Assis confortablement dans la limousine, mon regard se perd dans le paysage de l'autre côté de la vitre. La nuit a été plutôt courte tant le sommeil s'est fait attendre. Ma conversation tardive avec Marinette me trotte dans la tête depuis plusieurs heures.
« Il faut qu'on akumatise Mei sous les yeux d'Adrien ! »
Son air déterminé, ses yeux enquérant mon aide, ses doigts qu'elle torturait dans l'attente que j'accède à sa demande insensée… Marinette, qu'est-ce qui te prend ?
De ce que j'ai compris, tous ses agissements ne proviendraient qu'une simple jalousie, peut-être est-elle plus possessive ?
Je pousse un long soupir malgré moi. Marinette, possessive ? Elle qui parvient difficilement à tenir une conversation depuis qu'on se connait ? Cela sonne terriblement faux à mes oreilles.
Un raclement de gorge du Gorille me tire de mes pensées : la voiture est arrêtée devant l'entrée de l'école. Une poignée de collégiens se tourne vers le véhicule et s'en approche pour me saluer comme tous les jours. Je balaie d'un revers les questions qui occupent pour esprit et entre dans le collège, m'efforçant à refuser avec le sourire toute demande d'autographe de la part de mes camarades.
Lorsque je monte les escaliers menant à ma salle de classe, je sens toute la confiance que je gardais jusqu'ici se dissiper à chacun de mes pas. De quoi ai-je peur ? Que Marinette tente quoi que ce soit pour faire fuir Mei ? Que Mei ne soit finalement pas Ladybug comme mon amie le jure ? Je ne saurai dire exactement. Et moi qui pensais que les choses seraient plus simples une fois que je serai convaincu de l'identité de ma bien-aimée…
C'est donc la tête baissée et le moral dans les chaussettes que je passe la porte de la classe. A ma plus grande surprise ni Mei, ni Marinette ne sont présentes contrairement à Nino et Alya qui discutent tranquillement à leur place habituelle. Je ne tarde pas à les rejoindre dans l'espoir de glaner des informations.
- « Bonjour vous deux. »
Si mon meilleur ami m'accueille avec son habituelle tape dans la main, l'administratrice du Ladyblog, elle, semble plus réservée. Je ne doute pas que Marinette a dû lui raconter toutes les péripéties de la veille.
Malgré l'avertissement que ses yeux m'envoient, je tente tout de même de comprendre ce qu'il se passe de leur côté.
- « Je sais que ce n'est pas la meilleure chose à faire d'en parler dans leur dos mais… » A peine ai-je débuté ma phrase que je sens Alya se raidir sur son banc. « Que pensez-vous de ce qu'il s'est passé hier entre Marinette et Mei ? »
Evidemment, ma question s'adresse d'autant plus à la jeune fille au teint hâlé qu'à Nino. Celle-ci soupire bruyamment et concentre son attention sur son téléphone. Je crois un instant qu'elle refuse de me répondre, mais elle finit par relever ses yeux vers moi.
- « Je crois que Marinette a une mauvaise impression de cette fille. En tant que sa meilleure amie, je lui fais confiance. Je dois reconnaitre que parfois, elle peut être excessive, mais peut-être qu'il y a une raison qui justifie ses actes. »
Alya prend sa défense comme si c'était si évident pour elle que Marinette ait raison. Plus je l'écoute, plus je regrette mes dernières pensées. Et si Mei était bel et bien Ladybug, cela signifierait que je suis en train de douter de ce qu'elle est réellement.
- « Même si rien ne justifie d'entrer par effraction dans un manoir de riches pour kidnapper un chat. » Enchaine-t-elle avant de hausser les épaules. « Marinette est folle et maladroite, mais elle est loin d'être stupide. »
Au ton de sa voix, j'ai la vague impression qu'Alya m'en veut légèrement de ne pas aller dans son sens. Je ne peux pas lui reprocher d'agir comme ça envers moi. C'est de ma faute si Marinette est devenue jalouse de Mei.
Soudain, une idée me traverse l'esprit. Et pourquoi ne pas expliquer la situation à Mei directement ? Je suis sûre qu'elle pourra comprendre. J'inviterai Marinette à sortir un jour – en tant qu'ami bien évidemment – et je renouerai ainsi nos liens sans perdre cette fille qui me retourne l'esprit.
Notre discussion dévie sur un autre sujet lancé par Nino, sûrement pour ne pas envenimer davantage la situation. Lorsque le cours de madame Bustier commence, Marinette et Mei n'ont toujours pas pointé le bout de leur nez. Je crains un instant que l'apprentie styliste ait mis son plan à l'exécution. Cependant, mon être entier se détend à l'arrivée fracassante de Marinette, essoufflée, ouvrant la porte de la classe à la hâte.
- « Marinette Dupain-Cheng ! Non seulement tu te permets de sécher les heures de colle, mais tu n'arranges pas ton cas en arrivant en retard à mon cours… »
La collégienne aux cheveux noirs se fond en excuse tandis que Chloé en profite pour chuchoter quelques moqueries à sa voisine. Marinette rejoint sa place, non sans croiser mon regard qu'elle dévie une seconde plus tard. Tête baissée, elle retire une tablette de son sac pendant qu'Alya tapote discrètement son dos en guise de consolation.
La première pause à dix heures et l'occasion pour moi d'envoyer un message à Mei pour m'informer des raisons de son absence. Tandis que je tapote les touches de mon écran, je tends une oreille aux échanges de Marinette et Alya.
- « Collée toute la semaine ? Comment ont réagi tes parents ? »
- « Après que madame Bustier les ait informés que je n'avais pas rendue les derniers travaux, ils m'ont également mise de corvée à la boulangerie pendant les trois prochaines semaine. » Geint l'intéressée en baissant les bras. « Je vais devoir rendre tous mes travaux en retard pendant les heures de colle puis enchainer sur les commandes de la boutique. On peut dire que je ne vais pas m'ennuyer… »
Je ne peux m'empêcher d'être désolé pour mon amie. Mon idée de sortie risque d'être reportée au vu des nombreuses contraintes qui lui tombent sur le coin du nez. Je n'imagine même pas si elle avait été interpellée par la police suite à son entrée avec infraction.
Peut-être devrai-je dire quelque chose de rassurant ?
Cependant, mon téléphone portable se mit à vibrer.
« Mei : J'ai quelques affaires à régler aujourd'hui. Saurais-tu m'apporter tes notes après les cours ? Je pourrai préparer un petit en-cas. »
Un sourire se trace inconsciemment sur mes lèvres. Je ne devrais pas m'étonner de son absence après tout, c'est Ladybug. J'aurai tout l'occasion de lui demander ce qu'elle faisait d'ici quelques heures.
Lorsque je décide de quitter mon portable des yeux pour le glisser dans la poche de ma veste, Marinette et Alya ont déjà dévié de sujet. Dommage, mais je parviendrai à discuter avec Marinette, tôt ou tard.
A la fin des cours, je laisse Nino ramener Alya chez elle et m'apprête à prendre le chemin de la sortie pour rejoindre la limousine. Le Gorille m'attend pour me conduire chez Mei, comme nous en avons convenus. Pourtant avant de passer le pas de la grande porte gardée par Monsieur Damoclès, je lance un regard en direction de la salle de classe.
Marinette…
Cette situation me dérange de plus en plus. Mais comment dois-je m'y prendre pour ne blesser personne ? Bon sang, réfléchis Adrien…
- « Vous ne partez pas Monsieur Agreste ? » M'interpelle le directeur, voyant que je ne me décidais pas à sortir.
Mon cerveau se mit à tourner à cent à l'heure. J'ai encore un petit moment avant que le Gorille ne s'inquiète de mon retard.
- « Je crois que j'ai oublié quelque chose en classe ! »
Le vieil homme lève un sourcil puis croise les bras.
- « Alors dépêchez-vous de récupérer ce quelque chose avant de sortir. Je ne veux pas que des collégiens trainent dans les couloirs de l'école après les cours. »
Je le remercie d'un bref mouvement de tête puis m'élance en direction des escaliers à l'autre bout de la cour. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire sans qu'elle se doute que je suis Chat Noir ? Il ne me reste que peu de temps avant d'atteindre la classe, mais il m'est presque impossible d'éclaircir mes idées.
Une fois devant la porte, je prends une profonde inspiration et tourne la poignée. Comme je le prévoyais, Marinette est assise derrière un tas de feuilles, la tête entre les mains. Par chance, le surveillant n'est pas encore arrivé.
- « Adrien ? » M'appelle-t-elle d'une voix étouffée.
Je referme la porte derrière moi et m'approche lentement de mon banc.
- « Ecoute-moi jusqu'au bout Marinette. » Je commence, m'attelant à la fixer droit dans les yeux. « Ce qu'il s'est passé hier ne doit plus se reproduire. Je ne sais pas ce quel était ton but en t'introduisant chez Mei, mais tu aurais pu t'attirer de graves ennuis ! »
Mon ton se veut préventif, plutôt qu'accusateur. Mon amie aux cheveux noués en couettes baisse la tête, incapable de soutenir mon regard.
Je poursuis :
- « Tu es mon amie Marinette, et je ne voudrais pas que notre amitié pâtisse de ma relation avec Mei. Cela te dirait qu'on sorte une fois tous les deux ? Une fois que ta punition sera levée et que tu auras du temps libre, bien sûr. »
Soudain, j'attire entièrement son attention. Marinette me toise de ses grands yeux bleus écarquillés, les lèvres légèrement entrouvertes.
- « J-je… »
Son bégaiement m'arrache un sourire, on dirait qu'elle ne s'attendait pas à ça. Alors que j'attends patiemment sa réponse, la porte de la classe s'ouvre sur un surveillant du collège. Il me demande la raison de ma présence ici, je lui réponds la même excuse qu'à Monsieur Damoclès puis quitte les lieux.
Je bredouille une excuse rapide en m'installant à l'arrière de la limousine, le Gorille hausse les épaules puis démarre le véhicule. Il est grand temps pour moi de rendre visite à Mei pour lui apporter les notes du jour. Je lui envoie un rapide message pour l'informer de mon arrivée.
Soudain, alors que la limousine s'engageait dans un carrefour, un énorme bloc de pierre provenant du ciel s'écrase à quelques mètres de nous. Des cris s'élèvent dans les environs et, sous la panique générale, les autres véhicules tentent par tous les moyens de partir le plus vite possible.
Encore un akuma ? Il faut que je trouve un endroit pour me transformer.
Malheureusement, mon chauffeur ne semble pas de cet avis. Il profite d'avoir un espace suffisant pour rebrousser chemin. Je lance un regard en arrière, où d'autres pierres voltigent, manquant d'écraser bon nombre de piétons.
- « Je dois sortir ! » Je m'exclame sans vraiment réfléchir, une fois que la limousine est arrêtée par le trafic.
Mais dès que j'essaie de pousser la porte arrière, je me heurte à la sécurité. Le Gorille secoue la tête de droite à gauche, m'intimant que je n'irai pas plus loin. Bordel, je ne peux décemment pas lui expliquer que je suis celui qui peut arrêter ce carnage. Par réflexe, je saisis mon téléphone portable et me connecte à ma messagerie. Mei…Je suis désolé mais je ne pourrai pas me libérer tout de suite pour te porter main forte.
Peu importe. Je lui envoie un message pour l'informer qu'un akuma attaque Paris. Avant de valider mon envoi, j'hésite à lui révéler qui je suis, afin qu'elle ne s'inquiète pas de mon absence ou pire, qu'elle m'en veuille de se taper tout le travail.
« Fais attention à toi, il est possible que tu sois seule aujourd'hui. »
Une forte douleur au niveau de mon épaule me tire un grognement. Plagg…C'est trop tard, j'ai appuyé sur l'écran par réflexe.
Après tout, je n'ai pas à m'en faire. Mei est bien ma Lady, n'est-ce pas ?
