Le temps devint de plus en plus glacial, si cela était possible, et les journées de plus en plus courtes. Les nuits, interminables, étaient d'un noir d'encre, la lune et les étoiles restant voilées par l'épaisse couche de nuages responsable des chutes quasi continues de neige, et les journées se résumaient à quelques heures de très faible clarté.

Au fil des jours qui suivirent, Jaime consacra son temps à participer aux préparatifs pour la guerre, à grelotter malgré ses épaisses couches de vêtements et à tenter d'ignorer au mieux les murmures dans son dos, les regards de mépris à peine voilé et ses sentiments pour Brienne. Continuer à passer son temps avec elle et à partager sa chambre ne lui rendait pas la tâche facile, mais Sansa l'avait chargée de continuer à le surveiller. La journée, ou plutôt durant leurs périodes d'éveil, son écuyer Podrick était presque toujours avec eux et Jaime profitait de sa présence pour discuter, plaisanter et afficher ainsi une attitude qu'il espérait désinvolte. Et lorsqu'ils partaient se reposer, Jaime était bien souvent si épuisé et engourdi par le froid qu'il s'endormait la tête à peine posée sur l'oreiller. Mais malgré son air détaché, l'ambiance pesante et morose du château et de ses occupants, le froid et le noir quasi constant et la peur sourde, baignant l'atmosphère, du combat imminent contre des créatures légendaires quasi invincibles et leur armée de morts, il profitait de chaque moment passé en compagnie de Brienne. Se préparer pour la fin du monde à ses côtés faisait brûler en lui un feu qui le réchauffait de l'intérieur, plus que n'importe quelle cheminée ou fourrure supplémentaire. Son sang bouillonnait dans ses veines lorsqu'ils s'entraînaient ensemble dans la cour de Winterfell. Son cœur s'emballait lorsqu'il leur arrivait de se frôler en donnant à manger aux chevaux, en transportant des caisses de verredragon, en patrouillant sur les remparts ou simplement en marchant dans les couloirs du château. Et la rage le consumait en entendant les moqueries dédaigneuses de certains Nordiens à son égard lorsqu'ils prenaient leurs repas dans la grande salle, en voyant son visage se crisper et en la voyant se dépêcher de finir son assiette pour quitter la salle au plus vite.

« Ne vous en prenez pas à eux, Ser Jaime. Vous n'avez pas besoin de cela dans votre situation et… j'ai l'habitude de ce genre de remarques. », lui avait-elle dit un soir qu'il avait commencé à se lever de son siège, décidé à les faire taire. Il s'était alors lentement rassis, avait acquiescé d'un signe de tête en ne quittant pas les soldats des yeux et Podrick, Brienne et lui avaient terminé leur repas rapidement, en silence. Mais il n'avait cessé de l'observer le plus discrètement possible : la tristesse se lisait clairement sur son visage et un douloureux pincement au cœur l'avait saisi, d'une même qu'une furieuse envie d'utiliser sa main dorée pour casser quelques mâchoires.

Ils arrivèrent quelques jours plus tard, alors que la neige venait de cesser de tomber et que Jaime et Brienne, profitant de l'accalmie et de l'absence de brouillard grâce au vent, entraînaient quelques jeunes Nordiens au combat à l'épée dans la cour principale du château. Un cor retentit et tout le monde se figea sur place lorsque ce son fut accompagné d'un rugissement monstrueux, déchirant les airs. Le sang de Jaime ne fit qu'un tour en entendant à nouveau ce son terrifiant, gravé dans sa mémoire depuis ce funeste jour sur le champ de bataille au retour de Hautjardin. Ses yeux se tournèrent spontanément vers Brienne et ils échangèrent un signe de tête : elle avait tout de suite compris, elle aussi, que Daenerys, son armée et ses dragons venaient d'arriver à Winterfell.

Tandis que tous les occupants du château se précipitaient vers les portes et les remparts pour assister à l'arrivée de ces renforts si précieux et voir les dragons de leurs propres yeux, Brienne et Jaime restèrent en arrière, prenant leur temps pour glisser leurs épées jumelles dans leurs fourreaux respectifs et échanger un long regard silencieux, un moment que Jaime aurait voulu ne jamais interrompre. Mais Brienne se devait d'être aux côtés de Sansa lorsque celle-ci accueillerait la Mère des Dragons et ils finirent par suivre la foule, marchant côte à côte, en silence, sans avoir besoin d'exprimer par des mots ce qu'ils ressentaient en cet instant. Jaime n'en avait pas besoin, en tout cas, le regard à la fois déterminé et plein de compassion de Brienne lui ayant fait comprendre qu'elle serait à ses côtés lorsqu'il devrait faire face à Daenerys. Il avait, après tout, planté son épée dans le dos de son père, et Daenerys ne l'aurait sûrement pas oublié, même si Jaime avait l'impression que ces événements faisaient partie d'une toute autre vie.

Jaime entendait à peine les clameurs de la foule et le bruit sourd des ailes fendant l'air, le vacarme des dragons atterrissant aux portes du château. Il n'entendait que le cliquetis des épées d'acier valyrien qu'ils portaient à leurs côtés.

Oathkeeper et…Widow's Wail… Bon sang, il faudra tout de même que je songe à un autre nom…

Il n'entendait que le crissement des pas, accompagnant les siens en rythme, dans la neige. Le vent pouvait souffler, glacial, les dragons et leur mère pouvaient l'attendre, implacables, au-delà de cette porte. Brienne était à ses côtés et il n'aurait voulu être nulle part ailleurs.