11.

- Seulement quatre côtes cassées et des contusions multiples ? ! J'ai l'impression d'être passé par une broyeuse, oui !

- Vu l'état de la navette qui s'est éjectée… remarqua Koltar.

- Oui, j'ai quitté mon fauteuil pour prendre la barre qu'Oshryn tient d'ordinaire. Dans la précipitation je ne me suis pas assez bien sanglé. Et au choc, j'ai fait un beau vol plané !

- Vous vous en tirez à bon compte.

- En effet. Aussi à présent j'ai quand même à traîner ma carcasse pour remplir la mission dont j'ai été chargé ! je dois parler à Nymiel !

- Vous pourrez vous contenir ? Vu que je sais tout à présent ? s'inquiéta Koltar.

- J'ai une mission à remplir ! Et c'est ce à quoi je me suis toujours employé, en dépit des apparences !


Bien que mal à l'aise, Alérian avait fait bonne contenance devant le jeune interlocuteur, qui le dépassait néanmoins de deux bonnes têtes, et il s'était expliqué !

- J'ai retourné le problème durant des jours et des nuits. Les Erguls que j'ai croisés lors de nos guerres portaient comme des armures. Les études…

- Les autopsies ! rectifia Nymiel sur un ton néanmoins posé.

- Les études ont démontré que ces armures étaient davantage des scaphandres. Et j'en ai la preuve depuis mon arrivée ici : si les Erguls peuvent vivre dans une atmosphère favorable aux Humains, ce ne serait absolument pas le cas à bord d'un bâtiment spatial ! Les scientifiques de la République Indépendante me l'ont confirmé à plus d'une reprise ces derniers temps. Il fallait donc adapter un cargo pour que les conditions de vol ne tuent pas ceux que je devais arracher à une autre mort certaine !

Le jeune homme eut un involontaire haussement des épaules défaitiste.

- Mais cela fut en pure perte, plus personne ne viendra, les Squales ont dû cerner Kréadyne, pas un astéroïde clandestin ne passerait ! Koltar, le Slyphend qui devait vous prendre ?

- Il a été descendu par les Squales, il s'est écrasé sur la cité, heureusement désertée à présent. Les amis de Nymiel sont venus nous chercher et nous ont évacués d'une façon discrète alors que deux Squales patrouillaient au-dessus de nos ruines.

Nymiel eut un grognement guttural un peu inquiétant, alors qu'il ne faisait simplement que se racler la gorge.

- Alors, tout ce temps, vous travailliez à nous sauver, commandant Rheindenbach ! Pourtant tout dans votre attitude et vos propos…

- J'ai le ressentiment tenace, c'est de famille. Je vous ai blessé, déprimé, je m'en excuse. Mais je ne savais pas moi-même comment réagir… Etre là, face à vous, Nymiel, j'ai des réactions viscérales qui m'agitent !

- Je comprends. Vous êtes un Humain, vous avez un esprit beaucoup plus faible que le nôtre. Et pourtant nos surcapacités psychiques et physiques n'aident nullement les miens ! Nous sommes tous piégés à présent !

Alérian eut un petit rire.

- Je sais qu'à nouveau tout semble conduire aux mêmes conclusions, mais bien que le Starlight ait été mis en pièces par les Squales, ce n'est pas par hasard qu'il s'est crashé non loin de votre Drakkar, Nymiel !

L'Ergul tressaillit malgré lui.

- Comment cela ? interrogea-t-il.

- Les appareillages pour rendre un cargo viable sont sur mon Destroyer. Il va falloir les transporter sur votre Drakkar. Bien qu'il soit lui aussi au sol, ce fut plus parce que les régénérateurs d'énergie et autres systèmes de base n'étaient plus entretenus, par manque d'instinct de survie aussi ! Le Drakkar n'a pas besoin de tant de réparations que cela pour reprendre son vol ! Il est surtout rouillé et envahi par la végétation ! Tout ce qu'il faut pour le remettre en état est dans les débris du Starlight !

- Mon Drakkar s'appelle la Promise.

- On va donc permettre à la Promise de partir pour un dernier vol ! décréta Alérian. Et je vais avoir besoin de tous ici pour qu'on s'attarde au minimum !

- Mais, au-delà de l'atmosphère, il y a les Squales ! protestèrent d'une voix Koltar et Nymiel !

- Une chose à la fois. J'ai trop mal au crâne et aux côtes que pour discutailler sans fin ! Et puis…

- Et puis ? releva le jeune Ergul.

- Et puis j'ai confiance en mes amis, en mon père ! Même si Warius rappelle ses bâtiments, certains ne m'abandonneront jamais !

Un sarcasme vint aux lèvres d'Alérian qui pourtant au final eut d'autres mots.

- Et l'un comme l'autre connaissez la valeur de l'amitié, sinon vous ne vous seriez pas protégés mutuellement depuis longtemps, et encore tout récemment !

Le jeune homme tapota l'accoudoir de son fauteuil.

- Mais pour coordonner tout cela, j'aurai besoin de matériel. On peut me le rapporter ici, établir une liaison entre les restes de mon Starlight et ici.

- Je m'en occupe ! lança Nymiel en se levant aussitôt, étirant ses membres interminables.

Sur le seuil de la salle, il se retourna.

- Je n'y croyais plus. Mais là je peux le dire avec de la chaleur à mes cœurs et un véritable espoir : merci, commandant Rheindenbach !

- Ne le faites que lorsque nous serons tous en sécurité. Le timing va être serré.

Et sans trouver aucune raison de se réjouir, le jeune homme réfléchit aux plans qu'il avait dressés avant de perdre son équipage et son Destroyer.