Bonjour à tous !
Après une relecture de cette fiction, je me suis demandée si je la reprenais depuis le début ou si je ne m'occupais que de la suite.
La réponse, la voilà : la suite, tant attendue (désolée), est enfin arrivée ! Et non, ce ne sera pas le dernier chapitre.
Quant aux maladresses des premiers chapitres, elles seront rattrapées une fois la fic terminée.
Merci de votre patience et bonne lecture,
Fausbourg
Notes : Harry Potter ne m'appartient toujours pas. Il n'y a que l'histoire et les nouveaux personnages qui sont de moi.
Un grand et chaleureux merci à ma bêta, Seiryû, grâce à laquelle ce chapitre a pu être mis en ligne.
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Chapitre 11
Recommencement
Rappel :
Eiael consulta les siens du regard, avant de signifier son accord. Dans quelle galère s'était-il encore embarqué ?
- Ok. Donc, nous viendrons demain matin. Ça vous va ? Par contre… euh… On vous rejoint comment ?
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[…] Lord Voldemort se détendit. Enfin, après toutes ses années, il allait pouvoir se sentir libre ! Il s'était débarrassé de ses chaînes.
Pour la suite, il verrait en temps et en heure. Il voulait savourer ce moment.
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Depuis qu'elle avait rejoint Eiael dans sa retraite, Hermione avait pris l'habitude d'écrire, un petit peu chaque jour, dans un journal. Cela lui faisait beaucoup de bien et elle se sentait toujours plus légère quand elle reposait sa plume. Cependant, cette fois, cela ne semblait pas suffire. Assisse en tailleur sur son lit, son journal sur les genoux, la jeune sorcière était agacée de constater qu'elle allait devoir retranscrire tous les événements de toute une semaine, et ce en une ou deux heures maximum. Pourquoi en si peu de temps ? Tout simplement parce qu'elle savait qu'elle n'aurait pas plus de deux heures de tranquillité de cette maison de fous ! Et encore, si elle avait de la chance... Dire que ce serait ainsi jusqu'au départ de leurs trois invités... Ça l'énervait prodigieusement d'avoir à se presser.
La brunette considérait qu'elle n'était pas la seule fautive dans cette histoire. Certes, elle admettait qu'elle était la seule responsable en ce qui concernait la journée de Noël, mais les autres… C'était une autre affaire. Depuis l'arrivée de Malfoy et son ami brun, tout était sans dessus dessous. Jamais elle n'aurait pu imaginer voir la Fouine aussi à l'aise en compagnie de Gryffondors et surtout aussi aimable, et ce sans hypocrisie. Enfin… Tout cela ne l'aidait pas, au contraire. Elle allait donc devoir repasser en mémoire tout ce qui s'était déroulé depuis la fin de la bataille.
Hermione préféra se mettre immédiatement à sa tâche. Qui savait de combien de temps elle disposait avant que quelqu'un ait l'idée géniale de la déranger...
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Flash back :
À peine en sécurité dans leur maison, tous se dirigèrent vers le grand salon, s'effondrant peu élégamment sur les divers fauteuils et poufs. Ils étaient tellement éreintés qu'ils n'avaient pas encore pleinement saisi les conséquences qui allaient suivre ce qui venait de se passer. Cette drôle de bataille avait sonné le glas de la guerre qui avait pesé sur plus d'un. Bien sûr, il y aurait encore de nombreuses cicatrices et il faudrait du temps avant que tout ne soit vraiment à sa place, mais le premier pas avait été fait. Dans tout cela, il ne fallait pas oublier l'aide finale qui avait été apportée par Voldemort.
Alors que les plus jeunes ne réagissaient toujours pas, Remus se dirigea vers la cheminée pour prévenir Pomfresh qu'ils avaient besoin de ses compétences. Durant les quelques minutes que cela prit à l'infirmière pour arriver, pas un mot ne fut échangé. Fatigue, lassitude et beaucoup d'autres choses les écrasaient, les rendant, pour la plupart, amorphes.
Minerva fut la première à bénéficier des soins. Sa blessure devait être soignée rapidement, elle commençait à se faire trop vieille pour se permettre de perdre autant de sang. Les autres, n'ayant pas de plaies trop graves, passeraient d'abord entre les mains de Sirius, Remus et Kingsley avant d'être examinés par Pompom. Et, à part quelques blessures plus ou moins profondes, il n'y avait que quelques foulures et ecchymoses. Rien de bien méchant, finalement. Il fallait qu'ils se décrassent et se reposent afin être de nouveau sur pieds.
En avisant les expressions faciales des plus jeunes, les adultes se doutèrent que leurs cadets avaient le cœur lourd. Qui ne le serait pas après avoir dû se couvrir les mains de sang ? Certes, ils n'avaient pas eu d'autres choix que de combattre, mais aucun n'était vraiment prêt à accepter l'idée de blesser gravement ou de tuer quelqu'un. Qu'il s'agisse d'un ennemi ne changeait rien à la donne. Il fallait les aider à se libérer de ce fardeau, de cette culpabilité. En revanche, ils savaient aussi qu'aucun n'accepterait d'en parler. Du moins, pas tout de suite, et encore moins avec un spécialiste. Ils allaient devoir attendre que les plus jeunes les approchent pour les soutenir. En attendant, ils ne pouvaient rien faire de plus que de leur assurer leur soutien dans cette épreuve.
De son côté, Eiael avait trouvé refuge au plus profond de son monde intérieur. Il ne savait plus où il en était. Blaise lui avait dit qu'il avait un fiancé, mais il ne s'était pas attardé dessus. Il avait déjà suffisamment de soucis et n'avait pas vu l'intérêt d'en rajouter un de plus. Franchement, ses parents auraient pu lui épargner cet énième problème ! Il avait d'autres chats à fouetter ! De plus, il avait, naïvement, voulu croire à une blague. Après tout, c'était bien le genre de l'ancien Serpentard.
Mais voilà, sa rencontre avec Alexander l'avait ramené à la réalité. Un peu brutalement, selon lui. Toute cette histoire ne lui plaisait pas. Certes, il admettait, non sans rougir, que le jeune homme semblait être de bonne compagnie et qu'il lui était venu en aide face à Dumbledore. Mais, il était également le fils de son plus grand ennemi. En y repensant, il se demandait encore ce qu'il lui avait pris d'accepter l'offre de Voldemort.
Pour en revenir à cet Alexander, le blond ne raffolait pas du tout de l'idée de devoir épouser une personne qu'il ne connaissait et n'aimait pas, particulièrement si c'était un homme. Il n'était pas homophobe ou quoi que ce soit, mais il ne savait pas encore de quel côté de la balance il penchait. Et c'était une chose qu'il voulait découvrir par lui-même. À part Cho Chang, il ne s'était jamais vraiment posé de question sur son avenir sentimental.
Et puis, où les Malfoy étaient-ils allé chercher cette idée saugrenue ? Appliquer une pratique pour le moins moyenâgeuse à leur nouveau né ? Avaient-ils perdu la tête lors de sa naissance ?
En tout cas, Eiael était bien déterminé à ne pas se laisser faire. Il souhaitait vraiment apprendre à connaître sa famille, mais il refusait tout bonnement qu'on lui dicte sa vie, quitte à rester caché aux yeux des trois aristocrates. Il avait assez souffert entre les griffes d'un homme pour retenter l'expérience.
À cela s'ajoutaient ses doutes, qui le rongeaient de l'intérieur. Il n'était pas aveugle et avait noté le sursaut de ses parents, ainsi que l'incompréhension, voire leurs regards blessés. Il savait qu'il ne les avait pas imaginés et cela lui faisait d'autant plus mal. À présent que son identité passée leur avait été dévoilée, le jeune sorcier sentait qu'ils ne voudraient plus rien avoir à faire avec lui. Surtout qu'Eiael s'était toujours fermement opposé au précieux « Maître » de ses parents. Et si jamais ils l'acceptaient au sein de leur famille, Eiael avait peur que ce ne soit pas lui qu'ils accueillent, mais le Survivant. Qui de mieux que Harry Potter pour redonner du prestige au blason familial terni par des rumeurs et un emprisonnement ?
Le petit blond poussa un soupir, las. Il réfléchissait trop. Enfin, heureusement qu'il ne s'était pas encore véritablement attaché à eux. # Je me mens à moi-même…#
Ils étaient tous, plus ou moins, dans les vapes lorsque Remus prit sur lui de faire réagir tout ce petit monde. Il fallait dissiper ce marasme ambiant.
- Allez, aux plumes ! Nous avons tous besoin d'une bonne nuit de sommeil.
- Mus, tu te rends compte…
- Qu'il est à peine l'heure du goûter !
Le lycanthrope sourit, amusé par la remarque puérile des jumeaux, et releva quelques sourires naissants sur le visage de leurs pairs. Ils étaient bien les seuls à penser à leur estomac dans un tel moment. Néanmoins, il parvint à motiver les troupes qui se dirigèrent lentement, mais sûrement, vers leurs chambres respectives. Toutefois, Ginny et Pansy traînaient un peu des pieds. Elles n'avaient plus de force.
- Plus que quelques marches et vous serez dans vos chambres, les filles. Courage !
Des grognements peu féminins lui répondirent.
Une fois certain que tous les adolescents s'étaient couchés, voire effondrés sur leur lit, Remus descendit rejoindre certains des adultes qui étaient restés au salon. Il leur adressa un signe de tête avant de les quitter, décidant qu'il avait bien mérité une petite sieste, lui aussi. Sirius le suivit, trop épuisé pour rester plus longtemps éveillé.
Sans s'en apercevoir, ils dormirent tous une bonne dizaine d'heures d'affilées.
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Le temps passa à toute vitesse et il régnait, dans la maison, un véritable capharnaüm lorsque les alarmes du jardin les prévinrent de l'arrivée imminente des nouveaux venus. Enfin, imminente… Ils allaient tout de même devoir traverser la forêt et le grand jardin. Blaise et les jumeaux souriaient à s'en décrocher la mâchoire en imaginant la tête de Sieur Draco Malfoy quand celui-ci comprendrait qu'il ne pourrait pas transplaner pour atteindre la maison. Dommage qu'il ne pleuve pas, pensèrent certains, faussement déçus.
Toutefois, malgré l'apparente bonne humeur générale, la plupart ne savait pas comment réagir et avait un peu peur que ces quelques jours, qu'ils allaient devoir passer avec le Prince des Serpentards et le fils du Seigneur des Ténèbres, ne soient pas une sinécure. Après tout, la majorité des habitants permanents étaient d'anciens Gryffondors et… Gryffondor un jour, Gryffondor toujours, non ? De son côté, Luna ne semblait pas se soucier le moins du monde que des étrangers viennent s'immiscer dans leur quotidien. Les vert et argent, quant à eux, espéraient pouvoir renouer avec Draco, dont ils avaient été très proches à Poudlard, mais ils ne savaient pas comment le blond avait pris leur « désertion ». Alors, imaginer que le rejeton de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom faisait aussi partie de l'aventure…
De son côté, Sirius participait, tant bien que mal, au rangement des pièces principales. Enfin… Il avait tellement la tête dans les nuages qu'il dérangeait plus qu'autre chose. Résigné, Remus finit par lui demander de quitter la pièce, comme il l'avait fait pour Tonks quelques minutes plus tôt. Le brun ne rouspéta même pas de se faire ainsi éjecter, tant il était préoccupé. Black aurait voulu pouvoir discuter un peu plus avec son filleul, mais ils n'en avaient pas eu vraiment le temps, au final. Et là, l'ancien maraudeur ne se faisait pas d'illusion sur ce que l'héritier Malfoy et l'Autre, comme il l'aimait appeler le rejeton de Voldemort, allaient faire une fois arrivés dans leur sanctuaire. Ils allaient s'accaparer son bébé faon ! Ils tenteraient de le pervertir ! Sans compter qu'il doutait que sa chère cousine et Face de Serpent laissent leurs deux marmots pénétrer en territoire inconnu, et rempli d'ennemis potentiels, s'ils n'étaient pas accompagnés d'un chaperon.
# Par tous les saints existants ou non ! Par la barbe de Merlin ! Pitié ! Je vous en prie ne me dites pas que Servillus ! Je ne…#
Patmol n'eut pas le temps de finir sa silencieuse supplique que Théo criait à la cantonade que leurs visiteurs étaient en vue et qu'ils étaient accompagnés par…
- Le Professeur Rogue est avec eux !
- Oh non… Misère ! Je suis maudit…
- Sirius ?
- Non, non. Ce n'est rien, Théodore… Par Merlin ! Pourquoi lui ? Je suis maudit…
- Je ne puis que me ranger à votre avis, Monsieur Black. Je croyais pourtant avoir convaincu cet homme en noir de ne plus remettre les pieds chez nous.
- Pardon ?
Hermione et Eiael, qui avaient assisté au court échange, pouffèrent en se souvenant de l'accueil que Lucilla avait réservé au maître de potions. Cela suffit à attiser la curiosité des autres qui n'avaient pas connaissance de l'anecdote. Ils n'étaient pas contre l'idée d'avoir un bon petit potin, bien croustillant, à se mettre sous la dent. Severus Rogue risquait de payer chèrement tout ce qu'il avait fait subir à ses anciens élèves. De plus, l'idée que le froid professeur des cachots avait eu à en découdre avec l'une des fées de la maison avait considérablement détendu l'atmosphère. Soudain, la voix du gardien du domaine résonna dans toutes les pièces du manoir.
- Hum - hum ! Navré de vos déranger, mais j'ai trois gus qui aimeraient entrer. Est-ce que ce serait mal vu si je les fais patienter encore un peu ? S'il te plait, Faolan ! J'ai envie de leur foutre la plus belle frousse de leur vie.
- Goh ! Surveille ton langage !
- Roh ! Ne fais pas la rabat-joie, Lucilla. Moi, je suis d'accord avec Goh ! Sylis ?
- Valia !
- Pourquoi pas. Ça peut être intéressant.
- Enfin, Sylis ! Montre l'exemple !
Lucilla n'appréciait pas beaucoup cette idée, mais elle avait les trois autres gardiens contre elle. Et, à part le maître des lieux, personne ne pouvait contrer leurs lubies. Restait à savoir si Eiael se rangeait de son côté ou de celui de Goh, Valia et Sylis. Or, l'adolescent semblait clairement hésiter. Elle avait peut-être une chance de lui faire entendre raison. Du moins, c'est-ce qu'elle avait espéré jusqu'à ce que le jeune Malfoy affiche une moue on ne peut plus mutine. Un bref regard aux autres membres de cette étrange famille lui indiqua que personne ne l'aiderait à arrêter le massacre à venir. Bon, certains comme Kingsley, McGonagall et Hermione ne paraissaient pas réellement enchantés par la perspective d'irriter les trois visiteurs, mais ne semblaient pas pour autant vouloir interférer dans l'histoire.
- Bon, ce n'est pas tout, mais… c'est oui ou c'est non, Faolan ? Parce que s'il continue à menacer la porte de sa baguette celui-là, ben… Je la lui bouffe !
- C'est bon, Goh. Amuse-toi.
- Je peux leur faire faire le tour du jardin et de la forêt aussi ? Après tout, il ne faudrait pas qu'ils se perdent durant leur séjour ici et donc ils doivent en connaître un maximum, non ?
- Je suis tout à fait d'accord !
L'exclamation ravie de Sirius fit rire tout le monde et le lion ailé s'apprêtait à prendre vie pour mener à bien son projet. Heureusement pour Severus et ceux qui étaient avec lui, Remus les prit en pitié et tenta, bien qu'assez mollement, de calmer les esprits.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ils seront en colère après.
- Tu as trop bon cœur, 'Mus.
- Ce que je veux dire c'est que personne ne souhaite vraiment les mettre en rogne, si ? Après tout, on va devoir cohabiter durant un certain temps… Non ?
Tout le monde se tourna vers le lycanthrope, n'ayant pas envisagé la possibilité de vivre sous le même toit que trois Serpentards enragés. Mais ce petit sentiment de panique dura à peine quelques secondes et déjà les adolescents discutaient entre eux des plans abracadabrants qu'ils feraient subir à leurs trois hôtes. Quant à certains des adultes, l'idée même de faire perdre leur légendaire flegme à un Rogue et à un Malfoy les faisait trépigner d'impatience.
Goh, de son côté, s'était donné pour mission d'effrayer leurs invités et de les faire un peu suer. Et, étant d'humeur généreuse, il décida d'en faire profiter les habitants de la maison en faisant apparaître, dans le grand salon, un écran où tous pouvaient voir les trois convives qui s'impatientaient devant la porte.
Et lorsqu'enfin le show débuta, même Remus eut du mal à contenir son rire. À sa décharge, il fallait bien avouer que voir le froid et stoïque professeur de potion, Severus Rogue, bondir de surprise en s'apercevant qu'il avait un lion vivant devant lui, était un spectacle aussi incroyable que délectable. Et le loup-garou avait bien l'intention d'en profiter.
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Le félin, gardien du domaine Potter, se fit discret afin que les trois étrangers ne prennent pas conscience que son corps de pierre devenait un peu plus vivant de seconde en seconde. Et, quand il vit Rogue se tourner pour répondre à l'un des deux jeunes, il se saisit de l'occasion pour lui lécher la main qui tenait toujours la baguette fermement braquée sur lui. Il en profita pour lui réhydrater la peau grâce à une bonne dose de bave.
Bon, il fallut, tout de même, un certain temps avant que l'homme ne se tourne à nouveau vers lui, comme dans un film au ralenti. Et ce furent deux yeux ronds comme des soucoupes qui l'observèrent, clairement sous le choc. Pour bien signifier sa présence, Goh se dressa sur ses pattes arrière et poussa un long rugissement qui fit reculer ses vis-à-vis.
La partie de chasse allait pouvoir commencer !
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Une heure passée à courir dans le froid, car évidemment un décembre sans neige n'est pas un décembre anglais, n'était décidément pas ce que Draco s'attendait à recevoir comme accueil. Mais, à bien y réfléchir, il aurait dû s'en douter venant de personnes qui, pour la grande majorité, appartenaient à Gryffondor.
Alexander, quant à lui, semblait partagé entre l'agacement et l'amusement. La neige ne le gênait pas, il en avait plus ou moins pris l'habitude lorsqu'il était à Dumstrang mais les plantes magiques qui tentent constamment de vous agripper les pieds pour vous faire tomber tête la première dans la neige ou la boue… ça, ça l'énervait ! Il avait une grande envie de les asperger de sorts de désherbant. Cependant, ses plans de vengeance avaient tourné court en voyant les habitants du domaine. Ces deniers ne pouvaient plus s'empêcher de rire et dès que l'un d'entre eux se calmer, il suffisait qu'il regarde les trois invités pour repartir dans un fou rire incontrôlable. Il fallait dire, à leur décharge, que cette course avait transformé trois hommes à l'allure noble en véritables serpillières aux joues rougies. # Vraiment très classe. #
Entre les deux jeunes hommes, Severus Rogue se retenait difficilement de ne pas sauter à la gorge de Black. Il était sûr que ce fichu cabot n'était pas totalement innocent dans cette affaire. Dire qu'il avait cru que les trois fées étaient les seules protections de la demeure ! Non, et bien sûr, le dernier protecteur était un lion. Un énorme lion ailé ! Foutus Potter ! Forcément, leur gardien et totem était un lion ! Un énorme lion à l'humour bizarre. Enfin, c'était prévisible de la part de cette famille. Maudits Potter ! Heureusement, l'intérieur de la maison n'était pas décoré en rouge et or, ou il aurait fait une jaunisse. Non mais… Severus n'arrivait pas à se sortir ce lion de la tête. Un lion pour la famille de sang pur Potter… C'était tellement cliché. N'avaient-ils vraiment pas pu trouver autre chose que ce gros chat ? Bon, il ne leur demandait pas d'avoir un serpent comme gardien, mais un lion…
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Il fallut un certain temps à Eiael et aux autres pour vraiment se calmer. Et encore ! Rires, ricanements et gloussements s'étaient taris, mais il n'en restait pas moins que tous avaient un grand sourire, un brin moqueur, placardé sur leur visage. Même Minerva, d'apparence si sévère, ne pouvait cacher le fait que toute cette histoire l'avait bien amusée.
Les trois hommes, toujours trempés jusqu'aux os, n'avaient pas prononcé un seul mot depuis leur arrivée. Hermione finit par les prendre en pitié et leur rappela, le plus innocemment du monde, qu'ils étaient des sorciers. Le calme et ténébreux Severus Rogue était prêt à commettre un meurtre, mais se ravisa, préférant sortir sa baguette pour lancer un sort de séchage sur ses compagnons et lui-même.
En regardant autour d'eux, Severus et Draco s'aperçurent qu'ils connaissaient la majorité des habitants de la maison. Le premier, pour les avoir côtoyés à Poudlard ou lors des réunions de l'Ordre du Phénix ; quant au second, il avait été l'un des camardes de classe des plus jeunes membres de ce drôle de groupe.
Alexander était le plus perdus des trois, mais il n'en laissa rien paraître. De plus, les histoires qu'il avait entendues et sa participation à la dernière bataille lui permettaient de donner un nom à certains de ces visages. Tout en balayant l'assemblée du regard, il ne put s'empêcher de reporter, à plusieurs reprises, son attention sur Eiael. Les clins d'œil et petits sourires aguicheurs qu'il adressait au blond provoquaient de délicieuses réactions de la part de ce dernier.
En effet, le cadet des Malfoy avait noté le manège du fils de Voldemort et éprouvait de plus en plus de difficultés à garder son sang froid. Il se sentait rougir à chaque fois que les yeux perçants et taquins d'Alexander se reposaient sur lui. Aussi, gêné, il recula un peu et, profitant de sa petite taille, se cacha derrière Remus qui lui sourit, comprenant d'où venait son malaise.
Alex, lui, était aussi déçu que ravi. Sa déception était due au fait qu'il ne pouvait plus admirer librement et s'amuser de son petit ange, mais il était heureux que celui-ci réagisse de la sorte. Peut-être que tout n'était pas perdu et qu'Eiael et lui pourront, un jour, espérer avoir une belle vie conjugale. Le jeune Marvolo sentit l'adrénaline et l'excitation monter en lui. Le jeu de séduction promettait d'être palpitant. Il n'allait pas s'ennuyer. Le seul véritable obstacle, selon lui, serait l'obstination des amis du plus jeune.
Pourtant, il ne doutait pas de pouvoir en amadouer un certain nombre, voire de les persuader à l'aider à exécuter son plan. Quant aux autres, il improviserait. Restaient les fées et le lion... Avec un peu de chance, l'étrange félin ne pourrait pas entrer dans le manoir et devrait demeurer dans le jardin. Mentalement, le brun pensait pouvoir apprécier Goh et partager son humour décalé. En revanche, il n'avait aucune envie de devoir l'affronter pour la main du jeune Malfoy. Pas que cela n'en valait pas la peine, bien sûr ! Toutefois, il préférait trouver une alternative à une éventuelle séance de torture sous les crocs du gros chat... Mais il ne se faisait pas de soucis en ce qui concernait les trois fées. Il ne doutait pas que ces petits êtres soient plein de ressources ; cependant, il lui suffirait de les distraire s'ils devenaient gênants. L'une de ces créatures semblait déjà s'être attachée à Severus, ce qui lui donnait quelques idées.
Le Prince des Ténèbres allait poursuivre l'élaboration mentale de ses stratégies quand la voix d'une femme l'interrompit. Il sortit de ses rêveries et s'efforça à suivre la conversation, cherchant discrètement la personne qui avait parlé. C'était une femme assez grande et mince, brune même si les années avaient laissé quelques mèches grises témoignant de leur passage. Elle affichait un air sévère, mais on pouvait deviner de la chaleur dans ses yeux. En se reportant à ce qu'il avait appris sur les professeurs de Poudlard, Alexander en déduisit qu'il s'agissait de Minerva McGonagall, enseignante en Métamorphose et, à première vue, doyenne de la maisonnée.
- Je vais vous mener à vos chambres. Nous vous en avons préparées deux. Une pour toi, Severus. Et une pour vous, jeunes hommes. J'espère que vous n'avez rien contre le fait de partager. De toute façon, il faudra vous en accommoder. Alors, si vous voulez bien me suivre.
- Minerva, peut-être pourrions-nous d'abord visiter les lieux ?
- Severus, il va bientôt être l'heure de passer à table. Et, crois-en mon expérience, il vaut mieux éviter de priver un adolescent de sa pitance. Et puis, la magie a beau faire des miracles, je suis certaine que des vêtements propres seront plus confortables que ceux-là.
La vieille femme se tut quelques instants afin de laisser aux trois nouveaux venus l'occasion de répliquer. Étonnée, mais satisfaite que le professeur de potions ne trouve rien à ajouter, elle réitéra son invitation à la suivre.
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Arrivés à l'étage, les trois hommes constatèrent que le couloir où se trouvaient leurs chambres semblait être le moins occupé. En effet, avant d'atteindre leur destination, ils avaient entrevu celui qui était à l'opposé et qui paraissait plus vivant. La visite guidée leur en apprendrait davantage, mais ils étaient prêts à parier que c'était là-bas que logeait la plupart des habitants du manoir Potter. Ils avaient également noté que leur aile ne comptait pas plus de trois chambres occupées. Elles se localisaient à l'entrée du corridor.
Quant aux deux chambres qui leur avaient été réservées, elles semblaient être les plus isolées, coupées du reste de la maison. Contrairement à son parrain, qui s'était considérablement renfrogné, Draco eut un pincement au cœur et se demanda si leur séjour en ces lieux était une bonne idée. Peut-être était-il plus sage de faire demi-tour et de s'éviter toute déception.
Avisant les quelques émotions que les trois visiteurs avaient laissées transparaître malgré leur masque de froideur, McGonagall les prit en pitié et leur expliqua ce qui les avaient mené à choisir ces chambres, plutôt que d'autres plus proches.
- Comme vous avez pu le voir, il y a beaucoup d'adolescents qui vivent ici. Et c'est assez bruyant. On s'est dit que vous préfériez être au calme. Au moins au début. Après, vous pourrez toujours emprunter une autre chambre. Et, de toute façon, la majorité du temps, tout le monde est en bas ou dans la bibliothèque.
- Bien sûr.
Le ton légèrement sarcastique de Rogue agaça Minerva qui, revancharde, savoura l'idée d'énerver, à son tour, son ancien collègue. Et, pour cela, elle avait le sujet parfait. L'homme en ferait une jaunisse.
- Je t'assure, Severus, qu'il n'y avait pas d'autres raisons. Je connais bien mes lions, et nous avons ici les meilleurs spécimens de ma maison. Têtus, loyaux, mais aussi téméraires, bruyants. De vrais électrons libres.
- Les Serpentards...
- Navrée, Monsieur Malfoy, mais je pense que vous trouverez que vos camarades ont... quelque peu changés, sous l'influence de votre frère et de ses amis.
La mine mi-figue mi-raisin que l'austère professeur tentait de cacher ravit la seule femme du groupe. Ne pouvant les quitter sur ces derniers mots, elle chatouilla un peu plus la fierté de Severus. Elle ne savait pas si c'était le côté espiègle et chahuteur des Gryffondors qui ressortait, mais elle appréciait pleinement cet instant. Ses boutades n'étaient pas bien méchantes et cela permettrait à Rogue de goûter un peu de sa propre cuisine.
- Ne t'en fais pas, Severus. Je suis sûr que tu t'y habitueras très vite. Il n'a pas fallu plus d'un week-end à tes élèves pour ressembler aux miens.
- Minerv... !
- Bien, sur ce, je vous laisse vous installer. Si vous avez faim, le repas sera servi dans une vingtaine de minutes. On mange dans la salle à manger. C'est la grande salle qui était à votre gauche quand vous êtes arrivés.
- Mine... !
- Mais si vous vous perdez, les tableaux vous guideront. Sinon, appelez Sylis. Il sera le plus enclin à vous aider.
Le professeur de Métamorphose, sur ces quelques mots, quitta les trois hommes. Un petit sourire aux lèvres, elle grava dans un coin de sa mémoire le visage outragé de Severus et l'air abasourdi du jeune Malfoy.
Toutefois, elle perdit toute trace de bonne humeur en repensant au fils du Seigneur des Ténèbres. Elle ne savait pas quoi penser de lui. Depuis son arrivée au manoir Potter, il n'avait pas dit un mot, et cela la perturbait. Oh, il n'était pas un masque d'impassibilité, à l'instar de son père et de quelques uns des meilleurs Mangemorts. Non, non. Après tout, elle n'avait pu faire autrement que noter le jeu de séduction qu'il avait essayé d'engager avec Eiael, ainsi que les regards amusés qu'il avait jeté à Rogue alors qu'elle faisait croire à ce dernier que ses serpents étaient devenus des lions. Non, vraiment, ce jeune homme la laissait perplexe.
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Lorsque Minerva McGonagall entra dans le salon, elle ne put réprimer un petit reniflement blasé. En effet, tous les habitants de la maison s'étaient réunis dans la petite pièce et attendaient, plus ou moins patiemment, son retour. Elle sentait que certains avaient du mal à se retenir de l'assaillir de questions sur les nouveaux venus. Même Luna et Théodore, d'ordinaire plus calmes que leurs amis, s'agitaient et comptaient sur un tiers pour ouvrir le bal.
Les autres adultes, excepté Sirius qui semblait aussi impatient que ses benjamins, assistaient au spectacle. Après un regard complice en leur direction, Minerva décida que les adolescents avaient suffisamment souffert dans leur attente.
- Bien. Allez-y !
Il n'en fallut pas plus pour que toutes les voix s'élèvent et s'entrechoquent dans l'espace du salon. Il était presque impossible de discerner une phrase complète.
Dans son coin, Eiael n'avait ni bougé, ni parlé. Il s'était assis sur le petit banc sous la fenêtre, et regardait le jardin. À l'instar de ses camarades, il voulait en apprendre davantage sur les convives ; mais, paradoxalement, il n'était pas sûr de vraiment le souhaiter. Il était nerveux, il en était conscient. Tous les signes de sa nervosité s'étaient manifestés depuis l'arrivée des trois hommes. Il s'était isolé... il rougissait en repensant aux regards d'Alexander... il se tordait les mains...
La cacophonie qui l'entourait le rendait légèrement nauséeux. Il devait y mettre fin avant d'être réellement malade. Il savait que si les autres s'apercevaient qu'il se sentait mal, ils le couveraient comme s'il était encore un nourrisson.
- Silence !
Toutes les têtes se tournèrent, abasourdies, dans sa direction, mais il n'en avait cure. C'étaient ses amis, et il ne voulait pas paraître égoïste, mais il était chez lui et il voulait qu'ils se tempèrent. De toute manière, jamais le professeur de Métamorphose n'aurait pu répondre à toutes leurs questions. De plus, elle n'allait pas tarder à ramener l'ordre. Le petit blond l'avait simplement devancée.
Ce fut Hermione qui vint à son aide.
- C'est bientôt l'heure de passer à table, non ? Je commence à avoir faim, pas vous ?
Si certains lui accordèrent leur attention, d'autres étaient plus réticents, toujours surpris par le soudain éclat d'Eiael.
Ron, quant à lui, avait déjà vu le blond, quand il était Harry Potter, s'énerver et n'était pas plus étonné que cela. Ce qui le rendait perplexe, c'était plutôt l'intervention d'Hermione. Son amie n'était pas du genre à s'inquiéter des repas ou à proclamer, surtout devant autant de personnes, qu'elle avait faim.
- Hermione ? T'es sûre que tout va bien ? D'habitude, tu...
- Oui, Ronald. Tout va bien. J'ai juste faim.
Le rouquin grimaça en entendant son amie l'appeler par son prénom de baptême. C'était, généralement, un mauvais présage. Il avait fait une gaffe, mais il ne savait pas laquelle. Aussi allait-il répliquer lorsqu'il nota le regard noir que lui lançait la brunette. Elle lui intimait clairement l'ordre de se taire, s'il ne voulait pas en souffrir les conséquences. Ron referma sa bouche et avala difficilement sa salive. Il ne tenait pas à se retrouver face à une Hermione fulminante. Très peu pour lui. Il avait déjà assez expérimenté la chose quand ils étaient à Poudlard.
De leur côté, voyant que la jeune sorcière ne parvenait pas au résultat escompté, Valia et Lucilla décidèrent de l'épauler dans sa mission. Après tout, leur maître ne semblait pas apprécier d'être au centre de l'intérêt général.
- Oui, oui. À table tout le monde ! Le repas est prêt ! Il faut manger avant que ça ne refroidisse.
- Lucilla a raison. Le gigot-frites froid, c'est pas génial. Alors, on y va ?
Doucement, tous finirent par quitter le salon, suivant les deux fées vers la salle à manger, apprêtée pour l'occasion. Ce n'était pas tous les jours que le manoir recevait des invités.
Hermione, elle, était restée un peu en arrière afin de s'assurer qu'Eiael les rejoindrait pour partager ce repas avec eux. Elle le connaissait suffisamment pour savoir que sa nervosité lui couperait l'appétit. Cependant, la sorcière n'avait nullement l'intention de le laisser agir selon ses envies : il devait manger pour récupérer des combats et, surtout, il fallait qu'il reprenne un peu de poids. Le dernier été chez les Dursley, ainsi que son changement d'apparence, l'avaient laissé plus filiforme que jamais. Ce n'était pas sain.
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Quelques minutes plus tard, Severus, Draco et Alexander prenaient place, avec eux, autour de la table. La tension était palpable et gâchait les saveurs des mets. Ce furent les jumeaux Weasley qui prirent sur eux de rompre le silence et, sans autre forme de procès, les trois convives se retrouvèrent sous une avalanche de questions, pour le plus grand amusement de l'assistance.
Fin du Flash back
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Petit à petit, les invités prirent leurs repères dans cette maison, que le directeur des Serpentards qualifiait de "nid de fous". Au final, il ne leur avait pas fallu longtemps pour que la maisonnée les accepte. Toutefois, Lucilla et Severus mettaient un point d'honneur à poursuivre leur petite guerre. Celle-ci ressemblait, de plus en plus, à des chamailleries de gamins en couche-culotte ou à celles d'un vieux couple marié. C'était devenu un spectacle dont les plus jeunes de la tribu se régalaient.
Et, pour mieux faire enrager leur ancien professeur de potions, Blaise, Ron et les jumeaux Weasley s'étaient décernés le titre officiel de "pom-pom boys de Lucilla" et encourageaient la fée dans ses attaques contre son adversaire. Ils n'hésitaient pas à la conseiller ou à lui fournir quelques unes de leurs machiavéliques inventions si cela lui permettait de mener à bien sa mission.
Généralement, quand les quatre supporters arrivaient à la cuisine, les joues rouges d'avoir trop ri et crié, cela signifiait que la tempête était passée et que les deux principaux protagonistes n'allaient pas tarder à les rejoindre, le rouge aux joues eux aussi. Et cela entraînait irrémédiablement quelques pouffements ou des quintes de toux, destinées à masquer un rire naissant. Ces réactions étaient dues au fait qu'il était aisé pour l'assistance de savoir qui avait gagné cette énième querelle.
En effet, il leur suffisait d'observer attentivement les rougeurs qu'abordaient Lucilla et Severus pour savoir lequel avait emporté cette manche. C'était une preuve irréfutable qui parachevait le tableau, aussi sûrement qu'une mine déconfite ou un sourire goguenard. De vrais gamins ! Ce que les adultes ne manquaient pas de faire remarquer, se moquant gentiment, à Rogue qui hésitait toujours entre l'indignation ou l'indifférence. Plus les jours passaient, plus le professeur de Potion perdait en crédibilité.
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Cela faisait déjà une semaine que les trois convives étaient arrivés, et la vieille maison n'avait jamais été aussi vivante que sous les éclats de rire et les cris, joueurs ou indignés, qui raisonnaient entre ses murs.
En effet, même si la venue d'Eiael lui avait donné un nouveau souffle, sauvant le peu de magie qui lui restait, elle n'avait pu s'épanouir totalement. Elle n'avait pas été occupée depuis plusieurs décennies et, après quelques années à attendre, les quatre gardiens avaient décidé d'hiberner en l'absence d'un héritier. L'aura du vieux manoir s'était alors ternie, sa magie ne pouvant faire abstraction de son inquiétude.
Toutefois, malgré la poussière qui s'accumulait, la demeure Potter avait préservé une atmosphère chaleureuse et conviviale atmosphère. La venue d'enfants avait redonné joie et vie au domaine.
Malheureusement, cette nouvelle insouciance était atténuée, comme pour s'accorder aux émotions de son propriétaire. En apparence, le petit blond n'était guère différent, pourtant il était dévoré par la peur.
De tous les adolescents qui habitaient le manoir, Eiael Malfoy était peut-être celui qui se torturait le plus, mais en silence et à l'abri des regards.
La guerre pour laquelle il avait existé jusque lors semblait avoir pris fin, et il ne savait plus où il en était dans sa vie... ou même qui il était. Il n'avait vécu que pour se battre et avait obéi à des directives toute sa vie. Il ne savait pas ce que c'était de vivre normalement, comme tous les jeunes de son âge.
Cependant, une petite voix lui soufflait que, cette fois, il y avait de l'espoir pour lui. Il pouvait croire en un autre futur. Mais lequel ?
Certes, il avait une famille, voire deux s'il prenait en compte ses compagnons. C'était une bonne chose, et il admettait que son avenir ne paraissait plus aussi sombre que lorsqu'il avait été Harry Potter. Mais l'idée d'une vie au sein d'une famille... C'était quelque chose qu'il ne connaissait pas. C'était une inconnue dans l'équation, et cela lui faisait peur.
Avoir une famille avait été le plus cher désir d'Harry. Et quand la vérité avait éclatée, ce rêve était devenu une réalité. Il faisait partie d'une famille. Qu'il soit le Survivant ou un Malfoy ne changeait rien. Du moins, c'était ce qu'il pensait. Il n'en était plus certain. En effet, les retrouvailles ne semblaient pas enthousiasmer l'adolescent outre mesure car, selon lui, il ne pouvait être considéré comme un véritable membre de cette famille.
Eiael ne parvenait pas à percevoir les choses sous un autre angle que celui qui le plaçait, aux yeux de ses parents biologiques, dans la catégorie "ennemi à abattre". Après tout, Harry Potter avait toujours été un obstacle sur la route de Lord Voldemort, le seigneur et maître des Malfoy. Même si son apparence et son nom avaient changé, il restait lui-même. De plus, les Potter l'avaient officiellement reconnu comme leur seul et unique héritier. S'il n'avait pas été adopté par le sang, il l'avait été par le nom et le couple l'avait aimé.
Il était Harry, et cela ne changerait pas. Alors, s'il était toujours le même, cela voudrait-il dire que rien de ce qu'il avait fait, lorsqu'il était un Potter, ne serait pardonné, tout Malfoy qu'il était ?
Est-ce que cela ne signifiait pas, également, qu'il demeurait la Némésis de Voldemort ? Certes, la célèbre cicatrice avait disparu de son front ou, tout du moins, c'était ce que tous pensaient. Le sorcier était sûr que ce n'était pas le cas : il avait noté une fine tâche, plus claire que sa peau, à l'emplacement exact où se trouvait, précédemment, l'éclair. Et puis, ce n'était pas parce qu'il n'avait pas souffert lors de sa dernière rencontre avec Jedusort qu'il ne se tordrait pas de douleur la prochaine fois. À cela s'ajoutait qu'il était toujours un Fourchelangue. Or, il s'agissait là d'un trait caractéristique de la magie qui avait relié Potter au Mage noir.
Perdu dans ses sombres réflexions et ne voulant pas être dérangé, ou obligé de tenir une conversation, Eiael disparaissait comme par enchantement. Et personne ne savait où il partait se cacher.
Il ne sortait pas du manoir, mais il demeurait introuvable. Il se réfugiait dans une petite salle qu'il avait découverte en visitant la propriété. Une porte était soudainement apparue dans le mur, alors qu'il passait devant. Poussé par la curiosité, plus que par la prudence, il l'ouvrit et entra dans une nouvelle pièce. Il ne l'avait jamais vue auparavant. Elle lui rappelait un peu la Salle sur Demande de Poudlard. Agréable et chaleureuse, introuvable et protégée. La cachette parfaite. Toutefois, il ne l'avait jamais utilisé autant avant l'arrivée des trois hommes. Il ne voulait pas se retrouver seul avec eux, alors il se cachait.
Il répétait cette action plusieurs fois par jours, sautant quelques repas. Il se doutait que son comportement inquiétait ses amis et son parrain, mais il voulait à tout prix retarder le moment des retrouvailles avec son frère, son fiancé ou sa famille.
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Le blond se trouvait dans son refuge et lisait tranquillement l'un des livres de la grande bibliothèque des Potter. Il était tant et si bien absorbé dans sa lecture qu'il sursauta de frayeur, la main sur le cœur, lorsqu'une voix résonna dans tout le manoir.
- HARRY JAM... Non... Désolée, je reprends. EIAEL FAOLAN MALFOY ! À TABLE ! ET SI TU NE DESCENDS PAS TOUT DE SUITE TES FESSES ICI, TU VAS LE REGRETTER ! C'EST FINI LES ÂNERIES ! EIAEL !... Quoi ?! Théo, qu'est-ce que tu fais ? Non ! Rends-moi ma baguette ! Théo !
- Hermione ! Jte la rendrai quand tu nous feras la promesse de ne plus essayer de nous rendre sourds. On est trop jeunes pour ça.
- Mais Eiael...
- T'inquiète, je suis sûr qu'il a compris le message. N'EST-CE PAS, PETIT ANGE ?
Se remettant tout doucement de ses émotions, le "petit ange" décida qu'il était temps de mettre fin à sa retraite, surtout s'il voulait échapper aux griffes et sermons de son amie de toujours. Dans un soupir, il referma son livre, le déposa sur une petite table et sortit de son antre. Mentalement, il tenta de se donner un peu de courage, mais il était plus résigné qu'autre chose. Il n'y avait plus qu'une solution : garder le silence, en priant pour que cela contente tout le monde. # Allez, sus à l'ennemi... Hourra...#
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Le repas fut calme, entrecoupé de petites conversations de ça et de là. De son côté, Eiael n'avait pas osé relever les yeux de son assiette. Les seules fois où il le faisait, c'était pour répondre à une question, mais il les rebaissait aussitôt. Lors de ces brefs instants, il avait croisé le regard interrogateur de Ron, l'air exaspéré d'Hermione, et les clins d'œil moqueurs de quelques autres de ses amis. Cependant, il avait soigneusement évité de regarder à l'autre bout de la table.
Le blond avait choisi sa place de façon stratégique, soit le plus loin possible de son frère et de son... fiancé. Il avait d'excellentes raisons pour cela et nul ne pouvait le contredire ! Le souvenir de leur second repas en compagnie des trois convives le faisait encore rougir comme une vierge effarouchée, pour reprendre l'une des expressions de Blaise, et il n'avait pas vraiment envie de revivre cette expérience dans l'immédiat.
Flash Back
Ce soir-là, Alexander et Draco étaient parvenus à s'installer juste en face de lui et, si la situation était quelque peu inconfortable, Eiael avait décidé de faire des efforts et de s'en accommoder. En revanche, l'adolescent n'avait pas prévu que les évènements le mettraient dans une position plus que gênante, et à laquelle il n'était pas habitué. En effet, au cours du dîner, le petit blond avait brusquement cessé le mouvement ascendant de sa fourchette, en sentant la présence d'un pied contre sa cheville. Stupéfait, il releva la tête, les yeux écarquillés et les joues rosies. Des yeux lapis lazuli recontrèrent leurs vis-à-vis qui étaient d'un bleu profond. Ces yeux resortaient parfaitement sur ce visage à la peau hâlée et au sourire... goguenard ? Oui, c'était bien un sourire goguenard ! Pour qui ce type le prenait-il ? Une jeune demoiselle effarouchée ? Une proie facile ?
Il ne fallut pas longtemps au plus jeune pour que ses neurones se remettent en fonction. Cet imbécile heureux était en train de lui faire du pied ! Alexander Marvolo, fils de Voldemort, se permettait des attouchements alors qu'ils étaient en plein repas et entourés par une dizaine d'autres personnes. Doux Merlin ! Son frère était assis à côté de cet idiot et il osait jouer à ce petit jeu ! Sans compter que le blond considérait que le plus âgé n'avait aucun droit d'agir de la sorte. Il avait un espace privé et il entendait qu'on le respecte !
Humilié et prodigieusement énervé, Eiael le fusilla du regard, mais cela ne sembla pas perturber son agresseur qui continua à lui sourire. Cet arrogant personnage allait en avoir pour son argent. Ils pouvaient être deux à jouer. Aussi, le plus jeune radoucit son regard et adressa un charmant sourire à son vis-à-vis. Celui-ci, étonné d'un tel revirement, resta quelques secondes sans réagir et ne releva pas la dangereuse lueur qui s'était allumée dans ces beaux lapis lazuli. Ce fut une soudaine douleur au niveau du tibia qui le ramena à la réalité. Eiael venait de lui donner un coup de pied, lui signifiant clairement que son manège avait assez duré.
Malgré sa douleur, l'aîné se trouva agréablement surpris par le comportement du blond. Il ne s'était pas attendu à cela. Il avait espéré le voir rougir, se cacher derrière ses cheveux, baisser la tête... En bref, il avait pris pour une timide poupée de porcelaine. Pourtant, il aurait dû se douter qu'il n'en était rien. Après tout, cela faisait plusieurs années qu'Eiael tenait tête à son père. Il avait du caractère et n'était, apparemment, pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.
Alexander avait compris le message, et le fit savoir à l'intéressé par un petit signe de tête. Le blond remportait cette manche, mais cela ne voulait pas dire qu'il le laisserait partir sans rien faire.
Alors que le plus jeune reprenait, triomphant, son repas, Alex regarda les autres personnes attablées pour s'assurer qu'ils n'étaient pas observés. Puis, l'air de rien, il adressa, pour la première depuis son arrivée, la parole à son petit fiancé.
- Ok. Tu gagne cette partie, petit angelot. Mais ne vas pas croire qu'on va s'arrêter en si bon chemin. J'ai bien l'intention de...
- Alexander ! Ça suffit. Un, c'est mon petit frère.
- Mon fiancé.
- Deux, je suis juste à côté de toi.
- Et ?
- Franchement ? Ça ne se fait pas. Je ne tiens pas à être traumatisé par...
- Pourquoi ? Eiael est sexy, je le suis aussi. On sera doublement sexy ensemble.
- Ce n'est pas le point !
- Et puis...
- Tais-toi, d'accord !
- Mais...
- Fais pas le gamin, veux-tu. Je suis sûr qu'on pourra discuter avec Eiael plus tard. N'est-ce pas ?
L'intéressé ne répondit pas. Il ne voulait pas s'impliquer davantage dans un combat à deux contre un. Il n'était pas masochiste. D'ailleurs, il était étonnant que personne n'ait prêté attention à la petite joute verbale des deux invités.
Le benjamin des Malfoy, quant à lui, assistait, sans trop savoir où se mettre, à l'échange entre les deux jeunes hommes qui lui faisaient face. Il avait été soulagé que Draco prenne la relève. Il ne se voyait pas entamer une telle conversation avec l'héritier de Voldemort. C'était tout aussi surréel qu'embarrassant. Il était préférable qu'il les évite, tous les deux, à l'avenir.
Fin du Flash Back
Le repas terminé, le petit blond ne mit pas longtemps à comprendre qu'il ne pourrait pas échapper plus longtemps à son frère ou à son fiancé. Les deux jeunes hommes semblaient l'attendre de pied ferme et ne le laisseraient pas s'esquiver une nouvelle fois.
Néanmoins, Eiael tenta le tout pour le tout, retardant le moment fatidique. Il aida à débarraser la table, à laver la vaisselle... Du coin de l'œil, il ne put que constater l'amusement faire place à l'agacement sur les visages de ses deux aînés. Non, décidemment, la chance n'était pas avec lui, cette fois. Alors, comme un condamné à mort que l'on guide vers sa potence, Eiael se décida à les rejoindre, en traînant des pieds.
- Ah bah ! Pas trop tôt !
Le plus jeune des trois rougit et baissa un peu plus la tête en percevant de l'énervement dans la voix de Draco. Il savait qu'il en était la cause, voire qu'il l'avait provoqué. Il priait les cieux que cette torture ne dure pas trop longtemps. Toutefois, son frère n'en resta pas là et poursuivit sur sa lancée, tout en le guidant vers la chambre où Alex et lui logeaient.
- Vraiment, Faolan ! On aurait dit que tu nous évitais. Non, attends... Tu nous évitais ! Notre séjour ici avait pour but de...
- Draco.
- Non, Alexander. Je n'ai pas fini. Il nous a sciemment évités depuis notre arrivée et...
- Je sais et je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais je pense aussi que ça peut attendre qu'on soit dans notre chambre. Non ?
Sur un discret signe de tête le fils de Voldemort indiqua à son ami que leur benjamin n'était peut-être pas en mesure de supporter davantage de remontrances. La tête basse, les épaules voutées et les pas pesants, Eiael semblait porter toute la misère du monde sur ses épaules. À cette vue, Draco ravala sa mauvaise humeur et tenta de se calmer. Il voulait que son frère et lui deviennent amis. Il refusait que leur relation ressemble à celle qu'ils partageaient à Poudlard. Il se résolut donc au silence, et il en fut de même pour ses deux compagnons.
Lorsqu'ils arrivèrent à la porte, Alex l'ouvrit, invitant Eiael à entrer en premier. Il pensait agir en gentleman ou, du moins, se montrer prévenant. Malheureusement, cela eut l'effet inverse et le plus jeune sembla se refermer un peu plus sur lui-même. Le pauvre enfant était aux bords des larmes, ce qui désarçonna les deux autres. Qu'avaient-ils fait pour le mettre dans un tel état ?
- Eiael ? Hé, qu'est-ce qu'il y a ? Tu peux nous en parler, tu sais...
- Alex a raison. Tu dois nous le dire si quelque chose ne va pas.
Le silence fut leur seule réponse, mais cela ne les découragea pas pour autant.
- Tu sais, je n'étais pas vraiment en colère contre toi... Tu es mon petit frère et je t'aime, je voulais juste...
- Stop ! Arrêtez ça !
- Eiael ?
Alexander et Draco se regardèrent, sans comprendre. Certes, ils avaient voulu faire réagir le plus jeune, mais ils ne s'étaient pas attendus à une telle réaction.
- Mon petit ange, tu...
- J'ai dit : STOP ! J'en ai marre ! Je ne sais plus où j'en suis ! Ou qui je suis ! Et vous... Vous ! Vous tous ! Vous pensez mieux le savoir que moi ! Vous voulez que je sois telle ou telle personne, mais je ne le suis pas !... Je suis fatigué de tout ce bordel... Alors... alors... juste "stop", d'accord ?
- Eiael, s'il te plaît, crois-moi quand je te dis que je n'essaye pas de te changer. Je sais qui tu es. Tu ne crois pas que je suis bien placé pour ça ? On se battait tout le temps à Poudlard...
- Justement ! Comment est-ce que tu peux oublier tout ça ?! Tu dis que tu m'aimes ? Tu sors ça d'où ? Il y a quelques mois, j'étais encore Harry Potter, ou Potty, ou le Balafré, ou même l'Orphelin ! Et, du jour au lendemain, je deviens un Malfoy et tu m'aimes ?! Désolé, mais ça ne marche pas comme ça ! Et vous ! Vous croyez qu'il suffit d'arriver comme ça, la bouche en fleur, et le tour est joué ? Je ne vous connais même pas ! Et là, comme ça, vous décidez, tout seul, précisons-le, que je suis un morceau de viande assez potable. Et hop, vous vous dites que c'est bon, vous avez tous les droits, dont celui de me draguer ! Oh ! Inutile de vous indigner, je ne suis pas stupide ! J'en ai marre !
- Eia..
- Et pour faire le tour de la question : oui, je vous évitais. Tous les trois ! Vous débarquez ici...
- On a été invités.
- Parce que vous nous avez forcé la main ! Mais vous n'êtes pas en territoire conquis, ici ! Vous êtes chez moi !
Abasourdis par un tel éclat, les deux aînés s'entreregardèrent quelque peu choqués. Ils pensaient être les bienvenus... Mais ils admettaient s'être comportés comme de petits seigneurs alors qu'ils n'étaient, effectivement, pas chez eux. Ils avaient abusé de l'hospitalité de l'étrange petite famille.
Alex pouvait comprendre la frustration, voire la colère, de son petit promis. Ils étaient tous des étrangers pour lui et ils envahissaient son intimité. De plus, même si les deux frères s'étaient côtoyés lors de leurs cours, ils n'avaient jamais été proches. Sans compter qu'il ne pouvait nier qu'il les avait un peu poussés à les inviter.
Draco, quant à lui, était plus blessé. Il avait tant espéré que son frère et lui pourraient faire des progrès, mais tout semblait perdu à présent.
- Eiael... Je suis désolé... Mais je... Nous...
- Ce que Draco essaye de te dire c'est que nous ne voulions pas que tu te sentes agressé. Nous sommes vraiment désolés. On voulait juste... Juste apprendre à te connaître. Et vice versa. Tu fais partie de la famille.
- La famille ? Quelle famille ? La vôtre ? Vous oubliez que je me suis battu contre votre psychopathe de père depuis des années !
- Eiael, Alex veut juste...
- Et la famille Malfoy ? Au cas où tu ne le savais pas ton père...
- Notre père.
- Notre père ? Tu me fais rire ! Tu te souviens de Dobby ? Votre ancien elfe de maison ? Hé bien, saches que sans lui, je ne serais mort. Et devine de qui il a dû me protéger... Non, tu ne vois pas ? De ton père et de son Avada !
- Quoi ?!
- Oh ? Tu ne savais pas ? Mais bien sûr, ce n'est rien par rapport à ce que j'ai fait subir à votre honneur, au noble nom des Malfoy ! Après tout, c'est de ma faute si Lucius a été en prison, non ? Je n'ai pas ma place parmi vous !
Sur ces mots, Eiael se dirigea, d'un pas aussi décidé que furieux, vers la porte. Il devait à tout prix quitter cette chambre. Il avait l'impression de suffoquer. Il avait besoin d'air. Et vite !
Il avait presque atteint son objectif lorsqu'un bras entoura sa taille et une main agrippa l'un de ses bras. Les deux empêcheurs de tourner en rond venaient de lui couper toute possibilité de retraite. Il essaya, tant bien que mal, de se dégager de leur emprise. Néanmoins, son esprit logique lui disait que c'était vain. Les jeunes hommes étaient tous deux plus grands et plus forts que lui, d'un point de vue physique tout au moins.
Quant à sa magie, ses émotions étaient devenues trop instables pour lui permettre de contrôler sa puissance, et il ne voulait pas mettre ses amis en danger.
Alexander, qui avait attrapé Eiael par la taille, le relâcha après un regard à son ami. Les deux frères avaient besoin d'un peu de temps et, surtout, d'intimité. Ainsi, le brun se dirigea vers la porte et quitta la pièce, sans faire de bruit. Alors qu'il refermait la porte derrière lui, il ne put s'empêcher d'adresser un dernier regard aux Malfoy. Avec un sourire un peu triste, il se promit d'avoir une nouvelle conversation avec son petit fiancé. Une véritable discussion, et non un règlement de comptes. Il devait mettre les choses à plat et effacer toutes sortes de malentendus s'il voulait croire en une vie de couple.
Sur ces dernières pensées, Alex remonta le couloir et décida que le jardin serait plus reposant pour un esprit en pleine ébullition.
oOo
Dans la chambre, l'aîné des blonds avait saisi son benjamin par le bras, avant de l'attirer à lui. Le changement de position lui permettait de tenir son petit frère contre lui, dans ses bras. Celui-ci avait également changé de tactique et, au lieu d'essayer de se défaire de ces mains qui le retenaient, il se mit à frapper de ses poings le torse de son geôlier.
Peu à peu, la force des coups diminua et céda à de petits sanglots. Draco sentit le petit corps s'affaisser, et parvint, de justesse, à le maintenir debout. Maladroitement, il dirigea leurs corps vers l'un des lits, où il déposa son frère.
En sentant le mœlleux du matelas heurter ses jambes, Eiael ne chercha plus à se maintenir debout et s'effondra sur le lit. Peu importait à qui il était. La seule chose qui l'intéressait était de disparaître et, éventuellement, qu'on le laisse en paix, mais cela avait peu de chance de se produire. Aussi tenta-il de fuir la présence de son aîné en se recroquevillant au centre du lit. Toutefois, c'était sans compter la détermination de Draco à établir une certaine communication entre eux.
En effet, à peine quelques minutes après s'être replié sur lui-même, Eiael sentit une main lui caresser les cheveux. C'était quelque chose d'agréable et d'apaisant. Il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti cela. Pourtant, Hermione et les autres filles du manoir s'étaient toutes amusées avec ses cheveux... Mais ce n'était définitivement pas pareil.
Quelques minutes de plus passèrent de la sorte, avant que Draco ne rompe le silence.
- Désolé. Vraiment. Je ne voulais pas te blesser... Ne m'ignore pas, s'il te plaît... Eiael ?... Allez, réponds... Tu sais que je ne suis pas très doué pour tout ça... Les excuses... et le reste, d'ailleurs.
- Pas envie.
- Ah... On ne risque pas d'avancer à ce rythme... Écoute, pour ce qui s'est passé avec Père... Je ne savais vraiment pas qu'il...
- Je ne veux pas en parler.
- Ok. Alors, parl...
- Et puis... C'est de ma faute s'il est allé en prison. Ça s'équivaut...
- Pardon ! Ce n'est pas du tout la même chose, Eiael ! Je suis sûr que Père préférerait mille fois être jeté au cachot si cela veut dire que tu peux vivre. Il y a une sacrée différence entre un emprisonnement et la mort ! Je ne veux plus t'entendre parler comme ça ! Compris ?... Eiael !
- Si tu veux...
- Ce n'est pas si je veux. C'est que tu ne dois pas le faire. Point. Quant à Père, je suis prêt à parier qu'il doit se maudire d'avoir ne serait-ce que penser te lancer un Avada. Et je ne te parle même pas de la réaction de Mère si elle venait à l'apprendre. Crois-moi, ce sera un super spectacle !... Plus sérieusement, Eiael... Tu nous as vraiment manqué, tu sais. Les parents ont dépensé une bonne partie de leur énergie à te chercher quand tu as disparu. Ils ont retourné ciel et mer pour te retrouver.
- J'étais juste là...
- Et c'est peut-être ce qui les blesse le plus. Ils t'ont cherché partout, mais jamais ils n'avaient pensé regarder dans les familles qui suivaient Dumbledore. Ces familles étaient si... si pures, soi-disant, qu'il était inconcevable que l'une d'entre elles t'aient kidnappé. On ne t'a pas abandonné, frérot.
- Pourtant, avant de rencontrer Hermione et Ron, j'ai toujours eu l'impression que... Les Dursley...
- Les quoi ?
- Les Dursley. Ce sont les moldus chez qui je vivais. Mon oncle, ma tante et mon cousin.
- C'est vrai. Par Salazar, j'avais presque oublié que t'avais grandi avec des moldus. Je ne sais pas comment tu as fait pour supporter ça. Franchement, je n'aurais pas pu.
- Je ne connaissais rien d'autre. Je ne pouvais pas vraiment faire la différence. Pour moi, c'était normal... Enfin... Je savais que tout n'était pas normal... Mais ça m'allait comme ça.
- Attends, attends, attends ! Qu'est-ce que tu racontes ?! Qu'est-ce qui n'était pas normal ?... Eiael ! Réponds-moi. Je peux te jurer que s'ils t'ont fait du mal, ils trouveront à qui parler.
- Oublie. Fais comme si j'avais rien dit, d'accord ?
- Non. Comment veux-tu que je ferme les yeux là-dessus ?
- Même s'ils n'étaient pas parfaits, ils étaient ma famille.
- Ils n'étaient pas ta famille ! Je suis ta famille ! Père et Mère, et Oncle Sev et...
- Ils se sont occupés de moi pendant des années. Ils ne m'aimaient pas, et alors ? Il n'empêche que je ne veux pas qu'ils leur arrivent du mal. Surtout si c'est de ma faute.
- Eiael...
- Non ! Et si tu persiste sur ce sujet, cette discussion s'arrêtera là et je retourne dans ma chambre.
- Eiael, sérieusement, je...
- NON !
- Euh... Eiael ? Tout va bien ? On t'a entendu crier et... Enfin, c'est bien de s'exprimer et tout, et tout. Après tout, c'est pas sain de tout garder en soi. Mais, t'es sûr que...
- Pas maintenant Sylis !
Un petit "pop" suivi le départ de la petite fée, vexé par le rejet de son maître. Il était venu, sous la demande des autres membres de la maisonnée, voir se qui se passait entre les deux Malfoy. Ils avaient tous entendus des cris et avaient senti la magie d'Eiael bouillonner.
Toutefois, l'intervention de Sylis avait permis de désamorcer la situation et de calmer les esprits.
Draco, après une longue inspiration, reprit la parole. Il n'avait pas l'intention d'abandonner le sujet des Dursley, mais il acceptait de le remettre à plus tard si cela lui assurait de pouvoir continuer à parler avec son cadet.
- Okay. Changeons de sujet... Parlons des parents. Ça te va ?
- On est vraiment obligés ?
- Eiael... Tu ne pourras pas les éviter indéfiniment. Et tu as promis de les revoir.
- Et Face de Serpent, par la même occasion.
- Face de... ?
- Voldemort, si tu préfères.
- Ça, c'est une autre histoire. Mais, si tu veux, on peut voir avec Alexander. Je suis certain qu'il pourrait retarder ce rendez-vous. Il est plus important que tu tisses des liens avec ta famille.
- Tu oublies qu'on parle de Monsieur je-suis-le-roi-du-monde-et-tout-le-monde-me-doit-o béissance.
- Et tu sous-estimes le pouvoir qu'a Alex sur son père. C'est terrifiant... Et, il faut l'avouer, ça casse un peu son image de "grand méchant".
La petite remarque eut l'effet escompté, puisque Draco discerna le petit sourire qui étirait les lèvres de son interlocuteur. Peut-être que sa situation n'était plus aussi désespérée qu'il n'y semblait. Il en était reconnaissant à sa bonne étoile.
- Alors, quand est-ce que tu as l'intention de reprendre contact avec les parents ? Je suis sûr qu'ils trépignent d'impatience en attendant de tes nouvelles.
En entendant ces mots, Eiael ne put s'empêcher de s'imaginer le couple Malfoy en action. Il les voyait se dandiner sur leurs pieds, se tordre les mains... Le tout, bien sûr, en faisant leur possible pour paraître distingués et impénétrables. Cette image mentale provoqua un fou rire. Il riait à en pleurer. Mais, cela lui faisait tellement de bien ! Et cela faisait si longtemps ! Il n'allait pas s'en priver, même si c'était au détriment de sa famille biologique.
Du coin de l'œil, le benjamin observa son frère. Celui-ci lui souriait, indulgent. Cependant, Eiael savait qu'il n'avait pas réellement compris la cause de son hilarité. Mais... Peut-être Draco était-il capable d'en rire, lui aussi... Cela représenterait tant de choses pour le plus jeune si jamais c'était le cas. Et, surtout, cela voudrait dire que son frère et lui pouvaient se comprendre, pouvaient être complices au lieu d'ennemis.
Malheureusement, cette euphorie ne dura pas. Draco voulait vraiment aborder le sujet de la rencontre parentale, tout en lui assurant qu'il était aimé et qu'il ne risquait rien. Il ne le laissa pas tranquille avant d'avoir obtenu la confirmation selon laquelle Eiael verrait leurs parents d'ici peu. L'aîné était allé jusqu'à le pousser dans ses retranchements pour lui arracher une date, afin de la transmettre au couple Malfoy pour les rassurer.
Puis, ils avaient eu une longue conversation sur certains des propos d'Eiael qui avaient retenus l'attention de Draco. En effet, lorsque son petit frère les avait implicitement accusés de ne l'aimer que parce qu'il était lui-même un Malfoy, le Serpentard avait compris que c'était un problème qui menaçait de leur exploser à la figure s'il n'était pas géré à temps.
Une fois la situation clarifiée entre les deux frères, ils se tinrent silencieusement compagnie. Ils étaient confortablement installés sur le lit qu'ils occupaient depuis le début de leur conversation. Trop absorbés par les récentes révélations, ils ne firent pas attention à l'heure et furent plus que surpris lorsque quelqu'un frappa, timidement, à la porte pour les prévenir que le dîner était servi.
D'un même accord, ils se levèrent et descendirent rejoindre les autres autour de la grande table. Un sourire échangé fut tout ce qu'il fallut pour que tous comprennent que, à défaut d'oublier, les deux frères feraient de leur mieux pour réapprendre à se connaître. Pour tout recommencer.
à suivre...
Alors ?
