Salut tout le monde, vous ai-je manqué? D'abord, navré pour le retard, le week end c'est prolongé jusqu'à Jeudi et je n'ai pas eu le temps d'écrire auparavant. De plus, je travaille maintenant, donc le rythme de postage va s'étendre un peu^^.

Mais voici la suite tant attendu, comme quoi je pense à vous quand même. Il y a dans ce chapitre un autre moment coup de tête, je vous laisse deviner lequel^^.

Bonne lecture et merci de vos soutiens.

Murmures d'un amour éternel

Chapitre 7 : Devenir Geisha

Trois mois…une saison.

Trois Lunes, s'élevant dans le ciel, toutes identiques et différentes avec le temps. La lune ne change pas, celle qui changeait…c'était moi.

Comment décrire ces trois mois…comment donc ?

Je n'avais pas le temps de penser, la souffrance le faisait pour moi.

Je n'avais pas le temps de me reposer, ni même de me soucier de quoi ou de qui que se soit d'autres que ma formation.

Pourtant, à chaque jour qui se voyait achever par le coucher imposant du soleil à l'horizon, je me sentais éprise d'un élan de liberté et de bien être. La lourdeur de la servitude semblait n'avoir jamais existé dans mon cœur, seul résidait l'espoir d'un avenir meilleur.

L'entrainement était dur, pour ne pas dire invivable. Chaque mot, chaque syllabe prononcée par ma Grande Sœur, était une leçon, un savoir à connaître une manière comme une autre d'apprendre.

« -Nous allons devoir te transformer, et ce qui s'apprend en des années d'apprentissage, tu vas devoir le connaître en quelques semaines. »

Voila comment tout à commencer, quelques minutes seulement après avoir achevé ma tasse de thé.

Et la chose fut en effet difficile. Nous avons dû tout revoir en cette simple journée. Elle m'a vu marcher, m'asseoir, me lever, servir, acquiescer, manger, soupirer, cligner des yeux, m'adosser, m'incliner, parler, sourire, rire, crier…et aucunes de ces actions n'étaient dignes d'une Geisha.

A la fin de la journée, j'étais extenuée, par tous les exercices qu'elle m'avait imposés :

« -Quand la Geisha bouge, sourit, parle, elle doit être gracieuse comme la branche d'un Saule glissant sur un lac et douce comme les pétales de Sakura. »

Le simple fait de marcher était pénible. Glisser un pied, puis l'autre, le tout dans un mouvement uni. N'aller ni trop vite, ni trop lentement, garder un rythme constant pour donner l'illusion de flotter dans l'air et de frôler le sol.

Même en chaussette, cela était difficile, j'imaginais en chausse de bois…

Ma position n'était pas idéale non plus :

« - Redresse ta poitrine, recule les épaules et agrandis ton cou.

-Comment ? Demandais-je en fronçant les sourcils.

-Il faut que tu sentes le froid hivernale glisser sur toute la surface arrière de ta nuque, expliqua-t-elle en me montrant les points de son cou. Pour t'aider tu peux pousser ta tête en essayant de toucher le ciel de ton front et le sol de ton menton, en même temps. »

Marcher avec en tête cette position était impossible et nous dûmes nous y reprendre à maintes reprises.

Les journées qui suivirent ne furent pas les plus agréables. Pire encore, il m'était difficile de m'en rappeler entièrement tant les exercices me prenaient de la conscience.

Nous nous levions très tôt le matin, pour le maquillage, du moins les bases, puis passions le reste de la journée à marcher dans toute sa maisonnée, au début avec mon simple kimono de servante, puis avec des apparats de plus en plus lourds.

« -Le maquillage est un élément important d'une Geisha, comme la peinture le serait à un magnifique tableau. Notre garde-robe est aussi essentielle pour nous, que l'est le pinceau et les outils d'un peintre.

-Vous parlez comme ci la Geisha était une œuvre d'art, remarquais-je.

-Mais nous sommes une œuvre d'art, Michiko-chan. Nous sommes bien plus que cela, nous sommes des artistes et des œuvres d'art vivant. »

Elle me présenta les divers produits :

« -Ceci, commença-t-elle en montrant un pot rempli d'une substance huileuse, est du Bintsuke-abura. C'est une huile que nous mettons sur le corps avant de le recouvrir de poudre blanche.

-Il faut toujours mettre l'huile ?

-Si tu ne l'as mets pas, je ne suis pas certaine que le reste ne tienne…

-La poudre blanche, c'est fait à partir de quoi ? Demandais-je en peignant mon visage d'huile.

-Beaucoup à base de plomb, soupira-t-elle, mais je n'aime guère le plomb. La mienne est faite à base de poudre de riz, je trouve cela plus…agréable. Certes c'est plus cher, mais le touché est plus doux…

-Avec quoi devons-nous mettre la poudre ?

-Avec ceci. »

Elle me donna une brosse dont le manche rectangulaire était fait de bambou :

« -Ce sont des poils de youkais, expliqua-t-elle. Mon Danna me l'a offert il y a longtemps, alors que je n'étais qu'une Maiko. Tu ne trouveras guère plus doux.

-Comment dois-je faire ? Je ne me suis jamais maquillée…

-Pour la première fois, je t'aiderai. Ensuite tu te débrouilleras. »

L'étape du maquillage était long et pénible, il ne fallait pas bouger, ni dépasser les limites du torse et des épaules, ne pas bouger quand on enduisait le corps d'huile, ou de poudre blanche mélangée avec l'eau.

Les lèvres étaient peintes en rouge, et mes sourcils blancs, remarqués aux charbons de bois. D'ailleurs cela me brûlait un peu, au début…

« -En temps normal, il y a des règles pour le maquillage. Je ne devrais te rougir que la lèvre inférieure dans ta première année, cependant nous n'avons que trois mois. Aussi allons-nous passer cette étape et te maquiller directement comme une Maiko accomplie.

-Quand sortirais-je pour l'école ?

-Quand tu sauras danser, chanter, parler, marcher, sourire et te comporter comme une Geisha. »

Au moins la réponse fut brève et tranchante.

Durant toute la première semaine, nous nous sommes consacrées au maquillage, à la coiffure, aux apparences. Il était essentiel que je ressemble le plus rapidement possible à une Geisha.

Alors c'était maquillage, habillage, comportement, position, marcher, tenir, porter et supporter. De très tôt le matin, jusqu'à très tard le soir. Ma vie était devenue un flux continue et épuisant d'activité et d'apprentissage rapide et en mon fort intérieur, cela me plaisait beaucoup.

La sensation de ma rapprocher de mon but à chacun de mes gestes étaient plus présent, plus…rassurant.

Quand je me sentais mal, quand j'avais envie de vomir, quand j'étais au bord de l'évanouissement, je repensai à cette unique rencontre, entre le Grand Seigneur et moi, alors que j'étais seule dans l'Okiya. Revoir le contact de ses yeux, la chaleur de son regard, la douceur de sa main frôlant ma joue…tout cela me ramenait à la réalité et me donnait l'envie de faire encore plus d'effort.

Vers la fin de la première semaine, je savais à peu prêt marcher sans tomber (sur le parquet je n'avais même pas essayé les chaussures) et me tenir comme il fallait. Pour ce qui était du maquillage, Reiko m'avait laissé m'en occuper dès le début. Elle m'avait montré comment faire, l'ordre, la façon, l'importance, et je n'avais eu qu'à copier.

Comment jouer avec les miroirs pour mieux voir, comment faire un magnifique tracé avec la brosse, comment peindre les lèvres sans dépasser…tout cela je l'avais appris ensuite, à mes dépends.

Ce fut difficile, mais je pus y parvenir.

La seconde semaine, nous la consacrâmes aux danses et aux parler. Danser était mille fois pire que le reste. Je n'étais vraiment pas très bonne, pire encore, je n'arrivais pas à faire deux pas sans me tromper ou tomber.

Manipuler les éventails, quand mes ongles ne les déchiraient pas, était un exercice impossible pour une maladroite de mon genre. Danser gracieusement tout en utilisant les éventails pour moi, c'était comme élire Hidemi en reine de beauté, cela revenait du grotesque tellement c'était impossible.

Voyant que cela n'avançait pas, Reiko m'inscrivit à l'école de Geisha, pensant que les mouvements m'aideraient à y arriver. Le matin était toujours consacré aux maquillages, habillages, l'après midi à des exercices pour les danses à l'école, et le soir à divers autres choses, comme la conversation, ou la musique.

De cette façon, un mois entier s'écoula. Un mois inutile, puisqu'au final, je n'étais guère différente de la servante d'avant. A la rigueur, j'étais peut être plus gracieuse, mais rien de plus.

Au quatrième jour du deuxième mois, nous eûmes une visite inattendue, aussi inattendue qu'improbable. Je venais de tomber, pour la vingtième fois en cette soirée, du haut de mes chausses de bois, mais je fus complètement surprise de sentir une douce chaleur plutôt que le dur sol.

Autre phénomène étrange, je n'étais pas par terre, mais debout, maintenu par cette chaleur.

D'un regard, je vis Reiko pâlir et s'incliner face à moi…et je sus tout de suite à qui j'avais à faire quand une voix moqueuse retentit juste au dessus de ma tête :

« -Il parait qu'il faut plusieurs semaines à une Maiko pour apprendre à marcher convenablement avec ces chaussures, plaisanta-t-il. Je n'étais pas susceptible de le croire, je pensais que les humains étaient trop incapables pour se déplacer normalement…

-Mon Seigneur, nous…nous ne vous attendions point, s'exprima Reiko.

-Je voulais juste voir ce que devenait cette fameuse servante aux yeux de brume, expliqua-t-il en cherchant mon regard. »

« -Si je ne bouge pas, tu crois qu'il va le remarquer ? Pensais-je intérieurement.

-Non ne t'en fais pas, il ne sait même pas que tu es dans ses bras, s'exclama ironiquement ma bête intérieure. Franchement, des fois ce que tu peux être stupide !

-Oh ça va hein, je ne sais pas quoi faire ! »

Il en résultat une immense rougeur au niveau de mes joues, et je fus heureuse à cet instant d'être peinturer de blanc.

Pourtant, mon rythme cardiaque accéléré n'échappa pas à la vigilance incroyable du Grand Seigneur ni à celle de son bras droit :

« -Je ne vais pas rester trop longtemps, déclara-t-il.

-Vous êtes ici chez vous Grand Seigneur, fit Reiko.

-S'il reste ici, s'exprima alors le second que je reconnus comme étant Kyochiro, j'ai bien peur que votre petite sœur ne subisse une crise cardiaque avant l'heure. »

Cette plaisanterie fit rire tout le monde…sauf moi et le Grand Seigneur. Je commençai à me redresser doucement, sans que personne ne puisse s'en apercevoir quand je sentis le bras du Grand Seigneur se refermer sur moi avec une légère pression m'empêchant alors de décoller mon corps de l'étreinte du seigneur, chose qui à part moi, passa inaperçu aux yeux de tous.

« -Qu'est ce qu'il lui prend ! Paniquais-je intérieurement.

-Simple, répondit ma bête intérieure, tu devrais voir les choses comme elles sont.

-Soit plus clair !

-Tu étais sur le point de te redresser, et lui seul le sentait. Il aurait dû te relâcher mais au contraire il a refermé son emprise sur toi, à ton avis ça veut dire quoi ? Pas trente mille choses en tout cas.

-Je ne vois pas, que voudrait le seigneur de moi ?

- De tous les démons que la Terre ait jamais portés, il a fallu que je tombe sur la seule incapable de comprendre quoi que se soit ! A ton avis pourquoi le Grand Seigneur est-il venu à l'Okiya la dernière fois ? Pas pour compter les pierres des pavés en tout cas ! Pour toi ! Andouille ! S'il est venu, c'est parce qu'il voulait ta compagnie ! Et si maintenant il ne veut pas que tu te redresses c'est parce qu'il veut que tu restes dans ses bras ! Compris ?

-Mais pourquoi moi ? C'est ça que je ne comprends pas. Je ne le connais pas, et lui non plus…

-Comment peux-tu le savoir ? Tu sais qu'il est un lien de ton passé, peut-être même te connaît-il plus que toi, gronda ma bête intérieure. Maintenant tu la fermes et tu profites. Je suis certaine que le nombre de femelle qui se sont retrouvée dans ses bras se compte sur les doigts d'une main ! »

Elle avait peut être raison.

Nous restâmes ainsi durant le reste de la conversation :

« -Je suis curieux de savoir quand cette jeune Maiko sera prête, poursuivit Kyochiro, cela sera un véritable prodige pour la noblesse humaine.

-Dans trois mois mon seigneur Kyochiro-sama, répondit simplement Reiko un sourire respectueux aux lèvres. »

J'entendis les murmures des courtisanes et la surprise des seigneurs.

Kyochiro lui-même montra de la surprise. Seul le Grand Seigneur ne semblait pas ébranlé par cette nouvelle. Au contraire je dirais même que quelque chose le perturbait :

« -Trois mois ! S'exclama un seigneur youkai, mais c'est impossible.

-C'est pourtant ce qu'il en est, répondit Reiko avant moi. »

D'un simple regard, je compris que je n'avais pas le droit à la parole. Ne pas avoir le droit de s'exprimer, voila un fait bien désagréable à mon oreille…

« -Impossible, vous vous moquez de nous ! S'écria un autre seigneur.

-Qu'ya-t-il de si difficile à accepter ? Intervins-je alors. De ce que je sache, ce n'est pas vous mais moi qui vais m'entraîner. »

J'avais répondu, pas parce que je voulais jouer les insolentes, mais parce qu'ils me sous-estimaient tous. Sauf le Grand Seigneur, qui m'avait finalement lâché, l'ombre d'un sourire sur ses lèvres glacées.

Suite à mon intervention, certains seigneurs sifflèrent de surprise et de blasphème, offensés par ma simple réponse.

Je me tins droite, grande et fière et toisai les seigneurs un à un.

L'un d'eux exigea correction, un autre me désira morte.

D'un simple geste, le Grand Seigneur calma les mâles en fureur et sa voix glacée interrompit la ferveur de mon intervention :

« -Il n'y aura aucun représailles, déclara-t-il simplement d'une voix tranchante.

-Mais enfin, Grand Seigneur, insista un noble qui désirait correction, elle a porté atteinte à la cour par son arrogance.

-Vous n'avez pas besoin de moi pour ça, crachais-je. »

Les seigneurs rirent de cette annonce, sauf celui concerné. Au moins j'étais remontée dans l'estime des autres.

Kyochiro s'exprima, se reprenant de son rire :

« -Elle a de l'impudence à revendre cette petite, fit-il. Vivement qu'elle devienne une magnifique Maiko.

-Je n'y manquerai pas, s'inclina Reiko.

-Qui sait, reprit Kyochiro, peut être viendrons nous auprès des humains pour sa compagnie.

-Elle ne sera pas destinée aux humains, déclara le Grand Seigneur avant de repartir, non sans m'avoir adressé un dernier regard mystérieux. »

« -Comment peut-on être aussi doux et aussi froid en même temps, me demandais-je.

-En étant un grand démon, qui se méfie autant de ses amis que de ses ennemis, me répondit simplement ma bête intérieure.

-Je n'ai pas eu la sensation qu'il se méfiait de moi pourtant…

-Parce qu'il ne se méfiait pas de toi…plutôt de nous. Il est important…il est plus important que nous le pensions…

-Il faut s'en approcher, déclarais-je.

-Mais pour ce faire, il faut devenir une Geisha…

-Alors nous deviendrons une Geisha, quoi qu'il en coûte. »

Ce fut à partir de ce jour que les choses s'améliorèrent. Par la venue soi-disant hasardeuse de la cour, le Grand Seigneur m'avait fais comprendre sa volonté : il me voulait à ses côtés. Ce qui était réciproque en soi. Depuis le début, je n'aspirais à être Geisha que pour entrer dans son monde, m'approcher de lui, et retrouver celle que j'étais.

Mais ma bête intérieure avait raison : plus que ma mémoire, ce que je voulais avant tout, c'était de m'épanouir à ses côtés.

Alors quand il quitta la maison de Reiko, quand nous reprîmes nos exercices, je n'avais que ce but en tête. Etait-ce l'origine de mes sentiments humains qui me rendait si forte et si motivée ?

Peut être…

Reiko en revanche, n'en revenait toujours pas. Pas de la présence occasionnelle du Grand Seigneur ou de l'étrange intérêt qu'il me manifestait (d'ailleurs je la soupçonne d'être au courant de certaines choses que j'ignore), mais plutôt de ma propre progression.

Nous avions déjà perdu un mois et il était maintenant presque impossible pour moi de tenir mon pari. Mais le Grand Seigneur s'était montré, et comme par magie, les choses devinrent plus faciles.

Danser m'était devenu agréable, pourvu que je m'imagine auprès du Grand Seigneur. Jouer de ses éventails ravissants était aisé, pourvu que j'envisage un jour de le montrer au Grand Seigneur.

Marcher, sourire, être, tout cela m'apparaissaient simple…pourvu que cela soit pour lui et lui seul. Quand je fermai les yeux le soir, le cou posé sur le takamakura, pour que ma coiffure ne soit pas défaite et puisse tenir pendant la semaine, la première chose que je voyais, c'était lui, son corps de puissant mâle se tenant droit et fier, ses cheveux ondulant au gré des Alizées, dansant gracieusement autour de sa frêle et invisible nuque. Ces moments remplissaient mon cœur d'une joie sans nom, et je me plaisais à demeurer derrière lui, en envisageant un jour, pouvoir poser une main gracieuse sur cette épaule puissante et plonger dans l'incendie qu'incarnait son regard.

Oui, même si mes journées étaient souffrances, mes nuits me rappelaient l'idéal que je recherchais et chaque matin m'accueillait toujours aussi déterminée.

Le mois suivant me vit transformés. Plus vite que la chenille, plus rapide que l'oisillon, j'avais accompli ce qu'aucune autre femme n'avait jusqu'alors fait, et ce pour l'unique homme que ma bête intérieure et moi-même aimions : l'homme le plus impénétrable et intouchable que la terre n'ait jamais portée.

Reiko en était fière, jamais elle n'aurait cru cela et pourtant, j'étais une autre femme.

« -Aujourd'hui est un jour particulier pour toi, Michiko-chan, déclara Reiko à l'aube du troisième mois ;

-Pourquoi donc Onee-san ? Demandais-je pendant que la servante préparait un magnifique kimono.

-Aujourd'hui, a lieu la cérémonie qui te verra officialisé en Maiko, expliqua Reiko. »

Je me maquillai lourdement, insistant sur la poudre et le rouge des lèvres. C'était une cérémonie importante, je me devais d'être présentable. Puis on m'habilla d'un magnifique kimono blanc, brodé de motifs divers, allant d'un oiseau de paradis à une feuille de bambou.

Il était lourd, comme le kimono de Maiko que j'avais porté pour m'entraîner à marcher.

Ma coupe de cheveux était la plus original : à cause de leur longueur, le traditionnel chignon était impossible à réaliser. Alors on ne le fit qu'à moitié, le reste retombant sur mes épaules en une cascade soyeuse. On y ajouta une barrette perlée et Reiko s'avança :

« -J'ai une surprise pour toi, déclara-t-elle les yeux malicieux. Le Grand Seigneur a eu vent de la cérémonie mais ne pouvant y assister, il a insisté pour que tu portes ceci. »

Elle me tendit un petit coffret qui contenant alors le plus beau et le plus précieux des peignes qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie : finement taillé dans une pierre que je ne connaissais pas, il était incrusté de perle de diamantine (aujourd'hui on appelle ça du diamant) qui retombait en des rameaux de clochettes brillantes. Quand ces dernières s'entrechoquaient, on pouvait entendre le doux scintillement cristallin que faisait la diamantine. J'en eu le souffle coupé.

Reiko, devant ma stupeur, se permit un beau sourire et me mit le peigne sur les cheveux.

« -Ce peigne n'a pas de valeur tellement il est précieux, m'annonça-t-elle. J'ignore pourquoi, mais il semblerait que tu aies les faveurs du Grand Seigneur. Le connais-tu ?

-Je ne sais pas, déclarais-je simplement. Il m'est familier, peut être que je l'ai connu…

-Tu ne te souviens toujours de rien…, soupira-t-elle compatissante. Mais aujourd'hui est un nouveau jour. Tu vas devenir quelqu'un d'autre, avec des souvenirs que tu auras toi-même fais. »

Nous sortîmes de sa maison et nous nous dirigeâmes en direction d'une maison de thé. Le chemin fut court et silencieux mais je ne cessai de penser au magnifique trésor que je portais sur la tête et qui attirait le regard de tous.

Reiko sourit mystérieusement et je l'entendis marmonner tout bas :

« -Une façon comme une autre d'affirmer une protection. »

Je ne compris pas et ne cherchai pas à comprendre. Elle me l'aurait expliqué, si cela avait été important.

Arrivé là-bas, nous nous dirigeâmes gracieusement vers un coin privé du jardin, dans lequel nous attendait Yure et Sacha. Que ne fut sa surprise quand elles me virent arriver. J'entendis Sacha me souffler « Comme tu es magnifique. » et Yure cessa de respirer pendant quelques secondes de surprise.

Nous nous installâmes sur une table basse qui présentait trois coupes de sake différentes.

Puis la cérémonie se déroula selon la tradition. Yure se présenta en témoin et accepta la cérémonie (en tant que Mère), puis Reiko but trois gorgées dans chaque coupe de sake avant de me les tendre. Je bus trois gorgées de chacune et reposai la dernière sur la table tout en déglutissant. L'alcool n'était pas mon fort…

Reiko prit une profonde inspiration et déclara solennellement :

« -En cette cérémonie du san san ku do, nous voici désormais lié. Désormais tu porteras le nom de Amarinth. »

Devenir une Geisha, était maintenant une chose qui m'était possible. J'étais une Maiko et désormais rien ni personne ne m'empêcherai d'atteindre mon but.

Prochain Chapitre : « -Je me souviens de ces yeux, elle a fait fureur la première fois à la cour, comment se prénomme-t-elle ?

-Amarinth.

-Je vais te détruire !

-Elle peut te détruire. Elle souillera ton nom, utilisera son influence pour voler tes clients, fera en sorte de t'éloigner de la cour.

-Que pouvons-nous faire ?

-Aller là où elle ne pourra t'atteindre.

-C'est elle, le seigneur Togukawa la désire ! Attrapez là ! »

Durant les trois mois d'hiver, même si je me suis rapprochée de mon but, mes ennemis se sont multipliés et ont montés en puissance. Les deux grandes Geishas d'une même famille se disputent pour moi, chacune pour un objectif différent et maintenant, même la seigneurie nippone se dispute pour ma propriété.

Je n'appartiens à personne ! Que cela soit su ou il en coutera de mes griffes.

Prochain Chapitre : Hiroyichi et Le danger de l'Est