Note : Les Elfes de Fondcombe parlent l'elfique quenya et les Elfes de Mirkwood le sindarin. Pour la Lothlórien, sindarin, même s'ils se comprennent tous.
Pour le rôle de Draco, ça vous laisse perplexe, hein ?
Si vous avez des hypothèses quant à sa présence dans cette aventure, partagez !
Sur ce, bonne lecture à tous.
E.
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Chapitre XI : Night Is Full Of Secrets.
"Toute aventure humaine, quelque singuliaire qu'elle paraisse, engage l'humanité entière."
Sartre.
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Les flammes embrasèrent les morceaux de bois rendant poussières déjà certains d'entre eux alors que Draco levait ses mains au dessus du feu et que Potter se retournait vers son parrain qui n'avait toujours pas baissé sa garde, baguette en main. L'Auror se laissa choir contre la roche dur faisant pester Draco qui dut se décaler et s'asseoir en tailleur sur le sol pour rester près du feu. Les jambes croisés, le blond prenait garde à surveiller discrètement les alentours aux aguets bien que sa posture savamment choisie laissait croire le contraire.
Il n'aimait pas ces lieux et se souvenait des paroles de Potter sur ce mauvais pressentiment. Il y avait des lieux bien plus prompte à la détente qu'une forêt sombre où les arbres donnaient l'impression de bouger vicieusement dans l'ombre. Une certaine hostilité se dégageait de cette forêt, il frissona et redonna son attention à Sirius Black qui observait Potter comme s'il n'arrivait toujours pas à saisir l'évidence. Le blond sentait sa patience s'effriter et préféra observer le flammes léchant les branches mortes plutôt que de partager les mots qui lui brûlaient la langue.
— Bellatrix, répondit Sirius après ce qui semblait être une éternité. La question posée donnait l'impression d'avoir tourné en boucle dans son esprit. Draco songeait qu'il était logique pour un homme réapparaissant après avoir manqué une bonne décennie de la vie de ses proches d'avoir l'esprit plus que chaotique.
— La bataille au Département des Mystères, souffla l'Auror alors que Sirius aquiesçait lentement avec bien trop de méfiance.
Il y eut un silence durant lequel Potter semblait se replonger dans les réminiscences d'un cauchemar, Draco remarqua la manière dont sa posture s'était faite plus hostile alors qu'il serrait la mâchoire. Éloignant ses mains du feu, il eut l'envie d'intervenir.
— Tout cela s'est passé, il y a un peu plus de dix ans Monsieur Black, énonça-t-il tranquillement. Vous êtes mort durant l'affrontement.
Draco eut la réflexion que s'il avait frappé Black son expression aurait été exactement la même. Quant à Potter, son regard noir lui donnait l'impression qu'il venait l'annoncer de la pire des manières un décès. L'absence de délicatesse, il l'admettait. La douceur lui semblait être une perte de temps dans cette situation.
— Sirius, tempéra Potter en le quittant des yeux pour regarder Black mais l'homme semblait à deux doigts de leur jeter un sort au moindre mouvement suspect.
— Ne vous fichez pas de moi, cracha-t-il. Je répète, qui êtes-vous ?
Draco eut du mal à retenir un ricanement stérile alors que l'expression dépité de l'Auror reprenait ses droits sur son visage.
— Nous nous sommes déjà présentés, fit-il d'un ton moqueur. Je suis Draco Malfoy, l'unique fils de Lucius et Narcissa Malfoy. Et il se prénomme Harry Potter, héros national, fils de Lily et James Potter. Vous souhaitez également nos arbres généalogiques, Monsieur Black ?
L'expression de son interlocuteur se fit plus menaçante et Draco lui sourit en sachant pertinemment qu'il remettait de l'huile sur le feu. Black pointa sa baguette vers lui, le fusillant du regard pour lui faire comprendre qu'il n'appréciait pas son ton.
— Aux dernières nouvelles le rejeton Malfoy a quinze ans, répliqua-t-il sèchement avant de revenir sur Potter. Exactement comme mon filleul.
Draco s'apprêtait à répondre mais un autre regard de Potter l'empêcha d'ajouter quoique ce soit. Il haussa les épaules en redonnant son attention aux arbres qu'il surveillait précédemment.
Après tout, Sirius Black était le problème d'Harry Potter. Il devait simplement trouver un moyen de rentrer chez lui pour rejoindre Astoria, conter cette aventure rocambolesque et revenir sur ce qu'ils avaient découvert ; ce qu'il était venu originellement annoncer à Potter contre l'avis de la cadette Greengrass. À présent, les paroles d'Astoria prenaient plus de sens maintenant qu'il faisait face à l'Auror. Était-ce à lui de révéler pareil secret ? Précédemment, cela lui avait paru absurde de taire tout cela. Maintenant, il avait l'impression de s'immiscer de trop dans toute cette affaire.
Pour répondre à Sirius Black, Potter déposa sa baguette aux pieds de l'ex-détenu probablement en gage de bonne foi, une technique de persuasion peu sûr selon lui. Lorsque l'Auror tendit la main vers lui, Draco haussa l'un de ses fins sourcils blond inclinant légèrement la tête en refus. Cependant, le brun lui fit comprendre que ce n'était pas une question en récupérant de lui-même la baguette en bois d'Aubéphine dans sa main.
Draco roula simplement des yeux sans grandes protestations après une brève œillade en direction de Black. Bien que méfiant, son cousin sembla comprendre qu'ils n'étaient pas des menaces et abaissa sa baguette sans pourtant daigner la ranger. Au regard amusé de Draco, il éloigna un peu plus leurs baguettes respectifs d'un coup de pied sans jamais les lâcher du regard. Il supposait que la prison rendait les Hommes d'ordinaire prudents paranoïaques avec l'influence nocif des Détraqueurs.
Potter s'approcha du feu afin d'être un tant soit peu éclairé avant de passer consciemment une main dans ses cheveux. À ce simple geste, lumière se fit, le regard de Black se posa immédiatement sur la cicatrice en forme d'éclair visible malgré la faiblesse du feu. Une question muette traversa rapidement son visage et Potter aquiesça d'un air peiné alors que l'amusement de Draco disparaissait aussitôt sous le poids de cette atmosphère lourde. La température chutait avec la nuit ou était-ce seulement cette forêt atypique, quoiqu'il en fusse, le blond ramena ses genoux contre lui en revenant s'appuyer contre le rocher. Il soupira faiblement en se rendant compte qu'il était fatigué et releva les yeux vers le ciel après avoir ramené une autre mèche fuyarde derrière son oreille, difficile de manquer à quel point la lune était blanche et belle ce soir.
— Alors je suis tombé, réalisa Sirius Black à voix haute soufflé par cette constatation.
La bataille au Département des Mystères lui avait été conté mais Draco n'était pas sûr qu'aucun détails ne fusse omis. Cela faisait longtemps et il était certain que tous avaient préféré oublier cette histoire.
— Je… Je suis tombé, répéta l'ex-détenu ébranlé, il passa une main tremblante dans ses cheveux ondulés avant de se laisser tomber par terre accablé par la nouvelle. Doux Merlin, pria-t-il dans un souffle alors que son esprit essayait probablement d'assembler pièce par pièce les éléments.
Draco observa Potter, ce dernier paraissait défait et son silence en témoignait alors que le spectacle de son parrain bouleversé se dressait face à eux. Le dernier Malfoy détourna rapidement le regard, ne pouvant regarder ni l'Auror ni son cousin, le flammes eurent une nouvelle fois son attention alors que l'on entendait dans la nuit les prières de Sirius Black. Répétant inlassablement qu'il était passé de l'autre côté, profondément chamboulé par cette authentique vérité. Pour une énième fois dans sa vie, Draco fut plus qu'heureux de ne pas avoir été aux premières loges durant ce désastre.
[ ... ]
La voix chantante d'Izilbéth était devenue autre.
N'ayant pas fait partie des elfes qui allèrent sur le continent Ouest, en Terres Éternelles pour rejoindre Valinor durant le retour proclamé de Sauron, l'elfe au chant d'argent avait bien assisté à la guerre. Elle en avait perdue une chose essentielle durant cette période. Sa voix était toujours délicate aux accents doux et aiguës, une voix de velours, puissante mais dépourvue de toute innocence. Le chant d'Izilbèth s'était assombri. Alors qu'elle chantait en compagnie d'autres elfes, sa voix mû d'une volonté propre créait sa propre mélodie… elle terrifiait.
La paix reposait sur le continent centre de la planète, la Terre du Milieu, semblant définitive et rassurante mais le cœur d'Izilbéth avait été marqué, sans aucun échappatoire à sa prison de mélancolie. Lorsque l'on fêtait de voix enjouées la fin de la guerre et les siècles de paix à venir, elle semait sa rancœur et sa violence en l'appelant de sa voix argentée dans les cœurs de ceux qui l'écoutaient. Izilbèth se dissociait des chants heureux car la lumière l'avait désertée ; d'une musique dissonante, sa voix était devenue autre, lourde de ténèbres. Il y avait bien les chagrinés pour apprécier son chant, leur rappelant qu'ils n'étaient pas seuls, que nombreux furent perdants durant la guerre et que nombreux furent de ceux ayant perdu des êtres chers ; c'était bien les seuls.
Glorfindel avait observé ce désastre de loin jusque l'instant où son amie refusa tout bonnement d'ouvrir une nouvelle fois le chant, serinant à partir de ce temps à l'œil blafard de la nuit, la lune blanche. Éloignée de toutes oreilles puisqu'elles someillaient en ces heures tardives, Izilbèth soupirait ses paroles mélancoliques.
L'elfe aux tresses d'or n'avait jamais fait parti de ceux qui dormaient la nuit. Les nuits de Glorfindel étaient teintés d'insomnie, aucun mauvais rêves l'empêchaient de dormir loin de là, un seul besoin l'empêchait de dormir tranquillement, il ne parvenait à s'enfuir dans les méandres des songes que lorsque son corps tombait lui-même de fatigue. À l'exeption de ses quelques nuits où il parvenait à dormir perdant toute élégance en ronflant tel un Nain disgracieux, Glorfindel faisait de la lecture sous la voûte étoilée d'Imladris ou comme la nommait-on dans la langue commune, Fondcombe. Ainsi, il avait pu entendre Izilbèth et nulle ne pouvait l'aider à quitter de cette tristesse, ils ne pouvaient que la rejoindre dans sa peine et mourir de chagrin. C'était bien là, un des seul maux pouvant atteindre les Elfes comptant parmis les grandes blessures qui leur retiraient la vie - l'immortalité.
Dès lors, Glorfindel devait attendre chaque nuit laissant son amie achever son chant solitaire avant de pouvoir quitter sa couche lorsqu'elle retrouvait la sienne. L'elfe tressé d'or n'était pas triste, son cœur était relativement en paix. Il ne pouvait se permettre d'écouter les accents sombres de son amie sans en soufrir, aussi rudimentaire que cela puisse paraître, Glorfindel tenait à la vie, il l'aimait probablement plus que quiconque.
Cette nuit, il se rendit dans cette clairière qui l'avait tant accueilli depuis sa naissance et rejoignit le parterre afin d'entamer son habituelle lecture. Le livre n'avait rien de fascinant mais Glorfindel ne pouvait se résigner à faire quoi que ce soit d'autre, sa vie se réduisait à la recherche alors qu'il lisait miliers et miliers livres. Ce que recherchait Glorfindel à travers ces nombreux écrits, lui-même n'en avait pas la moindre idée. Chose incertaine, c'est ce besoin inexpliqué de retrouver une chose particulière qui l'empêchait de dormir la nuit, le seul but qu'il ai toujours eu.
— Bonsoir, Glorfindel.
L'elfe releva les yeux et ne cacha pas surprise en voyant l'Istar Mithrandir en face de lui. Il ne l'avait pas vu depuis si longtemps, tellement longtemps qu'il avait du mal à se souvenir pour quelles raisons, il l'avait originellement rencontré.
— Mithrandir, le salua-t-il sobrement après avoir jeté quelques regards autour de lui. Il referma son livre et se releva doucement pour pouvoir être à la hauteur du vieil être.
— Quel bon vent vous amène jusque Imladris ?
L'istar désormais blanc de la tête au pied sourit. Cela restait étrange pour quiconque de se souvenir, qu'il n'avait plus face à lui Gandalf le Gris mais Gandalf le Blanc. Était-il la même personne ? Le mystère des Istari n'avait malheureusement pas été résolu par Glorfindel, les derniers siècles avaient été bien remplis pour lui.
— Marchons, proposa Mithrandir le tirant de ses pensées, il se retourna alors que l'elfe lui enjoignait le pas.
Ils marchèrent en silence sous un ciel dépourvu de nuages alors qu'approchait le jour du solstice d'été. Le mariage d'Arwen et d'Aragorn resterait probablement dans les mémoires. Les Elfes s'étaient rassemblés à Imladris préparant l'arrivée de l'étoile du soir, princesse de la vallée pour sa venue à Minas Tirith ; où elle siégerait reine d'ici peu afin de veiller sur son nouveau peuple aux côtés de son futur époux, le roi du Gondor. Arwen fut des Elfes qui delaissèrent l'immortalité, amante d'un Mortel, son destin serait à jamais lié à celui d'Aragorn le jour du solstice d'été.
Imladris était située dans une gorge creusée par la Bruinen ; rivière prenant directement sa source dans les Monts Brumeux au nord de Fondcombe (Imladris). Une vallée pleine de piques et de collines dans les contreforts des Montagnes possédant une vue éblouissante, très enfoncée, il était bien difficile de la découvrir si l'on en connaissait pas le chemin. Elle avait toujours été un lieu paisible qui accueillait en son sein les voyageurs et les réfugiés de toutes races. Elle était sans doute, la demeure la plus appréciée en Terre du Milieu quand la Lothlórien en était le cœur elfique, Imladris accueillait les diverses races en difficulté.
Alors que ses yeux étaient tournés vers l'horizon, Glorfindel songeait que le silence perdurait lorsque Mithrandir reprit la parole.
— Glorfindel, minauda l'Istar de sa voix lourde, que t'évoque le nom Gondolin ?
L'elfe quitta des yeux la vision du monde pour observer l'être à la barbe blanche. Gondolin, songea-t-il, pesant le nom dans son esprit alors qu'il semblait faire échos à une chose innommable enfouis dans les profondeurs de son être.
— Cela m'évoque, murmura Glorfindel. Une puissance invisible aux yeux de ceux qui ne peuvent la voir, dissimulée sa grandeur n'eût d'égal que sa beauté.
Gandalf observa l'elfe alors que ces yeux semblaient à des lieux et des mers de Fondcombe, il leva son précieux bâton d'une blancheur immaculée dont la boule de diamant à son bout scintillait doucement même dans la plus grande obscurité.
Les orbes égarés de Glorfindel ne le virent pas chuchoter quelques paroles en frappant le vide d'un vigoureux mouvement du bras. L'elfe perçut uniquement la fraîcheur soudaine d'un grand vent survenu de nulle part emportant d'une caresse légère tout ce qui l'entourait pour ne laisser qu'une joyeuse musique dont l'échos résonnait parmis les Monts. Glorfindel ferma les yeux, bercé par cette mélodie et sans même se rendre compte qu'il venait de délaisser la langue commune pour sa langue maternelle, il entonna solennellement un chant plus léger que l'écoulement d'un ruisseau et le murmure du vent :
— Utúlie'n aurë... Aiya, Eldalië ar Atanatári, Gondolin utúlie'n aurë ! Laituvalmet, a Gondolindrim... [Le jour est venu... Voyez, peuple des Elfes et pères des Hommes, le jour de Gondolin est venu ! Nous les glorifierons, ô peuple de Gondolin...]
Il y eut le lourd retentissement de cloches pour accompagner ses paroles rejoint par le doux carillon de clochettes portées par la brise du soir. Troublé, Glorfindel cligna des yeux pour se retourner vers Mithrandir mais quelle ne fut pas surprise lorsqu'il se rendit compte qu'il était de nouveau seul. La musique de joie se tarit au même rythme que la brise alors qu'un seul nom résonnait dans son esprit.
Gondolin.
La pierre cachée.
[ ... ]
Harry se tenait debout au pied de la tente les yeux rivés sur les flammes en tentant de rassembler ses pensées. Préférant songer à ce qu'il devait se passer actuellement à Londres plutôt qu'à son parrain. Lorsque Sirius après un long silence avait demandé à savoir absolument tout ce qui s'était passé ses dix dernières années. L'Auror avait refusé, jugeant scrupuleusement l'état moral de la chose, agissant comme il avait toujours agis ses dernières années - avec sureté.
Le brun savait que son parrain devait assimiler les quelques informations qui avaient fuité dont son décès et le fait que tous ce qu'il est toujours connu n'était plus ou dans son cas était plus vieux de onze ans. Doux Merlin, l'Auror savait que c'était là le plus léger, il n'avait aucunement envie de ressasser tout cela. Comment diable pourrait-il annoncer à son parrain que toutes les bonnes choses d'aujourd'hui, la paix, le bonheur, la fin de la terreur - Voldemort avaient été payé au prix du sang d'innocents ? Parents, amis, famille, adultes ou enfants, tous y étaient passés.
Non, Harry ne pouvait pas, du moins pas maintenant, il ne voulait pas infliger tant de peine à un membre de sa famille. Pour cela, il fut soulagé que Sirius n'est pas insisté. En réalité, à son non catégorique, la discussion s'était arrêté. Il avait appris énormément de choses sur la nature humaine, son cher parrain ne voulait pas savoir autant qu'il savait devoir l'entendre et Harry comprenait. Merlin qu'il comprenait car c'était bien lui qui allait devoir annoncer toutes ses mauvaises choses.
Enfonçant la main de la poche enchantée de son pantalon noir, il en extirpa sa cape et ses pensées allèrent derechef vers Albus Dumbledore, un sourire triste aux lèvres, il se remémora le visage de l'ancien directeur de Poudlard. Il songea à l'execrable Severus Snape. Les héros de l'ombre comme ceux mis en avant avaient eu leurs noms sur les murs qu'ils avaient édifiés à Poudlard et sur le Chemin de Traverse pour leur rendre hommage.
En revenant sur Terre, Harry continua de jeter ses Accios, il faisait cela depuis un moment et n'avait pas trouvé grand-chose. Cela était interdit en Angleterre comme dans beaucoup d'autres états mais les poches des vêtements d'Harry étaient ensorcelées de la même manière que les sacs sans fond ; Hermione avait tiqué lorsque son mari et lui étaient revenus d'une mission avec cette particularité fort utile sur leurs vêtements.
Le problème avec cette fraude - bien indignes d'Aurors respectés - c'était qu'il était bien aisé d'entrer dans un pays avec des objets interdits, heureusement c'était une chose difficilement accessible. Harry avait été surpris que Draco s'en soit rendu compte quand sa cape ressortait de sa poche plutôt dans la nuit.
En prenant conscience de la petite circonférence de sa poche, la cape n'aurait jamais du entrer dans celle-ci. Suite à cette découverte Malfoy avait plissés les yeux en retroussant son nez aquilin d'une manière réprobatrice. Il lui avait demandé de vider ses poches sous l'œil attentif de son parrain, le connaissant étonnamment bien pour deviner que des objets devaient y traîner.
Les deux Sang-Pur l'avaient regardé silencieusement sortir des choses plus étranges et incongrues les unes que les autres, des choses qui - il le répétait - n'auraient jamais du rentrer dans ses poches. Harry sourit doucement avec un coup d'œil à la tente. Il avait entassé tous ce que contenaient ses poches spécial dans un coin de la tente par pure flemmardise. Il aurait du se souvenir de la manière scrupuleuse dont Kreattur, l'ancien elfe de maison des Black gérait les objets.
S'il avait toujours été dans son bureau au Ministère, il aurait demandé à l'elfe de maison de vider ses vêtements aux poches ensorcelées. Harry n'osait imaginer tout ce qu'il avait pu laisser traîner dedans ses dernières années, peut-être même des choses dangereuses. Il y avait bien des armes dans ses poches actuelles mais présentement il remerciait Kreattur car cette bévue leur était d'une grande aide.
L'Auror allait même jusque se demander si l'elfe de maison ne l'avait pas fait sciemment et c'était sans doute excessif de penser que Kreattur est pu avoir un quelconque lien avec ce qu'il s'était passé au Ministère. D'ailleurs son amitié avec l'elfe de maison avait été des plus inattendus, d'après ses souvenirs Hermione avait été la plus surprise surtout que Kreattur représentait bien ses anciens maîtres. Les parents de Sirius et leurs préceptes sur la pureté du sang.
Néanmoins l'amitié de Kreattur semblait être exclusif puisqu'elle ne s'était pas encore étendu à ses proches. Harry pensait que cela ne tarderait pas, même s'il avait du s'intéresser à la culture des Sang-Pur pour comprendre cet elfe de maison buté et vraiment gagner sa confiance. Si l'Auror connaissait ses proches aussi bien qu'il le pensait ; Ron allait bientôt devoir s'adresser à Kreattur quant à sa plus que soudaine disparition.
Avec un soupir, l'homme se frotta le visage. Il espérait de tout cœur que lorsque l'enquête les mènerait à la Salle de la Mort dans le Département des Mystères - qu'ils retrouveront vraisemblablement dans un état catastrophique - que ses Aurors ne sauteraient pas à la conclusion la plus logique en retrouvant ses lunettes en morceaux près de l'arcade.
Harry avait envie de briser des choses à l'idée qu'on puisse le déclarer mort - lui rappelant la possibilité qu'il soit vraiment mort. Mais Ron prendrait la direction du Bureau des Aurors, du moins il le pensait. Il inspira profondément en se souvenant que cela ne faisait que quelques heures et qu'il pourrait bientôt rectifier le tire en trouvant rapidement un moyen de rentrer en Angleterre. Encore heureux que son testament, ses finances et ses projets soient régulièrement mis à jours aussi bien magiquement qu'en sa présence ; auquel cas, cela serait un véritable foutoir.
Après une dernière tentative d'attirer un objet qui se serait perdu entre l'instant où le voile avait décidé des les avaler et leurs chutes dans cette forêt, Harry se remit à surveiller les alentours. La tente lui rappelait la chasse aux Horcruxes avec Hermione et Ron et il fut heureux que ce ne soit pas la même. Hermione l'avait conservé, celle qu'il avait retrouvé dans ses poches était brune tirant vers le kaki, elle venait d'un séminaire qu'il avait fait en montagne quelques années plutot lorsqu'il s'était intéressé à la magie ancienne. Sirius et Draco y étaient actuellement et Harry ne savait absolument ce qu'ils faisaient bien qu'il leur avait conseillé de dormir. Ils devaient probablement de la même manière que lui, ruminer les deniers bouleversements de leurs existences.
L'Auror songeait qu'il n'aurait probablement pas du être habitué à ce genre d'imprévu. Il s'installa près du feu, sa baguette bien en main. Le brun mentirait s'il disait qu'il ne se sentait pas en danger ici. Mais en réalité, c'était bien plus complexe que cela, il ressentait une certaine hostilité qui se dégageait des lieux envers lui - un étranger. Mais il avait aussi une curieuse impression de déjà vu et chercha à se rappeler si éventuellement il n'était pas déjà venu ici par le passé.
Un légère brise fraîche lui arracha un frisson et il s'approcha du feu. La lourdeur de l'air dont sa magie semblait se nourrir voracement le laissait quelques peu surpris mais cela restait agréable, il avait la sensation que sa magie respirait. Mais l'Auror ne pouvait pas se détendre, il était fort pressé de s'en aller d'ici, quelque chose lui sommait de quitter des lieux rapidement avant qu'il ne soit trop tard.
Secouant la tête pour chasser ses pensées, Harry leva sa baguette pour raviver le feu mourrant.
— Incendio, chuchota-t-il sans lâcher les flammes des yeux qui se deployèrent en rencontrant sa magie.
Il se souvint brusquement d'une chose, la seule chose qu'il avait gardé dans sa poche.
L'Anneau.
L'Auror le sortit de sa poche après avoir vérifié qu'il n'y avait aucun mouvement dans la tente ; cette dernière semblait petite de l'extérieur mais faisait la taille d'une petite maison à l'intérieur. Il redonna son attention à l'anneau d'or qu'il fit rouler entre ses doigts espérant revoir les arabesques mais fut surpris de ne voir rien apparaître, à croire qu'il avait rêvé cela plutôt.
Mais de la même manière que tout ce qu'il savait instinctivement, une idée germa de nulle part dans son esprit, comme s'il avait toujours su. Harry approcha l'Anneau des flammes et plongea sa main dans le feu rouge. Il ne ressentit aucune brûlure et sa peau sembla aspirer les flammes, glissant comme de l'eau, une étrange caresse. Dans sa paume, des lettres de feu commencèrent à apparaître sur l'or, recouvrant la moitié de l'anneau avec d'étranges formes qu'il ne se souvenait pas avoir déjà vu mais qu'il n'eut étonnamment aucun mal à déchiffrer.
« Ash nazg, ash tûr. Ash nazg grimbatul agh ash nazg krimp burzum. »
— Un anneau, un maître. Un anneau pour les trouver et un anneau pour lier les ténèbres, murmura l'Auror alors que les flammes ténébreuses s'évaporaient autour de ses doigts.
L'écriture aussi rougeoyante que les braises disparut et il résista à l'envie de mettre le bijou à son doigt, il savait d'un savoir tant insoupçonné qu'inexplicable que ce n'était pas à lui de porter cette anneau. Ni effrayé ni rassuré par cette part de lui, Harry sut qu'il allait devoir méditer à ce sujet. Tout cela avait sans doute un lien avec toute cette aventure, il lui fallait des réponses et des explications avant qu'il ne soit contraint de partager ce secret avec Sirius et Draco.
[ ... ]
Thranduil entoura de ses longs doigts la flûte en verre qu'on lui tendait et se laissa choir un peu plus contre le dossier de son siège. Derrière lui, Armël, la servante peignait délicatement ses longs cheveux alors qu'il observait de son haut balcon ses meilleurs troupes à l'œuvre alors qu'elles repoussaient tant bien que mal l'invasion des gobelins et des orcs ayant survécus après la défaite de Sauron.
Le Mordor était un énorme cratère depuis la destruction de l'Anneau Unique et les créatures sombres de la demeure de Sauron s'étaient agglutinées aux portes de Mirkwood ; nommé la Forêt Noire ou encore la forêt Grand'Peur depuis l'ombre rampante qu'avait amené la présence malfaisante du Dol Guldur au sud non très eloignée de la Lothlórien, suffisament pour qu'elle ne soit pas touchée mais assez proche pour qu'elle se soit sentie menacée.
Bien que détruite aujourd'hui ; la forteresse du sorcier noir avait recouvert la forêt d'un voile d'obscurité inaltérable.
À sa tombée, les clairières obscurcies furent parcourues par la peur, des bêtes sauvages vinrent y chasser et des créatures féroces et maléfiques peuplèrent ses bois. En l'instant, gobelins et trolls souhaitaient envahir le pays d'Elfes mais surtout le détruire, seul un miracle pouvait chasser de les ténèbres de ses bois - le fardeau de son peuple.
Le roi porta la flûte à ses lèvres, se délectant du nectar exquis avant de lever ses yeux de glace vers les archers menant une lutte féroce contre des gobelins aux flèches enflammées, tuant un peu plus la végétation de sa tendre forêt. Devant le spectacle de flèches tranchant de l'Orc et du Troll. L'esprit du souverain s'orienta doucement vers sa descendance loin de lui et il porta la main à ses cheveux pour constater qu'Armël entreprenait de les coiffer habilement.
Thranduil songeait à l'éventualité prochaine de passer la couronne à sa progéniture. De cela, il s'était laissé six siècles mais le combat contre Sauron et la détermination de son fils à aller aux devant de la guerre l'avaient laissé penseur quant à la promptitude de Legolas, et le savoir qu'il devait lui inculquer avec patience. Tant de vaillance, d'imprudence mêlé au désir intarissable de voir le monde ne pouvait permettre à un prince de siéger stablement durant de longues périodes. Legolas se devait de grandir, bien qu'il eut montré tôt sa maturité en allant se battre si jeune pour contribuer au sauvetage de la Terre du Milieu.
Par l'omnipotence d'Ilúvatar, Legolas touchait avec peine son premier millénaire, un enfant. Un enfant bien capricieux qui refusait catégoriquement de se vêtir de manière à ce que l'on reconnaisse ce qu'il était, un prince. Il fallait admettre que contrairement à ses ancêtres dont son père Oropher, Thranduil n'avait jamais été une personne au caractère sage. Bien au contraire, dans sa jeunesse, il était très impulsif, se pressant de la même manière que Legolas au combat et ne perdait aucunement son temps à porter le bel habit de prince elfe. Thranduil et son peuple n'étaient pas les plus friand d'apprêts inutiles. Il était un Elfe Gris après tout, n'est-ce pas ? Le Roi elfe laissait bien volontier l'attrait de se couvrir de pierres précieuses aux Hommes et aux Nains, sa richesse était suffisamment conséquente pour qu'il n'eusse aucun désir d'exhibition.
Les Nains, une grimace dedaigneuse vint peindre son visage d'elfe avant qu'il ne décide de redonner son attention à ses troupes. De son dos, en avisant la flûte vide entre ses doigts graciles, Armël aux doigts d'argent le resservit emplissent le verre d'un Nectar roux avant de retourner aux complexités dans ses cheveux. De sa position, la plus haute de tout Mirkwood, Thranduil vit que le nombre de ses troupes avait inévitablement diminué cette nuit ; une autre nuit qu'ils passeraient éveillés.
— Nombre de nuits passerons avant que Legolas ne daigne reposer pied à Mirkwood.
De l'autre côté de la pièce un elfe assis devant des parchemins déposa sa plume en redressant à l'entente de ces mots. Il avait le regard qui ne se posait en aucun endroit dans la pièce riche ; le gris de la cécité, aucun mot ne franchit pourtant ses lèvres en réponse.
Depuis l'arrivée des créatures obscures amenés par le Dol Guldur, le Roi elfe et son peuple s'étaient retranchés dans les souterrains de la forêt. Bien loin de la manière des Nains, tout avait été construit de la main des Elfes de Mirkwood, dans les cavernes, les rares étrangers tolérés pouvaient y voir les magnifiques arbres qu'eux seuls parvenaient à faire grandir dans l'obscurité souterraine.
— Vanrim ? insista Thranduil en déposant sa flûte sur une desserte où reposait un pichet savamment sculpté en argent brillant contenant le Nectar qu'ils buvaient jusque plus soif.
L'elfe au coin de la pièce eut un sourire avant de répondre sa voix mélodieuse avec une lenteur plus que volontaire :
— La mariage de l'étoile du soir et du descendant d'Isildur aura lieu le jour du solstice d'été, claironna-t-il. Nous murmurons que Minas Tirith après cela n'aura été aussi lumineuse qu'à sa fondation.
Le dernier Roi Sindar posa son regard polaire sur l'elfe qui fut l'amant d'une humaine puis releva finalement les yeux vers Ithil, la Lune. Il rejoignit la terrasse extérieur, sa main glissa le long de l'écorce rugueuse d'un arbre ancien portant le sceau des ténèbres de par ses branches dépouillés et son tronc de jais. Il bordait le plus haut point de la Forêt Noire, la Tourelle du Roi et plus loins dissimulées dans les arbres étaient les tours d'observations.
La voix de Vanrim lui parvint alors même qu'il observait le lointain de sa vue puissante où ses elfes défendaient leurs portes, s'attardant sur une chevelure flamboyante parmis les blondes et les brunes. La chasseuse Tauriel.
— Thostel yrch ! [Orcs puants !] pestasoudainement l'elfe à la voix habituellement enjôleuse dans son dos. Thui na deleb, [L'odeur est répugnante] elle n'aurait point de mal à troubler le repos éternel d'un mort.
Avec une moue amusée sur les lèvres, Armël déposa une flûte pleine aux mains de Vanrim avant de reprendre entre ses doigts fins les longues mèches de son souverain lorsqu'il retourna à son siège. Achevant sa tâche en songeant éternellement à sa propre descendance bien aimée. Le silence régna, pressentant qu'il perdurait le reste de la nuit, nulle ne quitta plus des yeux les portes brunes de Mirkwood éclairées par les rayons lunaires.
Mirkwood… où flottait dorénavant le fantôme de sa gloire passée, du temps où elle fut verdoyante de toute part. Naguère, son nom était Vert Bois le Grand, les voûtes et les allées abritaient des animaux variés, des oiseaux chanteurs, chênes et hêtres peuplaient le royaume du Roi Thranduil… Puis l'ombre s'installa et les ténèbres régnèrent.
Et tous le savent, les ténèbres grouillent de secrets.
