Amis lecteurs BONJOUR! Voici le chapitre 10. Le dernier de cette fanfiction avant l'épilogue. Je vous remercie pour cette année passée avec vous, bercée par vos reviews.
Je vous annonce qu'une autre fanfiction sur l'univers de GoT est en préparation, j'espère vous retrouver dans cette nouvelle épopée.
Bonnes fêtes de fin d'année à tous.
Fandom:
Game of Thrones (Le Trône de Fer)
Résumé:
Il y en a qui disent que le monde finira en feu, il y en a qui disent en glace. Westeros est sur le déclin. Westeros se meurt. Baratheon, Stark, Lannister se font la guerre. Le temps est venu pour les Targaryen de l'ancienne Valyria... A qui reviendra le Trône de Fer?
Disclaimer:
L'univers de GoT appartient à son auteur, George R.R Martin.
Je prends en comptes les 2 premiers tomes de l'Intégrale et une bonne moitié du 3eme...
Random:
K+. Des elements MAà venir.
Bonne lecture et... reviews?
Chapitre n°10: Fire and Ice.
Daenerys
Les préparatifs pour aller à Port Réal étaient presque achevés. Bientôt, elle n'aurait pas d'autre choix que de se mettre en route pour siéger sur le Trône de Fer. Une, peut être deux semaines. Le temps d'honorer convenablement les morts.
C'est avec tendresse que la jeune reine caressa un peine de cornaline, cadeau de Sansa pour son anniversaire. C'était tout ce qui lui restait de leur amitié. La jolie blonde écrasa une larme et respira un grand coup. Il ne fallait pas qu'elle craque. Elle avait gagné cette guerre. Pourtant, Daenerys ne parvenait pas à s'enthousiasmer. La jeune femme recevait ses nouveaux vassaux, s'assurait de leur allégeance mais elle se sentait terriblement seule. Jon demeurait inconsolable et distant depuis la mort de Sansa puis de celle du Vieil Ours. La Garde de Nuit attendait d'élire son nouveau Commandant et sa présence ne faisait que différer la décision.
En effet, Mestre Tarly lui avait appris que les hommes craignaient qu'elle n'influence le vote comme le firent nombre de ses prédécesseurs. Or, le Mur devait être tenu. La beauté blonde devait en convenir, elle n'avait que trop tardé. Mais quitter le Mur, c'était aussi quitter Jon et elle ne parvenait pas à s'y résoudre. Pas tant qu'elle ne lui aurait pas avoué son secret. Un secret qui la rongeait autant qu'il lui insufflait force et courage.
«-Il viendra. Je vous le promets.» Assura Irri à sa maitresse, la tirant de ses sombres pensées.
«-Plus les jours passent et plus je crains de lui avouer tout. J'étais prête le soir de la victoire. Mais désormais...
-Ce secret doit être bien lourd à porter, Khaleesi. Si vous craignez la réaction de Jon, pourquoi ne pas m'ouvrir votre coeur. Nous avons toujours été franches l'une envers l'autre...» Tenta la jeune dothrak.
Comme à l'accoutumée, elle se frottait à plus têtue qu'elle. La jeune reine se mura dans un silence buté. Irri choisit de ne pas poursuivre plus avant.
«-Vous avez demandé ma présence, Votre Altesse.» S'annonça platement le bâtard du Nord.
D'un geste de Daenerys, Irri comprit qu'elle devait prendre congé. Elle s'effaça dans un frôlement délicieux de jupes après avoir salué bien bas sa maitresse.
Pendant un long moment, Daenerys demeura silencieuse. Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle avait peur. Plus peur que le jour où elle avait affronté Stannis et qu'elle lui avait tranché la tête. A cet instant là, galvanisée par la foule, elle avait été Azor Ahaï. Désormais, elle n'était plus que la petite Dany. La Mère des Dragons s'approcha de son amant et lui prit la main avec tendresse. Dans ses prunelles perlaient des larmes qu'elle ravala à grand peine.
«-Jon... Je voulais... Pour l'aveu que je viens te faire, il faut que je revoie en toi l'ami, l'amant... Toi, le frère de mon âme...» Balbutia la khaleesi.
La voir si fragile toucha Jon. Il regretta amèrement sa conduite des semaines passées. Mais Sansa était morte. Ygrid aussi. Son coeur devait faire le deuil de son premier amour ainsi que de sa soeur. Et aussi d'elle. Dans un souffle il encouragea celle qu'il aimait à poursuivre:
«-J'écoute.
-C'était le temps de la guerre...
-Il n'y a pas si longtemps que cela donc...
Ne sois pas bête, Jon.
-Je ne l'ai jamais été.» Affirma le jeune homme, la mine sombre en s'approchant d'elle.
«-Apprenez moi la chose que vous n'osez dire.»
Daenerys frissonna. Le souffle de Jon léchait sa peau, son parfum de musc embaumait l'air. Le sentir si près d'elle l'enivrait. Il était temps, en effet:
«-A présent, j'ose. Oui j'ose... maintenant... voilà... Donne moi ta main.»
Sans comprendre, le brun obtempéra. La jeune reine déposa la paume du jeune homme sur son abdomen, tout sourire. Jon chercha à se détacher d'elle. Daenerys lui offrit un regard réfrigérant et affermit sa prise. Elle souffla, attendrie:
«-Attends. Tu vas voir.
-Je vais voir quoi? Qu'est ce... OH!» S'exclama Jon avant de retirer précipitamment sa main. On aurait dit qu'il venait de se brûler. Inquiet et décontenancé, son regard allait deu visage de Daenerys à son ventre.
«-Qu'est ce que c'est?» S'affola t'il.
Le plus naturellement du monde, Daenerys répondit:
«-Ton enfant.»
Il y eut un long silence entre eux. Le bâtard du Nord analysait la nouvelle. Cette dernière le laissait sans voix. Qu'avaient-ils engendrés tous les deux? S'ils étaient, comme on le murmurait de plus en plus, de la même maison? Des milliers de questions s'entrechoquaient dans sa tête. Par laquelle commencer?
Il inspira un grand coup et demanda avec maladresse:
«-Il est de moi?»
La gifle qu'il reçut lui donna confirmation que ce n'était pas la bonne question à poser. Daenerys fulmina:
«-Crois-tu que je suis une fille de ferme qui se vautre dans tous les lits?»
Le jeune homme se garda bien de répondre de peur d'avoir le retour de flamme. Il esquiva par une autre demande:
«-Depuis quand sais-tu?
-Depuis la victoire.» Enonça platement la princesse Targaryen en caressant son ventre. Elle précisa devant le mutisme du Jon:
«-Quand j'ai su, j'ai voulu te le dire. Et puis Sansa est morte...
-Et tu m'as caché que tu attendais mon enfant...» Termina le jeune soldat, amer. Il ne parvenait pas à quitter Daenerys des yeux. Son pouls s'accélérait. Le jeune homme masquait à grand peine ses angoisses.
«-Si je compte bien, tu entres dans ton quatrième mois.» Rappela t'il.
«-C'est exact.
-Ca ne risque pas d'être plus compliqué de le «faire passer»?» S'enquit Jon.
La jolie blonde le dévisagea, horrifiée. Elle ne s'attendait visiblement pas à ce que la conversation prenne ce sens:
«-Comment? Tu... Tu veux que je le tue?»
Elle était au bord des larmes. Jon ne savait plus que faire. Il s'approcha pour la prendre dans ses bras mais elle se déroba. Il chercha à exposer son point de vue:
«-Tu es reine. Les enfants que tu auras devront être fruits d'une union légitime. Trop d'hommes sont morts à cause d'usurpateurs.
-Mais je dirai qu'il est ton enfant!
-Jamais je ne pourrai t'épouser! Daenerys, est ce que tu comprends? JAMAIS!
-Qu'importe!
-Je suis né bâtard et j'ai souffert de cette situation. Je me suis promis que jamais je n'engendrerai. Que jamais un enfant de mon sang ne subirait cet affront! C'était en partie pour ça que je suis entré à la Garde de Nuit.» Rappela Snow, calmement.
«-On m'avait prédit que je ne pourrai plus porter d'enfant. Que je ne pourrai pas donner la vie. Or je la sens, la vie. Elle est là, en moi. C'est toi qui l'y a mise!» S'exclama Daenerys au comble du désespoir.
«-J'ai commis une erreur. Une terrible erreur. Ca n'aurait jamais dû arriver. Je suis désolé. Je ne peux pas... Je... Pardonne moi.» Souffla le jeune homme, mortifié.
Alors que son amante allait répondre, il s'effaça. C'était trop. Il ne pouvait pas assumer ce qui était entrain de se produire. Il fallait trouver quelqu'un à qui se confier.
oOoOoOoOoOo
Tyrion
C'est avec un réel étonnement que le nain vit pénétrer Jon Snow flanqué de Fantôme dans ses appartements. Le jeune homme semblait aussi livide qu'un spectre. Inquiet quand à la santé de son beau frère, Tyrion lui proposa une coupe de vin. Le sirupeux de la Treille était redevenu son plus fidèle compagnon depuis le décès de son adorable épouse. La mort de Sansa avait réussi à abattre cet homme sarcastique et joyeux sur lequel toutes les nouvelles semblaient glisser. La perte de sa femme l'avait encore plus soudé à Jon. Ensembles, ils pouvaient parler d'elle.
Le bâtard, farouche à ce breuvage depuis son retour à la Garde de Nuit vida son verre d'un trait et indiqua qu'il désirait qu'on le resserve. Il y eut deux autres coupes avant que le Lutin ne prenne la parole:
«-Le vin aide à oublier les problèmes mais ils sont toujours présents lorsque l'on a décuvé.
-J'en ai besoin.
-Je n'en doute pas. Mais ce n'est pas la bonne solution.» Affirma Tyrion, paternaliste. Il avait les yeux dans le vague et une moue dubitative. Comme s'il se moquait aussi de sa situation.
«-Pourtant je me souviens de votre attrait pour le vin de la Treille, Monseigneur.» Lâcha Jon avec morgue.
«-C'est le seul qui nous laisse dans un délicieux état d'ébriété sans trop nous faire souffrir le lendemain. Mais il n'est qu'un compagnon d'infortune.
-Un Lannister infortuné. On aura tout vu.
-Un Stark avec de l'esprit. En effet, le monde semble devenir fou.» Railla le nain avec acidité. Jon reprit un air sombre:
«- Pour en revenir à l'affaire... Je suis en effet confronté à un problème. Et nulle solution n'existe pour le résoudre.
-Peut être que oui. Peut être que non. Mais en tout cas, je pense que t'enivrer te rajoutera un souci demain: une bonne gueule de bois.» Ricana le nain et se servant quand même une rasade.
«-Qui vous dit que je ne tiens pas l'alcool?
-Le fait que ma remarque te pique au vif est un intéressant indice. Ne dit on pas que la meilleure défense se trouve dans l'attaque?» Se moqua le Lutin.
Il y eut un court silence. Tyrion attendait que le gamin brun lâche sa bombe. Un mélange d'anxiété et d'impatience s'emparait de lui. Il avait toujours adoré les intrigues. Jon allait lui en livrer une sur un plateau. Ca le distrairait.
«-Elle est enceinte.» Lâcha Jon.
Le dire semblait encore plus abominable que l'entendre pour le garçon. Le Lutin suspendit son geste et demanda, détaché:
«-Qui?
-Daenerys. Il est de moi. Je... C'est une catastrophe.» S'exclama le bâtard, désemparé. Il se laissa aller dans les bras de son beau frère qui l'accueillit maladroitement. Ce dernier tapota légèrement le dos de son interlocuteur en murmurant:
«-Là, là...»
Daenerys enceinte? Et pas encore mariée en plus? Et bien, c'était du joli... Si Sansa avait été encore en vie, elle aurait sauté de joie. Sa meilleure amie, mère de son futur neveu, elle n'en espérait pas tant. Tyrion sourit, imaginant les pépiements de sa femme quelques fugaces instants. Puis, la réalité le reprit.
Comment réagiraient les Seigneurs de Westeros? Il fallait à tout prix maitriser cette information. La Targaryen devait monter sur le Trône de Fer, elle était garante de paix. Mais la naissance d'un bâtard entacherait sa réputation et affaiblirait son pouvoir... Après tout, c'était les conditions obscures de la naissance de Joffrey, Myrcella et Tommen qui avaient mis à feu et à sang les Sept Couronnes. Il semblait urgent d'apprendre des erreurs passées et de ne pas les commettre à nouveau. Mais qu'avaient-elles, ces têtes couronnées, à fricoter dans des amours impossibles? Pour maintenir la «Paix du Roi», il faudrait jouer serré et avancer les pions avec parcimonie...
Tyrion commençait déjà à échafauder des plans quand il s'aperçut de la profonde détresse de son beau frère. Avec prudence, il le questionna:
«-Cet enfant, tu le veux?
-Monseigneur, je ne peux engendrer.» S'apitoya le brun. Son beau frère esquissa un sourire narquois:
«-Visiblement, si.
-Ce n'est pas ce que je voulais dire.» S'énerva le soldat.
«-Que comptes-tu faire?
-Je suis à la Garde de Nuit.
-Tu nous l'as assez rebattu, je pense avoir compris mon garçon. Aux dernières nouvelles je suis nain, pas sourd.
-J'ai rompu mes voeux. Je suis parjure.» Blêmit le jeune soldat ravalant ses larmes. Tyrion prit une voix qu'il espéra douce:
«-Tout cela est vrai. Mais telle n'était pas ma question initiale, Jon.
-Plait-il?
-Je te demande si cet enfant, tu le veux. Si tu veux être son père.
-Je ne peux pas répondre. Ce bébé ne doit pas être. Il est...
-Jon, arrête de t'inquiéter. Si tu n'étais pas à la Garde de Nuit, si Daenerys était une fille comme les autres, si vous n'étiez que des amoureux ordinaires, est-ce que tu voudrais de l'enfant?»
Il y eut un court silence avant que Jon ne réponde:
«-Oui.»
Tyrion vit son visage s'illuminer:
«-Alors il n'y a pas de raison de s'inquiéter.»
Cette fois, le jeune soldat perdit patience:
«-N'avez vous rien écouté? Nous ne vivons pas dans un monde idéal, elle est reine, je suis à la Garde. Cet enfant, s'il naissait, serait un bâtard.
-Ce n'est pas une tare irréparable.» Trancha le Lutin en désignant le futur père, goguenard.
Alors, Jon osa avouer sa plus grande crainte:
«-Si, comme on le prétend, je suis moi aussi de la Maison Targaryen... Cet enfant... Il pourrait être... comme Joffrey... un fou... un monstre...»
Tyrion tapota sur l'épaule de son comparse.
«-Comme il pourrait s'avérer juste et magnanime. Tommen et Myrcella sont des enfants adorables. Joffrey... Joffrey n'était pas vraiment fou. Il était capricieux et inconstant. Et ces tares sont dues à une éducation.
-Que voulez vous dire?
-Cersei était tellement persuadée que Joffrey était un nouveau Jaime qu'elle n'a pas arrêté de l'encenser. De lui rappeler qu'il était le meilleur, qu'il était fils de roi. Qu'il valait plus que les autres. Qu'un jour tous devraient plier devant lui. Mon neveu s'est simplement montré un élève zélé. De là est née sa folie meurtrière.
-Pensez vous que mon enfant pourrait être un bon monarque?» S'enquit Jon.
Tyrion Lannister haussa les épaules et soupira.
«-Tu as l'étoffe d'un roi. Pourquoi ton fils n'hériterait pas de tes qualités, mon garçon?
-Vous pensez qu'elle devrait le garder? Que je reconnaisse l'enfant?
-Un héritier sans père affaiblirait le pouvoir de Daenerys Targaryen.» Avança le Lutin, sombre.
«-Que faire?
Contrecarrer le destin. L'enfant à naitre est de la maison Stark non?
Certes Messire.
Alors il lui faut un père qui appartienne à la maison du Septentrion.» Répondit platement Tyrion.
Jon médita le conseil de son beau-frère et répondit:
«-Robb est mort. Rickon est introuvable, trop jeune pour engendrer.
-Bran pourrait faire l'affaire. Il aura bientôt seize ans.»
Cette fois ci c'est le bâtard qui s'horrifia de la proposition.
«-Je ne pourrai pas faire ça à mon propre frère! Et lui non plus! Il refuserait!
-Brandon a le sens des responsabilités. Il comprendra. L'union du Nord et de Port Réal avait été envisagée sous Robert Baratheon. Bran a joué un rôle majeur dans la victoire, les seigneurs de Westeros l'apprécient et l'estiment. Il serait un parfait substitut.» Martela Tyrion avec fougue. Il fallait préserver cette paix chèrement acquise. Il se tourna vers le jeune soldat et conclu:
«-Je pense que tu devrais aller trouver ton frère, mon garçon.»
oOoOoOoOoOo
JON
Bran priait sous un arbre coeur malgré le froid encore mordant. Il espérait entrer en contact avec les esprits. Pouvoir entendre de nouveau Sansa. Elle avait été le prix à payer pour la victoire. Les Anciens et les Nouveaux Dieux font toujours payer les zomans pour leurs prodiges. Celui de dominer un dragon pour sauver les hommes lui avait couté sa soeur. Toute sa vie il devrait porter ce fardeau...
Depuis qu'il s'était réveillé son état s'était grandement amélioré. Il mettait cela sur la prophétie d'une Corneille à trois yeux et d'un homme aux mains froides. Qu'importait les adjuvants au miracle, l'important était qu'il soit arrivé. Bran avait recommencé à marcher. Pas de façon élégante mais au moins parvenait-il à se tenir debout et à se mouvoir seul. C'était le plus important à ses yeux et à ceux de son frère.
Lorsqu'il entendit Jon et Fantôme s'approcher, l'ancien infirme ouvrit les yeux et lui adressa un sourire confiant. Il était d'une beauté calme et sereine. Il apaisait les angoisses de ceux qui gravitaient autour de lui. Dans son manteau de fourrures, Eté à ses côtés, il méditait de longues heures.
«-Je savais que tu viendrai.»
L'ainé s'accroupit et Bran le prit dans ses bras. Alors que Jon rassemblait son courage, son cadet le coupa:
«-Je sais. Tu as peur pour l'enfant à naitre. Tu crains pour ton honneur, celui de notre Maison, le sien. Tu penses qu'une nouvelle guerre se prépare dans les entrailles de Daenerys Targaryen et que tu en es en partie la cause. La Corneille avait prédit tout ceci.
-Bran, cet enfant à naitre...
-Que comptes-tu faire, mon frère?» Demanda Bran avec une infinie douceur.
«-Je ne sais pas.
-Tu mens. Tu n'oses pas demander, c'est tout.
-Tu es mon cadet, je me dois de te protéger. Pas de t'entrainer dans de folles péripéties.
-Nous sommes des Stark. Nous formons la meute. Te souviens-tu?» L'encouragea Brandon.
«-Je... Bran... Si l'enfant devait naitre... Pourrais-tu... assumer sa paternité? Je veux dire...
-Tu désires que j'épouse Daenerys Targaryen. Que le Nord et le Sud soient de nouveau unifiés et prévenir une nouvelle guerre.
-Je sais que c'est beaucoup demander mais...
-Je le ferai. Pour le royaume. Mais seulement si la reine est d'accord.» Prévint Bran.
Il dévisagea son frère qui conservait sa mine sombre. Un long silence s'instaura entre eux et le cadet l'encouragea à poursuivre.
«-Qu'y a t'il d'autre?
-Ce bébé... Je veux dire... Je ne sais pas qui je suis. J'aurais aimé savoir si les rumeurs sont vraies. Si...
-Si tu as, sans le savoir, répété une tradition de la maison Targaryen?» Murmura un peu amusé Bran. Jon se précipita dans la brèche:
«-Connais-tu les réponses? Bran, j'ai besoin que tu me guides. Je me sens si seul.» Le pressa Jon. Son cadet lui adressa un hochement de tête, compatissant.
«-Je ne peux répondre à tes questions. Ce secret date de bien avant ma naissance.» Avança Bran avec douceur.
«-Alors je suis perdu.
-Ne sois pas aussi défaitiste. Je connais un moyen pour que tu puisses comprendre ce qui t'arrive. Prie avec moi...
-Bran, je...
-J'ai dit: prie!» Gronda Bran avant de forcer son frère à prendre une position adéquate. Eté retroussa farouchement ses babines tandis que Fantôme feula. Le soldat obtempéra. Brandon avait reprit des forces et désormais parvenait à rivaliser avec lui. Il se montrait un digne héritier de Winterfell. Le Nord redeviendrai aussi dur de que roc avec lui à sa tête.
Jon ouvrit les mains vers le ciel, ferma les yeux et commença à réciter les prières qu'il avait apprises avec Père alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Cela faisait si longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé dans la paix du Bois Sacré. Bran psalmodiait à son côté des paroles dans une langue inconnue. Sans doute apprise par delà le Mur. Le bâtard du Nord joignit sa voix à celle de son frère et peu à peu se laissa couler dans cette douce litanie. Il n'avait plus peur. Il attendait que les Anciens Dieux viennent à lui. Et ils vinrent.
«-Relève toi, Jon.»
Le jeune soldat de la Garde obéit à cette voix venue d'outre tombe. Bouleversé il dévisagea le spectre devant lui avant de tomber de nouveau à genoux:
«-Père!» Parvint-il à articuler. Ce simple mot lui déchira la poitrine. Toujours il avait mis un poing d'honneur à plaire à son père. A lui faire honneur. Et désormais, il jetait l'opprobre sur leur maison.
Pourtant, Ned Stark conservait sa mine grave mais bienveillante. Celle qu'il lui avait toujours connue. D'ailleurs, il était l'exacte réplique du souvenir le plus précis qu'il gardait de son père: le jour où ils s'étaient séparés pour jamais. De sa voix caverneuse, Ned répéta:
«-Relève toi mon garçon.»
Il tendit son bras et attendit la réaction de Jon.
Ce dernier s'en saisit et il savoura l'étreinte que lui offrait son père. Pendant quelques courts instants, Ned enlaça son enfant. Avec force. Et le jeune homme eut, l'espace d'un battement de coeur, l'impression d'être de nouveau un petit garçon. Père l'écarta doucement avant de repartir:
«-Tu as accompli de grandes choses au Mur, Jon. Tu mérites de porter notre nom. Tu es un Stark. Et je suis fier de toi.»
Jon ravala sa salive et sentit une vague de chaleur l'engourdir. Il avait tant rêvé ce jour. Mais il ne fallait pas nier la réalité: il était parjure et devait le confier à son père. D'une toute petite voix il débuta:
«-J'ai rompu mes voeux père et de mes erreurs un enfant va voir le jour.
-Nous commettons tous des erreurs mon garçon. Moi le premier.» Rappela Ned, bienveillant.
«-Avec ma mère?» S'enquit le jeune homme.
Ned esquissa un sourire et tapota sur l'épaule de Jon.
«-Avec ta mère, il est vrai. Mais pas comme tu le crois.»
Un temps. Que voulait-il bien dire? Le jeune soldat demeurait perplexe et confus. Le seigneur du Nord poussa un profond soupir et passa sa main dans les cheveux de Jon.
«-Je pense qu'il est temps que je te raconte l'histoire de ta naissance... Je te l'avais promis lors de notre dernière entrevue. Alors que tu te rendais au Mur et moi à Port Réal.
-J'ai l'impression que c'était dans une autre vie.
-Ca n'est pas vraiment faux.» S'amusa le spectre en donnant une petite tape derrière la tête de Jon, fier de ce bon mot. Il s'esclaffa devant la mine déconfite du jeune homme:
«-Voyons, ne sois pas si sinistre. Ca n'est pas si grave.
-J'aurais aimé pouvoir vous sauver.» Avoua Jon.
«-Le seul fait que tu l'aies souhaité me conviens.» Enonça Ned avant de reprendre:
«-Suis-moi.»
Ils déambulèrent pendant quelques instants dans le Bois Sacré. Jon se sentait de plus en plus mal à l'aise. C'était là qu'il avait prononcé ses voeux et débuté sa garde. Tout lui évoquait sa trahison envers ses frères noirs.
Et envers le royaume.
A son côté, Ned semblait réfléchir, peser le pour et le contre. Comme s'il craignait ce qu'il s'apprêtait à confesser à son bâtard. Puis, sa décision fût prise. Un éclair passa dans son regard et Jon se tint prêt. Le patriarche de la Maison du Septentrion racla sa gorge et commença:
«-C'était avant la guerre. Robert et moi étions à Harrenhall pour jouter. Lyanna nous accompagnait. Rhaegar Targaryen s'illustra par son mérite. Par sa beauté.
-Où voulez vous en...
-Ecoute mon garçon. C'est l'histoire de ta naissance que je suis entrain de te conter.» L'avertit Ned avant de poursuivre.
«-Robert était fou de Lyanna. Et moi, j'étais encore bien trop jeune pour comprendre les changements d'un coeur de femme. Et puis je me consumais d'amour de mon côté. Lyanna appréciait Robert mais Rhaegar...
«-Je sais tout ça!» S'impatienta Jon.
Ned lui décrocha un regard mécontent ce qui le calma instantanément. Il poursuivit:
«-Rhaegar l'avait faite reine de beauté et elle s'en était grisée. Je les ai surpris à s'embrasser à la fin du banquet... J'étais moi même entrain de courtiser une jeune princesse Dornienne, Ashara Dayne... Je l'aimais plus que tout. Je prévoyais de l'épouser. Nous avions échangé des serments passionnés. Mais voir Lyanna avec Rhaegar alors qu'elle même s'était engagée avec Robert, prononçant des serments similaires à ceux d'Ashara, me blessa cruellement. Je me suis vu à la place de mon ami.
-Qui vous disait qu'Ashara était comme feu madame votre soeur?» S'enquit Jon.
Ned lui adressa un sourire tendre et répondit:
«-Rien. Mais j'étais adolescent et plein de fougue. Sans oublier amoureux. Et l'amour fait faire bien des sottises. Revenons à Lyanna et Rhaegar, veux-tu? Ce n'étaient que des baisers d'adolescents mais ma soeur devint une traitresse à mes yeux. Nous nous disputâmes violemment ce soir là. Et ce fut la dernière fois que je la vis pleine de vie.»
L'ancienne Main du Roi passa sa main dans sa barbe, nerveux. Jon buvait ses paroles.
«-Rhaegar visiblement s'était sincèrement épris de Lyanna. Il l'enleva. Et ce fut le début de la guerre. J'étais aveuglé à cette époque. Je ne voyais que leur trahison envers Robert. Envers notre Maison. Je suis allé dans le Val d'Arryn et y ai retrouvé Ashara. Je la connu. Charnellement. Catelyn n'était pas encore ma promise. Je vécus donc une idylle avec Ashara avant de repartir à la guerre.»
Jon perdait patience mais se força au silence. Il démêlait les informations peu à peu. Ashara? Est ce que cette Ashara était sa mère? Il aimait ce prénom en tout cas. Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine.
«-La guerre me fit dériver dans tout Westeros. Et le destin, railleur, me mena à la Tour de la Joie. J'y retrouvai Lyanna qui venait de mettre au monde un enfant. Mourante, elle me fit promettre de protéger le nourrisson. De la colère de Robert, de ses hommes de main, du reste du monde. Elle était ma soeur. Et le bébé qui vagissait contre son sein était de mon sang. De notre sang. Je promis et me dirigeai vers les Météores où m'attendait Ashara. Elle aussi était enceinte. De moi. Elle me l'avait écrit. J'avais sauté de joie avant d'apprendre que Brandon était mort et que je me devais d'épouser sa promise, Catelyn. De plus, j'avais, au cours d'une bataille, tué le frère d'Ashara. Le coeur lourd, j'allais lui annoncer les affreuses nouvelles. Elle ignorait tout et m'accueillit les bras ouverts. Un bébé venait de nous naitre.
-Moi?» S'enquit Jon Snow.
«-L'enfant était une fille.» Annonça Ned, sombre.
Le bâtard analysa une nouvelle fois l'histoire que son père venait de lui narrer. Les étapes. Méticuleusement. Avant de murmurer:
«-Si je ne suis pas le fils d'Ashara... Alors je suis...
-Celui de Rhaegar et de Lyanna.» Conclut Ned Stark, visiblement très affecté.
Jon dévisagea «Père», perdu. Des larmes roulaient sur ses joues mangées par la barbe. Toutes ses certitudes venaient de voler en éclat. Furieux il beugla:
«-Comment avez-vous pu? Je... Madame votre épouse qui me toisait et me terrorisait parce que j'étais votre bâtard! Comment avez-vous pu tolérer ça alors que je n'étais pas vôtre enfant!»
Il frappa la poitrine de cet homme qu'il avait tant admiré, qu'il avait rêvé d'égaler. Le si noble Ned Stark avait finalement menti toute sa vie. Le spectre prit le jeune homme par les épaules et le maintint afin qu'il se clame. Puis, il força Jon à le regarder dans les yeux.
«-Jon, tu es mon fils. Je t'ai élevé comme tel. J'avais promis à ta mère de te protéger. Avouer à Robert qu'un bébé était né de Lyanna et de Rhaegar c'était le condamner à mort. Or, tu es un Stark par ta mère. Tu es de ma Maison. Tu appartiens à Winterfell. J'ai fait mon devoir. J'ai fait ce qui est juste. Et je n'hésiterai pas à recommencer.» Affirma Ned avec ferveur.
«-De tous mes enfants, tu es celui qui me ressemble le plus. Je t'ai aimé de toutes mes forces. J'ai même oublié que je ne t'avais pas engendré. Je t'ai préféré à mes propres garçons.» Avoua Ned, penaud.
Il y eut un nouveau un silence entre eux. Jon nota que «Père» semblait bouleversé. Sincèrement. Et il s'aperçut que, malgré ces révélations, il éprouvait encore beaucoup de tendresse pour celui qui l'avait élevé. Cependant quelque chose clochait dans cette histoire:
«-Qu'est devenue la petite fille? Celle d'Ashara...» S'enquit Jon.
«-Elle est morte-née. Quant à sa mère, elle s'est jetée dans le vide de douleur.» Répondit douloureusement Ned.
«-En somme, personne ne pouvait nier votre version. Je suis devenu votre fils. Un bébé s'est substitué à l'autre...» Lâcha le bâtard, un peu amer.
Ned prit son garçon dans les bras et le serra fort contre son coeur.
«-Jamais je n'ai regretté cette décision. Tu fus le meilleur des fils. Un excellent grand frère. Tu es un brillant soldat qui fait honneur aux Stark. Tu seras un Lord Commandant du Mur respecté quand ton tour viendra. Et tu seras un bon père.»
Jon Snow frissonna au rappel de ses responsabilités.
«-Les Targaryens sont des fous.
-Pas tous. Certains furent de bons et justes rois.
-Ce bébé... C'est...
-Les Targaryens épousent souvent des personnes de leur famille. C'était écrit qu'il naitrait un enfant de vous. C'est le destin, Jon.
-Dois-je l'accepter?» S'enquit le jeune homme.
Ned Stark haussa les épaules et murmura:
«-Mon destin était de boire et de vivre dans l'ombre de Brandon. Telle ne fut pas ma vie. Tu conserves ton libre arbitre mon garçon. Toujours. Souviens t'en.»
Il y eut un nouveau silence entre eux. Jon analysait la nouvelle, choqué. Puis il demanda:
«-C'est pour ça que j'ai pu monter un dragon? Parce que j'étais un Targaryen.
-C'est vrai.
-Mais Tyrion aussi. Et pourtant, il est Lannister.
-Pour une fois le vieux Tywin n'avait pas tord...» Lâcha le spectre en ricanant.
«-Tyrion? Un bâtard? Un Targaryen?
-Tywin était la Main d'Aerys. Et sa femme était charmante...» Glissa Ned avant de sourire.
«-Je suis désolé Jon. Désolé que tu apprennes tout ceci si tard et de cette façon. Je n'ai jamais pu tout t'expliquer de mon vivant. J'espère que tu me pardonneras un jour. Adieu mon fils. Adieu.» Souffla t'il avant de s'évaporer.
Pendant de longues minutes, Jon demeura circonspect. Il était le fils de Lyanna et de Rhaegar. Un «fils de roi» comme on le lui avait prédit avant qu'il n'attaque le camp de Cersei Lannister. Lorsqu'il eut rassemblé ses esprits il se précipita sous la tente de Daenerys Targaryen.
Il la retrouva prostrée sur un tapis de fourrure. Autour d'elle, ses fards et ses onguents jonchaient le sol. Des éclats de verres crissaient sous les bottes du soldats. On aurait cru qu'une tornade venait de tout dévaster. La jeune reine avait déchiré ses vêtements et c'est dans toute la splendeur de sa demi-nudité qu'il la découvrit. Il apprécia les rondeurs de son corps de femme. Ses seins, plus lourds. Son abdomen un peu distendu. Il sourit d'avoir été si sot. S'il l'avait réellement regardée, il aurait compris.
«-Que viens tu faire là?» Demanda t'elle, sèche.
Il s'approcha de sa khaleesi et embrassa ses joues, encore humides de larmes. Elle frissonna. Jon la serra contre son coeur.
«-Je viens m'excuser, Dany. Pardonne moi. J'ai eu peur.
-Moi aussi j'ai peur.» Confia la beauté blonde à son amant.
Jon sentit son coeur se serrer. Mais sa princesse continua:
«-Je veux cet enfant. Parce qu'il est un petit bout de toi. Parce que j'ai besoin de me dire que ce n'était pas un rêve, nous deux. Parce que je t'aime...»
Ses douces paroles chantaient aux oreilles de Jon Snow. Le souffle de Daenerys lécha sa peau et lui donna la chair de poule. Il releva le doux visage de sa reine et le prit en coupe. Longtemps il l'admira, gravant dans son esprit cet instant. Puis, il lui annonça:
«-Cet enfant, si tu veux le garder, doit avoir un père.
-Je ne souhaite pas me marier.» Répondit Daenerys, butée.
«-Il le faut. Pour le royaume.» Répliqua Jon.
La jeune reine soupira:
«-Je suppose que tu as une petite idée...
-Je te propose Bran.
-Brandon?» S'effara la Khaleesi, les yeux exorbités.
«-Tu me proposes d'épouser ton frère? C'est d'un malsain!» S'écria t'elle.
Il n'est que mon cousin, songea Jon, mais il se garda de le dire à sa compagne.
«-Nous ne savons pas à qui l'enfant ressemblera. S'il héritait des traits de la maison Stark, il faut y trouver une explication logique. Si ton mari appartient à cette Maison, il n'y aura pas de rumeurs, pas de revendications, pas de remise en cause de ton héritier. C'est le seul moyen de le garder.»
Daenerys demeura perplexe. Elle passa la main sur son ventre, cherchant la bonne décision à prendre. Le bébé lui donna un vigoureux coup de pied et elle fondit de tendresse. Elle ferait tout pour le protéger.
«-Ainsi soit il.»
Alors, Jon s'empara des lèvres de la Mère des Dragons et l'embrassa comme jamais il ne l'avait embrassé. Avec colère, fièvre, désespoir, urgence, amertume, angoisse, tendresse, passion. Il la pressait contre son coeur de toutes ses forces.
C'est avec regrets qu'ils durent se séparer pour reprendre leur souffle. Puis la lutte recommença. Encore et encore. Daenerys se saisit de la main de son amant et la porta à sa gorge. Un soupir langoureux s'échappa de ses lèvres quand Jon s'enhardit et commença à la déshabiller. Elle entreprit de délacer les braies noires, chemina entre les cuisse du soldats de sa petite main. Le jeune homme picorai son cou, l'assit à califourchon sur lui. Ses paumes brulantes parcouraient son corps et l'embrasaient.
La cloche postée devant les appartements de la Khaleesi retentit, stoppant les amants. La voix de Mestre Samwell retenti:
«-Jon, c'est l'heure du vote.»
Le soldat soupira et s'écarta de sa maitresse. Elle afficha une mine déçue mais indiqua qu'elle comprenait. Alors qu'il nouait son ceinturon, Daenerys demanda:
«-Tu reviendras?»
Il caressa son visage et déposa sur ses lèvres un baiser fleur d'une infinie tendresse.
«-Pas ce soir. Le vote dure une éternité. Et si nous tombons d'accord, nous devons demeurer tous ensemble pour le restant de la nuit.
-Pourquoi?
-C'est la tradition.
-Etrange tradition.
-Peut être. Mais c'est ainsi. Demain. Demain je reviendrai.» Promit-il, passant sa main dans les cheveux dorés de Daenerys.
«-Demain.» S'enthousiasma t'elle.
Lorsqu'elle souriait ainsi, il semblait que rien de grave ne pourrait jamais arriver. Tout devenait évident et lumineux. Jon l'appréciait pour ces qualités. Et pour les millions d'autres qu'elle recelait.
Il l'embrassa une dernière fois avant de rejoindre ses frères jurés.
oOoOoOoOoOo
La Grande Salle était comble. Des flambeaux illuminaient la pièce comme en plein jour. Un brouhaha s'élevait sous les lourdes arcades de pierres et une grande fébrilité se faisait sentir. C'était le premier tour de l'élection. Chacun jugeait l'autre, cherchant à deviner qui pourrait devenir le nouveau Lord Commandant.
Sam grimpa sur l'estrade et réclama le silence qu'il obtint à grand peine. En tant que Mestre, il était tenu de présider le vote.
«-Mes Frères, la garde du Lord Commandant Mormont s'est achevée. La Garde de Nuit ne peut perdurer sans sa tête. Il est temps de trouver parmi nous notre futur Lord Commandant.»
La salle était désormais silencieuse. Chacun mesurait la gravité du moment. Un garçon rougeaud lâcha:
«-Je propose Satin!»
Et des éclats de voix soutinrent la proposition.
«-Et moi Jon Snow!» S'écria Pyp.
De nouvelles acclamations soutinrent la proposition. Bientôt, on se retrouva avec cinq candidats qui s'étaient tous distingués par leur prouesses sur les champs de bataille.
Sam sortit des petits cailloux colorés et distribua les couleurs à chacun des prétendant. Jon hérita du rouge.
Puis il fallut passer au vote, au secret. Une éternité se passa avant que l'on ne commence à dépouiller le tout. Jon soupira ouvertement. Il était courant que la désignation d'un nouveau Lord Commandant s'étale sur plusieurs sessions. La moyenne était de huit scrutins avant que les tractations permettent d'élire un nouveau Lord Commandant. Celle ci avait débuté depuis presque trois heures. Il faudrait prendre son mal en patience...
A l'énonce du verdict, Jon sentit le sol se dérober sous lui. Les vivas enflaient la Grande Salle, la faisant résonner de toutes parts. La Garde de Nuit avait un nouveau Lord Commandant. Un bâtard.
Mestre Samwell trottina jusqu'à lui et lui remit les clés de Chateaunoir, Fort Levant et tous les autres châteaux dédiés aux hommes en noir. Puis il cria:
«-Prêtez serment à Jon Snow, neuf-cent quatre-vingt-dix-huitième Lord Commandant de la Garde de Nuit.»
Toutes les épées des Frères sortirent de leur fourreaux et frappèrent le dallage. Leurs propriétaires penchèrent leur tête en avant comme un salut déférent. Ils reconnaissaient Jon comme leur chef. Et celui ci s'inclina à son tour, indiquant qu'il acceptait cet honneur.
Sam commença à prononcer les paroles rituelles:
«- Soyez sans peur face à vos ennemis. Soyez brave et humble pour que les Anciens et les Nouveaux Dieux veillent sur vous. Dites la vérité, toujours, même si celle-ci doit vous coûter la vie. Protégez les plus humbles. Tenez le Mur. Soyez le dernier rempart qui protège Westeros. Tel est votre serment.»
Jon sentit la gifle monumentale de son ami sur sa joue. Il ne cilla pas. Sam conclu:
«-Et ceci pour que vous ne l'oubliez jamais.»
Le bâtard releva la tête et dit d'une voix forte:
«-Je n'oublierai pas.»
Le Mestre opina du chef et s'époumona:
«-Levez vous, Jon Snow, Lord Commandant de la Garde de Nuit.»
Et Jon se releva.
Comme le voulait la tradition, les membres de la Garde festoyaient car nul ne pouvait annoncer la nouvelle avant l'aube. Jon chercha à se montrer courtois mais une seule chose le tenaillait: que dire demain à Daenerys. Il ne pourrait plus jamais la revoir. Pire, désormais, il était garant des valeurs de la Garde de Nuit. Or, il prévoyait d'être père, ce qui bafouait tous ces engagements. C'est alors que Sam s'approcha de lui et trinqua:
«-Alors, ça fait quoi d'être Lord Commandant?
-Il est encore trop tôt pour le dire mon ami.» Ironisa Jon avant de baisser d'un ton:
«-Tu sais n'est ce pas?
-Pardon?
-Pour elle et moi.»
Pris au dépourvu, Sam opina, observant d'un air inquiet la foule. Snow lui adressa un sourire amer et murmura:
«-J'ai toujours rêvé de devenir Lord Commandant. Je ne pensais pas que la charge aurait un goût si amer.»
Il avala une lampée de vin chaud sous le regard triste de son compagnon. C'était du Samwell tout craché ça.
«-Que comptes-tu faire?
-Sam, sommes nous toujours amis?» S'enquit Jon.
«-Pour la vie.» S'empressa de répondre le Mestre.
Le nouveau Lord Commandant glissa:
«-Je vais avoir besoin que tu rompes l'isolement traditionnel. Envoie un corbeau à Bran et à Tyrion Lannister.
-Mais... C'est interdit.
-Je sais. Mais je préfère parjurer ce serment qu'un autre.
-Il faut...» Tergiversa l'obèse
«-Personne n'en saura jamais rien.» Le pressa le jeune homme
«-C'est contraire à...
-Sam. C'est important.» Supplia presque Jon.
Vaincu, l'obèse souffla:
«-Que dois-je leur dire?
-De me retrouver dans les appartements du Lord Commandant dans une heure. Tu viendras avec moi.
-Notre absence ne passera pas inaperçue.» Souligna Sam, inquiet. Il jetait des regard apeurés à la foule de soldats en noir.
«-Je vais leur faire croire que je suis saoul. Les appartements du Lord Commandant sont accessibles depuis la salle commune. Me mettre au lit pour cuver mon vin n'est pas rompre l'isolement.» Rappela Jon avec malice. L'obèse glissa, levant les yeux au ciel:
«-Que les Anciens et les Nouveaux Dieux soient avec nous.»
Jon adressa un clin d'oeil à son Mestre et s'empara d'une cruche de vin. Il joua à la perfection, une heure durant, la mascarade du bonheur et de la beuverie. Le voir s'enivrer encouragea ses hommes à faire de même. Snow levait sa coupe à tout va et leur adressait des sourires. Mais en réalité, son esprit vagabondait.
La prophétie de Peyredragon trottinait dans son esprit: les Anciens Dieux avaient ainsi psalmodié:
«-Jon Snow... Nom de personne mais personne au grand nom... Ignoré de tous mais sauveur du plus grand nombre... Fils de la glace mais brûlant tel le feu... Loup et homme… Homme et loup... Feu et Glace... Glace et Feu... Enfant inconnu... Pourtant, enfant d'un roi... Trois batailles te faut mener: l'une pour la vie, l'une pour l'honneur, l'une pour l'amour. Trois pertes te faut accepter: l'une pour la vie, l'une pour le devoir, l'une pour l'amour. Trois destins te faut respecter: l'un pour la Garde, l'un pour les Sept Couronnes, l'un pour les Dieux.»
Désormais, Jon comprenait les primes paroles de la prophétie: il était né de l'union du feu et de la glace. D'un Targaryen et d'une Stark. Rhaegar était son père, l'héritier du trône de Westeros. Snow le bâtard s'avérait de sang royal. Il se trouvait au carrefour des chemins, à la fin de sa destinée. Il avait bien mené les trois batailles prédites. Celle contre Jorah représentait la vie. Celle pour l'honneur avait couté la vie à Cersei Lannister, harpie et meurtrière de Père. Celle pour l'honneur avait mis Daenerys sur le Trône de Fer. Il avait dû accepter trois pertes. D'abord il avait renoncé à Ygrid pour le devoir, elle était morte pour qu'il vive. Et désormais, il perdait Daenerys au profit de Bran. Quand aux trois destins qu'il lui fallait respecter, il les avait presque tous: pour la Garde il était devenu le plus jeune Lord Commandant. Pour les Sept Couronnes, il leur avait forgé une reine. Pour les Dieux... Sans doute fallait-il qu'il pardonne à Père son mensonge.
Les membres de la Garde de Nuit tombaient comme des mouches avec l'avancée de la nuit. Tant et si bien qu'à l'heure du rendez-vous, plus un seul membre de la garde n'était sobre. Plusieurs cuvaient leur vin à terre. Sam joua son rôle à la perfection, trainant un Jon complètement saoul dans la chambre du Lord Commandant. Personne n'émit la moindre objection. Le tour était joué.
Lorsque la lourde porte se referma, le jeune homme aperçut avec soulagement Tyrion et Bran dans la pénombre. Sans préambule, le Lutin commença:
«-Tu as intérêt à avoir une bonne excuse, gamin, pour me faire lever au milieu de la nuit.
-Je suis le nouveau Lord Commandant de la Garde de Nuit.
-Félicitation, Lord Snow. Il est fort original de débuter son mandat en brisant les règles ancestrales de la Garde.» Nota avec acidité Tyrion.
«-Si je vous ai demandé de venir, tous les trois, c'est pour vous confier une grave mission.»
Bran écoutait son aîné avec attention:
«-Nous t'écoutons.» Lui dit-il.
Il parla et tous l'écoutèrent en silence. Même Tyrion arborait la mine grave des mauvais jours. Alors que Jon achevait, le Lutin murmura:
«-Jamais elle ne te le pardonnera.»
Jon opina du chef, la mort de l'âme. Mieux valait que Daenerys le déteste qu'elle ne mette en danger pour lui ce qu'elle avait passé une vie à construire. Il ne le permettrait pas.
«-Bran, assure toi qu'elle t'épouse malgré tout. Votre mariage est la clé d'une alliance politique solide. Personne n'osera s'attaquer à deux si puissantes Maisons.»
Le cadet opina du chef. La Corneille avait dit vrai. Il était destiné à accomplir de grandes choses. Et il le ferait, dans l'ombre de Daenerys Targaryen.
Mestre Sam prit alors la parole:
«-La potion que tu me demandes Jon... En es-tu bien sûr? Il n'y aura pas de retour en arrière...
-Je sais. C'est ma décision et elle est irrévocable.»
oOoOoOoOoOo
L'aurore pointait à l'horizon. On descella les portes de la salle commune. Il était temps que le monde sache que Jon Snow avait été désigné par ses pairs pour gouverner le Mur. Mais lorsque les frères noirs mirent le nez dehors, ils s'aperçurent que le camp royal n'existait plus. D'une voix qu'il voulut détaché, Jon clama, haut et fort:
«-Sans doute que la princesse Targaryen craignait que je ne la glace.»
Ses hommes rirent de son bon mots et chacun partit vaquer à ses occupations. Jon s'accouda à la fenêtre de ses nouveaux appartements et observait l'horizon. Dans ses yeux perlèrent des larmes qu'il laissa couler. Il en avait besoin.
Avec l'aube, il tirait un trait sur son passé. Mais aussi sur son avenir.
A l'heure qu'il était, le poison de Sam avait dû faire effet.
Son enfant ne naitrait jamais.
