Leçon 11 : Découverte de l'autre
Sôji Okita trépignait sur place. Cela faisait bien un quart d'heure que son professeur de mathématiques, et accessoirement son amant, était entré dans cette boutique de jeux vidéo en lui demandant de l'attendre dehors. Il avait dit qu'il allait SIMPLEMENT SALUER son frère qui travaillait là. Non mais vraiment, faut-il tant de temps pour se dire bonjour !
Le jeune garçon fit la moue en croisant les bras. Ca ne lui plaisait vraiment pas de ne pas capter toute l'attention du rouquin. Etait-il égoïste ? Non, il était simplement fou amoureux, et ce dès l'instant où son regard avait croisé celui de ce professeur. Sôji avait vu le soleil dans ces prunelles dorées éclairer sa vie, le faisant voler sur un petit nuage, le faisant sourire bêtement. Il ne voyait que lui, n'entendait que lui. Le décor de la salle de classe et des autres élèves, tout avait disparu, il ne restait plus que lui et ce professeur si envoûtant qui tenait dans ses mains le cahier d'appel. Le temps avait semblé s'être arrêté, et ça ne lui était même pas venu à l'esprit qu'il était en train de flasher sur un homme bien plus âgé que lui.
Leur premier "dialogue", il s'en souvenait encore parfaitement, et à chaque fois il ne pouvait s'empêcher de rire :
« Sôji Okita, avait appelé le professeur à la chevelure rousse.
- PRESENT ! avait immédiatement répondu avec entrain l'étudiant en levant le bras.
- Et bien, quel enthousiasme, avait sourit Sanosuke. Tu aurais dû te porter volontaire quand je l'ai demandé. »
Okita avait littéralement fondu devant ce sourire. Heureusement pour lui qu'il est assis, car il savait que ses jambes l'auraient laissé tomber. Envouté, fasciné, captivé, séduit, en quelques minutes, voilà ce qu'il avait été.
Il lui avait sourit en retour sans tenir compte de cette craie que lui tendait le professeur de mathématiques :
« A toi de jouer alors, lui avait dit Sanosuke sans ce se défaire de son sourire.
- Hein ? s'était exclamé Okita qui ne comprenait pas ce que lui voulait ce bel éphèbe à la flamboyante chevelure rousse.
- Tu es dans la lune ? s'était légèrement moqué le professeur. Allez, prends cette craie et va résoudre le problème au tableau. »
L'étudiant avait mit quelques secondes à comprendre que le professeur ne faisait pas l'appel mais avait pris un nom au hasard dans la liste des étudiants pour aller au tableau puisque bien entendu personne ne s'était porté volontaire. Le fait qu'il choisisse justement son nom à lui ne pouvait pas être une coïncidence. Aussi niaiseux que cela semblait paraître, Okita avait réellement cru qu'il s'agissait du destin.
Il n'avait jamais trop aimé les mathématiques, mais pour la première fois, il avait envie d'apprendre, d'apprendre avec cet homme, d'entendre cette voix masculine et virile lui enseigner l'algèbre et la géométrie. Sôji avait tendu le bras et prit la craie, ses doigts frôlant ceux de Sanosuke. Une décharge électrique avait retenti en lui, une chaleur indescriptible était remonté le long de son bras puis, tel un tsunami, avait submergé son corps entier jusqu'au bout de ses orteils. A cet instant précis, Sôji avait compris qu'il était tombé amoureux de cet homme. Tout s'était passé en une fraction de seconde, si bref, si loin déjà, mais tout était resté si frais dans sa mémoire. S'il y avait une chose, une unique chose qu'il ne voulait jamais oublier, c'était ce moment intense où sa vie avait complètement changé. Ce jour de printemps, Sôji Okita avait découvert l'amour, et pour lui, Sanosuke Harada était l'amour de sa vie.
Sôji souriait chaque fois qu'il repensait à cet instant magique. Encore aujourd'hui, chaque toucher du rouquin lui provoquait une décharge qui accélérait son cœur et faisait sauter l'ensemble des connections de son cerveau. Quand Sanosuke l'embrassait, tout disparaissait autour de lui, tout devenait blanc, il ne restait plus qu'eux deux dans un univers bien à eux :
« Sano-san, comme je t'aime, pensa le châtain. Kondo-san et toi êtes si précieux à mes yeux. Je suis encore si jeune, je serai incapable de choisir lequel de vous deux j'aime le plus. Je vous aime tous les deux, mais moi, je n'accepte pas qu'une autre personne attire votre attention. Vraiment, que je suis egocentrique ! »
C'était vrai, Sôji aimait deux hommes, de façon très différente, mais intensément. Kondo était comme son père, Sanosuke était l'amour de sa vie. Jamais il ne pourrait se résoudre à en abandonner un. D'ailleurs, même s'il était très heureux de passer ce week-end en compagnie de son amant, il ne pouvait nier que son tuteur commençait déjà à lui manquer. Sôji était dépendant affectivement du directeur du lycée, et il trouvait difficile de passer une journée sans le voir. Malgré ses dix-sept ans, au fond il était encore un enfant.
Le jeune homme leva la tête et écarquilla les yeux. Alors qu'il pensait justement à Kondo, voilà qu'il le voyait juste en face de lui, à une terrasse de salon de thé de l'autre côté de la rue, et en compagnie d'une femme :
« Un rendez-vous galant ? Kondo-san, vous ne m'aviez pas dit que vous deviez rencontrer quelqu'un aujourd'hui. Pourquoi ? Vous me dites tout d'habitude. »
Kondo souriait à la jeune femme qui devait être de l'âge de Sanosuke, peut-être un peu plus. Cela ne plut pas du tout à Sôji qui fronça les sourcils de mécontentement. Déjà qu'il n'aimait pas trop quand Kondo souriait à Hijikata, mais alors à une étrangère… Non, ça n'allait pas se passer comme ça. D'un pas décidé, il quitta le lampadaire sur lequel il s'appuyait depuis un bon quart d'heure et traversa la rue afin de lui montrer à cette voleuse qu'on ne lui piquait pas son père.
De son côté, Kondo souriait bêtement à la jeune femme en face de lui qu'il essayait de séduire. Bien sournoisement, il avait profité que son protégé soit chez son chéri pour planifier ce premier rendez-vous avec la demoiselle, ainsi il ne serait pas dérangé cette fois. Comme il aimerait avoir une petite femme dans sa vie, mais c'est que Sôji savait se montrer très possessif :
« Et bien Kasumi-san, lors de nos conversations MSN, vous m'avez dit que vous travailliez dans une crèche. Je suppose donc que vous aimez les enfants.
- Je travaille principalement dans les bureaux, je m'occupe de la comptabilité. Et vous Isami-san ? demanda à son tour la dénommée Kasumi.
- Et bien, je suis le directeur d'une école…
- Oh, directeur d'une école ! coupa la jeune femme. Mais en voilà un bon poste. Je comprends pourquoi vous me demandiez si j'aimais les enfants. Nous avons un bon point commun vous et moi.
- Et bien, les enfants de mon école sont déjà grands, sourit encore bêtement Kondo.
- Ah vraiment, et de quelle école s'agit-il ?
- Eh bien…
- Papa ! »
Deux bras allèrent enlacer avec tendresse les épaules de Kondo, deux bras de taille adulte malgré la voix enfantine de leur propriétaire, une voix que l'homme brun ne connaissait que trop bien même si elle était déformée :
« Sôji ! Qu'est-ce que tu fais là ? s'exclama le directeur en reconnaissant son protégé.
- Mais qui est ce jeune garçon, Isami-san ? demanda Kasumi surprise des gestes très affectueux d'un garçon de cet âge-là.
- Et bien, c'est, comment dire, mon fils adoptif. Enfin, j'ai sa tutelle mais je ne suis pas officiellement son père…
- Mais si c'est toi mon papa, le coupa Sôji en prenant encore sa voix de gamin et en resserrant l'étreinte autour des épaules de Kondo.
- Oh, vous avez adopté un enfant, quel courage Isami-san ! Comment est-ce que tu t'appelles mon garçon ?
- Sôji ! répondit l'intéressé non sans se défaire de cette voix enfantine.
- Et quel âge as-tu ? demanda encore la jeune femme.
- J'ai dix-sept ans, mais le docteur il a dit que j'avais un âge mental de quatre ans et que je serai débile toute ma vie. Mais c'est pas grave si je suis débile, parce que mon papa il dirige une école avec plein d'autres débiles comme moi. Il est génial mon papa, je l'adore, raconta cette fois le châtain en faisant un léger bisous sur la joue de son tuteur.
- Sôji, tu vas arrêter de dire n'importe quoi ! tenta de l'arrêter Kondo. Et puis d'abord où est Harada-sensei ? Tu n'étais pas avec lui ?
- La nounou, elle est vilaine. Je l'ai tapée et je me suis enfui. Moi je veux rester avec papa. C'est méchant papa de m'avoir mis à nounou pour aller… comment tu dis déjà ? Conclure avec une femme ?
- Isami-san ! Alors voilà quelles étaient tes véritables intentions en me rencontrant aujourd'hui ! s'indigna la jeune femme.
- Mais non Kasumi-san, ne l'écoutez pas.
- Papa, elle a l'air gentille la dame. Si elle méchante, je la taperais comme les autres, et comme nounou.
- Sôji !
- Isami-san, j'admire ton courage pour éduquer ce garçon qui a l'air de beaucoup tenir à toi. Mais moi, je suis jeune, je pense que je ne pourrai pas endosser un tel fardeau. Je suis désolée, adieu, déclara la jeune femme avant de s'enfuir en courant.
- Attendez, Kasumi-saaaaaaaan, tenta désespérément de l'appeler Kondo, ne pouvant pas lui courir après parce que son protégé s'accrochait encore à lui.
- Papa, pourquoi elle est partie la madame ? demanda Sôji en poursuivant son ton infantile.
- Sôjiiiiiiiiii. Pourquoiiiiiiiiiiiiii ? pleura presque le directeur dépité du comportement de son fils adoptif. »
Okita sourit, fier de son petit numéro de théâtre. Sa stratégie avait marché comme sur des roulettes. Les femmes, toutes les mêmes, elles rêvaient toutes d'une vie de princesse sans complication. Aucune d'entre elles ne sauraient rendre son précieux tuteur heureux.
Alors qu'il savourait sa victoire, Sôji sentit une main agripper son pull et le tirer en arrière avec force, le défaisant de son étreinte à Kondo :
« Enfin je te retrouve, canaille, dit la voix masculine et virile qu'Okita aimait tant.
- Nounou ! s'exclama Okita en continuant d'interpréter son petit jeu de garçon attardé, profitant de ce rôle pour s'accrocher amoureusement au cou du rouquin sans que cela ne choque trop l'opinion publique. Pardon nounou, je le referai plus, je t'aime nounou, dit-il encore en embrassant la joue de Sanosuke qui ne comprenait rien, pensant pendant une seconde qu'il s'était trompé de personne.
- Plait-il ?
- Harada-sensei, vous voilà enfin. Mais il est trop tard, Kasumi-san est partie, déprima encore Kondo.
- Je suis désolé Kondo-san, s'excusa la professeur de mathématiques qui comprit enfin. Je le surveillerai mieux la prochaine fois. Allez Sôji, tu as fait assez de dégâts pour aujourd'hui, on rentre, déclara-t-il en prenant la main du jeune garçon. Pour ta punition, tu auras droit à une longue séance de chatouilles, et sur les côtes.
- Ah non pas ça ! Papa, au secours, nounou veut me torturer.
- Sois sage Sôji, s'il-te-plait, dit simplement Kondo en saluant, arborant toujours une mine dépité.
- Papa, Papa, viens avec moi, tu me manques, je veux être un peu avec toi. »
Même s'il avait gardé sa voix de gamin, le directeur comprit cette fois que son protégé était sérieux. C'était vrai, ça faisait des années que Sôji partageait son quotidien, qu'ils se voyaient tous les jours, matin et soir. L'adolescent n'avait jamais découché, sauf pour les voyages scolaires qui avaient été très difficiles. Sôji était toujours un enfant, même s'il grandissait, même s'il est amoureux maintenant, pour Kondo il était toujours cet adorable petit garçon qui s'était réfugié dans son giron.
Le directeur du lycée sourit avant de prendre le bras de son fils adoptif :
« D'accord, mais juste un petit peu. On va manger une glace ensemble ?
- Ouais, s'extasia le jeune garçon tout content de se retrouver entre ces deux hommes qu'il aimait tant.
- C'est une bonne idée, approuva Sanosuke. Sôji a besoin de vous, Kondo-san. Même si je l'aime de tout mon cœur, vous êtes le seul à pouvoir lui donner cet amour paternel dont il a besoin.
- Oui, je l'aime mon papa. »
Kondo ne l'avouerait jamais, mais à force d'entendre Sôji l'appeler "papa", il en avait presque les larmes aux yeux. Quel petit rayon de soleil que cet adolescent qui grandissait bien trop vite. Sôji était vraiment le fils qu'il rêvait d'avoir depuis toujours. Les Dieux lui avaient fait un beau cadeau le jour où les services sociaux avaient amené Sôji aux portes de sa maison familiale.
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Dans un grand centre commercial d'un quartier très animé de Kyoto, une jeune fille vadrouillait de boutique en boutique, passant en revue tous les étalages, entrant et sortant sans arrêt des cabines d'essayage sous l'œil agacé du jeune homme qui l'accompagnait. Vraiment, même du temps il se travestissait, Kaoru n'avait pas le souvenir de passer autant de temps dans les magasins. C'est que les vrais filles peuvent être terribles, jamais satisfaites. Ca, ça faisait ressortir ses fesses, et ça, ça ne mettait pas assez en valeur sa poitrine, et cette couleur est trop terne, et cette coupe n'est pas à la mode…. Et patati, et patata… Y avait pas à dire, même si les mecs l'avaient qualifié de "mignonne" autrefois, il était encore loin d'être une vraie fille. Heureusement qu'il avait fait marche arrière :
« Kaoru-kun, comment tu trouves cette robe ? demanda Sen en faisant tournoyer l'habit.
- Pourquoi tu me demandes à chaque fois mon avis. C'est toi qui vas la porter, pas moi !
- Allez, j'ai besoin d'un avis masculin. Sois franc, l'encouragea la jeune fille en lui faisant un clin d'œil.
- Pff, soupira l'adolescent. Tu veux mon avis ? Très bien, je trouve que cette couleur rouge ne te va pas. Pour toi, au vu de la couleur de tes yeux et de tes cheveux, il te faut une couleur plus pâle. Du jaune ou du vert anis par exemple. Ou du orange, c'est la couleur de l'automne, et nous sommes justement en automne. Le jaune c'est plus pour l'été. Oui, une jolie robe orange avec des tons marron, col rond ou en V. Si tu as froid, tu peux ajouter un foulard marron aussi.
- Mais… Mais c'est que tu as l'air de t'y connaître. Comment tu sais tout ça ? demanda Sen étonnée.
- C'est juste une déduction, mentit Kaoru qui n'avait pas encore le courage de lui avouer qu'il se travestissait autrefois. Il suffit d'avoir des yeux pour remarquer les couleurs du moment et ce qui va le mieux en fonction de la forme du corps et de la couleur des yeux et cheveux.
- Oh, tu es génial Kaoru-kun, s'extasia cette fois la demoiselle riche. Tu es fort et en plus intelligent ! Allez c'est décidé, tu seras mon garde du corps et mon conseiller vestimentaire.
- Mais tu n'as pas bientôt fini de décider toute seule. Je ne suis pas à ton service ! Si je suis là, c'est uniquement parce que je n'avais rien d'autre à faire. Allez, on va te chercher une robe orange, et des chaussures aussi, sans trop de talons. Tu n'as que quinze ans, tu n'as pas encore besoin de talons.
- Pas de talons ! Tu dis ça uniquement parce que tu n'as pas envie que je te dépasse encore plus. T'es jaloux de ma taille ! Et puis d'abord, je n'ai pas quinze ans, j'ai fêté mes seize ans cet été !
- Il n'empêche que seize ans, c'est trop jeune pour mettre des grands talons comme la plupart des pimbêches de nos jours.
- Oui oui, j'ai compris ! Et toi, Kaoru-kun, tu as seize ans comme moi ?
- Oui, j'ai seize ans… Aujourd'hui, réalisa Kaoru qui pourtant avait offert un cadeau à sa jumelle mais avait complètement oublié que c'était aussi son anniversaire.
- Quoi, aujourd'hui ! C'est ton anniversaire ?
- Oui, mais bon, c'est un jour comme les autres…
- Mais non ! le coupa Sen, c'est pas un jour comme les autres. Mais enfin, c'est ton anniversaire ! Tu ne le fêtes pas en famille ?
- En famille ? Je n'ai que ma mère. Elle travaille beaucoup pour payer le loyer et les factures, elle rentre tard le soir, et elle est fatiguée. Je ne veux pas l'ennuyer avec ça.
- Oh, comme c'est triste…
- Bah, je m'en fiche. J'ai passé l'âge de fêter mon anniversaire…
- Si, c'est triste, le coupa encore la jeune fille. Il n'y a pas d'âge pour fêter son anniversaire. Je sais, cette année on va le fêter ensemble, déclara alors Sen qui passait facilement d'un ton triste à enthousiaste. On va aller acheter un gâteau, tu choisiras celui qui te plait le plus et on ira le manger ensemble dans un coin tranquille. Tu aimes quoi ? Un parc ? Moi j'adore les parcs. Allez, c'est décidé, on va faire ça. Je m'achèterai des fringues une autre fois. De toute façon je n'ai plus de place dans mes armoires.
- Pour la millième fois, arrête de décider pour moi ! s'exaspéra une bonne fois pour toute l'ancien travesti. Je m'en fiche de mon anniversaire. En quoi est-ce que c'est joyeux de fêter le jour de sa naissance ? Ma naissance à moi n'avait rien de joyeuse, du moins pour ma famille. »
Depuis sa plus tendre enfance, Kaoru n'avait pas le souvenir d'avoir passé un "bon anniversaire". Enfant, on célébrait avec plus d'entrain l'anniversaire de Chizuru, et le sien en même temps puisqu'ils étaient nés le même jour. Ah, quelle merveille que de célébrer la naissance d'une petite fille dans leur famille, mais quelle plaie que de devoir aussi offrir un cadeau au garçon. Tous se précipitaient autour de sa sœur pour la photographier, pour l'encourager à souffler les bougies. Personne ne faisait attention à lui, tout seul devant son petit gâteau et ces quelques bougies au même nombre que son âge… Personne sauf sa sœur qui lui souriait et lui disait « Kaoru-nissan, on fait la course ? Celui qui souffle le plus vite ses bougies. ».
Maintenant il ne fêtait plus son anniversaire. Comme il l'avait dit à Sen, sa mère était très occupée. Elle lui donnait juste de l'argent pour qu'il puisse s'acheter ce qu'il voulait. Ce n'était pas de sa faute à sa mère, elle n'avait pas une vie facile. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Et Chizuru… Ce n'était pas de sa faute non plus. Kaoru regrettait, il regrettait réellement d'en avoir voulu à sa sœur pendant des années alors qu'elle n'y était pour rien si elle était née fille et lui garçon, elle n'y était pour rien si les adultes de sa famille étaient si stupides et méchants. Chizuru avait toujours, toujours été de son côté :
« Chizuru, murmura tout bas le jeune homme.
- Quoiiiiiiiiii ! C'est qui cette Chizuru ? Kaoru-kun, tu me trompes ! s'exclama Sen presque hystérique en empoignant les épaules de l'adolescent, s'attirant les regards des autres clients qui s'imaginaient une querelle de couple.
- Mais arrête idiote, s'emporta à nouveau le jumeau de Chizuru en écartant la jeune fille de lui, on nous regarde.
- Mais mais… Moi qui croyais que j'étais la seule fille dans ton cœur, pleurait presque Sen.
- Oy, tu joues à quoi là ? C'est quoi ce comportement de gamine ? Tu as seize ans, tu es bientôt une femme, alors reprends-toi. Et puis ne tire pas des conclusions si vite. Chizuru, c'est ma sœur, pigé ? On ne vit pas ensemble mais… Elle est importante pour moi, ok ? Alors désolé, mais va falloir que tu partages.
- Que je partage ? Ca veut donc dire que j'ai réellement une place dans ton cœur ? s'enthousiasma encore la jeune fille.
- Sache que je ne passerai pas tant de temps avec une personne si elle n'avait pas un minimum d'importance pour moi.
- Ah, je suis si heureuse.
- Oh, mais arrête ! A t'entendre, on croirait presque que je suis ton premier vrai ami.
- Et si c'était le cas, dit Sen avec un ton sérieux cette fois.
- Hein !
- Tu sais Kaoru-kun, ce qui m'attire chez toi, c'est que tu ne me regardes pas comme une fille qui a de l'argent, mais plutôt comme une jeune fille normale. Tous les amis que j'ai eu jusqu'à maintenant, ils étaient pas comme toi. Non, ils étaient lèche-botte, ils faisaient tout pour garder mon estime, mais en fait il voulait juste profiter de la piscine, du grand écran, des grands goûters d'anniversaire. J'étais heureuse d'être entourée, mais au fond je me sentais seule, incomprise… Aucun de ces gens ne serait accouru vers moi pour me soulager de ma peine, personne ne voyait ma tristesse. Non, tout le monde pensait que j'étais heureuse parce que j'avais tout ce que je voulais. Mais l'amitié ne s'achète pas. Toi tu es différent, n'est-ce pas ? Tu t'en fiches de mon argent. Non, au contraire, tu me fais la morale, tu me remets en place, tu me dis que j'ai des mauvais goûts vestimentaires, tu vois que je me comporte en gamine attardée, pas comme les autres qui passaient leur temps à dire que je suis la meilleure. Toi, tu vois le vrai moi, tu me regardes, Kaoru-kun. »
Le cœur de Kaoru manqua un battement. Sen et lui avaient des vies complètement différentes, mais pourtant ils avaient beaucoup de chose en commun : l'incompréhension des autres, la solitude. Sen voulait être une jeune fille normale, pas la "gosse de riches", et lui voulait être un adolescent normal, pas le "garçon en trop de la famille". Sen ne voulait plus se cacher derrière son argent pour se faire des amis, lui ne voulait enfiler des vêtements féminins attirer l'attention des autres. Non, chacun voulait être eux, simplement eux, qu'on regarde ce qu'ils étaient réellement.
Kaoru sourit sincèrement pour la première fois depuis longtemps. Il prit la main de Sen, cette dernière rougit :
« Alors, on va l'acheter ce gâteau ? Moi j'aime le chocolat sous toutes ses formes, et je ne veux pas entendre que ça va te faire grossir. De toute façon, tu as bien dit que c'est moi qui choisissais. Allez on y va. »
Contre toute attente et à la grande surprise de Sen, ce fut Kaoru qui l'attira vers les pâtisseries. Elle le suivit, sans broncher, en lui rendant au contraire ce sourire et en ne lâchant sa main sous aucun prétexte.
\*******/
Saito était assis sur le canapé d'Hijikata, vêtu d'un simple yukata trop grand pour lui. Ses propres vêtements ayant été déchirés par son professeur, il n'avait plus rien à se mettre. Ensemble, ils s'étaient prélassés dans le bain, s'étaient embrassés, Hijikata l'avait quelque peu touché mais n'avait pas encore exploré les profondeurs de son intimité encore vierge. Cette expédition de l'inconnu l'excitait tout autant qu'elle l'effrayait. Il avait peur, mais en même temps il accordait toute sa confiance au brun qui, à l'heure actuelle, préparait du thé.
Hijikata posa les tasses de boisson brûlante sur la table basse et vint s'assoit à côté de lui, mettant une de ses mains sur un genou dénudé de son élève :
« Tu es sûr que tu veux aller chercher des vêtements chez toi ? Moi je te trouve très séduisant dans ce yukata.
- Euh, rougit Saito, ce vêtement à vous, je ne veux pas le salir. »
Hijikata sourit encore. A chaque fois, il fondait littéralement quand Saito faisait son timide. Comment lui résister, surtout avec ce yukata qui montrait ses jambes et son torse ? Depuis toujours, le brun trouvait ce genre vêtement érotique, éveillant son désir. Sans attendre, il renversa Saito sur le canapé, l'embrassant avec fougue tandis que l'une de ses mains remontait le long d'une cuisse blanche si sensible à ses touchers :
« Il m'est pourtant bien plus facile de toucher ta peau avec ce yukata, dit malicieusement Hijikata quand leur baiser prit fin.
- Mais… Hijikata-sensei, je ne peux pas rester éternellement en yukata, répondit timidement Saito en essayant de se cacher avec ses bras.
- Alors laisse-moi en profiter juste un petit peu, et après on y va. »
Hijikata remonta encore sa main et alla caresser son ventre puis sa poitrine tout en l'embrassant, mêlant sa langue à celle de Saito. Même s'il ne le touchait pas à cet endroit, l'étudiant sentit une tension au niveau de ce qui faisait de lui un homme. Bien inconsciemment, il remua son bassin qui se frotta à celui du brun, faisant sourire ce dernier. Du bout des doigts, Hijikata caressa le front puis le nez de Saito, les oreilles, le cou, ses lèvres suivant le passage des doigts :
« Hijikata-sensei, articula Saito entre deux soupirs de plaisir, je vous aime. Et… J'aime quand vous me faîtes ça. »
Saito ne voulait pas que ça s'arrête. Ses deux mains allèrent prendre le visage de son professeur qu'il rapprocha du sien pour sentir à nouveau la douceur de ses lèvres sur les siennes. Son corps se releva, les deux hommes étaient à présent assis sur le canapé. L'adolescent voulut faire glisser le haut de son yukata, mais Hijikata arrêta son geste :
« Attends, on doit d'abord aller chez toi, dit malicieusement l'homme aux yeux violets.
- Mais nous avons le temps, insista quand même Saito en levant son visage pour réclamer un nouveau baiser. S'il-vous-plait Hijikata-sensei, embrassez-moi, touchez-moi, je veux sentir vos doigts et vos lèvres sur moi.
- L'impatience et l'abstinence peuvent aussi accroître l'envie et le désir, rendant les rapports encore plus intenses. Allons d'abord chez toi, passons faire quelques courses avant de rentrer et ce soir, c'est ton corps entier que je grignoterai, savourerai, possèderai.
- Et pourquoi pas maintenant ?
- Non, après, persista le vice-principal qui trouvait absolument craquant et tentant que son petit élève soit si pressé.
- Vous n'imaginez même pas dans quel état vous m'avez mis. Je suis presque sûr que je peux même plus enfiler un pantalon, baragouina Saito mort de honte d'avouer une telle chose.
- … Bon, si c'est trop dur pour toi, je veux bien m'occuper de te soulager.
- Vraiment ? s'étonna l'étudiant aux yeux bleus. Vous feriez vraiment ça ?
- Bien sûr, affirma le brun en mettant sa main sur la joue du jeune homme. Je suis responsable après tout.
- Et comment vous allez faire ? osa demander le gaucher toujours en rougissant.
- Rallonge-toi et laisse-toi faire, répondit malicieusement Hijikata en repoussant son élève sur les oreillers du canapé. Je pense que ça ne devrait pas être bien long.
- Vous voulez dire que je suis précoce, déduisit Saito en s'empourprant davantage.
- Tu es juste jeune et inexpérimenté. A ton âge, j'étais pareil. Ne t'en fais pas. »
Après quoi Hijikata souleva quelque peu le bas du yukata et passa sa tête dessous. Il s'était déjà servi de sa langue avec bien des femmes, mais jamais avec des hommes. Cela ne le dégouta pas, au contraire il sourit et s'amusa un peu d'abord avec les doigts. Ce simple contact fit gémir Saito qui tentait d'étouffer ses plaintes dans un oreiller, incapable cependant d'empêcher ses jambes de bouger dans tous les sens :
« Hajime, dis-moi quel effet ça te fait.
- Ne me demandez pas une chose pareille, Hijikata-sensei.
- C'est la première fois que je fais ça à une homme, je veux savoir si tu y prends du plaisir, demanda encore le brun.
- Hijikata-sensei, j'ai l'impression que mon corps se consume. Mais peu m'importe si je suis réduit en cendre, je ne veux pas que ça s'arrête. S'il vous plaît, ne vous arrêtez pas.
- Ne te retiens pas si c'est trop douloureux, Hajime. Si tu aimes, je le referais, c'est promis.
- Pourquoi faites-vous tout ça pour moi, Hijikata-sensei ? demanda Saito dans un dernier soupir, incapable de se retenir davantage.
- Ca me parait évident, dit alors l'homme aux yeux violets en rapprochant de nouveau son visage de celui de Saito, parce que je suis ton professeur. »
Après quoi Hijikata l'embrassa, la gout étant cette fois différent du fait de ces manœuvres, mais pas vraiment écœurant. Saito ferma les yeux et s'accrocha encore plus à son professeur. Il avait l'impression de voler, de vivre un rêve, un doux moment qu'il savourait tout comme cette substance acidulée libérée par cet homme qu'il était sûr d'aimer. Saito voulait encore goûter, goûter au bonheur avec cet homme à ses côtés.
Comme il redoutait l'arrivée de ce concours, comme il craignait la fin de ce cours.
