Heeey ! ça fait longtemps n'est-ce pas ? Allez-y, frappez moi, lynchez moi, mettez moi en pièces, je le mérite, à avoir lâchement abandonné mes fic. Mais, comme dirait l'autre, « Mieux vaut tard que jamais ! » et Hop, par une pirouette des plus impressionnantes je me sors du pétrin et je me présente tel le héros, qui arrive toujours au dernier moment.
Bon, maintenant que je suis votre héroïne (!) laissez moi m'expliquer un peu plus avant. Il y a eu les vacances de Noël et j'étais tellement overbookée que je n'ai pas eu le temps d'écrire. Puis j'ai lu lu lu lu (que des bouquins de Philo, parce que la Philo c'est cool, haa) et je n'ai pas vu le temps passer. Si bien que j'ai délaissé mes fic. Mais je compte me rattraper pendant cette deuxième semaine de vacances. Enfin, j'espère. Je m'en sors bien, la preuve, je publie un nouveau chapitre, et la semaine n'est même pas encore commencée !
D'ailleurs, j'avais écrit une partie il y a assez longtemps. Puis j'ai relu et j'ai trouvé ça guimauve neuneu à souhait et trop OOC dans un sens que je ne voulais pas. Oh, je vous rassure (ou pas) ils restens OOC mais dans le sens que je veux leur donner. Toujours en lien avec ce qu'ils étaient avant, enfin j'essaie que tout ça reste cohérent, et ce que j'avais pondu était tout sauf cohérent. Donc effaçage immédiat et réécriture et voilà le travail. Bonne lecture.
Petit résumé de ce qui précède, étant donné la quantité d'eau polluée qui a coulé sous les ponts depuis la publication du dernier chapitre :
Chani s'est aperçut de la relation qu'entretenait son mari avec Cartman, pendant un petit séjour entres amis chez Stan. Ils sont donc partis plus tôt que prévu et ont eu une petite discussion qui a abouti à une réconciliation sommaire sous conditions, celles-ci étant de ne plus revoir Cartman. A présent, nous sommes retournés vers notre cher Eric, toujours chez Stan.
- Il lui arrive quoi à la grosse ? s'enquit Cartman en s'ouvrant une bière.
Mandy et Kenny s'échangèrent un regard gêné. Stan et les Broflovski venaient tout juste de partir, les laissant seuls dans la cuisine.
- Ils rentrent à New York, indiqua la jeune femme d'un ton neutre.
- Pfuh.
- Tu t'y attendais, non ? lâcha Kenny.
- Ouais plus ou moins. Mais ça me fait chier quand même. Avec tout ça, je ne sais pas quand je vais le revoir.
- Evite les mails pendant quelques temps, conseilla Mandy.
Les deux hommes se tournèrent vers elle, stupéfaits :
- T'es du côté de qui ? s'enquit Cartman.
Elle haussa les épaules et sortit de la cuisine en déclarant :
- Moi j'dis ça, j'dis rien.
- Elle n'a pas tort, souligna Kenny. Tu ferais mieux de te faire tout petit, le temps que les choses se calment.
Cartman soupira, sincèrement ennuyé. Il sortit son smartphone.
- Pourquoi j'ai l'impression que tu vas n'en faire qu'à ta tête ? demanda le blond en se dirigeant à son tour vers la porte de la cuisine.
- Comment peut-il en être autrement ?
- Fais le au moins pour lui.
Le milliardaire s'assit distraitement sur un haut tabouret, les yeux perdus dans le vague. Kenny ajouta, juste avant de le laisser :
- Enfin, j'dis ça, j'dis rien.
Cartman observa son téléphone quelques secondes, le doigt suspendu au-dessus de l'entrée « Little Monster ». Il lutta avec sa conscience et finit par renoncer à sa première idée. Il rangea l'appareil et jeta rageusement sa canette de bière contre le mur d'en face*.
- Et merde.
Il se leva et passa comme une tornade dans le salon.
- Tu vas où ? s'inquiéta Kenny.
- Je rentre. J'ai plus rien à faire ici de toute évidence. Salut.
Et il claqua la porte.
- En gros, on sert à rien nous, conclut le blond, blasé.
- Il est mignon ton copain, renchérit Mandy d'un ton sarcastique.
Dans le jet, Cartman retourna la situation dans tous les sens, pour établir une stratégie d'attaque. Il raisonna selon un schéma assez simple.
Objectif : Kyle
Nature de l'ennemi : femelle, la trentaine, juive
Avantages de l'ennemi : mariée à la cible, sexe féminin (toujours utile pour se faire un mec), a la morale de son côté.
Occupations de l'ennemi : un truc dans la peinture, reste au foyer pour le moment.
… Voilà ! C'était ça. Il avait trouvé le moyen d'éloigner cette harpie de Kyle… Il ne lui restait plus qu'à passer quelques coups de fil…
Il était 18H. Le mois d'août tirait sur sa fin et Kyle paressait dans le jardin, en lisant une revue spécialisée dans le droit. Il ne prêtait pas grande attention à sa lecture, son esprit dérivant lentement au fil de ses pensées. Un bruit de pas le tira de sa rêverie et Chani vint s'asseoir dans l'herbe devant lui. Elle portait une robe en mousseline légère aux motifs fleuris, ajustée à la taille par une ceinture en cuir clair. Ses cheveux voletaient doucement, agités par la brise de fin de journée. Elle semblait préoccupée :
- Kyle, je viens de recevoir un coup de fil du doyen de Yale.
- Qu'est-ce qu'il voulait ?
- Me proposer un poste à l'université, en tant que professeur.
Le jeune homme se redressa :
- Mais c'est à deux heures d'ici !
- Je ne peux pas refuser une offre pareille ! opposa-t-elle en repoussant une mèche derrière son oreille.
- Pourquoi ? Tu ne vas pas me dire qu'on manque d'argent quand même !
- Tout ne tourne pas autour de l'argent, lâcha-t-elle d'un ton sec. Mais tu ne peux pas comprendre. Toi, tu es un avocat célèbre, tout le monde te reconnaît dans le milieu. Moi je suis une pauvre artiste de pacotille, ex-prof à même pas 30 ans, dont le nom est complètement obscur. Tu crois que c'est ce que je veux ? Ce poste à Yale donnerait le coup de pouce qu'il faut à ma carrière. Et je ne compte pas y renoncer pour quelques kilomètres. En plus, Neîma va aller à l'école cette année, elle aura moins besoin de moi, c'est l'occasion idéale. Non je suis sérieuse chéri, cette proposition est une bénédiction.
Kyle réfléchit quelques instants, mais il savait bien que c'était inutile. Sa femme avait déjà pris sa décision.
- Très bien, alors je n'ai plus qu'à te féliciter, dit-il simplement en déposant un baiser dans ses cheveux.
La rentrée arriva très vite. Chani reçu son emploi du temps. Elle serait à New Haven le lundi, le mardi et le jeudi toute la journée, plus le vendredi après-midi. Elle avait par conséquent ses week-ends, son mercredi et le vendredi matin. A vrai dire, elle était pleinement satisfaite de ses horaires, même si les jours où elle travaillait elle devait partir à six heures du matin. Kyle adapta ses horaires pour s'occuper un maximum de sa fille mais comme son emploi du temps n'était pas extensible à l'infini, ils engagèrent une nounou en renfort. Cela fait, ils étaient fins prêts pour affronter la nouvelle année qui s'annonçait.
Le dimanche soir, veille du premier jour de travail de Chani, Kyle reçu un message de sa secrétaire Sarah :
- Changement de programme, au lieu de commencer mardi, je vous attends au bureau à 9H30. Affaire urgente.
Il était un peu contrarié car il avait décidé de prendre sa journée pour emmener sa fille à son premier jour d'école. Cependant, il avait le temps de s'en charger avant d'aller travailler, donc il s'accommoderait de ce caprice de sa secrétaire.
- Elle a du culot quand même, commenta Chani qui avait pris l'habitude de lire ses mails depuis l'affaire Cartman. Parfois, j'ai l'impression que c'est elle la patronne.
- Tu sais, relativisa Kyle, c'est elle qui s'est occupée du cabinet avec le jeune avocat qui m'a remplacé pendant les vacances. Ce n'est pas une tâche facile, elle m'a beaucoup aidé. Je lui dois bien ça.
- Vu sous cet angle… Bon, je vais me coucher. Demain, lever à 5H. Courage !
Kyle lui attrapa le poignet :
- Tu vas tous les épater. Bonne nuit mon ange.
Il l'embrassa et la laissa monter dans leur chambre. Il soupira et s'affala dans le canapé. Combien de temps pourrait-il encore jouer ce jeu ? Cartman lui manquait tellement qu'il occupait chaque parcelle de son esprit. Jamais il ne pourrait se concentrer sur quoi que ce soit au travail… Fatigué, il décida de monter se coucher à son tour. Dormir l'empêchait de trop penser. Heureusement, il prenait des médicaments pour que le sommeil ne se fasse pas trop attendre.
Après la séquence émotion du premier jour d'école, Kyle s'arracha à la contemplation de la fenêtre de la salle de classe où avait disparu sa fille pour rejoindre son cabinet. Il se sentait un papa heureux, malgré tout. Parfois, il avait de la peine de voir qu'il risquait de perdre tous ces moments avec sa petite princesse s'il mettait son couple en péril. Cela le confortait dans l'idée qu'il devait rester sur le droit chemin et éviter de tenter le diable en recontactant Cartman. De toute façon, Chani le surveillait trop pour qu'il puisse faire quoi que ce soit.
Il fit tourner la clé dans la serrure et entra dans le petit hall où sa secrétaire accueillait ses clients. Il passa directement dans le bureau de cette dernière après avoir ouvert les rideaux. Sarah n'avait pas l'air d'être là. Inquiet, Kyle jeta un coup d'œil à l'immense horloge accrochée au mur. Il était 9H45, elle aurait du être arrivée depuis longtemps, surtout s'il y avait une affaire urgente à traiter comme elle l'avait spécifié dans son mail.
Circonspect, il entra dans son propre bureau. Là, il crut avoir une hallucination. Assis dans son fauteuil, les pieds sur le bureau et buvant tranquillement un café, Eric Cartman le regardait avec son petit sourire arrogant.
- Bonjour, chéri. Tu es en retard, j'avais dit neuf heures et demie.
- C'était toi ? s'étrangla le Juif, interloqué.
- Qui d'autre ? Je suis allé voir ta secrétaire et je lui ai aimablement demandé de me rendre un petit service, voilà tout. Tu la connais, toujours partante pour nous laisser vivre notre… Comment elle a dit ça déjà ? Ah oui, notre « liaison dangereuse ». Une bonne petite finalement.
- Je…
- Attends, l'interrompit Cartman en se levant. Tiens, assieds-toi confortablement que je t'explique tout en détail.
Kyle prit place dans son fauteuil, tout chaud, tandis que son interlocuteur s'assit sur le bureau avec désinvolture.
- Bon, Chani va bien ?
Un peu déstabilisé par la question, le Juif répondit prudemment :
- Huum, oui. Elle vient de trouver un nouveau travail.
- Je suis au courant, indiqua Cartman avec un sourire diabolique.
- Comment ça, tu es au courant ?
- Eh bien… Sache que Yale puise une grande partie de ses capitaux dans son partenariat avec Cartman Company. Considérant cela, le doyen, ce cher doyen, ne peut pas me refuser une petite faveur de temps en temps…
- C'est toi qui…
- Ouais.
- Mais pourquoi ?
Soudain, l'explication lui apparut.
- C'est parce que l'université est à deux heures d'ici ! Tu voulais l'éloigner !
Excessivement fier de lui, Cartman se redressa de toute sa hauteur :
- Tu as tout compris, Kyle.
Il se rapprocha de lui et se pencha pour l'embrasser :
- Merde ça faisait longtemps que j'attendais ça !
Kyle s'appuya contre lui et le serra fort, enfouissant son visage dans son cou. Cartman se laissa faire, un peu surpris néanmoins par cet élan d'affection.
- T'es génial, souffla le Juif.
- Je t'ai manqué tant que ça ? sourit Cartman.
- T'es complètement fou…
- Non, juste prêt à tout.
- Je suis désolé de ne pas avoir donné de nouvelles…
- Je comprends, t'en fais pas, le rassura le jeune homme en lui caressant les cheveux. En plus tout est de ma faute.
Un mea culpa d'Eric Cartman ? On ne voyait pas ça tous les jours… Il reprit :
- C'est vrai, toi tu n'as pas l'habitude. Moi je fais ça à longueur de temps, me taper des femmes mariées. J'aurais du être plus prudent mais dès qu'il s'agit de toi j'ai du mal à réfléchir.
- Moi j'ai eu le temps de réfléchir.
Cartman le regarda avec méfiance. Il n'aimait pas ça.
- Et qu'en as-tu conclu ? demanda-t-il, pour aller droit au but.
Kyle prit un stylo et joua quelques instants avec, la mine soucieuse. Puis il le reposa et se massa les tempes du bout des doigts. De plus en plus inquiet, sentant le coup venir, Cartman se pencha vers lui :
- Eh ! Qu'est-ce que tu me fais là ?
- Je ne sais pas quoi faire.
- Comment ça ?
L'avocat resta silencieux. Alarmé, Cartman se leva et tapa un grand coup sur le bureau :
- Mais qu'est-ce que tu essaies de me dire putain de merde ? T'imagine même pas la somme que j'ai remis à Yale pour pouvoir te parler alors fais un effort !
- Arrête de t'énerver, je voulais simplement te dire que…
- Je t'arrête tout de suite. Si c'est pour me dire que tu veux une énième fois qu'on arrête de se voir, c'est niet. Moi je te le dis comme ça Kyle, je ne PEUX pas. Et crois-moi que ce n'est pas mon genre de faire des déclarations pareilles, faut vraiment que tu me pousses à bout.
Kyle sourit. Il se rendait compte que Cartman avait mal compris ses intentions. Il prit une grande inspiration et se lança :
- Ce que je voulais te dire, c'est que je ne veux pas renoncer à toi.
En entendant le mot « renoncer » Cartman ouvrit la bouche pour protester puis son cerveau se mit en marche.
- Quoi ?
- J'ai trop souffert de ton absence. J'ai pris conscience de ce que tu représentais pour moi et je ne suis pas prêt à faire une croix dessus.
Incrédule, Cartman se laissa tomber dans un des deux sièges à disposition des clients.
- Redis-le, ordonna-t-il.
- Crève.
Le milliardaire sourit. Il s'y était attendu. Il posa les coudes sur le bureau et demanda :
- Qu'est-ce que ça veut dire, concrètement ?
- C'est bien ça le problème, je ne sais pas quoi faire… Je pensais que toi tu saurais.
Cartman se rengorgea, bassement amadoué par la flatterie à demi dissimulée. Il croisa les doigts, et constata d'un air pensif :
- Il n'y a pas trente-six solutions : on se voit en cachette pendant que ta femme est à Yale.
- Il y en a une autre, signala Kyle en fixant son bureau, le regard fuyant.
- Je ne vois pas.
- Je pourrais arrêter de faire semblant et dire à Chani que je ne peux plus vivre avec elle.
Cartman le toisa quelques instants, puis il éclata d'un rire tonitruant. Lorsqu'il se fut sommairement calmé, il s'aperçut avec un frisson désagréable que le Juif était on ne peut plus sérieux. Il émit un claquement de langue agacé et déclara d'une voix retentissante d'autorité paternelle :
- Voyons Kyle, cela ne se fait pas. Tu es marié, tu as une situation, il est absolument impensable de détruire tout ça. A quoi cela t'avancerait ?
- On pourrait alors vivre ensemble.
Cette fois-ci, Cartman se hérissa comme un chat en colère :
- Vivre ensemble ? Non mais tu t'entends ? Je ne sais pas pour toi mais moi je ne suis pas un pédé fini ! On en a déjà parlé, c'est non, non et non !
- T'es ridicule, on couche ensemble, je ne vois pas ce qu'il y a de plus « pédé » que ça ! Assume, ce n'est pas si grave enfin !
- J'hallucine d'entendre ça de la bouche d'un sale Juif de merde !
- Eh ben justement ! Tu te moques de mes principes mais en fait t'en es bourré ! T'es pétri de toutes les idées conservatrices que tu traines depuis que t'es gosse ! Tu te targues d'être immoral, d'être libre face au jugement de la société mais c'est faux. En fait, ça t'arrange bien qu'il y ait des règles de morale qui te disent où aller.
- Imbécile ! Je ne supporte pas qu'on me dise ce que je dois faire, comment je pourrais adhérer à une quelconque morale ? Tu crois que je respecte les bonne mœurs en étant l'amant de plusieurs femmes mariées, en liquidant les mecs qui me gênent ou en couchant avec des jumeaux ?
- Tu transgresses inlassablement la morale mais ça ne fait que renforcer l'importance qu'elle a pour toi ! Tu ne fais pas toutes ces choses parce qu'elles te semblent justes, tu fais tout ça parce qu'au regard des règles que tu t'es imposé c'est mal. De cette manière, tu te sens libre par rapport à la société, en bafouant son autorité mais la vérité c'est que tu ne fais que la confirmer !
- Je ne comprends rien à ton baratin, grogna Cartman en se fermant.
- C'est très simple. Tu es terrifié. Tu es obsédé par cette idée de réussir ta vie et tu a peur de faire les mauvais choix. Ta liberté originelle, celle qui fait que tu peux devenir absolument tout, c'est ça qui te paralyse. Regarde toi, le parfait capitaliste américain, symbole du Self Made Man, tu es ravi de te conformer à l'idéal américain parce que c'est rassurant. Mais comme tu le dis si bien, tu ne supporte pas qu'on te dicte ta conduite. C'est paradoxale non ? Tu ne veux pas agir en toute liberté mais tu ne veux pas qu'on te dirige non plus. Alors ces valeurs américaines, celles en lesquelles tu crois au plus profond de toi, la fidélité, la bonté, la religion, la décence, tu les transgresse pour te donner l'illusion d'une liberté d'agir selon ton bon vouloir. Après tout, cela ne change rien dans ta vie d'arnaquer des tas de gens, cela ne risque pas de te compromettre. Mais dès qu'il faut s'engager à long terme, alors là, il n'y a plus personne. Tu retournes te terrer dans tes valeurs toutes faites que tu ne comprends même pas !
De plus en plus furieux à chaque mot prononcé par Kyle, Cartman était secoué par une terrible envie de le frapper. Il se retint et cracha d'un ton acerbe :
- Et toi alors ? Tu crois que tu ne te reposes pas sur les principes stupides des Juifs ? T'es pire que moi !
- Je le faisais c'est vrai, admit le jeune homme. Mais j'ai compris que j'étais libre d'être autre chose. J'ai compris que je devais me forger ma propre morale et agir selon ce qui me paraît juste. C'est ainsi qu'on devient adulte, toi tu es resté au stade de l'adolescent rebelle, qui se nourrit de la sentence paternelle tout en faisant tout pour la contredire.
- Ah ouais ? Et c'est quoi ta fameuse morale toute neuve ?
- Elle me dit qu'aimer un homme n'est pas un crime, et que cela ne me réduit pas à une image stéréotypée de l'homosexuel que l'on t'a enfoncée dans le crâne. Ce n'est pas parce que je t'aime que j'ai envie de m'installer dans une maisonnette à San Francisco, d'acheter deux chihuahuas et de boire du gin tous les soirs, serré dans un pantalon moulant et en parlant d'un ton haut perché ! Ce n'est pas ça la vie Cartman. On ne nait pas avec la mission d'incarner un stéréotype tout défini. Moi : le Juif, toi : le capitaliste, untel : le barman du coin. Tu comprends ce que j'essaye de te dire ?
Le jeune homme fit lentement craquer ses doigts pour retrouver son calme. Puis il déclara d'un ton mielleux :
- Tu sais Kyle, moi je n'en ai strictement rien à branler de tes considérations métaphysiques sur la condition humaine. Je sais seulement que je ne veux pas vivre avec toi. Alors divorce si tu veux, mais ne viens pas frapper à ma porte.
Il se leva et sortit du bureau en fermant la porte avec une violence contenue.
Kyle était soufflé. A l'attitude de son ami, il avait bien compris qu'il avait touché juste. Même si Cartman ne l'avouerait jamais. Même s'il ne se l'avouerait d'abord jamais à lui-même. Mais s'il ne changeait pas, leur relation resterait éternellement ce nœud tordu et instable qui les mettait tous les deux dans une situation ingérable.
Il soupira. Si seulement Cartman l'avait écouté… Mais il était si borné, si persuadé d'avoir toujours raison que la barrière de son orgueil était infranchissable. Il faudrait le contourner, faire avec. Depuis quand est-ce que Kyle était résolu à lui faire la cour ? C'était grotesque. Mais il était grand, il avait compris, lui, ce qu'il voulait vraiment. Et il était bien décidé à ne pas faire les choses qu'à moitié.
Il allait quitter Chani. Cartman mis à part, il sentait bien qu'il ne l'aimait plus. Il en était le premier désolé, mais le vide était là. Quand il la voyait, plus rien ne se passait. Il n'avait plus envie de la toucher, de l'écouter avec passion, de la suivre dans ses objectifs. Il avait changé. Profondément. Et un tel changement l'avait tellement bouleversé qu'il s'était rendu compte qu'il s'était agité pendant des années de sa vie sans que cela n'ai plus aucune importance. La seule chose à faire était de ne pas s'accrocher à ce passé délavé, dénué de tout sens, et de se jeter avec force dans l'avenir, s'y jeter tout entier et exclusivement, sans rien laisser derrière.
Voilà, par contre, je crois que la philo déborde dans mes fic à présent. Il ne faut pas m'en vouloir, j'en rêve même la nuit... O.O
Mais enfin, si ça vous ennuie, n'hésitez pas à me le faire savoir, je mettrai un frein à mes envolées existentielles, voire existentialistes...
