Chapitre 9 :

Premier vrai Voyage !


Grand-mère Torogai-Shi arriva enfin et on alla au coin de repos, dans un petit temple. Maman prenait beaucoup son temps, et ce n'était pas dans son habitude faire ça, surtout en cas d'urgence. Grand-Mère offrit une cape à Chagum et Papa me donna la mienne pour contrer le froid. J'étais en train de m'assoupir quand Papa interpella un nom familier.

« Balsa ? Tu es en retard, encore une fois. Je craignais que tu te sois fait capturer par quelqu'un de la cour.

- Où est Chagum ? demanda-t-elle.

- Il est juste-là, répondit Grand-Mère en sortant à son tour, vite suivi de moi. On m'a expliqué ce qu'il s'était passé. Nous n'avons pas d'autre choix que de nous rendre directement au village de Toumi.

- Oui.

- Alors dépêchons-nous.

- Balsa. J'aimerais retourner à la cour juste une fois, pour en apprendre un peu plus sur mon frère. Si mon frère est vraiment décédé, je...

- Non, le coupa Maman sévèrement. Je ne peux pas te laisser retourner à la cour. Je t'expliquerai pourquoi plus tard. De plus, la priorité est de semer nos poursuivants. »

On se mit en route. Mon père s'inquiéta de savoir si j'allais tomber endormit durant le trajet, mais je répondais vivement que j'étais aussi endurante que Maman et que j'étais capable de marcher seule, que je n'étais plus un bébé. Et comme un boost d'énergie, je reprenais la marche avec plus de vigueur, têtue et trop orgueilleuse. Pour Niisan, ce n'était pas la même chose. Il était exténué et semblait ne plus avoir de volonté.

« Est-ce que ça va ? s'alarma Papa en le voyant tomber à genoux. Je vais te porter sur mon dos, offrit-il en retirant son bagage. Allez, ne fais pas le timide.

- Avance par toi-même, Chagum, ordonna Maman. Comme le fait Alika alors qu'elle est plus jeune que toi (d'une part je me sentais supérieure à lui, un peu fière, mais d'un autre côté, c'était chiant de sa part... en effet.)

- C'est bon, Balsa. Je vais bien.

- Si Tanda te porte, qui portera son sac ? Torogai-Shi ? Moi ? Alika ? Ou est-ce que Tanda te portera avec son sac ?

- Tu n'avais pas besoin de le dire comme ça.

- Très bien, je marcherai tout seul, répondit Niisan. Nous pouvons continuer, mais je veux que tu me parles de cette "raison" et de l'œuf à l'intérieur de moi... Cette raison plus importante que la mort de mon propre frère.

- Nous n'avons pas le temps pour ça actuellement. »

Grand-Mère observa la route, songeuse.

« Quel est le problème ? dit Papa.

- Je suis perdue... »

Je me mis une claque sur le front intérieurement et affichai une tête désordonnée. Finalement, on trouva une petite caverne dans laquelle on pouvait enfin se reposer. Niisan n'avait rien dit depuis que ma mère lui avait ordonné de marcher seul... il ne me regardait même plus. Pourquoi Maman m'avait-elle embarquée dans tout ça et m'avais comparée ? C'était un peu chiant, mais peut-être que c'était pour lui mettre un peu de compétition. Après m'être reposée, je mangeai quelque chose d'inconnue et on continua notre route. Grand-Mère vit un fruit dans un arbre sur une branche et tentait de l'attraper avec sa petite taille en sautant, ce qui me fit rire.

« Maître, ce chemin est-il vraiment un raccourci ?

- Cette route devrait nous faire gagner une demi-journée. Il n'est même pas mûr ! »

Je souris. Grand-mère arrivait toujours à divertir. On arriva à un point d'eau où on s'abreuva, puis on escalada une montagne de pierre, traversa un arbre qui servait de pont entre deux montagnes que Papa fit tomber pour éviter d'être poursuivi.

« Le temps en montagne est vraiment changeant, regarda Papa.

- Ça veut juste dire que la pluie va bientôt se calmer, argumenta Grand-Mère. »

Maman revint avec un oiseau chassé.

« Butin ! fis-je en le pointant.

- Oui, un petit butin, confirma Maman.

- Oh oh ! On dirait que nous allons manger quelque chose de potable pour la première fois en deux jours, se réjouit la chamane.

- Tu dois être affamé aussi, Chagum, se renseigna Papa. »

Il ne dit toujours rien, toujours dans sa déprime. Soudain, un bruit de feuillage retentit. On se mit aux aguets.

« Un singe ?

- Non, une personne. »

Trop curieuse, je suivi Papa pour rejoindre Maman. Une jeune fille au chandail rose et au teint plus mât que Papa était tombée et semblait un peu essoufflée.

« Êtes-vous du coin ? lui demanda Maman alors que Grand-Mère alla la rejoindre.

- Euh... (elle vit Papa) Vous devez être de la famille de Kunda-San...

- Hum ? »

On se remit en route pour le village de Toumi.

« Je vois, alors tu connais mon grand-père.

- Oui. Kunda-San a pris grand soin de ma famille, alors j'ai immédiatement su que vous aviez un lien avec lui, Tanda-San.

- Je vois, comprit Grand-Mère. Alors tu ressembles à tes grands-parents. Au fait, se pourrait-il que ce soit...

- Oh, c'est de l'alcool de mashira que j'ai récupéré sur la montagne.

- Je le savais ! s'enivra-t-elle en étant trop proche de la jeune Yakue.

- Maître, s'exaspéra Papa en la retirant plus loin. »

La jeune fille regarda Chagum puis me fit un sourire que je lui renvoyai immédiatement. Elle regarda l'entrée du village et sauta dans les ornements qui étaient des os de Nahji. Grand-Mère nous dit que ça s'appelait un charme de séparation des chemins. Vous secouez les os de Nahji attachés à cette corde pour éloigner les mauvais esprits. Chagum dit qu'il en avait déjà dans des villages de Yogo parfois, et Papa lui dit que c'était un exemple de copie des traditions Yaku par le peuple de Yogo. Les faires pendre à l'entrée des villages, voilà la vraie façon de faire. La jeune fille sourit à Niisan et partit en courant.

« Allons-y, on dirait que Toumi se trouve derrière cette colline. »

Papa passa sous les os, Niisan sauta sous le regard de Maman et, Maman elle-même me prit par les hanches et me souleva pour que je puisse les secouer à mon tour. Dans le village, des femmes tissaient des paniers, d'autres cultivaient des légumes et des fruits ou élevaient des animaux librement. Tout le monde nous regardait, intrigués, mais je savais que c'était par curiosité.

« Alors c'est vrai que le style de vie Yakue antérieur depuis l'arrivée du peuple de Yogo existe toujours, informa Grand-Mère.

- Je suppose qu'il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils soient curieux à propos de Chagum et moi. Même Alika semble se fondre un peu dans le décor, commenta Maman.

- Maman, j'ai la peau aussi blanche que toi...

- Mais tu as quelques traits Yakue sur le visage et les yeux de ton père.

- Ah bienvenue. Je suis le Doyen du village, Souya. Nous n'avons pas eu de visite depuis de nombreuses années. Êtes-vous le petit-fils de Kunda-San ? dit le Doyen en regardant Papa. Vous êtes vraiment son portrait craché ! »

Tout le monde se mit à rire, moi également.

« Malheureusement, Kunda-San est décédé il y a deux ans.

- Pour vous dire la vérité... nous ne sommes pas venus rendre visite à mon grand-père, mais pour consulter votre sagesse ancestrale. Nous aimerions en apprendre plus sur le Nyunga Ro Chaga. »

À cette annonce, les Yakue s'agitèrent un peu.

« Eh bien, nous ne devrions pas rester ici pour en parler. Venez d'abord chez moi, s'il vous plait. Nous pourrons parler là-bas. »


On nous servit un grand repas devant un feu en braise.

« Pourquoi avez-vous fait tout ce chemin pour parler d'une chose survenue il y a si longtemps ?

- Oh... eh bien, nous sommes dans une situation plutôt complexe, dit Grand-Mère. Nous aimerions nous entretenir en détail avec le conteur à propos de la dernière succession du Nyunga Ro Im, il y a un siècle.

- La succession du gardien aquatique est-elle bientôt arrivée ?

- Eh bien, oui.

- Alors vous êtes venus au bon endroit. J'ai entendu dire que le grand-frère de mon père, qui est mort jeune, était un Nyunga Ro Chaga.

- Est-ce vrai ? sortit Papa.

- Oui, mais à chaque fois, c'était tellement douloureux pour ma grand-mère d'en parler que je ne me souviens pas de tous les détails. En plus de ça, ma mère, notre dernier conteur, est décédée l'an dernier, donc il ne reste plus personne au village qui peut vraiment connaître en détail l'histoire du Nyunga Ro Chaga.

- Pourquoi avez-vous laissé la tradition des conteurs tomber en désuétude ?

- Je suis sûre que vous en avez conscience, mais l'entraînement des conteurs est très difficile. Depuis sa plus tendre enfance, un apprenti doit retenir des milliers d'histoires, au matin au soir. C'était bien trop cruel d'imposer cela à une personne. Je n'aimais pas vraiment ce genre de chose, alors j'ai décidé de ne pas désigner de successeur. De plus, nous avons maintenant des choses telles que l'Histoire Officielle de la Fondation.

- C'est affreux. Cet endroit est exactement comme la cour, après tout, pesta Grand-Mère en regardant Maman, qui elle, observa le Doyen du village d'un regard sérieux. »

Je ne dis rien et continuai de manger lentement.

« Eh... intervint la jeune Yakue, j'ai entendu ma grand-mère parler du Nyunga Ro Chaga, alors je pense pouvoir vous en apprendre un peu plus...

- Quoi ?

- Maintenant que j'y pense, Nimka, tu allais tout le temps apporter du Yamabime à ma mère.

- Tout à son importance... enchaîna ma Maman. Peux-tu nous dire ce que ta grand-mère a dit ?

- D'accord. (elle déposa son bol au sol) D'après ma grand-mère, l'œuf du Nyunga Ro Im est subitement apparut dans le frère de mon arrière-grand-père. Le Nyunga Ro Im est un esprit qui vit dans les profondeurs de Nayug et qui ressemble à un grand coquillage. La force de vie qu'il expire se transforme en nuages dans le monde de Sagu et crée la pluie. Mais tous les cents ans, le Nyunga Ro Im pond un œuf et meurt. Quand cela se produit, les nuages disparaissent du ciel et la sécheresse commence. C'est pour cette raison que, depuis l'antiquité, les Yakues ont protégé le Gardien de l'Esprit Sacré, Seirei no Moribito, pour que le prochain esprit sorte de son œuf en toute sécurité. Mais d'habitude, cela ne dure que pendant le développement de l'œuf. Lorsque l'heure d'éclore est venue pour l'œuf du Nyunga Ro Im, le Gardien voyage seul vers la Place de la Cérémonie et ne revient jamais, récita Nimka. »

L'énergie de Chagum commençait à devenir tendue.

« Lorsque son fils devint le Gardien, mon arrière arrière-grand-père était tellement triste qu'elle a demandé aux villageois de le protéger.

- Je me souviens avoir entendu cela également, pensa Souya.

- Mais qu'est-ce que les villageois ont fait du Nyunga Ro Chaga ?

- Lorsque le jour pair du printemps fut proche, le Nyunga Ro Chaga quitta le village comme s'il était un oiseau migrateur. Les villageois adultes le suivirent dans son long trajet. Ils finirent par arriver à la source de la rivière Aoyumi, une grande fontaine où fleurissent des Sig Saluas. Là, le Gardien de l'Esprit Sacré commença les préparatifs en vue de renvoyer l'œuf à Nayug. Néanmoins, Ralunga qui venait de Nayug était là également. Il se lança sur le Nyunga Ro Chaga comme un serpent sur un œuf d'oiseau. Et avec d'immenses mâchoires imperceptibles pour les humains (elle mima le geste), Ralunga découpa le Nyunga Ro Chaga en deux sous les yeux incrédules des villageois. »

C'est à ce moment-là que Chagum ne se sentit pas bien. Il s'agita et commença à faire de l'hyperventilation avant de se prendre par l'encolure de son kimono comme s'il étouffait.

« Est-ce que je vais mourir de cette façon, moi aussi ? Balsa... gémit-il avant de perdre connaissance, retenu par Maman avant d'être déposé sur ses cuisses.

- Mourir ? demanda Souya. Qui est ce garçon ?

- En vérité, ce garçon est le nouveau Nyunga Ro Chaga, annonça Maman.

- Comment ? »

Nimka se crispa et posa ses mains sur sa bouche. Maman alla le coucher dans un abri Yakue, accompagnée par la Maman de Nimka.

« Qui aurait pu deviner que le Second Prince du Nouvel Empire de Yogo deviendrait un Nyunga Ro Chaga ? s'enquit Souya. Si vous le souhaitez, nous pouvons le maintenir en lieu sûr ici même, jusqu'au printemps, offrit-il.

- Pour certaines raisons, nous ne pouvons accepter votre offre.

- Que devrais-je faire ? J'ai dit des choses tellement horribles sur Son Altesse... regretta Nimka.

- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas ta faute, la calma Papa. Nous n'avons pas fait assez attention, tout simplement.

- Il dort, annonça Maman. Il donne l'impression d'aller un petit peu mieux.

- Je vois.

- (elle revint à sa place) Nimka, dis-nous ce que tu sais d'autre, s'il te plait. Nous savions que le Dévoreur d'œuf viendrait. La raison pour laquelle nous ne lui avions rien dit est que nous pensions d'abord trouver un moyen de repousser le Dévoreur d'œufs. S'il te plait. (Nimka resta un moment sans parler) Tu as dit que le Dévoreur d'œuf ne peut être vu ni touché. Qu'est-ce que ça signifie ?

- Je ne sais pas. C'est ce qu'on m'a dit, c'est tout. Mais elle a dit qu'il avait été clairement vu lorsqu'il mit le Nyunga Ro Chaga en pièces. Elle a aussi dit que de nombreuses grandes mâchoires étaient sorties du sol.

- De nombreuses mâchoires ?

- Ça me semble être un véritable casse-tête, digéra Grand-Mère. Nimka, ton arrière-grand-mère t'a-t-elle dit autre chose ? Quelque chose que le Dévoreur d'œuf détesterait, par exemple. (Elle ne dit rien et hocha non de la tête) Ça aurait pu... Quoique s'il y ait eu quelque chose, ils l'auraient sans doute essayé, il y a cent ans.

- Je suis désolée. J'aurai aimé être porteuse de bonnes nouvelles, mais... elle a dit que le Nyunga Ro Chaga était destiné à se faire manger par le Dévoreur d'œuf.

- J'imagine que le Yona Ro Gai disait la vérité.

- Mais si l'œuf avait également été mangé, nous n'aurions pas eu la bénédiction de l'eau, précisa Papa. Cela veut donc dire qu'il y a cent ans l'œuf a bel et bien été épargné, donc le Nyunga Ro Chaga aurait aussi dû... »

Tous réfléchirent à la question.

« Je pense que... continua Nimka, l'œuf ne peut être déposé sur Sagu que lorsque Ralunga met le Nyunga Ro Chaga en pièces. J'ai entendu dire que le Nyunga Ro Im est un esprit issu des mers de Sagu, qui remonte le courant, et finit par vivre dans les profondeurs de Nayug. Donc l'œuf doit d'abord être pondu ici.

- Il est possible que le Dévoreur d'œuf, Ralunga, soit un mécanisme qui maintient l'équilibre entre Sagu et Nayug. Dans tous les cas, une fois déposé, comment l'œuf fait-il pour se rendre des Sources de l'Aoyumi à la mer ? Descend-t-il la rivière tout seul ?

- Si l'on en croit la chanson des planteurs de riz, un Nahji transporte l'œuf dans son bec et l'emmène jusqu'à la mer.

- La chanson des planteurs de riz ? Tu parles de celle qui commence par "Vole, vole, Nahji" ? s'étonna Papa.

- Oui. La troisième strophe de cette chanson dit : "Pars, pars, Nahji. Pars avec l'œuf et envole-toi loin au-dessus des mâchoires.", N'est-ce pas ?

- Il y avait une chanson comme celle-là ? (il regarda Grand-Mère)

- C'est une strophe qui n'est plus tellement chantée dans les fermes de Yogo car elle parait quelque peu enfantine, formula la chamane. Mais je m'en souviens maintenant, on la chantait, à l'époque. »

Ils se mirent à parler de la quatrième strophe jusqu'à ce qu'un second problème survienne. J'étais trop fascinée par ces sortes d'histoires que je n'osais rien dire.

« Quelle plaie. Maintenant nous avons un problème encore plus gros.

- Quoi ?

- Le Nahji. (Maman et Papa se regardaient) Vous êtes stupides tous les deux. Quand avez-vous vu un Nahji pour la dernière fois ?

- Maintenant que j'y pense... Quand j'étais petit, je voyais souvent des nuées de Nahji assombrir le ciel alors qu'ils migraient vers le Sud. Mais je n'en ai plus vu récemment.

- Ils se sont raréfiés depuis que le peuple de Yogo a commencé à forger l'acier, confia Souya. La poussière que le fer créer en étant forgé, obstrue leurs voies respiratoires et pollue leurs poumons.

- Leurs os, utilisés comme des talismans protégeant des mauvais esprits, sont maintenant difficiles à trouver. À ce rythme, nous pourrions être incapables d'amener l'esprit aquatique à la mer en toute sécurité, sans parler de protéger le gamin. Il semblait que nous ayons perdu plus que de nos us et coutumes, ces cent dernières années. »


Nimka et le Doyen partirent, nous disant qu'ils seront dans le bâtiment principal sur le chemin, nous laissant seuls, en famille.

« Hé Balsa. Même toi, tu ne pourras pas battre un adversaire invisible, fit remarquer Papa. Et par-dessus tout, si Chagum doit être tué pour déposer l'œuf sur Sagu, alors nous devrions peut-être nous enfuir très loin–

- Nous ne pouvons pas. Même si nous fuyons d'ici, nous ne pourrons échapper au sort qui repose sur ses épaules. À moins que nous nous battions pour trouver une autre voie. J'ai promis de ne pas le laisser mourir. Je le sauverai coûte que coûte. Chamane Torogai, n'y a-t-il rien que nous puissions faire ? Quelque chose qui nous permettrait à la fois de protéger Chagum et d'amener l'œuf à bon port ?

- Je ne sais pas.

- En tout cas, soupira Papa, il nous reste encore un peu de temps avant que le printemps n'arrive. Réfléchissons à un autre moyen. Quoi qu'il en soit, si nous sommes poursuivis par ceux de la cour, cet endroit n'est pas sûr. Nous devrions partir dès que possible.

- Alors, nous devrions peut-être aller à la Grotte des Chasseurs.

- Vous avez raison. Nous pourrons peut-être nous préparer efficacement là-bas.

- La Grotte des Chasseurs ? questionnai-je, ma première question de la soirée... et mot aussi.

- Tu es encore là ! s'exclama Maman. Je t'avais presqu'oubliée tellement tu as peu parlé !

- L'histoire était trop intéressante pour l'interrompre.

- ... Tu es comme ton père. Les histoires compliquées étaient un cauchemar pour moi, mais pas pour lui. Tu me demandais ce qu'était la Grotte des Chasseurs ?

- Oui.

- C'est un endroit, à peu près comme le refuge de Papa, mais quand on faisait la chasse et qu'il commence à faire un peu trop froid comme l'hiver. Tu vas sûrement t'y plaire. »

Je souris et m'allongeai pour dormir. Dans un de mes rêves, qui n'était pas revenu depuis un moment, je me vis sous l'eau. Je pouvais respirer. Il y avait des créatures étranges et j'étais quasiment sûre d'être dans l'une des mers de Nayug. Au-dessus de moi, il y avait de la glace, mais avec une ouverture. La voix de Papa me réveilla. Grand-Mère était déjà levée et Maman n'était pas là. Elle aurait laissé sa lance avec moi – pour que je puisse la porter un peu – si elle n'était pas partie. Prise un peu de panique, de peur qu'ils m'aient oubliée, je me ruais dehors. Mon cœur se calma en les apercevant... mais juste Papa et Grand-Mère. Je courus proche de mon père et l'enlaçai.

« C'est votre fille, n'est-ce pas ? sourit le Doyen du village.

- Oui. Ça ne parait pas beaucoup puisqu'elle a retenu énormément de sa mère, mais elle a un peu de sang Yakue dans ses veines.

- Papa, j'ai eu peur que vous soyez partis sans moi !

- Mais non ma belle, ça n'arrivera jamais. (il se retourna vers les deux parents Yakue et le Doyen) Je suis tellement désolé. Nous n'avons pas du tout remarqué leur départ, s'excusa Papa.

- Nimka connait les environs comme sa poche, donc ça ira pour elle, dit Souya. Mais il ne faudrait pas que quelque chose arrive au Nyunga Ro Chaga.

- Alors, avez-vous pu savoir à quel moment ils sont partis ?

- Oui. Quelqu'un a entendu des chiens aboyer à l'aube. Ils sont probablement partis à ce moment-là.

- Eh bien, sortit Torogai-Shi, avec Balsa à leurs trousses, je suis sûre qu'ils seront revenus ici en un rien de temps. Nous allons nous préparer à partir. »

J'allai aider mon père avec nos provisions et nos sacs. Ça faisait un moment que je préparais les provisions avec Papa.

« N'est-ce pas plus rapide en suivant cette rivière ? proposa Grand-Mère.

- Mais si vous prenez en compte le Prince... rectifia le Doyen, il serait préférable de prendre une route plus plate.

- C'est vrai. »

Une jeune femme avec un habit rose arriva, un peu paniquée.

« Souya-San, il y a sur la place du village un homme se disant messager de la cour, et des guerriers sont avec lui ! Il dit qu'il est venu reprendre le Prince !

- Maître ! s'alarma Papa, alors que je me blottissais contre lui, apeurée sans la présence de Maman.

- Nous sommes fichus. Ils sont déjà ici.

- Je vais écouter ce qu'ils ont à dire. Veuillez rester cachés ici, nous demanda le Souya. »

Sans Maman, je me sentais sans protection. De plus, le village Yakue faisait partie de mes origines quand même. C'était grâce à eux, et à ma mère, que j'étais ici en ce moment. Grand-Mère s'habilla au cas où. Au bout d'un moment, on entendit un guerrier crier. Grand-Mère décida de sortir de même pour mon père.

« Reste ici mon poussin.

- Non, je veux être avec toi Papa... et puis, j'ai un village entier pour me protéger s'il y a quoique ce soit.

- D'accord, ma belle.

- Lancière, est-ce que tu m'entends ?! criait le guerrier. Cette fois-ci, tu n'iras nulle part ! Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour te battre ! Nous ne savons pas pourquoi tu as pris le Prince avec toi, mais ton travail est terminé ! Montre-toi !

- FERMEZ-LÀ, BANDE DE MORVEUX ! tonna Grand-Mère en sortant. Qu'est-ce que vous avez à brailler comme ça ?

- Cet homme... se surprit Papa. Si je me souviens bien...

- Je suis le Chamane Torogai ! Le Prince et la Lancière ne sont plus ici ! Si vous avez quelque chose à dire, je vous écouterai. »

On descendit les escaliers, moi cramponnée à la main de Papa. Je me tenais le plus loin d'eux que possible.

« Toi... étudia-t-elle l'homme qui s'appelait Shuga – par Niisan. Es-tu un maître astronome ?

- Oui. Torogai-Shi, j'aurai aimé que nous nous rencontrions plus tôt.

- Peuh. Difficile de croire que de tels mots sortent de la bouche d'un astronome. Oh ! j'ai compris. C'est toi qui as fait écrire une lettre pour moi à la Seconde Impératrice.

- En effet.

- Alors il semblerait que nous puissions avoir une discussion à moitié convenable. Petit maître astronome naïf, j'aimerais beaucoup entendre tes impressions.

- Maître...

- Il semblerait que lorsque le jour pair au printemps arrivera l'année prochaine, Son Altesse, le Nyunga Ro Chaga, partira pour la Place de la Cérémonie tel un oiseau migrateur prenant son envol. De plus, nous savons qu'un Dévoreur d'œuf viendra de Nayug, récita-t-elle.

- Un dévoreur d'œuf ?

- Oui, tout comme l'ours brun qui voyage pour se nourrir des tobryas remontant le courant afin de pondre leurs œufs. Et d'après nos légendes, le Gardien est destiné à mourir entre les mains du Dévoreur d'œufs le moment venu.

- Vous dites... que le Prince va mourir ? s'indigna un second guerrier.

- Oui, c'est exact. Ne me faites pas répéter ! Quelles sont tes connaissances actuelles à propos du Nyunga Ro Chaga ?

- N'y a-t-il aucune archive historique décrivant un Gardien qui aurait échappé à son destin ? demanda Shuga.

- Aucune, parmi les Yakue tout du moins.

- Chamane Yakue, si ce que vous dites est vrai... ne serait-il pas encore plus prudent de nous rendre le Prince ? Je ne sais pas ce qu'est ce "dévoreur d'œuf", mais notre armée de Yogo est forte de dix-milles hommes. »

Je m'en fous de vos hommes ! grognai-je dans ma tête. Non mais ho ! vous vous pensez tout permis et supérieurs aux autres, peuh ! Vous avez même pas de couilles à affronter ma mère bande de sans dessins !

« Même si un démon comme celui décrit dans l'Histoire Officielle de la Fondation devait apparaître, nous serons capables de protéger le Prince sans aucune difficulté.

- Oh ? se moqua Grand-Mère. Cela est-il toujours vrai face à un monstre de Nayug qui ne peut être ni vu, ni touché par les humains ? Je parie que le mur de pierre, ni l'enceinte d'épieux qui entourent la cour ne dissuaderaient quiconque venant de Nayug. Finalement, peu importe les efforts investis pour cacher le Prince, il sera facilement atteint depuis Nayug par des mâchoires invisibles et sera mis en pièces. Si nous rendons le Prince, pourrez-vous toujours garantir la sécurité de l'œuf ?!

- ... J'ai un ouvrage secret laissé par le premier Saint Sage, répondit finalement Shuga au bout d'un moment. Si je le déchiffre, alors peut-être...

- Pardon ?! Tu avais quelque chose de précieux depuis tout ce temps et tu ne l'as pas encore déchiffré ?! Il est clair que ce morveux d'Hibi Tonan est devenu gâteux. Je ne peux pas remettre le précieux Nyunga Ro Chaga à un idiot tel que lui.

- Vous êtes en train de nous dire que les Yakue peuvent protéger le Prince ? s'insurgea le chef des guerriers.

- Bien entendu. C'est pour cette raison que la lancière a déjà emmené le Prince vers un endroit tenu secret. Libre à vous de fouiller le village si vous ne me croyez pas. Toutefois, ce n'est pas que la lancière refuse de rendre le Prince, mais plutôt qu'elle veut protéger à la fois le Prince et l'œuf. Si vous voulez réellement aider à sauver le Prince, allez déchiffrer votre ouvrage secret dès que possible, et venez sur la Place de la Cérémonie au jour pair du printemps. Nous vous attendrons là-bas. »

Il eut une pause jusqu'à ce que l'un d'entre eux perde les pédales.

« Hors de question ! vociféra-t-il en sortant son sabre, Papa me poussa derrière lui comme pour me protéger. Le Prince Chagum est le Prince de Yogo. Nous le protégerons sans l'aide des Yakue.

- Oh ? Allez-vous massacrer tout le monde dans le village ? Si vous pouvez sauver le pays et le Prince ce faisant, allez-y, provoqua Grand-Mère. Mais comprenez que si vous reprenez le Prince, le Dévoreur d'œuf de Nayug vous suivra.

- Attendez ! intervint Shuga en se mettant en face de Grand-Mère, face au soldat. Des massacres insensés ne résoudront rien ! Rangez vos armes ! Chamane Torogai, il semblerait que nous autres astronomes ayons été trop imbus de notre personne. Comme je le craignais, notre savoir est trop incomplet comparé au vôtre.

- Les hommes qui vous accompagnent ne semblent pas partager cette opinion.

- Pour l'heure, je vais partir avec eux. Mais je suis certain de revenir avec un moyen de sauver le Prince avant que le jour pair du printemps n'arrive. Lorsque cela arrivera, vous nous rendrez le Prince.

- Maître Shuga...

- Silence ! Peu importe ce que vous avez tenté, vous n'avez pas été capables de battre le garde du corps. Confier le Prince à la femme garde du corps jusqu'au printemps est le moyen le plus sûr.

- Jin, Maître Shuga a sûrement raison, dit le chef des guerriers. Range ton arme.

- Chamane, dit Jin, est-ce que le prince va bien ?

- Oui. »

Il rangea enfin son arme.

« Chamane Torogai. Nous nous reverrons au printemps prochain sur la Place de la Cérémonie. (Les huit guerriers partirent, mais Shuga se retourna vers Papa.) Es-tu l'apprenti du Chamane Torogai ?

- Pardon ?... Oui.

- Je veux te remercier pour ton aide. Ton histoire à propos des œufs de mante religieuse est l'indice qui m'a conduit ici. Je t'en suis reconnaissant. (Il me regarda) J'ai mépris ta mère, mais je vois à quel point j'avais tort (je fis une moue dédaigneuse et il partit, je me réjouis de ma tête que lui ait faite, je suis sûre que je lui ai fait signe de déguerpir au plus tôt avant de m'énerver encore plus).

- Alors il s'est souvenu de moi.

- Tu avais déjà rencontré l'astronome auparavant ?

- Oui. Nous nous étions déjà rencontrés aux alentours du Bas-Ougi.

- Ah...

- Cependant, je suis impressionné que vous ayez pu dire un tel mensonge juste avant, Maître.

- Pfff... Nous nous rendrons à la Grotte des Chasseurs une fois que Balsa sera revenue. C'est donc lui que tu as vu, Alika ?

- Oui... avec Maman. Je l'aime pas !

- Hahaha ! Je t'aime bien toi ! »

Maman revint à l'aube avec Niisan et Nimka. Et à les voir, je crus deviner qu'il s'était passé quelque chose, ça, c'était certain. Il s'excusa et Nimka faillit avoir une fessée de son père, mais ce dernier a été arrêté grâce à la maman de Nimka et Maman elle-même qui lui dit que ce n'était pas nécessaire. Niisan monta les escaliers sans rien dire, l'aura noir. Puis au lendemain, on partit vraiment.

« Devez-vous vraiment partir ? questionna Souya.

- Merci de votre hospitalité. Mais il y a de nombreux préparatifs que j'aimerais faire faire à ce garçon, dit Maman.

- Je vois.

- Merci d'avoir pris si bien soin de nous, remercia Grand-Mère. Nous n'avons pas l'idée de passer l'hiver à ne rien faire. Laissez-nous le Nyunga Ro Chaga.

- Nous comptons sur vous (il s'inclina). »

Nimka s'avança vers Chagum en compagnie de sa mère en tenant un pot.

« C'est du nectar de Sikul que Nimka a recueilli. Vous vous en délecterez durant votre séjour dans la grotte. (Nimka lui donna en main)

- Merci, dit lentement Niisan.

- Prenez soin de vous.

- Bien, nous devons y aller maintenant, annonça Maman.

- Faites attention à vous, termina le Doyen. »

On marcha un instant à la file indienne quand Grand-Mère se retourna.

« Quoi ? Un rassemblement d'adieu ?

- Pourquoi se courbent-il ? demanda Niisan.

- C'est un signe de respect envers celui qui est chargé du fardeau qui doit être porté. »

On les regarda s'incliner. Je trouvai ça vraiment beau comme rituel de respect, puis, on continua alors notre route. On en avait pour encore quelques heures de marches.


Yosh !

Héhé, j'espère que ceux qui ont vu l'anime savent bien se repérer. J'ai bien aimé écrire le bout où Alika fait la grimace à Shuga... j'imagine trop ce dernier se dire : « Telle mère, telle fille... mais quelle peste pareil ! » En fait, Shuga ne fait pas vraiment partie de mes personnages favoris et je le trouve encore très ignorant. Encore plus les huit guerriers, personne n'est méchant dans Seirei no Moribito, mais reste que les chasseurs sont stupides pareils... avec leur ego d'homme qui se fait rabattre par la force de... Balsa-Okaasan' !

Je n'ai pas vraiment à dire grand-chose, à l'exception que les chapitres suivants vont différés légèrement puisque je vais également m'inspirer du livre – et aussi de l'anime.