Le lendemain matin, Hermione retrouva Ron et Harry au bas de la tour des Gryffondors, laissant Peter dormir encore un peu. Il n'avait que son cours de botanique ce lundi, et il ne se déroulait qu'en début d'après-midi.

- Bien dormi ? Demanda t-elle gentiment aux garçons.

Ron, toujours un peu ensommeillé, répondit d'un marmonnement inaudible. La jeune fille attendait surtout la réponse d'Harry, qui haussa les épaules.

- Tu as encore fais un cauchemar ? S'enquit-elle immédiatement.

- Non, Hermione. J'ai revu Sirius.

Il avait dit ça sur le ton de la conversation, mais un certain malaise s'installa tandis qu'ils avançaient dans le couloir. Hermione aussi, avait mal dormi. Elle avait revu les ruines de la villa, à leur retour du Passage, le corps de son père, et les yeux de sa mère s'éteignant de toute lueur dans la nuit. Elle frissonna, et décida de changer de sujet.

- J'ai hâte d'avoir nos emplois du temps. J'espère avoir assez de temps libre pour me rendre à la bibliothèque ce matin.

- Ah oui, la bibliothèque, se moqua Ron.

- Tu dois toujours aller à l'infirmerie le matin ?

Harry s'inquiétait beaucoup de savoir si son amie avait vraiment quelque chose de grave, étant donné qu'elle passait beaucoup de temps entre les mains de madame Pomfresh. Hermione lui sourit, le visage plus éclairé.

- Non, seulement en début de semaine pour un examen de routine.

Elle repensa à la mine déconfite de l'infirmière, qui aurait certainement bien voulu garder Hermione en observation chaque jour. Le directeur estimait toutefois préférable que la jeune fille ait plus de temps libre, notamment pour ses cours, et avait réduit les visites au lundi matin.

- Eh là ! Qu'est-ce que c'est que ça !

Ron alpagua un pauvre élève de deuxième année qui gesticulait avec son frisbee à dents de serpent. Le garçon rougit jusqu'aux oreilles avant de remettre l'objet récalcitrant entre les mains du préfet, qui eut un sourire satisfait. Sitôt que l'élève se fut éloigné, il éclata de rire, sous le regard désapprobateur d'Hermione.

- J'ai toujours voulu en avoir un. C'est vraiment cool d'être préfet !

- Ron ! J'espère que tu comptes le remettre à Rusard !

Mais ses protestations ne firent aucunement sourciller le rouquin, qui rangea le frisbee dans son sac avec un regard qui en disait long sur ce qu'il comptait en faire ou non.

Le ciel de la Grande Salle était grisâtre ce matin là, et Hermione se sentie tout à coup bien morose. Les allers et retours des aurors à la garde de la porte, avec leur air sombre et inquiétant, n'améliorèrent en rien son humeur, et avala ses œufs avec une lenteur exagérée. Ron, de son côté, s'empiffrait comme à son habitude, tandis qu'Harry piquait son bacon du bout de la fourchette avec l'énergie d'un veracrasse. Après qu'ils en eurent terminé avec leur repas, ils attendirent à leur place que le professeur McGonagal leur distribue leurs emplois du temps. Celle-ci se leva bientôt de la table des enseignants, et s'arrêta auprès de chaque élève, s'assurant en premier lieu que chacun avait obtenu des notes suffisantes aux BUSE pour pouvoir continuer les matières choisies au niveau des ASPIC.

Hermione fut immédiatement autorisée à poursuivre l'étude des sortilèges, de la défense contre les forces du mal, de la métamorphose, de la botanique, de l'arithmancie, des runes et anciennes et des potions, sous le regard légèrement blasé de Ron. Elle attendit un instant avant de partir pour son cours de runes, curieuse de savoir les matières que suivraient ses amis cette année. Harry eut la surprise de pouvoir continuer les potions, malgré son effort exceptionnel aux BUSE, et Ron eut la même distribution que Harry.

- Au fait, Potter, il y a vingt candidats qui espèrent faire partie de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Je vous donnerais la liste de noms en temps utiles et vous fixerez à votre convenance une date pour les épreuves de sélection.

Ron eut un regard de connivence avec son ami, qui lui répondit par un sourire.

- Bien sûr, tout ceci se fera à la loyal, finit le professeur de métamorphose avec un regard sévère.

- Bien sûr professeur, assura Harry.

Le rouquin prit très vite une couleur cramoisie très assortie à ses cheveux, et Hermione abandonna les deux garçons à la table pour rejoindre son cours. A cause de ses options, la jeune fille n'avait pas de temps libre après le petit déjeuner, et elle soupira en sachant à l'avance qu'elle devrait encore attendre deux heures, moment de la récréation. Elle n'aurait donc que très peu de temps pour dénicher un livre sur les cellules veneficiennes, pour un peu que ce ne soit pas quelque chose que l'on ne trouve qu'à la Réserve.

Elle entra dans la classe à demi essoufflée par sa course à travers les couloirs, légèrement en retard. La jeune fille fut donc la dernière à prendre sa place, au deuxième rang, sous les yeux surpris du professeur Babbling. Les regards moqueurs des quatre Serpentards qui suivaient ce cours la mit d'une humeur de chien, et elle posa son Syllabaire Lunerousse avec brutalité sur la table.

- Miss Granger, si vous pouviez éviter de vous faire remarquer alors que vous êtes déjà en retard cela arrangerait beaucoup de monde, la réprimanda le professeur d'une voix calme.

La femme semblait ennuyée. En effet, Hermione n'avait jamais été mauvaise élève, et son comportement frisait l'insolence ce lundi matin. La jeune fille adressa un regard d'excuse au professeur et celle-ci reprit son cours comme s'il ne s'était rien passé. Hermione, malgré qu'elle aimât beaucoup les runes anciennes, se déconcentra bien vite, et son regard se perdit sur les signes biscornus inscrits sur le tableau noir. La voix monocorde du professeur Babbling se perdit bientôt au milieu d'un fouillis de pensées qu'Hermione tâchait de chasser en vain. Elle repensait à la manière dont sa maison avait été détruite. Les murs disloqués, et les vitres en morceaux sur l'herbe fraîche. Le corps de sa mère tordu dans un angle étrange, et celui de son père sans vie, un bras encore accroché à l'accoudoir du canapé déchiqueté, comme s'il souffrait encore après la mort. On aurait dit une mise en scène macabre. Hermione serra les poings, ses jointures blanchissants autour de sa chaise qu'elle tenait étroitement. Sa baguette, sur la table, se mis à vibrer, tout d'abord doucement, et les yeux de la jeune fille s'assombrirent légèrement.

- Et ce n'est donc pas la traduction que l'on peut penser. Il y a une différence dans les expressions anciennes et celles de nos jours. Voyez vous même ce trait qui barre les trois cercles, pourrait signifier la mort, un être gisant, mais le cercle représente la perfection. L'expression exacte serait donc plutôt l'ouverture d'esprit, qui mène au bonheur de chacun. Mais si on le traduisait tel quel, ce serait la tranquillité, le repos éternelle, absolument irrémédiable.

La ligne barrant les trois cercles se mit à vibrer au même rythme que la baguette d'Hermione, presque imperceptiblement, et se brisa dans un bruit cassant comme du verre, résonnant dans la pièce comme un coup de tonnerre. La Gryffondor reprit ses esprits en entendant ce son étrange provenant apparemment de la rune, l'air aussi étonné que tout le monde. Le professeur Babbling soupira, l'air désappointée.

- Il semblerait que les fantômes de ce château n'aiment pas parler de la mort…

Son ton dramatique fit rire quelques élèves, mais Hermione resta silencieuse. Elle s'était sentie tellement bizarre quelques minutes auparavant, tellement ailleurs. Et surtout, cette vague de chaleur qui l'avait envahie la laissait encore toute moite. Elle se rendit alors compte que Malefoy, à se droite, la regardait d'un drôle d'air.

- Eh Granger, t'es constipé ou quoi ?

Zabini, son voisin de table, pouffa de rire tandis qu'Hermione tentait se défaire de sa position et secouant un peu ses muscles endoloris. On aurait dit qu'elle s'était tenue figée, tendue au maximum sur sa chaise pendant des heures. Derrière les deux Serpentards, son reflet dans la vitre lui renvoya un visage rougi et trempé de sueur. Elle baissa la tête sur sa table, honteuse, et remarqua des tâches de sang sur son livre. Vérifiant qu'elle n'avait aucune blessure au visage ou sur les bras, elle vit une légère entaille dans la paume de sa main droite. Le professeur n'avait rien remarqué et avait poursuivi son cours, maugréant contre Peeves et ses sales tours.

- Bien, je vous demanderais de me rédiger une dissertation de quarante centimètres de long, une en runes anciennes et une en anglais pour voir si vous arrivez à traduire correctement vos propres mots, sur les formes et leurs significations selon leur assemblage.

La fin du cours était arrivé bien vite, et Hermione avait sagement prit des notes les trois quarts d'heure suivant l'incident. Elle avait enroulé un morceau de tissu qu'elle trimbalait toujours dans son sac autour de sa main, et trempait sa plume avec frénésie dans son encrier, peu désireuse de laisser ses pensées dériver encore une fois. Quoi que ce soit qui allait mal chez elle, il fallait qu'elle le découvre au plus vite. Elle nota les devoirs à faire sur son parchemin et quitta la pièce rapidement, sous le regard toujours moqueur de Parkinson qui riait encore de la blague faite par son cher Drago en début de cours.

Hermione passa par les toilettes pour rincer sa main, et apposa un sort de soin à sa paume pour que l'entaille ne saigne plus. Très rapidement, sa peau se recousue d'elle-même, laissant juste la trace d'une cicatrice blanche d'environ trois centimètres. Elle jeta son bout de tissu et se rafraichit le visage avant de finalement rejoindre le couloir du premier étage, où avait lieu le cours de défense contre les forces du mal.

- Tout va bien Hermione ? Demanda Harry lorsqu'il remarqua son teint pâle.

- Très bien, le cours était intense, c'est tout.

Elle continua sur sa lancée, déviant la conversation sur les devoirs qu'elle avait déjà à faire. L'entendre parler de dissertation sembla rassurer Harry, et Ron se mit à bailler au d'une minute. Lorsque la porte s'ouvrit sur le professeur Rogue au visage de craie et aux cheveux graisseux, le silence se fit dans le couloir.

- Entrez, fit-il simplement.

Hermione remarqua le changement de décoration au premier coup d'œil, et la pièce lui fila un frisson dans le dos. Il y avait peu de lumière, du aux rideaux noirs qu'on avait accroché aux fenêtres, et des chandelles à la flamme chancelante éclairaient des affiches macabres de gens en pleine souffrance. Les élèves s'installèrent rapidement mais sans un bruit, jetant des regards presque paniqués aux images sinistres.

- Pas de livre.

La plupart des élèves rangèrent leur exemplaire de Affronter l'ennemi sans visage dans leur sac avant de croiser leurs bras sur la table. Les yeux noirs de Rogue balayèrent la pièce avec satisfaction.

- Je suis donc votre nouveau professeur de défense contre les forces du mal, fit-il d'une voix presque imperceptible.

Mais dans le silence, tout le monde l'entendit, et Hermione remarqua le plaisir qu'il prenait à prononcer ses mots avec un dégoût affiché. L'ancien professeur de potions jeta sur elle un œil agacé en levant un sourcil, et elle reprit aussitôt un visage neutre.

- Bien entendu, je ne m'attends pas à une efficacité débordante de votre part, étant donné le travail déplorable que vous avez dû fournir pour décrocher une BUSE dans cette matière. Aussi j'espère de vous la plus grande attention si vous escomptez un résultat suffisant pour suivre le programme de l'ASPIC.

Entouré de sa cape noire, il marcha entre les tables d'un pas lent et exagéré.

- Les forces du mal sont nombreuses, changeantes, et éternelles. Les combattre revient à affronter ce qui instable, mouvant et indestructible. Par conséquent, vos défenses doivent être tout aussi flexibles et inventives que ces forces. Les images que vous voyez aux murs, poursuivit-il en désignant les affiches du bout de sa baguette, vous donnent une assez bonne idée de ce qui arrive lorsque l'on subit des sortilèges de magie noire.

Il leur désigna tour à tour une sorcière semblant souffrir le martyr sous un sortilège doloris, un sorcier recevant le baiser du Détraqueur et une masse humaine sanglante gisant sur le sol au pied d'un Inferius.

- Passons donc à l'ordre du jour, fit-il en revenant à son bureau, sa cape virevoltant derrière lui. J'imagine que vous êtes incapables de me dire ce qu'est un sortilège informulé. Quel est l'avantage d'un tel sort ?

Il promena son regard noir sur la masse d'élèves frissonnante. Hermione, pour une fois, ne leva pas la main. Elle connaissait la réponse, mais savait d'ores et déjà que le professeur à la mine sombre ne lui accorderait aucune attention, et la rabaisserait au moindre mot. En plus, elle n'avait aucune envie de se faire remarquer après le désastre de ce matin.

- Monsieur Malefoy ?

Le professeur regarda son élève préféré avec autorité, comme s'il testait ses compétences. Le jeune homme regarda son mentor le sourire aux lèvres, connaissant évidemment la réponse.

- L'adversaire ne sait pas ce qui va lui arriver, quelle magie va le toucher, et cela nous donne une bonne fraction de seconde d'avance sur lui, répondit le blond d'une voix trainante, presque caressante. Il faut être très concentrée et posséder une force mentale qui n'est pas à la portée de tous pour utiliser ce genre de sortilège.

Harry se tourna instantanément vers son ennemi de toujours, et comme s'il avait là une preuve de l'appartenance du Serpentard aux rangs de Voldemort, jeta un œil de conspiration à son voisin de table. Ron acquiesça en silence sous le regard blasé d'Hermione. Si elle-même avait répondu, ils n'auraient bien sûr même pas réagit ni même écouté la réponse.

- Excellent. Dix points pour Serpentard. Il est vrai que certaines personnes manquent singulièrement de cette force mentale.

Le regard appuyé qu'il lança vers Harry fit enrager ce dernier, et le ricanement de Malefoy agaça Hermione au plut haut point.

- Je veux maintenant que vous vous répartissiez en équipe de deux et que l'un essaye d'ensorceler l'autre sans ouvrir la bouche. Bien sûr vous pouvez vous défendre, mais je ne veux pas entendre un mot, fit alors le professeur, fier de son petit effet.

Beaucoup des élèves présents dans la classe avaient fait partie de l'A.D. l'année précédente, et tous ceux qui avaient eu l'enseignement de Harry pour le sort du Bouclier le lançaient maintenant parfaitement. Mais en sortilège informulé, c'était une autre affaire. Hermione se mis en équipe avec Neville, qui marmonnait les sortilèges sans le vouloir. Au bout d'une dizaine de minutes, Rogue s'arrêta devant le duo, regardant le jeune garçon d'un regard noir. Neville perdit encore plus ses moyens et n'arriva même plus à lancer de sort en les prononçant pourtant distinctement.

- Monsieur Longdubat, il me semble avoir parlé de sortilège in-for-mu-lé, dit-il comme s'il parlait à un benêt de première catégorie. Cessez donc de marmonner, c'est lamentable.

Il pointa sa baguette sur Hermione avec rapidité, et la jeune fille réagit plus instinctivement qu'autre chose, alignant sa propre baguette devant celle de son adversaire dans un geste qui parut étrangement nonchalant. Son charme du Bouclier fut bien plus puissant qu'elle l'escomptait, et Rogue tomba sur une table en perdant l'équilibre. La classe s'arrêta de s'exercer, regardant le professeur se lever, l'air fort mécontent.

- Apprenez à vous contrôler. Je retire cinq points à Gryffondor pour désagrément envers un professeur.

- Bien.

- Bien ? Ne vous montrez pas insolente Miss Granger, ça pourrait mal finir.

- Vous pourriez vous étaler sur une table, c'est vrai, grinça Hermione.

Les mots lui sortaient de la bouche sans même qu'elle les retienne, enivrée par le pouvoir qui lui avait traversé le corps quelques instants plus tôt. Ron et Harry la regardait bouche bée tandis que certains Gryffondors affichaient des sourires appréciateurs.

- Retenue, samedi soir, dans mon bureau. Je ne tolèrerais pas l'impertinence d'une miss je-sais-tout.

Hermione haussa les épaules et reprit ses exercices avec Neville comme si le professeur n'était pas là. Celui-ci eut l'air pincé mais ne fit aucun commentaire. Que pouvait-il faire de plus que de lui donner une retenue ? Peu après, le cours se finit, et Rogue leur donna à tous cent-vingt centimètres de parchemin sur les sortilèges informulés à faire pour le lendemain. Sitôt qu'ils arrivèrent dans le couloir, Ron et Harry la congratulèrent sur la façon dont elle avait remis en place la chauve-souris géante qui leur tenait lieu de professeur, et ils partirent en récréation en se remémorant la tête dépitée qu'avait affiché le sinistre sorcier.

- De toutes manières il ne mérite pas le respect. Tu as vu comme il parlait à Neville ? Je ne tolèrerais pas son impertinence envers ses élèves, fit-elle en imitant la voix morne de Rogue.

Ils rirent de bon cœur, et Hermione prit congé des deux garçons pour se rendre à la bibliothèque, leur conseillant de commencer leur devoir de potion pendant l'heure libre qu'ils avaient devant eux.