continuer ou retourner sur leurs pas pour aider Ichigo.

Rukia n'en démordait pas : elle voulait aider Ichigo du mieux qu'elle pouvait. Renji, lui, voulait accomplir la mission, et éloigner Tatsuki – et surtout Rukia, même s'il ne l'admettrait jamais – du danger que représentait le Hueco Mundo et surtout Aizen.

Rukia était inquiète. Plus qu'elle ne voulait le laisser paraître. Elle sentait le reiatsu d'Ichigo faiblir, celui de Gin grandir, et Aizen approcher.

- Il faut qu'on l'aide, Renji! Qu'on occupe Aizen le temps qu'il puisse tuer Gin! Ou que Nii-sama arrive ou que Hitsugaya-taicho en ait fini avec son adversaire!

- Rah, Rukia, 'faut qu'on décarre d'ici en vitesse! Notre mission, c'est de la ramener, elle – il désigna Tatsuki – en vie, dans le monde des humains! Donc tu bouges tes fesses de là, et on fiche le camp d'ici!

Rukia le fusilla du regard, tandis que Tatsuki parvenait – plus que difficilement – à se relever, les genoux tremblants. Elle tenta de les interrompre, sans succès. Elle venait de se souvenir ce qu'elle devait dire à Ichigo, et vu que ses compagnons d'infortune semblaient trop occupés à se taper dessus pour se soucier d'elle, elle entreprit de commencer à clopiner dans la direction où elle sentait les forces les plus fortes.

Elle avait parcouru une dizaine de mètres, quand elle fut épinglée par deux rousses, cachées derrière une colonne.

- Tatsuki-chan! s'écria Inoue, tandis que sa comparse, qui devait être Matsumoto, surveillait les alentours.

- Inoue, ça va ?

- Oui, oui, ne t'inquiètes pas, Tatsuki-chan. Tu n'es pas avec Kuchiki-san et Abaraï-kun ?

- Ils étaient en train de se taper dessus pour savoir s'ils devaient aller aider Ichigo ou me ramener sur Terre.

- Pourquoi tu n'es pas restée avec eux ?

- Il faut que je voie Ichigo. C'est important.

Inoue et Matsumoto échangèrent une regard qui en disait long. L'une n'était pas très douée pour le combat, et la seconde avait reçu l'ordre express de s'éloigner de Gin s'il venait à intervenir dans les affrontements.

- Quoi ? les pressa Tatsuki. C'est important, il faut que je le voie !

- Viens, Tatsuki-chan, dit Inoue de sa voix éternellement enjouée. On y va. Rangiku-san, vous venez aussi ?

Matsumoto était tiraillée. D'un côté, son capitaine lui avait donné l'ordre express de décamper si Gin pointait le bout de son nez, et de l'autre, ni Tatsuki ni Inoue n'étaient entraînées pour le combat.

- Désolée, Hitsugaya-taicho, marmonna-t-elle en emboitant le pas à ses deux amies.

Inoue et Tatsuki avançaient tant bien que mal en direction de la source de la force qui les oppressait.

Elles avaient fini de parcourir le couloir, et elles passèrent en courant l'embrasure de la porte avant de s'immobiliser devant l'hécatombe qui s'étendait devant leurs yeux.