Voilà le chapitre 11 regroupant les chapitres 22, 23 et 24.

Merci pour vos reviews, ça me fait très plaisir.

Nao: Je ne fait pas de plagiat, je dit bien que l'oeurvre est de Jane Austen, en aucun cas je ne me l'approprie.

Definition Plagiat: Le plagiat consiste à s'inspirer d'un modèle que l'on omet délibérément ou par négligence de désigner. Le plagiaire est celui qui s'approprie frauduleusement le style, les idées, ou les faits.

De plus Orgueil et préjugés et lisible sur le net gratuitement et légalement donc je pense avoir le droit de faire ce que je fait d'autant plus que ce n'est pas dans un but lucratif.

Après peu être que je me trompe mais je pense que cette oeuvre est tombé dans le domaine publique car ça fait bien plus de 70 ans que Jane Austen est décédée.

Leila: T'inquiète pas, des joutes verbale entre Edward et Bella il y en aura encore, et pas qu'une^^ Merci de prendre le temps de mettre des reviews a chaque chapitre, je sais que quelqu'un lit comme ça et que ce que je fait sert a quelque chose.

Bonne lecture.


Les Swan dînaient ce jour-là chez les Weber et, de nouveau, miss Weber eut la patience de servir d'auditrice à Mr. Yorkie pendant la plus grande partie de la soirée. Isabella lui en rendit grâces :

– Vous le mettez ainsi de bonne humeur, dit-elle ; je ne sais comment vous en remercier...

Angela répondit que le sacrifice de son temps était largement compensé par la satisfaction d'obliger son amie. C'était fort aimable : mais la bonté d'Angela visait beaucoup plus loin que ne le soupçonnait Isabella, car son but était de la délivrer d'une admiration importune en prenant tout simplement sa place dans le coeur de Mr. Yorkie. Quand on se sépara, à la fin de la soirée, l'affaire était en si bon train qu'Angela se serait crue assurée du succès si Mr. Yorkie n'avait pas été à la veille de quitter le Hertfordshire.

Mais elle n'avait pas bien mesuré l'ardeur des sentiments de Mr. Yorkie et l'indépendance de son caractère. Car, le lendemain matin, il s'échappait de Longbourn, en dissimulant son dessein avec une

habileté incomparable, et accourait à Weber Lodge pour se jeter à ses pieds. Il désirait surtout éviter d'éveiller l'attention de ses cousines, persuadé qu'elles ne manqueraient pas de soupçonner ses intentions car il ne voulait pas qu'on apprît sa tentative avant qu'il pût en annoncer l'heureux résultat. Bien que se sentant assez tranquille, – car Angela avait été passablement encourageante, – il se tenait quand même sur ses gardes depuis son aventure du mercredi précédent.

L'accueil qu'il reçut cependant fut des plus flatteurs. D'une fenêtre du premier étage miss Weber l'aperçut qui se dirigeait vers la maison et elle se hâta de sortir pour le rencontrer accidentellement dans le jardin, mais jamais elle n'aurait pu imaginer que tant d'amour et d'éloquence l'attendait au bout de l'allée.

En aussi peu de temps que le permirent les longs discours de Mr. Yorkie, tout était réglé entre les deux jeunes gens à leur mutuelle satisfaction et, comme ils entraient dans la maison, Mr. Yorkie suppliait déjà Angela de fixer le jour qui mettrait le comble à sa félicité. Si une telle demande ne pouvait être exaucée sur-le-champ, l'objet de sa flamme ne manifestait du moins aucune inclination à différer son bonheur. L'inintelligence dont la nature avait gratifié Mr. Yorkie n'était pas pour faire souhaiter des fiançailles prolongées avec un tel soupirant, et miss Weber, qui

l'avait accepté dans le seul désir de s'établir honorablement, se souciait assez peu que la date du mariage fût plus ou moins proche.

Le consentement de sir William et de lady Weber demandé aussitôt, fut accordé avec un empressement joyeux. La situation de Mr. Yorkie faisait de lui un parti avantageux pour leur fille dont la dot était modeste tandis que les espérances de fortune du jeune homme étaient fort belles.

Avec un intérêt qu'elle n'avait encore jamais éprouvé, lady Weber se mit tout de suite à calculer combien d'années Mr. Swan pouvait bien avoir encore à vivre, et sir William déclara que lorsque son gendre serait en possession du domaine de Longbourn, il ferait bien de se faire présenter à la cour avec sa femme. Bref, toute la famille était ravie ; les plus jeunes filles voyaient dans ce mariage l'occasion de faire un peu plus tôt leur entrée dans le monde, et les garçons se sentaient délivrés de la crainte de voir Angela mourir vieille fille.

Angela elle-même était assez calme. Parvenue à ses fins, elle examinait maintenant le fruit de sa victoire, et ses réflexions étaient, somme toute, satisfaisantes. Mr. Yorkie n'avait évidemment ni intelligence ni charme, sa conversation était ennuyeuse et dans l'ardeur de ses sentiments il entrait sans doute

moins d'amour que d'imagination, mais, tel qu'il était, c'était un mari ; or, sans se faire une très haute idée des hommes, Angela Weber avait toujours eu la vocation et le désir de se marier. Elle voyait dans le mariage la seule situation convenable pour une femme d'éducation distinguée et de fortune modeste, car, s'il ne donnait pas nécessairement le bonheur, il mettait du moins à l'abri des difficultés matérielles. Arrivée à l'âge de vingt-sept ans et n'ayant jamais été jolie, elle appréciait à sa valeur la chance qui s'offrait à elle.

Ce qui la gênait le plus, c'était la surprise qu'elle allait causer à Isabella Swan dont l'amitié lui était particulièrement chère. Isabella s'étonnerait sûrement, la blâmerait peut-être et, si sa résolution ne devait pas en être ébranlée, elle pourrait du moins se sentir blessée par la désapprobation de sa meilleure amie. Elle résolut de lui faire part elle-même de l'événement et quand Mr. Yorkie, à l'heure du dîner, se mit en devoir de retourner à Longbourn, elle le pria de ne faire aucune allusion à leurs fiançailles devant la famille Swan. La promesse d'être discret fut naturellement donnée avec beaucoup de soumission, mais elle ne fut pas tenue sans difficulté, la curiosité éveillée par la longue absence de Mr. Yorkie se manifestant à son retour par des questions tellement directes qu'il lui fallut beaucoup d'ingéniosité pour les éluder toutes, ainsi que beaucoup d'abnégation pour dissimuler un triomphe qu'il brûlait de publier.

Comme il devait partir le lendemain matin de très bonne heure, la cérémonie des adieux eut lieu le soir, au moment où les dames allaient se retirer.

Mme. Swan, toute politesse et cordialité, dit combien ils seraient très heureux de le revoir lorsque les circonstances le permettraient.

– Chère madame, répondit-il, cette invitation m'est d'autant plus agréable que je la souhaitais vivement et vous pouvez être sûre que j'en profiterai aussitôt qu'il me sera possible.

Un étonnement général accueillit ces paroles, et Mr. Swan, à qui la perspective d'un retour aussi rapide ne souriait nullement, se hâta de dire :

– Mais êtes-vous bien sûr, mon cher monsieur, d'obtenir l'approbation de lady Kate ? Mieux vaudrait négliger un peu votre famille que courir le risque de mécontenter votre protectrice.

– Cher monsieur, répliqua Mr. Yorkie, laissez-moi vous remercier de ce conseil amical. Soyez certain que je ne prendrais pas une décision aussi importante sans l'assentiment de Sa Grâce.

– Certes, vous ne pouvez lui marquer trop de déférence. Risquez tout plutôt que son mécontentement, et si jamais votre visite ici devait le provoquer, demeurez en paix chez vous et soyez persuadé que nous

n'en serons nullement froissés.

– Mon cher monsieur, tant d'attention excite ma gratitude et vous pouvez compter recevoir bientôt une lettre de remerciements pour toutes les marques de sympathie dont vous m'avez comblé pendant mon séjour ici. Quant à mes aimables cousines, bien que mon absence doive être sans doute de courte durée, je prends maintenant la liberté de leur souhaiter santé et bonheur... sans faire d'exception pour ma cousine Isabella.

Après quelques paroles aimables, Mme. Swan et ses filles se retirèrent, surprises de voir qu'il méditait un aussi prompt retour à Longbourn. Mme. Swan aurait aimé en déduire qu'il songeait à l'une de ses plus jeunes filles, et Leah se serait laissé persuader de l'accepter : plus que ses soeurs elle appréciait ses qualités et goûtait ses réflexions judicieuses ; encouragé par un exemple comme le sien à développer sa culture, elle estimait qu'il pourrait faire un très agréable compagnon. Le lendemain matin vit s'évanouir cet espoir. Miss Weber, arrivée peu après le breakfast, prit Isabella à part et lui raconta ce qui s'était passé la veille.

Que Mr. Yorkie se crût épris de son amie, l'idée en était déjà venue à Isabella au cours des deux journées précédentes, mais qu'Angela eût pu l'encourager, la chose lui paraissait inconcevable. Elle fut tellement

abasourdie, qu'oubliant toute politesse elle s'écria :

– Fiancée à Mr. Yorkie ? Ma chère Angela, c'est impossible !

Le calme avec lequel Angela avait pu parler jusque-là fit place à une confusion momentanée devant un blâme aussi peu déguisé. Mais elle reprit bientôt son sang-froid et répliqua paisiblement :

– Pourquoi cette surprise, ma chère Isa ? Trouvez-vous si incroyable que Mr. Yorkie puisse obtenir la faveur d'une femme parce qu'il n'a pas eu la chance de gagner la vôtre ?

Mais Isabella s'était déjà reprise et, avec un peu d'effort, put assurer son amie que la perspective de leur prochaine parenté lui était très agréable, et qu'elle lui souhaitait toutes les prospérités imaginables.

– Je devine votre sentiment, répondit Angela. Mr. Yorkie ayant manifesté si récemment le désir de vous épouser il est naturel que vous éprouviez un étonnement très vif. Cependant, quand vous aurez eu le temps d'y réfléchir, je crois que vous m'approuverez. Vous savez que je ne suis pas romanesque, – je ne l'ai jamais été, – un foyer confortable est tout ce que je désire ; or, en considérant l'honorabilité de Mr. Yorkie, ses relations, sa situation sociale, je suis convaincue d'avoir en l'épousant des chances de bonheur que tout le monde

ne trouve pas dans le mariage.

– Sans aucun doute, répondit Isabella, et après une pause un peu gênée, toutes deux rejoignirent le reste de la famille. Angela ne resta pas longtemps et, après son départ, Isabella se mit à réfléchir sur ce qu'elle venait d'apprendre. Que Mr. Yorkie pût faire deux demandes en mariage en trois jours était à ses yeux moins étrange que de le voir agréé par son amie. Isabella avait toujours senti que les idées de Angela sur le mariage différaient des siennes, mais elle n'imaginait point que, le moment venu, elle serait capable de sacrifier les sentiments les plus respectables à une situation mondaine et à des avantages matériels. Angela mariée à Mr. Yorkie ! Quelle image humiliante ! Au regret de voir son amie se diminuer ainsi dans son estime s'ajoutait la conviction pénible qu'il lui serait impossible de trouver le bonheur dans le lot qu'elle s'était choisi.

XXIII

Isabella qui travaillait en compagnie de sa mère et de ses soeurs se demandait si elle était autorisée à leur communiquer ce qu'elle venait d'apprendre, lorsque sir William Weber lui-même fit son entrée, envoyé par sa fille pour annoncer officiellement ses fiançailles à toute la famille. Avec force compliments, et en se félicitant pour son compte personnel de la perspective d'une alliance entre les deux maisons, il leur fit part de la nouvelle qui provoqua autant d'incrédulité que de surprise. Mme. Swan, avec une insistance discourtoise, protesta qu'il devait faire erreur, tandis que Lauren, toujours étourdie, s'exclamait bruyamment :

– Grand Dieu ! sir William, que nous contez-vous là ? Ne savez-vous donc pas que Mr. Yorkie veut épouser Bella ?

Il fallait toute la politesse d'un homme de cour pour supporter un pareil assaut. Sir William, néanmoins, tout en priant ces dames de croire à sa véracité, sut écouter leurs peu discrètes protestations de la meilleure grâce du monde.

Isabella, sentant qu'elle devait lui venir en aide dans une aussi fâcheuse situation, intervint pour dire qu'elle connaissait déjà la nouvelle par Angela et s'efforça de mettre un terme aux exclamations de sa mère et de ses soeurs en offrant à sir William de cordiales félicitations auxquelles se joignirent celles d'Alice; puis elle s'étendit en diverses considérations sur le bonheur futur d'Angela, l'honorabilité de Mr. Yorkie, et la courte distance qui séparait Hunsford de Londres. Mme. Swan était tellement stupéfaite qu'elle ne trouva plus rien à dire jusqu'au départ de sir William ; mais, dès qu'il se fut retiré, elle donna libre cours au flot tumultueux de ses sentiments. Elle commença par s'obstiner dans son incrédulité, puis elle affirma que Mr. Yorkie s'était laissé « entortiller » par Angela, elle déclara ensuite que ce ménage ne serait pas heureux et, pour finir, annonça la rupture prochaine des fiançailles. Deux choses, cependant, se dégageaient clairement de ces discours : Isabella était la cause de tout le mal, et elle, Mme. Swan, avait été indignement traitée. Elle médita tout le jour ces deux points. Rien ne pouvait la consoler et la journée ne suffit pas à calmer son ressentiment. De toute la semaine elle ne put voir Isabella sans lui renouveler ses reproches ; il lui fallut plus d'un mois pour reprendre vis-à-vis de sir William et de lady Weber une attitude suffisamment correcte, et il s'écoula beaucoup plus de temps encore avant qu'elle

parvînt à pardonner à leur fille.

Mr. Swan accueillit la nouvelle avec plus de sérénité. Il lui plaisait, dit-il, de constater qu'Angela Weber, qu'il avait toujours considérée comme une fille raisonnable, n'avait pas plus de bon sens que sa femme et en avait certainement moins que sa fille.

Entre Isabella et Angela, une gêne subsistait qui les empêchait toutes deux d'aborder ce chapitre. Isabella sentait bien qu'il ne pouvait plus y avoir entre elles la même confiance. Désappointée par Angela, elle se tourna avec plus d'affection vers sa soeur sur la droiture et la délicatesse de laquelle elle savait pouvoir toujours compter, mais elle devenait chaque jour plus anxieuse au sujet de son bonheur, car Withlock était parti depuis plus d'une semaine et il n'était pas question de son retour. Alice avait répondu tout de suite à Victoria et comptait dans combien de jours elle pouvait raisonnablement espérer une nouvelle lettre.

Les remerciements annoncés par Mr. Yorkie arrivèrent le mardi. Adressée à Mr. Swan, sa lettre exprimait avec emphase sa gratitude aussi profonde que s'il eût fait un séjour de toute une année dans la famille Swan. Ce devoir accompli, Mr. Yorkie annonçait en termes dithyrambiques le bonheur qu'il avait eu de conquérir le coeur de leur aimable voisine et révélait que c'était avec le dessein de se rapprocher d'elle qu'il

avait accepté si volontiers leur aimable invitation : il pensait donc faire sa réapparition à Longbourn quinze jours plus tard. Lady Kate, ajoutait-il, approuvait si complètement son mariage qu'elle désirait le voir célébrer le plus tôt possible et il comptait sur cet argument péremptoire pour décider l'aimable Angela à fixer rapidement le jour qui ferait de lui le plus heureux des hommes. Le retour de Mr. Yorkie ne pouvait plus causer aucun plaisir à Mme. Swan. Au contraire, tout autant que son mari, elle le trouvait le plus fâcheux du monde. N'était-il pas étrange que Mr. Yorkie vînt à Longbourn au lieu de descendre chez les Weber ? C'était fort gênant et tout à fait ennuyeux. Elle n'avait pas besoin de voir des hôtes chez elle avec sa santé fragile et encore moins des fiancés qui, de tous, sont les gens les plus désagréables à recevoir. Ainsi murmurait Mme. Swan, et ces plaintes ne cessaient que pour faire place à l'expression plus amère du chagrin que lui causait l'absence prolongée de Mr. Withlock. Cette absence inquiétait aussi Alice et Isabella. Les jours s'écoulaient sans apporter de nouvelles, sinon celle qui commençait à circuler à Meryton qu'on ne le reverrait plus de tout l'hiver à Netherfield. Isabella elle-même commençait à craindre que Mr. Withlock ne se fût laissé retenir à Londres par ses soeurs. Malgré sa répugnance à admettre une supposition qui ruinait le bonheur de sa soeur et donnait une idée si médiocre de

la constance de Withlock, elle ne pouvait s'empêcher de penser que les efforts réunis de deux soeurs insensibles et d'un ami autoritaire, joints aux charmes de miss Cullen et aux plaisirs de Londres, pourraient bien avoir raison de son attachement pour Alice.

Quant à cette dernière, l'incertitude lui était, cela va de soi, encore plus pénible qu'à Isabella. Mais quels que fussent ses sentiments, elle évitait de les laisser voir et c'était un sujet que les deux soeurs n'abordaient jamais ensemble.

Mr. Yorkie revint ponctuellement quinze jours plus tard comme il l'avait annoncé et s'il ne fut pas reçu à Longbourn aussi chaudement que la première fois, il était trop heureux pour s'en apercevoir. Du reste, ses devoirs de fiancé le retenaient presque toute la journée chez les Weber et il ne rentrait souvent que pour s'excuser de sa longue absence à l'heure où ses hôtes regagnaient leurs chambres.

Mme. Swan était vraiment à plaindre. La moindre allusion au mariage de Mr. Yorkie la mettait hors d'elle et, partout où elle allait, elle était sûre d'en entendre parler. La vue de miss Weber lui était devenue odieuse, elle ne pouvait, sans horreur, penser qu'elle lui succéderait à Longbourn et, le coeur plein d'amertume, elle fatiguait son mari de ses doléances.

– Oui, Mr. Swan, il est trop dur de penser que

Angela Weber sera un jour maîtresse de cette maison et qu'il me faudra m'en aller pour lui céder la place.

– Chère amie, écartez ces pensées funèbres. Flattons-nous plutôt de l'espoir que je vous survivrai.

Mais cette consolation semblait un peu mince à Mme. Swan qui, sans y répondre, continuait :

– Je ne puis supporter l'idée que tout ce domaine lui appartiendra. Ah ! s'il n'y avait pas cet « entail », comme cela me serait égal !

– Qu'est-ce qui vous semblerait égal ?

– Tout le reste.

– Rendons grâce au ciel, alors, de vous avoir préservée d'une telle insensibilité.

– Jamais, Mr. Swan, je ne rendrai grâce pour ce qui touche à ce maudit « entail ». Qu'on puisse prendre des dispositions pareilles pour frustrer ses filles de leur bien, c'est une chose que je ne pourrai jamais comprendre. Et tout cela pour les beaux yeux de Mr. Yorkie, encore ! Pourquoi lui plutôt qu'un autre ?

– Je vous laisse le soin de résoudre le problème, dit Mr. Swan.

La lettre de miss Withlock arriva et mit fin à tous les doutes. Dès la première phrase elle confirmait la nouvelle de leur installation à Londres pour tout l'hiver et transmettait les regrets de Mr. Withlock de n'avoir pu aller présenter ses respects à ses voisins avant de quitter la campagne. Il fallait donc renoncer à tout espoir et quand Alice eut le courage d'achever sa lettre, à part les protestations d'amitié de Victoria, elle n'y trouva rien qui pût la réconforter. Les louanges de miss Cullen en occupaient la plus grande partie : miss Withlock se félicitait de leur intimité croissante et prévoyait l'accomplissement des désirs secrets qu'elle avait révélés à son amie dans sa lettre précédente. Elle racontait avec satisfaction que son frère fréquentait beaucoup chez Mr. Cullen et décrivait avec transports les plans de celui-ci pour le renouvellement de son mobilier.

Isabella à qui Alice communiqua le principal de sa lettre écouta, silencieuse et pleine d'indignation, le coeur partagé entre la pitié qu'elle éprouvait pour sa soeur et le ressentiment que lui inspiraient les Withlock.

Elle n'attachait aucune valeur à ce que disait Victoria sur l'admiration de son frère pour miss Cullen ; de la tendresse de celui-ci pour Alice elle n'avait jamais douté et n'en doutait pas encore, mais elle ne pouvait sans colère, à peine sans mépris, songer à ce manque de décision qui faisait de lui actuellement le jouet des intrigues des siens et l'amenait à sacrifier son bonheur à leurs préférences. Et s'il ne s'agissait que de son bonheur !... libre à lui d'en disposer. Mais celui d'Alice aussi était en jeu et il ne pouvait l'ignorer.

Un jour ou deux se passèrent avant qu'Alice eût le courage d'aborder ce sujet avec Isabella, mais une après-midi où sa mère avait plus encore que d'habitude épanché son irritation contre le maître de Netherfield, elle ne put s'empêcher de dire :

– Comme je souhaiterais que notre mère eût un peu plus d'empire sur elle-même ! Elle ne se doute pas de la peine qu'elle me cause avec ses allusions continuelles à Mr. Withlock. Mais je ne veux pas me plaindre. Tout cela passera et nous nous retrouverons comme auparavant.

Isabella, sans répondre, regarda sa soeur avec une tendresse incrédule.

– Vous ne me croyez pas ! s'écria Alice en rougissant ; vous avez tort. Il restera dans ma mémoire comme l'homme le plus aimable que j'aie connu. Mais

c'est tout. Je n'ai rien à lui reprocher ; – Dieu soit loué de m'avoir, du moins, évité ce chagrin. – Aussi, dans un peu de temps... je serai certainement capable de me ressaisir.

Elle ajouta bientôt d'une voix plus ferme :

– J'ai pour l'instant cette consolation : tout ceci n'a été qu'une erreur de mon imagination et n'a pu faire de mal qu'à moi-même.

– Alice, ma chérie, vous êtes trop généreuse, s'exclama Isabella. Votre douceur, votre désintéressement sont vraiment angéliques. Je ne sais que vous dire. Il me semble que je ne vous ai jamais rendu justice ni montré toute la tendresse que vous méritiez.

Alice repoussa ces éloges avec force et se mit en retour à louer la chaude affection de sa soeur.

– Non, dit Isabella, ce n'est pas juste. Vous voulez ne voir partout que du bien ; vous êtes contrariée si je porte un jugement sévère, et quand je vous déclare parfaite vous protestez. Oh ! ne craignez pas que j'exagère ou que j'empiète sur votre privilège de juger favorablement tout l'univers. Plus je vais et moins le monde me satisfait. Chaque jour me montre davantage l'instabilité des caractères et le peu de confiance qu'on peut mettre dans les apparences de l'intelligence et du

mérite. Je viens d'en avoir deux exemples. De l'un, je ne parlerai pas ; l'autre, c'est le mariage d'Angela. N'est-il pas inconcevable à tous les points de vue ?

– Ma chère Bella, ne vous laissez pas aller à des sentiments de ce genre. Vous ne tenez pas assez compte des différences de situation et de caractère. Considérez seulement l'honorabilité de Mr. Yorkie et l'esprit sensé et prudent d'Angela. Souvenez-vous qu'elle appartient à une nombreuse famille, que ce mariage, sous le rapport de la fortune, est très avantageux, et, par égard pour tous deux, efforcez-vous de croire qu'Angela peut vraiment éprouver quelque chose comme de l'estime et de l'affection pour notre cousin.

– Je croirai n'importe quoi pour vous faire plaisir, mais je me demande qui, hormis vous, en bénéficiera. Si je pouvais me persuader qu'Angela aime notre cousin, il me faudrait juger son esprit aussi sévèrement que je juge son coeur. Vous ne pouvez nier, ma chère Alice, que Mr. Yorkie ne soit un être prétentieux, pompeux et ridicule, et vous sentez forcément comme moi que la femme qui consent à l'épouser manque de jugement. Vous ne pouvez donc la défendre, même si elle s'appelle Angela Weber.

– Je trouve seulement que vous exprimez votre pensée en termes trop sévères, et vous en serez convaincue, je l'espère, en les voyant heureux

ensemble. Mais laissons ce sujet. Vous avez parlé de « deux » exemples et je vous ai bien comprise. Je vous en prie, ma chère Bella, n'ajoutez pas à ma peine en jugeant une certaine personne digne de blâme et en déclarant qu'elle a perdu votre estime. Il ne faut pas se croire si vite victime d'une offense volontaire ; nous ne devons pas attendre d'un jeune homme gai et plein d'entrain tant de prudence et de circonspection. Bien souvent c'est votre propre vanité qui vous égare, et les femmes croient trouver dans l'admiration qu'elles excitent beaucoup de choses qui n'y sont pas.

– Et les hommes font bien ce qu'ils peuvent pour le leur faire croire.

– S'ils le font sciemment, ils sont impardonnables. Mais je ne puis voir partout d'aussi noirs calculs.

– Je suis loin de charger Mr. Withlock d'une telle accusation. Mais sans avoir de mauvaise intention on peut mal agir et être une cause de chagrin. Il suffit pour cela d'être insouciant, de ne pas tenir assez compte des sentiments des autres, ou de manquer de volonté.

– Laquelle de ces trois choses reprochez-vous à Mr. Withlock ?

– La dernière.

– Vous persistez alors à supposer que ses soeurs ont essayé de l'influencer ?

– Oui, et son ami également.

– C'est une chose que je ne puis croire. Elles ne peuvent souhaiter que son bonheur, et, s'il m'aime, aucune autre femme ne pourra le rendre heureux.

– Elles peuvent souhaiter bien d'autres choses que son bonheur ! Elles peuvent souhaiter pour lui plus de richesse et de considération ; elles peuvent souhaiter lui voir épouser une jeune fille qui lui apporte à la fois de la fortune et de hautes relations.

– Sans aucun doute elles souhaitent lui voir épouser miss Cullen. Mais cela peut venir d'un meilleur sentiment que vous ne pensez. La connaissant depuis plus longtemps que moi, il est naturel qu'elles me la préfèrent. Cependant si elles croyaient qu'il m'aime, elles ne chercheraient pas à nous séparer, et, s'il m'aimait, elles ne pourraient y réussir. Pour croire qu'il m'aime, il faut supposer que tout le monde agit mal et cette idée me rend malheureuse. Au contraire, je n'éprouve nulle honte à reconnaître que je me suis trompée. Laissez-moi donc voir l'affaire sous ce jour qui me paraît être le véritable.

Isabella ne pouvait que se rendre au désir de sa soeur et entre elles, à partir de ce jour, le nom de Mr. Withlock ne fut plus que rarement prononcé.

La société de Mr. Newton fut précieuse pour

dissiper le voile de tristesse que ces malencontreux événements avaient jeté sur Longbourn. On le voyait souvent et à ses autres qualités s'ajoutait maintenant un abandon qui le rendait encore plus aimable. Tout ce qu'Isabella avait appris de ses démêlés avec Mr. Cullen était devenu public : on en parlait un peu partout et l'on se plaisait à remarquer que Mr. Cullen avait paru antipathique à tout le monde avant même que personne fût au courant de cette affaire. Alice était la seule à supposer qu'il pouvait exister des faits ignorés de la société de Meryton. Dans sa candeur charitable, elle plaidait toujours les circonstances atténuantes, et alléguait la possibilité d'une erreur, mais tous les autres s'accordaient pour condamner Mr. Cullen et le déclarer le plus méprisable des hommes.


Alors, review?

Biz