Bonjour à tous,

le chapitre d'aujourd'hui est très lourd, autant à lire qu'à supporter pour ma petite Maika.

J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture.


Dès qu'ils furent sortis de la Moria, ils durent se remettre en route immédiatement. Le soleil ne tarderait pas tant à se coucher et les gobelins sortaient une fois la nuit tombée. Aragorn voulait que la Communauté atteigne le Pays d'or, où ils seraient en sécurité. Les Hobbits furent remis sur pieds et ils se mirent tous en route dans la minute suivante.

L'esprit de Maika avait du mal à se focaliser sur le moment présent. Ses pensées vagabondaient régulièrement vers cette vision de forêt en flamme et les cris qui s'en échappaient. Shérazade glapit. La sorcière lui passa une main distraite dans le pelage.

Sur le chemin, la plus jeune trébucha de nombreuses fois, cumul de fatigue et du fait qu'elle ait l'esprit ailleurs. Elle se frottait la joue de temps en temps, sentant encore la gifle qui lui avait été administrée pour la ramener à la réalité.

La nuit commençait juste à tomber quand ils arrivèrent enfin dans les bois que le Rôdeur voulait absolument atteindre. Ce dernier se rapprocha de la sorcière et lui murmura :

-Je vous conseille de ne rien dire sur votre qualité de sorcière. Les habitants de cette forêt sont bien moins enclin à accueillir une sorcière sous leur toit que ceux de Fondcombe.

Maika hocha la tête. Dès qu'elle était entrée dans ces bois, elle avait perçu une nature moins posée que dans la cité elfique qu'elle avait visité avant. Les arbres ici étaient plus imposants, plus grands et leur nature semblait plus sauvage que les arbres qui entouraient Fondcombe.

-Prenez garde jeunes Hobbits, dit Gimli en ramenant les semi-hommes autour de lui. On dit qu'une sorcière Elfe habite ces bois. Elle vous envoûtera si vous n'y prenez pas garde. Mais voilà un Nain qu'elle n'envoûtera pas. J'ai la vue d'un aigle et l'ouïe d'un renard.

À peine avait-il fini sa phrase qu'une flèche le tint en joue. Le Nain glapit presque à cela. Une escouade d'Elfe se tenait autour d'eux, arc bandé et n'attendait qu'un ordre de leur supérieur pour les cribler de flèches.

Shérazade commença à gronder mais sa maîtresse la fit taire dans la seconde. Il n'était pas temps d'attirer l'attention des gardes sur elles. Diling ramena plus de mèches de cheveux devant lui afin de se cacher.

L'escouade les emmena dans un talan, des plates-formes construites dans les arbres afin de procéder à la surveillance de la forêt. Aragorn et Legolas s'entretinrent avec l'Elfe qui semblait être le chef de l'unité qui les avait capturés. Les frontières étaient fermées à cause des orques qui ne cessaient de tourner autour de la forêt. Maika aurait pu le confirmer, mais elle se tut. La forêt grondait de manière non palpable pour ceux qui ne savaient pas écouter. Les arbres transpiraient le dégoût pour les créatures dénaturées qui parfois foulaient le sol de leur précieuse résidence.

Là où les érables étaient calmes, bien que chérissant leur liberté, et où les oliviers restaient très timides devant les étrangers, les arbres de cette forêt étaient prêts à rentrer dans une guerre qu'ils ne comprenaient pas forcément.

Les arbres n'étaient d'aucune espèce que Maika connaissait. Leurs feuilles lui rappelaient les feuilles élancées des hêtres. Mais la couleur argentée sur la face inférieure lui était inconnue. Si elle tendait le bras, elle pouvait atteindre les feuilles les plus basses. Alors, la sorcière s'étira de tout son long et toucha du bout des doigts la feuille légèrement velue.

La magie parcourut la sorcière. Les arbres étaient remplis de magie, une magie ancienne, végétale, la magie d'une sorcière de la terre. Des sorts de protection avaient été tissés autour de la forêt et de chacun des arbres. C'était le travail de toute une vie.

-Que fait-elle ? Demanda le chef de l'escouade.

-Elle doit seulement être intriguée par les arbres de cette forêt, répondit Aragorn en restant vague.

Ils reprirent ensuite leur discussion. Haldir, le chef, accepta de les mener aux Seigneurs de la forêt. Mais la nuit étant tombée, ils passeraient la nuit sur le talan.

-Maman ?

Aleth se tourna vers sa fille, un sourire plaqué sur son visage aux traits tirés. Aloïs était parti depuis déjà trois jours et la sorcière était très inquiète pour son mari.

-Papa est pas encore rentré ? Demanda timidement Lilith en arrivant à son tour.

-Ne vous inquiétez pas mes chéries, il devrait revenir d'ici demain.

-Mais il est parti sans Dinarzade, ça n'arrive jamais ! Rétorqua Maika.

Aleth balaya la remarque d'un revers de main et envoya ses filles au lit. Elle regarda la louve de son époux qui tournait en rond dans le salon. Toutes deux étaient inquiètes.

Le lendemain matin, Maika s'était réveillée bien plus tôt que toute la communauté. Elle s'était glissée en dehors de la maison puis du village. L'angoisse lui tordait les entrailles depuis déjà quatre jours. Son père ne partait jamais sans leur dire où il allait et jamais sans Dinarzade. S'il n'était pas parti avec son familier, c'était que quelque chose de dangereux risquait d'arriver. Il avait été étrange depuis qu'un seigneur était arrivé dans la ville la plus proche de la forêt : Plan-d'Aups. Le lendemain Aloïs était parti.

Shérazade sur les talons, l'adolescente de tout juste seize ans se faufila à travers la forêt pour atteindre la ville. Tout autour d'elle, la forêt susurrait, inquiète. L'angoisse étreignit un peu plus le ventre de Maika.

La jeune sorcière ne tarda pas à arriver devant la porte qui accueillait les voyageurs. Une odeur pestilentielle lui souhaita la bienvenue. La petite louve grogna en regardant en l'air. L'adolescente suivit le regard de son familier. Son regard se posa sur une chose familière. Elle inspira et le cri qu'elle poussa fut entendu partout et par tous.

-Maika ! Réveillez-vous !

La sorcière s'était mise à hurler comme une damnée au beau milieu de la nuit. Tous avaient sursauté en entendant le cri de pure terreur. Le Rôdeur avait été le premier à réagir et avait empoigné la jeune fille en la secouant, mais rien n'y faisait, elle semblait coincée dans son rêve.

La louve de la sorcière, couchée à côté de sa maîtresse, cessa de couiner, poussa l'Homme et pinça la main de Maika. Cette dernière ouvrit des yeux affolés, regarda autour d'elle et quand elle vit autant de monde, elle recula. Elle aurait basculé dans le vide si Legolas ne l'avait pas rattrapée.

-Non, non, non, non, répétait-elle comme un mantra.

La terreur reflua peu à peu quand elle reprit pied dans la réalité. La seconde suivante, elle fondit en larmes. Son familier se faufila jusqu'à elle et la poussa du museau. Shérazade savait de quoi avait rêvé la jeune fille. Tout ce qu'elle pouvait faire était de rester là, à ses côtés, comme elle était censée le faire. Maika se dégagea de la poigne de l'Elfe et enlaça la louve, plongeant son visage dans le poil noir de l'animal.

-Pardon, pardon, pardon.

Personne n'entendit ce qu'elle dit, étouffé par le pelage de Shérazade. Elle n'avait jamais eu de cauchemars aussi violents. Mais la rencontre avec la créature de l'ombre l'avait apparemment traumatisée au possible.

Quand le jour se leva, la Communauté se remit en route, escortée par les gardes frontière. La sorcière ne disait pas un mot, gardant le regard dans le vide. Elle n'avait pas voulu parler de quoi elle avait rêvé, secouant la tête quand Aragorn, Legolas ou Merry et Pippin abordaient le sujet.

La marche vers la cité en plein cœur de la forêt, Caras Galadhon, était relativement longue. Ils n'y parviendraient pas avant que la nuit ne tombe.

''Maika ! Où étais-tu ?''

La jeune fille leva les yeux, mais elle ne vit pas la personne qui l'appelait. Elle secoua la tête. Le cauchemar qu'elle avait fait cette nuit-là faisait remonter des souvenirs qu'elle voulait oublier. Elle renifla pour éviter de se remettre à pleurer. Elle avait déjà les yeux rouges, un peu comme les personnes qui avaient abusé de substances illicites.

Le voyage fut éreintant. Les Elfes parcouraient le chemin d'un pas plus soutenu que le pas employé jusqu'à présent par la Communauté. Cependant, ils purent arriver à la cité elfique alors que la nuit tombée juste.

Tous furent émerveillés par la cité, même Maika qui en oublia son cauchemar. Caras Galadhon était majoritairement construite dans les arbres. Des escaliers montaient en colimaçon autour des arbres au tronc immense que la sorcière ne parvenait pas à connaître. Toute la cité était illuminée d'une lueur argentée comme la lune.

-Par ici, les invita Haldir.

La Compagnie commença à monter de nombreux escaliers. Les Elfes, qu'ils croisaient sur le chemin, chuchotaient sur leur passage curieux de voir des étrangers pénétrer dans leur ville. Le chef des gardes mena les neuf compagnons au talan le plus haut et le plus spacieux. Deux trônes argentés les accueillirent, chacun occupé par la plus haute instance de cette cité.

Les deux Elfes occupant les sièges se levèrent et vinrent à leur rencontre. Tout deux avaient de longs cheveux blonds, bien que la chevelure du Seigneur semblait plus argentée que celle de sa Dame, et une couronne d'or et d'argent était posée sur leur tête. Maika perçut une sagesse millénaire au fond de leurs yeux.

-Je ne vois pas Gandalf, dit le Seigneur après les avoir accueillis. J'aurais aimé m'entretenir avec lui.

-Il est tombé, répondit la Dame. Entraîné par le feu et les ombres.

La reine de la cité croisa le regard de chacun. Elle ne s'arrêtait que peu sur les yeux de chaque compagnon, mais quand elle croisa les yeux bleu-gris de Maika elle resta de très longues minutes à la fixer. La sorcière se figea, des frissons lui parcourant le dos. Les yeux de la Dame semblait la traverser de part en part, lisant en elle comme dans un livre ouvert.

Le silence se faisait sur la plate-forme alors que la respiration de Maika se faisait plus rapide. Comme dans la mine, elle ne voyait plus ce qui l'entourait. Elle revoyait l'entrée de Plan-d'Aups avec l'horreur qui l'y avait attendue. Elle revoyait la forêt en flamme. L'ombre rouge du feu l'entoura, celle du sang semblait la couvrir et finalement les ténèbres l'emportèrent.

L'adolescente s'effondra sur le talan, les traits grimaçants devant une vision qu'elle voulait absolument oublier. Elle entendit seulement la voix mélodieuse de la Dame ordonner que la sorcière soit mise à l'écart, dans un lieu où elle ne pourrait rien pervertir.

-Maika ! Où étais-tu ?

La silhouette inquiète d'Aleth se découpa dans les rues de leur village. L'adolescente se précipita dans les bras de sa mère, incapable de faire autre chose que pleurer. Dinarzade vint à sa rencontre, tirant sur le bas de la robe de la fille pour connaître également la raison d'un tel chagrin. Lilith ne tarda pas à les rejoindre, son éternel cahier sous le bras. La seconde fille se balançait d'un pied sur l'autre, clairement mal-à-l'aise et semblant savoir quelque chose qu'elle ne voulait pas dire.

-Maika.

La voix de sa mère se voulait réconfortante, mais elle se faisait plus pressante. Les sorcières commencèrent à sortir de leur maison, se demandant de quoi il retournait.

-Parle-moi ma fille. Où étais-tu ? Que s'est-il passé ?

La jeune fille se recula légèrement, gardant le regard rivé au sol. Elle jeta un coup d'oeil à la louve de son père et cette dernière se mit à grogner de façon inquiétante, comprenant ce que voulait avouer la plus jeune sans parvenir à le dire.

-Maika.

-Je … je suis allée à … Plan-d'Aups. Je voulais savoir où était papa.

-Je te l'avais interdit ! C'est dangereux ! Qu'y as-tu vu ?

Les larmes se mirent à couler sur les joues de la jeune sorcière. Ce ne fut pas Maika qui répondit, mais la voix timide de Lilith :

-Il est mort. Sa tête a été plantée sur une pique à l'entrée de la ville.

La voix de l'enfant se brisa à la fin de sa phrase. Maika se dégagea de la poigne de sa mère pour prendre sa sœur dans ses bras.

Dinarzade gronda plus encore. Comment ces ignobles humains ont pu toucher à son si précieux maître ?

-Non, souffla Aleth. Il devait seulement aller lui parler. Il m'avait promis de revenir …

La tristesse d'Aleth se transforma en haine, mais elle ne fit rien de déraisonnable. Elle était à la tête de la communauté de sorcières, elle ne pouvait pas envoyer paître tout seulement parce que son mari avait eu foi en lui.

Cependant, elle n'eut pas à s'éterniser sur le moyen de mettre en sécurité la communauté. Des bruits de pas se firent entendre, métallique, lourd. Des soldats.

Maika se réveilla en sursaut. Le bruit répétitif était en fait le fourreau d'une épée qui tapait contre les barreaux de ce qui semblait être sa cellule. La sorcière regarda vers l'entrée de sa cellule, la respiration encore haletante. Elle secoua la tête pour chasser les dernières brides de son cauchemar.

Les Seigneurs de la cité se tenaient là, devant sa cellule, la regardant avec une méfiance palpable. Elle aperçut Aragorn derrière eux. Il affichait un air désolé et impuissant.

-Quel est votre but en accompagnant la Communauté ? Demanda le Seigneur sans préambule. Subtiliser l'Anneau pour l'apporter à votre maître ?

La sorcière secoua la tête. Elle ne savait même pas de qui parlait l'Elfe.

-Quel maître ?

-Celui qui renaît dans le pays des ombres, le nécromancien.

-Non, je … Laissez-moi sortir !

-Cette prison a été construite pour tenir les sorcières loin de tout, pour qu'elles ne puissent rien pervertir.

-Non …

Maika secoua la tête. Puis elle prêta un peu attention à sa cellule. La ''pièce'' était circulaire, comme … comme le tronc d'un arbre. La sorcière eut un hoquet un comprenant où elle se trouvait. Elle se trouvait dans un tronc d'arbre, un de ceux qu'elle avait vu dans la forêt, évidé. En regardant un peu mieux les parois de sa prison, elle eut à nouveau un hoquet.

-Comment avez-vous pu faire cela ? Murmura-t-elle en se levant, sa louve collée à elle en signe de réconfort.

La sorcière se dirigea à droite des barreaux et tendit un bras hésitant. Elle avait été frappée d'horreur en voyant la créature. Une hamadryade était encastrée dans ce qu'il restait du tronc. Elle semblait être sur le point de sortir, la main tendue en avant pour arrêter quelque chose, les traits déformés par la tristesse et le désespoir.

Maika toucha doucement le bras de la créature, figée à jamais dans le bois argenté de son arbre.

-Vous avez tué un arbre pour pouvoir emprisonner les sorcières ! Qui croyez-vous être pour commettre une telle atrocité ?

-Les dryades ont été enfermées par les êtres de votre engeance, répliqua le Seigneur. À cause de vous et de votre espèce, plus aucune protectrice de la forêt ne fut aperçue !

La sorcière fit face au Seigneur de toute sa hauteur, le menton levé dans une attitude de fierté et de défi. Elle les observa, lui et sa Dame, avec une certaine pitié.

-Il est dommage que les Elfes aient oublié. Vous ne voyez pas plus loin que votre devoir. Mais vous avez oublié tout le reste.

-Que voulez-vous dire Maika ? Demanda le Rôdeur en se rapprochant.

-Les Elfes d'ici ont oublié de qui ils étaient issus et quelles étaient les trois grandes lignées. Je me demande ce que penseraient les grandes gens de cela.

Après ces mots, la sorcière se retourna vers l'hamadryade. Elle s'agenouilla devant la créature pétrifiée et, tête baissée, pria pour le repos de la disparue. Shérazade grogna vers les gardiens de la forêt, mais sa maîtresse la fit taire d'un geste.

Chez elle, les Elfes ne se seraient jamais permis d'oublier leurs origines. Ils avaient pour devoir de protéger la forêt et surtout ses habitants. Le petit peuple se devait d'entretenir les bois et les sorcières servaient de médiatrices entre les lignées et les humains. La suprématie des humains avait forcé les lignées à se retirer.

Ici, sur ces terres inconnues, la destinée des sorcières ne semblaient pas avoir changé, vouées à disparaître. Les humains avaient peut-être pris également le pouvoir, mais ils étaient encore respectueux envers la nature en général, et les Elfes en particulier. Mais ces derniers s'étaient quelque peu éloignés de leur devoir originel, allant jusqu'à oublier l'existence du petit peuple qui permettaient à leur forêt de bien se porter.

À la suite de ses cauchemars répétitifs, la sorcière était épuisée, de telle sorte qu'elle s'assoupit à nouveau.

-Qui aurait pensé que ce soit une petite sorcière qui m'indique le chemin ?

La voix ricanant fendit les rangées de soldats. Un vieil homme se présenta devant Aleth. Âgé de soixante ans, il s'appuyait lourdement sur son bâton de frêne orné de multitudes de pierre précieuse, du jade néphrite. Il lissait sa longue barbe d'un geste satisfait, un large sourire heureux ourlant ses lèvres.

Aleth serra les poings. Il avait osé suivre sa fille. Maika n'avait pas fait attention en revenant, trop perturbée par la vision qu'elle avait eu en arrivant à Plan-d'Aups.

-Vous avez osé décapiter votre propre fils, cracha la femme.

-Ne me parlez pas de ce traître ! Siffla le vieil homme. Il s'est entiché d'une … sorcière. Cela fait bien longtemps qu'il aurait dû revenir vers moi.

-Lui au moins n'a pas tourné le dos aux enseignements que nous lui avons offert.

-Foutaises !

Dinarzade grogna plus intensément que jamais. Malgré la main d'Aleth sur son pelage, la louve ne parvenait pas à se calmer. L'homme qui était devant elle avait osé touché à son précieux maître et rendre malheureuses Aleth, Maika et Lilith. Dinarzade ne parvenait pas à tolérer la présence de cet être malfaisant au sein de la communauté que chérissait tellement Aloïs.

Finissant par craquer, la louve se jeta en avant. L'homme, plus vif qu'il n'en avait l'air, abattit son bâton, envoyant valser l'animal près des soldats qui firent siffler leur épée.

-Non ! Cria Maika mais l'animal était déjà mort.

-Dire que c'est moi qui lui ai offert ce chien galeux, soupira le vieillard. Bien, assez discuté, tuez-les toutes ! Je ne veux aucune rescapée.

Les soldats dégainèrent leur épée avec un sourire féroce. Aleth se retourna, signifiant ainsi une fuite précipitée. Les sorcières s'égaillèrent, tentant d'échapper aux mercenaires, mais c'était non sans compter sur les pouvoirs du magicien.

-Brûlez tout !

Aleth attrapa le bras de Maika et le poignet de Lilith et s'enfuit. Elle n'eut pas besoin de vérifier que Shérazade les suivait, la louve ne quitterait pas sa maîtresse.

Les arbres étaient noueux dans cette forêt. Les racines dépassaient de toutes parts, ralentissant la course des fuyards. Lilith ne tarda pas à se prendre les pieds dans l'une des racines, échappant à la poigne de sa mère et s'étalant de tout son long. Aleth lâcha Maika, la projetant en avant.

-Suis les feux follets ! Surtout, ne t'arrête pas tu m'entends, ne t'arrête pas. Je m'occupe de ta sœur, nous te rejoindrons vite !

Maika hocha la tête et poursuivit. Elle entendait au loin les hurlements des femmes que les soldats attrapaient. Elle voyait les flammèches des brasiers qu'ils avaient commencé à allumer. Malgré tout cela, la jeune sorcière poursuivit son chemin. Il ne fallait pas que toutes les sorcières tombent, il fallait toujours qu'au moins l'une d'elles survive.

Devant l'adolescente se forma une petite boule bleue, un feu follet. Mais elle entendait les cliquetis des armures s'approcher plus encore. Elle n'allait pas assez vite. La peur l'étreignit, bloquant sa gorge d'une boule qu'elle n'arrivait pas à évacuer. Sa vue se brouillait par l'amoncellement de larmes.

Un sifflement lui arracha un hoquet de terreur. Elle vit une flèche se ficher à quelques pas d'elle. Elle tenta d'accélérer le pas. Si les soldats étaient juste derrière elle, cela signifiait que sa mère et Lilith étaient …

Shérazade grogna, s'arrêta et fit face aux ennemis.

-Non, couina Maika.

La louve lui rendit un regard grave. Un familier était prêt à tout pour permettre à son maître de survivre, même si pour cela il devait mourir.

Le regard força la jeune sorcière à continuer son chemin.

''Suis les feux follets ! Surtout, ne t'arrête pas tu m'entends, ne t'arrête pas.''

Maika ouvrit les yeux au rappel de cette phrase. Les larmes s'accumulaient dans ses yeux, ne tardant pas à déborder. Sa prison végétale était plongée dans le noir, la nuit était tombée.

-Tant attendue !

La sorcière se leva. Elle avait eu l'impression d'entendre la voix légère d'une dryade. Une forme se découpa devant les barreaux de la prison. Elle posa une main légère sur la grille et la fit s'ouvrir sans même parler ou utiliser de clé.

-Tant attendue ! Répéta l'inconnue dans l'esprit de la sorcière.

La présence était bel et bien une dryade. Elle s'approcha plus près de Maika. Sa peau avait la couleur argentée des arbres de la forêt. Ses cheveux de la couleur de la lune étaient rassemblés en une longue tresse. Comme sa cousine de Fondcombe, elle était habillée d'une robe, qui lui arrivait au-dessous des genoux. Elle se baladait pieds nus.

-Nous ne devons pas rester ici Tant attendue ! Nous allons te guider en sécurité.

-Non, Éralë a voulu faire la même chose à Fondcombe …

-Nous ne sommes pas aussi docile que nos cousines, Tant attendue. Suis-nous.

La dryade attrapa la main de la sorcière et la tira hors de la cellule. Elle jeta un œil profondément triste à l'hamadryade figée à jamais.

-Nous n'avons pas accepté ce qu'ils ont fait à notre sœur. Nous ne tolérerons pas qu'il t'arrive également du mal.

L'impression de Maika était la bonne quand elle était entrée dans la forêt. La forêt était plus sauvage ici qu'à la cité elfique qu'elle avait quitté.

-C'est une terrestre qui nous a protégées. Elle a passé sa vie entière à protéger chacune d'entre nous. Il est hors de question que tu paies pour le fait que nous ne nous montrons plus, fille de l'eau. Si nous ne nous montrons, c'est qu'ils ne sont plus dignes de nous entendre. Tu ne paieras pas pour ça Tant attendue.

La dryade forcit l'allure. Un cor résonna derrière elle. La relève de la garde venait de découvrir la cellule vide.

-Nous devons nous dépêcher. La cité est grande !

La créature de la forêt se mit à courir en tirant la sorcière derrière elle. Le son des cors montaient de partout, signalant la fuite de la prisonnière. Bien qu'elle ne vit pas les hamadryades, Maika entendait les créatures les enjoindre de poursuivre leur course, que les Elfes n'étaient pas très loin.

-Ça suffit !

La voix avait grondé comme le tonnerre. La dryade s'arrêta et jeta un œil en arrière. Le chef des gardes arrivait en courant et la sorcière était trop épuisée pour continuer indéfiniment. La créature fit passer la jeune fille derrière elle et sortit la dague qu'elle avait à la taille. Il était hors de question qu'elle laisse la sorcière aux mains de ces gens.

-Maika !

L'interpellée repéra la Communauté arriver juste derrière Haldir. Elle repéra les regards inquiets d'Aragorn, Merry et Pippin. Elle en fut très touchée.

-Va-t-en ! Ordonna la dryade.

-Non. Je ne veux pas que quelqu'un d'autre meure par ma faute.

-Je te l'ai dis, nous ne sommes pas comme nos cousines. Je ne laisserai la sorcière à personne qui lui veuille du mal.

-Non …

La dryade poussa la sorcière en arrière et se mit en position, les genoux légèrement pliés, la dague bien en avant, la lame contre son bras. Elle était prête à en découdre avec l'Elfe et quiconque voudrait emporter la sorcière. La Tant attendue était trop précieuse.

Cependant, Haldir ne semblait pas être aussi conciliant que les Elfes de Fondcombe et Gandalf n'était pas là pour lui faire entendre raison.

Maika vit le soldat lever son épée au-dessus de sa tête. Elle ne pouvait pas laisser la dryade mourir. La sorcière contourna la créature et se posta entre les deux partis, bras écartés. La morsure de la lame fit hoqueter Maika. La douleur se répandit dans son dos alors que la dague de la dryade finissait de tracer une ligne sanglante et profonde.

-Non !

La créature, horrifiée par son geste, laissa tomber son arme dans l'herbe. Maika chancela sur ses jambes avant qu'elles ne la portent plus. Haldir, qui n'avait pas fini son geste, baissa doucement son épée.

-Non ! Non ! Non !

Maika haleta, courbée en deux. Elle entendit la dryade tomber à genoux dans l'herbe, juste derrière elle.

-Je ne voulais pas Tant attendue. Blesser une sorcière est un crime grave … Je …

La créature avança la main et attrapa la dague qu'elle avait laissé tomber. Elle tourna la lame contre elle et s'apprêta à se transpercer pour expier son pêché. Elle ne put jamais finir son acte, l'adolescente s'était retournée précipitamment, comprenant ce qu'allait faire la dryade, faisant à peine attention à la blessure qui la faisait grimacer.

-Ne fais pas ça ! Les … les autres ont encore besoin de toi !

-Je t'ai blessée ! Blesser une sorcière est un crime !

-Ce n'était pas volontaire !

-Laisse-moi faire.

-Non !

La dryade plongea son regard, de la couleur vert-argenté des feuilles des arbres, dans les yeux bleu-gris de la sorcière. La détermination se lisait dans les yeux de Maika. Elle ne laisserait jamais la dryade se donner la mort, car elle devait encore protéger ses jeunes sœurs.

La créature baissa la tête. La dague se posa doucement sur la robe de la dryade, maculant la robe immaculée de rouge. Elle se mit alors à pleurer. Les larmes de rédemption coulèrent et se mêlèrent au sang frais de la sorcière. Une lueur argentée força tout le monde à fermer les yeux. Quand la lumière s'atténua, une petite forme était roulée en boule sur les genoux.

-Impossible, chuchota la dryade.

-Un Gardien.

Après ce mot, la tête de Maika se fit incroyablement lourde. Son dos la lançait. Elle avait mal, tellement mal. La sorcière ferma les yeux et affaissa sur le côté, inconsciente.


Et voilà, c'est fini pour cette semaine. J'espère que vous avez prévu les mouchoirs avant de commencer à lire ^^"

J'espère vous revoir la semaine prochaine.

Bon week-end et bonne semaine.

Sur ce ...

Angel.