Juste à l'heure, suis fière de moi. Hello !

11- Réflexions-Surchauffe

Nimeroni fixait sa chef d'un air septique. Tonks empilait et désempilait ses rapports avec son sens habituel de l'organisation. Finalement, elle les tassa pour qu'ils forment un joli petit tas bien droit, se frotta les mains et lui dit :

- Bon, fait entrer l'équipe.

Nimeroni lui adressa un sourire qui se voulait chaleureux et alla ouvrir la porte de son bureau aux autres membres de cette affaire. Ils entrèrent à la queuleuleu et dès que la porte fut fermée, Nimeroni lança les sorts de verrouillages et de silence habituels. Puis il se retourna.

Tonks avait vraiment changé. Enfin... ça faisait déjà un moment, et la plupart des membres de la Brigade s'y était habitué. On pouvait même dire qu'il y avait du progrès par rapport aux premiers jours où la jeune femme tentait de dissimuler son apathie sous un Méthamorphomage défaillant qui la rendait encore plus flagrante. Maintenant, Tonks parlait de nouveau, il lui arrivait même de sourire, de ce petit plissement des yeux qui était devenue typique. Mais ça n'avait tout de même rien à voir avec la jeune femme maladroite, joyeusement bordélique, dynamique et colorée qui transportait joie, bonne humeur et optimisme comme d'autre un cartable plein de paperasses. Tonks n'était plus vraiment maladroite, désormais. Ses mouvements étaient trop lents, trop dénués d'énergie, trop curieusement précautionneux pour renverser quelque objet que se soit. Quand elle prit la parole se fut d'un voix claire, mais sans inflexion :

- Bien, j'ai lu et étudié vos différents rapports... et comme nous l'avons tous constaté c'est assez effrayant. Les Lycanthropes, pour leur majorité, se divisent en deux groupe : ceux qui considèrent qu'ils ne sont plus vraiment humains et qui vivent en sauvage, comme des bêtes, et ceux qui tentent de s'intégrer à la société. Parmi le premier groupe se trouve des extrémistes qui pensent que leur rôle est de « contaminer » le plus de monde possible, leur leader étant bien sûr Fenrir Greyback. Or ce Mangemort est largement monté en grade depuis la chute de Lucius Malefoy, et nous craignons qu'il ait... rallié dans une sorte d'armée la majorité de cette première catégorie de Lycans. Reste les autres. Chacun d'entre vous ont put voir comme leur situation est difficile et précaire, ils vivent en parias, pauvres et exclus, malgré leurs efforts. D'après vos rapport, près de quatre-vingt pour cent d'entre eux seraient susceptible de suivre Vous-Savez-qui s'il leur proposait et bien... un monde meilleur.

Un murmure désapprobateur parcourut le groupe. La manière dont Tonks présentait les choses sous-entendait clairement que la société magique était responsable du grossissement des troupes du Seigneur des Ténèbres. C'était parfaitement vrai, au fond, mais personne n'aimait s'entendre rappeler ce genre de choses.

Ignorant totalement la réaction de ses subordonnés, Tonks poursuivit :

- Il faudra donc faire monter cette information au Département de la Justice magique, trouver une solution pour venir en aide aux Lycaons dont nous aurons la garantie qu'ils n'ont pas fait allégeance à Vous-savez-qui. Il en reste encore quelques uns à inspecter, mais je ne pense pas qu'ils puissent encore faire varier les statistiques. Je demande donc à ceux qui ont terminé cette partie de leur travail de se répartir une surveillance des loup-garous que vous avez classés « à risque » en tentant, bien sûr, d'en apprendre le maximum sur leurs activités illicites. Je suppose qu'il n'est pas nécessaire de vous rappeler d'être extrêmement prudents...

- Forcément, avec ces bêtes sauvages... marmonna un des membres de la Brigade, nommé Cleyford.

Tonks grimaça mais ne dit rien. Nimeroni se rappelait d'un temps où ce genre de réflexion aurait provoqué la fureur noire de la jeune femme. Tonks leur tendit la liste des loup-garous les plus suspects et les membres se répartirent le travail, avec l'efficacité que donne l'habitude. Finalement ils quittèrent le bureau, sauf Nimeroni qu'un geste de Tonks rappela en arrière.

- Vous avez fait du bon travail... dit-elle, toujours platement, je souhaiterais que vous vous mettiez immédiatement à la surveillance.

- Heu...bien, mais je n'ai pas terminer mes inspections. Il m'en reste deux.

Et il sortit de la poche de sa veste deux dossiers.

- Donnez les moi, je m'en occupe. Vous, supervisez discrètement la surveillance, faites attention que les équipes soient bien équilibrées surtout.

- Oui, accepta Nimeroni.

L'auror hocha deux fois la tête, puis pris congé.

- Oh, et, Nimeroni ?

- Oui Tonks ? Répondit-il, perturbé d'avoir faillit dire : « oui Madame ? ».

- Dégagez-moi Cleyford de cette affaire. C'est déjà assez tendu comme ça pour qu'on n'est pas à subir un raciste dans l'équipe.

Cette fois Nimeroni eut un large sourire en acquiesçant et quitta la pièce d'un pas serein. Déprimée ou pas, Tonks n'avait rien perdu de son intelligence.

Une fois que Nimeroni fut sortit, Tonks jeta un coup d'œil distrait aux dossiers qu'il lui avait remis. Elle ne fut qu'à peine surprise de voir le nom de Remus Lupin au sommet du deuxième. L'étrange flottement dans l'estomac qu'il provoqua fut aussi douloureux que d'habitude.

BUTTERFLY

Severus était bien. Confortablement assit dans son canapé, devant un bon feu de cheminé, un livre passionnant sur les genoux, il était vraiment bien. Bien sûr, le meilleur fauteuil était occupé par un cabot mais celui-ci était miraculeusement silencieux, il aurait été mal venu de se plaindre. Rogue lui jeta un regard en biais par-dessus son livre. Sirius était affalé sur ledit fauteuil, la tête renversée en arrière, les yeux clos. Sa queue de cheval haute reposait sur le haut du dossier et ses cheveux noirs tombaient en cascade. Severus suivit des yeux la courbe charnue de sa bouche, remontant sur le tracé insupportablement droit de son nez et ses sourcils... Brusquement l'ancien détenu tourna la tête, surprenant le regard de Severus.

- Aha ! J'en étais sûr, tu ne peux pas t'empêcher de me mater ! Ricana-t-il.

Pour toute réponse, le Maitre des potions eut une moue dédaigneuse et retourna à son livre. Inutile de discuter avec Black quand il était dans cette veine là.

- Hey, Sev ! Lança Sirius.

Pas de réaction.

- Je m'ennuie.

Pas de réaction.

- Je m'ennuie ! Je me racornis d'ennui, je me ratatine d'ennui, je me recroqueville d'ennui !

Pas De Réaction.

Sirius haussa les sourcils et alla se placer juste en face du visage sévère du professeur.

- Sev ! S'exclama-t-il.

- Couché ! Répondit l'autre.

Malgré lui, Sirius tomba par terre. Il avait horreur de ça. Changeant de tactique et déclara :

- Oh allez ! Depuis que je suis arrivé ici, on n'est sortit du château qu'une fois et c'était pour aller à l'infirmerie. Enfin, sauf si on compte les sorties à la serre ou dans la forêt pour aller chercher des plantes comme des promenades.

Severus leva les yeux, exaspéré :

- Mais enfin tu ne peux pas rester tranquille ? Et silencieux ?

- Non, répondit très sérieusement Sirius. Alleeezzzz ! Je ne te demande pas de m'emmener à Pré-au-lard, juste qu'on aille se balader dans le parc !

Rogue mesura rapidement les chances qu'il avait d'avoir la paix s'il se contentait d'ordonner à Black de se taire. Elles étaient nulle, bien sûr. Et puis s'il avait fallut être sincère, il aurait reconnu que prendre l'air lui ferait du bien. Finalement, avec un soupir résigné, il se leva.

- Profites en bien, rigola Sirius, c'est sûrement la seule et unique fois où je te demanderais de sortir avec moi !

Rogue lui lança un regard noir et se rassit, vexé.

- Oh bah non ! Bon, si tu veux je te le redemanderai un jour, d'accord ?

- Mais non ! S'exclama Rogue.

- Mais si, insista Sirius avec un sourire encourageant, tu ne devrais pas douter ainsi de ton charme Snapichou.

Le Snapichou en question enfouit sa tête dans ses mains en tentant de retrouver son calme.

- Bon. Dit-il décidant de faire fi des enfantillages du chien.

Il se releva, salué par les exclamations enthousiastes de Sirius qui lui fit aussitôt venir ses chaussures, son manteau et son écharpe.

(Butterfly de Superbus, fortement conseillé jusqu'à la prochaine coupure)

Il faisait froid. Du genre très froid. Severus secoua la tête et enfonça ses mains gantées dans les poches de son manteau. Autour de lui, Sirius courrait en avant puis revenait sur ses pas avant de repartir, apparemment inconscient d'être en train de gambader comme un gosse. Rogue le lui aurait sûrement fait remarqué si Black n'était pas aussi... et bien, disons, aussi attendrissant. Finalement, il vint marcher au rythme du maitre des potions.

- Tu sais que tu m'as surpris ce matin ? Tous les autres jours, tu étais levé à l'heure du coq.

- Oui, toi aussi tu m'as surpris ce matin, grimaça aigrement Rogue.

- Oh ça va, pardon... grommela Sirius, tous les chiens font ça un jour ou l'autre...

- Non, seulement les chiens mal élevé.

- Bonne idée, dresse-moi donc Sevi, susurra le Gryffondor

- Débile obsédé !s'exclama Rogue en lui envoyant une bourrade sans pouvoir s'empêcher de sourire en coin.

Sirius éclata d'un rire joyeux. L'air était glacé et brulait le visage, mais le spectacle des arbres tout dépouillés était curieusement apaisant.

- Je n'aime pas particulièrement me lever tôt, dit finalement Rogue après quelques pas. C'est juste qu'entre mes cours et les horaires de cueillettes de plantes, il n'y a pas beaucoup de matin où je n'ai rien à faire. Et puis quand on se lève tôt, on a des journées plus longues !

- Ouais, reconnu Sirius, mais une grasse-mat de temps en temps ne fait pas de mal.

- Oui, sauf quand on est réveillé par un flot de bave...

- Hé ! Je me suis excusé ! S'indigna Sirius.

- Ce qui ne signifie pas que tu es excusé.

L'ancien Gryffondor eut une moue boudeuse. Puis il s'arrêta, passa derrière Severus et le prit dans ses bras, le soulevant comme une princesse. Bien sûr, il s'aida de magie pour ce petit tour de force, bien que le directeur de la maison Serpentard soit plutôt léger.

- Hé ! Protesta ce dernier en s'accrochant par réflexe à son cou.

Éclatant de nouveau de rire Sirius se mit à courir, puis à tourner sur lui même sans lâcher le maitre des potions.

- Black ! Arrête ! cria Severus, étourdit.

Obtempérant mais sans le remettre par terre Sirius demanda, essoufflé :

- Alors ? Je suis pardonné ?

Ton argument en ta faveur c'est que tu vas me torturer si je ne dit pas oui ?

- Mais nooon ! Je te fait la toupie-magique ! James adorait ça !

- Les délires sadomasochistes de Gryffondors décérébrés ne m'intéressent pas, navré. Remets-moi par terre !

- Dis que tu me pardonne ! Ça partait d'une bonne intention ! Demanda Sirius.

- Nan, répondit Rogue, un brin infantile.

Sirius, s'assit par terre, sans lâcher sa proie, les sourcils froncés. Severus tenta de se dégager mais le chien le tenait fermement.

- Oh j'ai une idée !

Et il se pencha sur Severus, une expression très sérieuse sur le visage.

- Black, dit le Serpentard, inquiet. À quoi tu penses ?

- Je vais t'embrasser.

Rogue écarquilla les yeux.

-Sur la bouche et avec la langue ! Précisa le Gryffondor Comme ça, tu seras charmé et tu me pardonneras !

Et sans rien ajouter, il se pencha plus encore sur le maitre des potions qui se mit à secouer la tête en tentant de toute ses forces de repousser les bonnes intentions du Gryffondor Mais celui-ci le renversa par terre, lui bloqua les poignets et approcha ses lèvres. Severus regarda son beau visage se rapprocher lentement, les yeux mi-clos. Il n'allait pas vraiment le faire, n'est-ce pas ? N'est-ce... Severus sentit ses joues s'enflammer dangereusement alors qu'il prenait soudainement conscience du poids du corps de l'ancien Gryffondor, allongé sur lui, de son souffle sur son visage... Tournant la tête, mortifié, Rogue murmura :

- C'est bon, ça suffit, je te pardonne.

Pendant quelques instants, il ne se passa rien. Rogue jeta un regard à Sirius et cru sentir son cœur s'arrêter devant les yeux bleu si proches aux pupilles dilatées... Puis, lentement, la pression sur son corps disparut, Sirius lâcha ses poignets et se releva. Sans le regarder, étrangement silencieux, il lui tendit une main que Severus accepta pour se relever.

Une fois debout, le Maitre des Potions referma les pans de son manteau sur lui, frissonnant. Sans un mot, il reprit sa marche d'un pas tranquille, n'osant pas se retourner, bien qu'il entendit le bruit des pas du chien sur derrière lui. Les yeux sur le sol, il s'efforçait de ne penser à rien et surtout pas à l'envie qu'il avait eut de ne rien dire, juste pour voir si Black l'aurait vraiment embrassé, juste pour voir si ça avait toujours le même goût tellement troublant...

La neige se mit à tomber, à gros flocons blancs qui ne fondaient pas en touchant le sol, étouffant tout les sons. Enfin... tous...

- Sev ! Cria Sirius. Regarde comme c'est beau !

Et Severus se retourna pour voir Sirius, bras ouvert, tête renversé vers le ciel, tourbillonner sur place au milieu des flocons. Ses cheveux noirs fouettaient l'air et des traces blanches s'y accrochaient, comme sur son manteau. Son rire s'envola, semblable à un aboiement, franc et chaleureux. S'arrêtant de tourner, il s'arrêta sur le Serpentard qui le regardait pensivement et il ne put s'empêcher de lui adresser un large sourire ravis, juste heureux d'être ici et maintenant. Et avec lui. Mais ça il ne l'aurait jamais avoué.

Rogue s'étonna de sentir comme une boule de chaleur au creux de sa poitrine alors que ses yeux répondaient au sourire. N'osant pas le fixer trop longtemps, il regarda lui aussi vers le ciel, savourant la sensation de vertige que donne la danse de la neige, vu d'en bas.

À côté de lui, Sirius tendait ses bras vers les nuages et la langue, gobant les flocons blancs au passage, riant toujours.

- Ah, c'est froid ! S'exclama-t-il.

Malgré lui Severus éclata de rire à son tour.

- Tu t'attendais à quoi ?

- À de la crème Chantilly ! Répondit Sirius du tac au tac.

Et le rire les reprit, irrésistible et joyeux.

Ils continuèrent leur balade, courant même une fois, juste pour le plaisir. Complices, lorsqu'ils ne se sentaient pas obligé de se provoquer et de se critiquer. Accordant facilement leurs pas, discutant même, de bêtises, de détails, se jetant des regard en coin. Parfois. Severus regardait droit devant lui, le regard fixé dans le lointain, Black le fixa presque timidement, détaillant la noblesse de son profil irrégulier, de son nez aquilin. Sentant son regard, le Serpentard tourna les yeux vers lui. Toujours cette méfiance, cette distance, cette défense automatique, attendant l'insulte. Sirius se contenta pour une fois de lui adresser un sourire en coin. Et c'était presque un miracle de voir le visage de Rogue se détendre et ses lèvres esquisser comme une réponse. Il était beau. Tout le monde ne serait peut-être pas d'accord, mais pour lui il était beau. Cette constatation frappa Sirius avec violence, il se demanda brusquement depuis combien de temps il ne le trouvait plus affreux... Et même si il l'avait vraiment trouvé laid un jour. Si ce n'était pas qu'une moquerie de plus, un terrain facile où le vaincre. L'ancien Gryffondor détourna volontairement ses pensés de cette direction dangereuse et portant ses mains à sa bouche pour souffler dessus. Elles étaient gelées et douloureuses.

Rogue se tourna brutalement vers lui, le visage sévère.

- Tu n'as pas pris de gants, constata-t-il

Sirius secoua la tête, pris en faute.

- J'ai oublié.

Severus leva les yeux aux ciel et pris ses mains entres les siennes, gantées. Il les frictionna énergiquement pour les réchauffer. Le tissus frottait la peau déjà irritée et Sirius grimaça. Sans un mot, il arrêta les mains de Rogue. Il ferma les yeux une seconde pour se concentrer puis il glissa ses mains dans les gants de Severus, contre ses doigts qui s'y trouvaient déjà.

- De la Métamorphose sans baguette? Demanda Severus en contemplant ses gants maintenant assez larges pour accueillir deux mains.

- Oui, dit Sirius avec un sourire satisfait. Je suis prodigieux.

Severus s'abstint soigneusement de tout commentaire. Les mains glacées de Sirius étaient plus petites mais plus large que les siennes. C'était étrange de sentir des doigts contre les siens dans un espace aussi réduit, étrange aussi de rester là, paume contre paume avec Sirius Black. Sirius Black qui souriait tranquillement sans le lâcher de son regard bleu. Des flocons blancs recouvraient son manteau, ses cheveux sombres et ceux de Rogue dont une mèche tombait sur son visage. C'était stupide de rester là, immobiles sous la neige. Dans quelques minutes ils allaient être trempés et glacés jusqu'à la moelle. Pourtant aucun des deux n'avait envie de bouger.

Jusqu'à ce que Sirius, n'en pouvant plus, retire sa main droite du gant, qui reprit sa forme initiale, et la lève doucement jusqu'au visage de Severus. Effleurant sa joue chaude, il fit passer la mèche noire derrière son oreille. Severus sursauta et fit un pas en arrière. Le sourire de Sirius disparut.

- Tu... tu as le bout des doigts glacé ! se justifia Rogue, sans trop savoir pourquoi.

Le visage trop expressif de Black se détendit immédiatement.

- Bon, on devrait peut-être rentrer tu ne crois pas?

- Si, approuva Severus.

L'ancien Gryffondor enleva son autre main du gant. Severus fourra aussitôt ses mains dans ses poches, crispant les poings en tentant de ne pas sentir le manque. Sirius lui lança un regard espiègle et déclara :

- Le premier au château a le droit au fauteuil !

- Je te rappelle que de toute façon c'est mon fauteuil et... héééé !

Sirius était partit en courant sans attendre la fin de la tirade. Se traitant mentalement de gamin imbécile, Severus ne put s'empêcher de lui emboiter le pas, en courant à toute vitesse.

SITILIDISITIL

- Je refuse.

Lupin se tenait raide, les poings crispés, la tête basse, face au directeur de Poudlard. À peine trois semaines s'étaient écoulées depuis son dernier rapport et déjà les événements se précipitaient.

- Vous ne pouvez pas me demander ça !

Son ton était presque suppliant à présent. Comme si des suppliques pouvaient vaincre la fatalité.

- Hélas si, soupira le vieux sorcier, et vous vous imaginez bien que je préfèrerais m'abstenir. Mais je n'ai pas le choix et vous non plus.

Il se leva lentement et tournant le dos au loup-garou, il fixa le paysage par la fenêtre. Depuis trois semaines le parc du château scintillait sous une couche épaisse de neige et de verglas.

- La mission d'enquêter sur les lycans a été confié à l'un de nos agent chez les aurors et les rapports de cet agent...

- Vous pouvez parler de Tonks devant moi en utilisant son nom, dit sèchement Remus. D'ailleurs je suppose que vous avez veillé à ce que ce soit elle qui s'en occupe plutôt que Kingsley par exemple.

Le directeur se retourna et répondit :

- Je savais qu'elle prendrait cette mission très à cœur.

- Vous êtes vraiment ignoble parfois...

Le vieil homme passa sa main sur sa longue barbe blanche avec un soupire et reprit à mi-voix.

- Ses rapports sont formels : une armée de lycan a bien été créée et ils sont très nombreux. De mon côté, j'ai cherché comment Tom pensait réussir à les contrôler et j'ai trouvé...

- Je vous ai déjà dit que je refusais ! Coupa Remus. Je sais que je vous doit beaucoup mais ça... je ne peux pas.

- Remus, s'il vous plait ! Rendez-vous compte, si vous entrez dans la meute vous serez comme les autres loup-garous, connecté directement à l'esprit de Fenrir Greyback et au delà de lui à Tom Jedusor lui même ! Imaginez toutes les informations que vous pourriez nous obtenir !

Lupin secoua la tête.

- Pour y parvenir il me faudrait parvenir à tromper mentalement et Greyback et Vous-Savez-Qui en personne !

- Je sais que les Lycans ont une disposition naturelle à la Légimencie et l'Oclumencie, le professeur Rogue m'a garantit que vous étiez plus que compétant en la matière.

Lupin frappa du poing sur le bureau directorial. C'était presque effrayant de voir un homme si doux et si calme perdre ainsi son sang froid.

- Vous ne comprenez rien... dit-il entre ses dents. Vous ne mesurez pas. Depuis... depuis ce soir où j'ai été mordu mon être est déchiré entre ce que je suis et... ce coté animal qui fait partie de moi ! Sans cesse il me faut lutter contre elle pour ne rien lui céder, pour rester humain ! Si je la relâche ne serait-ce qu'un tout petit peu, elle prendra le contrôle et je serais une bête ! À l'intelligence et l'apparence humaine oui, mais rien de plus qu'une bête, soumise à ses désirs, à ses instincts ! Appelée sans cesse par la forêt, dominé par son chef de meute ou responsable de ses frères de clans !

Il inspira profondément et reprit plus bas encore.

- Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça m'attire et à quel point ça me dégoûte... Et vous... Vous vous me demander d'aller vivre au cœur même de la tentation ! Vous me demandez de céder à cette horreur en moi tout en exigeant que je garde la maitrise de tout !

Albus Dumbledore se rassit à son bureau.

-Non, dit-il de sa voix grave. Non je ne sais pas, non je ne mesure pas. Je ne suis qu'un homme à qui on a remit les rênes pour diriger dans leur combat tout un peuple. Et croyez-moi, je fais de mon mieux ! Je suis aussi épouvanté que vous parce qu'il me faut exiger de vous, plus encore car vous n'avez conscience que de votre cas alors que moi je les vois tous. Tonks, Severus, Harry... Tous souffrent sur mes ordres pour tenter d'atteindre leurs idéaux, alors qu'aucune victoire n'est assurée.

Remus contempla celui à qui il devait tout. L'homme qui l'avait accueillit, qui lui avait donné une éducation, qui l'avait protégé et qui lui avait permit de rencontrer et les meilleurs amis qui soient au monde et la femme la plus...

Il se mordit la lèvre. Il aurait tant voulu être capable de faire ce que Dumbledore exigeait de lui ! Mais il savait que s'il rentrait dans la meute, soit il ne s'impliquait pas et se faisait repérer immédiatement comme espion, soit il se relâchait... et sombrait. Forcément. Jamais il n'aurait la force mentale nécessaire pour résister à la tentation...

Son égoïsme et sa lâcheté l'écœurait. Mais il ne pouvait pas obtempérer ! Il n'en était pas capable.

Alors il inspira profondément et plongea ses prunelles ambrées dans les yeux du Directeur et secoua la tête.

- Je vous demande pardon... Je ne peux pas.

Albus porta ses mains à ses tempes et déclara :

- Très bien. Tant pis alors, je trouverais autre chose.

- Attendez, dit Lupin. Je ne vais pas rester là, inutile parmi tout ceux qui luttent. Le peu d'orgueil qui me reste me l'interdit.

Et avec l'impression de prendre la décision la deuxième plus dure de sa vie, il dit :

- Je quitte l'Ordre du Phœnix À l'évidence, je ne suis pas assez fort.

Albus ouvrit la bouche mais ne put rien répondre. Par ces mots, Lupin venait de rompre le lien magique qui le rattachait aux autres membres de l'Ordre, et c'était comme si il s'éloignait brusquement de plusieurs kilomètres. Bien sûr ses serments le maintenaient toujours au secret pour ce qu'il savait, mais il serait désormais impossible aux membres de lui communiquer des informations, quelles qu'elles soient.

Le silence pesa pendant un temps immensurable, tout comme la peine des deux hommes qui se faisaient face.

Finalement Dumbledore articula :

- Au revoir mon cher Remus... Je suppose que vous préférerez annoncer vous même la nouvelle aux autres ?

- Je vais en parler à Sirius, fit Lupin d'un voix éteinte, il transmettra. Au revoir monsieur.

Et sans rien ajouter, avec l'impression que ses membres pesaient une tonne, il quitta ce bureau et avec, cette partie de sa vie.

PLOCPLOCPLOC

Dans l'une des chambres du Manoir Malefoy, Pansy Parkinson, les mains contre ses lèvres étouffaient ses sanglots. De colère. De rage. De rage incandescente et insupportable. Comme toujours après son entretien avec le Seigneur des Ténèbres, elle avait attendu la fin de celui de Drago, puis de Blaise, aux côtés de Narcissa. Puis elle était rentrée avec les trois, jusqu'au Manoir, puisqu'ils devaient rentrer à Poudlard dès le lendemain matin et qu'elle n'avait pas envie de rentrer chez elle pour un laps de temps aussi court.

Son entretien s'était mal passé. Comme toujours aurait ricané Drago. Pansy n'avait rien à apprendre au Lord qu'il ne savait déjà. Et pourtant elle était obligée de rester debout devant lui à débiter son rapport. Et lui la fixait d'un air amusé, ou pire, compatissant. Cette fois, avant de la congédier, il lui avait rappeler ses origines asiatiques, la puissance qu'avaient eut ses ancêtres grâce à un trafic et un maniement des armes blanches qui pouvait rivaliser avec la magie. Et il avait déploré que l'habileté et l'intelligence ne soient pas génétique.

Et elle avait dû rester planté devant lui, muette et respectueuse, contenant au maximum son expression et ses pensés. Un doloris aurait été préférable, et de loin ; de toute façon elle commençait à bien connaître cette souffrance là, et sa puissance n'était en rien comparable avec la torture mentale de ses entretiens.

Et comme pour empirer les choses, Drago lui en était sortit ravi et très satisfait. Lui et Blaise avaient pourtant semblé inhabituellement tendus avant de passer devant le Lord. Mais quelles qu'étaient leurs craintes, elles avaient à l'évidence été détrompées. Le soulagement de Blaise avait presque été visible et Drago et lui s'étaient même brièvement enlacés la main, geste qu'en temps normal ils n'auraient jamais fait en public.

Bien sûr, Pansy avait depuis longtemps compris que la relation qui unissait les deux garçons viendrait tôt ou tard, troubler la promesse de mariage que leurs parents s'étaient fait. Et vu l'affection que Narcissa avait pour Zabini, la jeune fille savait pertinemment qu'elle serait évincée facilement.

Si seulement le Lord lui avait confié une mission à la hauteur de ses capacités ! Alors elle aurait put agir brillamment et leur montrer... Oh oui, pouvoir les regarder de haut comme ils le faisaient en permanence, n'être plus obligé de supporter les moqueries et les remarques sarcastiques de Drago sans broncher, pouvoir lui faire face d'égal à égal !

Pansy pouvait se souvenir d'une époque où ils jouaient ensemble, se disant roi et reine du monde alors que Blaise et sa famille de parvenus n'étaient même pas autorisés à s'approcher d'eux... Mais c'était bien fini.

- Oui, les temps changent... murmura-t-elle.

Elle allait redoubler d'attention. Un jour allait venir où elle détiendrait une information capitale, alors elle aurait le pouvoir de faire tomber sa Majesté Malefoy.

Avec une moue, elle alla poser son front contre la vitre froide, fixant le rond de buée que son souffle dessinait.

Si elle avait eut l'oreille fine, elle aurait pu entendre une autre musique que celle de son impuissance, s'échapper d'une autre des chambres du Manoir.

Malefoy se glissa en Blaise avec délice, enfouissant son nez dans le creux de peau sombre de son cou, se nourrissant de cette odeur tellement sensuelle qu'il la goûtait plus qu'il ne la sentait. Le métisse s'agrippa à son dos en se cambrant, les yeux écarquillés, la peau frémissante. Ses mains dérapaient sur le dos en sueur de Drago, griffaient pour s'y raccrocher et la douleur se perdait dans le tourbillon de plaisir qui les traversait. Ses lèvres charnues cherchèrent l'oreille du blond et la caressa de sa chaleur.

- Drago... murmura-t-il.

Le Serpentard releva la tête, clouant Zabini de ses yeux d'orages. Il posa son front contre le sien et s'enfonça plus encore, se retirant pour revenir sans lâcher l'autre du regard. Il aurait voulu être encore capable de dire des mots cohérents, il sentait que s'il parlait maintenant il parviendrait à prononcer une phrase qui les libérerait à jamais de toute la souffrance de l'univers. Mais seuls les soupires résonnaient, seuls messagers de toute cette force qui le ravageait. Alors il l'embrassa pour le lui en offrir le maximum, il l'embrassa sans cesser de se mouvoir en lui, jusqu'à leur délivrance dans un cri, il l'embrassa passionnément...

A suivre...

Si la question est : est-ce qu'il y aura un mini lemon Blaise/Drago (ou le contraire huhu) à la fin de chaque chapitre la réponse est heu...non...théoriquement...M'enfin c'est quand même pas ma faute s'ils ne peuvent pas s'empêcher de se sauter dessus tout le temps :p

Dear Gollum : Lucius/Harry ? Franchement cette idée est trop cool ;)