Avant de commencer ce chapitre… acceptez mes plus plates excuses pour l'attente qui a été beaucoup trop longue! Il y a une raison à ça! J'ai récemment quitté mon travail et lancé un grand projet de voyage autour du monde, pour faire des articles écrits et de la vidéo. Cette semaine, j'ai lancé mon site internet et j'ai eu des rendez-vous avec des journaux et des chaines de télé. On a même fait un article sur moi! Si vous voulez, vous pouvez me suivre sur mon site: (www).(happy-venture) (.)com… et même aimer ma page facebook, si vous voulez voir des images cool et me faire plaisir ;-)


Chapitre 11

Tris

Je n'arrive pas à croire que j'ai fait ça. Comment ai-je pu être aussi stupide ? Me laisser aller de cette façon ! Je claque la porte de mon appartement et m'adosse contre le mur en soupirant. Pourquoi faut-il que les choses soient toujours si compliquées ? Je me souviens d'une époque où ma vie était bien plus simple.

- Rude soirée ?

Je fais un bon et mon sang semble se figer. J'avais pourtant l'impression d'être seule ici !

- Espèce d'imbécile ! Tu m'as fait peur ! je m'exclame en essayant de retrouver mon calme.

- J'habite ici, répond-t-il en haussant des épaules. Tu te souviens ?

Je fais le tour du canapé et vais m'installer avec Uriah. Je me colle contre lui et nous restons silencieux un moment. Sa présence a quelque chose d'apaisant.

- Tu es rentré tôt de la fête de Zeke.

- Je suis parti juste après toi. Je voulais savoir comment tu allais alors je suis revenu tout de suite ici, mais visiblement tu as fait un petit détour, ajoute-t-il en tournant son visage vers moi.

Je ne réponds pas. Je n'ai pas du tout envie d'en parler. Si je l'ignore suffisamment longtemps, il va peut-être oublier et changer de sujet ?

- Je suppose que je ne dois pas te demander où tu es allée avant de rentrer à la maison ?

- Non.

J'entends le petit rire d'Uriah face à ma réponse. Il passe un bras par dessus mes épaules.

- Je sens qu'on va beaucoup rire.

- Tu trouves ça drôle, toi ?

- Hilarant.

Je retire ce que j'avais dit. Sa présence n'est finalement pas si apaisante que ça. En fait, elle a même quelque chose d'agaçant.

- On devrait aller se coucher. Il faut qu'on se lève tôt demain matin.

- Se lever tôt ? C'est pas ton genre, je réponds, un peu surprise.

- Non, mais nous avons rendez-vous.

- Un rendez-vous avec qui ?

Je ne savais pas que nous avions déjà des choses de prévu. Nous avions une occupation qui nous prenait la plupart de notre temps à Miami et notre mission là-bas impliquait de nombreuses heures de travail. Il est clair que nous allons devoir trouver quelque chose de nouveau maintenant que nous sommes revenus, mais je ne savais pas qu'Uriah avait déjà des plans pour nous.

- Maintenant que le contact a été établi avec Miami et que tu as cartographié une partie du Sud du continent, nous devons faire un compte-rendu de notre mission aux leaders du conseil.

L'idée ne me paraît pas idiote. Au fond, c'est vrai que nous avons été envoyé en mission pour ça. Il faut quelques secondes à mon cerveau pour remonter jusqu'au problème. Je vais devoir présenter les cartes que j'ai créées au conseil. Je vais devoir le faire devant Tobias. Il y a des tas de choses dans ma vie que je n'ai pas envie de faire, mais je crois que celle-ci gagne la première place.

- Tu peux y aller tout seul, je propose, un peu hésitante.

- Arrête tes bêtises. C'est toi qui t'occupes de la cartographie. Je ne saurais même pas comment expliquer le travail que tu as fait.

Je reste silencieuse. Je sais très bien qu'il a raison, je n'ai juste pas envie de l'admettre.

- Vous vous êtes engueulés, c'est ça ?

Des images de ce qui vient de se passer me reviennent en mémoire. Je me vois piégé entre Tobias et le mur tandis que nous nous embrassons. Je le vois me porter dans les escaliers et me jeter sur son lit. Je viens de le laisser et pourtant je ne peux réprimer cette sensation de manque en moi.

- On peut dire ça comme ça, je finis par répondre.

Hors de question que je lui dise la vérité sur ce qui vient de se passer. Je suis bien trop fière pour admettre que je me suis laissée aller de cette manière avec Tobias. On ne peut pas dire que nos retrouvailles se sont bien passées et pourtant y repenser me donne des frissons.

- A quoi tu penses ? me demande Uriah, ses yeux curieux.

A Tobias sur moi, ses mains sur mes hanches, ses lèvres contre les miennes. Ceci aurait été une réponse honnête, mais ce n'est pas celle que je décide de donner.

- Au meeting de demain, je mens en essayant d'avoir l'air convaincante.

- Vraiment ? répond-t-il, pas très convaincu. Eh bien je vais te laisser penser au « meeting de demain ». Je vais me coucher, ajoute-t-il en se levant.

Le soleil se lève sur la ville lorsque nous entrons dans le bureau du conseil. Cette lumière m'inspire la sérénité. Elle me rappelle les levers de soleil sur l'Océan, à Miami et elle m'aide à me calmer. Mon cœur n'a probablement jamais battu aussi vite. Pourquoi faut-il que Tobias m'affecte autant ? Je n'arrive pas à m'empêcher de penser à lui et pourtant je me sens complètement idiote de le faire. Il m'a quittée il y a des mois et je devrais m'y faire, l'accepter et aller de l'avant. J'ai eu plusieurs occasions de sympathiser avec des garçons à Miami, mais je n'ai jamais eu envie de le faire. Ils ne m'intéressaient pas et à chaque fois que j'essayais de faire un effort, de passer à autre chose, le visage de Tobias me revenait en tête. En plus, ce que nous avons fait hier soir ne m'aide pas vraiment à garder mon calme.

Uriah et moi nous plaçons au centre de la salle. Les leaders des factions sont assis face à nous en demi-cercle devant un bureau noir. Mon regard se porte immédiatement sur Tobias. Je n'ai pas envie de lui montrer de faiblesse et je fais de mon mieux être courageuse. Il relève les yeux et porte également son attention sur moi. L'espace d'un instant, j'ai l'impression que nous sommes seuls.

- Merci d'avoir accepté de nous rencontrer aussi rapidement, déclare Joanna. Le travail que vous avez fait pour rallier Miami à New York et Chicago est admirable.

- Des nouvelles de Los Angeles ? demande Harrisson.

- Pas depuis que nous y sommes allés, répond Uriah. Les équipes d'exploration ont commencé par mettre des antennes de relais entre Miami et New York. Ils ont continué en direction de Los Angeles, mais ces choses prennent du temps.

- Et en ce qui concerne la cartographie, reprend Joanna. Béatrice, on m'a dit que tu t'en étais chargée ?

- J'ai mis en place un système de cartes qui recense les villes qui ont été découvertes et les distances estimées entre chacune. Il y a également une carte pour les antennes relais et une projection pour celles qui vont être créées.

- Quelle zone est-ce que tu as pu couvrir avec ces cartes ?

- Toute la côte, de Chicago à Miami et le sud jusqu'à Los Angeles. L'équipe d'exploration de Los Angeles a couvert l'autre côte, jusqu'à Seattle. Leurs cartes sont excellentes mais je ne suis jamais allée plus loin et la partie au Nord qui s'étend de Chicago jusqu'à Seattle est explorée pour la première fois en ce moment par l'équipe qui installe les antennes.

- Est-ce qu'ils ont quelqu'un en charge de la cartographie ?

- Pas à ma connaissance, je réponds en haussant des épaules.

Je comprends maintenant où cette discussion nous mène. La connaissance de notre pays est cruciale pour la réunification du pays. Si nous ne connaissons pas l'environnement dans lequel nous vivons, nous ne pourrons jamais nous unir. Ils ont besoin de quelqu'un qui puisse se charger de l'exploration du Nord du pays.

- Mais je pourrais m'en charger, j'ajoute rapidement, avant que quelqu'un ne propose une autre solution.

- Tu viens à peine de rentrer, répond Joanna. Il serait vraiment injuste de t'envoyer là-bas maintenant.

- Je me porte volontaire. En plus, je suis la mieux placée pour cette mission. C'est moi qui ai le plus d'expérience en cartographie ici.

Les membres du conseil se jettent des regards et discutent à voix basse de ma proposition. En revanche, Tobias ne participe pas à leur discussion. Il me fixe, ses yeux très intenses. J'ai de la peine à déchiffrer son expression. A quoi peut-il bien penser ?

- Tu es certaine de vouloir t'en charger ?

- Absolument.

Joanna lâche un soupire. Elle ne semble pas très heureuse d'accepter ma proposition.

- Très bien, finit-elle par déclarer. Nous allons organiser ce voyage dans les plus brefs délais. Il faudra également que l'on te trouve un nouveau coéquipier.

Je sens le regard d'Uriah se poser sur moi. Il n'a pas l'intention d'entreprendre cette nouvelle mission avec moi. Après tout, nous sommes rentrés pour être plus près de sa famille. Je n'ai pas envie de lui demander de s'éloigner d'eux encore une fois. Je sais également qu'il désapprouve totalement ma décision.

Le reste de la conversation est assuré par Uriah. Il explique le travail que nous avons fait à Miami et expose les schémas des émetteurs. Je n'y prête pas trop attention et pense à cette nouvelle mission qui m'attend. Je n'avais pas du tout prémédité ce qui vient de se passer. En fait, je n'avais même pas considéré l'idée de repartir de Chicago. Après tout, nous ne sommes rentrés que depuis un jour.

Lorsque la présentation d'Uriah est terminée, nous quittons tous les deux la salle en silence. Ce n'est qu'une fois avoir quitté le bâtiment qu'il décide de prendre la parole.

- Tu te fous de moi ? C'est une blague ?

- Ecoute, je…

- Tu es sérieuse ? Tu vas vraiment repartir ? me coupe Uriah, en colère.

- Je n'avais pas envie de revenir ici. C'est toi qui as pris cette décision pour nous deux !

- Notre vie est ici ! Tu n'es même pas rentrée depuis un jour et tu veux déjà repartir !

- Je ne partirai pas aujourd'hui ! Organiser cette mission va leur prendre du temps.

- Il ne nous avait fallu qu'une journée pour décider de partir la dernière fois.

- C'est différent. Je vais rejoindre l'équipe d'exploration du Nord. Il faudra attendre qu'ils nous contactent pour les localiser et tu le sais très bien. Ça pourrait prendre des semaines avant que je puisse partir.

Uriah soupire et observe le sol sans rien dire. Il est en colère, je peux le voir. C'est la première fois que nous nous disputons et je n'aime pas ça du tout.

- Tout ce que je voulais, c'était de retrouver une vie normale ici.

- Et tu l'as eu ! Ton frère est là, tes amis aussi ! Je ne serai partie que pour quelques mois.

- Je pensais à revenir ici depuis longtemps, tu sais. Je voulais que tu restes, que tu arrives à aller de l'avant.

- Je suis désolée, je murmure.

Je ne sais pas quoi dire. Je comprends qu'il soit en colère.

- Je pensais que tu te remettrais avec Tobias, finit-il par déclarer.

Cette déclaration retient toute mon attention et me surprend. Il sait ce que Tobias m'a fait, comment peut-il s'imaginer que l'on se remette ensemble ? Et surtout, pourquoi le voudrait-il ? Uriah doit probablement lire l'incompréhension sur mon visage.

- Vous vous êtes disputés, ça arrive à tout le monde ! Ce n'est pas une raison pour renier tous les gens que tu connais et prétendre que ta vie ici n'a jamais existé.

- Ce n'est pas ce que je fais.

- Vraiment ? Dis-moi, tu es allée prendre des nouvelles de ton frère ?

- Nous sommes arrivés hier, je n'ai pas eu le temps, je réponds sans grande conviction.

- Conneries ! Tu aurais pu aller le voir.

Cette fois, Uriah commence vraiment à m'énerver. Je ne comprends pas qu'il se mette dans un état pareil. C'est ma vie, ma décision. Je ne supporte pas que l'on essaie de m'empêcher de faire ce que je veux.

- Tu ne penses qu'à toi et tu te fiches des effets que tes décisions ont sur les autres.

- Tu n'as pas le droit de dire ça.

Uriah ne le réalise probablement pas, mais ce commentaire est le pire qu'il pouvait me faire. J'ai l'impression d'entendre encore une fois les derniers mots que Tobias m'a dits avant de me quitter.

- Je vais aller chez mon frère, déclare Uriah en soupirant. Je te verrai ce soir à la maison.

Il me tourne le dos et marche dans la direction opposée sans dire un mot. Dans d'autres circonstances, j'aurais probablement essayé de le rattraper pour régler notre problème mais, aujourd'hui, je n'en ai pas envie. Ses mots m'ont vraiment blessée.

Je me dirige vers notre appartement, perdue dans mes pensées. Je suis si en colère qu'il est difficile de penser clairement à la situation. Néanmoins, une petite part de moi ne peut s'empêcher de se demander : est-ce qu'il a raison ? Tobias m'avait dit la même chose avant de me laisser tomber. Est-ce que tout cela est vraiment de ma faute ?

Je mets mes clés dans la serrure de mon appartement lorsqu'une main s'empare de mon avant-bras avec fermeté. Je sursaute et réprime un cri lorsque je me retourne et fait face à Tobias.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Tu vas vraiment repartir ?

C'est typique. Il me pose une autre question au lieu de répondre à la mienne. Ma surprise fait rapidement place à de la colère. Il a très mal choisi le moment pour venir parler avec moi. Nous ne nous sommes pas quittés dans les meilleurs termes hier soir et je viens de me disputer avec Uriah.

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

Je me détourne de lui, pas intéressée par la réponse qu'il pourrait me donner et je déverrouille la porte pour entrer dans mon appartement. Tobias me suit et rentre chez moi. Visiblement, il n'a pas l'intention de laisser tomber. Si c'est une dispute qu'il veut, il va l'avoir. Je ne suis pas du tout d'humeur à parler rationnellement.

- Arrête, Tris.

J'ai presque l'impression de ressentir de la peine dans sa voix. Je suis complètement perdue. Je ne peux pas me disputer avec Uriah et avec Tobias en même temps. J'aimerais hurler, taper contre les murs, tirer sur quelque chose.

- J'aimerais vraiment qu'on parle.

Je sais qu'il a raison, mais je ne dis rien. Je serre mes poings et inspire profondément pour tenter de retrouver un semblant de calme.

- Tu ne peux pas me laisser tomber en disparaissant pendant des mois, rentrer et me dire que tu repars à peine un jour plus tard !

- Te laisser tomber ? Je me suis réveillée toute seule dans un lit d'hôpital et c'est moi qui t'ai laissé tomber ?

- On a tous les deux des choses à se reprocher.

- Non, Tobias. La vérité c'est que je ne serais jamais partie si tu ne m'avais pas abandonnée.

- Je ne t'ai pas abandonnée ! hurle-t-il, incapable de cacher sa colère.

Ses yeux sont emplis d'une telle rage, on dirait qu'ils sont plus sombres. Pourtant, je ne me peux m'empêcher de les regarder et de les trouver magnifiques. Pourquoi faut-il qu'ils soient aussi insupportablement bleus ? J'ai envie de me serrer contre lui et d'oublier que nous sommes fâchés, mais mes pieds semblent collés sur le plancher.

- J'avais l'intention de revenir quelques jours en ville parce que j'étais en colère et que j'avais besoin de me calmer. Tu n'as jamais compris pourquoi, d'ailleurs.

- Parce que j'ai pris la place de mon frère et que je me suis fait tirer dessus.

- Non, répond-t-il en secouant lentement la tête. Parce que tu prends tes décisions sans te soucier de moi. Tu te fiches complètement du mal que tu peux me faire.

Et voilà. La dispute que je viens d'avoir avec Uriah me revient immédiatement en mémoire. Toutes les soirées passées à pleurer après notre séparation, tout ce temps passé loin de Tobias. J'ai l'impression que ma tête va éclater. C'est exactement pour ça que je ne voulais pas revenir ici.

- Tu fais la même chose, encore une fois, avec ta décision de repartir. Tu penses au bien des autres, à ce qu'il y a de mieux à faire et tu ne me prends pas du tout en considération.

Soudain, mes pieds ne semblent plus collés au sol. Je m'avance lentement vers Tobias et quelque chose chez moi doit probablement l'effrayer. Il me regarde avec stupeur sans dire un mot.

- Tu es la raison pour laquelle j'ai décidé de repartir. Tu es la raison pour laquelle je suis partie la première fois aussi. Tu étais la raison que j'avais de tenir le coup durant la guerre et tu m'as donné le courage de faire tout ce que j'ai fait. Alors ne t'avise plus jamais de me dire que je ne pense pas à toi lorsque je prends une décision. Tu étais tout pour moi.

Il ne s'était pas attendu à ce que je lui réponde ainsi. Je peux le dire à la manière dont il me regarde. Son regard semble s'être adouci, ses yeux ne montrent plus autant de colère. Il a retrouvé un semblant de calme, mais les marques de notre dispute sont toujours là, un peu comme les matins où le soleil se lève après l'orage.

- Etais. Tu parles au passé, remarque-t-il en me regardant droit dans les yeux.

Je sais très bien ce que son commentaire implique. Il veut savoir si ce que j'exprime au passé a toujours de l'importance au présent. La réponse est très simple et évidente, mais je n'ai aucune envie de lui dire ces mots maintenant. Cette discussion m'a peut-être fait du bien, mais elle ne suffit pas à effacer ces derniers mois et elle n'efface pas non plus ce qu'il a fait hier soir. Lorsque je lui ai demandé de me dire qu'il m'aimait, il est resté muet.

Je décide donc de me taire également et nous nous dévisageons un moment sans rien dire. Cette journée vient de commencer, mais elle a été très éprouvante. J'en ai plus que marre de parler.

Soudain, je me retrouve collée contre lui et mes lèvres s'écrasent contre les siennes. Je ne sais pas si c'est lui ou moi qui a fait le premier pas et je décide que cela n'a pas la moindre importance. Des images de hier soir me reviennent en mémoire et je me sens frissonner. Est-ce une erreur ? C'est certain ! Nous n'avons pas du tout réglé nos problèmes et se sauter dessus à chaque fois que nous n'avons plus envie de parler n'en résoudra surement pas davantage.

Il n'empêche que cette option est bien plus attrayante qu'une longue et pénible discussion. Je décide donc d'arrêter d'y penser et je me laisse aller. Nous n'avons pas besoin de nous remettre ensemble et, si cela nous fait du bien à tous les deux, alors quel mal y a-t-il à ça ?

J'enroule mes jambes autour de la taille de Tobias et je sens ses bras m'envelopper pour soutenir mon poids, comme hier soir. Nous reprenons exactement là où nous nous étions arrêté. Sauf que, cette fois, je ne lui poserai pas de question et je sais qu'il ne m'en posera pas non plus. Il avance de quelques pas et je décolle mon visage du sien.

- Arrête, je murmure entre deux baisers.

- Quoi ? demande-t-il, un peu inquiet. Tu ne veux pas… ?

- Non, c'est… c'est la chambre d'Uriah, celle-ci, je déclare en désignant du visage la chambre vers laquelle il nous dirigeait.

Tobias et moi éclatons tous les deux de rire. Je n'ai aucune envie de faire quoi que ce soit dans le lit d'Uriah.

- Ça ne me dérange pas, déclare-t-il en relevant un sourcil.

- Et moi, l'idée ne m'attire pas vraiment.

Il recommence à m'embrasser et je le sens sourire contre moi. Je sais que ce que nous faisons est une mauvaise idée, mais je sais également que rien ne pourrait me tenir éloignée de lui, à ce moment précis. Il avance jusqu'à ma chambre et me dépose sur le matelas. Son regard est intense, j'ai l'impression que plus rien d'autre n'existe.

- Tu es sûre que ça te va ? demande-t-il, sa voix à peine plus qu'un murmure.

C'est très certainement une erreur, je sais que nous ne devrions pas le faire et que nous sommes tous les deux encore en colère, mais malgré tout il pense quand même à moi et à mon bien-être. Au fond, cela n'a rien de surprenant. Il l'a toujours fait. Je hoche donc lentement de la tête pour lui faire comprendre que je suis d'accord.

- Très bien, répond-t-il, l'air pensif. Parce que je ne sais pas si je pourrai arrêter. Tout le conseil des leaders, Uriah et même Zeke pourrait entrer dans ton appartement maintenant, ça m'est égal. Aujourd'hui, tu es à moi.

Le bruit de la porte me réveille en sursaut. Quelle heure est-il ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Je sens les bras de Tobias qui m'enlacent et, tout à coup, je sais très bien où je suis et qu'est-ce qu'on a fait.

- Tris ?

J'entends la voix d'Uriah m'appeler depuis le salon et je suis soudain prise d'un élan de panique. Il ne peut pas nous trouver comme ça ici !

- Ecoute, je suis vraiment désolé pour ce qui vient de se passer, je n'aurais pas du te crier dessus…

Je me lève silencieusement et mes mouvements réveillent Tobias. Il s'apprête à dire quelque chose lorsque je mets ma main sur sa bouche pour lui faire comprendre qu'il doit se taire.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-il doucement en dégageant ma main pour parler.

- Uriah est rentré. On a dormi presque tout l'après-midi, je réponds en murmurant.

Je n'arrive pas à croire que je me suis montrée aussi insouciante. J'aimerais me mettre une paire de baffes pour ce qui vient de se passer ici.

- Et alors ? demande Tobias, un peu sceptique.

- Il ne doit pas te trouver ici ! je réponds, toujours en murmurant mais sans cacher mon exaspération.

- Dans cette tenue, probablement pas, mais si on se rhabille…

Je ne le laisse pas finir sa phrase et lui jette un coussin à la figure. Il tente de réprimer son rire pour rester silencieux, mais je vois bien que la situation l'amuse. En ce qui me concerne, j'ai de la peine à comprendre ce qu'il y a de drôle.

- Tris, tu m'écoutes ? reprend Uriah, de l'autre côté de ma porte.

Je serre les poings d'agacement et commence à me rhabiller.

- Oui, je t'écoute, Uriah, je réponds en soupirant.

- Est-ce que je peux entrer ?

- NON ! je réponds avec plus de force que je ne l'avais prévu.

Tobias se rhabille lui aussi et semble perplexe. Il me regarde, ses yeux accusateurs, et, même s'il ne dit rien, son comportement m'agace.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu ne veux pas simplement lui dire que je suis là ? demande-t-il en haussant des épaules.

- Mais ça va pas ?

- Je ne vois pas où est le problème.

- Et qu'est-ce que je vais lui dire qu'on a fait tout l'après-midi dans ma chambre ? Pratiquer le lancer de couteau ?

- Si c'est comme ça que tu appelles ce qu'on vient de faire…

Encore une fois, je ne le laisse pas terminer sa phrase. Nous avons tous les deux finis de nous rhabiller et je le pousse jusqu'à l'autre extrémité de la pièce.

- Tris, je sais que tu es en colère, mais je pense que nous devrions vraiment en parler !

Uriah continue son monologue derrière la porte. Si je ne lui ouvre pas très vite, il va commencer à soupçonner quelque chose.

- Tu as toutes tes affaires ?

- Qu'est-ce que tu as en tête, Tris ? me demande Tobias, peu convaincu.

- Si tu longes la rampe sur le bord de la fenêtre, tu arriveras au couloir central et tu pourras rentrer chez toi.

- Tu veux que je parte… par la fenêtre ? demande-t-il, incrédule.

- C'est pour ce genre d'occasion qu'ils font des sorties de secours.

- Je ne pense pas qu'ils avaient ça en tête quand ils ont construits ces rampes.

- Peu importe ! je m'emporte en essayant de garder le niveau de ma voix aussi bas que possible.

Tobias jette un coup d'œil par la fenêtre avant de reculer en secouant la tête.

- Hors de question !

Mais oui. J'avais oublié ce détail. Il a le vertige et il déteste les hauteurs.

- On est qu'au cinquième étage… je marmonne, agacée.

- Et alors ? Trouve une autre solution !

- Tu as grimpé sur une grande roue pour me suivre et tu ne peux pas faire quelques mètres sur une rampe pour rejoindre le couloir ?

- C'est totalement différent ! répond-t-il, comme s'il s'agissait d'une évidence. J'avais une motivation pour grimper cette roue.

- Tris, sors maintenant. On ne va pas rester fâché pour quelque chose d'aussi stupide ! reprend Uriah, derrière la porte.

Je sens la panique me gagner. Je n'ai pas du tout envie d'être trouvée ici avec Tobias. Il faut que je sorte de ma chambre pour lui parler où tout cela va très mal finir.

- J'arrive tout de suite, donne-moi juste une minute, je réponds à voix haute pour qu'Uriah m'entende.

Je me retourne vers Tobias et soupire.

- Très bien, je concède en croisant les bras autour de ma poitrine. Tu veux une motivation ? Dis-moi ce que tu veux et tu l'auras.

Il semble surpris par ma proposition, mais pas d'une mauvaise façon. Son sourire en coin m'indique que mon offre lui fait plutôt plaisir.

- Tout ce que je veux ? demande-t-il, son air malicieux.

- Oui, mais dépêche-toi ! je réponds avec agacement.

- Demain soir, tu acceptes de sortir avec moi et de parler sans t'énerver. Tu n'as pas le droit de crier, de partir ou d'abandonner la discussion avant qu'on n'ait trouvé une solution.

- Hors de question.

- Tu avais dit tout ce que je voulais… c'est ça que je veux.

- Tris ? s'exclame Uriah.

Sa voix me déclenche une poussée d'adrénaline qui me rappelle que je n'ai pas le temps de faire de caprices.

- Très bien ! je finis par lâcher en murmurant. Mais pas demain. J'ai besoin d'un peu de temps si tu veux que je garde mon calme. La semaine prochaine ?

- Ça me va, répond-t-il, un sourire agaçant au coin des lèvres.

- Je pose quand même une condition. Il est hors de question que ceci

Je fais un signe de la main pour tenter de désigner l'étrangeté de ce qui vient de se passer dans cette chambre.

- … se reproduise encore une fois.

- Tu veux dire la pratique du lancer de couteau ?

- Ho je crois que tu sais très bien de quoi je parle, je réponds en le poussant pour qu'il sorte de ma chambre.

Tobias se tient collé contre le mur pour éviter d'être trop près de la rambarde qui sépare la rampe du vide. Il s'apprête à s'éloigner lorsque soudain, il s'immobilise et jette un dernier regard dans ma direction.

- Et Tris ?

- Quoi ? je m'exclame tout en essayant de garder ma voix un murmure.

- Tu… m'as manqué. Je suis content que tu sois de retour.

Je suis agacée pour de très nombreuses raisons. La première est que nous n'aurions jamais du faire ce que nous venons de faire. Je sais que notre relation est très compliquée et que cela ne va en rien améliorer les choses entre nous. La deuxième est qu'Uriah crie derrière ma porte pendant que Tobias s'enfuit par la fenêtre. Je n'ai aucune raison d'être de bonne humeur et pourtant, je trouve son commentaire attendrissant. Je n'arrive donc pas à cacher mon sourire.

- Au revoir, Tobias.

Je décide de conclure notre discussion avant qu'Uriah ne défonce ma porte et ferme la fenêtre, toujours en souriant. Je le regarde s'éloigner un instant puis traverse la pièce pour ouvrir la porte. J'observe Uriah et lâche un long soupire. Il faut que j'arrive à le convaincre que j'ai passé l'après-midi enfermée seule dans ma chambre à ruminer notre dispute.

- Je suis désolé, déclare-t-il tout de suite avec tristesse. J'étais de mauvaise humeur, je ne sais pas ce qui m'a pris. Tu as le droit de repartir si c'est ce que tu veux, ce n'est pas mon rôle de te dire ce que tu dois faire.

Je me sens me détendre immédiatement, mais je n'arrive pas à chasser une désagréable sensation de culpabilité. Je ne cache jamais rien à Uriah et pourtant aujourd'hui je vais devoir lui mentir, car il est hors de question que je lui dise quoi que ce soit à propos de ce que je viens de faire.

- Tu as du passer une journée de merde, toute seule après ce que je t'ai dit…

- Ne t'inquiète pas pour ma journée… j'ai connu pire.


Voilà! J'espère vraiment que ça vous a plu! La suite viendra beaucoup plus vite maintenant que mon projet est lancé! J'espère aussi que vous me rendrez visite sur mon site (www).(happy-venture) (.)com et en attendant, n'oubliez pas de me laisser un petit commentaire, ça me fait toujours hyper plaisir! :-)

A bientôt!