Bonsoir ! :D Me revoici pour un nouveau chapitre ! Dans la continuité du précédent, il s'agit de la suite de la soirée entre amis (beaucoup plus intéressante que la première partie, bien entendue). Pour les curieux, on se retrouve en bas pour plus de détails sur ce qu'i venir et les réponses aux reviews !
Bonne lecture !
Je me tiens derrière le bar rempli de verres vides comme une quiche qui ne sait pas quoi faire de ses bras, me balançant vaguement sur la musique incessamment répétitive qui se diffuse dans toute la pièce. Ma propre boisson épuisée, son cadavre dans ma main, ne me sert que de prétexte pour avoir l'air occupée à choisir le prochain mélange à glisser dans ma gorge, pendant que tout le reste du groupe glousse et s'amuse en parlant de choses qui me passent au-dessus de la tête.
Je soupire. Je suis le genre de fille, qui, à un certain moment dans une fête entre amis, même un apéro musical comme celui-là, finit toujours dépressive dans son coin sans vouloir faire autre chose que ruminer son désarroi. Assez pénible, je sais. Imaginez-vous être coincés dans mon corps, deux minutes. Je tousse en jettant un énième coup d'oeil au fond du gobelet. Une goutte ambrée se glisse le long des courbes, et je joue avec, tournant à gauche, tournant à droite…
Un raclement de gorge me sort de ma rêverie.
- Tu cherches quelque chose ?
Je lève les yeux. Tiens, le roi de la soirée. Quelle honte je sens peser dans ma poitrine, quand je réalise que depuis la discussion avec Alice, je n'ai pas été capable de faire un pas vers lui. Un seul foutu pas. Ca sert à quoi, à part prouver que les filles ont raison ? Pourquoi je n'admettrais pas simplement que oui, je le trouve intéressant ? Parce que ça n'a aucun sens, voilà pourquoi ! C'est une véritable perte de temps. J'ai connu pas mal de mecs depuis mon célibat, et je peux parier que lui, c'est un gouffre. Une faille. Qu'il faut absolument éviter, sinon je vais gaspiller de la salive et brasser de l'air… Je ne sais pas pourquoi je le sais, mais je le sais. Et puis comment faire, de toutes façons ? On a jamais flirté. Ca n'a jamais fonctionné comme ça, enfin, je ne l'ai pas perçu comme tel. Je ne compte pas forcer quoi que ce soit, c'est le frère de mon amie, ça s'arrête là.
Aïe. J'ai une migraine à force de me prendre la tête de la sorte. Il faut que j'arrête, ça chauffe là-dedans. Et puis, il n'y a que les coupables qui se justifient, pas vrai ? A moi de m'éclaircir la voix.
- Non, non je… Je patientais.
- Pour ? Il incline la tête, amusé.
Ses traits lisses m'agacent.
- Pas grand chose en particulier. J'hausse les épaules.
Autant tenter de le faire fuir avec mon attitude maussade. Allez, pshht, va t'amuser ailleurs. Il a l'air de bien se débrouiller niveau connaissances, je suis étonnée. Il faudrait éventuellement que j'arrête de le prendre pour un sociopathe incapable de communiquer, aussi, c'est vrai.
Je baille sans même prendre la peine de cacher mon menton qui se dédouble avec ma main libre. Il a un petit rire.
- T'as l'air de vouloir rentrer.
Je soupire quelque chose que je ne comprends moi-même pas, haussant de nouveau les épaules. J'essaye tant bien que mal de le faire déguerpir, mais, quelque part au fond de moi, je suis contente qu'il reste me faire la conversation. Voyons jusqu'où il serait prêt à aller avec mon état inébranlable de loque fatiguée.
Il jette déjà des regards autour de lui. Touché. Ca fait un peu mal, d'être éjectée au bout d'une minute…
- Tu as dansé ? Il enchaîne en souriant.
- Ouais. Je réponds doucement. Et toi ?
- C'est pas trop mon truc.
- Ah bon ? C'est pas ce que j'ai entendu. J'écarquille légèrement les yeux.
- Quoi ? Il s'étouffe. Je peux savoir ce que tu as entendu, exactement ?
J'ai un petit rire incontrôlé. C'est pas juste, je comptais pas me faire retourner le cerveau en moins d'une minute comme ça, c'est de la pure concurrence déloyale ! Mais que voulez-vous, cet homme me fait rire. Véritablement rire. Il m'énerve aussi, en même temps. Il est comme teinté de cette insolence de sale gosse pourtant odieusement craquant, ce charisme auquel certains profs ne résistent pas face aux cancres.
Je soupire en secouant la tête.
- D'accord, je pose pas plus de question. Il lève les mains en l'air.
- Merci.
- Alors, pourquoi tu es seule ici ?
- Ca sonne comme une citation d'un catalogue de drague des années 80. Je lance platoniquement.
Il hausse les sourcils. A ce stade, je sais qu'il ne sert à rien de prétendre une personnalité devant lui. Autant la jouer naturelle à 100% et sortir sans arrêt ce qu'il me passe par la tête.
Il finit par rire assez bruyamment, si bien que je vois ses épaules se secouer en rythme, si grandes si on omet tout le reste.
- C'était pas forcément mon intention. Il passe une main dans sa nuque.
Je détourne les yeux. Et allez, je l'ai gêné. Mais bien sûr que je suis au courant qu'il ne veut rien avec moi, sinon, un gars comme lui, il serait déjà venu me faire du rentre-dedans. Ou pas ? Je n'en sais rien, je n'aime pas jouer à la décodeuse de langage corporel.
Mon ventre retentit sous ma robe. Zut, je meurs de faim.
- T'inquiète pas va. Je balaye d'un ton plus morne que je ne l'aurais voulu.
Il a l'air alarmé pendant que je contourne le bar, à la recherche d'un cake ou quelque chose du genre. Je sens sa main se poser sur mon bras. En me retournant, j'arque un sourcil, perplexe devant tant d'urgence.
- Mais ça ne veut pas dire que tu n'es pas jolie !
J'écarquille les yeux. Mon estomac grogne.
Encore pire ! Mon dieu ! Les compliments d'excuse ! C'est la peste bubonique au coeur. Dégagez-moi ça, au plus vite. Je me détache de son emprise.
- Emmett, j'allais juste me chercher à manger.
- Ah… Je…
Il a l'air très gêné. J'incline la tête. Je veux bien qu'il se sente coupable de m'avoir prise pour une quiche, mais à ce point, il y a anguille sous roche.
- Je suis un peu embarrassé.
Je le considère. Que suis-je sensée faire de ça ? Sa franchise est parfois assez alarmante. Mes lèvres closes, j'attends qu'il développe, pendant quelques secondes de silence.
- Ouais. Tu es jolie et intelligente, enfin agréable quoi.
Je me pince l'arrête du nez. Serait-il possible de mettre fin à ce malaise ? Je sens mes pieds s'enfoncer doucement dans le sol comme si je pouvais lentement disparaître en-dessous. J'espère vraiment que ça puisse marcher.
- D'accord. Je réponds finalement en hochant (un peu trop) vivement la tête. Je vais aller me chercher du gâteau, maintenant.
- Attends, je t'accompagne.
Mes muscles se tendent. D'accord, calme-toi Rosalie. Pourquoi autant de stress ? En temps normal, autant de compliments (qui semblent francs ?) te feraient au moins sourire, attirance ou pas. Là, c'est… Pire que tout. Angoisse, nervosité, anxiété… Toute la panoplie. Et puis tu vas chercher un gâteau, merde. Ressaisis-toi.
J'inspire franchement et me redresse, hochant la tête avant de mener le chemin.
.
Je soupire quand elle me tourne le dos, passant la première. Qu'est-ce que c'était que ça, Emmett ? Eddie avait raison, ça fait un bail que j'ai pas pratiqué, me rafraîchir la mémoire sur ce terrain aurait pu m'aider. Je regarde les détails de sa robe pendant qu'elle se dirige vers la cuisine pour assouvir sa faim. Une seule question me vient alors à l'esprit :
Putain, mais qu'est-ce que tu fous ?
Et je ne saurais pas y répondre, ni maintenant ni dans cinq ans. Ca n'a aucun sens, jeter maladroitement mon dévolu sur cette fille alors que je pars dans deux jours, sans vraiment savoir quand je reviens, c'est cruel, et puis ça ne me ressemble pas. J'ai jamais vraiment été intéressé depuis la dernière… Je soupire en secouant légèrement la tête, ça ne me va pas de trop réfléchir. Un ventre vide doit pousser à la sottise.
Je la suis des yeux pendant qu'elle parcoure la petite pièce, ouvrant de multiples tiroirs. Pris d'un élan de torpeur, je m'étire de long en large avant de doucement fermer la porte derrière moi, ennuyé par le boucan que font les autres, puis d'appuyer mon dos contre l'encadrement clos. Elle fouille toujours dans les placards, ses bracelets tintant en rythme avec ses mains agitées. Elle n'a pas l'air d'avoir remarqué le son étouffé derrière moi, ni comme la vue est belle par la toute petite fenêtre, juste au-dessus de sa chevelure. Je baille légèrement.
- Toi aussi, tu aimerais rentrer ? Elle déclare distraitement en m'adressant un regard.
Je me contente d'un petit sourire amusé. Elle a déjà replongé le nez dans le frigo, et je l'entends mettre le bazar à l'intérieur, avant de se redresser, triomphante.
- Ah-ah ! Je me disais bien que Jane avait préparé quelque chose.
Toujours aussi fière, elle s'empare d'un large plat accueillant un gâteau basique qui paraît au chocolat, et l'amène au centre de la table en bois. Puis, elle relève le menton vers moi, et d'un petit signe en direction de la nourriture, m'invite à la rejoindre. Il ne m'en faut pas plus et je m'approche, l'estomac de plus en plus creux et fur et à mesure que se nourrir devient accessible. Elle cherche autour d'elle, tournant une fois à gauche, une fois à droite. Je cligne lentement des yeux.
- Qu'est-ce que tu cherches ?
- Des cuillères. Elle soupire.
J'hausse les épaules. Elle croise les bras et arque un sourcil.
- Quoi ? Tu comptes le manger comment toi, ce fondant ?
Je plonge presque immédiatement ma main dans le plat, et je l'entends pousser un hoquet de surprise pendant que ma poigne attrape la nourriture et la mets dans ma bouche. Et hop, avalé, son gâteau. Je me lèche les doigts devant son air ahuri. Elle me tape la main.
- Mais ça va pas la tête !
Je ris bouche fermée, elle-même salie de chocolat et la main baveuse. Elle peste contre moi et s'agite, murmurant des choses comprenant "Jane" et "pas contente" à l'intérieur. Lorsqu'elle s'éloigne un peu trop, je la ramène près de moi à l'aide de ma main propre.
- Eh…
- Non !
- Shht.
Sans lui demander son avis, j'essuie ma main souillée de salive contre une serviette à proximité et lui tends une nouvelle part improvisée. Elle juge mon offre avec un rictus indéchiffrable. Je claque ma langue contre mon palais.
- Allez, c'est qu'un gâteau. Et t'as faim, non ?
- Je pense que c'est possible de manger ça avec une cuillère, tout de même.
- Ce que tu peux être coincée !
Elle fronce les sourcils et j'ai un rire moqueur.
- Rosalie, la coincée… J'entame une chansonnette.
- Des fois j'ai vraiment l'impression que tu as sept ans ! Elle couine d'agacement.
- Han. Trop mignon.
Je reste comme un nigaud avec mon fondant dans la main pendant qu'elle ne se décide à rien faire. Finalement impatient, je n'attends pas son accord et lui fourre de force la nourriture dans la bouche, avant de reculer la main pendant qu'elle s'étouffe.
J'explose de rire et la regarde tenter vainement de manger le morceau correctement, cachant son visage à moitié derrière sa main. Me tenant les côtes, je finis par reculer jusqu'au plan de travail tellement le rire m'envahit. Quand elle réussit son combat, elle est morte de rage.
- Emmett !
Mais moi, je pleure encore plus. Essuyant d'un revers du bras ma bouche sale, je contemple la sienne, tâchée jusqu'au menton. Lorsqu'elle se rend compte que je fixe drôlement cette partie de son visage, elle porte ses doigts aux miettes gluantes, et tressaille quand elle réalise de quoi il s'agit. Nos regards se soutiennent pendant quelques secondes, avant qu'elle et moi ne rions ensemble.
- T'es complètement malade. Elle articule vainement en essuyant sa bouche et ses larmes.
Crispé sur le comptoir, je ne trouve pas la force de répondre. J'entends son rire derrière moi, et tant qu'il continue, je ne peux pas m'arrêter non plus. C'est au bout de quelques minutes intense que je l'entends soupirer et reprendre ses esprits.
- Bon, j'ai faim moi du coup.
Quand je lève les yeux vers elle, elle est en train de plonger la main dans le plat.
- Je suis fier de toi. Je soupire, ému.
- Tais-toi et prends nous des verres. On va crever de soif après avoir fini tout le gâteau.
- Ca me plaît comme programme ! T'es sûre que tu veux pas boire dans mes mains ?
Elle pouffe la bouche pleine et je suis de nouveau pris d'un rire, en même temps qu'un sentiment d'étrange bien-être, si calme par rapport à la situation actuelle. Comme si cette cuisine, à cette heure précise, avec cette personne là, étaient les éléments à réunir pour me faire sentir à ma place.
Je lui tourne le dos pour ouvrir les tiroirs en hauteur et nous dénicher des verres, que je pose sur la table juste à côté du plat.
- Laisse m'en un peu !
- Je t'avais prévenu cow boy, j'avais faim.
- Pourquoi tu m'appelles cow boy ? Je demande en me servant à mon tour.
- J'sais pas. Je trouve que ça sonne bien. Eh, cow boy.
- Si tu veux alors. Dis donc il est drôlement bon ce fondant !
- Tu m'étonnes. C'est la seule chose que Jane sait cuisiner. Elle déglutit. Je me souviens, quand on était au lycée. Elle enchaîne, soudainement secouée d'un léger rire. Des fois on allait manger chez elle le midi, et chaque fois qu'elle se tentait à la cuisine, c'était imbouffable. J'avais toujours des intoxications qui duraient trois jours et le ventre qui gonflait jusqu'à explosion. Son rire grandit au fur et à mesure de ses paroles. Une fois, elle avait tenté de faire une confiserie à un mec qu'elle aimait bien, il a cru qu'elle avait tenté de l'empoisonner dans un certain délire de crime passionnel, c'était à mourir de rire ! Pitoyable ! Je me suis moquée d'elle pendant des semaines, et elle, pour se venger, elle m'a volé mes vêtements pendant un cours de sport ! J'ai du marcher dans le lycée pour le reste de la journée avec mes vieux fringues puants !
Je ne peux que rire tant elle est prise dans son récit. J'incline légèrement la tête, touché par sa spontanéité et son naturel, bien que l'alcool puisse y jouer un petit rôle. Elle frappe légèrement la table comme pour se supplier elle-même d'arrêter de rire, visiblement très émue par le rappel de tant de souvenirs. Elle soupire en secouant la tête.
- Que de souvenirs, ces années de malheur. Je n'en peux plus rien que d'y penser. Ses épaules se secouent encore légèrement. Quel déchet, non mais quel déchet ! Elle rit de plus belle.
- Qui ça ? Je demande, perdu.
- Moi ! Elle s'exclame.
- J'ai loupé la partie où tu étais un déchet.
- Boh, tu sais, à cet âge là. Elle secoue nonchalamment la main.
- Non je sais pas. J'hausse les épaules. Je suis sûr que tu étais une chouette fille.
Elle cale son poing sous son menton et me regarde d'un petit sourire pensivement flatté.
- Et moi, je suis sûre que tu étais un chouette type.
Nous nous regardons pendant les longues secondes qui suivent. C'est seulement là que je me rends compte que la musique des autres n'a pas cessé depuis notre aventure du fondant, mais que je n'y faisais plus du tout attention. C'est également seulement là que je me rends compte qu'elle a de toutes petites, petites tâches de rousseur en haut des joues.
- Je me demande… Elle commence, et j'incline la tête.
Elle a l'air perdue dans ses pensées. Finalement, elle se redresse et secoue la tête.
- Oublie. Je parlais toute seule.
- Ca t'arrive souvent ? Je ricane.
- Plus que tu ne le crois. Elle m'adresse un clin d'oeil.
Je souris doucement. J'avais raison quant à mes premières impressions sur cette fille, elle est très sympathique, et drôle. Elle vide son verre d'eau d'une traite, et je fais de même. Dans le silence qui suit, ni elle ni moi ne savons sur quoi enchaîner. Je pianote timidement sur la table, évitant son regard. Je l'entends légèrement soupirer.
- Heureusement que tu es là pour faire des bêtises, j'étais en train de passer une mauvaise soirée.
- C'est vrai ? Je demande aussitôt, m'appuyant le dos contre la table à ses côtés.
- Mh. Elle hoche la tête.
- Pourquoi ?
Elle soupire, comme regrettant d'avoir lancé ce sujet. Quand elle lève son regard vers le plafond, je l'interprète comme une recherche d'inspiration pour m'expliquer son état. Patient, j'attends qu'elle se lance.
- Pour faire court. Elle passe une main dans sa nuque. Je… Je suis un peu nostalgique.
J'arque un sourcil. Très vague, comme confession.
Je pose doucement ma main sur son épaule.
- Si tu veux pas m'en parler, t'as pas besoin.
- Non j'ai… J'ai besoin d'en parler. Ça m'embarrasse juste que..
- Que ? Je la motive.
- Bien, Alice est au courant bien sûr mais toi tu… Tu es son frère.
- Et alors ?
- On est pas vraiment deux meilleures amies qui faisons de la danse ensemble et nous racontons tous nos petits secrets.
- Je vois pas où ça t'empêche de te confesser à moi, si tu en ressens le besoin bien sûr ? Visiblement c'est le cas, sinon je suis sûr que tu aurais déjà pris ma soeur à part.
Elle me regarde pendant quelques secondes.
- T'es vraiment gentil tu sais.
- C'est rien. J'hausse les épaules. Ca me dérange pas de t'écouter, je sais ce que ça fait de vouloir parler à quelqu'un avec qui on a pas forcément l'habitude. Mais si ça peut te rassurer, je ne répète à personne ce qu'on me raconte en privé.
- Ca, je m'en doutais… Elle soupire pensivement.
- Alors quoi ?
- C'est pas facile. Elle explique. En ce moment, c'est pas très facile. Enfin, je sais pas si c'est en ce moment ou si ça a toujours été comme ça… Je te l'ai déjà dit je crois, mais mes parents sont divorcés. Sauf que je m'entends mieux avec mon père que ma mère. J'ai du passer mon adolescence avec elle, j'ai pris des distances sans le vouloir avec lui. Et maintenant qu'on a repris contact… C'est assez sombre. Quand ma mère m'a appelé la dernière fois, c'était pour dire qu'il était malade.
- Gravement malade ? Je finis par demander tandis qu'elle se fait muette.
- Non, pas vraiment. Il a toujours eut une santé assez fragile. Mais je m'inquiète… Ca pourrait être de trop pour lui, tu vois. Il pourrait… Mal le gérer. Enfin bref, le truc avec ma famille, c'est qu'on ne dialogue jamais. Si on a un problème entre nous, on l'enterre immédiatement, et on passe à autre chose. Il y a tellement de non-dits que… Même encore aujourd'hui, quand je dois avoir ma propre mère au téléphone, je suis fébrile. J'ai l'impression qu'à tout moment, elle pourrait m'attaquer sur une chose que je lui ai faite avant, et qui aurait pu lui faire du mal. D'un autre côté, je me prépare à lui répondre tout ce qu'elle m'a fait. Tu vois ? C'est étrange. On s'entend bien, on arrive à passer des moments de famille, moi et mes cousins compris, mais tout peut chavirer d'un moment ou à l'autre… C'est glauque. Ca me fait peur, j'aime pas beaucoup ça. J'ai appris pour mon père hier à peine. Je sais pas comment l'encaisser. Ma mère s'en fout, ou alors elle essaye de m'y faire croire. Je n'oserai pas lancer le sujet là-dessus, elle ne ferait que se braquer et ça partirait dans tous les sens. J'ai l'impression d'être la seule à m'inquiéter pour lui… J'ai l'impression d'être la seule personne normale. Et c'est égoïste, et c'est faux bien sûr, mais je sais pas… Je me comprends mieux que les autres. J'ai la sensation que les autres… Ne vont pas dans le bon sens. Ma mère est toujours seule, elle pourrait essayer de revivre un peu et de se donner le droit au bonheur mais… Elle n'a pas l'impression d'en vouloir. Mon père, lui, il est triste. Je lui manque. Et moi aussi il me manque. Je pourrais aller le voir, je pourrais… Mais il est loin. Je ne sais pas comment je m'y prendrais avec mon travail, ce genre de chose. Mes cousins, je m'en éloigne de plus en plus. Ils changent, ils deviennent… Des gens auxquels je ne m'intéresse pas beaucoup. C'est amer, de manquer de liens forts. Toi et Alice, vous avez de la chance. Même si tu te sens marginal, même si tu as beaucoup de problèmes avec ton beau père, au moins vous en parlez. Vous vous criez dessus souvent, mais vous en parlez. Et tu ne t'en rends pas compte mais c'est… Tellement plus rassurant que le silence. Le silence c'est violent, ça cache des choses, ça pèse. Il faudrait que tu réalises plus souvent ce cadeau que tu as eu, après ton père biologique. C'est pas facile mais c'est tellement mieux.
Je la considère, pendant que ses yeux s'obstinent à fixer le vide. Le coeur ralenti, les pensées floues, je mets quelques secondes à assimiler son discours, y compris la petite morale de la fin. Les lèvres soudées, je n'arrive pas à faire de commentaire, mais elle enchaîne bien rapidement, toujours la voix douce et posée.
- J'ai l'impression d'avoir un espèce de syndrome de Peter Pan. Elle explique en tripotant le collier qui pend autour de son cou. J'ai peut-être (voire sûrement) raté mon adolescence, enfin je crois. Je ne suis sûre de rien, je ne sais pas si je fais les choses correctement. J'ai l'impression… De ne pas avancer. De ne rien faire. De ne rien accomplir. Et pour moi, ce stade, cet embouteillage d'ambitions, ce n'est rien d'autre que l'adolescence. J'ai le sentiment d'être encore une putain d'ado.
Enfin, ses yeux se tournent vers les miens, ce qui a le don de m'arracher un sursaut intérieur.
- Des fois j'ai la certitude que tu vis à peu près la même chose que moi. Fuguer de chez toi pour aller à la bourgade la plus près, fuir la civilisation pour vivre avec des ours, et puis toutes ces choses que tu as dites sans savoir que j'écoutais… J'ai pas raison ?
J'entrouvre la bouche mais reste silencieux. Mon cerveau ne se remet pas de ce volte face de l'ambiance installée, auparavant vivante et tâchée de rires, maintenant nostalgique et envahie d'une tristesse indéfinissable. Finalement, j'hoche la tête, avalant ma salive ce qui achève ma gorge sèche.
- Si, c'est un peu ça. Je pense que tu as raison.
Elle a un petit rire, qui sonne comme un ricanement.
- Voilà où on en est. Moi je stagne, et toi tu t'en vas.
Mon regard dérive vers le parquet de la cuisine. Plus aucun de nous deux ne parle, seules les voix étouffées du salon parviennent à masquer le silence. Mes pensées dérivent toute seule, et je suis comme envahi par la même torpeur que tout à l'heure, lorsque nous entrions à peine dans cette pièce. Mes conversations avec Carlisle… Mes dilemmes entre travail ou réserve… Je fronce machinalement les sourcils dans ma réflexion.
Soudainement, je l'entends soupirer à ma droite et la vois s'étirer du coin de l'oeil. Je ne bronche pas, décider à laisser mon esprit voguer librement tant qu'elle n'engage pas de nouveau la conversation.
Peut-être que je pourrais venir plus souvent. Peut-être que je devrais enfin écouter Alice, mon beau-père, ma mère. Les mots qui sortent de leurs bouches ne sonnent pas pareil que ceux de Rosalie. Rosalie a l'air de comprendre quelque chose. Je ne sais pas ce que c'est, mais elle le maîtrise.
Je sursaute quand une main tapote mon épaule.
- Faudrait peut-être retourner avec les autres, ils vont se poser des questions à force. Elle relance, sur le ton de la rigolade, bien qu'encore très calme.
- Surtout s'ils ont entendu ma drague des années 80. Je réponds sur le même ton.
Elle a un petit rire. Je la suis des yeux pendant qu'elle quitte la table et se dirige vers la porte, baillant aux corneilles.
- Tu veux que je te ramène ? Je lance rapidement, avant que sa main n'atteigne la poignée.
Elle se tourne vers moi et bat des cils plusieurs fois.
- Ah, non, je peux pas. J'ai déjà ma voiture.
- C'est vrai. Je passe une main dans ma nuque. Je dois aussi ramener Eddie et Lice, j'avais oublié, j'suis bête.
- C'est gentil de proposer quand même. Tu pourras me ramener une autre fois.
- Oui, pourquoi pas. Ca peut être sympa.
- J'aime bien prendre la route.
- C'est vrai ?
- Ouais. J'aime bien.
- Oui, tu aimes les voitures aussi…
- Oui.
Nous nous considérons. Il semble que la conversation n'ait plus de stock.
Elle s'en rend compte en même temps que moi et pousse un soupir en enfonçant la poignée de la porte, ouvrant sur le reste du groupe, toujours en train de discuter autour de nombreux verres et téléphones. Elle désigne vaguement du menton l'extérieur.
D'un hochement de tête, je me redresse, et plonge profondément les mains dans les poches de mon pantalon en suivant de nouveau les détails de sa robe qui ondulent dans son dos quand elle se déplace vers les autres. Je soupire et baille en même temps.
La fin de cette soirée s'avère être longue.
Et voici ! Bon alors, avant de s'attaquer à quoi que ce soit, j'espère d'abord que ce chapitre vous a plu car il est pour moi primordial. En effet il permet d'annoncer la suite (bon, vous ne lisez pas l'avenir donc vous ne pouvez pas clairement savoir) mais pour faire court, les éléments nouveaux dits ici vont être repris plus tard. Important donc !
N'hésitez pas à me donner votre avis, surtout ! Ca me motive en ces périodes sombres ou je n'ai plus autant de temps pour écrire qu'avant ! Bouhou...
Un grand merci à Gwen Who, oui t'as vu ça, deux paragraphes ! Pour le soutien que tu m'apportes, ça vaut bien le coût :D Merci beaucoup pour ces compliments qui me vont droit au coeur, j'espère vraiment que ce chapitre va te plaire autant que les autres ! Ici le point de vue de Rosalie est plus développé, et j'ai essayé de le relier à celui d'Emmett, comme tu as sûrement pu le voir. J'essaye vraiment de les rapprocher pendant qu'ils apprennent à se connaître, mais ce n'est pas facile sans tomber dans le cliché ! J'espère donc que ma façon de faire les choses va te plaire :D Bien sûr je peaufine aussi Alice, qui n'est pas la principale mais qui a un rôle important pour ce qui est de rapprocher nos tourtereaux et surtout faire n'importe quoi :D Que du bonheur, le chapitre précédent. Encore merci, merci vraiment pour tes compliments sur mes personnages, ça me touche beaucoup. A très bientôt !
Un énorme merci également à Une inconnue ! Je suis très contente que tu aies pu lire entre les lignes en effet, et comprendre les certains sous entendus :D ici je développe plus le mal être que Rosalie cachait dans le début de la soirée, j'aurais été frustrée de la laisser heureuse et inconsciente alors qu'elle est si nostalgique la plupart du temps. Heureusement qu'Emmett est là ! J'espère que l'évolution de ce chapitre te plaira ! Je me suis plus intéressée à leur complicité que la véritable attirance, je trouve cet ordre plus intéressant (même si, entre nous, ils se plaisent quand même). Et, te sachant curieuse, j'ai l'honneur de t'annoncer que les réponses à tes questions à propos du départ d'Emmett auront leur place au prochain chapitre, le prochain prochain, le plus rapidement possible ! Celui ci était la fin de la soirée. J'espère que tu ne m'en veux pas trop ! (je suis si cruelle meheh :D) Je suis contente de te faire rire ! C'est un aspect que je trouve important dans mon histoire, essayer de l'alléger de temps en temps. J'ai hâte de savoir ton avis sur ma suite ! A très bientôt !
