Bonjour à tous!

Je n'ai que peu de temps pour publier, mais voici le chapitre ! Petite news : je suis admiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise ! Voilà, j'ai eu Normale Sup, ce qui ne vous dit probablement rien, mais disons que l'an prochain je suis payée à étudier !

Pour ce qui vous intéresse : merci infiniment de toutes ces reviews et ajouts, je ne sais comment vous remercier ! Je n'ai pas fini de vous répondre, mais je vais le faire au plus vite : Araym1, Pika-Clo, Sevmooniadayra, BobSherlock, susana (merci encore!), noumea, Melfique, rivruskende (merci!), chizuru300, Eileen1976, fofix, Sol (merci beaucoup!).

Je vous laisse ! Et j'attends vos avis !

Bises, et bonne lecture !

Bergère

Chapitre 10.

Ce jour-là, elle avait effectivement enclenché quelque chose de puissant. De nouveau. C'était un début et, comme tout début, il semblait immense alors même qu'il n'était que le moyen de se trouver face au véritable obstacle et de commencer la lente ascension, avec ses écueils et ses dangers. Mais, tout de même, elle se sentait extatique : en sortant elle s'était mise à chanter, à haute voix et faux, dans la rue, en esquissant un pas de danse. Il faisait chaud, le soleil brillait et elle se sentait bien, si bien, d'avoir fait ce premier pas : il avait accepté, il avait accepté. Elle n'avait pas insisté davantage, pour le moment : c'était ce qu'elle voulait et il ne fallait pas se leurrer, ce progrès ne signifiait pas la fin de la terrible lenteur de tous les événements.

Mais elle se sentait victorieuse, puissante, elle se sentait bien. L'échange de regards avait été infiniment court, mais il lui avait paru si intense, sans doute parce que rare, elle s'en sentait profondément remuée. Il faudrait qu'elle apprenne à s'habituer à ces échanges, à ce contact : n'était-ce pas l'objectif, rendre tout cela normal, banal ? Il faudrait aussi qu'elle prévienne ses amis, parce que ce projet-là, maintenant qu'il était lancé, promettait d'être prenant, aspirant même. Elle finirait peut-être par regretter, mais pour le moment… pour le moment c'était magnifique.

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Elle était revenue dès le lendemain – ou alors il avait dormi une journée complète, mais il en doutait. Elle était revenue dans la soirée : il le savait par la baisse de la luminosité. Il avait fait un effort, en entendant son pas dans les escaliers, il s'était retourné vers la porte. Elle l'avait ouverte et il avait prononcé, d'une voix aussi claire que possible.

« - Bonjour. »

Elle était revenue dès le lendemain avec un immense sourire qui semblait lui manger la moitié du visage, qui se reflétait dans son regard et rebondissait sur ses pommettes. Il se sentit satisfait de savoir que son effort était ainsi récompensé et sa première impulsion fut de refermer les yeux et de s'abandonner à l'indolence d'une nouvelle et légère satisfaction. Mais, péniblement, il se força à ne pas perdre sa concentration, à rester droit et le regard posé sur elle : il avait dit qu'il tiendrait sa part du marché, s'il voulait qu'elle tienne la sienne.

Cette fois-ci, elle n'avait pas commencé par ranger l'appartement, comme elle le faisait d'habitude. Elle s'était approchée de la fenêtre et l'avait ouverte : ça, c'était devenu quelque chose de normal. Mais elle s'était retournée vers lui et il avait fait signe de venir. Il s'était contenté de la fixer, sans bouger, en attendant qu'elle ne l'attende plus : il n'avait pas envie de bouger plus que ça, il se sentait fatigué, très fatigué, alors il ne ferait pas d'autres efforts. Après tout, il avait accepté sa part du marché, mais elle était coulante et il n'avait pas besoin de faire plus que le strict nécessaire.

Mais elle continuait à attendre, en le regardant intensément. Il avait écarté légèrement la direction où portaient ses yeux, pour ne pas avoir à échanger trop directement. Il l'avait saluée au début, elle devrait en être satisfaite. Elle s'éclaircit la gorge, attendant toujours. Puis, visiblement à bout, elle lui parla.

« - Voulez-vous bien venir ? »

Il secoua la tête pour indiquer que non et, tranquillement, s'appuya sur son dossier et referma les yeux. Qu'elle fasse ce pour quoi elle était venue, d'abord, il ferait peut-être un effort après. Peut-être. S'il en avait l'envie, s'il se sentait moins fatigué. Il entendit, très distinctement, un soupir venant du fond du cœur et se sentit sourire de l'ombre d'un rictus satisfait : des bruits de pas lui indiquèrent qu'elle avait abandonné la partie et passait à la suite. C'est ce qu'il crut, du moins, jusqu'à entendre sa voix parler très distinctivement et bien plus près de lui.

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Bon. Il voulait jouer au plus malin. Elle n'aurait pas dû en être étonnée, c'était plus que prévisible au fond, mais elle avait espéré que, maintenant qu'elle avait passé le premier pas, il serait malléable : quelle idée stupide. Il allait sans doute être tout aussi difficile à faire bouger, pour ne pas dire plus. Il faudrait ne pas s'y arrêter, continuer : elle le savait bien, il venait de le lui rappeler brutalement avec ses yeux fermés et son air distant et, malgré elle, elle se sentait très déçue de cette situation-là. Elle voulait aller trop vite, bien sûr, beaucoup trop vite : espérer tant était le meilleur moyen de se déprimer ensuite, elle le savait.

Il jouait au plus malin. Elle deviendrait plus têtue encore qu'elle ne l'était naturellement, c'était tout. En douceur, oui, bien sûr, le brusquer n'était pas du tout une bonne idée. Mais enfin elle insisterait : en le voyant sur sa chaise, il lui sembla qu'elle avait à faire à un enfant et cette constatation-là lui déplut fortement. Il n'était pas un enfant, pas du tout, et il choisissait, parce que trop blessé sans doute, de faire comme si. Elle s'approcha, rapidement, mais s'arrêta brutalement en se trouvant juste à côté de lui : elle voulait l'interpeler, le forcer à ouvrir les yeux et à répondre. Mais comment ? Elle ne pouvait tout de même pas l'appeler professeur et, pour être honnête, monsieur sonnerait de façon tout à fait ridicule et lui enlèverait tout le peu de pouvoir qu'elle pouvait donner la sensation d'avoir sur lui.

Non, il fallait… il fallait qu'elle l'appelle Severus. Silencieusement, elle bougea les lèvres pour produire ce qui sonnait encore uniquement dans sa tête comme ce prénom : la sonorité en était si étrange dans sa bouche à elle. C'était un de ses mots interdits, qui ne se prononçaient pas, ou alors pas sans nom de famille ni sans une circonstance tout à fait particulière. Elle se souvenait de sa difficulté à appeler la Directrice par son prénom : il lui avait fallu plusieurs mois pour ne plus avoir l'impression de s'écorcher la langue en disant Minerva. Ce prénom-là lui semblait mille fois pire : il lui mangerait les lèvres, la mettant mal-à-l'aise pendant très longtemps, elle en était certaine, avant de pouvoir commencer à se l'approprier… mais cette alternative semblait inévitable si elle voulait le forcer à progresser.

« - Severus ? »

Elle tenta de dire cela comme si de rien n'était, en se concentrant sur le sens qu'elle voulait donner, c'est-à-dire : ne vous fichez pas de moi. Lentement, il ouvrit les yeux et les tourna vers elle : elle pouvait deviner qu'il était surpris, mais même avec toutes les épreuves qu'il avait traversées il continuait à être lui-même, à être insupportable et surtout totalement imperméable pour les autres. Mais il avait ouvert les yeux et ne fixait pas – encore – le plafond.

« - Je peux vous appeler comme ça ? fit-elle comme si de rien n'était. Ce sera plus simple, non, vous n'aurez qu'à m'appeler Hermione. »

Il releva les yeux et, pendant trop peu de temps encore, plongea son regard dans le sien. Impossible, une fois encore, de savoir ce qu'il pensait : elle se força, vaillamment, à rester impassible, à ne pas montrer combien elle appréhendait sa réponse, combien elle se trouverait démunie s'il se mettait à refuser brutalement – quoiqu'au fond il s'agir ait là d'une bonne nouvelle. Une vraie réaction. Ses yeux étaient repartis au plafond, mais elle se força à rester immobile encore un peu. Des fourmillements lui montaient dans les jambes, et elle avait envie de prendre une grande bouffée d'oxygène mais, seconde après seconde, elle se força à conserver l'apparence du calme. Et, enfin, il… se contenta d'hocher la tête.

Cette fois, elle ne s'empêcha pas d'aspirer violemment l'air puis de souffler, agacée. Se moquait-il d'elle ? Il était possible qu'il ne fasse pas vraiment exprès, probable même, mais sa patience de Gryffondor impulsive était mise à rude épreuve et elle ne put se défendre de l'idée qu'il ne faisait pas trop d'efforts pour remplir sa part du contrat, pour parler, pour faire quoique ce soit. Elle se redressa un peu et répliqua à ce hochement, d'une voix un peu moqueuse.

« - Je vous rappelle, tout de même, que vous êtes censé vous mettre à faire plus de choses. Je n'ai pas l'impression d'être face à quelqu'un qui fait beaucoup d'efforts.

- Oui, répondit-il alors d'un ton agacé, comme un homme que l'on dérange dans le cours de ses réflexions.

- Merci. Bien… vous venez ?

- Non. »

La réponse était venue très vite, cette fois, et sur un ton qui était parfaitement désagréable. Il observait toujours le plafond et elle fit un pas en arrière en se demandant si cela valait la peine d'insister. Il lui avait répondu, et ce ton mordant qui venait de la blesser un peu c'était le signe d'une vie intérieur qui, peut-être, allait en progressant. Non, elle n'allait pas en faire trop tout de suite : quelque chose la poussait à le faire, mais elle s'en serait sentie très coupable.

« - Peut-être tout à l'heure, alors… »

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Enfin, elle était repartie et il poussa presque un soupir de soulagement. Cette insistance l'agaçait : elle lui donnait l'impression qu'elle croyait avoir le dessus sur lui, le pouvoir même. C'était faux. S'il ne voulait rien faire, il ne ferait rien. Point. Il était faiblard maintenant, merci, il le savait. Alors il n'allait pas, en plus, se laisser diriger à la baguette : il avait le pouvoir sur ses actes et c'était bien la seule chose sur laquelle il avait le pouvoir. Il ne lâcherait pas d'un poil.

Il l'écouta faire le tour de l'appartement et ranger les choses. Elle faisait plus de bruit que les fois précédentes et semblait ne pas s'embarrasser de le brusquer, faisant parfois voler des objets à jeter juste à côté de lui, il les voyait passer du coin de l'œil. Et lorsqu'elle eut fini, elle s'assit et elle mangea un morceau, sans l'inviter. Il avait faim, oui, mais il ne voulait pas lui demander – il n'était pas sûr de savoir pourquoi, mais il ne le voulait pas, non : il resta donc à l'entendre manger, puis ranger les choses une par une.

« - Et vous venez, maintenant ? »

La question était venue sur un ton dur, et il ne s'y était pas attendu : ni au ton, ni à la question en elle-même. Cela lui inspira encore plus de dégoût pour le déplacement qu'elle exigeait et il resta immobile, en l'ignorant délibérément. Il ne lui avait pas demandé tout ce cinéma. Il n'avait même pas accepté cette histoire-là : ce qu'il voulait, lui, c'était réapprendre les potions. Réapprendre des choses. Et tout cela n'avait rien à voir avec répondre, parler, se lever pour aller regarder par une stupide fenêtre.

« - Eh bien ?

- Non, aboya-t-il. »

Elle ne lui répondit pas et sortit en claquant la porte. Et il resta agacé contre il ne savait pas vraiment quoi, seul, allongé face à ce plafond qui, lui aussi, commençait à l'agacer. Il lui prit l'envie de tout balancer, voire de la poursuivre pour lui dire toutes les horreurs du monde. Mais, au fond, il ne savait même pas pourquoi il voulait le faire alors il resta à s'énerver sur son plafond et à regretter le repas dont il n'avait rien demandé.

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En rentrant dans ses appartements de Poudlard, elle s'était sentie totalement vidée, et dans un état de nerfs aux bien rares précédents. On n'était qu'au mois d'octobre, elle n'aurait pas dû être déjà si épuisée… mais enfin, pourquoi se leurrer ? Elle savait pertinemment que ce vide émotionnel n'avait pas grand-chose à voir avec ses élèves. Non, c'était Severus Rogue, bien sûr. Oh, c'était sans doute un progrès qu'il sache lui aboyer dessus à nouveau mais, pour être honnête, elle ne tenait pas franchement à ce qu'il continue à progresser dans cette direction : à ce rythme-là, la tuer où la faire tomber en dépression serait l'accomplissement absolu. Il n'aurait simplement rien appris, et elle aurait perdu tout ce qu'elle avait parié sur cette aide à donner – elle-même donc.

Non, ça ne pouvait plus durer. Si tendue qu'elle en tremblait presque de frissons glacés, elle se fit couler un bain brûlant. Si chaud qu'elle se sentit presque brûler et rougir à l'instant où elle entra dans l'eau : la morsure la déconcentra un instant de ce qui la préoccupait et elle se fit plonger, petit à petit, dans sa baignoire. Elle était même moins grande que celle de la salle de bain des préfets, mais elle ne s'en plaignait pas : qui avait besoin d'une baignoire de la taille d'une piscine, honnêtement ?

Enfin, installée dans le confort d'une eau qui avait l'aspect rassurant d'un liquide amniotique – pour la chaleur, simplement – elle se mit à jouer machinalement avec la mousse savonneuse accumulée sur le dessus en réfléchissant. Bon. Il avait choisi de se refermer, une fois de plus. Quoi d'étonnant, hein ? Non, ce n'était pas étonnant, par Merlin, pas étonnant du tout. Mais elle rageait malgré tout, sans vrai sujet de colère : il l'énervait, mais elle se doutait qu'il se défendait contre tout ce qui semblait pouvoir le blesser c'est-à-dire, visiblement, absolument tout. Mais cela ressortait contre elle et c'était, en somme, parfaitement injuste.

Seulement, voilà, comment faire pour le forcer à un autre comportement. Il fallait qu'il lui fasse confiance, mais au fond elle avait la sensation qu'il lui faisait au moins un peu confiance. Non, il lui semblait que le problème était ailleurs. Dès qu'il progressait, qu'il se remettait à avoir le choix, il faisait le choix de refuser. Pour se protéger, peut-être, ou alors par flemme. Elle n'imaginait pas Rogue, même pas celui de maintenant, comme quelqu'un qui aurait la flemme ; seulement, elle continuait à mélanger ses images. Peut-être redeviendrait-il davantage ce qu'il avait été mais, pour le moment, il semblait tout à fait enclin à ne pas faire ce qu'il ne voulait pas faire, sous aucun prétexte. Il faudrait donc se résoudre à le forcer.

Elle poussa un soupir et, envisageant de sortir de son bain, mit un bras dehors : l'air de salle de bain, qui pourtant devait être humide et agréablement tiède lui sembla trop froid, sous le coup des différences de température, et elle replongea son bras dans l'eau. Seulement, elle ne pouvait pas le tirer, le porter, le… Elle s'interrompit dans sa pensée, prenant conscience de l'énorme moyen de pression qu'elle possédait : les potions, le savoir. Elle avait tout cela, et lui n'avait rien. Une petite part d'elle-même se sentit coupable d'envisager avec une telle jouissance cette supériorité, mais enfin c'était là sa seule arme et, naïve comme elle pouvait l'être, elle n'avait pas assez observé les choses sous cet angle-là.

Au fond, songea-t-elle en se décidant à sortir de l'eau lentement, il s'agissait d'agir en serpentard : elle n'aimait pas franchement ruser, non, du moins pas lorsqu'il s'agissait réellement de tromper. Mais, ici, elle agissait dans l'intérêt de tout le monde – elle et lui, s'entend, mais personne d'autre n'était concerné, c'était donc une forme de totalité. La prochaine fois, elle essayerait ça, quitte à le faire grossièrement.

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Il l'avait aidée à ranger. Pas trop, bien sûr, mais enfin il avait fait une ou deux choses. C'est qu'elle l'avait eu : elle lui avait fait sentir que s'il ne faisait pas ce genre de choses elle ne lui donnerait pas ce qu'il voulait. Alors, tout en faisant ce qu'elle avait demandé, il s'était mis à lui en vouloir beaucoup. Il ne voulait pas faire tout ça, il ne voulait pas faire ces efforts inutiles. Mais, désespérément, il voulait qu'elle lui redonne le savoir. Alors il faisait. Mais au ralenti, sans y croire, sans en faire trop.

Ranger la cuisine : c'était devenu quelque chose comme mettre deux ou trois papiers de côté. Il en faisait de moins en moins à chaque fois. A mesure qu'elle ne semblait pas vouloir faire davantage, elle non plus : tant qu'il n'y aurait pas quelque chose qu'il désirait vraiment, au bout, il ne ferait pas. Il ne ferait plus tous ces efforts qui lui déplaisaient. Alors, pour compenser l'obligation de parler et d'agir, il était brusque et répondait méchamment : il lui aboyait dessus, il refusait franchement, et quand elle n'acceptait pas le refus et insistait en lui rappelant que l'absence d'effort, c'était lui qui en payait le prix, il venait faire ce qu'elle demandait en faisant comme si elle n'existait pas.

Une fois, même, il l'avait bousculée en passant : à peine, parce que le contact l'avait lui aussi mis mal à l'aise, mais enfin il avait été jusqu'à prouver physiquement qu'elle l'embêtait. Embêter ? quel mot faible. Alors il faisait sans effort, sans collaborer. Malgré lui, il se sentait plus fort : une force de colère, une force qui résistait à tout.

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Il faisait semblant de faire les choses. Elle le voyait être désagréable comme si elle lui demandait un effort suprême alors qu'il était maintenant capable de faire les choses, elle le sentait… et pourtant faire tout cela aussi mal que possible. Il bâclait, imitait, bâillait. Ce n'était plus qu'il ne pouvait pas, c'était très clair : à force d'elle ne savait trop quoi, il s'était remis à être vif, il pouvait marcher vite, parler plus longtemps. Il le pouvait mais monsieur ne prenait pas la peine de le faire. C'était trop pour lui, sans doute…

Non, elle n'y croyait plus. Près d'un mois de cette progression forcée par la ruse, par une pression sur ce qu'il souhaitait. Il avait progressé oui, et elle aurait dû en être contente. Mais ils fonçaient droit vers le mur, de plus en plus vite : quand il faudrait non plus lui apprendre à être un peu vivant, un minimum actif, mais lui apprendre des choses, des sorts et des potions, alors il devrait accepter de collaborer avec elle. Progresser contre elle était une chose, mais cela avait de grandes limites. Et il se moquait d'elle, ouvertement, en faisant semblant de faire. Semblant d'écouter. Semblant de la suivre tout en la détestant. S'il se faisait croire à lui-même qu'il ne pouvait pas faire plus parce qu'il n'en avait pas envie, ce qui était possible, allez savoir, ce n'était que complaisance envers lui-même. Et si c'était cela, elle allait abandonner sa complaisance imbécile.

Lentement, elle se retourna pour l'observer. Il était penché sur un fauteuil, théoriquement en train d'aller chercher quelque chose dessous : il ne bougeait pas, ou alors très lentement. La scène dura près d'une minute, et elle hésitait entre éclater de rire – il se croyait discret – et éclater en reproches rageurs. Oui, il se moquait d'elle, définitivement : dans cet homme aux cheveux gris, qui s'allongeaient lentement, elle reconnut soudainement un peu de l'orgueil supérieur de son ancien professeur. Il y manquait de la prestance, oui, et un certain nombre d'autres choses de ce genre… mais elle reconnaissait quelque chose dans ce comportement borné et stupide : son acharnement contre Harry, par exemple, avait un peu à voir avec ce comportement-là. Non, il ne serait pas dit qu'il avait tout oublié : il avait des souvenirs, d'abord, et ensuite il se ressemblait – pour le peu qu'elle pouvait en constater.

Bon. C'était certain, il se fichait d'elle. Et si elle n'était pas sûre de grand-chose, elle était certaine de celle-là : si elle ne rétablissait pas vite les choses, il n'allait plus faire attention à ce qu'elle disait, du tout, et ils échoueraient définitivement. Il avait la force de se moquer d'elle, hein ? Elle se redressa, inspirant profondément : s'il était assez en forme pour cela, il serait bien assez en forme pour qu'elle fasse un peu moins attention à ce qu'elle disait.

« - Eh bien, vous n'allez pas passer tant de temps à vous casser le dos pour chercher les choses sous les chaises, si ?

- Hein ? grogna-t-il.

- Charmant…, murmura-t-elle avant de reprendre plus haut. Votre baguette, elle sert à cela aussi. Alors pourquoi ne pas vous en servir ?

- Parce que.

- Parce que quoi ?

- Parce que.

- Parce que quoi ? insista-t-elle en tentant de prendre le même ton menaçant qu'avec des élèves.

- Lâchez-moi ! hurla-t-il presque en se relevant et en la fixant les yeux brûlant.

- Parce que quoi ? fit-elle encore. »

Il la fixait avec un air de rage et pendant un instant elle eut peur. Malgré tout, il était grand, il avait encore quelques restes : il ne se servait pas de sa baguette, il ne… il ne ferait rien, non. Mais il en imposait toujours et elle dut combattre de toutes ses forces le mouvement qui la poussait à faire demi-tour, à sortir de là. Ou, pire encore peut-être, à s'excuser. Non, il fallait soutenir son regard : elle regarda dans ses yeux et attendit qu'il fasse quelque chose. Il semblait irradier la colère, la haine, l'humiliation. Bien sûr elle devinait la réponse à sa question : c'était la raison, précisément, de cette réaction. Mais il fallait l'entendre.

« - Eh bien ?

- Vous n'avez aucun droit, répliqua-t-il les dents serrées.

- Non, c'est vrai. Rien ne vous oblige à me répondre. Mais si vous voulez faire autre chose que marcher dans votre appartement, si vous voulez cesser d'être une loque humaine et apprendre à faire des choses à nouveau, il va falloir me faire confiance.

- Ah.

- Ou vous me faites confiance. Auquel cas vous pouvez me demander tout ce que vous voulez, et nous sommes sur un pied d'égalité sans mensonge d'aucune sorte. Ou bien je m'en vais et c'est fini : ça ne servirait à rien, de toute manière. Mais soyons clair, si c'est oui, je ne vais pas vous laisser tranquille tant que vous ne serez pas arrivé où vous voulez arriver. »

L'émotion lui coupait les jambes et sa respiration, erratique, montrait combien elle était anxieuse. Elle n'y pouvait rien, tant pis. Il fallait se concentrer, attendre : ce n'en était sans doute pas, mais elle se sentit comme prise de vertiges et agrippa le lino grisâtre qui recouvrait le plan de travail. Il fallait qu'il dise oui, il fallait que cette étape-là se passe. Il le fallait. Elle ne parvenait plus à s'imaginer dans une situation où il ne lui ferait plus confiance du tout, dans une situation où elle le laisserait là. Pitié pour un homme en mauvais état, attachement à Severus Rogue en particulier ? Il devait hocher la tête, il devait dire oui.

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Ce parler franc et dur avait quelque chose de rassérénant : il ne ressentait plus, pour le moment, le besoin d'écarter son regard du sien. Voulait-il répondre ? Non. Lui faire confiance ? Il ne le savait pas. Oui, il voulait progresser. Cette chambre réduite commençait à lui peser, il commençait à se peser à lui-même.

« - Pourquoi faites-vous cela ?

- Quoi ? demanda-t-elle d'une voix qui tremblait.

- M'aider.

- Parce que je sais que vous pouvez progresser beaucoup encore. Parce que… Je ne sais pas, ajouta-t-elle après une pause. Très honnêtement, je ne sais pas. Mais je n'ai pas envie de vous laisser.

- Et si je veux être seul ?

- Je vous laisserai. »

Elle semblait terriblement accablée : subitement elle cessa d'être un ennemi potentiel. Il ne voulait pas lui répondre, non, mais il le pouvait. C'était une chose certaine. Il finit de se redresser et continua à l'observer : il brisa l'échange de regards, mais l'observait toujours. Pouvait-il accepter une aide, une alliée ? Pouvait-il accepter qu'elle reste avec lui, pour qu'il progresse ? Etait-ce possible, quelqu'un d'autre sachant tout ce qu'il savait, tout ce qu'il ne savait pas ? Il ne le souhaitait pas, non. Il se remémora : il n'y avait rien d'assez ancien, la concernant. Mais elle était venue, elle avait été là. Elle était repartie oui, mais elle était revenue. Un peu comme un ange gardien, même si la notion était risible et sentimentale. Elle ne lui voulait pas de mal, non, mais l'acceptait-il ? Elle avait été là, elle l'avait vu, elle s'était adaptée : brusquement, il réalisa qu'il l'avait déjà acceptée sans le vouloir, qu'il l'avait laissée s'immiscer si profondément dans son absence de vie qu'il ne servait plus à rien de cacher les choses. Elle savait.

C'était mortifiant. Il fixa ses yeux sur la fenêtre.

« - Je ne sais plus le faire. »

Il l'entendit produire un son étranglé et tourna la tête vers elle. Elle venait de lâcher la table à laquelle elle s'était accrochée et avait les deux mains posées sur le visage, presque comme un signe qui lui disait vaguement quelque chose, un signe qui lui rappelait l'idée de prière. Son visage semblait ravagé, on eut dit que la douleur s'était emparée d'elle subitement, mais un instant plus tard elle respirait rapidement et s'approchait de lui.

« - Où est votre baguette ?

- Dans ma poche.

- Prenez-la. Bien. Accio, cela vous dit-il quelque chose ?

- Non.

- Je vous montre. »

Elle avait sorti sa baguette, s'était mise à côté de lui, parallèle à lui, et avec sa baguette avait pointé son sac à main. Alors, dans un mouvement lent et circulaire elle avait prononcé Accio sac. Et docilement le sac avait traversé la pièce pour venir se retrouver dans sa main : cette magie-là ne l'impressionnait pas, il ne l'avait pas oubliée. Restait à la mettre en œuvre à nouveau.

« - Faites-le avec votre papier. Ça ne marchera peut-être pas, on ne sait jamais. Mais n'oubliez pas que vous savez le faire. »

Il avait essayé d'oublier sa présence, de se concentrer sur lui. Il ressentait très clairement la magie passer entre lui et sa baguette. Restait à la faire opérer : il reproduisit le mouvement et prononçant l'incantation mais vite, bien plus vite qu'elle ne l'avait fait. Et le papier avait volé jusqu'à lui, docile, et il l'avait saisi. Et, à côté de lui, un cri de joie avait surgi si inopinément qu'il avait sursauté : elle dansait debout éperdue de joie, plus même que lui. Il lui fallut du temps pour réaliser que cette chose qu'il croyait ne pas savoir faire, il l'a savait : suffisamment de temps pour qu'elle se soit arrêtée de sautiller et qu'il n'ait pas à lui dire de s'arrêter parce que c'était ridicule.

« - J'aimerais célébrer cela en vous amenant dehors, s'il-vous-plait.

- Je veux aller dehors, répliqua-t-il. Est-ce que j'appréciais l'extérieur ?

- Je ne crois pas, non. Je ne sais pas, honnêtement… »