Chapitre 11: Juillet sous le signe de la violence
Lorsque le véhicule de son oncle pénétra dans l'allée du 4, Privet Drive et que son moteur cessa de vrombir, Harry sauta au dehors et récupéra sa valise ainsi que la cage de sa chouette. Il monta les marches de l'escalier quatre à quatre et fila dans sa chambre. Il y rangea sa valise dans un coin et se jeta sur son lit afin de lâcher un profond soupir avant que les cris stridents de sa tante ne lui ordonnent de redescendre. Il s'exécuta et effectua sans broncher chaque tâche qu'elle lui demanda de réaliser. Peu de temps après, Vernon ramena Dudley de l'école. Son cousin le bouscula en passant et son oncle le regarda comme s'il n'était qu'une saleté sur sa chaussure. Rien de nouveau de ce côté-là.
Lorsque sa sœur rentra, un peu plus tard, ils n'eurent pas le temps de parler, mais il remarqua que Vernon semblait la terroriser encore plus que d'habitude, si toutefois c'était seulement possible. Après avoir mangé, si tant est qu'on puisse qualifier de repas quelques restes rancis, il alla directement se coucher, épuisé par sa journée.
En pleine nuit, il fut réveillé en sursaut par un hurlement. Il sortit de sa chambre et descendit les escaliers sans un bruit, étonné que cela n'ait pas réveillé les Dursley dans la foulée. Il s'arrêta devant la porte du placard et celle ci s'ouvrit immédiatement, preuve que Sarah ne dormait pas. Il entra et referma derrière lui. Voyant sa jeune sœur en larmes, il la prit dans ses bras. Il n'avait qu'une envie: retrouver le responsable de son état - bien qu'il ait une petite idée de son identité - et lui faire passer l'envie de faire pleurer sa sœur. Il la vit se tendre mais ne dit rien. Il savait que lorsqu'elle se sentirait prête à le faire, elle lui parlerait. Il essuya avec le dos de sa main les larmes qui perlaient sur ses joues et ils restèrent l'un contre l'autre, sans rien dire, jusqu'à ce qu'il remarque, à travers la grille du placard, que le soleil commençait à éclairer la maison. Il sourit en remarquant que Sarah avait fini par se rendormir. Il se leva, l'embrassa sur le front et quitta le placard, retournant dans sa chambre en silence.
Plusieurs jours passèrent ainsi. Tous les soirs, Harry rejoignait Sarah dans le placard, même lorsqu'elle ne le réveillait pas. Ils restaient assis en silence, se contentant simplement de profiter l'un de l'autre. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Mais Vernon finit par avoir des doutes. La veille du onzième anniversaire de Sarah, il remarqua qu'Harry était de plus en plus fatigué. Alors, le lendemain matin, il décida d'en avoir le cœur net. Il se leva très tôt, bien plus que d'habitude, et descendit. Il ouvrit la porte du placard et, comme il s'y attendait, trouva Harry endormi, la tête sur l'épaule de sa sœur, qui elle même dormait, la tête sur l'épaule du jeune garçon. Alors que n'importe qui d'autre aurait été attendri et les auraient installés plus confortablement, Vernon, lui, entra dans une fureur noire. Il devint plus rouge que la lave d'un volcan en éruption et réveilla les deux enfants d'un coup de pied dans les côtes. Il alla enfermer Harry dans sa chambre puis attrapa Sarah qui, pétrifiée par la brutalité de son oncle, n'avait pas eu le temps de s'enfuir, par le bras. Il l'emmena à la cave malgré ses hurlements et les coups qu'elle tentait désespérément de faire pleuvoir sur son large bras. Mais malgré les griffures et les morsures qu'elle lui infligea avec rage pendant toute la durée du trop court trajet, il la traîna dans les escaliers, la poussa violemment sur le sol humide et verrouilla la porte derrière eux.
Durant tout le temps de son absence, Harry fit les cents pas dans sa chambre. Il ne savait pas où était sa sœur et ça l'inquiétait énormément. Ça l'inquiétait d'autant plus qu'il ne comprenait pas pourquoi Vernon la laissait dans le placard alors qu'au même âge, lui avait déjà sa propre chambre. Il ne revit sa sœur que quelques heures plus tard, le soir même, lorsqu'il dut descendre pour mettre la table, après avoir entendu sa tante - les pas étaient trop légers pour être ceux de son oncle où de son cousin déverrouiller la porte de l'extérieur, pendant qu'elle préparait le repas. Il lui jetait régulièrement des coups d'œil. Elle marchait les jambes légèrement écartées, pas assez pour que ce soit vraiment visible mais quelqu'un qui la connaissait bien le remarquait sans peine. Elle boitait légèrement et avait le visage crispé, comme si elle avait mal mais ne voulait pas le montrer.
Un peu plus tard dans la soirée, Vernon verrouilla le placard et garda la clé avec lui. Harry descendit… et remonta aussitôt qu'il eut constaté que le placard lui était inaccessible. Il ne réussit à s'endormir que très tard dans la nuit et fut à nouveau réveillé par un hurlement de sa sœur. Il entendit des pas lourds, qu'il reconnut comme étant ceux de son oncle, descendre l'escalier. Il eut l'impression qu'il s'était écoulé plusieurs heures lorsqu'il l'entendit remonter. Il ne réussit à se rendormir que vers cinq heures, mortifié.
Il était tellement inquiet pour sa sœur qu'il fut ailleurs toute la journée, ce qui lui valut de goûter à la colère de son oncle. Et qui disait « colère de Vernon », disait « coups de ceinture ». Il se coucha avec le ventre et le dos en sang.
Lorsqu'il se réveilla, ses draps étaient si souillés qu'il dut les changer. Sa tante lui aurait certainement fait récurer à mains nues si elle avait pu voir leur état avant qu'il ne les mette discrètement dans machine à laver.
Deux autres semaines passèrent sans qu'aucun mot ne s'échappe des lèvres serrées de douleur et de rage de Sarah et vers la fin du mois de juillet, Harry se décida à écrire à ses amis pour lui demander de venir le chercher. La folie le guettait et il ne savait combien de temps encore il pourrait endurer ce supplice. Poudlard et le monde magique lui manquaient tellement…
Le matin du 30 juillet, il fut réveillé, comme tous les matins depuis le 13 juillet, par les pas de son oncle dans l'escalier et vit qu'il avait reçut une lettre. Il alla l'ouvrir et sentit qu'un poids quittait ses épaules en lisant que Ron viendrait les chercher avec son père, Sarah et lui, le lendemain après-midi.
Il prépara le petit déjeuner le cœur léger et apostropha son oncle avec réserve, après lui avoir servi ses tartines:
« Oncle Vernon ?
- Hmm ? Grogna celui-ci sans lever la tête de son journal
- J'ai un ami qui viendra nous chercher avec son père, Sarah et moi, demain après midi.
L'homme leva la tête, soudainement très intéressé par son esclave de neveu, et demanda:
« Et vous ne reviendrez que l'été prochain ? »
Harry hocha la tête. Il savait que son oncle ne résisterait pas à la tentation de passer une année complète sans les avoir dans les pattes. Mr Dursley finit par hocher sèchement la tête après avoir réfléchi quelques minutes avant de reprendre l'appliquée découpe de ses œufs brouillés.
Dès qu'il le put, Harry prévint sa sœur, fou de joie, qu'ils partiraient le lendemain. Le sourire éclatant de la fillette lorsqu'il le lui annonça lui prouva qu'il avait eu raison de parler d'elle à ses amis.
OoooO
Cela faisait plusieurs jours que Sarah envisageait de parler à son frère de ce qu'elle vivait depuis quelques mois mais de savoir qu'il s'agissait du dernier jour qu'elle passait dans cette maison avant un an lui donna le courage dont elle avait besoin pour se confier. Alors, elle profita d'un moment de la journée où les Dursley n'avaient pas besoin d'eux pour rejoindre son frère dans sa chambre. Elle entra et il leva la tête de sa valise qu'il était en train de préparer. Il lui sourit et lui fit signe de s'assoir sur son lit. Elle s'exécuta en triturant ses doigts, signe qu'elle était préoccupée. Il lui fallut quelques minutes pour rassembler le courage nécessaire à une telle révélation. Elle avait peur de sa réaction. Elle prit finalement la parole en se disant qu'il fallait qu'elle lui en parle, qu'elle ne pouvait pas garder ça pour elle plus longtemps:
« H… Harry ? bredouilla-t-elle sans le regarder.
- Oui ? Demanda-t-il inquiet. »
Il sentait que ce qu'elle avait à lui annoncer était important et répondrait certainement à toutes les questions qu'il avait pu se poser depuis le début des vacances – enfin, en tout cas l'espérait-il.
« Je… Il faut que je te dise quelque chose. C… C'est im… important alors je te demanderai de ne pas m'interrompre. D… d'accord ?
- D'accord, répondit-il en hochant la tête.
- Après ton départ, Vernon à commencé à devenir de plus en plus… entreprenant. Assez rapidement, j'ai commencé à envisager de m'enfuir. Un jour, il à découvert que nous étions restés en contact alors que je lui avais assuré que ce n'était pas le cas. »
Elle fit une pause pour essuyer les larmes qui commençaient à perler au coin de ses yeux puis reprit tremblante:
« D'abord, il a voulu m'emmener à la cave après avoir passé ses nerfs sur moi mais j'ai réussi à le repousser. Il… il est entré dans le placard et - elle essuya ses larmes - il a commencé à… à me… me t… toucher. Il… S… ses mains sont passées sous mes vêtements. Il… il a dit que la prochaine fois qu'il me trouvait avec une lettre à la main, je le regretterai amèrement. »
Elle fit une pause et jeta un œil au visage impassible de son frère. Même s'il n'en montrait rien, elle voyait bien qu'il était furieux. Elle reprit:
« J… j'ai rassemblé mes affaires dans un vieux sac à dos de Dudley et attendu qu'ils dorment tous puis je… j'ai q… quitté la maison. J'ai marché longtemps, toute la nuit. J… j'ai fini par trébucher sur un trottoir et ensuite, trou noir. Je me suis réveillée une semaine plus tard chez une dame très gentille. Elle s'est occupée de moi comme si j'étais sa fille, alors qu'on se connaissait à peine. Je suis restée chez elle longtemps, plusieurs mois. »
Elle fit une pause pour reprendre son souffle et essuyer son nez et continua:
« J'ai été plus heureuse en quelques mois chez elle, qu'en 10 ans ici. Et un jour… elle à voulu m'adopter. »
Ses pleurs redoublèrent d'intensité et elle dut s'arrêter à nouveau. Elle reprit une fois calmée:
« Quelques jours plus tard, j'ai été réveillée par des coups contre la porte d'entrée. C'était Vernon. Il m'a ramenée ici et à peine arrivés, il m'a emmenée à la cave. Et là, il… il m… m'a… v… v… Sarah éclata en sanglots sans réussir à finir sa phrase. »
Harry n'en eut de toute façon pas besoin pour comprendre que Vernon avait mis sa menace à exécution. Il était fou de rage contre son oncle. Il se promit qu'il paierait pour avoir osé poser ses sales pattes sur sa sœur. Il se leva et se rapprocha de Sarah pour aller passer un bras autour des épaules de la plus jeune, qui lui demanda d'une voix hésitante:
« Tu… Tu m'en veux ? D'avoir mis aussi longtemps à te le dire ?
- Non. Je ne pourrais jamais t'en vouloir, et surtout pas pour… ça. C'est à lui que j'en veux. »
Ils restèrent longtemps dans cette position mais les Dursley finirent par les appeler pour qu'ils viennent préparer le repas. L'idée qu'ils partiraient le lendemain leur donna la motivation nécessaire pour obéir sans discuter et empêcha Harry de faire la peau à son oncle.
Une fois de retour dans sa chambre, Harry eut un mal fou à trouver le sommeil tant sa colère contre Vernon était grande. Il n'était habituellement pas quelqu'un de rancunier mais il savait que jamais il ne pourrait lui pardonner ce qu'il avait fait à Sarah. Lorsqu'il parvint enfin à s'endormir, son sommeil ne fut pas reposant, loin de là, puisque les révélations de Sarah lui donnèrent des cauchemars pendant une bonne partie de la nuit. Si bien que, le lendemain, il se réveilla encore plus épuisé. Il fallut que sa sœur le lui souhaite pour qu'il se rappelle que c'était son anniversaire: on était le 31 juillet et il avait 12 ans. Mais c'était également le jour où les Weasley devaient venir les chercher. La simple idée de passer un an loin de sa « famille » lui donnait envie de sauter au plafond mais, malheureusement, il se doutait que les Dursley n'apprécieraient pas le spectacle et refusait de leur donner une raison - bonne ou mauvaise - de l'empêcher de voir ses amis et quitter cet horrible endroit avec Sarah.
La matinée lui sembla passer au ralenti, tant il était impatient de quitter les trois Dursley et, surtout, de retrouver Ron. Il était dans sa chambre, en train d'écrire une lettre pour Drago où il lui faisait part des derniers événements, quand il entendit son oncle l'appeler. Il plia le bout de parchemin à la hâte, faisant baver l'encre, la mit dans sa poche et descendit. Lorsqu'il fut en bas, il soupira, soulagé, en comprenant que l'heure du départ était arrivée. À ce moment, Sarah arriva avec ses affaires. Il fit les présentations puis prit la main de sa sœur dans la sienne. Alors qu'il allait demander à Mr Weasley comment ils étaient venus, celui leur expliqua qu'ils allaient transplaner et, devant le regard interrogateur des deux Potter, se demandant en quoi cela consistait il tendit un bras à Harry. Le garçon s'y accrocha, et Ron, après lui avoir adressé un sourire excité, s'empara de l'autre. Puis, dans un CRAC sonore, le sorcier disparut avec les trois enfants, sous les yeux exorbités des Dursley.
